1: Faut-il croire cependant qu'à certaines heures d'irritation, Périer était tenté de ne plus se contenter du droit commun? Louis-Philippe, après la mort de Périer, causant avec les chefs de la gauche, et cherchant un peu, il est vrai, à se faire valoir, aux dépens de son ministre, leur disait, après avoir rappelé la nécessité de la liberté de la presse et du jury: «Aussi me suis-je constamment opposé aux mesures d'exception que Périer me proposait souvent, quand il était dans ces accès de colère qui nous ont nui plus d'une fois.» (Mémoires d'Odilon Barrot, t. I, p. 607-608.)
2: Mars-avril 1831.
3: Périer estimait que l'organisation de la garde nationale et surtout l'élection de ses officiers présentaient de grands périls. «Cela ne peut pas durer, disait-il un jour à La Fayette;... il faut que ces anomalies disparaissent.»
4: On a calculé, par exemple, que, de la révolution de Juillet au 1er octobre 1832, il y avait eu 281 saisies de journaux et 251 jugements: 86 journaux avaient été condamnés, dont 41 à Paris. Le total des mois de prison s'était élevé à 1226, et celui des amendes à 347,550 francs. En juillet 1835, la Tribune se vantait d'être à son 114e procès et d'avoir subi 199,000 francs d'amende. Or, pendant toute la Restauration, il n'y avait eu que 181 condamnations pour délits de presse.
5: M. Degouve-Denunques, rédacteur du Progrès du Pas-de-Calais, se vantait, en 1838, d'avoir été 24 fois poursuivi et 24 fois acquitté. De même, l'Écho du peuple, journal républicain de Poitiers, en 1835, comptait 13 acquittements sur 13 poursuites. M. Anselme Petétin, rédacteur d'une feuille radicale de Lyon, poursuivi 13 fois en trois ans, n'avait été condamné qu'une fois, et encore disait-il que c'était faute d'avoir bien fait les récusations. En 1846, pour la première fois, le jury de Toulouse condamna une feuille légitimiste. Sur d'autres points, à Paris notamment, le jury se montrait sévère contre les «carlistes», pendant qu'il acquittait les républicains.
6: Le Constitutionnel, qui n'était cependant que centre gauche, déclarera, quelques années plus tard (3 janvier 1832), à propos d'un acquittement de journal, que les échecs parlementaires de l'opposition étaient plus que compensés par le succès judiciaire qu'elle venait d'obtenir; car, disait-il, le jury était le pays lui-même, tandis que la Chambre n'en était que la représentation. C'est à propos de ces déclamations sur le jury que M. Thiers, dans la discussion des lois de septembre, dénonçait «ces grands mots pédantesques que les partis aiment à créer, et avec lesquels ils veulent écraser la vérité».
7: Lettre du 26 octobre 1831. (Mémoires de La Fayette, t. VI.)
8: Le fait a été cité par M. Persil, à la tribune, le 9 avril 1833.
9: Lettre à M. de Barante en date du 13 janvier 1832. (Documents inédits.)
10: Le National disait, le 23 avril 1831: «Un seul journal soutient aujourd'hui avec chaleur le ministère du 13 mars: c'est le ci-devant journal de la légitimité, le Journal des Débats.» Le Temps, pourtant plutôt favorable au cabinet, disait, à la même époque, «qu'avec la presse périodique, telle que nos troubles l'avaient faite, le gouvernement n'avait qu'à choisir entre une existence assez mal assurée et neuf morts bien certaines».
11: Périer, en prenant le pouvoir, trouva une session en cours qui se prolongea jusqu'au 20 avril 1831. La nouvelle Chambre siégea ensuite d'une façon continue, du 23 juillet 1831 au 24 avril 1832.
12: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
13: Souvenirs du feu duc de Broglie.
14: Voir, au tome précédent, le chapitre Ier du livre II.
15: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
16: Documents inédits.
17: Ibid.
18: Ibid.
19: Ibid.
20: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
21: Lettre de M. de Rémusat à M. de Barante, en date du 28 octobre 1831. (Documents inédits.)
22: Documents inédits.
23: Documents inédits.
24: Ibid.
25: Discours du 9 août 1831.—Un autre jour, le 21 septembre de la même année, Périer demandait que «les amis du gouvernement se montrassent comme ses ennemis», car, ajoutait-il, «ce sont les incertitudes d'en haut qui font les inquiétudes d'en bas».
26: Expression de M. de Rémusat dans une lettre à M. de Barante. (Documents inédits.) M. Duvergier de Hauranne, naguère si sévère pour la Chambre, reconnaissait lui-même ce changement, non sans un certain étonnement. Il écrivait à ce propos: «Élue dans un temps de trouble et de désordre, bourrée de préjugés, étrangère, dans une forte portion de ses membres, aux lois les plus simples du mécanisme constitutionnel, avide enfin de popularité, la Chambre de 1831, par la seule force de son bon sens et de son honnêteté, par le seul besoin de rétablir l'ordre et de sauver la société menacée, a su, par degrés, vaincre ses préjugés.» (Notes inédites.)
27: Discours du 19 septembre 1831.
28: Journal des Débats, 1er mai 1832.
29: Discours de M. Mauguin, 19 et 20 septembre 1831; de M. Pagès, 9 avril 1832. Voyez aussi, dans le même sens, le National des 15, 30 mai et 16 juillet 1831.
30: Un peu plus tard, M. Barrot s'est-il fait une idée plus juste du parti républicain? Toujours est-il qu'en avril 1832, il crut devoir écrire une lettre publique pour se distinguer de ce parti. (O. Barrot, Mémoires, t. I, p. 213.)
31: Voyez la plaidoirie de M. Barrot pour le National, après l'émeute du 14 juillet 1831, ou son discours à la Chambre, dans le débat qui suivit les événements de Grenoble, 20 mars 1832.
32: M. Loève-Veimars, Lettres sur les hommes d'État de la France.
33: 21 décembre 1831.
34: Voyez le Parti libéral sous la Restauration, p. 421 à 424.
35: «J'aime tant le naturel, disait M. Thiers, qu'il n'est pas jusqu'à ce plat de Dupin à qui je ne pardonne toujours parce qu'il est naturel.» (Sainte-Beuve, Notes et Pensées, t. XI des Causeries du lundi.)
36: Dupin, Mémoires, t. II, p. 304.
37: Papiers inédits.
38: «La liberté, s'écriait alors M. Guizot, est née quelquefois après les révolutions, et je ne doute pas qu'elle ne vienne après la nôtre, de même que l'ordre est venu quelquefois après le despotisme; mais l'esprit de révolution, l'esprit d'insurrection est un esprit radicalement contraire à la liberté.» Il montrait la cause de cette «anarchie croissante de la société et des esprits» dans «ces restes d'idées, de passions et d'habitudes anarchiques, venues soit de la Révolution française, soit des tentatives continuelles de complots, de conspirations contre le gouvernement déchu». (Discours des 28 novembre, 29 décembre 1830 et 27 janvier 1831.) Quelques mois auparavant, le ministère dont M. Guizot était un des membres importants, s'était associé officiellement à une manifestation en place de Grève, qui était une réparation solennelle faite à la mémoire des «sergents de la Rochelle» condamnés, en 1822, pour conspiration.
39: La Démocratie en France, par M. Guizot (1849).
40: Discours du 5 octobre 1831.
41: M. Guizot définit ainsi ce parti: «Caput mortuum de ce qui s'est passé chez nous de 1789 à 1830, collection de toutes les idées fausses, de toutes les mauvaises passions, de tous les intérêts illégitimes qui se sont alliés à notre glorieuse révolution et qui l'ont corrompue quelque temps, pour la faire échouer aussi quelque temps.» (Discours du 11 août 1831.)
42: Discours du 20 septembre 1831.
43: Discours du 11 août 1831.
44: M. Guizot devait écrire plus tard: «Un peuple qui a fait une révolution n'en surmonte les périls et n'en recueille les fruits que lorsqu'il porte lui-même sur les principes, les intérêts, les passions, les mots qui ont présidé à cette révolution, la sentence du jugement dernier, séparant le bon grain de l'ivraie et le froment de la paille destinée au feu. Tant que ce jugement n'est pas rendu, c'est le chaos; et le chaos, s'il se prolongeait au sein d'un peuple, ce serait la mort.» (La Démocratie en France, 1849.)
45: Voyez notamment le discours du 21 décembre 1831.
46: Discours du 5 octobre 1831.
47: Discours du 21 décembre 1831.
48: Guizot, Mémoires, t. II, p. 237, 313.
49: Sur le rôle de M. Thiers avant 1830, voyez le Parti libéral sous la Restauration, p. 201, 457, 465, etc.
50: Il est difficile de prendre au sérieux ce regret de «ses chères études» que M. Thiers s'est plu à témoigner jusqu'au dernier jour. Il avait, au contraire, la passion de l'action. Un jour, en 1852, causant avec M. Senior, il se plaignait de n'être plus rien.—«Mais, interrompit son interlocuteur, n'est-ce donc rien, après avoir été l'un des deux premiers hommes d'État, d'être encore l'un des premiers écrivains du pays?—Écrire, répondit M. Thiers, est peu de chose, quand on a été habitué à agir. Je donnerais dix bonnes histoires pour une bonne session ou pour une bonne campagne militaire.» Il a dit un autre jour: «Que l'homme soit ou ne soit pas destiné au bonheur, il est certain, du moins, que jamais la vie ne lui est insupportable, lorsqu'il agit fortement; alors il s'oublie.»
51: Nous avons déjà eu occasion, en parlant de l'émeute des 14 et 15 février 1831, de signaler l'étrange attitude de M. Thiers en cette circonstance.
52: Loève-Veimars, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1835.—Le même écrivain a prétendu que M. Thiers recevait de Périer une somme de 2,000 francs par mois, prise sur les fonds secrets. Cette assertion, reproduite par d'autres, n'a pas été, à notre connaissance, démentie. Toutefois, ce témoignage n'a pas assez d'autorité pour que nous regardions le fait comme établi.
53: Cf. passim, dans la Monarchie de 1830, brochure publiée par M. Thiers, en novembre 1831.
54: Le National disait, le 10 août 1831: «M. Thiers a gagné incontestablement, comme orateur, depuis la dernière session; mais il fera bien de se défaire de la mauvaise habitude de traiter d'absurdes, d'insensées, de sottes toutes les opinions qui ne sont pas les siennes.»
55: National du 5 octobre 1831.
56: Les recettes ordinaires de 1830 avaient été évaluées par le projet de budget à 979,787,135 francs, les dépenses à 972,839,879 francs. Par suite de la révolution, les recettes ne s'élevèrent qu'à 968,236,623 francs, et au contraire les dépenses montèrent à 997,874,109 francs. De plus, sur le budget extraordinaire, il y eut un excédant de 34,097,625 francs, ce qui fit un excédant total de dépenses de 63,735,111 francs.
57: M. Dupin dit dans ses Mémoires (t. II, p. 544), que le Trésor avait à payer, du 20 au 21 mars, 65,500,000 francs; on n'avait que 14 millions; on était donc au-dessous des besoins de 51,500,000 francs.
58: Lettre de M. de Rémusat à M. de Barante. (Documents inédits.)
59: Ces ressources extraordinaires mises à la disposition du gouvernement, sauf réalisation, s'élevaient à 356,458,808 francs, savoir: 1o 3 millions de rente 3 pour 100, représentant un capital de 54 millions; 2o obligations, aliénations de bois et négociations de rente pour 200 millions; 3o addition au principal de la contribution foncière, 46,458,808 francs; 4o crédit en rentes jusqu'à concurrence de 50 millions; 5o retenues sur les traitements, 6 millions. Le ministère eût voulu moins demander à l'emprunt et plus à l'impôt; la Chambre s'y refusa. En 1831, l'excédant des dépenses sur les recettes fut de 266,007,933 francs, qui joint au déficit de 1830, formait un découvert total de 329,743,044 francs.
60: Le ministre des finances disait, le 19 août 1831, à la Chambre: «C'est un désordre grave, dans le gouvernement d'un peuple libre, que d'administrer sans budget.»
61: «Où mène l'esprit qui n'est que l'esprit?» disait encore le National à propos de M. Thiers, et il ajoutait: «Ce n'est pas sans douleur que nous le voyons s'égarer au service d'une politique basse, petite, misérable, à laquelle les inspirations du cœur, toujours si sûres, si fécondes, n'ont point de part.»
62: Voici quelques extraits de ce factum, publié en 1831: «Justice sévère, honte même à l'homme doué d'autant de talent que d'énergie, qui, grandi d'abord à l'ombre de la bannière que la France vient de reconquérir au prix de son sang, la renie ensuite avec scandale, fournit aux oppresseurs de la liberté l'appui d'un talent qu'il prêtait naguère à la liberté même!... Orateur loquace et superficiel, doué d'une facilité déplorable, M. Thiers occupe la tribune des heures entières, et fatigue, assourdit, éblouit ses auditeurs. Il a la conscience d'un charlatan et la volubilité d'une femme en colère. Il embrouille et noie les questions les plus simples dans la fluidité confuse de son langage, tourne, déplace, escamote les difficultés, s'embourbe dans le gâchis de ses sophismes, et finit par rire le premier de la crédulité de ceux qui l'entourent.»
63: À Tarascon, le 23 mai 1831, la troupe avait refusé de marcher contre les émeutiers.
64: Dans le procès d'avril, quelques années plus tard, l'un des accusés interpella M. Barthe, pour lui rappeler qu'ensemble ils avaient juré haine à la royauté sur le même poignard. M. Barthe était, du reste, bien revenu de ses entraînements révolutionnaires. Le roi Louis-Philippe disait de lui, un jour, à M. Guizot: «Bien peu d'avocats comprennent les conditions du gouvernement; Barthe y est arrivé. Ce n'est pas un transfuge, c'est un converti; il a vu la lumière.»
65: Jusqu'à la fin, l'opposition, avec la clairvoyance de la haine, se servira de cette origine pour rabaisser la monarchie. La veille de la crise de février 1848, M. Mauguin disait encore à la tribune: «Pourquoi prononcer de grands mots contre les révolutions? Mais notre gouvernement, nos Chambres, nos ministres, la couronne elle-même, est-ce que tout cela n'est pas révolutionnaire? Est-ce que vous n'avez pas ici jugé un roi? Est-ce que vous trouvez quelque chose de plus révolutionnaire que de prononcer la déchéance d'un roi, de déclarer la vacance d'un trône, de décerner une couronne? Vous êtes un gouvernement révolutionnaire.»
66: Souvenirs du feu duc de Broglie.
67: «Des bourgeois de province engendrer un roi de France! Cela, en effet, valait la peine d'être crié sur les toits, et ne se voit pas tous les jours; aussi n'entendis-je longtemps retentir à mes oreilles, à la Chambre et dans les couloirs, que ces mots ronflants et superbes: Le Roi que nous avons fait! Oui, le Roi que nous avons fait! Comme ils en remplissaient leur bouche!» (Cormenin, Livre des orateurs, Appendice, t. II, p. 375.)
68: Lettres de Doudan, t. II, p. 178-179.
69: Un observateur avisé, madame Émile de Girardin, dira, quelques années plus tard: «Nous sommes maintenant un peuple d'envieux qui voulons rire de nos maîtres.» (Lettres parisiennes du vicomte de Launay, t. III, p. 73.)
70: M. de Vigny écrivait dans son journal, le 21 août 1830, quelques jours après la révolution: «En politique, je n'ai plus de cœur. Je ne suis pas fâché qu'on me l'ait ôté: il gênait ma tête. Ma tête seule jugera dorénavant et avec sévérité. Hélas!»
71: C'est à M. Guizot que le Roi disait, un jour, en lui prenant tout à coup les mains avec effusion: «Je vous dis, mon cher ministre, que mes enfants n'auront pas de pain.»
72: A. Karr s'est amusé, dans ses Guêpes, à relever la phrase suivante de M. de Cormenin: «Le budget est un livre qui pétrit les larmes et les sueurs du peuple pour en tirer de l'or,... un livre qui chamarre d'or et de soie les manteaux des ministres, qui nourrit leurs coursiers fringants, et tapisse de coussins moelleux leurs boudoirs.»
73: Guizot, Mémoires, t. II, p. 224.
74: Le projet voté par la Chambre des députés portait: «La loi du 19 janvier 1816, relative à l'anniversaire du 21 janvier, est abrogée.» La Chambre des pairs le modifia ainsi: «Art. 1er. Le 21 janvier demeure un jour de deuil national.—Art. 2. Toutes les autres dispositions de la loi du 19 janvier 1816 sont abrogées.» La Chambre des députés ayant persisté dans son premier vote, la question revint, en 1833, à la Chambre des pairs, qui, cette fois, s'arrêta à la rédaction suivante: «La loi du 19 janvier 1816, relative à l'anniversaire du jour funeste et à jamais déplorable du 21 janvier 1793, est abrogée.» Cette rédaction fut adoptée par la Chambre des députés.
75: Nous avons dit ailleurs l'importance qu'a eue, dans la carrière politique et oratoire de M. Thiers, le discours qu'il a prononcé en cette circonstance.
76: J'ai eu plus d'une fois l'occasion de marquer l'action de M. Royer-Collard et d'esquisser sa puissante et originale figure dans mon étude sur le Parti libéral sous la Restauration. (Cf. notamment p. 80 et 418.)
77: Peu après l'avénement de Périer, l'Ami de la religion disait de lui: «On assure qu'il blâme les vexations exercées en tant de lieux contre le clergé, et qu'il s'est prononcé, entre autres, très-fortement contre les enlèvements et destructions de croix.»
78: Voyez entre autres les discours prononcés à Amiens, à Meaux, à Besançon, etc., etc. (Ami de la religion, passim.)
79: Vie de Mgr Devie, par l'abbé Cognat, t. II, p. 21.
80: Voyez notamment les lettres pastorales des archevêques ou évêques de Tours, Sens, Belley, Strasbourg, Troyes, Angers, des vicaires capitulaires d'Avignon. (Cf. passim, Ami de la religion de 1830 et 1831.)
81: Séance du 13 février 1822.
82: Vie de Mgr Devie, par l'abbé Cognat, t. II, p. 5.—Vie de Mgr de Quélen, par M. d'Exauvillez, t. II., p. 45-46.
83: Un homme politique qui s'est trouvé, en 1829, accompagner Périer aux bains de Louèche a remarqué qu'il ne manquait jamais la messe le dimanche, et que, le plus souvent même, il assistait aux vêpres.
84: Ces paroles sont rapportées dans une lettre écrite, en 1843, par Mgr Devie, au ministre des cultes. (Vie de Mgr Devie, par l'abbé Cognat, t. II, p. 225.)
85: Dans une circulaire, en date du 2 septembre 1831, relative à la surveillance à exercer sur les carlistes, Casimir Périer disait à ses préfets: «Recommandez aux maires de vous signaler avec exactitude le déplacement clandestin des ecclésiastiques, et faites-le-moi connaître.» Dans l'état des esprits et avec les dispositions de beaucoup de municipalités, on conçoit quels abus pouvait encourager une semblable recommandation. Faut-il s'étonner que, peu après, le 8 octobre, l'évêque de Saint-Dié fût réduit à engager ses prêtres «à se refuser la consolation de visiter leurs confrères», afin d'éviter «ce qui pourrait dégénérer en sujet de trouble, par la prévention maligne d'un œil qui, n'étant pas bon pour vous, ne voit jamais vos actions, même les plus simples, que sous un jour peu favorable»? «Les visites, dit-il, que les prêtres pourraient se faire mutuellement ne seraient pas sans désagrément pour leurs personnes et sans préjudice pour la religion.»
86: Lettre du 29 août 1831.
87: Moniteur du 13 septembre 1831.
88: M. Bérenger exprimait le regret que, «sous un gouvernement et après une révolution qui consacrent cette liberté, des citoyens ne pussent, sans opposition, se vêtir et prier Dieu comme ils l'entendaient, dans leur maison, alors surtout qu'on ne demandait à la loi d'autre protection que celle qui est due à tous les citoyens».
89: Séance du 31 décembre 1831.
90: Jugement du 20 janvier 1832.
91: Dans l'éloquente plaidoirie qu'il a prononcée, en 1884, devant le tribunal des conflits, pour d'autres religieux dispersés, Me Sabatier a noté, entre les exécutions de 1830 et celle de la Meilleraye, une différence importante, au point de vue juridique. À la Meilleraye, il y avait eu grand déploiement de force armée, sans doute parce qu'on se croyait sous la menace d'une insurrection carliste; mais cette force armée paraît n'avoir été mise en action contre la personne des religieux que lors de la seconde expédition et seulement contre les étrangers; dans ce cas, en effet, elle était brutale, mais n'avait rien d'illégal. Quant aux religieux français expulsés lors de la première expédition, ils avaient protesté, mais avaient fini par se disperser volontairement. Rien n'avait été fait contre eux qui pût être comparé aux portes crochetées et brisées, aux citoyens français arrachés de force de leurs domiciles, à toutes les violences scandaleusement illégales dont nous avons été témoins. Même, d'après les instructions du ministre de 1831, citées dans le rapport de M. Bérenger, le sous-préfet devait, en cas de refus des moines, «requérir immédiatement l'intervention du procureur du Roi», ce qui semble signifier un recours aux voies judiciaires.
92: Ami de la religion, t. LXIX, p. 102 et 117.
93: Ces statues ont été plus tard portées dans la chapelle du château de Versailles. Elles n'ont été replacées à Notre-Dame, derrière le maître-autel, que sous le second empire, lors de la restauration dirigée par M. Viollet-Leduc.
94: Dans ce même discours, Thibaudeau s'écriait, en s'adressant aux mânes de Grégoire: «Tant qu'un souffle de vie nous animera, à ton exemple, nous le consacrerons au culte de la liberté et de la patrie.» Est-ce pour tenir ce serment si solennel, qu'en 1852, au lendemain du coup d'État, ce dernier survivant des régicides se faisait porter sur la première liste des membres du Sénat impérial?
95: On lisait dans cet article, en date du 31 mai 1831: «Les obsèques de M. l'abbé Grégoire, ancien évêque de Blois, ont eu lieu aujourd'hui, 30 mai, avec toute la régularité et la décence qu'exigeait une cérémonie de ce genre... On savait que l'autorité ecclésiastique ne croyait pas pouvoir accorder les prières de la communion catholique à cet ancien évêque. Sans vouloir examiner jusqu'à quel point cette détermination était compatible avec de hautes considérations d'État, et sans oublier que les libertés religieuses font aussi partie des libertés françaises, le gouvernement ne dut s'appliquer qu'à prévenir les fâcheuses interprétations ou les prétextes de troubles qui pouvaient résulter de ce refus.» Puis, après avoir raconté comment s'était faite la cérémonie, le Moniteur ajoutait: «Les lieux ont été remis régulièrement à M. le curé de l'Abbaye-aux-Bois. Tout est calme. Nous voilà bien loin des scandales qui, il y a peu d'années, accompagnaient des conflits de ce genre. C'est un des fruits de la raison publique... On comprend mieux toutes les libertés; on les possède plus sûrement; on en jouit avec plus de sagesse.» Le lendemain, cependant, le Moniteur jugea nécessaire de protester contre le discours de Thibaudeau.
96: Journal des Débats, février 1832.
97: Vie du cardinal Mathieu, par Mgr Besson, t. I, p. 114 et 146.
98: Sur toutes ces petites persécutions des municipalités, cf. l'Ami de la religion de 1831 et de 1832, passim, notamment t. LXVII, p. 587; t. LXIX, p. 104, 134, 152, 169, 183; t. LXX, p. 215, 247, 281; t. LXXI, p. 596.
99: M. de Montalivet était alors ministre de l'instruction publique.
100: M. de Salvandy, Seize Mois, ou la Révolution et les révolutionnaires, p. 420.
101: Février 1832.
102: Séance du 22 décembre 1831.
103: Le rapporteur se pose cette question: La liberté d'enseignement n'est-elle pas dangereuse pour la liberté publique, en fournissant à ses ennemis des armes nouvelles, ardemment désirées par eux? Il répond: «Les ennemis de la révolution de Juillet auraient contre nous trop d'avantages s'il leur suffisait de réclamer les lois justes, les institutions sages qu'elle promettait, pour nous disposer à nous en priver, et s'il fallait nous refuser à nous-mêmes tous les biens dont ils se flattent de profiter. Ce sont, depuis quarante ans, des alarmes de cette espèce qui nous ont valu tant de lois funestes, et, de tous les maux que nous ont faits les partisans de l'ancien despotisme, le plus profond peut-être consiste dans l'injustice ou l'imprudence des résolutions législatives, dictées, à diverses époques, par les peurs qu'ils inspirèrent... La liberté publique jouit contre eux de toutes ses forces, quand ils jouissent eux-mêmes de tous ses bienfaits et quand elle ne leur refuse que des priviléges. Vous remplirez donc le vœu exprimé par l'article 69 de la Charte. Vous garantirez la liberté des écoles privées, et vous avouerez qu'elle serait chimérique, si le gouvernement intervenait dans leur régime intérieur, par des nominations, des injonctions, des prohibitions, par d'autres actes enfin que ceux qui tiendraient à l'exécution des dispositions précises de la loi. Vous affranchirez surtout les écoles particulières de l'empire d'un corps enseignant qui, jusqu'en 1830, ne leur a laissé ni permis aucune indépendance.»
104: Un député, M. Aug. Giraud, disait, aux applaudissements de ses collègues: «Jamais je n'ai redouté le parti républicain: il est si peu nombreux, qu'il est impuissant à faire le mal. Il n'en est pas de même du parti carliste et du parti prêtre. C'est sur ce parti que nous devons fixer nos regards.»
105: M. Guizot avait écrit, à ce propos, dans la Revue de Paris du 6 mars 1831, les réflexions suivantes, qui contrastent singulièrement avec tout ce qu'on disait alors autour de lui: «La liberté religieuse a été violée, les croix insultées, brisées; tout ce que nos pères adoraient, tout ce que nous vénérons a été livré à la destruction et à l'outrage; une église antique n'a été protégée qu'en devenant une mairie, et il a fallu la déguiser pour la sauver. Les catholiques,—et ils sont plus nombreux aujourd'hui qu'avant le 14 février, parce que tout honnête homme se souvient de sa religion quand il la voit outragée,—les catholiques sont inquiets dans toute la France. Les députés belges ont pu conter dans la Flandre catholique comment, à Paris, on traite les églises. La capitale de la France a pu passer aux yeux des étrangers pour une ville d'irréligion fanatique, et, ce qu'il y a de pis, c'est que tous ces maux, vous ne pourrez pas les réparer. Il n'est pas en votre pouvoir de faire remettre une croix abattue sur une église chrétienne.»
106: National du 25 novembre 1831.
107: Cette conversation eut lieu avec M. Vitet. (Mémoires de M. Guizot, t. II, p. 312-313.)
108: La Monarchie de 1830, passim. Cette brochure a été publiée à la fin de 1831.
109: Carrel prévoit l'objection: N'est-ce pas la complète justification de la politique de résistance qu'il a de tout temps combattue?—«Oui, répond-il, aux yeux de ceux qui voulaient faire sortir une monarchie de la révolution de 1830.» Mais, ajoute-t-il, «ce qui a pu être fort avantageux à la dynastie a pu être fort mauvais au pays». C'est le point de vue républicain. (National, article du 7 novembre 1834.)
110: Expression de M. Guizot.—Le Journal des Débats disait aussi, le 29 octobre 1831: «Le grand danger des époques révolutionnaires, c'est que les esprits ne savent plus à quoi se rattacher, et que cette incertitude peut les livrer aux expérimentateurs politiques. L'homme ou le principe qui les tire de cette incertitude et qui a su deviner, au fond de leurs hésitations, vers quelle pensée ou quel intérêt ils penchaient le plus généralement, a trouvé le plus sûr moyen d'influence et souvent de succès. C'est ce qu'a su faire le ministre de la Charte et de la paix.»
111: Le Journal des Débats pouvait écrire, le 13 mars 1832, sans que personne l'accusât d'adulation exagérée: «...Dès aujourd'hui, nous le disons hautement, M. Casimir Périer trouve la récompense de son courage et de ses nobles efforts dans la confiance sans bornes que la France lui accorde... Cette confiance, l'Europe la partage. Le nom de M. Périer est une garantie de paix pour l'Europe.»
112: «Il y a des bonnes gens à qui M. Périer a réussi à persuader qu'il n'y a plus d'ordre, plus de liberté, plus de gouvernement possible en France, s'il venait à quitter le ministère.» (National du 25 juillet 1831.)
113: Mémoires du vicomte de la Rochefoucauld, t. XIII, p. 183.
114: Henri Heine, De la France.
115: Expression de M. Vitet.
116: Guizot, Mémoires, t. II, p. 311-312.
117: C'est ainsi que Henri Heine le représentait alors, «le cœur dévoré par tous les serpents du remords et la tête chargée de toutes les malédictions de l'humanité». Et il ajoutait: «Les damnés de l'enfer se consoleraient entre eux, en se racontant les tourments de cet homme.»
118: On a évalué à environ vingt mille le chiffre des victimes du choléra à Paris. Il faudrait y ajouter les décès survenus dans les vingt-deux départements que le fléau visita.
119: La session fut close le 21 avril.
120: Heine écrivait alors: «Je n'ai jamais vu l'Église représentée, ni par ses ministres, ni par ses symboles, dans aucun des milliers de cortéges de deuil qui ont passé devant moi pendant la période du choléra.»
121: Ce fut le 15 août suivant que Mgr de Quélen officia, pour la première fois depuis la révolution, dans l'église Notre-Dame.
122: Le National disait, le 4 avril 1832: «Nous avons la douleur d'annoncer qu'il n'est que trop vrai que des tentatives d'empoisonnement sur le vin des débitants et la viande de boucherie ont été pratiquées par une bande de misérables dont l'atroce manie ne peut être comparée qu'à celle des incendiaires qui désolèrent, il y a deux ans, les départements de l'Ouest.» Le lendemain, à la vérité, ce journal déclarait que la nouvelle lui paraissait douteuse.
123: Lettre du 19 avril 1832, écrite par Henri Heine à la Gazette d'Augsbourg.—De la France, p. 139-140.
124: Philarète Chasles, Mémoires.
125: Le National racontait, avec une sorte de joie sauvage, que le ministre était «aliéné» et «entre les mains du médecin en chef de Charenton». Il parlait de «ce malheureux privé de sa raison qui, depuis huit jours, n'a retrouvé de courts intervalles lucides que pour maudire l'instant qui lui fit prêter son nom et l'énergie maladive de son tempérament au système personnel du Roi». (Article du 29 avril.) La Tribune disait de Périer que c'était un «malheureux se débattant dans sa camisole de force».
126: La Fayette, dans une lettre intime du 28 avril 1831, exprimait une douloureuse sympathie pour Périer. Il ajoutait: «Les journaux sont durs à son égard, je l'ai dit à ceux de ma connaissance qui y travaillent.»
127: Henri Heine, De la France, p. 153.
128: Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XII, p. 95.
129: C'est vers la fin d'avril que le choléra commença à diminuer d'intensité. Il y eut, en juillet, une assez forte recrudescence, et le fléau ne disparut complétement qu'à la fin de septembre.
130: Voici le document que publiait la Tribune du 17 mai: «À la nouvelle de la mort du président du conseil, les détenus politiques soussignés, carlistes et républicains, ont unanimement résolu qu'une illumination générale aurait lieu ce soir à l'intérieur de leurs humides cabanons. Signé: Baron de Schauenbourg, Roger, Toutain, Lemestre, henriquinquistes; Pelvillain, Considère, Degaune, républicains.»
131: Notes biographiques inédites du duc de Broglie.
132: Ordonnances du 27 et du 30 avril 1832.
133: Rappelons quelle se trouvait être alors la composition du cabinet: Montalivet, Intérieur; Sébastiani, Affaires étrangères; Barthe, garde des Sceaux; baron Louis, Finances; d'Argout, Commerce et Travaux publics; Girod de l'Ain, Instruction publique; maréchal Souk, Guerre; amiral de Rigny, Marine.
134: Dans les controverses de cette époque, on faisait grand abus de ce mot de «système». Peu de jours après que Périer avait pris le pouvoir, le 15 mars 1831, le Journal des Débats avait écrit: «Depuis plus de quatre mois, le gouvernement semble ne pas avoir de système... C'est ce défaut de système qui fait ses tiraillements. L'avénement du nouveau ministère est un système. Quel est ce système?...» Depuis lors, on ne parlait plus que du «système»: on était pour ou contre «le système». Ce langage devait persister longtemps. En 1839, le Roi, causant avec M. Dupin qu'il pressait d'entrer au ministère, s'écriait: «Pourvu qu'on ne s'écarte pas du système!» et M. Dupin protestait. «Pour mon compte, disait-il, ne croyez pas que je veuille entreprendre ce que le Journal des Débats appelait dernièrement la glorification du système.» (Mémoires de M. Dupin, t. IV, p. 6.)
135: Moniteur du 17 mai 1832.
136: Journal des Débats, 15 mai 1832.
137: Le Roi, a dit M. Guizot, «manifestait trop d'avis et de désirs dans de petites questions et de petites affaires qui ne méritaient pas son intervention. L'indifférence et le silence sont souvent d'utiles et convenables habiletés royales; Louis-Philippe n'en faisait pas assez d'usage.» C'est ce qui faisait dire à Béranger avec plus de méchanceté que de vérité: «Le Roi veut goûter à toutes les sauces et fait tourner toutes celles où il trempe le bout du doigt.»
138: À cette époque même, en juin 1832, le Roi, causant avec les chefs de la gauche, ne trahissait-il pas son regret, quand il leur disait: «Un roi constitutionnel ne peut malheureusement pas s'expliquer à la tribune: je ne puis faire connaître personnellement mes sentiments que quand je voyage, et vous aurez remarqué que je ne laisse jamais échapper ces occasions sans en profiter.» (Mémoires d'Odilon Barrot, t. I, p. 610.)
139: Il ne convient d'accueillir qu'avec méfiance l'assertion de M. Odilon Barrot qui prétend qu'à la nouvelle de la mort de Périer, le Roi se serait contenté de cette froide réflexion: «Est-ce un bien? est-ce un mal?...»
140: M. Guizot raconte, à ce propos, dans ses Mémoires (t. II, p. 329): «Peu de jours après la mort de M. Casimir Périer, j'étais aux Tuileries, dans le salon de la Reine; un membre de la Chambre des députés, homme de sens et très-dévoué au Roi, dit à l'un des officiers intimes de la Cour: «Quel fléau que le choléra, monsieur, et quelle perte que celle de M. Périer!—Oui, certainement, monsieur; et la fille de M. Molé, cette pauvre madame de Champlâtreux!» Comme pour atténuer, en le comparant à une douleur très-légitime, mais purement de famille, le deuil public pour la mort d'un grand ministre. Je ne doute pas que, si le roi Louis-Philippe eût entendu ce propos, il n'en eût senti l'inconvenance; mais les serviteurs ont des empressements qui vont fort au delà des désirs des rois, et celui-là croyait plaire en repoussant M. Casimir Périer dans la foule des morts que le choléra avait frappés.»
141: Lors du second ministère, M. Laffitte avait le titre de président du Conseil; mais son indolence laissait grande place à l'action et à la prépondérance royales.
142: Journal des Débats du 17 mai 1832.
143: Mémoires du général de Ségur, t. VII.
144: Sur cette agitation, cf. l'Histoire des sociétés secrètes et du parti républicain de 1830 à 1848, par Lucien de la Hodde. Ce dernier, membre actif des sociétés révolutionnaires pendant toute la monarchie de Juillet, rédacteur des journaux d'extrême gauche, était en réalité un habile et précieux agent de la police secrète. Quand Caussidière, lui-même ancien conspirateur, arriva à la préfecture de police en 1848, il découvrit le rôle joué par son camarade. Il réunit alors seize de ses amis chez Albert, au Luxembourg; de la Hodde avait été convoqué. Caussidière invita la réunion à se constituer en tribunal secret pour juger un traître, dénonça de la Hodde, et lui donnant à choisir entre un pistolet armé ou un verre de poison, le somma tragiquement de se donner la mort. L'ancien agent de la police s'y refusa. On n'osa le tuer, et Caussidière dut se contenter de le mettre arbitrairement au secret dans la prison de la Conciergerie. De la Hodde ne recouvra sa liberté qu'à la chute de Caussidière. Il publia son Histoire des sociétés secrètes en 1850.
145: Voici quelques fragments qui donneront une idée de ce document: «...Lors de la discussion de la liste civile, nous avons cru que la royauté nouvelle avait d'autres conditions de force et d'existence que le luxe et la corruption des vieilles monarchies...—Deux systèmes étaient présentés pour l'organisation de l'armée: l'un, qui demandait une puissante réserve composée de la garde nationale et des soldats libérés du service, aurait permis de diminuer la force et les dépenses de l'armée permanente.... Ce système, plus économique, plus favorable à la fusion de la garde nationale et de l'armée, était le nôtre...—Le gouvernement, abusé par de funestes doctrines et d'injustes préventions, n'a vu d'ennemis que dans ceux qui avaient combattu pour le fonder...—C'est la rougeur sur le front que nous avons entendu les agents du gouvernement parler de la crainte de déplaire aux cabinets étrangers; nous croyions que la France était à jamais affranchie de cette humiliante influence... Après le renversement d'une dynastie imposée par la Sainte-Alliance, le gouvernement devait surveiller avec inquiétude les mouvements des monarques étrangers. Il ne devait pas leur permettre surtout d'étendre et d'augmenter leur puissance... Et cependant, malgré ses promesses formelles, il a abandonné l'Italie à la domination de l'Autriche, et il a laissé périr la Pologne, cette Pologne que nous pouvions secourir, quoi qu'on en ait dit à la tribune, et que notre devoir était de sauver, etc., etc.»
146: Il ne faut pas confondre ce Garnier-Pagès, homme de talent, qui cachait dans un corps maladif une volonté froide et passionnée, avec son frère cadet, personnage bonasse, médiocre et un peu ridicule, qui dut seulement au renom laissé par son aîné de se trouver un moment en 1848 à la tête de la France. Le 24 février, on lisait, à la tribune de la Chambre envahie, les noms des membres du gouvernement provisoire; arrivé au nom de Garnier-Pagès, une voix du peuple cria: «Il est mort, le bon!»
147: O. Barrot, Mémoires, t. I, p. 268.
148: De la Hodde, Histoire des sociétés secrètes, p. 87.
149: Ainsi appelait-on ceux des combattants de Juillet qui prétendaient n'avoir pas été récompensés selon leur mérite.
150: On a raconté que, quand le cortége était arrivé à la place de la Bastille, un officier du 12e léger s'était avancé vers le premier groupe et avait dit au chef: «Je suis républicain, vous pouvez compter sur nous.» Aucune défection ne se produisit.
151: M. de Saint-Priest écrivait à M. de Barante: «Louis-Philippe a fait son devoir de roi avec un courage, une bonne grâce, un à-propos vraiment admirables; ni trop ni trop peu; du courage sans témérité, de la dignité dans le maintien, des mots heureux à la façon de Henri IV.» (Documents inédits.)
152: Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. III, p. 286.
153: «Magistrats, députés, gardes nationaux ne peuvent se croire fidèles à leurs serments envers le pays, s'ils n'interviennent pas de la manière la plus énergique entre la population qu'on menace d'égorger, et un gouvernement qui veut forcer les soldats à égorger la population, les citoyens à s'armer contre les citoyens. Par son endurcissement à soutenir un fatal système, il s'est fait une nécessité du crime; il faut qu'il étouffe dans le sang nos patriotiques résistances..... La France veut un gouvernement qui la défende au lieu de l'assassiner.» (National du 6 juin 1832.)
154: Mémoires d'Odilon Barrot, t. I, p. 270.
155: Lettre du 20 juin 1832. (Mémoires de La Fayette, t. VI, p. 674.)
156: Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. III, p. 286.
157: On trouve notamment le texte de ce procès-verbal dans les Mémoires de M. Odilon Barrot, t. I, p. 596 à 612.
158: C'est ainsi qu'on eût préféré ne pas le voir chercher à se faire une sorte de popularité libérale aux dépens de ses conseillers, notamment de Casimir Périer. «Dans le conseil des ministres dont on veut me tenir éloigné, disait le Roi, ce n'est certainement pas par mon influence qu'on prendra des déterminations illibérales. Ce matin, par exemple, il y avait des avis pour la mise en état de siége, et je m'y suis formellement opposé.» Cette déclaration était d'autant plus fâcheuse que, le lendemain, le ministère décidait cette mise en état de siége: on verra quelles polémiques et quelles difficultés devaient en résulter. Louis-Philippe se vantait également de s'être «opposé aux mesures d'exception, que Périer lui proposait souvent quand il était dans ces accès de colère qui, ajoutait-il, nous ont nui plusieurs fois». À un autre moment, il disait «n'avoir jamais deviné par quel caprice Périer s'était opposé obstinément» à une démarche demandée par M. Arago.
159: «Dès mon arrivée au trône, disait le Roi, j'adoptai une marche qui me parut bonne, qui me semble bonne encore aujourd'hui. Prouvez-moi que je me trompe, et je changerai. Jusque-là, je dois persister; je suis un homme de conscience et de conviction. On me hacherait comme chair à pâté dans un mortier, plutôt que de m'entraîner dans une voie dont on ne m'aurait pas démontré la convenance. Ce ne sont pas là les influences de ce prétendu entourage dont on parle tant. Je vous le dis avec franchise, un entourage, je ne m'en connais point. Peut-être est-ce l'effet de mon amour-propre, mais je crois pouvoir ajouter que personne n'a pris sur moi un ascendant qui, dans les grandes ou même dans les petites affaires, me soumette à ses volontés. Mon système de gouvernement, je le répète, me paraît excellent; je n'en changerai point, tant que vous ne m'aurez point prouvé qu'il est mauvais.» Et plus loin, dans le même ordre d'idées, le Roi prononçait, au sujet de Casimir Périer, des paroles que nous avons déjà citées.
160: La pensée de ce rapprochement entre les journées de juillet 1830 et celles de juin 1832 préoccupait alors tous les esprits. M. Guizot écrivait, le 14 juin, au duc de Broglie: «La parodie de la révolution de Juillet est jouée et tombée. Rien n'y a manqué: l'adresse des 221 sous le nom de Compte rendu, etc.» (Papiers inédits.)
161: Lettre de madame G*** à M. le duc de Broglie. (Papiers inédits.)
162: Les grands journaux légitimistes étaient déjà très-violents. Mais ce n'était rien à côté des petites feuilles satiriques d'extrême droite telles que le Bridoison ou les Cancans. La lecture en est singulièrement répugnante. Pour en avoir une idée, voyez les citations faites par M. Giraudeau, dans son livre sur la Presse périodique de 1789 à 1867, p. 76 à 87.
163: Cf. passim, discours à la Chambre des pairs, 7 août 1830; De la Restauration et de la Monarchie élective (1831); De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et de sa famille (1831); lettre à la duchesse de Berry (1832); lettre à Béranger (1832), etc., etc.
164: Il faut croire que cette tactique est la tentation naturelle de tout parti dans la situation des légitimistes après 1830; car les «cavaliers» anglais n'avaient pas agi autrement au dix-septième siècle. Lamartine cite à ce propos, dans une lettre à M. de Virieu, ce passage de Burnet: «Les cavaliers vaincus se firent les plus logiques des républicains. Personne ne poussait aussi loin qu'eux les conséquences de la révolution, et, quand on leur demandait pourquoi ils proclamaient, d'une façon si absolue, des principes contradictoires à leur ancienne nature, ils répondaient: «Nous avions une logique pour la monarchie, nous en avons une pour la république; elle est sincère; nous voulons l'extension indéfinie des principes que le pays a adoptés.» La restauration ayant eu lieu, ils revinrent à leurs anciens principes, mais ils avaient perdu toute autorité pour les faire de nouveau prévaloir. On leur opposait leurs paroles récentes, et de là vint le discrédit où ils tombèrent justement et la chute définitive de la dynastie.»
165: Gazette de France du 10 août 1830.
166: Voir, par exemple, l'article publié par Carrel, dans le National, à la date du 11 mars 1831.
167: Journal de M. de Guernon-Ranville, 1er août 1834.
168: C'est ainsi qu'en 1840, à l'occasion des affaires d'Orient, MM. Dupont de l'Eure, Odilon Barrot, Mauguin, Thomas du National, Isambert, Chambolle du Siècle, Louis Blanc se réunissaient chez M. Laffitte, avec MM. de Genoude de la Gazette de France, Laurentie de la Quotidienne, Lubis de la France et Walsh de la Mode. (Nettement, Histoire de la littérature sous le gouvernement de Juillet, t. II, p. 474.)
169: Revue des Deux Mondes, 1er novembre 1869, p. 100.
170: Discours de M. Guizot, du 12 mars 1834. Cf. aussi le discours du 9 août suivant.
171: De la Hodde, Histoire des sociétés secrètes, p. 79 et suivantes.
172: Mémoires d'outre-tombe, par Chateaubriand, t. X, p. 143.—Walter Scott ne tournait pas seulement la tête des princesses. Combien de petites bourgeoises rêvaient alors d'être Diana Vernon! Voir, à ce propos, dans les spirituels Mémoires de M. de Pontmartin, l'histoire de la fille du chocolatier marseillais. (Correspondant, 25 décembre 1881, p. 1046.)
173: Ordre du 27 janvier 1831.
174: Dépêches citées par Hillebrand, Geschichte Frankreichs (1830-1848), t. I, p. 355-358.
175: M. de Metternich déplorait alors «la malheureuse facilité de la duchesse de Berry à se laisser influencer par des flatteurs qui, en sachant caresser ses affections toutes naturelles, l'exaltent et l'entraînent». Le chancelier déclarait d'ailleurs que l'entreprise projetée «ne pouvait avoir que de fâcheux résultats». (Mémoires de M. de Metternich, t. V, p. 284, 340.)