176: C'est ce qui faisait dire, quelques mois plus tard, à M. Berryer, devant la cour d'assises de Loir-et-Cher: «C'est beaucoup pour moi d'avoir cette pensée, satisfaisante pour l'honneur et le courage français, que, depuis cinq ou six mois que madame la duchesse de Berry est entrée en France, elle a changé de demeure trois ou quatre fois par semaine, que, dans chacune de ses retraites, huit à dix personnes ont connu son secret, et que pas une seule n'ait été tentée de le trahir.»
177: Voir, sur ces faits et sur ceux dont nous parlons plus loin, le Journal militaire d'un chef de l'Ouest, par le baron de Charette. Celui-ci, l'un des amis les plus ardents de la duchesse de Berry, l'un de ceux qui la poussèrent le plus à l'action, déclare avoir écrit sa relation «pour ainsi dire sous les yeux de Son Altesse Royale».
178: On trouva plus tard, dans les papiers de la Duchesse, une note datée du 1er juin et écrite de la main de M. de Chateaubriand. On y lisait: «Les fidèles amis de la duchesse de Berry non-seulement pensent que la guerre civile est toujours une chose funeste et déplorable, mais que de plus elle est, en ce moment, impossible... Ils pensent que les personnes qui ont été conduites à conseiller des mouvements de cette nature ont été grossièrement trompées, ou par des traîtres, ou par des intrigants, ou par des gentilshommes de courage qui se sont plus abandonnés à la chaleur de leurs sentiments qu'ils n'ont consulté la réalité des faits.» La note concluait en déclarant formellement que la duchesse n'avait qu'une chose à faire: quitter la France au plus vite. (Documents inédits.)
179: Mémoires de Metternich, t. V, p. 349.
180: Mémoires de Metternich, t. V, p. 298-299.
181: Lettre du 14 juin, adressée au duc de Broglie. (Documents inédits.)
182: Le duc de Reichstadt succomba le 22 juillet 1832; mais dès le mois de juin, M. de Metternich annonçait qu'il était perdu.
183: Mémoires de Metternich, t. V, p. 288.
184: Documents inédits.
185: «L'effort est visible, écrivait à ce propos M. Guizot, le 23 juillet 1832, pour maintenir l'insolence; mais la confiance a disparu.» Et il ajoutait: «Carrel professe le découragement, le mépris des siens.» (Documents inédits.)
186: Cf. le Journal militaire d'un chef de l'Ouest, par le baron de Charette. «Il faut sauver madame la duchesse de Berry malgré elle, écrivait M. de Metternich, et l'on ne peut la sauver qu'en la faisant sortir de France.» (Mémoires de Metternich, t. V, p. 298.)
187: Charles X écrivait à la duchesse de Berry, le 28 août 1832: «J'ai besoin, ma chère enfant, de vous exprimer la parfaite inquiétude que j'éprouve de votre courageuse, mais inutile persévérance, dans une entreprise manquée, dès le principe, et qui ne peut plus être qu'aussi dangereuse pour vous qu'elle est funeste pour la cause que nous servons. Le vieux roi continuait en l'invitant, de la façon la plus pressante, à quitter la France. La duchesse d'Angoulême lui écrivait dans le même sens. (Papiers saisis lors de l'arrestation de la duchesse. Documents inédits.)—Dans une dépêche du 28 juillet, M. de Werther, ambassadeur de Prusse en France, parle des prières instantes que Charles X et la duchesse d'Angoulême avaient adressées à la duchesse de Berry, pour la déterminer à revenir auprès d'eux. L'ambassadeur croit que la répugnance que lui inspirait le séjour d'Holyrood était pour beaucoup dans la résistance de la princesse. (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. I, p. 399.)
188: C'était bien en effet le calcul de la duchesse de Berry; au mois d'août 1832, elle adressait à ses partisans une circulaire, où, pour se justifier d'être demeurée en France contrairement à leur avis, elle leur montrait l'état menaçant de l'Europe: «la question belge, sur le point d'amener un choc violent entre les puissances du Nord et la France; le vieux roi de Hollande, par sa persévérance, paraissant devoir entraîner dans la lice, en vertu des traités de 1815, cette vieille Europe qui semblait sommeiller depuis les grandes guerres de l'Empire»; et, tout en se défendant de vouloir rien faire par l'étranger, elle déclarait rester pour profiter de ces événements. M. de Charette, qui nous rapporte ce résumé de la circulaire, ajoute qu'elle avait convaincu beaucoup de Vendéens, qui dès lors ne conseillèrent plus à la duchesse de quitter la France.
189: Arrêté le 7 juin, M. Berryer ne fut jugé que le 16 octobre.
190: Mémoires de Metternich, t. V, p. 339.
191: Ibid., t. V, p. 239, 352 à 355.
192: Ce mariage fut célébré à Compiègne, le 9 août 1832.
193: Lettre du comte de Saint-Priest à M. de Barante, en date du 4 octobre 1832. (Documents inédits.)
194: Mémoires de Dupin, t. II, p. 445 et 551 à 553.
195: «C'est, a écrit M. de Cormenin, une espèce de paysan du Danube qui a chaussé les talons rouges..... Il est gauche à la cour et malappris. Il y offense, par ses lazzi, de princières susceptibilités. Les excursions de sa faconde importunent. Mais on ne l'empêche pas de courir à travers plaine, parce qu'on sait qu'il revient au gîte et se laisse prendre facilement par les deux oreilles. Dupin est le plus rustre des courtisans et le plus courtisan des rustres. Il ne faut pas s'y tromper: les courtisans de cette espèce ne sont pas les moins maniables. Le dessus de l'écorce est rude au toucher, mais le dessous en est lisse.«(Livre des orateurs, t. II, p. 85.)
196: Mémoires de M. Dupin, t. II, p. 441.
197: Article du 25 décembre 1832.
198: Où trouver d'ailleurs des natures plus dissemblables que celles de M. Guizot et de M. Dupin? Pour se rendre compte de cette dissemblance, il suffit de comparer les Mémoires des deux hommes. On connaît ceux de M. Guizot, moins confidences personnelles qu'histoire générale, regardée et racontée de haut. Les Mémoires de M. Dupin, plats et insipides, sans une vue large et élevée, ne sont en réalité qu'une série de petites notes, classées dans l'ordre chronologique, toutes rédigées au point de vue le plus mesquinement personnel, et coupées par les citations, soigneusement colligées, des articles de journaux où l'on avait fait l'éloge des discours et même des raouts de l'auteur.
199: Quelques semaines plus tard, M. Thiers, racontant ces pourparlers ministériels, écrivait au général Bugeaud: «Le Roi avait songé non à moi, non à M. Guizot, mais à M. Dupin seul. M. Dupin a voulu être chef absolu, faire et défaire à sa volonté, et surtout s'allier à la gauche, sous prétexte de transiger avec ses chefs les plus modérés.» (Cité par M. d'Ideville, dans son livre sur le Maréchal Bugeaud.)
200: Guizot, Mémoires, t. II, p. 359-60.
201: Lettre du 28 mai 1832. (Papiers inédits.)
202: M. de Barante, vers cette époque, écrivait de Turin à M. Guizot: «Vous avez contre vous cette fièvre d'égalité et d'envie, maladie endémique après nos révolutions. La Chambre m'en paraît envahie comme le public. Les succès qu'elle-même accorde sont presque un titre à sa malveillance... Vous êtes en butte à de violentes préventions populaires. Après les révolutions, il se manifeste, dans notre pays de vanité, une horreur des supériorités qui n'a plus d'aliment qu'en s'attaquant aux supériorités de l'esprit.» (Lettres du 8 et 19 octobre 1832.)
203: Souvenirs du feu duc de Broglie.
204: Le duc de Broglie, comme il l'a dit lui-même, «se tenait à distance et hors de portée de la cour, n'ayant nul goût pour cette faveur d'ancien régime dont toute restauration se trouve nécessairement assaisonnée», mais «ne se tenait pas à moindre distance, malgré ses liaisons politiques et domestiques, de tout complot républicain ou bonapartiste». Et il ajoutait: «Le roi d'Angleterre, Charles Ier, écrivait, dit-on, à la reine Henriette-Marie qu'il ne lui avait jamais été infidèle même en pensée; autant en aurais-je pu dire aux Bourbons de la branche aînée, mais sous condition, bien entendu, qu'entre nous la fidélité serait réciproque.» (Souvenirs.)
205: «Suivant de l'œil le cours précipité des événements, je ne me livrais pas aussi volontiers que bien d'autres à la perspective qui semblait s'ouvrir. La nécessité de traverser un état de transition révolutionnaire, et l'incertitude du résultat définitif, m'inspiraient plus de répugnance et d'anxiété que n'avait pour moi d'attrait l'espérance d'un état meilleur.» (Ibid.)
206: Souvenirs du feu duc de Broglie.
207: Life, Letters and Journals of George Ticknor.
208: Citons, par exemple, le beau portrait qu'en trace M. Guizot dans sa notice sur le duc de Broglie: «Née dans l'ardent foyer de la vie et de la société de madame de Staël, sa fille en avait gardé la flamme, en l'unissant à la lumière céleste, et elle en était sortie comme un beau métal sort de la fournaise, aussi pur que brillant, et fait pour les plus saintes comme pour les plus éclatantes destinations. La beauté de sa figure était l'image de son âme noble et franche, digne avec abandon, fière sans dédain, expansive et bonne jusqu'à la sympathie, pleine de grâce comme de liberté dans les mouvements de sa personne comme de son esprit, rarement en repos, jamais en trouble intérieur: créature du premier rang dans l'ordre intellectuel comme dans l'ordre moral, et en qui le don de plaire était le moindre de ceux qu'elle avait reçus de Dieu. Le duc de Broglie avait raison de porter à sa femme une affection si profonde et mêlée d'un tel respect qu'aucune parole ne le satisfaisait pour parler d'elle. Je suis tenté d'éprouver le même sentiment.»
209: Journal des Débats du 22 septembre 1832.
210: Lettre au général Bugeaud, du 12 octobre 1832.
211: Lettre du 12 octobre 1832. (Papiers inédits.)
212: 6 novembre 1832.
213: Le 11 octobre, jour même de la formation du ministère, l'ordonnance de convocation avait été publiée. À la même date, une autre ordonnance avait créé d'un coup soixante pairs. Une telle «fournée» n'était pas faite pour augmenter beaucoup l'autorité de la Chambre haute: mais c'était la conséquence nécessaire de la révolution qui avait dépeuplé cette Chambre et en avait arrêté le recrutement héréditaire.
214: Papiers inédits.
215: Cité par M. Hillebrand, Geschichte Frankreichs, 1830-1870, t. I, p. 509.
216: «On a vu, disait M. de Metternich dans une de ses dépêches, l'Europe entière misé en feu par suite d'une excitation bien moindre que celle qui sera nécessairement produite par celle d'Anvers.» (Mémoires, t. V, p. 298.)
217: Ibid., p. 398, 408. Le chancelier d'Autriche en venait à regretter ouvertement que la Prusse n'eût pas étouffé l'insurrection belge dès le début, fût-ce au prix d'une guerre avec la France. (Ibid., p. 411, 412.)
218: Ibid., p. 400, 401.
219: Papiers inédits.
220: M. Thiers se lassa, du reste, assez vite de ce rôle. «Je ne veux pas, dit-il, être le Fouché de ce régime», et, dès le 31 décembre 1832, il passa au ministère des travaux publics et du commerce. Le ministère de l'intérieur, rentré en possession de ses attributions administratives, fut alors confié à M. d'Argout.
221: Séance du 29 novembre 1832 et Journal des Débats du 14 novembre précédent.
222: Sur ce point les témoignages abondent. Cf. notamment la Captivité de madame la duchesse de Berry, à Blaye, Journal du docteur Ménière, t. 1, p. 187.
223: M. de Metternich écrivait à son ambassadeur en France, le 30 octobre 1832: «Tout ce que veut le roi des Français, à l'égard de madame la duchesse de Berry, est d'accord avec ce que doit vouloir l'Empereur..... Il faut la sauver malgré elle, et on ne peut la sauver qu'en la faisant sortir de France. Ce but une fois atteint, elle devra être remise à sa famille.»
224: Après une instruction laborieuse, on poursuivit de ce chef Bergeron, qui fut acquitté.
225: Le Constitutionnel raillait les ministériels qui présentaient M. Dupin comme leur candidat: «M. Dupin! disait-il, l'orateur bourgeois, l'éloquent plébéien qui ne s'est pas jugé d'assez bonne maison pour entrer dans un cabinet doctrinaire... Et vous avez beau, messieurs les doctrinaires, vous accrocher au pan de son habit, il saura bien le secouer, de manière à vous faire lâcher prise.» (13 novembre 1832.)
226: Mémoires de La Fayette, t. VI, p. 696.
227: M. Louis Blanc se plaignait précisément que l'expédition eût un caractère «diplomatique» au lieu d'être «révolutionnaire». (Histoire de dix ans, t. III, p. 408.)
228: Documents inédits.
229: Cf. sur ce sujet le Journal des Débats du 4 novembre 1832.
230: Documents inédits.
231: Telle apparaît la captive de Blaye, dans les écrits des personnes qui l'ont approchée à cette époque, notamment dans le Journal, récemment publié, du docteur Ménière.
232: Le commandement de la forteresse de Blaye et la garde de la duchesse de Berry avaient été confiés à un officier qui devait bientôt illustrer son nom par d'autres services, au général Bugeaud. Les journaux de droite voyaient alors en lui un geôlier barbare, une façon d'Hudson Lowe. Propos de parti. La vérité est que, dans une mission pénible que d'autres il est vrai, n'eussent peut-être pas acceptée, il fut droit et respectueux.
233: La Captivité de madame la duchesse de Berry, à Blaye, Journal du docteur Ménière, t. I, p. 185.
234: C'est à cette époque qu'il avait atteint l'âge de quarante ans, condition d'éligibilité sous la Restauration.
235: Lui rappelait-on Louis XVIII, déclarant qu'il devait sa couronne, après Dieu, au prince régent d'Angleterre, il répliquait: «Quelques paroles que l'on cite, fût-ce des paroles de roi, je ne les couvre pas de mon suffrage, j'en abjure la responsabilité.«Un autre jour, il allait jusqu'à louer la Convention: «Je sépare complétement de toutes nos querelles, disait-il, tout ce qui est relatif à la position de la France à l'égard de l'étranger. En tous temps et sous tous les régimes, je crois que je n'aurais pas eu un autre sentiment, et, pour me montrer à vous tel que Dieu m'a fait, si je disais ici toute ma pensée, je rappellerais une époque d'horreurs, de crimes, une assemblée vouée par ses actes antérieurs à l'exécration des gens de bien, dont le souvenir soulève encore tout cœur d'homme: eh bien! je la remercie d'avoir sauvé l'intégrité du territoire!»
236: Quelques années plus tard, en octobre 1836, il écrivait à la duchesse de Berry: «J'ai été opposé à presque tout ce qui s'est fait... Henri V sort maintenant de l'enfance; il va bientôt entrer dans le monde, avec une éducation qui ne lui a rien appris du siècle où nous vivons.»
237: «Après tout, écrit-il, c'est une monarchie tombée; il en tombera bien d'autres! Nous ne lui devons que notre fidélité: elle l'a.»
238: Chateaubriand écrivait à Louis-Napoléon, le 19 mai 1832: «En défendant la cause de la légitimité, je ne me fais aucune illusion, mais je pense que tout homme, qui tient à l'estime publique, doit rester fidèle à ses serments.»
239: Le nom de Périer était toujours celui sous lequel s'abritaient les ministres. M. Guizot disait, le 6 mars 1833: «Quel est le système de l'administration actuelle? C'est le système du 13 mars; système, je me fais honneur de le dire, implanté dans cette Chambre par mon honorable et illustre ami, M. Casimir Périer.»
240: Une partie de ces travaux comprenait l'achèvement de l'arc de triomphe de l'Étoile, de la Madeleine, de la place de la Concorde et du Panthéon.
241: M. Villemain dit, en cette occasion, à la Chambre des pairs: «Toutes les Chambres des députés et la Chambre des pairs doivent se souvenir à jamais que c'est à de telles insurrections que nous devons tous l'honneur de siéger dans cette Assemblée... Ne médisons pas de ces grands souvenirs... Oui, sans doute, comme dans tous les grands événements, comme dans toutes les commotions politiques, des crimes, des attentats, des violences individuelles ont suivi le développement soudain et nécessaire de l'énergie nationale. Le crime a été à côté de la grandeur. C'est la force et la fatalité des révolutions. C'est parce qu'elles sont si terribles qu'elles doivent être rares...»
242: Guizot, Mémoires, t. III, p. 218, 219.
243: Discours du 16 février 1833.
244: Documents inédits.
245: Journal des Débats du 20 décembre 1832 et du 8 juin 1833.
246: Lettre du 18 décembre. (Documents inédits.)
247: «À moins d'être aveugle ou sourd, disait le Journal des Débats, il faut bien reconnaître que le Roi n'a d'autre privilége que celui d'être injurié, outragé, calomnié de préférence à tout autre. S'il y a une ignoble plaisanterie à faire, sur qui tombe-t-elle? Sur le Roi. Qui désigne-t-on à la haine et aux vengeances du peuple? Le Roi. Qui arrache le pain à la misère, le vêtement à la nudité, la liberté à tous? Le Roi. Qui représente-t-on, sous les formes les plus grotesques ou les plus odieuses, à tous les coins de rue, sur tous les carreaux des boutiques, partout où s'arrêtent les oisifs? Le Roi... Le Roi, en un mot, est l'ennemi public.» (14 décembre 1833.)
248: Louis Blanc, Histoire de dix ans, t. IV, ch. II.
249: En 1841, à l'une de ces fêtes, un plaisant avait inscrit ce quatrain sur un transparent:
L'émeute est tour à tour défendue et permise;
Le gouvernement de Juillet,
Selon les temps, les lieux, et surtout l'intérêt,
La canonne ou la canonise.
250: Bientôt le gouvernement n'aspirera plus qu'à se débarrasser de ce gênant anniversaire; et Henri Heine écrira, par exemple, le 25 juillet 1840, à un journal allemand: «Vraiment nous sommes très-inquiétés par l'approche des Journées de Juillet, qui seront célébrées cette année avec une pompe toute particulière, mais, comme on pense, pour la dernière fois; le gouvernement ne peut pas, chaque année, se charger d'un pareil fardeau de terreurs.» (Lutèce, p. 97.)
251: Articles des 11, 13, 24, 25 juillet 1833.
252: La duchesse de Dino écrivait à ce propos à M. de Barante, le 3 août 1833: «De loin, je n'ai pu trop me faire à l'idée de cette scène de la place Vendôme, où mon petit ami Thiers a paru en tambour-major, où, pour la plus grande gloire de tous, on a crié à la fois: «Vive le Roi! Vive l'Empereur! Vive la Révolution!» (Documents inédits.)
253: Voici quelques extraits des publications faites alors par la Société des Droits de l'homme: «Nous avons bien moins en vue un changement politique qu'une refonte sociale. L'extension des droits politiques, le suffrage universel peuvent être d'excellentes choses, mais comme moyens seulement, non comme but. Ce qui est notre but, à nous, c'est la répartition égale des charges et des bénéfices de la société...»—«Sur trente-deux millions d'habitants, la France renferme cinq cent mille sybarites, un million d'esclaves heureux, et trente et un millions d'ilotes, de parias... Dites-leur que la monarchie n'est capable que de déplacer le bonheur et les souffrances, mais que la république seule peut tarir la source de celles-ci et rendre à chaque individu sa part de jouissances et de félicités...» D'autres fois, c'est une invitation brûlante «à extirper, jusque dans ses fondements même, l'aristocratie qui s'est reformée sous la dénomination de bourgeoisie».—«Ce que nous voulons, c'est l'égale somme de bien-être pour tous; le seul gouvernement qui puisse remplir cette condition, c'est le gouvernement du peuple par le peuple, c'est la république: avec elle, nivellement des fortunes, nivellement des conditions.»—«C'est le peuple qui garde et cultive le sol, écrivait M. Vignerte dans une lettre à Carrel; c'est lui qui féconde le commerce et l'industrie; c'est lui qui crée toutes les richesses: à lui donc appartient le droit d'organiser la propriété, de faire l'égale répartition des charges et des jouissances sociales.»—Enfin M. Charles Teste rédigeait un projet de constitution fondé sur le pur collectivisme.
254: Ce manifeste fut publié par la Tribune, le 23 octobre 1833.
255: M. Louis Blanc a écrit, à ce propos: «L'évocation de ce nom fameux et terrible fit scandale.»
256: Voir passim La Fayette, Mémoires, t. VI, notamment la lettre du 23 novembre 1833.
257: Lettre de J. Stuart Mill, racontant une entrevue qu'il avait eue avec Carrel, en 1833. (Dissertations and Discussions, t. I, p. 261.)
258: Lettre à M. Anselme Petétin, du 5 septembre 1833. Cette lettre tomba, peu après, dans une perquisition, aux mains de la justice. M. Petétin rédigeait alors, à Lyon, le Précurseur, journal républicain de la nuance du National. Il fut plus tard conseiller d'État, sous Napoléon III.
259: Correspondance de Béranger, lettres du 23 avril, du 10 août et du 14 novembre 1833.
260: Un banquier, auquel M. Guizot reprochait alors ses compromissions avec le parti révolutionnaire, lui répondait: «Que voulez-vous? vous autres, vous ne me ferez jamais de mal; mais ces gens-là seront quelque jour les maîtres, et ils ont des amis qui pourraient bien avoir la fantaisie de me prendre mon bien et de me couper la tête: je ne veux pas me brouiller avec eux.» (Mémoires de M. Guizot, t. III, p. 208.)
261: «Je sentais parfaitement, a dit Carrel, la faiblesse de cet écrit, qui témoigne plutôt des hésitations consciencieuses de son auteur, sur les points les plus importants de notre passé et de notre avenir révolutionnaires, que de cette fixité de vues et de projets qu'on est, en général, porté à nous demander.»
262: Ce document n'a été connu que plus tard, à la suite d'une saisie des papiers de Carrel.
263: Voir l'article du 10 janvier 1834, dans le National.
264: Notice de M. Lanfrey.
265: La Fayette n'était pas plus épargné que Carrel. Marrast avait un duel avec un républicain qui trouvait que ce n'était pas assez d'avoir traité La Fayette de «grand coupable». Un peu plus tard, lors de la mort du général, les détenus républicains illumineront à la prison de la Force.
266: Lettre à M. Sainte-Beuve.
267: Conversation déjà citée avec J. Stuart Mill.
268: Lettre du 5 septembre 1833.
269: Mémoires de La Fayette, t. VI.
270: Notice écrite, en 1837, par M. Nisard, qui avait été le collaborateur et l'ami de Carrel.
271: M. Cabet avait dit: «La royauté du 7 août est instituée par une charte usurpatrice et illégale; elle se maintient par les moyens les plus honteux; elle a trahi la révolution de Juillet, et la livrera, si besoin est, aux puissances étrangères. Mais la royauté doit être responsable, et la nation a su punir Louis XVI.» Acquitté, le 15 avril 1833.—La Tribune avait dit: «Où est la force de la royauté? La tire-t-elle de l'illustration de la maison d'Orléans?... Prenez son histoire: hommes et femmes, c'est à repousser de dégoût. Est-ce de la considération particulière de Louis-Philippe? Nous consentons à la faire apprécier par un jury, et nous le tirerons au sort parmi ceux qui ont vu l'homme de plus près.» Acquittée, le 3 juin 1833.—Un autre jour, ce journal avait publié des adresses appelant à l'insurrection. Acquitté, le 26 octobre 1833.—Carrel écrivait dans le National: «Comme il n'y a que le malheur qui rende les princes intéressants, on se surprend à souhaiter aux femmes accomplies qui composent la famille de Louis-Philippe ce je ne sais quoi d'achevé que Bossuet admirait dans la veuve de Charles 1er.» Acquitté, le 23 août 1834, etc., etc.—Du reste, nous recueillons dans les journaux du temps une statistique qui montre bien, et le nombre énorme des procès de presse à cette époque, et la proportion considérable des acquittements. Du 2 août 1830 au 1er octobre 1834, on compte, rien qu'à Paris, 520 procès et seulement 188 condamnations. Celles-ci s'élevaient ensemble à 106 ans de prison et à 44,000 francs d'amende.
272: 15 décembre 1832.
273: 12 avril 1833.
274: Séance du 23 mars 1823. Voici, du reste, le passage entier du discours de M. Viennet: «La masse de la population veut être protégée; elle ne sait pas se protéger elle-même... Ministres du Roi, assurez-lui le repos qu'elle vous demande. La légalité actuelle nous tue. Les factions s'en moquent. Elle est un bouclier pour elles, et ce sera bientôt une arme contre vous-mêmes. Provoquez des lois plus fortes, plus efficaces, et nous les voterons, aux applaudissements des populations rassurées.»
275: Journal des Débats, 7 mars 1834.
276: Mémoires de M. Guizot, t. III, p. 220.
277: Ce projet fut déposé le 25 janvier 1834.
278: 22 mars 1834.
279: Le Journal des Débats disait, le 25 mars 1834: «La Chambre ne fera pas la faute énorme d'énerver elle-même la loi, en la rejetant dans la classe des lois d'exception..... Tout ce qui aurait l'air d'une concession faite aux clubs, en ce moment, ne serait qu'une lâcheté devant des gens qui annoncent ouvertement l'intention de ne pas obéir à la loi.»—Voir, dans le même sens, le discours prononcé, le 25 mars, par M. de Salvandy.
280: Veut-on un spécimen de la façon dont les révolutionnaires traitaient les hommes au pouvoir? MM. Guinard, Cavaignac et autres, voulant protester contre certaines paroles prononcées à la tribune par MM. Guizot et d'Argout, au sujet de la Société des Droits de l'homme, parlaient dans une lettre publique de «deux hommes aussi justement et universellement méprisés que MM. Guizot et d'Argout», et ils les déclaraient «infâmes». Quelques jours après, un autre républicain, M. Landolphe, parlait de «l'ignoble Gisquet» et de «MM. Guizot et d'Argout dont les noms ne peuvent plus être accolés qu'à l'épithète de lâches».
281: Avant même que la discussion de la loi d'association ne fût complétement terminée, le 20 mars 1834, Carrel publiait, dans le National, un article intitulé: Comment on dégoûte une nation de l'ordre, et où se lisaient ces lignes: «On semble avoir pris à tâche de dégoûter la nation de cet ordre public qui s'adosse à la Sainte-Alliance, pour lever un ignoble gourdin sur la population de Paris..... Les deux camps se forment et se menacent. Dans le camp de l'ordre public, on proclame déjà que la suspension de la liberté pourrait bien devenir nécessaire au salut de l'ordre; mais, dans le camp de la liberté, on se compte, on se dit qu'on a fait, en juillet, une révolution, malgré le parti de l'ordre public; on se dit que cette révolution ne peut pas, ne doit pas être abandonnée, qu'elle ne le sera pas; on a assez de sens pour songer que, s'il y avait suspension de la liberté, il y faudrait répondre, comme en juillet, par la suspension de l'ordre public... Qui sera suspendu de la liberté telle que nous la voulons, ou de l'ordre public tel que le veut la faction doctrinaire? M. Jaubert parie contre la liberté; nous parierions, nous, contre son ordre public.»
282: M. Louis Blanc n'ira-t-il pas jusqu'à déclarer les prétendus massacres de Vaise plus horribles que ceux de septembre 1793?
283: On a calculé que les troupes avaient tiré 269,000 coups de fusil et 1,729 coups de canon.
284: En juillet 1834, M. Pasquier disait à un homme politique qu'il ressortait de l'instruction faite contre les insurgés d'avril, que la société des Droits de l'homme avait «travaillé à corrompre l'armée et y avait déjà obtenu quelques succès». «Il y aurait, ajoutait-il, moyen d'introduire en justice plus de 80 sous-officiers. Mais on ne le fera que pour quelques-uns.» (Documents inédits.)
285: Jusqu'au 10 août 1834, où ce journal reparaîtra, aussi violent que jamais.
286: Article du 21 mai 1834.
287: Béranger écrit, le 16 août 1834: «Carrel a été sur le point de quitter le National; il craint la prison, et peut-être aussi a-t-il quelques dégoûts.»
288: Septembre 1834.
289: Documents inédits.
290: Lettre de M. de Sainte-Aulaire, alors ambassadeur à Vienne. (Documents inédits.)
291: Lettre du 6 avril 1834. (Documents inédits.)
292: Mémoires d'Odilon Barrot, t. I, p. 284.
293: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
294: Documents inédits.
295: Voici un fragment plus étendu de cette lettre de M. de Barante: «Le maréchal sera prochainement un grand sujet d'embarras... Et pourtant pouvons-nous nous contenter d'un administrateur de l'armée? N'est-ce pas encore un chef de l'armée qui est indispensable? À l'étranger, où l'on ne comprend rien à la raison publique, à la force de l'opinion, le gouvernement paraît reposer sur le maréchal. Je prévois sa chute, et elle me fait peur.»
296: Aucun engagement cependant n'avait été pris envers l'Angleterre, relativement à l'Algérie, soit par la Restauration, soit par la monarchie de Juillet. M. de Broglie, pendant qu'il était ministre des affaires étrangères, fit faire des recherches sur ce point, et acquit ainsi la preuve que la France avait conservé son entière liberté. (Lettre inédite du duc de Broglie à M. de Talleyrand, du 18 mars 1833.)
297: Plus tard, quand les événements militaires et politiques d'Algérie auront pris plus d'importance, nous aurons occasion de revenir sur les débuts de notre grande colonie.
298: Mémoires de M. Guizot, t. III, p. 261.
299: Mémoires de M. de Metternich, t. V, p. 583.
300: Dans la discussion de l'Adresse de 1834.
301: En 1835, la Revue des Deux Mondes, alors fort à gauche, définissait ainsi le tiers parti: «Le tiers parti appelle une forte répression, l'unité gouvernementale, l'ordre public, la paix au dehors, et, avec cela, il proclame tout ce qui n'est ni l'ordre au dedans, ni la paix à l'extérieur; il a un faible pour la propagande, un instinct pour la révolution; il n'a point de systèmes, mais des peurs. Lui parlez-vous de république? il s'indigne. Lui proposez-vous les garanties indispensables à tout système monarchique? il les repousse souvent encore. Ce parti semble n'être ni en dehors ni en dedans du système établi: il proclame la dynastie comme une nécessité, et, sans le vouloir, il contribua à la miner sourdement.»
302: Voir, sur le Constitutionnel avant 1830, le Parti libéral sous la Restauration, p. 69 et suiv.
303: De vingt-deux mille abonnés qu'il avait en 1830, le Constitutionnel était descendu à six mille. Il devait même bientôt tomber jusqu'à trois mille. M. Véron, devenu propriétaire de ce journal en 1844, le releva, en y publiant le Juif errant, d'Eugène Sue.
304: Expressions de M. Guizot.
305: Un des amis du ministère écrivait alors, sur son journal personnel: «Il est positif que les opinions juste milieu proprement dites, en d'autres termes les doctrines gouvernementales sur lesquelles s'appuie le ministère, ont, même indépendamment du tiers parti, une immense majorité dans la Chambre; mais un grand nombre de ceux qui les professent sont animés, contre tel ou tel ministre, d'un sentiment d'envie, de défiance, de mépris, qui les jette, presque à leur insu, dans les rangs du tiers parti, bien qu'ils ne partagent pas ses préjugés; d'autres, blessés de la suffisance et du ton tranchant et exclusif des jeunes doctrinaires, reportent sur leurs patrons le ressentiment qu'ils en éprouvent.» (Documents inédits.)
306: Lettre du 5 juillet 1834. (Documents inédits.)
307: C'est ce qui faisait dire au Journal des Débats, le 17 août: «L'Adresse de la Chambre des députés est une adresse palimpseste. Il y a au-dessus une première écriture faite pour le peuple: ce sont des phrases vagues, indécises, équivoques; mais sous cette écriture il y en a une autre, et c'est cette seconde que les initiés lisent et font lire. Le texte caché remplace le texte apparent. Le texte apparent était pour la Chambre que le texte caché eût rebutée. Une fois le vote obtenu, voilà tout le parti qui gratte à l'envi la première écriture et fait reparaître la seconde, en s'écriant que c'est là le véritable texte, le texte qui exprime la pensée de la Chambre et du pays.»
308: Quelques mois plus tard, le 5 décembre 1834, M. Guizot, revenant, à la tribune, sur ces incidents, disait: «Après le sens qu'on s'est efforcé de donner à l'Adresse, après les conséquences qu'on a voulu en tirer, après les incidents que tout ce travail des partis avait amenés, après la retraite de quelques-uns des membres du cabinet, nous avons trouvé le pouvoir faible entre nos mains, nous ne nous sommes pas reconnu la force dont nous avions besoin pour remplir notre tâche.»
309: Voir articles des 16 et 25 octobre 1834.
310: «Je joue, disait Louis-Philippe, la partie de l'État contre les anarchistes: voyons les enjeux. J'y mets ma vie, ma fortune, celle de mes enfants, et, ce qui est bien plus, j'y joue le repos et le bonheur de mon pays. Et qu'y mettent-ils? Bien qu'un peu d'audace. Ils essayent deux, trois, quatre fois de renverser le gouvernement. Le jour où ils réussissent, ils ont tout, et l'État perd tout. En attendant le succès, ils risquent la prison, où ils entrent à grand renfort de fanfares populaires. Ils ont l'appui des journaux, des partis, des hommes d'État de l'opposition, dont la politique consiste toujours à réclamer des amnisties, pour faire peur aux ministres pourvus de portefeuilles.»
311: L'un des ministres, l'amiral de Rigny, écrivait au comte de Sainte-Aulaire, le 25 octobre 1834: «... Ceci est le tonneau des Danaïdes. En ce moment il est prêt à déborder. Gérard veut s'en aller si on ne fait pas l'amnistie. Cette malheureuse question amenée par les journaux lui tourne la tête. S'il s'en va, qui prendre? Vous devriez bien me le dire, car je n'en sais rien.»
312: Documents inédits.
313: Le journal la Caricature représentait M. Thiers en «Mercure dieu de l'éloquence et d'autre chose»; il publiait des notes de ce genre: «Le nouveau préfet de police se prépare à ordonner une grande battue afin de faire une rafle générale de tous les voleurs de Paris. M. Thiers est fort content d'être à Rome.» Ou encore: «Le petit Foutriquet court les grandes routes. En voyage comme en politique, il ne marche pas, il vole.» Le Constitutionnel lui-même, qui avait compté autrefois M. Thiers parmi ses collaborateurs, déclarait que, par ses antécédents, il n'avait pas une réputation de désintéressement et de probité assez bien établie, pour qu'on pût lui confier le maniement des fonds secrets.
314: La Revue des Deux Mondes, à la suite d'un journal anglais, comparait M. Thiers «à ces matelots qui viennent de toucher leur part de prise et qui se promènent, dans les rues de Londres, avec une fille à chaque bras et suivis de deux violons».
315: Témoin ce qu'on appela alors «l'orgie de Grandvaux». On sait comment les journaux racontèrent cette scène qui relève de la chronique scandaleuse plus que de la grave histoire. Voir, notamment, l'article de la Quotidienne, du 19 octobre 1835. Des contemporains dignes de foi affirment que les faits avaient été exagérés ou dénaturés.
316: C'est ce qui fera écrire, un peu plus tard, à Henri Heine: «Que M. Thiers ait spéculé à la Bourse, c'est une calomnie aussi infâme que ridicule... Mais, par sa familiarité avec des chevaliers d'industrie sans convictions, il s'est lui-même attiré tous les bruits malicieux qui rongent sa bonne réputation... Pourquoi entretenait-il un commerce avec une semblable canaille? Qui se couche avec ses chiens se lève avec des puces.» (Lutèce, p. 130.) Le vicomte de Launay (madame de Girardin) disait de son côté, en 1836: «La seule chose qui nuise à M. Thiers, c'est son entourage politique. Il mériterait de plus dignes flatteurs.» (Lettres parisiennes, t. I, p. 43.)
317: Nous lisons dans le journal inédit d'un homme politique, à la date du 21 août 1834: «Les feuilles de l'opposition se sont beaucoup amusées de l'arrivée à Paris de M. Thiers père, accouru tout exprès, dit-on, pour obliger encore une fois son fils à acheter son départ à prix d'argent. Une lettre adressée par le vieillard à la Quotidienne n'est pas de nature à faire tomber cette version. Il commence, il est vrai, par la démentir, mais il ajoute qu'ayant d'autres enfants et des nièces, il est venu le rappeler à son fils le ministre. On dit au surplus que tout est arrangé,» Le frère de M. Thiers ne valait pas mieux.
318: Nous lisons, à la date du 5 septembre 1834, dans ce journal intime que nous avons déjà cité: «M. Thiers veut se retirer. Il paraît positif que les derniers esclandres de sa famille ont ébranlé très-fortement son crédit auprès du Roi, et qu'il ne se sent plus lui-même la force de surmonter ces dégoûts.»
319: Louis-Philippe a dit plus tard de M. Thiers: «Quand je ne l'aimais plus, toujours il me plaisait.» Ce mot a été raconté par M. Thiers à M. Senior. (Conversations with M. Thiers, M. Guizot, and other distinguished persons, by N. W. Senior.)
320: Dans une de ses conversations avec M. Senior, M. Thiers a dit du Roi: «Nous avions du goût l'un pour l'autre... Peut-être ma pétulance ne lui déplaisait-elle pas. Avec moi, il était absolument à son aise; il n'en était pas de même avec M. Guizot.» Ce dernier a dit, de son côté, toujours au même M. Senior: «Parmi les ministres, ceux que le Roi flattait le plus, comme Laffitte et ensuite Thiers, n'étaient pas ceux auxquels il accordait le plus de confiance et d'attachement. Il avait l'habitude de les appeler par leurs simples noms; il n'en fit jamais autant à l'égard de Casimir Périer, du duc de Broglie ou de moi-même. Il n'était pas familier avec ceux qu'il respectait, ou plutôt il cessait de respecter ceux qui semblaient rechercher sa familiarité.»
321: M. Thiers disait en souriant au Roi: «Sire, je suis bien fin.—Je le suis plus que vous, répondit Louis-Philippe, car je ne le dis pas.»
322: Cette opposition de M. Thiers et de M. Guizot frappait tous les esprits, et M. de Metternich écrivait, un peu plus tard, à M. d'Apponyi: «Il est possible que deux caractères comme ceux de Guizot et de Thiers puissent marcher ensemble; la fusion entre leurs natures me paraît cependant impossible. Guizot est un idéologue conservateur, et Thiers un révolutionnaire pratique. Leurs points de départ diffèrent ainsi essentiellement comme idéologues ou comme gens pratiques; s'ils étaient tous deux l'un ou l'autre, ils pourraient se rencontrer plus facilement que la chose n'est possible avec leurs points de départ différents. Tous deux veulent, sans aucun doute, conserver ce qui existe. Ils diffèrent et différeront toujours, soit aujourd'hui, soit demain, sur le choix des moyens pour arriver au même but.» (Mémoires de Metternich, t. VI, p. 146.)
323: Discours du 4 janvier 1834.
324: Toujours dans le discours du 4 janvier 1834, M. Thiers disait: «Savez-vous de quoi nous sommes fiers?... Nous sommes fiers de ne nous être pas faits les parodistes d'un autre époque, de n'avoir pas été révolutionnaires.»
325: Lettre du 6 février 1848.—M. Doudan ajoutait: «Il y a toujours, entre une année et l'autre, assez de différence pour qu'en passant hardiment du blanc au noir, on puisse dire résolument: Aujourd'hui, c'est un autre jour! Même, d'un peu loin et pour des gens bienveillants, cette succession de mouvements contraires donne un assez bon air de souplesse et d'entente de la variété infinie des choses humaines.»
326: Plus tard, au contraire, que de traits M. Thiers se plaira à décocher contre M. Guizot: «M. Guizot, disait-il par exemple, est un grand orateur, mais, n'allez pas vous étonner! en politique, M. Guizot est bête.» Il est vrai qu'en revanche M. Guizot dira à M. Thiers: «Mon cher, vous devinez et vous ne voyez pas.» (Cahiers de Sainte-Beuve, p. 20.)
327: Documents inédits.—M. Doudan a écrit, peu de jours après, en parlant de M. de Bassano: «Quand il regardait derrière lui les jours de l'Empire, la différence devait lui sembler grande. Alors il courait de Vienne à Berlin, au milieu d'une escorte de cavalerie de la garde impériale, environné de courtisans empressés. L'autre jour, il est sorti de l'hôtel de l'Intérieur, dans un pauvre fiacre qui est venu le prendre à la brune, pour le conduire dans une maison dont il doit peut-être le loyer. C'est cruel de lui avoir offert le ministère, quand il n'était pour lui qu'une occasion de sentir plus durement les embarras de sa fortune.» (Lettre du 28 novembre 1834.)
328: Nous lisons, à la date du 22 novembre 1834, dans un journal intime que nous avons déjà plusieurs fois cité: «Le ton de la presse quotidienne atteste, de plus en plus, la coalition qui vient de se former, entre l'opposition et le tiers parti, contre le ministère. Il n'y a presque plus de différence entre les journaux de ces deux nuances. À la violence frénétique de leurs attaques, on sent qu'ils veulent, pour ainsi dire, emporter la place d'assaut.»
329: M. Guizot disait à ce propos: «Il y a des peurs viles et honteuses, et il y a des peurs sages, raisonnables, sans lesquelles on n'est pas digne, je ne dis pas de gouverner les affaires du pays, mais même de s'en mêler... Vous voudriez que nous adoptassions cette pratique pusillanime qui croit qu'en fermant les yeux sur les dangers, on les éloigne! Savez-vous pourquoi l'on ferme les yeux sur les dangers? C'est parce qu'on en a peur. On en a peur, lorsqu'on n'ose pas les déclarer tout haut, marcher droit à eux, faire ce qu'il faut pour les prévenir, pour leur résister. Savez-vous ce qu'on fait quand on a peur des passions populaires? On dit qu'elles n'existent pas, que cela passera. Et les passions populaires passent en effet, mais comme un torrent qui dévaste tout devant lui.» (Discours du 6 décembre.)
330: «Messieurs, disait M. Thiers, je ne veux pas de surprise, je veux que la Chambre sache, ainsi que le pays, que je suis ministre du gouvernement de Juillet pour résister à la révolution quand elle s'égare... Je le dis bien haut, pour que tout le monde l'entende... Si je me trompe, que l'on imite ma franchise; que l'on vienne dire qu'il ne faut pas résister à la révolution victorieuse, qu'il ne faut pas chercher à arrêter le char lancé avec toute sa rapidité, qu'il faut le laisser se précipiter dans l'abîme. Nous céderons la place à ceux qui soutiendront ces doctrines; nous la céderons, avec un sentiment de douleur pour le pays, à ceux qui diraient avec franchise qu'il faut céder, là où nous disons: Il faut résister. Je le répète, pour qu'il n'y ait pas de surprise, nous sommes des ministres de la résistance.» (Discours du 5 décembre.)
331: M. Henry Greville, secrétaire de l'ambassade anglaise, qui avait assisté à la séance, écrivait sur son journal: «J'ai été très-frappé du discours de M. Sauzet. Il a une belle tête, une bonne voix et une grande facilité d'élocution. On dit que sa manière ressemble à celle de Martignac.» (Leaves from the Diary of Henry Greville, p. 43.)
332: 16 décembre 1834. Ce procès fut marqué par un incident qui produisit alors une assez vive émotion. Carrel, qui défendait le prévenu, avait dans sa plaidoirie évoqué le souvenir de la condamnation du maréchal Ney et l'avait qualifie d' «abominable assassinat». Comme le chancelier Pasquier l'arrêtait, l'un des pairs, le général Exelmans, se leva et cria: «Je partage l'opinion du défenseur.» On put même craindre un épilogue plus grave. Le jeune duc d'Orléans, poussé, dit-on, par M. de Flahaut, eut, un moment, le projet de venir à la séance suivante et de demander la parole à propos du procès-verbal, pour adhérer à la protestation du général Exelmans. Il fallut l'intervention du Roi et même la menace de nombreuses démissions de pairs, pour faire renoncer le jeune prince à ce coup de tête. (Documents inédits.)
333: Une note insérée au Moniteur, le 6 janvier 1835, déclara que M. Guizot n'avait jamais participé à la rédaction du Moniteur de Gand.
334: Séances du 31 décembre 1834 et du 2 janvier 1835.
335: La Revue des Deux Mondes, alors assez à gauche et malveillante pour M. Thiers, disait de lui: «M. Thiers a joui, de toutes les façons possibles, du bonheur de l'autorité; il a parlé longuement dans les Chambres, il a parlé longuement dans les conseils; il s'est fait écouter des généraux, il leur a enseigné la guerre et la stratégie; il a donné des leçons de plastique et il a révélé les secrets de l'art aux sculpteurs et aux peintres; il a dominé dans les ateliers, dans les académies; il a inscrit son nom sur la colonne de la place Vendôme, au faite du temple de la Madeleine, sur des ponts, sur des arcs de triomphe; il a joui en maître des lions et des tigres du Jardin des Plantes, il a mandé dans son hôtel les autruches et les gazelles; M. Thiers s'est montré en public, à la cour, sous des habits chamarrés d'or et de croix; il a figuré sur un cheval blanc dans les revues. Assurément ce n'est pas pour s'instruire que M. Thiers se met en voyage. M. Thiers ne regarde et ne voit pas; il ne questionne jamais, il enseigne, et sa vive intelligence supplée à tout ce qu'il ignore et à tout ce qu'il n'apprend pas.»
336: Article du 25 janvier 1835.
337: Documents inédits.
338: Lettre de M. Bresson au duc de Broglie. (Documents inédits.)
339: Louis-Philippe était alors si animé contre les doctrinaires qu'il dénonçait leurs mauvais desseins à M. Dupin, qui n'avait pas cependant besoin d'être excité contre eux. Le président de la Chambre raconte dans ses Mémoires qu'à cette époque le Roi «avait eu la bonté de lui dévoiler lui-même le manége» de M. Guizot et de ses amis. «Ils veulent vous déloger de la présidence, lui avait-il dit, et comme ministre vous user, c'est leur expression. Nous en aurons pour trois mois, déclarent-ils, et nous en serons débarrassés.» Le Roi ajoutait qu'il «avait jugé indigne de lui de se prêter à cette machination dirigée contre le président de la Chambre». (Mémoires de M. Dupin, t. III, p. 148-149.) Il est vrai que le témoignage de M. Dupin ne doit être accepté qu'avec réserve.
340: Documents inédits.
341: Ibid.
342: 6 mars 1835.
343: Documents inédits.
344: Dépêche de Pralormo, 10 avril 1835, citée par Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. I, p. 461.
345: Documents inédits.
346: Séances des 14 et 16 mars 1835.
347: «Plusieurs votes politiques, disait le duc de Broglie, vont se présenter avant peu. Ils se succéderont presque sans interruption. L'épreuve sera tentée plusieurs fois. Si toutefois nos adversaires désiraient que l'épreuve fût plus prochaine, à eux permis; c'est un défi que nous ne leur portons pas, mais que nous accepterons de leur part.»
348: Cette insinuation ne se rencontra pas seulement dans la presse; elle devait être bientôt portée à la tribune, le 9 avril 1835, par le duc de Fitz-James.