529: Documents inédits.
530: Documents inédits.
531: Ibid.
532: «Quand M. Guizot commença cette campagne, personne, excepté lui, ne pensait qu'il pût en sortir ministre. Quand il la finit, tout le monde reconnaissait qu'il était à peu près impossible de se passer de lui.» (Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.)
533: Ces détails et beaucoup de ceux qui suivent sont empruntés aux Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
534: Cette jalousie de M. Thiers est affirmée par M. O. Barrot, dans ses Mémoires.
535: M. Odilon Barrot témoigne lui-même que «M. Thiers ne fit rien pour vaincre les scrupules de la gauche». (Mémoires de M. Odilon Barrot, t. I, p. 333.)
536: Voici le passage même auquel il est fait allusion: «Que vont devenir les doctrinaires? Ils n'ont plus d'attitude dans la Chambre; ils n'ont plus de place dans le pays. Il faut qu'ils s'effacent et qu'on les oublie pour un temps. Un exil temporaire est le parti le plus sage qu'ils aient à prendre et que l'on puisse leur conseiller. Les ambassades leur offrent un asile convenable que l'on s'empressera sans doute de leur ouvrir.» (Constitutionnel du 17 mars.)
537: «Quel enseignement! disait le Journal des Débats... Hélas! à quoi donc leur a servi d'attaquer la prérogative royale à la tribune et dans leurs brochures? À quoi leur a servi le rôle de tribuns, pris avec tant d'ardeur et de violence? Aux yeux de la gauche, les tribuns n'ont pas cessé d'être des courtisans; seulement c'étaient des courtisans mécontents... Nous croyons bien que, d'ici à quelques jours, nous serons forcés de défendre les doctrinaires; mais, dans ce moment, abandonnés de leurs alliés d'hier, incertains sur la réception que leur feront leurs amis d'il y a deux ans après les déplorables égarements de la coalition, il est bien de les laisser à leur isolement et à leurs réflexions.»
538: C'est le 15 mars qu'on fut en mesure de présenter ces noms au Roi.
539: 21 mars.
540: «Le duc de Broglie sort du chez moi, écrivait le Roi à M. Molé, le 9 mars, mais il ne veut être de rien. Je lui ai bien manifesté combien je vous regrettais, mais que, dans la chance actuelle, et ne pouvant pas vous conserver, c'était lui que j'aurais préféré.» (Documents inédits.)
541: Lettre du 26 mars 1839. (Notes inédites.)
542: «Voilà, disait a ce propos le Journal des Débats, qu'on exige du Roi non-seulement qu'il cède, mais qu'il soit trop heureux de céder; non-seulement qu'il fasse abnégation de ses sentiments personnels, mais qu'il en change. Si l'on croit remarquer, à tort ou à raison, un peu de froideur, un peu de tristesse chez le Roi, au lieu de lui savoir gré du sacrifice qu'il fait, on le lui impute à crime... Vous vous vantez de l'avoir fait céder, acceptez sa résignation. Que voulez-vous de plus?»
543: Journal des Débats, 3 mai 1839.
544: Passim, dans la correspondance inédite du Roi avec M. Molé.—Dès le 2 février, Louis-Philippe avait écrit à son ministre: «Patience! Dieu m'en a abondamment pourvu, et il m'a fait une grande grâce par cette largesse, car j'en consomme beaucoup.»
545: Mémoires de M. Guizot, t. IV, p. 301.
546: À la fin de 1838, M. Molé, causant avec un ambassadeur étranger, lui disait: «La sensibilité et la vivacité du Roi augmentent d'année en année. Il s'est mis dans une grande colère; mais j'ai supporté l'orage, j'ai tenu bon, j'ai offert ma démission, et à la fin il s'est adouci.» (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. II, p 315.)
547: Au moment où l'on croyait le ministère centre gauche fait, le Roi exprimait sa conviction que la Chambre ne le supporterait pas longtemps: «Ces messieurs, disait-il, sont comme des enfants: ils ne veulent des jouets que pour les casser après.» Il se résignait cependant «à avaler cette pilule, la plus amère de toutes». En parlant de M. Thiers, il le traitait d'«homme abominable» et ne tarissait pas sur la chimère de ses maximes de «toute-puissance parlementaire». Ces propos étaient tenus devant les diplomates étrangers. (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. II, p. 331.)
548: «Je suis bien affligé, écrivait le Roi à M. Molé le 29 mars, de voir se prolonger autant la situation pénible où vous êtes, et l'état violent où je suis. Je vous assure qu'il n'est pas d'efforts et de sacrifices que je ne fasse pour y mettre un terme, mais je n'y suis pas encore parvenu.» (Documents inédits.)
549: Le lendemain, la duchesse de Dino, écrivant à M. de Barante, lui parlait des «horribles figures qui barraient, la veille, les communications entre les deux faubourgs». «Ils injuriaient les voitures, ajoutait-elle, les gens bien mis, et les armes sur nos carrosses leur ont singulièrement déplu.» (Documents inédits.)
550: Documents inédits.
551: Le centre comptait 190 à 200 membres, les doctrinaires une trentaine, le centre gauche environ 80, la gauche à peu près autant, l'extrême gauche 30 à 40, les légitimistes 24. Encore tous ces chiffres n'avaient-ils rien de bien précis, car le nombre des flottants était considérable.
552: À la cour, on avait appelé, en cette occasion, M. Passy un «Roland sans sa femme».
553: Journal inédit de M. de Viel-Castel.
554: Documents inédits.
555: Ibid.
556: 30 avril.
557: Mémoires de M. Guizot, t. IV, p. 305-306.
558: Cf. passim le Constitutionnel, le Courrier français, le Siècle, le Temps et le Commerce, de la fin d'avril et du commencement de mai.
559: Cf. sur l'origine de cette société secrète, plus haut, p. 36 et suiv., et p. 245 et suiv.
560: De la Hodde, Histoire des sociétés secrètes, p. 233.
561: Le lendemain, il y eut encore quelques échauffourées: mais elles furent promptement réprimées.
562: Le maréchal tenait beaucoup à cette dernière condition. Il écrivait, à ce propos, le 13 mai 1839, à M. de Barante: «Il fallait de toute nécessité, pour que l'administration nouvelle se présentât avec quelque chance de force et de durée, que ses éléments représentassent, dans une certaine mesure, non-seulement les différentes nuances de la majorité nouvelle sortie du scrutin électoral, mais encore la masse considérable des opinions qui, après avoir eu la majorité dans la Chambre précédente, se trouvant former, encore aujourd'hui, une si importante minorité.»
563: «È una situazione molto terribile», disait, le 4 avril 1839, Grégoire XVI à Lacordaire, et, convaincu que nous entrions en révolution, il faisait retarder la prise d'habit du futur restaurateur de l'Ordre des Dominicains en France. À Vienne, M. de Metternich se plaisait, plus que jamais, dans de sombres pronostics. De Saint-Pétersbourg, M. de Barante écrivait, le 30 mars: «Le gros de la société russe, et, encore bien plus, le commerce de Saint-Pétersbourg, croient que la révolution est de nouveau déchaînée en France, que nous allons être en proie aux plus tristes désordres. Les bruits les plus exagérés, les plus absurdes, n'ont pas cessé de circuler pendant plusieurs semaines. Plus d'une fois, j'ai eu à rassurer des Français établis en Russie qui venaient, désolés, chercher à l'ambassade consolation et sécurité.» (Documents inédits.)
564: C'est encore M. de Barante qui écrivait de Saint-Pétersbourg, le 25 mai 1839: «Ce qui s'est passé chez nous, depuis quatre mois, a laissé des alarmes qui seront peut-être assez longtemps à se dissiper... On remarque que l'appel aux irritabilités nationales, l'excitation contre les puissances étrangères sont toujours un moyen de chercher la popularité et de l'obtenir, du moins par première impression; on suppose que cette habitude de représenter sans cesse la France comme offensée ou menacée indique l'espoir de toucher une fibre sensible et frémissante...» (Documents inédits.)
565: Mémoires inédits du comte de Sainte-Aulaire.
566: Documents inédits.
567: Vie de Mgr Mathieu, par Mgr Besson, p. 246-247.
568: Lettres du 2, du 8 et du 29 mars 1839. (Correspondance de Béranger.)
569: M. de Lamartine écrivait à la Saturday Review, le 6 juillet 1848. «Ce qui a fait la révolution, c'est la coalition parlementaire de 1839, ce sont les banquets d'agitation de 1847, c'est l'accusation des ministres.» M. de Montalembert disait, de son côté, en 1850: «Ce sont les coalitions qui ont tué, tour à tour, deux monarchies, en tuant le respect pour l'autorité. Ce n'est pas l'émeute de la rue, ce sont les hommes d'État qui ont fait les révolutions.»
570: M. Doudan écrivait plaisamment à ce propos: «C'est aujourd'hui surtout qu'on peut dire qu'il y a autant et plus d'avis que de personnes. On a tellement travaillé à disperser les groupes, dans la Chambre des députés, que, sauf la haine qui est changeante, il n'y a pas de cohésion entre quatre chats. Chacun se promène en liberté dans sa gouttière, l'air capable et impertinent, et vous voulez qu'on se mette à rallier cette grande dispersion! Il faut laisser faire cela aux temps et aux événements.» (Lettres de Doudan, t. I, p. 291.) Henri Heine écrivait aussi, vers la même époque: «Quand je considère, sous ce rapport, les Français d'aujourd'hui, je me rappelle les paroles de notre spirituel Adam Gurowski, qui refusait aux Allemands toute capacité d'action, vu que, sur douze Allemands, il y avait toujours vingt-quatre partis.»
571: Lettre à M. Guizot. (Documents inédits.)
572: Quelques années plus tard, M. de Tocqueville, dénonçant à la tribune «l'état d'anarchie morale et d'indifférence politique» dans lequel lui paraissait être le pays, déclarait que la coalition était pour beaucoup dans cette «perturbation», dans cette «espèce de négation du juste et de l'injuste, en politique, qui est le trait le plus distinctif et le plus déplorable de notre époque... On a fait croire au pays, ajoutait-il, qu'il n'y avait, dans le monde politique, que des intérêts, des passions, des ambitions, non des opinions.»
573: «Il n'y a plus aujourd'hui qu'une loi bien reconnue dans la conduite des affaires publiques, écrivait M. Doudan; chacun se tient pour un principe. Nous avions autrefois découvert ce beau sophisme que l'attachement aux mêmes personnes était la véritable vie des partis; que les personnes étaient des principes incarnés, etc. En conséquence, chacun a fait de soi son propre principe à soi-même, et ainsi nous avons gagné que tout homme qui se fait une bonne place croit combattre pour la bonne cause. C'est la grande conciliation de l'égoïsme avec la morale.» (Lettres, t. I, p. 286-7.)
574: Lettres du 16 mai, du 26 octobre et du 14 décembre 1839.
575: Sur le mouvement religieux depuis 1830, cf. t. I, p. 206 à 284; t. II, p. 62 à 90 et p. 327 à 353.
576: Allusion au libraire Touquet, ancien officier de l'Empire, éditeur, sous la Restauration, du Voltaire Touquet, des Évangiles Touquet, de la Charte Touquet, et autres publications de propagande «libérale» et irréligieuse.
577: 15 mars 1837.
578: Le propos est rapporté dans une lettre du jeune Pierre Olivaint, le futur Jésuite, alors élève de l'École normale. (Vie du Père Olivaint, par le Père Clair, p. 158.)
579: «Je sentais tout autour de moi, écrivait Lacordaire, une fureur concentrée qui cherchait quelque part une issue à son mauvais vouloir. Le Pape me mettrait la main sur la tête, pendant toute ma vie, que je ne perdrais pas une injure, une calomnie, pas une mise en suspicion souterraine.»
580: Sur toutes les contradictions que rencontra alors le prédicateur de Notre-Dame, cf. la Vie du Père Lacordaire, par M. Foisset, et celle qu'a écrite le Père Chocarne.
581: Quelques années plus tard, le 26 août 1839, Ozanam pourra écrire à Lacordaire: «Vous le savez, sans avoir besoin de l'entendre répéter encore, le mouvement auquel vous donnâtes, du haut de la chaire de Notre-Dame, une si puissante impulsion, n'a pas cessé de se propager parmi les multitudes intelligentes.»
582: Cf. les lettres citées par le Père de Pontlevoy, dans la Vie du Père de Ravignan.
583: La retraite devait être inaugurée en 1841, et la communion générale en 1842.
584: À cette date, M. Louis Veuillot n'était pas encore entré à l'Univers.
585: Discours du 14 avril 1845.
586: Les pairs admis par droit d'hérédité n'avaient voix délibérative qu'à trente ans; mais ils pouvaient siéger et parler dès vingt-cinq ans. C'est le 14 mai 1835 que M. de Montalembert prononça son maiden speech.
587: Discours du 19 mai 1837.
588: Expression du prince Albert de Broglie, dans son discours de réception à l'Académie française.
589: Discours prononcé le 20 septembre 1831, dans le «procès de l'école libre».
590: T. II, p. 62 à 90.
591: T. II, p. 327 à 344.
592: Rapport adressé à M. de Montalivet, ministre de l'intérieur, par M. de Gasparin, son sous-secrétaire d'État, sur les réformes à introduire dans les maisons centrales.—Le rapport insistait sur l'importance du «ressort religieux», se plaignait qu'il fût plus faible en France que dans d'autres pays, puis ajoutait: «Vous avez mesuré, Monsieur le ministre, toute l'étendue du mal, mais vous n'avez pas désespéré. En favorisant l'introduction des écoles dans la prison, en augmentant le salaire des aumôniers et en facilitant ainsi de bons choix, en applaudissant aux conférences de morale religieuse sur le modèle de celles qu'a ouvertes, avec tant de succès, le directeur d'une de nos maisons centrales, vous aplanissez les voies qui peuvent conduire au développement de tous les moyens de régénération employés chez nos voisins.»
593: Il s'agissait du sage et vertueux Mgr de Chevelus, archevêque de Bordeaux.
594: 29 mars 1836.
595: En 1848, il y avait un peu plus de trente établissements de plein exercice.
596: Cf. Mémoires de M. Guizot, t. III, p. 105, 106.
597: M. Guizot disait, dans son exposé des motifs: «Le principe de la liberté, appliqué à l'enseignement, est une des conséquences promises par la Charte. Nous voulons, dans leur plénitude et leur sincérité, les conséquences raisonnables de notre révolution... Aux maximes du monopole, nous substituons celles de la concurrence. Les établissements privés, les institutions et pensions subsistent au sein de l'Université; ils en sont les auxiliaires, les succursales. Désormais, ils seront les libres émules des établissements publics, colléges royaux et communaux. L'État accepte la nécessité, le devoir de soutenir aveu succès, avec éclat, une concurrence infatigable.»
598: De la pacification religieuse.—M. de Montalembert, lui aussi, a rappelé, après coup, dans un de ses discours, le bon accueil fait au projet de M. Guizot. Il disait, le 12 juin 1845: «Vous avez présenté, en 1836, une loi pleine de générosité, contre laquelle pas une voix ne s'est élevée au sein du clergé... Il fallait continuer dans cette voie, et tout aurait été sauvé.»
599: Sous la Restauration, Benjamin Constant revendiquait la liberté d'enseignement dans divers écrits. (Cf. notamment le Mercure d'octobre 1817.) Dès 1818, M. Dunoyer, dans le Censeur, combattait le monopole universitaire, comme «l'une des plus criantes usurpations» du despotisme impérial, et réclamait la pleine liberté, telle que l'ont revendiquée plus tard les catholiques. (Œuvres de Dunoyer, t. II, p. 46 et suiv.) M. Dubois et M. Duchâtel soutenaient la même thèse, dans le Globe: le 21 juin 1828, peu après les ordonnances sur les petits séminaires, M. Dubois invitait les amis des Jésuites a à se lever pour l'abolition du monopole». «Les amis de la liberté, disait-il, ne manqueront pas à l'appel.» Mais il ajoutait: «N'espérons pas d'eux cette preuve de loyauté; cette confiance dans la bonté de leur cause, ils se garderont bien de la donner.» (Cf. aussi le Globe des 17 mai, 5 juillet et 6 septembre 1828.) Ces écrivains étaient arrivés à la liberté d'enseignement, par logique et par sincérité de doctrine, par réaction contre le despotisme impérial, et aussi un peu par crainte que l'Université ne prît un caractère ecclésiastique, sous la direction de M. Frayssinous. Dans le barreau, MM. Renouard, O. Barrot, Dupin ne pensaient pas autrement. La Société de la morale chrétienne, dont les membres principaux étaient le duc de Broglie, M. Guizot et Benjamin Constant, mettait au concours, en 1830, un Mémoire en faveur de la liberté d'enseignement. À la même époque, dans le National, M. Thiers attaquait violemment le corps universitaire, auquel il reprochait d'être «monopoleur et inique». Au milieu de la révolution, le 31 juillet 1830, La Fayette, dans sa proclamation aux habitants de Paris, mettait la liberté d'enseignement au nombre des conquêtes populaires. C'était évidemment à raison de cette origine libérale, et non par égard pour les catholiques alors peu en faveur, que l'article 69 de la Charte revisée s'était trouve promettre, «dans le plus court délai possible», une loi sur la «liberté de l'enseignement».
600: Mémoires de M. Guizot, t. III, p. 108.
601: Mémoires de M. Guizot, t. III, p. 109.
602: Cf. plus haut, p. 197 et 198.
603: L'amnistie et la réouverture de Saint-Germain l'Auxerrois.
604: «J'ai connu, dans des temps difficiles, dit le ministre, toutes les tribulations qui peuvent s'attacher à la vie publique; mais il est des signatures à apposer sur certains actes qui font éprouver des joies qui effacent toutes ces tribulations.»
605: Articles divers, publiés en 1838 et au commencement de 1839.
606: De la religion dans les sociétés modernes (février 1838). Du catholicisme, du protestantisme et de la philosophie en France (juillet). De l'état des âmes (octobre).
607: Expressions d'un article de la Revue des Deux Mondes.
608: L'un de ces journaux, la Presse (28 juin 1838), constatant l'importance de la réaction catholique qui s'était produite après la secousse de 1830, saluait avec respect, presque avec reconnaissance, cette «pensée d'un Dieu s'élevant sur les ruines des illusions terrestres». Il ajoutait: «Le mouvement qui s'opère et qu'on a pu observer, depuis trois ans, dans les familles comme dans les églises, et à Paris comme dans les départements, est libre et spontané. Il monte d'en bas vers la religion; il ne descend pas du gouvernement dans les masses. On n'y remarque ni un mobile, ni un but politique... C'est un cri de conscience.» Puis, s'adressant à ceux qui affectaient de s'effrayer de ce mouvement, il s'écriait: «En laissant à part vos opinions politiques, vos passions de parti, dites-nous donc, vous qui propagez des alarmes imaginaires, à l'occasion de quelques rites religieux, de quelques démonstrations inoffensives, dites-nous donc votre véritable pensée comme pères de famille. En présence des inquiétudes d'une société dans le sein de laquelle vous voyez se multiplier, chaque jour, des actes de violence et de folie; à l'aspect de ces listes nombreuses de suicides, d'assassinats et de désordres de toute espère, excités par mille circonstances, au nombre desquelles il faut compter les appétits matériels sans cesse excités par les progrès indéfinis de la civilisation, dites-nous-le franchement, êtes-vous sérieusement affligés de voir qu'on cherche à calmer de jeunes imaginations, par des habitudes morales et religieuses?..... C'est vous qui, en repoussant l'invasion de l'Église dans l'État, faites invasion au nom de l'État dans l'Église. C'est vous qui cherchez à substituer une intolérance philosophique que vous ne réussirez pas à créer, à l'intolérance religieuse que le bon sens national et la sagesse du pouvoir ont su réprimer.»
609: Circulaire de M. Barthe, ministre des cultes, aux évêques, en date du 30 août 1838.
610: Rapport du même, sur le budget des dépenses des cultes, en date du 13 novembre 1838.
611: Lettre aux évêques, du 1er octobre 1838.—Le Courrier français écrivait, à ce propos: «Nous blâmons, de toutes les forces de notre conviction, l'esprit et le dispositif de la circulaire; elle nous paraît empreinte d'une déférence ou plutôt d'une obséquiosité qu'un ministre eût à peine avouée, dans les plus mauvais temps de la Restauration. M. d'Hermopolis n'eût probablement pas osé se permettre cela.»
612: Cette circulaire, d'octobre 1838, émanait de M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise. Mais il y était dit que la doctrine exprimée était celle du ministre, et elle reçut les honneurs de l'insertion au Moniteur officiel.
613: Le gouvernement était arrivé à une sorte de jurisprudence libérale, d'après laquelle les congrégations non autorisées n'étaient pas considérées comme interdites par les lois existantes. L'année suivante, le 28 juillet 1839, le préfet du Cantal ayant demandé des instructions au sujet de ces congrégations, le ministre des cultes, qui était alors M. Teste, lui répondit «qu'il devait les laisser vivre en paix; que c'était l'intention du gouvernement; que cette tolérance était la conséquence des lois sur la liberté individuelle et rentrait dans l'esprit de l'article 291 du code pénal».
614: La maison de Saint-Acheul était, avant 1828, l'un des plus célèbres colléges des Jésuites. M. Dupin y avait fait, en 1825, une visite dont les journaux s'occupèrent beaucoup. (Cf. mon livre sur le Parti libéral sous la Restauration, p. 378.) Saint-Acheul, envahi et saccagé en 1830, fut, peu après, réoccupé par les Jésuites.
615: Cf. sur cet incident, la Vie du R. P. Guidée, par le R. P. Grandidier, t. I, p. 174 à 190.
616: Sur le personnage et sur son œuvre, je ne puis que me référer à ce que j'en ai dit dans mon livre sur le Parti libéral sous la Restauration, p. 386 à 392.
617: M. de Montalembert, quelques jours après, disait, à la tribune de la Chambre des pairs: «Quant à la malheureuse affaire de Clermont, je ne crois pas que personne ait plus sincèrement, plus profondément regretté et déploré que moi la conduite de l'évêque, en cette circonstance.» (Discours du 27 décembre 1838.)
618: Ibid.
619: 26 décembre 1838.
620: Journal des Débats du 4 janvier 1839.
621: 17 et 18 janvier 1839.
622: National du 19 janvier 1839.
623: Cf. notamment t. II, p. 63 et suiv.
624: Il pourra dire, un peu plus tard, le 31 mars 1841: «Personne, à dater du jour où j'ai abordé pour la première fois cette tribune, n'a brisé plus complétement que moi avec les regrets et les espérances du parti légitimiste.
625: Il disait, le 19 mars 1837: «Toutes les fois que vous avez bien voulu m'entendre, j'ai assez montré, ce me semble, qu'il n'y avait pas, dans cette enceinte, un partisan plus sincère de notre révolution de Juillet, un ami plus loyal de la dynastie qui représente cette révolution.» Le 6 juillet 1838: «Je l'ai dit plus d'une fois, Messieurs, je suis le partisan dévoué et sincère de la révolution de Juillet, l'ami loyal, humble, mais surtout désintéresse, de la dynastie qu'elle a placée sur le trône.» Et le 27 décembre suivant: «Je puis dire que ce régime n'a pas d'ami plus sincère et plus désintéressé que moi.»
626: Cf., entre autres, les discours du 19 mai 1837 et du 27 décembre 1838.
627: Lacordaire n'allait-il pas, un jour, jusqu'à dire, dans une réunion de jeunes gens, au grand scandale des légitimistes: «Qui se souvient aujourd'hui des querelles anglaises de la rose rouge et de la rose blanche?»
628: Dès 1832, Lacordaire avait protesté contre l'espèce d'alliance que Lamennais paraissait vouloir conclure avec le parti républicain, et cette opposition avait été l'un des motifs de sa rupture avec le directeur de l'Avenir, «Je n'ai jamais écrit une ligne ni un mot, lit-on dans une de ses lettres, qui puisse autoriser la pensée que je suis un démocrate.»
629: Lacordaire écrivait, en 1834: «Quelques-uns au moins me comprennent; ils savent que je ne suis devenu ni républicain, ni juste milieu, ni légitimiste, mais que j'ai fait un pas vers ce noble caractère de prêtre, supérieur à tous les partis, quoique compatissant à toutes les misères.» Il se félicitait d'être sorti «du tourbillon fatal de la politique, pour ne plus se mêler que des choses de Dieu, et, par les choses de Dieu, travailler au bonheur lent et futur des peuples».
630: Montalembert, Notice sur le P. Lacordaire.
631: Passim dans la Correspondance d'Ozanam.
632: Le 7 octobre 1837, à l'occasion des élections générales, l'évêque du Puy écrivait aux prêtres de son diocèse: «Si vous êtes jaloux de conserver la paix de votre âme, l'affection et l'estime de vos ouailles, éloignez-vous des élections. Mettez une garde sur vos lèvres, pour ne pas dire un seul mot de blâme ou d'approbation sur les vues des candidats.» Il invitait même les prêtres électeurs à ne pas user de leur droit: «Votre politique n'est pas de ce monde», leur disait-il.
633: L'abbé Dupanloup, Première Lettre à M. le duc de Broglie.
634: Lettres du duc d'Orléans au maréchal Soult, alors président du conseil, en date du 17 septembre et du 13 novembre 1839. (Documents inédits.)
635: Cf. plus haut, p. 435.
636: Vie du R. P. Guidée, par le R. P. Grandidier, t. I, p. 181 à 185.
637: Cf. plus haut, t. II, p. 65, 66.
638: Notice sur Montalembert, par M. Foisset. (Correspondant du 10 septembre 1872, p. 813, 814.)
639: Cf. notamment la Quotidienne du 10 au 15 avril 1837.
640: Article déjà cité plus haut et inséré dans la France contemporaine du 15 mai 1838.
641: Des derniers actes du Saint-Siége, article inséré dans l'Univers du 7 octobre 1838.
642: À ceux qui voudraient trouver de ces événements un exposé plus détaillé et fait à un point de vue plus militaire, je ne puis que recommander le remarquable ouvrage de M. Camille Rousset: Les Commencements d'une conquête; l'Algérie de 1830 à 1840. C'est l'histoire, comme sait l'écrire M. Camille Rousset, des guerres soutenues par notre armée en Afrique, après la prise d'Alger. Cet ouvrage m'a beaucoup servi. L'auteur ne s'arrêtera pas en 1840, et dès maintenant il commence à raconter les luttes dirigées par le maréchal Bugeaud et par M. le duc d'Aumale. J'ai tiré aussi grand profit du beau livre des Campagnes de l'armée d'Afrique, ouvrage inachevé du duc d'Orléans, publié par ses deux fils, M. le comte de Paris et M. le duc de Chartres; les récits du duc d'Orléans ne commencent qu'en 1835; mais, dans une excellente introduction, M. le duc de Chartres a raconté les campagnes de 1830 à 1835. Je n'oublierai pas non plus un autre opuscule princier qui éclaire une face de cette histoire militaire; je veux parler de la brillante monographie écrite par M. le duc d'Aumale, sur les Zouaves et les Chasseurs à pied. Ce n'est pas sans émotion que l'on retrouve, ainsi groupés au premier rang des historiens de nos guerres d'Afrique, les membres de cette royale famille qui a fourni à cette même guerre tant de vaillants et habiles capitaines. Je me reprocherais enfin de ne pas indiquer, parmi les sources où l'on peut utilement puiser, les Annales algériennes, de M. Pélissier de Raynaud.
643: Expressions d'un rapport de M. de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre dans le cabinet de M. de Villèle.
644: Cité par M. Camille Rousset.
645: Dépêche du général Sébastiani, alors ministre des affaires étrangères, en date du 31 janvier 1831.
646: Séance de la Chambre des pairs du 1er mars 1831.
647: Id. du 20 mars 1832.
648: Id. du 21 mars 1832.
649: Une réforme administrative en Algérie, par le prince Albert de Broglie.
650: On appelait ainsi les métis nés de l'union des Turcs et des femmes indigènes.
651: On lui avait d'abord donné le titre de sultan; il préféra celui d'émir, par ménagement pour le sultan de Maroc.
652: Cf. t. II, p. 252 à 256.
653: Cité par M. Camille Rousset.
654: Campagnes de l'armée d'Afrique, p. 2.
655: Cité par M. Camille Rousset.
656: 19-27 mai 1835.
657: 10 et 11 juin 1836.—Nous avons déjà eu occasion de parler ailleurs de ce débat, qui fut l'une des premières manifestations de l'antagonisme de M. Thiers et de M. Guizot. (Cf. plus haut, p. 24 et 25.)
658: «Nous fûmes exposés là, a dit le maréchal Clauzel dans son rapport, à toutes les rigueurs d'un hiver de Saint-Pétersbourg, en même temps que les terres entièrement défoncées représentaient aux vieux officiers les boues de Varsovie.»
659: Récit d'un témoin, cité par M. Guizot, dans ses Mémoires.
660: Cf. dans les pièces justificatives des Mémoires de M. Guizot (t. IV, p. 428 et suiv.), une longue lettre, en date du 10 décembre 1836, écrite par le général Damrémont à M. Guizot.
661: «J'ai calculé, écrivait le général à un de ses amis, que quelques brillants combats n'avanceraient pas la question, parce que nous n'étions pas préparés pour occuper et soumettre le pays; qu'après deux ou trois mois de courses pénibles, après avoir brûlé force moissons, après avoir jeté 1,200 ou 1,500 hommes dans les hôpitaux, il faudrait rentrer et chercher de nouveau à traiter, et se contenter d'une paix à peu de chose près semblable à celle que je pensais faire avant tous ces désastres.» (Le Maréchal Bugeaud, par le comte d'Ideville, t. II, p. 82.)
662: Lettres des 24 et 29 juin 1836. (D'Ideville, t. II, p. 28 et 34.)
663: D'Ideville, t. II, p. 62, 63 et 72.
664: «Il n'est pas très-lourd», a dit plus tard le général, en racontant cet incident à la tribune. Dès le lendemain de la scène, il écrivait à M. Molé: «Sa main, qui est jolie, m'a paru faible; je sentais que je l'aurais brisée dans la mienne.» Le général était de taille athlétique; Abd-el-Kader, au contraire, était petit.
665: Cette affaire devait avoir un épilogue très-pénible pour le général Bugeaud. Le traité de la Tafna contenait un article secret, aux termes duquel l'émir s'engageait à verser 180,000 francs au général. M. Molé, consulté, avait paru d'abord autoriser la stipulation de ce «cadeau de chancellerie» que le général voulait employer à récompenser les officiers de son entourage et à subventionner les chemins vicinaux de son département. Le conseil des ministres, avec raison plus sévère, refusa d'approuver cette clause, qui ne fut pas exécutée. En cette circonstance, le général s'était, sans intention mauvaise, conformé à certaines habitudes prises par les généraux de l'Empire, et il ne s'était pas rendu compte que ces pratiques n'étaient plus de mise. L'année suivante, au cours d'un procès fait à un général de Brossard, pour faits d'indélicatesse découverts et dénoncés par le général Bugeaud, l'article secret du traité de la Tafna fut révélé par la défense, et ce même général Bugeaud, appelé comme témoin à s'expliquer, le fit avec un emportement si maladroit qu'il paraissait s'être mis en posture d'accusé. La presse opposante se jeta avec passion sur ce scandale, qui alimenta pendant longtemps sa polémique. Le général en souffrit beaucoup, et ses amis en furent fort embarrassés.
666: Sur le moment même, le duc d'Orléans a raconté cet incident au général Damrémont, dans une lettre qui fait singulièrement honneur à son caractère et à son cœur. Après avoir exposé comment il avait arraché le consentement du Roi, le prince fait discrètement allusion au chagrin et aux plaintes de son frère, au «désespoir» de son père et de sa famille; il rapporte comment devant cette preuve que «son départ compromettait l'union de sa famille, il était tombé dans un état d'angoisse inexprimable», et s'était décidé à remettre au duc de Nemours cette lettre pour le Roi: «Sire, j'ai reçu de votre main la plus grande faveur que je puisse espérer pour ma carrière; votre bonté m'est acquise. Plus elle a été grande, plus vous m'avez sacrifié vos scrupules, plus les miens s'élèvent, et j'éprouve maintenant, au-dessus du désir de mon propre avancement, le besoin de ne pas augmenter votre inquiétude et peut-être votre danger, et de ne pas fausser mes rapports avec mon frère Nemours. Vous consentirez que ce soit à moi qu'il doive le pas que je vous demande de lui faire faire, comme c'est à vous seul que j'ai voulu devoir le commandement de l'expédition de Constantine. J'y renonce pour que Nemours fasse la campagne. Dieu seul et moi saurons jamais ce que, depuis trente heures d'angoisses, ce sacrifice m'a coûté. Le monde dira que j'ai reculé devant le commandement de l'expédition, que j'ai été fort attrapé qu'on me l'ait accordé, et que, sous un faux prétexte de générosité, je me suis exempté de la corvée. Je supporterai cette cruelle humiliation avec la liberté de cœur et d'esprit d'un homme résigné à perdre un immense avantage personnel, si, à ce prix, il assure l'union de sa famille, le repos de son père qu'il sait être cruellement troublé, et s'il calme le cœur de sa mère... Je trouverai quelque consolation à ma tristesse si, dans la fermeté et le sang-froid avec lequel je supporterai tout, jusqu'aux propos qui viendront empoisonner cette blessure, vous voyez une garantie de ce que j'eusse fait dans la mission que vous m'aviez confiée. Mon frère Nemours ignore totalement ce que je vous écris; j'ai voulu que ce fût vous qui le lui apprissiez, Sire, et je vous demande de permettre que lui et moi nous gardions le silence sur ce qui s'est passé entre nous...» Le jeune prince terminait ainsi sa lettre au général Damrémont: «Maintenant, je succombe presque sous le poids de mon chagrin; car je n'ai pas changé d'opinion sur les IMMENSES avantages personnels que m'offrait le commandement de l'expédition, et je ne serai probablement récompensé d'un sacrifice qui laissera des traces profondes dans ma vie, que par la croyance généralement répandue que j'ai reculé, que je sais montrer de l'ardeur de loin, mais que quand il faut quitter ma patrie je n'y suis plus, que je suis un cheval qui piaffe sur place, qui hennit, mais qui n'avance pas! Je supporterai cette odieuse situation et je m'appuierai sur l'estime de ceux qui ont lu dans mon cœur et jugé les nobles motifs qui m'ont guidé. Puis, par mon travail et mon énergie, je reconquerrai peut-être dans plusieurs années d'efforts ce que j'aurais pu acquérir d'une seule fois...—Dix heures du soir. Je reçois la réponse du Roi. Mon premier soin est de vous recommander mon frère. Vous le connaissez déjà, vous serez content de lui, et ce sera mettre quelque baume sur mes plaies que de le placer dans les situations les plus propres à ce qu'il se distingue et à ce qu'il prouve ce qu'il y a en lui. Vous méconnaissez assez pour savoir qu'aucun sentiment d'envie ne trouve place dans mon cœur, et je me hâte d'aller au-devant de cette pensée: je vous souhaite toute la gloire possible...» (L'Algérie de 1830 à 1840, par M. Camille Rousset, t. II, p. 230 à 241.)
667: L'Algérie de 1830 à 1840, par Camille Rousset, t. II, p. 281 à 283.
668: Lettres du maréchal de Saint-Arnaud, t. I. Lettre du 14 octobre 1837.
669: On remarqua la proportion considérable des officiers frappés. Dans l'assaut, notamment, ils figurèrent pour un quart, et les sous-officiers pour un autre quart.
670: Éloge du maréchal Valée, prononcé à la Chambre des pairs par le comte Molé, dans la séance du 5 août 1847.
671: Revue des Deux Mondes, 1er juin 1838.
672: J'emprunte cette anecdote au livre de M. le duc d'Orléans. Le jeune prince devait être, peu après, témoin de ces misères, et la «violente amour» qu'il portait au soldat français ne lui permettait pas d'en parler sans une émotion indignée.
673: Avant-propos, écrit par M. le comte de Paris, en tête du livre du duc d'Orléans sur les Campagnes de l'armée d'Afrique.