Quand arriva 1812 et que son mari se rendit à l'armée, elle dut se résigner, cette fois, dans cette guerre sérieuse contre un Napoléon, à se séparer de lui et à se rendre chez ses parents à Moscou.

Pourtant, comme les régiments de Toutchkof étaient cantonnés à Minsk, les deux époux peuvent faire route quelque temps ensemble, avant de se séparer. Ils n'étaient accompagnés que d'une Française, Mme Bouvier, gouvernante de l'enfant; elle fut la meilleure amie de ceux que la guerre française allait rendre si malheureux. La dernière nuit, toute la compagnie coucha sur le plancher d'une cabane. Cette nuit-là, il arriva à Mme Toutchkof une chose étrange.

Margarita Mikhaïlowna, dit son biographe, fatiguée d'une longue route, s'endormit promptement. Alors elle eut un songe. Elle vit, suspendu devant elle, un tableau sur lequel elle lut, tracés en lettres de sang et en langue française, ces six mots: «Ton sort se décidera à Borodino!» De grosses gouttes de sang se détachaient des lettres et ruisselaient sur le papier. La malheureuse femme poussa un cri et se leva en sursaut. Son mari et Mme Bouvier, réveillés par ce cri, coururent à elle. Elle était pâle et tremblait comme une feuille. «Où est Borodino? dit-elle à son mari, quand elle put respirer; on te tuera à Borodino.» «Borodino? répéta Toutchkof, c'est la première fois que j'entends ce nom.» Et, en effet, le petit village de Borodino était alors inconnu. Margarita Mikhaïlowna raconta son rêve. Toutchkof et Mme Bouvier s'efforcèrent de la rassurer. Borodino n'existait pas, n'avait jamais existé, et d'ailleurs le songe ne disait pas qu'Alexandre y serait tué. L'interprétation de Marguerite était purement arbitraire. «Tout le mal vient, ajouta enfin le mari, de ce que tu as les nerfs un peu surexcités. Recouche-toi, pour l'amour de Dieu, et tâche de dormir.» Son sang-froid la calma un peu. La fatigue triompha de ce qui lui restait de terreur; elle se recoucha et s'endormit. Mais le même songe se renouvela; une seconde fois, elle revit la fatale inscription; elle revit ces gouttes de sang qui, lentement, l'une après l'autre, se détachaient des lettres et ruisselaient sur le papier. De plus, elle vit, cette fois, debout autour du tableau, trois personnages: un prêtre, son frère Cyrille Narychkine, et enfin son père, qui tenait dans ses bras le petit Nicolas, son enfant. Elle s'éveilla en proie à une telle agitation que, cette fois, Alexandre fut sérieusement effrayé. A toutes ses paroles, elle ne répondait que par des sanglots ou par cette question: «Où est Borodino?» Il finit par lui proposer d'examiner les cartes de l'état-major et de se convaincre par elle-même qu'on n'y trouvait pas de Borodino. Il envoya aussitôt réveiller un de ses officiers d'ordonnance et lui demanda la carte. L'officier, surpris d'une demande aussi extraordinaire à pareille heure, l'apporta lui-même. Toutchkof la déploya, peut-être non sans un sentiment secret d'appréhension, et l'étendit sur la table. Tout le monde se mit à rechercher le nom fatal; personne ne le trouva. «Si Borodino existe réellement, dit Toutchkof en se tournant vers sa femme, à en juger par son nom il ne peut être qu'en Italie. Or, il est bien peu probable que les hostilités soient transportées là-bas: tu peux donc te rassurer.» Mais elle ne se rassura point. Le maudit songe la poursuivait; c'est dans un désespoir affreux qu'elle se sépara de son mari. Toutchkof l'embrassa, la bénit pour la dernière fois, elle et son fils, et, debout sur la grande route, contempla longuement la berline qui les emportait, jusqu'à ce qu'elle eût disparu à ses yeux.

Il écrivait souvent à sa femme, qui s'était établie dans une petite ville du district, Kineckma, afin d'être plus à portée de recevoir ses lettres. Elle attendait les jours de poste avec une fiévreuse anxiété. Arriva le 1er septembre, c'était le jour de sa fête. Elle entendit la messe et, revenue de l'église, se mit à sa table de travail; toute pensive, elle appuya sa tête dans ses mains, réfléchissant. Tout à coup, elle entendit son père qui l'appelait. Elle pensa d'abord qu'il était revenu de la campagne, pour passer ce jour avec sa fille; elle leva la tête... Devant elle, était le prêtre, à côté de lui son père qui tenait le petit Nicolas dans ses bras. Tous les détails terribles de son rêve se représentent aussitôt à sa mémoire; il ne manquait que son frère Narychkine pour achever le tableau: «Où est mon frère Cyrille?» s'écria-t-elle d'une voix éclatante. Il se montra sur le seuil. «Tué!» murmura-t-elle, et elle tomba sans connaissance. Quand elle revint à elle, son père et son frère la soutenaient. «On a donné la bataille près de Borodino», lui dit Cyrille, à travers ses larmes.

Alexandre Toutchkof était mort, en effet, et sa veuve ne put même retrouver son corps.

Nous avons tout lieu de croire, répétons-le, que les détails de ce rêve n'ont pas été arrangés, après coup, pour le modeler exactement sur l'événement. Les choses ont dû, en réalité, se passer ainsi, et ce que cette observation présente alors d'extraordinaire, c'est—outre, bien entendu, la divination de ce mot inconnu de Borodino—la persistance de l'image hallucinatoire qui se manifeste à deux reprises différentes.

Nous l'avons dit, en fait de pressentiments, l'expérience n'existe pas, et même c'est à peine si l'on entrevoit la possibilité d'une expérimentation quelconque; aussi en sommes-nous réduits à nous contenter d'observations plus ou moins sûres; celles que nous avons déjà citées offraient—malgré leur étrangeté (pour ne pas dire plus)—des garanties sinon absolues, du moins suffisantes: nous allons terminer par deux autres cas de pressentiment, en faisant remarquer que le nom seul de l'auteur qui les rapporte en atteste la valeur.

Nous les trouvons dans l'intéressant ouvrage du docteur Liebeault: Thérapeutique suggestive, 1891, p. 282[88].

PREMIÈRE OBSERVATION

(Elle est extraite de l'un de mes registres, à son rang, no 339, 7 janvier 1886).

Est venu me consulter aujourd'hui, à 4 heures de l'après-midi, M. S. de Ch... pour un état nerveux sans gravité. M. de Ch... a des préoccupations d'esprit, à propos d'un procès pendant, et des choses qui suivent: En 1879, le 24 décembre, se promenant dans une rue de Paris, il vit écrit sur une porte: Mme Lenormand, nécromancienne. Piqué par une curiosité irréfléchie, il se fit ouvrir la maison et, introduit, il se laissa conduire dans une salle assez sombre. Là, il attendit Mme Lenormand qui, prévenue presque aussitôt, vint le trouver et le fit asseoir devant une table. Alors cette dame sortit, revint, se mit en face de lui, puis regardant la face palmaise de l'une de ses mains, lui dit: «Vous perdrez votre père dans un an, jour par jour. Bientôt vous serez soldat (il avait alors dix-neuf ans), mais vous n'y resterez pas longtemps. Vous vous marierez jeune: il vous naîtra deux enfants et vous mourrez à vingt-six ans.»

Cette stupéfiante prophétie, que M. de Ch... confia à des amis et à quelques-uns des siens, il ne la prit pas d'abord au sérieux; mais son père étant mort le 27 décembre 1880, après une courte maladie et juste un an après l'entrevue avec la nécromancienne, ce malheur refroidit quelque peu son incrédulité. Et lorsqu'il devint soldat—seulement 7 mois—lorsque, marié peu après, il fut devenu le père de deux enfants et qu'il fut sur le point d'atteindre vingt-six ans, ébranlé définitivement par la peur, il crut qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre.

Ce fut alors qu'il vint me trouver, pour me demander s'il ne me serait pas possible de conjurer le sort qui l'attendait. Car, pensait-il, les quatre premiers événements de la prédiction s'étant accomplis, le cinquième devait fatalement se réaliser.

Le jour même et les jours suivants, je tentai de mettre M. de Ch... dans le sommeil profond, afin de dissiper la noire obsession gravée dans son esprit: celle de sa mort prochaine, mort qu'il s'imaginait devoir arriver le 4 février, jour anniversaire de sa naissance, bien que Mme Lenormand ne lui eût rien précisé sous ce rapport. Je ne pus produire sur ce jeune homme même le sommeil le plus léger, tant il était fortement agité. Cependant, comme il était urgent de lui enlever la conviction qu'il devait bientôt succomber, conviction dangereuse, car on a souvent vu des prévisions de ce genre s'accomplir à la lettre par auto-suggestion, je changeai de manière d'agir et je lui proposai de consulter l'un de mes somnambules, un vieillard de soixante-dix ans, appelé le prophète, parce qu'ayant été endormi par moi, il avait, sans erreur, annoncé l'époque précise de sa guérison, pour des rhumatismes articulaires remontant à quatre années, et l'époque même de la guérison de sa fille, cette dernière cure due à l'affirmation de recouvrer la santé à une heure fixée d'avance, ce dont son père l'avait pénétrée. M. de Ch... accepta ma proposition avec avidité et ne manqua pas de se rendre exactement au rendez-vous que je lui ménageai. Entré en rapport avec ce somnambule, ses premières paroles furent de lui dire: «Quand mourrai-je?» Le dormeur expérimenté, soupçonnant le trouble de ce jeune homme, lui répondit, après l'avoir fait attendre: «Vous mourrez... vous mourrez... dans quarante-un ans.» L'effet causé par ces paroles fut merveilleux. Immédiatement, le consultant redevint gai, expansif et plein d'espoir; et quand il eut franchi le 4 février, ce jour tant redouté par lui, il se crut sauvé.

Ce fut alors que quelques-uns de ceux qui avaient entendu parler de cette poignante histoire s'accordèrent pour conclure qu'il n'y avait eu rien là de vrai; que c'était par une suggestion post-hypnotique que ce jeune homme avait conçu ce récit imaginaire. Paroles en l'air! le sort en était jeté, il devait mourir.

Je ne pensais plus à rien de cela, lorsque, au commencement d'octobre, je reçus une lettre de faire part, par laquelle j'appris que mon malheureux client venait de succomber, le 30 septembre 1885, dans sa vingt-septième année, c'est-à-dire à l'âge de vingt-six ans, ainsi que Mme Lenormand l'avait prédit. Et pour qu'il ne soit pas supposé que ce que je raconte peut être une illusion extravagante de mon esprit, je garde toujours cette lettre, de même que le registre d'où j'ai tiré, à la suite, l'observation qui précède. Ce sont là deux témoignages écrits, indéniables. Depuis, j'ai appris que cet infortuné, envoyé par son médecin aux eaux de Contrexeville, pour qu'il soit traité pour des calculs biliaires, fut obligé de s'y aliter, à la suite de la rupture d'une poche liquide (vésicule du fiel), rupture qui amena une péritonite.

DEUXIÈME OBSERVATION

(Elle m'a été communiquée par un homme très honorable. M. L..., banquier).

Dans une famille des environs de Nancy, l'on endormait souvent une fille de dix-huit ans, nommée Julie. Cette fille, une fois mise en état de somnambulisme, était portée d'elle-même, comme si elle en recevait l'inspiration, à répéter, à chaque nouvelle séance, qu'une proche parente de cette famille, qu'elle nommait, mourrait bientôt et n'atteindrait pas le 1er janvier. On était alors en novembre 1883. Une telle persistance dans les affirmations de la dormeuse conduisit le chef de cette famille, qui flairait là une bonne affaire, à contracter une assurance à vie de 10,000 fr. sur la tête de la dame en question, laquelle, n'étant nullement malade, obtiendrait facilement un certificat de médecin. Pour trouver cette somme, il s'adressa à M. L..., lui écrivit plusieurs lettres, dans l'une desquelles il racontait le motif qui le portait à emprunter. Et ces lettres, que M. L... m'a montrées, il les garde comme des preuves irréfragables de l'événement futur annoncé. Bref, on finit par ne pas s'entendre sur la question des intérêts, et l'affaire entamée en resta là. Mais, quelque temps après, grande fut la déception de l'emprunteur. La dame X..., qui devait mourir avant le 1er janvier, succomba, en effet, et tout d'un coup, le 30 décembre, ce dont fait foi une dernière lettre du 2 janvier, adressée à M. L..., lettre que ce Monsieur garde aussi avec celles qu'il avait reçues précédemment, à propos de la même personne.


Nous en avons fini avec la première catégorie de Phénomènes psychiques occultes, ceux qui, sous des modalités différentes, Télépathie, Lucidité, Pressentiments, semblent «révéler une faculté profondément inconnue encore de l'âme humaine, celle de voir et de connaître des événements lointains, dans le temps comme dans l'espace, sous une forme plus ou moins hallucinatoire.»

On sait déjà ce que nous pensons des tentatives faites ou à faire pour expliquer cette faculté occulte de l'organisme; nous n'y reviendrons pas.

Disons seulement que les plus récentes découvertes de l'hypnotisme, la variation des états de conscience, le dédoublement de la personnalité, l'extériorisation de la sensibilité (si elle est reconnue vraie), etc., etc., ne sont peut-être, au fond, que des modes d'activité de cette faculté.

M. de Rochas est plus affirmatif: «Au point où est aujourd'hui la science, dit-il[89], on est certainement autorisé à rechercher, dans des phénomènes de cet ordre, l'explication des médiums, des voyants, des envoûteurs et des guérisseurs... L'hypnotisme, jusqu'ici seul étudié officiellement, n'est que le vestibule d'un vaste et merveilleux édifice, déjà exploré en grande partie par les anciens magnétiseurs.»

Nous comptons insister, plus loin—dans une étude comparative des sujets et des médiums,—sur ces rapports très probables de l'Hypnotisme avec la Psychologie occulte.

Terminons cette première partie, où nous venons d'entrevoir les facultés de connaître encore mystérieuses de l'âme humaine, par ces suggestives paroles de Laplace:

«Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si, d'ailleurs, elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait, dans la même formule, les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome; rien ne serait incertain pour elle et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux[90]

DEUXIÈME PARTIE
IIme CLASSE.—PHÉNOMÈNES PHYSIQUES OCCULTES[91]

I. De la force psychique

Nous abordons maintenant l'étude d'une classe de phénomènes plus extraordinaires, plus surnormaux encore, du moins en apparence, que ceux que nous venons de passer en revue.

Il s'agit des effets mécaniques, plus ou moins contraires aux lois naturelles, qui se produisent tantôt spontanément, tantôt par le fait de certaines personnes paraissant douées de la faculté d'émettre une force spéciale et nommées Médiums.

Jusqu'à ces dernières années, ces phénomènes, mouvements d'objets sans contact, coups, bruits, soulèvement spontané du corps, etc., etc., étaient désignés sous le nom de Phénomènes spiritiques et revendiqués par les Spirites, qui en attribuaient la production aux âmes des morts, avec lesquelles les médiums se mettent en rapport.

Les premières tentatives scientifiques, faites pour expliquer quelques-uns de ces «prodiges», furent celles de Babinet, de Faraday et de Chevreul, qui, en substance, attribuaient aux mouvements inconscients, à l'automatisme des expérimentateurs et des médiums, les mouvements des objets avec lesquels ils étaient en contact[92].

Cette théorie, complétée par celle de l'Automatisme psychologique, de la dualité cérébrale, soutenue avec un grand talent par M. Pierre Janet[93], peut évidemment suffire pour l'immense majorité des faits que l'on observe dans les séances de tables tournantes, d'écriture automatique, etc.

Mais elle est en défaut quand il s'agit d'expliquer, rationnellement, les faits d'action à distance, les seuls dont nous voulions nous occuper ici.

Si, comme le dit M. Janet, au point de vue psychologique, la pensée du médium est de même nature, qu'il la manifeste au moyen d'un crayon qu'il tient à la main ou au moyen d'un crayon placé loin de lui, il n'en est pas moins certain qu'au point de vue physique, cela est tout différent.

Or, nous le répétons, c'est cette action physique à distance que nous voulons principalement étudier.

Nous ne nions pas, pour cela, l'action possible du médium—indépendamment de tout mouvement musculaire—sur les objets avec lesquels il est en contact. Mais comme, dans ces cas, le doute est toujours légitime, nous préférons nous en tenir aux seuls mouvements provoqués à distance.

Dans le fait, s'il est démontré qu'une force, émanant de l'organisme, peut agir de loin sur des objets matériels, il est presque certain que les Phénomènes physiques occultes reconnaissent une cause identique à celle des Phénomènes psychiques: dans les deux cas, il s'agit de la projection, volontaire ou non, hors du corps, d'un élément particulier dont la nature est encore profondément inconnue.

Sans recourir aux vues des Sciences occultes sur cette force, il nous faut dire un mot cependant des expériences de Reichenbach, reprises et commentées, avec un sens critique très sûr, par M. le colonel de Rochas[94].

D'après Reichenbach, non seulement l'organisme humain, mais tous les corps de la nature seraient pénétrés d'un fluide spécial, dérivé de la Force-substance universelle des Occultistes. Ce fluide, cet Od, comme il l'appelle, pourrait être projeté, volontairement ou non, hors du corps, et, dans certains cas, deviendrait même visible.

Des êtres, doués d'une plus grande finesse de perception, que l'auteur nomme des Sensitifs, auraient le don de voir l'Od se dégager des objets naturels, du corps de l'homme, et surtout des aimants[95].

Ces affirmations de Reichenbach ont été, nous l'avons dit, vérifiées par M. de Rochas, dont la compétence scientifique offre toutes les garanties désirables; cet expérimentateur serait même parvenu à photographier ce que l'on pourrait nommer l'image astrale d'un minéral[96].

Voici maintenant, d'après M. Arnold Boscowitz, qui les a résumées, les recherches de Reichenbach sur l'Od:

«Longtemps avant que le sensitif ait vu la lumière polaire se dégager de l'aimant ou du cristal, il voit briller, à la place où se trouve une personne quelconque, un nuage transparent et phosphorescent. C'est à peine s'il peut distinguer une forme humaine dans l'intérieur du voile lumineux; mais, à mesure que sa pupille se dilate, il voit se dessiner de mieux en mieux les contours du corps auquel des émanations lumineuses donnent des proportions outrées. Les lueurs odiques s'élèvent, bleuâtres et mobiles, au-dessus de la tête, présentent l'aspect d'un géant lumineux qui porterait un casque orné de longues aigrettes. La couleur des flammes qui s'échappent est rouge à gauche, bleue à droite.

»C'est aux mains, surtout aux extrémités des doigts, que le phénomène est le plus marqué. De même, chez tous les animaux, tout le côté gauche dégage la lumière odique rouge, le droit, la lumière bleue, etc., etc.[97]

Rappelons que le docteur Luys a communiqué à la Société de biologie des expériences qui, faites avec des sujets endormis par l'aimant, lui ont donné des résultats semblables à ceux que nous venons de décrire.

Ajoutons encore que, dans son livre de l'Analyse des choses, le docteur Gibier affirme l'existence de cette «force animique.» Il dit l'avoir vu se dégager dans l'obscurité, sous forme de «matière vaporeuse et lumineuse», du corps de l'un de ses clients. «Elle émane principalement, au niveau de la région épigastrique ou des gros troncs artériels[98]»... «J'ai eu maintes fois l'occasion de voir, chez des sujets bien doués, le dégagement de cette force et sa condensation en plein jour, sous une forme ou sous une autre. Je ne saurais mieux, alors, caractériser son aspect qu'en le comparant à l'état vésiculaire qui précède l'état liquide du gaz acide carbonique, lorsqu'on le liquéfie sous pression dans un tube de verre. A ce propos, je dois dire (non que mon intention soit d'établir aucune comparaison, puisque le gaz s'échauffe par la compression) que, lors du dégagement de cette force du corps des sujets, on éprouve, surtout en été ou dans une atmosphère tiède, une vive impression de fraîcheur[99]

Admettrons-nous que Reichenbach, de Rochas, Gibier et d'autres encore ont été dupes d'hallucinations?

Mais cette force odique, animique, neurique rayonnante[100], psychique (qu'on l'appelle comme on voudra), ne se manifeste pas seulement par des effets lumineux; elle peut aussi—à des distances variables—provoquer des mouvements d'objets matériels, que la mécanique est impuissante à expliquer.

Comme l'étude la plus sérieuse et la plus démonstrative de l'action mécanique de la force psychique a été faite par le professeur William Croockes, nous allons, sans plus tarder, parler de ses travaux.

En une sorte de profession de foi, mise en tête de son livre, le savant anglais a soin d'indiquer l'esprit dans lequel il commence ses études relatives aux «Phénomènes spiritualistes[101]

«Le spiritualiste, dit-il, parle de corps pesant 50 ou 100 livres, qui sont enlevés en l'air, sans l'intervention de force connue; mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d'une balance sensible à un poids si petit qu'il en faudrait dix mille comme lui pour faire un grain. Il est donc fondé à demander que ce pouvoir, qui se dit guidé par une intelligence, qui élève jusqu'au plafond un corps pesant, fasse mouvoir, sous des conditions déterminées, sa balance si délicatement équilibrée.

»Le spiritualiste parle de coups frappés qui se produisent dans les différentes parties d'une chambre, lorsque deux personnes ou plus sont tranquillement assises autour d'une table. L'expérimentateur scientifique a le droit de demander que ces coups se produisent sur la membrane tendue de son phonautographe.

»Le spiritualiste parle de chambres et de maisons secouées, même jusqu'à en être endommagées, par un pouvoir surhumain. L'homme de science demande simplement qu'un pendule, placé sous une cloche de verre et reposant sur une solide maçonnerie, soit mis en vibration.

»Le spiritualiste parle de lourds objets d'ameublement se mouvant d'une chambre à l'autre, sans l'action de l'homme. Mais le savant a construit les instruments qui diviseraient un pouce en un million de parties: et il est fondé à douter de l'exactitude des observations effectuées, si la même force est impuissante à faire mouvoir, d'un simple degré, l'indicateur de son instrument.

»Le spiritualiste parle de fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits et même d'êtres vivants apportés à travers les croisées fermées, et même à travers les solides murailles en briques. L'investigateur scientifique demande naturellement qu'un poids additionnel (ne fût-il que la millième partie d'un grain) soit déposé dans un des plateaux de sa balance, quand la boîte est fermée à clef. Et le chimiste demande qu'on introduise la millième partie d'un grain d'arsenic à travers les parois d'un tube de verre dans lequel de l'eau pure est hermétiquement scellée.

»Le spiritualiste parle de manifestations d'une puissance équivalente à des milliers de livres et qui se produit sans cause connue. L'homme de science, qui croit fermement à la conservation de la force, et qui pense qu'elle ne se produit jamais sans un épuisement correspondant de quelque chose pour la remplacer, demande que lesdites manifestations se produisent dans son laboratoire, où il pourra les peser, les mesurer, les soumettre à ses propres essais.

»C'est pour ces raisons et avec ces sentiments que je commence l'enquête dont l'idée m'a été suggérée par des hommes éminents qui exercent une grande influence sur le mouvement intellectuel du pays.»

Les premières expériences de M. Croockes furent faites avec le concours du médium américain Home, qui, après une existence assez accidentée, est mort à Paris dans un état voisin de la misère[102].

Parmi les phénomènes que produisait Home, les plus singuliers et qui se prêtaient le mieux à l'examen scientifique étaient:

1o L'altération du poids du corps.

2o L'exécution d'airs sur des instruments de musique, généralement sur l'accordéon, sans intervention humaine directe et sous des conditions qui rendaient impossible tout contact ou tout maniement des clefs.

Ce furent ces phénomènes que M. Croockes étudia tout d'abord. Nous laissons à penser avec quels soins et avec quelle méthode furent conduites ces expériences: on nota même la température. Elles se faisaient chez le savant lui-même, assisté de quelques-uns de ses collègues et de quelques personnes de sa famille.

Voici le récit qu'en donne M. Croockes:

«Les réunions eurent lieu le soir, dans une grande chambre éclairée au gaz. Les appareils préparés dans le but de constater les mouvements de l'accordéon consistaient en une cage formée de deux cercles en bois, respectivement d'un diamètre de un pied dix pouces, et de deux pieds, réunis ensemble par douze lattes étroites, chacune d'un pied dix pouces de longueur, de manière à former la charpente d'une espèce de tambour, ouvert en haut et en bas. Tout autour, cinquante mètres de fil de cuivre isolés furent enroulés en vingt-quatre tours, chacun de ces tours se trouvant à moins d'un pouce de distance de son voisin. Ces fils de fer horizontaux furent alors solidement reliés ensemble avec de la ficelle, de manière à former des mailles d'un peu moins de deux pouces de large sur un pouce de haut. La hauteur de cette cage était telle qu'elle pouvait glisser sous la table de ma salle à manger, mais elle en était trop près par le haut pour permettre à une main de s'introduire dans l'intérieur, ou à un pied de s'y glisser par-dessous. Dans une autre chambre, il y avait deux piles de Grove, d'où partaient des fils qui se rendaient dans la salle à manger, pour établir la communication, si on le désirait, avec ceux qui entouraient la cage.

»L'accordéon était neuf: je l'avais, pour ces expériences, acheté moi-même chez Wheatstone, conduit-street, M. Home n'avait ni vu, ni touché l'instrument, avant le commencement de nos essais.

»Dans une autre partie de la chambre, un appareil était disposé pour expérimenter l'altération du poids d'un corps. Il consistait en une planche d'acajou de trente-six pouces de long, sur neuf et demi de large, et un d'épaisseur. A chaque bout, une bande d'acajou, d'un pouce et demi de large, était vissée et formait pied. L'un des bouts de la planche reposait sur une table solide, tandis que l'autre était supporté par une balance à ressort, suspendue à un fort trépied. La balance était munie d'un index enregistreur, auto-moteur, de manière à indiquer le maximum du poids marqué par l'aiguille. L'appareil était ajusté de telle sorte que la planche d'acajou était horizontale, son pied reposant à plat sur le support. Dans cette position, son poids était de trois livres; elles étaient indiquées par l'index de la balance.

»Avant que M. Home pénétrât dans la chambre, l'appareil avait été mis en place, et, avant de s'asseoir, on ne lui avait même pas expliqué la destination de quelques-unes de ses parties. Il sera peut-être utile d'ajouter, dans le but de prévenir quelques remarques critiques qu'on pourrait peut-être faire, que, l'après-midi, j'étais allé chez M. Home, dans son appartement, et que, là, il me dit que, comme il avait à changer de vêtements, je ne ferais sans doute pas de difficulté à continuer notre conversation dans sa chambre à coucher. Je suis donc en mesure d'affirmer d'une manière positive que ni machine, ni artifice d'aucune sorte, ne fut en secret mis sur sa personne.

»Les investigateurs présents, à l'occasion de cette expérience, étaient un éminent physicien, haut placé dans les rangs de la Société Royale, que j'appellerai A B; un docteur en droit bien connu, que j'appellerai C D; mon frère et mon aide de chimie.

»M. Home s'assit à côté de la table, sur une chaise longue. En face de lui, sous la table, se trouvait la cage sus-mentionnée, et une de ses jambes se trouvait de chaque côté. Je m'assis près de lui, à sa gauche, un autre observateur fut placé près de lui à sa droite; le reste des assistants s'assit autour de la table, à la distance qui lui convint.

»Pendant la plus grande partie de la soirée, et particulièrement lorsque quelque chose d'important avait lieu, les observateurs, qui étaient de chaque côté de M. Home, tenaient respectivement leurs pieds sur les siens, de manière à pouvoir découvrir le plus léger mouvement.

»La température de la chambre variait de 68° à 70° Farenheit. M. Home prit l'accordéon entre le pouce et le doigt du milieu d'une de ses mains, et par le bout opposé aux clefs. (Pour éviter les répétitions, cette manière de le prendre sera appelée, à l'avenir, «de la manière ordinaire».)

»Après avoir préalablement ouvert moi-même la clef de basse, la cage fut tirée de dessous la table, juste assez pour permettre d'y introduire l'accordéon avec ses clefs tournées en bas. Elle fut ensuite repoussée dessous, autant que le bras de M. Home pût le permettre, mais sans cacher sa main à ceux qui étaient près de lui. Bientôt ceux qui étaient de chaque côté virent l'accordéon se balancer d'une manière curieuse, puis des sons en sortirent, et enfin, plusieurs notes furent jouées successivement.

»Pendant que ceci se passait, mon aide se glissa sous la table et nous dit que l'accordéon s'allongeait et se fermait; on constatait en même temps que la main de M. Home, qui tenait l'accordéon, était tout à fait immobile, et que l'autre reposait sur la table.

»Puis, ceux qui étaient de chaque côté de M. Home virent l'accordéon se mouvoir, osciller et tourner tout autour de la cage, et jouer en même temps. Le docteur A B regarda alors sous la table et dit que la main de M. Home semblait complètement immobile, pendant que l'accordéon se mouvait et faisait entendre des sons distincts.

»M. Home tint encore l'accordéon dans la cage, de la manière ordinaire. Ses pieds tenus par ceux qui étaient près de lui, son autre main reposant sur la table, nous entendîmes des notes distinctes et séparées résonner successivement, et ensuite un air simple fut joué. Comme un tel résultat ne pouvait s'être produit que par les différentes clefs de l'instrument, mises en action d'une manière harmonieuse, tous ceux qui étaient présents le considérèrent comme une expérience décisive. Mais ce qui suivit fut encore plus frappant: M. Home éloigna entièrement sa main de l'accordéon, la sortit tout à fait de la cage et la mit dans la main de la personne qui se trouvait près de lui. Alors l'instrument continua à jouer, personne ne le touchant et aucune main n'étant près de lui.

»Je voulus ensuite essayer quel effet on produirait, en faisant passer le courant de la batterie autour du fil isolé de la cage. En conséquence, mon aide établit la communication avec les fils qui venaient des piles de Grove. De nouveau, M. Home tint l'instrument dans la cage, de la même façon que précédemment, et immédiatement il résonna, et s'agita de côté et d'autre avec vigueur. Mais il m'est impossible de dire si le courant électrique qui passa autour de la cage vint en aide à la force qui se manifestait à l'intérieur.

»L'accordéon fut alors repris sans aucun contact visible avec la main de M. Home. Il l'éloigna complètement de l'instrument et la plaça sur la table, où elle fut saisie par la personne qui était près de lui; tous ceux qui étaient présents virent bien que ses deux mains étaient là. Deux des assistants et moi nous aperçûmes distinctement l'accordéon flotter çà et là dans l'intérieur de la cage, sans aucun support visible. Après un court intervalle, ce fait se répéta une seconde fois.

»Alors M. Home remit sa main dans la cage et prit de nouveau l'accordéon, qui commença à jouer d'abord des accords et des arpèges, et ensuite une douce et plaintive mélodie bien connue, qu'il exécuta parfaitement et d'une manière très belle. Pendant que cet air se jouait, je saisis le bras de M. Home au-dessous du coude et fis glisser doucement ma main jusqu'à ce qu'elle touchât le haut de l'accordéon. Pas un muscle ne bougeait. L'autre main de M. Home était sur la table, visible à tous les yeux, et ses pieds étaient sous les pieds de ceux qui étaient à côté de lui.»

Après avoir obtenu des résultats aussi décisifs avec l'accordéon, M. Croockes expérimenta avec l'appareil de la balance.

Malgré tout le désir que nous aurions de reproduire tout au long ces expériences, qui sont fondamentales, nous nous voyons forcés d'en donner seulement les résultats. Disons donc que M. Croockes constata, au moyen d'appareils enregistreurs très sensibles et construits ad hoc, que Home pouvait, par simple imposition des doigts, sans pression et même sans aucun contact, augmenter de quantités énormes (le 300 p. 100) le poids de divers objets, etc.

En outre, il vit à plusieurs reprises des tables et des chaises enlevées de terre, sans l'attouchement de personne; Home lui-même se souleva, à trois reprises différentes, au-dessus du plancher; enfin, plusieurs apparitions se manifestèrent, mais nous parlerons de celles-ci dans le chapitre suivant.

Répétons-le, le luxe des précautions prises était inouï. «Le pauvre Home était soumis à des épreuves bien offensantes: on lui tenait les pieds et les mains, il n'avait le droit de faire aucun mouvement, sans que plusieurs paires d'yeux méfiants ne fussent braqués sur lui[103]

Les conclusions que M. Croockes a tirées de ces expériences et d'une foule d'autres sont consignées dans son livre.

Elles sont trop importantes pour que nous ne les citions pas tout au long[104]:

«Ces expériences, dit le savant anglais, mettent hors de doute les conclusions auxquelles je suis arrivé dans mon précédent mémoire, savoir: l'existence d'une force associée, d'une manière encore inexpliquée, à l'organisme humain, force par laquelle un surcroît de poids peut être ajouté à des corps solides, sans contact effectif. Dans le cas de M. Home, le développement de cette force varie énormément, non seulement de semaine à semaine, mais d'une heure à l'autre; dans quelques occasions, cette force peut être accusée par mes appareils, pendant une heure ou même davantage, et puis, tout à coup, elle reparaît avec une grande énergie. Elle est capable d'agir à une certaine distance de M. Home (il n'est pas rare que ce soit jusqu'à deux ou trois pieds), mais toujours elle est plus puissante auprès de lui.

».... Je crois découvrir ce que cette force physique emploie pour se développer. En me servant des termes de force vitale, énergie nerveuse, je sais que j'emploie des mots qui, pour bien des investigateurs, prêtent à des significations différentes; mais, après avoir été témoin de l'état pénible de prostration nerveuse et corporelle dans laquelle quelques-unes de ces expériences ont laissé M. Home, après l'avoir vu dans un état de défaillance presque complète, étendu sur le plancher, pâle et sans voix, je puis à peine douter que l'émission de la force psychique ne soit accompagnée d'un épuisement correspondant de la force vitale.

»Je me suis hasardé à donner à cette nouvelle force le nom de force psychique, à cause de sa relation manifeste avec certaines considérations psychologiques, et parce que j'étais très désireux d'éviter que les conclusions précédentes ne fussent classées sous un titre qui, jusqu'ici, a été considéré comme dépendant d'un terrain d'où les arguments et les expériences sont bannis. Mais, comme j'ai trouvé que c'était du ressort de la recherche scientifique pure, j'ai dû le faire connaître par une appellation qui fût un nom scientifique, et je ne pense pas qu'on pût en choisir un autre qui lui convînt mieux.

»Pour être témoin des manifestations de cette force, il n'est pas nécessaire d'avoir accès auprès des psychistes en renom. Cette force est probablement possédée par tous les êtres humains, quoique les individus qui en sont doués avec une énergie extraordinaire soient sans doute rares. Pendant l'année qui vient de s'écouler, j'ai rencontré, dans l'intimité de quelques familles, cinq ou six personnes qui possèdent cette force d'une manière assez puissante pour m'inspirer pleinement la confiance que, par leur moyen, on aurait pu obtenir des résultats semblables à ceux qui viennent d'être décrits, pourvu que les expérimentateurs opérassent avec des appareils plus délicats et susceptibles de marquer une fraction de grain, au lieu d'indiquer seulement des livres et des onces.... Qu'il soit bien compris que, de même que toutes les autres expériences scientifiques, ces recherches doivent être conduites en parfait accord avec les conditions dans lesquelles la force se développe.

»De même que, dans les expériences d'électricité par frottement, c'est une condition indispensable que l'atmosphère soit exempte d'un excès d'humidité et qu'aucun corps conducteur ne doive toucher l'instrument, pendant que cette force s'engendre, de même on a trouvé que certaines conditions étaient essentielles à la production et à l'action de la force psychique; et si ces précautions ne sont pas observées, les expériences ne réussissent pas.

»C'est ainsi que cette force psychique était défavorablement influencée par une lumière trop vive, par le rayonnement du regard[105], qu'elle se transmet à travers l'eau.»

M. Croockes a essayé sur elle l'influence de plusieurs lumières: lumière du soleil diffuse, clair de lune, gaz, lampe, bougie, lumière électrique, etc. Les rayons les moins favorables aux manifestations «semblent être ceux de l'extrémité du spectre.»

«Je dois rectifier, continue M. Croockes, une ou deux erreurs qui se sont profondément implantées dans l'esprit du public. L'une, que l'obscurité est essentielle à la production des phénomènes, cela n'est pas le cas. Excepté en quelques circonstances, pour lesquelles l'obscurité a été une condition indispensable, comme par exemple les phénomènes d'apparitions lumineuses et quelques autres cas, tout ce que je rapporte a eu lieu à la lumière... Lorsque quelque raison particulière a exigé l'exclusion de la lumière, les résultats qui se sont manifestés l'ont été sous des conditions de contrôle si parfait que la suppression d'un de nos sens n'a réellement pas pu affaiblir la preuve fournie.

»Une autre erreur qui est commune consiste à croire que les manifestations ne peuvent se produire qu'à certaines heures et qu'en certains lieux—chez le médium, ou à des heures convenues d'avance—et partant de cette supposition erronée, on a établi une analogie entre les phénomènes appelés spirituels et les tours d'adresse des «prestidigitateurs» et des «sorciers» opérant sur leur propre théâtre et entourés de tout ce qui concerne leur art... Les centaines de faits que je me prépare à attester ont tous eu lieu dans ma propre maison, aux époques désignées par moi et dans des circonstances qui excluaient absolument l'emploi et l'aide du plus simple instrument.

«Une troisième erreur est celle-ci: c'est que le médium doit choisir son cercle d'amis et de compagnons qui doivent assister à sa séance.—Que ces amis doivent croire fermement à la vérité de n'importe quelle doctrine qu'énoncera le médium.—Qu'on impose à toute personne, dont l'esprit est investigateur, des conditions telles qu'elles empêchent complètement toute observation soigneuse. A cela je puis répondre qu'à l'exception de quelques cas fort peu nombreux.... j'ai composé moi-même mon cercle d'amis, j'ai introduit tous les incrédules qu'il m'a plu d'introduire, et j'ai généralement imposé mes conditions choisies avec soin par moi-même, pour éviter toute possibilité de fraude.....[106]

Voici maintenant une déclaration du même expérimentateur dont le lecteur appréciera—sans que nous ayons besoin d'insister—toute la gravité:

«Une question importante s'impose ici à notre attention: Ces mouvements et ces bruits sont-ils gouvernés par une intelligence? Dès le premier début de mes recherches, j'ai constaté que le pouvoir qui produisait ces phénomènes n'était pas simplement une force aveugle, mais qu'une intelligence le dirigeait ou du moins lui était associée... L'intelligence qui gouverne ces phénomènes est quelquefois manifestement inférieure à celle du médium, et elle est souvent en opposition directe avec ses désirs... Cette intelligence est quelquefois d'un caractère tel qu'on est forcé de croire qu'elle n'émane d'aucun de ceux qui sont présents.»

Telles sont les expériences et les opinions de l'habile physicien anglais sur la Force psychique.

Ces expériences sont, en Psychologie occulte, devenues fondamentales, classiques: et si, pour notre compte, nous n'acceptons qu'avec les plus expresses réserves les expériences de matérialisations que fit plus tard le même M. Croockes avec Mlle Cook (nous en parlerons plus loin), nous devons dire que nous considérons comme à peu près décisives celles que nous venons d'exposer.

Et ici on ne peut pas invoquer le testis unus testis nullus, car des faits semblables ou analogues ont été constatés par divers expérimentateurs, tous dignes de foi, Gibier, Zœllner, Lepelletier, Lombroso, etc., etc.

Nous ne pouvons que consigner rapidement les résultats de leurs expériences, sans entrer dans les détails des précautions prises, des appareils construits spécialement, etc.

Zœllner[107], qui était professeur d'astronomie à l'Université de Leipzig, et qui est mort depuis, opéra avec un américain, Slade, qui devait, dans la suite, servir aux expériences de M. Gibier.

Voici les phénomènes produits par ce médium, dans la maison même de Zœllner[108]:

1o Mouvement, par la seule «force» de Slade, de l'aiguille aimantée renfermée dans la boîte d'une boussole[109];

2o Coups frappés dans une table; couteau projeté, sans contact, à la hauteur d'un pied;

3o Mouvements d'objets lourds, le lit de M. Zœllner, transporté à deux pieds du mur, Slade étant assis, le dos tourné au lit, les jambes croisées et bien en vue;

4o Un écran est brisé avec fracas, sans contact avec le médium, et les morceaux sont projetés à cinq pieds de lui;

5o Ecriture produite à plusieurs reprises entre deux ardoises appartenant à Zœllner et tenues bien en vue;

6o Aimantation d'une aiguille d'acier;

7o Réaction acide donnée à des substances neutres, etc., etc.

En France, c'est le docteur Gibier, ancien interne des Hôpitaux de Paris, qui voulut, le premier, soumettre à l'expérimentation scientifique les Phénomènes spirites. Il opéra avec le même Slade.

«Nous avons eu, dit-il[110], trente-trois séances, dont trois dans notre maison même; sur ces trente-trois séances, plus de la moitié ont été presque nulles, deux n'ont donné aucun résultat ... Les personnes qui ont assisté à nos séances avec Slade nous sont connues: l'idée de compérage doit donc être éliminée; nous avons été parfois quatre et même cinq personnes, y compris le médium, mais nous n'avons jamais été moins de trois, dans toutes circonstances... Nous pouvons affirmer, après examen, qu'aucun mécanisme n'existait dans les meubles qui nous ont servi. Nous avons une certaine compétence sur ce point, et nous pouvons garantir ce que nous avançons.»

M. Gibier constata plusieurs faits analogues à ceux observés par Croockes et par Zœllner: mouvements de corps plus ou moins lourds, sans contact avec le médium, objets brisés par simple contact, corps transportés, sans que Slade les touchât, etc., etc.

Citons les observations suivantes: