Quatre jours plus tard, dans la nuit du mercredi 16 janvier, la chaise que j'avais continué à mettre en équilibre instable, se renversait à son tour, malgré que le cabinet fût fermé à clef et que les clefs ne m'eussent pas quitté; cette fois, la servante n'avait rien entendu.

Le lundi 21 janvier, en rentrant chez lui, un peu avant minuit, M. Dariex trouve encore une chaise renversée contre la porte, qu'elle empêche d'ouvrir.

Mais le sens critique de M. Dariex n'est pas encore satisfait, et avec raison, car, en un pareil sujet, on ne saurait être trop difficile en fait de témoignages et de preuves.

Il n'était pas matériellement impossible, dit-il, de se procurer une fausse clef, et, pensant que la bonne foi d'une personne, malgré que l'on n'ait aucune raison de la suspecter, ne constitue pas une preuve scientifique suffisante, je songeai à prendre des précautions plus rigoureuses. Le mercredi 23 janvier, à huit heures du soir, avant de sortir, non seulement je fermai le cabinet à clef, mais je mis toutes ses ouvertures, portes et fenêtres, sous scellés.... Ils étaient au nombre de huit ou neuf, rien que pour la porte donnant dans la salle à manger, dont le trou de la serrure était obstrué par une bande de papier; cette même bande était, en outre, scellée au mur et rendait impossibles l'ouverture de cette porte... et l'introduction dans la serrure d'un instrument quelconque, sans traces d'effraction.

Or, en rentrant à minuit dix minutes, M. Dariex trouve, après un examen minutieux, tous les scellés parfaitement intacts, aussi bien ceux des fenêtres que ceux de la porte... et dans le cabinet une chaise était tombée, renversée sur son dossier. La servante n'avait rien entendu; mais, plus tard, dans la même nuit, un peu après 3 heures du matin, elle entendit trois coups très secs, frappés avec une extrême violence dans le panneau de la porte donnant dans le salon.

Enfin, le jeudi 24 janvier, à minuit quarante-cinq minutes, malgré que mon cabinet eût été fermé et mis sous scellés comme la veille, et que, comme la veille, j'eusse trouvé les scellés parfaitement intacts, il y avait, dans la pièce, non plus une, mais deux chaises renversées.

Dès lors, M. Dariex, pour donner plus de valeur encore à son témoignage, n'hésita plus à convier, au contrôle du fait qu'à cinq reprises il avait constaté, ceux de ses amis «à qui, dit-il, je crus pouvoir en parler, sans m'exposer à passer pour un halluciné, un pauvre fou qu'il faudrait bientôt enfermer.» Il les pria de prendre des précautions plus rigoureuses encore, s'ils pouvaient en imaginer, et voici le rapport, qu'après avoir expérimenté jusqu'au 5 février, ces Messieurs rédigèrent:

Procès-verbal des expériences collectives instituées pour le contrôle des mouvements d'objets sans contact[129].

Les soussignés:

Dr Barbillion, de la Faculté de Paris, ancien interne en médecine des hôpitaux, demeurant, 16, quai d'Orléans, à Paris;

Bessombes (Paul), employé des ponts et chaussées, demeurant à Paris, 7, rue Boutarel;

Dr Méneault (Joanne), de la Faculté de Paris, ancien interne de l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer, demeurant à Paris, rue Monge, 51;

Morin (Louis), pharmacien de 1re classe, demeurant rue du Pont-Louis-Philippe, 9;

Certifient l'exactitude des faits suivants:

«Le Dr Dariex, demeurant à Paris, rue Du Bellay, no 6, ayant à plusieurs reprises, et notamment le 25 janvier 1889, cru constater que des phénomènes étranges se produisaient, la nuit, dans son cabinet de travail, pria les personnes ci-dessus désignées de contrôler les observations qu'il avait déjà faites sur l'existence de ces phénomènes.

»Il s'agissait, au dire du Dr Dariex, de chaises qui avaient été trouvé renversées dans son cabinet, et cela, à plusieurs reprises, alors que, d'après les précautions prises en vue d'éviter toute supercherie, il paraissait impossible qu'aucun être vivant ait pu s'introduire dans le cabinet, dont les portes et les fenêtres avaient été méthodiquement closes et mises sous scellés.

»Pendant 10 jours, du 27 janvier au 4 février, les soussignés se sont régulièrement réunis chez le Dr Dariex, le soir à 8 heures, le matin à 8 heures et demie; tantôt ils étaient tous présents, tantôt il manquait une ou plusieurs personnes. Le Dr Barbillion et le Dr Dariex n'ont pas manqué à un seul rendez-vous et ont pu assister à toute la série des expériences.

»Le cabinet de travail du Dr Dariex occupe, au premier étage de la maison portant le no 6 de la rue Du Bellay, la partie de l'appartement qui forme le coin de cette rue et de la rue Saint-Louis-en-l'Ile. Il prend jour par deux fenêtres donnant sur cette rue et communique avec les autres pièces de l'appartement par deux portes, l'une donnant sur le salon et s'ouvrant vers le salon; l'autre donnant sur la salle à manger et s'ouvrant vers le cabinet.

»Les meubles qui le garnissent sont: une bibliothèque, un secrétaire, une table, un divan, un fauteuil, quatre chaises; il n'existe aucun placard. Après avoir scrupuleusement examiné les fenêtres et les portes, ainsi que les différents meubles, les murs et le parquet, les soussignés, ayant acquis la conviction que rien ne pouvait amener la chute ou le déplacement d'aucun meuble ou d'aucun objet, à l'aide de mécanisme, de fils, etc., ou de tout autre moyen; qu'il était également impossible à quelqu'un de se cacher dans le cabinet ou de s'y introduire après la fermeture et la mise sous scellés des fenêtres et des portes; dans ces conditions, chaque soir, à huit heures, les précautions suivantes furent minutieusement prises: les volets en fer sont fermés, les fenêtres sont closes et des scellés sont apposés sur les montants, près de l'espagnolette. La porte de communication avec le salon est fermée à clef du côté du cabinet, la clef restant emprisonnée dans la serrure, par une bande d'étoffe scellée à ses deux extrémités.

»Des scellés sont posés sur cette porte et une bande d'étoffe est fixée par des cachets de cire, d'une part sur la porte elle-même, et, d'autre part, sur le mur voisin. Pendant tout le cours de nos expériences, cette porte du salon est demeurée condamnée.

»Restait, comme unique ouverture, la porte faisant communiquer le cabinet avec la salle à manger. Les chaises du cabinet étaient alors disposées suivant un ordre convenu, mais non toujours exactement à la même place. On sortait du cabinet, le Dr Dariex le premier, et chacun, de la salle à manger, jetait un dernier regard dans le cabinet, afin de s'assurer, une dernière fois, que les chaises étaient debout et bien en place.

»Alors le Dr Barbillion fermait à clef la porte du cabinet et gardait sur lui cette clef; les scellés étaient posés et la bande d'étoffe était appliquée sur le trou de la serrure. Sept ou huit cachets étaient posés, à l'aide d'un cachet appartenant à M. Morin, lequel le gardait et l'emportait chez lui. La forme et la disposition des scellés étaient notées avec soin.

»Ces précautions ayant été régulièrement et rigoureusement prises, chaque jour, à huit heures du soir, nous nous réunissions le lendemain matin, à huit heures et demie, pour la levée des scellés, laquelle était toujours précédée d'un examen minutieux de la clef et de la serrure. Pendant les dix jours qu'a duré l'observation, voici ce qui a été constaté:

1re Nuit, du samedi 26 janvier au dimanche 27.—Néant.

2e Nuit, du 27 au lundi 28 janvier.—Néant.

3e Nuit, du 28 janvier au mardi 29 janvier.—Deux chaises sont renversées; l'une, placée près de la bibliothèque, est tombée sur son côté gauche; l'autre, placée près du fauteuil, est renversée sur le dossier, dans la direction de la fenêtre et de la table.

4e Nuit, du mardi 29 janvier au mercredi 30.—Néant.

5e Nuit, du 30 janvier au jeudi 31 janvier.—Néant.

6e Nuit, du 31 janvier au vendredi 1er février.—Néant.

7e Nuit, du 1er février au samedi 2 février.—Néant.

8e Nuit, du 2 février au dimanche 3 février.—Néant.

9e Nuit, du dimanche 3 février au lundi 4 février.—Néant.

10e Nuit, du lundi 4 février au mardi 5 février.—Deux chaises sont renversées: l'une, placée vers la table, a été renversée sur le côté gauche, vers le divan; l'autre, placée près du fauteuil, est tombée sur le dossier, dans la direction de la fenêtre.

»En présence de ces faits, des précautions prises par nous, pour éviter toute supercherie, du soin que nous avons apporté à la pose des scellés et à l'examen des mêmes scellés, nous sommes convaincus:

»1o Que personne n'a pu demeurer dans le cabinet, après que nous étions sortis;

»2o Que personne n'a pu s'y introduire pendant la nuit, avant notre arrivée, le lendemain matin.

»Et nous sommes amenés à conclure que, pendant la nuit, à deux reprises, dans l'espace de dix jours, au milieu d'une chambre parfaitement close et sans qu'aucun être vivant ait pu s'y introduire, des chaises ont été renversées, contrairement à notre attente et à nos prévisions; que cette manifestation d'une force, en apparence mystérieuse se produisant en dehors des conditions habituelles, ne nous paraît pas reconnaître une explication ordinaire, et que, sans vouloir préjuger en rien de la nature intime de cette force et tirer des conclusions positives, nous inclinons à penser qu'il s'agit de phénomènes d'ordre psychique, analogues à ceux qui ont été décrits et contrôlés par un certain nombre d'observateurs.

»Dr Barbillion; P. Bessombes; Dr Méneault;
L. Morin; Dr Dariex

Toutes ces signatures sont légalisées par la mairie du IVe arrondissement et par celle de Pont-de-Vaux, dans l'Ain, où est allé, peu après, se fixer le docteur Méneault.

A partir du 5 février, ajoute le docteur Dariex, mes amis ayant déclaré que leur contrôle était suffisant et qu'il était inutile de le prolonger, je me fis dresser, tous les soirs, un lit dans ce cabinet de travail, et j'y couchai jusqu'au 26 février, date à laquelle je fus appelé en province par un deuil de famille. Je n'entendis rien et aucune chaise ne fut plus renversée.

Ces phénomènes ont-ils été absolument indépendants de la présence ou du voisinage de quelque personne, de quelque «médium», pour employer le terme consacré? Je n'en sais rien, mais je présume que si la présence de quelqu'un a été nécessaire, si médium il y a eu, ce doit être ma servante, dont la santé et le système nerveux étaient alors très délicats. Elle n'a jamais eu d'accès de somnambulisme spontané; mais, il y a un an, j'ai été amené, par la force des choses, à me convaincre qu'elle était hypnotisable, etc., etc...

Malgré le vif intérêt que présentent ces questions, il nous est impossible d'insister plus longuement; on trouvera, du reste, dans les Annales, tous les détails complémentaires des expériences du docteur Dariex.

On y pourra lire aussi le récit de phénomènes du même ordre, mais incomparablement plus intenses, qui se seraient produits, en 1873, au château du T..., en Normandie. Les documents qui les relatent semblent posséder toutes les garanties désirables; par malheur, les observations n'ont pas été faites dans un esprit aussi rigoureusement scientifique que les précédentes, et cela est d'autant plus regrettable que les faits sont vraiment extraordinaires et passablement troublants. Ce sont des coups formidables qui, la nuit, ébranlent les murailles; des bruits de pas, et même des cris déchirants qui, pendant tout un mois, troublent le sommeil des hôtes du château, sans que les recherches les plus minutieuses fassent rien découvrir. Le propriétaire du château, M. de X..., écrit, chaque jour, le récit des phénomènes dont lui et les siens sont témoins. Ce journal a été publié par les Annales...[130]. La bonne foi de l'auteur paraît absolue; mais, nous le répétons, l'esprit d'observation scientifique lui fait un peu défaut.

2o MATÉRIALISATIONS

On nomme ainsi, en langage spirite, les apparitions, non plus fluidiques, mais matérielles, qui se manifestaient par l'intermédiaire de certains médiums nommés, pour cette raison, médiums à matérialisations.

Autrement dit, il s'agirait de la création extemporanée de créatures en chair et en os, de créatures qui parlent, dont on compte les pulsations du pouls et que l'on ausculte, d'êtres enfin qui semblent posséder tous les attributs de la vie...

Et ici, nous avouons franchement que, n'était le désir de présenter un travail complet, nous préférerions remettre à plus tard cette partie de notre sujet, non certes par une sotte pusillanimité intellectuelle, mais parce que nous estimons que, dans l'évolution des idées relatives à l'Occulte et dans l'intérêt même de ces idées, le moment n'est pas encore venu d'aborder publiquement les plus transcendantes d'entre elles.

Nous le répétons: pour si extra-normaux, pour si absurdes que paraissent les phénomènes dont nous allons nous occuper, nous les croyons possibles et même probables, car, à notre sens, imaginer que les hommes éminents qui les affirment ont tous été dupes de fraudes grossières ou d'hallucinations, cela heurte la raison, plus encore que les prodiges dont ils se portent garants.

Nous croyons donc ces Phénomènes probables.

Mais nous n'affirmons rien.

Comme bien l'on pense, ce n'est pas dans les livres spirites que nous irons chercher des observations de matérialisations; non pas que nous refusions systématiquement toute valeur aux ouvrages de ce genre et aux faits qu'ils contiennent, mais leur esprit et leurs tendances diffèrent absolument des nôtres.

Aussi, nous adresserons-nous de nouveau aux expérimentateurs que nous connaissons et parmi lesquels Croockes est encore celui qui a obtenu les résultats les plus complets, les plus surprenants, et, pour tout dire, les plus invraisemblables.

C'est en expérimentant avec Home qu'il put constater, pour la première fois, des matérialisations; mais elles étaient partielles: c'étaient des mains, en tout semblables à de véritables mains vivantes, qui apparaissaient et disparaissaient subitement, tantôt lumineuses dans l'obscurité, tantôt visibles à la lumière ordinaire.

Voici quelques-unes de ces apparitions:

Une petite main, d'une forme très belle, s'éleva d'une table de salle à manger et me donna une fleur; elle apparut, puis disparut à trois reprises différentes, en me donnant toute facilité de me convaincre que cette apparition était aussi réelle que ma propre main. Cela se passa à la lumière, dans ma propre chambre, les pieds et les mains du médium étant tenus par moi pendant ce temps.

Nombre de fois, moi-même et d'autres personnes avons vu une main pressant les touches d'un accordéon, pendant qu'au même moment, nous voyions les deux mains du médium qui, quelquefois, étaient tenues par ceux qui étaient près de lui.

Les mains et les doigts ne m'ont pas toujours paru être solides et comme vivants. Quelquefois, il faut le dire, ils offraient plutôt l'apparence d'un nuage, condensé en partie sous forme de main... J'ai vu, plus d'une fois, d'abord un objet (fleur, livre, etc.) se mouvoir, puis un nuage lumineux qui semblait se former autour de lui, et enfin le nuage se condenser, prendre une forme et se changer en une main parfaitement faite... Quelquefois, la chair semble être aussi humaine que celle de toutes les personnes présentes. Au poignet ou au bras, elle devient vaporeuse et se perd dans un nuage lumineux: au toucher, ces mains paraissent quelquefois froides comme de la glace et mortes; d'autres fois, elles m'ont semblé chaudes et vivantes, et ont serré la mienne avec la ferme étreinte d'un vieil ami. J'ai retenu une de ces mains dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper. Aucune tentative ni aucun effort ne furent faits pour me faire lâcher prise, mais peu à peu cette main sembla se résoudre en vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se dégagea de mon étreinte[131].

Mais ces merveilles devaient être encore dépassées par les résultats que M. Croockes obtint, en 1874, avec un nouveau médium. Celui-ci était une jeune fille anglaise de 15 ans et d'une santé chétive, Mlle Florence Coock. Les expériences avaient lieu le plus souvent dans le laboratoire même de M. Croockes, et c'est là que furent faites les fameuses photographies des apparitions.

L'être qui se manifestait, par l'intermédiaire du médium, était une jeune femme qui avait bien voulu révéler son nom: Katie King, et qui prétendait avoir, pendant une existence antérieure, vécu dans l'Inde. On savait, d'après ses propres paroles, qu'elle «n'avait le pouvoir de rester auprès de son médium que pendant trois ans et qu'après ce temps, elle lui ferait ses adieux, pour toujours[132]».

A chaque instant, en racontant de pareilles histoires, et bien que l'on soit convaincu, plus que quiconque, de «l'infini des Possibilités de l'Univers», on est obligé de se rappeler que celui qui les atteste est l'homme qui a découvert le thallium et la matière radiante; devant un tel passé scientifique, la raison, même récalcitrante, est obligée de s'incliner, et l'on continue.....

Voici, sous forme de lettre, le récit que fait M. Croockes de ses expériences avec Mlle Coock et Katie King:

Dans une lettre que j'ai écrite à ce journal, au commencement de février dernier, je parlais des phénomènes de formes d'esprits qui s'étaient manifestées par la médiumnité de Mlle Coock, et je disais: «Que ceux qui inclinent à juger durement Mlle Coock suspendent leur jugement jusqu'à ce que j'apporte une preuve certaine qui, je le crois, sera suffisante pour résoudre la question.»

En ce moment, Mlle Coock se consacre exclusivement à une série de séances privées auxquelles n'assistent qu'un ou deux de mes amis et moi. J'en ai vu assez pour me convaincre pleinement de la sincérité et de l'honnêteté parfaites de Mlle Coock, et pour me donner tout lieu de croire que les promesses que Katie King m'a faites si librement seront tenues.

Dans cette lettre, je décrivais un incident qui, selon moi, était très propre à me convaincre que Katie et Mlle Coock étaient deux êtres matériels distincts. Lorsque Katie était hors du cabinet debout devant moi, j'entendis un son plaintif venant de Mlle Coock qui était dans le cabinet. Je suis heureux de dire que j'ai enfin obtenu «la preuve absolue» dont je parlais dans la lettre ci-dessus mentionnée.

Pour le moment, je ne parlerai pas de la plupart des preuves que Katie m'a données, dans les nombreuses occasions où Mlle Coock m'a favorisé de séances chez moi, et je n'en décrirai qu'une ou deux qui ont eu lieu tout récemment. Depuis quelque temps, j'expérimentais avec une lampe à phosphore, consistant en une bouteille de 6 à 8 onces, qui contenait un peu d'huile phosphorée et qui était solidement bouchée. J'avais des raisons pour espérer qu'à la lumière de cette lampe, quelques-uns des phénomènes du cabinet pourraient se rendre visibles, et Katie espérait, elle aussi, obtenir le même résultat.

Le 12 mars, pendant une séance chez moi, et après que Katie eut marché au milieu de nous, qu'elle nous eut parlé pendant quelque temps, elle se retira derrière le rideau qui séparait mon laboratoire, où l'assistance était assise, de ma bibliothèque qui, temporairement, faisait l'office de cabinet.

Au bout d'un moment, elle revint au rideau et m'appela à elle en disant: «Entrez dans la chambre et soulevez la tête de mon médium; elle a glissé à terre.» Katie était alors debout devant moi, revêtue de sa robe blanche habituelle et coiffée de son turban. Immédiatement, je me dirigeai vers la bibliothèque pour relever Mlle Coock, et Katie fit quelques pas de ce côté pour me laisser passer. En effet, Mlle Coock avait glissé en partie de dessus le canapé et sa tête penchait dans une position très pénible. Je la remis sur le canapé, et en faisant cela, j'eus, malgré l'obscurité, la satisfaction de constater que Mlle Coock n'était pas revêtue du costume de Katie, mais qu'elle portait, son vêtement ordinaire de velours noir et se trouvait dans une profonde léthargie. Il ne s'était pas écoulé plus de trois secondes entre le moment où je vis Katie en robe blanche, devant moi, et celui où je relevai Mlle Coock sur le canapé, en la tirant de la position où elle se trouvait.

En retournant à mon poste d'observation, Katie apparut de nouveau et dit qu'elle pensait qu'elle pourrait se montrer à moi en même temps que son médium. Le gaz fut baissé et elle me demanda ma lampe à phosphore. Après s'être montrée à sa lueur pendant quelques secondes, elle me la remit dans les mains en disant: «Maintenant, entrez, et venez voir mon médium.» Je la suivis de près dans ma bibliothèque et, à la lueur de ma lampe, je vis Mlle Coock reposant sur le sofa, exactement comme je l'y avais laissée. Je regardai autour de moi pour voir Katie, mais elle avait disparu. Je l'appelai, mais je ne reçus pas de réponse.

Je repris ma place, et Katie réapparut bientôt et me dit que, tout le temps, elle avait été debout auprès de Mlle Coock. Elle demanda alors si elle ne pourrait pas elle-même essayer une expérience, et, prenant de mes mains la lampe à phosphore, elle passa derrière le rideau, me priant de ne pas regarder dans le cabinet pour le moment. Au bout de quelques minutes, elle me rendit la lampe en me disant qu'elle n'avait pas pu réussir, qu'elle avait épuisé tout le fluide du médium, mais qu'elle essaierait de nouveau une autre fois. Mon fils aîné, un garçon de quatorze ans, qui était assis en face de moi, dans une position telle qu'il pouvait voir derrière le rideau, me dit qu'il avait distinctement vu la lampe à phosphore paraissant flotter dans l'espace au-dessus de Mlle Coock et l'éclairant, pendant qu'elle était étendue sans mouvement sur le sofa, mais qu'il n'avait pu voir personne tenir la lampe.

Je passe maintenant à la séance tenue hier soir à Hackner. Jamais Katie n'est apparue avec une aussi grande perfection; pendant près de deux heures, elle s'est promenée dans la chambre, en causant familièrement avec ceux qui étaient présents. Plusieurs fois, elle me prit le bras en marchant, et l'impression ressentie par mon esprit que c'était une femme vivante qui se trouvait à mon côté et non pas un visiteur de l'autre monde, cette impression, dis-je, fut si forte, que la tentation de répéter une intéressante et curieuse expérience devint presque irrésistible.

Pensant donc que si je n'avais pas un esprit près de moi, il y avait tout au moins une dame, je lui demandai la permission de la prendre dans mes bras, afin de me permettre de vérifier les intéressantes observations qu'un expérimentateur hardi avait récemment fait connaître d'une manière tant soit peu prolixe. Cette permission me fut gracieusement donnée, et, en conséquence, j'en usai—convenablement, comme tout homme bien élevé l'eût fait dans ces circonstances. M. Volckman sera charmé de savoir que je puis corroborer son assertion que le «fantôme» (qui du reste ne fit aucune résistance) était un être aussi matériel que Mlle Coock elle-même. Mais la suite montrera combien un expérimentateur a tort, quelque soignées que ses observations puissent être, de se hasarder à formuler une importante conclusion quand les preuves ne sont pas en quantité suffisante.

Katie dit alors que, cette fois, elle se croyait capable de se montrer en même temps que Mlle Coock. Je baissai le gaz, et ensuite, avec ma lampe à phosphore, je pénétrai dans la chambre qui servait de cabinet. Mais, préalablement, j'avais prié un de mes amis, qui est habile sténographe, de noter toute observation que je pourrais faire pendant que je serais dans ce cabinet, car je connais l'importance qui s'attache aux premières impressions, et je ne voulais pas me confier à ma mémoire plus qu'il n'était nécessaire. Ces notes sont en ce moment devant moi.

J'entrai dans la chambre avec précaution; il y faisait noir, et ce fut à tâtons que je cherchai Mlle Coock. Je la trouvai accroupie sur le plancher.

M'agenouillant, je laissai l'air entrer dans ma lampe, et, à sa lueur, je vis cette jeune dame vêtue de velours noir, comme elle l'était au début de la séance et ayant toute l'apparence d'être complètement insensible. Elle ne bougea pas lorsque je pris sa main et tins la lampe tout à fait près de son visage; mais elle continua à respirer paisiblement.

Elevant la lampe, je regardai autour de moi, et je vis Katie qui se tenait debout tout près de Mlle Coock et derrière elle. Elle était vêtue d'une draperie blanche et flottante, comme nous l'avions déjà vue pendant la séance. Tenant une des mains de Mlle Coock dans la mienne, et m'agenouillant encore, j'élevai et j'abaissai la lampe, tant pour éclairer la figure entière de Katie que pour pleinement me convaincre que je voyais bien réellement la vraie Katie, que j'avais pressée dans mes bras quelques minutes auparavant, et non pas le fantôme d'un cerveau malade. Elle ne parla pas, mais elle remua la tête en signe de reconnaissance. Par trois fois différentes, j'examinai soigneusement Mlle Coock accroupie devant moi, pour m'assurer que la main que je tenais était bien celle d'une femme vivante et, à trois reprises différentes, je tournai ma lampe vers Katie pour l'examiner avec une attention soutenue, jusqu'à ce que je n'eusse plus le moindre doute qu'elle était bien là, devant moi. A la fin, Mlle Coock fit un léger mouvement, et aussitôt Katie me fit signe de m'en aller. Je me retirai dans une autre partie du cabinet et cessai alors de voir Katie; mais je ne quittai pas la chambre jusqu'à ce que Mlle Coock se fût éveillée et que deux des assistants eussent pénétré avec de la lumière.

Avant de terminer cet article, je désire faire connaître quelques-unes des différences que j'ai observées entre Mlle Coock et Katie. La taille de Katie est variable: chez moi, je l'ai vue plus grande de six pouces que Mlle Coock. Hier soir, Katie avait le cou découvert, la peau était parfaitement douce au toucher et à la vue, tandis que Mlle Coock a au cou une cicatrice qui, dans des circonstances semblables, se voit distinctement et est rude au toucher. Les oreilles de Katie ne sont pas percées, tandis que Mlle Coock porte ordinairement des boucles d'oreilles. Le teint de Katie est très blanc, tandis que celui de Mlle Coock est très brun. Les doigts de Katie sont beaucoup plus longs que ceux de Mlle Coock, et son visage est aussi plus grand. Dans les façons et manières de s'exprimer, il y a aussi bien des différences marquées.

La santé de Mlle Coock n'est pas assez bonne pour lui permettre de donner, avant quelques semaines, d'autres séances expérimentales comme celles-ci et nous l'avons, en conséquence, fortement engagée à prendre un repos complet, avant de recommencer la campagne d'expériences dont, à cause d'elle, j'ai donné un aperçu, et dans un temps prochain, j'espère que je pourrai en faire connaître les résultats.

On a vu que, dans toutes ses expériences sur les Phénomènes spirites, M. Croockes, éprouvant pour les témoignages de ses sens, si exercés fussent-ils, la méfiance du vrai savant, leur substituait autant que possible d'inhallucinables instruments enregistreurs.

Donc, après avoir, dans la mesure de ses facultés sensorielles, constaté, vérifié, affirmé l'existence d'une créature en chair et en os, différant du médium, il voulut qu'un appareil de photographie, avec son impartialité mécanique, appuyât son témoignage, et c'est ainsi que furent faites ces fameuses photographies spirites, qui ont suscité de si passionnés débats, dans lesquels nous ne saurions intervenir.

Aussi, tout en reconnaissant que ces photographies ont été prises dans de sérieuses conditions de contrôle (nombre et habileté des observateurs, rendant bien difficile la possibilité d'une hallucination de leur part ou l'introduction subreptice d'une seconde personne dans le laboratoire de M. Croockes, durée des expériences, etc.), sans discuter davantage, nous allons laisser M. Croockes raconter lui-même comment, avant qu'elle ne disparût pour jamais, il put prendre plusieurs images de la belle Katie King:

Ayant pris une part active aux dernières séances de Mlle Coock et ayant très bien réussi à prendre de nombreuses photographies de Katie King, à l'aide de la lumière électrique, j'ai pensé que la publication de quelques détails serait intéressante pour les spiritualistes.

Durant la semaine qui a précédé le départ de Katie, elle a donné des séances chez moi, presque tous les soirs, afin de me permettre de la photographier à la lumière artificielle. Cinq appareils complets de photographie furent donc préparés à cet effet. Ils consistaient en cinq chambres noires, une de la grandeur de plaque entière, une de demi-plaque, une de quart, et de deux chambres stéréoscopiques binoculaires, qui devaient toutes être dirigées sur Katie en même temps, chaque fois qu'elle poserait pour obtenir son portrait. Cinq bains sensibilisateurs et fixateurs furent employés et nombre de glaces furent nettoyées à l'avance, prêtes à servir, afin qu'il n'y eût ni hésitation, ni retard pendant les opérations photographiques, que j'exécutai moi-même, assisté d'un aide.

Ma bibliothèque servit de cabinet noir: elle avait une porte à deux battants qui s'ouvrait sur le laboratoire; un de ces battants fut enlevé de ses gonds et un rideau fut suspendu à sa place, pour permettre à Katie d'entrer et de sortir facilement. Ceux de nos amis qui étaient présents étaient assis dans le laboratoire, en face du rideau, et les chambres noires étaient placées un peu derrière eux, prêtes à photographier Katie quand elle sortirait, et à prendre également l'intérieur du cabinet, chaque fois que le rideau serait soulevé dans ce but. Chaque soir, il y avait trois ou quatre expositions de glaces dans les cinq chambres noires, ce qui donnait au moins quinze épreuves par séance. Quelques-unes se gâtèrent au développement, d'autres en réglant la lumière. Malgré tout, j'ai quarante-quatre négatifs, quelques-uns médiocres, quelques-uns ni bons ni mauvais, et d'autres excellents.

Katie donna pour instruction à tous les assistants de rester assis et d'observer cette condition; seul, je ne fus pas compris dans cette mesure, car, depuis quelque temps, elle m'avait donné la permission de faire ce que je voudrais, de la toucher, d'entrer dans le cabinet et d'en sortir, presque chaque fois qu'il me plaisait. Je l'ai souvent suivie dans le cabinet et l'ai vue quelquefois, elle et son médium, en même temps; mais, le plus généralement, je ne trouvais que le médium en léthargie et reposant sur le parquet; Katie et son costume blanc avaient instantanément disparu.

Durant ces dix derniers mois, Mlle Coock a fait chez moi de nombreuses visites et y est demeurée quelquefois une semaine entière. Elle n'apportait avec elle qu'un petit sac de nuit, ne fermant pas à clef; pendant le jour, elle était constamment en compagnie de Mme Croockes, de moi-même ou de quelque autre membre de ma famille, et ne dormant pas seule; il y a eu manque absolu d'occasions de rien préparer, même d'un caractère moins achevé, qui fût apte à jouer le rôle de Katie King. J'ai préparé et disposé moi-même ma bibliothèque ainsi que le cabinet noir, et d'habitude, après que Mlle Coock avait dîné et causé avec nous, elle se dirigeait droit au cabinet et, à sa demande, je fermais à clef la seconde porte, gardant la clef sur moi pendant toute la séance; alors on abaissait le gaz et on laissait Mlle Coock dans l'obscurité.

En entrant dans le cabinet, Mlle Coock s'étendait sur le plancher, sa tête sur un coussin, et bientôt elle était en léthargie. Pendant les séances photographiques, Katie enveloppait la tête de son médium avec un châle, pour empêcher que la lumière ne tombât sur son visage. Fréquemment, j'ai soulevé un côté du rideau, lorsque Katie était debout tout auprès, et alors il n'était pas rare que les sept ou huit personnes qui étaient dans le laboratoire pussent voir en même temps Mlle Coock et Katie, sous le plein éclat de la lumière électrique. Nous ne pouvions pas, alors, voir le visage du médium à cause du châle, mais nous apercevions ses mains et ses pieds; nous la voyions se remuer péniblement, sous l'influence de cette lumière intense, et, par moment, nous entendions ses plaintes. J'ai une épreuve de Katie et de son médium photographiés ensemble; mais Katie est placée devant la tête de Mlle Coock.

Pendant que je prenais une part active à ces séances, la confiance qu'avait en moi Katie s'accroissait graduellement, au point qu'elle ne voulait plus donner de séance, à moins que je ne me chargeasse des dispositions à prendre, disant qu'elle voulait toujours m'avoir près d'elle et près du cabinet. Dès que cette confiance fut établie et quand elle eut la satisfaction d'être sûre que je tiendrais les promesses que je pouvais lui faire, les phénomènes augmentèrent beaucoup en puissance, et des preuves me furent données qu'il m'eût été impossible d'obtenir, si je m'étais approché du sujet d'une manière différente.

Elle m'interrogeait souvent au sujet des personnes présentes aux séances et sur la manière dont elles seraient placées, car, dans les derniers temps, elle était devenue très nerveuse, à la suite de certaines suggestions malavisées, qui conseillaient d'employer la force pour aider à des modes de recherches plus scientifiques. Une des photographies les plus intéressantes est celle où je suis debout à côté de Katie; elle a son pied nu sur un point particulier du plancher.

J'habillai Mlle Coock comme Katie; elle et moi nous nous plaçâmes exactement dans la même position, et nous fûmes photographiés par les mêmes objectifs, placés absolument comme dans l'autre expérience et éclairés par la même lumière. Lorsque les deux dessins sont placés l'un sur l'autre, les deux photographies de moi coïncident parfaitement quant à la taille, etc.; mais Katie est plus grande d'une demi-tête que Mlle Coock, et, auprès d'elle, elle semble une grosse femme. Dans beaucoup d'épreuves, la largeur de son visage et la grosseur de son corps diffèrent essentiellement de son médium, et les photographies font voir plusieurs points de dissemblance.

J'ai si bien vu Katie récemment, lorsqu'elle était éclairée par la lumière électrique, qu'il m'est possible d'ajouter quelques traits aux différences que, dans un précédent article, j'ai établies entre elle et son médium. J'ai la certitude la plus absolue que Mlle Coock et Katie sont deux individualités distinctes, du moins en ce qui concerne leur corps. Plusieurs petites marques qui se trouvent sur le visage de Mlle Coock font défaut sur celui de Katie. La chevelure de Mlle Coock est d'un brun si foncé qu'elle paraît presque noire; une boucle de celle de Katie, qui est là sous mes yeux, et qu'elle m'avait permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes, après l'avoir suivie de mes propres doigts jusque sur le haut de sa tête, et m'être assuré qu'elle y avait bien poussé, est d'un riche châtain doré.

Un soir, je comptai les pulsations de Katie: son pouls battait régulièrement 75, tandis que celui de Mlle Coock, peu d'instants après, atteignait 90, son chiffre habituel.

En appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais entendre un cœur battre à l'intérieur, et ses pulsations étaient encore plus régulières que celles du cœur de Mlle Coock, lorsque, après la séance, elle me permettait la même expérience. Eprouvés de la même manière, les poumons de Katie se montrèrent plus sains que ceux de son médium, car, au moment où je fis mon expérience, Mlle Coock suivait un traitement médical pour un gros rhume.

Nos lecteurs trouveront sans doute intéressant qu'à vos récits et à ceux de M. Ross Church, au sujet de la dernière apparition de Katie, viennent s'ajouter les miens, du moins ceux que je peux publier. Lorsque le moment de nous séparer fut venu pour Katie, je lui demandai la faveur d'être le dernier à la voir. En conséquence, quand elle eut appelé à elle chaque personne de la société et qu'elle leur eut dit quelques mots en particulier, elle donna des instructions générales pour notre direction future et la protection à donner à Mlle Coock; de ces instructions, qui furent sténographiées, je cite la suivante: «M. Croockes a très bien agi constamment, et c'est avec la plus grande confiance que je laisse Florence entre ses mains, parfaitement sûre que je suis qu'il ne trompera pas la foi que j'ai en lui. Dans toutes les circonstances imprévues, il pourra faire mieux que moi-même, car il a plus de force.»

Ayant terminé ses instructions, Katie m'engagea à entrer dans le cabinet avec elle, et me permit d'y demeurer jusqu'à la fin.

Après avoir fermé le rideau, elle causa avec moi pendant quelque temps, puis elle traversa la chambre pour aller à Mlle Coock, qui gisait, inanimée, sur le plancher. Se penchant sur elle, Katie la toucha et lui dit:

«Eveillez-vous, Florence, éveillez-vous! Il faut que je vous quitte maintenant.»

Mlle Coock s'éveilla et, toute en larmes, elle supplia Katie de rester quelque temps encore. «Ma chère, je ne le puis pas; ma mission est accomplie. Que Dieu vous bénisse!» répondit Katie, et elle continua à parler à Mlle Coock. Pendant quelques minutes, elles causèrent ensemble, jusqu'à ce qu'enfin les larmes de Mlle Coock l'empêchèrent de continuer. Suivant les instructions de Katie, je m'élançai pour soutenir Mlle Coock, qui allait tomber sur le plancher et qui sanglotait convulsivement. Je regardai autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu. Dès que Mlle Coock fut assez calmée, on apporta une lumière, et je la conduisis hors du cabinet.

Les séances presque journalières dont Mlle Coock m'a favorisé dernièrement ont beaucoup éprouvé ses forces, et je désire faire connaître, le plus possible, les obligations que je lui dois, pour son empressement à m'assister dans mes expériences. Quelque épreuve que j'ai proposée, elle a accepté de s'y soumettre avec la plus grande volonté; sa parole est franche et va droit au but, et je n'ai jamais rien vu qui pût en rien ressembler à la plus légère apparence du désir de tromper. Vraiment, je ne crois pas qu'elle pût mener une fraude à bonne fin, si elle venait à l'essayer, et, si elle le tentait, elle serait très promptement découverte, car une telle manière de faire est tout à fait étrangère à sa nature. Et quant à imaginer qu'une innocente écolière de quinze ans ait été capable de concevoir et de mener, pendant trois ans, avec un plein succès, une aussi gigantesque imposture que celle-ci, et que, pendant ce temps, elle se soit soumise à toutes les conditions qu'on a exigées d'elle, qu'elle ait supporté les recherches les plus minutieuses, qu'elle ait voulu être inspectée à n'importe quel moment, soit avant, soit après les séances; qu'elle ait obtenu encore plus de succès dans ma propre maison que chez ses parents, sachant qu'elle y venait expressément pour se soumettre à de rigoureux essais scientifiques;—quant à imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernières années est le résultat d'une imposture, cela fait plus de violence à la raison et au bon sens que de croire qu'elle est ce qu'elle affirme elle-même.

Telles sont les fameuses expériences de M. Croockes.

Si les résultats en furent accueillis par les Spirites avec des clameurs de triomphe, la Science officielle et le «Bon Sens» du moment ne leur épargnèrent pas—comme on peut le croire—des objections plus ou moins courtoises. Le savant anglais répondit aux plus sérieux de ses adversaires et négligea le reste. On peut lire ses réponses dans son livre.

Depuis cette époque, les idées relatives aux Phénomènes occultes ont subi une sensible évolution. Certes, la conviction à leur sujet est loin d'être faite (et il est même à désirer, dans l'intérêt de notre cause, que cette conviction ne s'établisse qu'avec une méthodique lenteur), mais les négations a priori se font, du moins, de plus en plus rares.

Quant aux expériences de Croockes, elles demeurent, disons le mot, tellement «énormes» et tellement est irritant le dilemme qu'elles posent, qu'il semble que l'on évite de formuler une opinion à leur égard... On les abandonne aux Spirites, et l'on préfère n'en point parler.

Et, cependant, des faits analogues, d'une égale transcendance dans le Surnaturel, ont été observés et contrôlés par d'autres auteurs: l'allemand Zoellner, le professeur russe Aksakof, d'autres encore[133]...

Pour nous, estimant que c'est précisément leur transcendance qui doit exclure de pareils faits d'un travail destiné surtout à familiariser peu à peu l'esprit avec la notion du Surnormal, nous les laisserons de côté, car le vieil adage, sous sa forme vulgaire, n'est souvent que trop vrai: Qui veut trop prouver, etc. Nous préférerions mille fois mettre sous les yeux de nos lecteurs les plus merveilleux phénomènes d'une réalité seulement probable.

Pourtant, comme cette question des phénomènes physiques occultes est très importante et plus que jamais à l'ordre du jour, comme, d'autre part, notre étude doit contenir les plus récentes recherches faites à leur endroit, nous allons terminer cette seconde partie de notre sujet par le compte rendu paru, il y a quelques jours, des expériences instituées, en septembre dernier, à Milan, avec le concours du médium Eusapia Paladino, par MM. Richet, Aksakof, Lombroso et plusieurs autres savants italiens.

Ce compte rendu constitue, dans les archives des Sciences psychiques, un document de la plus précieuse valeur. C'est, en effet, la première fois que l'on voit plusieurs hommes, d'une réputation scientifique incontestée, se réunir dans le but de soumettre à des investigations méthodiques des phénomènes jusqu'ici suspects et rejetés impitoyablement par les Académies. Ce fait seul indique le progrès accompli par les idées relatives à l'Occulte et à quel point ces idées sont «dans l'air». Ce document ne conclut pas, c'est vrai, mais cette conclusion, il nous la fait entrevoir prochaine; de plus, en nous mettant à même d'apprécier leur méthode si rigoureuse et leurs scrupules si tenaces, il nous montre que, lorsque ces mêmes hommes proclameront la réalité des merveilles de l'Occulte, on pourra et même il faudra les croire en toute sûreté d'esprit.

Que l'on veuille donc considérer ce qui va suivre comme le dernier mot dit par la Science officielle sur les phénomènes qui nous occupent. Que l'on veuille aussi le considérer comme une sorte de résumé synthétique de la seconde partie de notre étude, et regarder les opinions émises par les auteurs comme un exposé de ce que nous pensons nous-même.

Comme ce rapport est passablement long, nous nous voyons forcé de n'en citer que les passages les plus caractéristiques. Le lecteur trouvera les autres dans le numéro de février 1893 des Annales des Sciences psychiques.

RAPPORT DE LA COMMISSION
Réunie à Milan pour l'étude des Phénomènes psychiques

Prenant en considération le témoignage du professeur Cesare Lombroso, au sujet des phénomènes médianimiques qui se produisent par l'intermédiaire de Mme Eusapia Paladino, les soussignés se sont réunis ici, à Milan, pour faire avec elle une série d'études, en vue de vérifier ces phénomènes, en la soumettant à des expériences et à des observations aussi rigoureuses que possible. Il y a eu en tout dix-sept séances, qui se sont tenues dans l'appartement de M. Finzi (rue du Mont-de Piété), entre 9 heures du soir et minuit.

Le médium invité à ces séances par M. Aksakof fut présenté par le chevalier Chiaia, qui assista seulement à un tiers des séances, et presque uniquement aux premières et aux moins importantes.

Vu l'émotion produite dans le monde de la Presse par l'annonce de ces séances et les diverses appréciations qui y furent émises à l'égard de Mme Eusapia et du chevalier Chiaia, nous croyons devoir publier sans retard ce court compte rendu de toutes nos observations et expériences.

Avant d'entrer en matière, nous devons faire immédiatement remarquer que les résultats obtenus ne correspondent pas toujours à notre attente. Non pas que nous n'ayons en grande quantité des faits, en apparence ou réellement importants et merveilleux; mais, dans la plupart des cas, nous n'avons pu appliquer les règles de l'art expérimental qui, dans d'autres champs d'observation, sont regardées comme nécessaires pour arriver à des résultats certains et incontestables.

La plus importante de ces règles consiste à changer l'un après l'autre les modes d'expérimentation, de façon à dégager la vraie cause, ou au moins les vraies conditions de tous les faits. Or, c'est précisément à ce point de vue que nos expériences nous semblent encore trop incomplètes.

Il est bien vrai que souvent le médium, pour prouver sa bonne foi, proposa spontanément de changer quelque particularité de l'une ou de l'autre expérience et, bien des fois, prit lui-même l'initiative de ces changements. Mais cela se rapportait surtout à des circonstances indifférentes en apparence, d'après notre manière de voir. Les changements, au contraire, qui nous semblaient nécessaires pour mettre hors de doute le vrai caractère des résultats, ou ne furent pas acceptés comme possibles par le médium, ou, s'ils furent réalisés, réussirent, la plupart du temps, à rendre l'expérience nulle ou au moins aboutirent à des résultats obscurs.

Nous ne nous croyons pas en droit d'expliquer ces faits, à l'aide de ces suppositions injurieuses que beaucoup trouvent encore les plus simples et dont les journaux se sont fait les champions.

Nous pensons, au contraire, qu'il s'agit ici de phénomènes d'une nature inconnue, et nous avouons ne pas connaître les conditions nécessaires pour qu'ils se produisent. Vouloir fixer ces conditions de notre propre chef serait donc aussi extravagant que de prétendre faire l'expérience du baromètre de Torricelli, avec un tube fermé en bas, ou des expériences électrostatiques, dans une atmosphère saturée d'humidité, ou encore de faire de la photographie en exposant la plaque sensible à la pleine lumière, avant de la placer dans la chambre obscure. Mais pourtant, en admettant tout cela (et pas un homme raisonnable n'en peut douter), il n'en reste pas moins vrai que l'impossibilité bien marquée de varier les expériences, à notre guise, a singulièrement diminué la valeur et l'intérêt des résultats obtenus, en leur enlevant, dans bien des cas, cette rigueur de démonstration qu'on est en droit d'exiger pour des faits de cette nature, ou plutôt à laquelle on doit aspirer.

Pour ces raisons, parmi les innombrables expériences effectuées, nous passerons sous silence ou nous mentionnerons rapidement celles qui nous paraîtront peu probantes et à l'égard desquelles les conclusions ont pu facilement varier chez les divers expérimentateurs. Nous noterons, au contraire, avec plus de détails, les circonstances dans lesquelles, malgré l'obstacle que nous venons d'indiquer, il nous semble avoir atteint un degré suffisant de probabilité.

I.—Phénomènes observés a la lumière