1: Voy. plus haut, t. II, chap. XIV, § II.

2: «Tout le mal vient du sultan, disait Méhémet-Ali à M. de Bois-le-Comte, en 1833. Je voulais le détrôner, mettre son fils à sa place. J'aurais été assister mon nouveau souverain pendant son enfance, et j'aurais laissé Ibrahim en Égypte.» (Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.)

3: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

4: Voy. plus haut, t. II, chap. XIV, § VII.

5: Lettre de M. Thiers, en date du 15 avril 1836 (Cf. plus haut, t. III, p. 52).

6: Dépêches de M. Thiers à M. de Barante, 26 avril 1836; de M. Molé à M. de Barante, 19 avril, 19 octobre 1837, 26 juillet et 14 septembre 1838; de M. Molé à M. de Sainte-Aulaire, 31 octobre 1838; de M. de Montebello à M. de Barante, 12 avril 1839. (Documents inédits.)

7: Sur les origines de cette sympathie, cf. t. II, p. 357.

8: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire et lettre de M. de Barante à M. Molé, 22 août 1838. (Documents inédits.)

9: Lettre de lord Palmerston à lord Granville, 8 juin 1838. (Bulwer, Life of Palmerston, t. II, p. 234.)

10: Bulwer, t. II, p. 256.

11: Bulwer, t. II, p. 147, 233, 235, 248, 250.

12: Dépêche du 13 septembre 1839. (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. II, p. 386.)

13: Dépêche de M. de Sainte-Aulaire, du 8 avril 1841. (Documents inédits.)

14: Lord Ponsonby disait à M. de Bois-le-Comte, en janvier 1834: «Nous avons fait le serment de brûler la flotte russe à Sébastopol, et nous tiendrons ce serment.» (Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.)

15: Lettre de lord Palmerston à lord Ponsonby, du 13 septembre 1838. (Bulwer, t. II, p. 246.)

16: Toutes les fois que les autres puissances lui parlaient d'établir un concert sur ce sujet, le gouvernement russe faisait la sourde oreille. (Dépêche inédite de M. de Barante à M. Molé, en date du 17 décembre 1838.) En 1838, Méhémet-Ali ayant menacé de recourir aux armes, lord Palmerston invita aussitôt les représentants de la France, de l'Autriche et de la Russie à s'entendre avec lui, pour arrêter les moyens de coercition à employer contre le pacha. En réponse à cette communication, le gouvernement de Saint-Pétersbourg fit notifier à Paris et à Londres, «qu'il verrait sans méfiance les mesures prises par les puissances maritimes dans la Méditerranée, mais que si, ce nonobstant, la Porte se trouvait menacée à Constantinople, il pourvoirait à la sûreté de son alliée, comme il y était tenu par le traité d'Unkiar-Skélessi». Loin donc de s'associer à une action commune, le czar disait en quelque sorte à la France et à l'Angleterre: «Je ne me mêlerai pas de ce que vous ferez dans la Méditerranée; ne vous mêlez pas davantage de ce que je ferai dans la mer de Marmara.» (Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.)

17: Lettre à M. Bresson.—M. de Barante ajoutait, peu après, le 6 mai 1839, dans une dépêche à M. de Montebello: «On aime mieux attendre une époque où l'Europe, livrée à d'autres circonstances, ne tiendrait plus, comme aujourd'hui, la puissance russe en observation, en surveillance assidue.» (Documents inédits.)

18: Dépêche de M. de Barante à M. Molé, 13 février et 31 mars 1839; lettre du même à M. Bresson, 15 avril 1839. (Documents inédits.)

19: M. de Barante écrivait un peu plus tard: «M. de Nesselrode est un de ceux qui disent le moins la vérité à l'Empereur. Son caractère est timide; il aime son repos avant tout. Il est convaincu de l'inutilité d'une contradiction directe; il attend que les premières impressions se calment, se bornant à faire en sorte que la politique de l'Empereur soit suivie avec prudence, sans détermination trop soudaine et trop risquée.» (Lettre à M. Guizot, du 28 mai 1841. Documents inédits.)

20: Lettre de M. de Barante à M. Bresson, 20 novembre 1838. (Documents inédits.)

21: Dépêche de M. de Barante à M. Molé, 13 février 1839. (Documents inédits.)

22: Cette lettre, en date du 31 mars 1839, était adressée à M. Thiers, que M. de Barante, trompé par un faux bruit, croyait alors être devenu ministre des affaires étrangères. M. de Barante ajoutait, le 8 juin 1839, dans une lettre au maréchal Soult: «Déjà, plus d'une fois, j'ai eu l'occasion de dire que le danger n'était point de voir se former contre nous une coalition guerroyante, mais une coalition pacifique, unie pour diminuer notre influence.» (Documents inédits.)

23: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

24: Cf. plus haut, t. II, p. 359 et 364.—Faut-il croire qu'en septembre 1833, lors de l'entrevue de Münchengraetz, la cour de Vienne alla jusqu'à conclure secrètement avec la Russie un traité de partage éventuel? Le fait est rapporté par Martens, dans un ouvrage intitulé: Die Russische Politik in der orientalischen Frage, et cité par Hillebrand, t. II, p. 360.

25: Par moments même, on eût pu croire que le cabinet de Vienne allait tout de suite lier partie avec les puissances occidentales contre le gouvernement de Saint-Pétersbourg; seulement, il s'arrêtait bientôt, comme effrayé de sa hardiesse et tremblant de n'être pas assez soutenu. C'est ainsi qu'en 1837, des difficultés s'étant élevées entre l'Angleterre et la Russie, au sujet de la saisie, dans la mer Noire, d'un navire anglais, le Vixen, M. de Metternich fit des avances à la première de ces puissances, puis les retira, croyant avoir lieu de douter de sa résolution. Comme on lui demandait compte de cette volte-face: «L'Autriche, répondit-il, ne pouvait pas se brouiller avec la Russie, pour une affaire sans valeur que l'Angleterre elle-même ne voulait pas pousser jusqu'au bout. Soyez certain que vous nous trouveriez au besoin, si vous aviez raison et volonté de soutenir votre droit.» Et il disait à M. de Sainte-Aulaire: «Les whigs sont de misérables fanfarons; jamais ils n'auront le courage de tirer un coup de canon. Malheur à qui s'engagerait avec eux dans une partie difficile; ils l'abandonneraient au jour du danger.» (Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.)

26: Peu après, comme le chargé d'affaires de France à Londres se plaignait à lord Palmerston de la conduite de lord Ponsonby en cette circonstance, le ministre anglais se défendit en lisant les dépêches envoyées du Foreign Office, qui toutes concluaient à empêcher la guerre d'éclater. «Maintenant, ajouta-t-il, je ne saurais vous nier que l'opinion personnelle de lord Ponsonby, opinion que je ne partage pas, a toujours été opposée au maintien du statu quo de Kutaièh; il préférait même les partis extrêmes, comme susceptibles au moins d'un dénouement favorable.» Lord Palmerston exprimait l'espoir, mais sans oser rien affirmer, «que l'ambassadeur avait fait passer ses opinions personnelles après ses instructions». (Dépêche de M. de Bourqueney au maréchal Soult, 9 juillet 1839, citée dans les Mémoires de M. Guizot.)

27: Rappelons la composition de ce cabinet: le maréchal Soult, ministre des affaires étrangères et président du conseil; M. Duchâtel, ministre de l'intérieur; M. Teste, de la justice; M. Passy, des finances; M. Villemain, de l'instruction publique; M. Dufaure, des travaux publics; M. Cunin Gridaine, du commerce; le général Schneider, de la guerre; l'amiral Duperré, de la marine.

28: M. Molé écrivait à M. de Barante, le 18 septembre 1839: «La politique extérieure est aujourd'hui purement et simplement celle du Roi». (Documents inédits.)—Un diplomate prussien disait de son côté: «On ne doit attacher aucune importance à ce que dit le maréchal, jusqu'à ce qu'il ait pris les ordres du Roi.» (Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. II, p. 371.)

29: Ajoutons que, dans les bureaux mêmes de son ministère, le maréchal Soult possédait un employé supérieur qui devait, sans bruit, sans faste, faire une bonne partie de la besogne du ministre: c'était le directeur des affaires politiques, M. Desages, homme de grande expérience et ayant précisément accompli une partie de sa carrière dans les postes du Levant.

30: Voir, entre autres, le discours du duc de Noailles à la Chambre des pairs, le 6 janvier 1840.

31: Lord Palmerston écrivait, le 8 juin 1838, à lord Granville, ambassadeur d'Angleterre à Paris: «Il ne faut pas oublier que le grand danger pour l'Europe est la possibilité d'une combinaison entre la France et la Russie; elle rencontre à présent un obstacle dans les sentiments personnels de l'empereur; mais il peut ne pas en être toujours ainsi.» (Bulwer, t. II, p. 235.)

32: C'était M. de Bourqueney qui remplaçait l'ambassadeur, le général Sébastiani, en congé pour cause de santé.

33: Dépêche de M. de Bourqueney, 25 mai 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

34: Dépêche de M. de Bourqueney, 17 juin 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

35: «Soult est un bijou.» Lettre du 19 juin 1839. (Bulwer, t. II, p. 258.)

36: Dépêche de M. de Bourqueney, du 20 juin 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

37: Lettre du maréchal Soult à M. de Barante, 28 juin 1839. (Documents inédits.)

38: Dépêche de M. de Bourqueney, 17 juin 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

39: Un peu plus tard, le 3 octobre 1840, M. Thiers disait dans sa réponse à un Memorandum du cabinet anglais: «Lord Palmerston se rappellera sans doute qu'il était moins disposé que la France à provoquer le concours général des cinq puissances; et le cabinet français ne peut que se souvenir, avec un vif regret, en comparant le temps d'alors au temps d'aujourd'hui, que c'était sur la France surtout que le cabinet anglais croyait pouvoir compter pour assurer le salut de l'empire turc.»

40: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.—Cf. aussi Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 368 à 370, 472 et 476, et dépêche du maréchal Soult à M. de Bourqueney, 13 juin 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

41: Dépêche de M. de Bourqueney au maréchal Soult, 20 juin 1839. (Ibid.)

42: Dépêche du maréchal Soult à M. de Sainte-Aulaire, 28 juin 1839. (Documents inédits.)

43: «M. de Metternich a eu constamment, depuis dix ans, un luxe de ménagements et presque de courtisanerie envers l'empereur Nicolas.» (Dépêche de M. de Barante à M. Guizot, 28 mai 1841. Documents inédits.)

44: Mémoires de M. de Sainte-Aulaire.

45: Dépêche du maréchal Soult à M. de Barante, 17 juillet 1839. (Documents inédits.)

46: Dépêche de M. Bresson au maréchal Soult, 11 juin 1839, et du maréchal Soult à M. de Barante, 20 août 1839. (Documents inédits.)

47: Correspondance inédite de M. de Barante, confirmée par les correspondances également inédites de M. de Sainte-Aulaire, ambassadeur à Vienne, de M. Bresson, ministre à Berlin, et par les dépêches de M. de Bourqueney, chargé d'affaires à Londres.—Voy. aussi les documents émanés des agents anglais. (Correspondence relative to the affairs of the Levant.)

48: Lettre du maréchal Soult au roi Louis-Philippe, 21 juillet 1839. (Documents inédits.)

49: Dépêches de M. de Bourqueney au maréchal Soult, 24 mai, 17 et 20 juin, 27 juillet 1839, et dépêches du maréchal Soult à M. de Bourqueney, 30 mai, 17 et 28 juin de la même année. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

50: Dépêche du maréchal Soult, 17 juillet 1839, et réponse de lord Palmerston, en date du 22 juillet. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

51: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.—Cf. aussi les Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 370, et une dépêche du maréchal Soult à M. de Bourqueney, en date du 1er août 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

52: Dépêche inédite de M. de Barante au maréchal Soult, en date du 20 juillet 1839, et Correspondence relative to the affairs of the Levant.

53: Dépêche du maréchal Soult, 1er août 1839, et de M. de Bourqueney, 3 août. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

54: Documents inédits.

55: M. Guizot a écrit dans ses Mémoires: «Il me fallut beaucoup de temps et d'épreuves pour reprendre la confiance du parti de gouvernement et toute ma place dans ses rangs». (T. IV, p. 312.)

56: Lettre de M. de Barante à M. Bresson, en date du 14 avril 1840. (Documents inédits.)

57: 14 mai 1839.

58: On n'était même pas assuré que tous les ministres députés eussent voté pour M. Sauzet.

59: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

60: 19 mai 1839, Journal inédit du baron de Viel-Castel.

61: L'auteur de l'article, se demandant «quelle était la politique imposée au chef d'un gouvernement révolutionnaire et représentatif», répondait ainsi à cette question: «S'il est un grand politique, s'il domine ce qui l'entoure par la supériorité de sa raison, il trouvera des hommes pour se faire l'instrument de sa pensée, même parmi les plus capables. Faites Machiavel, Napoléon, chefs d'un pays libre, ils n'auront pas besoin d'aller recruter des ministres dans les rangs secondaires. Les politiques de cette forte trempe se gardent bien d'exclure les plus habiles, ils se gardent bien de diviser les hommes dont ils peuvent se servir, d'abaisser les caractères, de mettre en relief les côtés faibles des hommes qu'ils font concourir à leurs desseins. Ils grandissent tout ce qui les approche, au lieu de chercher à le diminuer. Voilà, selon nous, la politique élevée et grande sous un régime constitutionnel. Il y en a une autre: celle qui se met en désaccord avec les assemblées en choisissant des ministres en dehors des sommités parlementaires. Une Chambre repousse un ministère faible et impuissant; cette répulsion se manifeste par un ou plusieurs votes; on passe outre. Elle persiste dans sa résistance; on la dissout. Les élections lui donnent gain de cause; on temporise; on perd ou on gagne du temps, en épuisant des combinaisons ministérielles auxquelles viennent s'opposer des impossibilités de toute espèce; on spécule sur l'imprévu. Parmi tous les candidats aux ministères, les plus éminents comme les plus petits ont leurs rivalités, leurs passions, leurs préférences, leurs antipathies; on exploite tous les côtés infirmes de notre nature. Au lieu de prendre les hommes importants par ce qui les distingue du vulgaire, on s'empare d'eux par les points qui les en rapprochent; on les laisse se diviser, si on ne les y aide pas. On observe quelques ambitions impatientes, quelques cupidités empressées à se nantir d'un portefeuille, quelques étonnements naïfs de parvenus en face d'une élévation qui leur tourne la tête; on les pousse vers la défection; s'ils cèdent, on les enrôle dans un ministère de toute couleur, et on se flatte d'avoir gagné une grande partie. Pauvre politique que celle-là!.... D'ailleurs, comment peut-on appeler habile une politique qui ne fonde son succès que sur ces trois choses: petites majorités, petites capacités, petits caractères?... Malheureusement, comme l'écrivait M. Rémusat, la petite sagesse est à la mode, et l'on se soucie peu des choses élevées. Le bruit se répand que le génie politique n'est que de la dextérité.» (Constitutionnel du 23 mai 1839.)

62: Le Journal des Débats disait à ce propos, le 25 mai 1839: «Les amis de M. Thiers ont pour lui une fatuité qu'il désapprouve sans doute, une fatuité bien folle et bien dangereuse, quand ils font de lui l'adversaire et l'antagoniste du Roi.»

63: Nommé maître des requêtes par M. Decazes, M. Villemain avait été un moment chef de la division des lettres au ministère de l'intérieur. M. de Villèle lui avait enlevé sa place de maître des requêtes pour le punir d'avoir protesté, au nom de l'Académie française, contre la loi sur la presse. M. de Martignac le nomma conseiller d'État. Enfin, sous M. de Polignac, il se fit élire député.

64: La duchesse de Broglie écrivait de M. de Villemain, en 1820: «Il a dans le corps un dépenaillage inconcevable, comme si ses membres ne tenaient pas bien sérieusement ensemble et qu'à la première mésintelligence, ils fussent prêts à s'en aller chacun de son côté.» (Souvenirs du feu duc de Broglie.)

65: Dans ses Notes et Pensées, M. Sainte-Beuve a écrit: «Nous causions hier de Villemain avec Cousin. Celui-ci me disait: «C'est chez lui un conflit perpétuel entre l'Intérêt et la Vanité.»—«Oui, repartis-je, et c'est d'ordinaire la Peur qui tranche le différend.» Le mot est injuste, et cette excessive sévérité trahit quelque jalousie chez les deux interlocuteurs; toutefois, il avait sa part de vérité. M. Sainte-Beuve a écrit encore: «Villemain a presque toujours le premier aperçu juste; mais, si on lui laisse le temps de la réflexion, son jugement, qui n'est pas solide, prend peur, et il conclut à faux ou du moins à côté.»

66: Barbès dit au président: «Je ne suis pas disposé à répondre à aucune de vos questions. Vous n'êtes pas ici des juges venant juger des accusés, mais des hommes politiques venant disposer du sort d'ennemis politiques.» Et encore: «Quand l'Indien est vaincu, quand le sort de la guerre l'a fait tomber au pouvoir de son ennemi, il ne songe point à se défendre, il n'a pas recours à des paroles vaines: il se résigne et donne sa tête à scalper.» Il assumait, d'ailleurs, hardiment la responsabilité de l'attentat: «Je déclare que j'étais un des chefs de l'association; je déclare que c'est moi qui ai préparé tous les moyens d'exécution; je déclare que j'y ai pris part, que je me suis battu contre vos troupes.»

67: Dans le débat de l'Adresse, en janvier 1840, M. Dupin critiqua la légalité de ce nouveau changement, apporté par simple volonté ministérielle, dans l'exécution de la peine. Ce fut aussi en janvier 1840 que les autres accusés pour les faits du 12 mai comparurent devant la Cour des pairs. Vingt-neuf furent déclarés coupables: une seule condamnation à mort, aussitôt commuée en déportation, fut prononcée contre Blanqui.

68: C'est ce que le Roi disait au comte Apponyi, peu de jours après la formation du cabinet. (Mémoires de Metternich, t. VI, p. 364.)

69: Ibid., p. 428.

70: M. de Metternich savait caresser l'une des cordes sensibles de Louis-Philippe, quand il écrivait au comte Apponyi, dans une lettre destinée à être mise sous les yeux de ce prince: «Je partage le sentiment du Roi à l'égard de son ministère. Il est faible, et je ne concevrais pas (pour le moment du moins) un ministère qui pourrait être fort, sans être à la fois dangereux pour le pays. Il faut, dans tous les temps et dans toutes les positions sociales, un homme qui conçoive les affaires. Cet homme doit à la fois surveiller et régler leur exécution. L'homme le plus naturellement appelé à une aussi importante fonction doit être, dans une monarchie, le Roi, et, dans une république, le président. Le ministérialisme est une maladie de l'époque, une sottise qui croulera comme toutes les niaiseries... Or n'oubliez pas que c'est un ministre qui proclame cette vérité; mais ce ministre n'est pas un ambitieux: c'est un homme simplement pratique et qui veut le bien.» (Mémoires de Metternich, t. VI, p. 369.)

71: Journal inédit du baron de Viel-Castel.—Cf. aussi Hillebrand, Geschichte Frankreichs, t. II, p. 344.

72: Lettre du 26 juillet 1839. (Documents inédits.)

73: Lettres du 28 juillet 1839. (Documents inédits.)

74: Lettre du 4 août 1839. (Documents inédits.)

75: 25 juin 1839.

76: M. Guizot revint à plusieurs reprises sur cette assimilation avec la Grèce, et il définit ainsi notre politique orientale: «Maintenir l'empire ottoman pour le maintien de l'équilibre européen; et quand, par la force des choses, par la marche naturelle des faits, quelque démembrement s'opère, quelque province se détache de ce vieil empire, favoriser la conversion de cette province en État indépendant, en souveraineté nouvelle, qui prenne place dans la coalition des États et qui serve un jour, dans sa nouvelle situation, à la fondation d'un nouvel équilibre européen, voilà la politique qui convient à la France, à laquelle elle a été naturellement conduite.»

77: Le futur maréchal de Moltke était l'un de ces officiers.

78: Nous avons suivi, sur ce curieux incident, le témoignage du prince de Joinville, qui servait à bord de l'escadre du Levant et qui assista aux entrevues de l'amiral Lalande avec les officiers turcs. Il a raconté vivement les diverses scènes de cette comédie, au cours d'une étude sur l'Escadre de la Méditerranée qui fut insérée, sous une signature d'emprunt, dans la Revue des Deux Mondes du 1er août 1852, et qui fut ensuite publiée à part. Dans ce court écrit, tout vibrant de patriotisme et tout rempli de zèle pour la grandeur de la marine française, le prince de Joinville ne se révèle pas moins brillant narrateur militaire que ses frères le duc d'Orléans et le duc d'Aumale.

79: «À Constantinople, au lieu d'agir énergiquement contre Méhémet-Ali, on est prêt à lui abandonner autant de provinces qu'il voudra en prendre.» (Journal de la princesse de Metternich, Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 326.)

80: Dépêche de Pareto, l'envoyé sarde à Constantinople, citée par Hillebrand, (Geschichte Frankreichs, t. II, p. 404.)

81: Voy. Correspondance inédite de M. de Barante; Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire; dépêches de M. de Bourqueney, citées par M. Guizot; dépêches des agents anglais publiées dans la Correspondence relative to the affairs of the Levant.

82: Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques, et Correspondence relative to the affairs of the Levant.

83: Dépêche de M. de Bourqueney au maréchal Soult, 31 juillet 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

84: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

85: Dépêche de lord Ponsonby, 29 juillet 1839. (Correspondence relative to the affairs of the Levant.)

86: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

87: Dépêche du 17 août 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

88: Dépêches de M. de Barante, 10 et 17 août 1839. (Documents inédits.)

89: Dépêche du maréchal Soult à M. de Bourqueney, 22 août 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

90: On a prétendu même que le capitaine Callier avait promis formellement la possession de la Syrie au pacha, et M. Thiers a répété plus tard cette assertion dans une conversation avec M. Senior. (Senior, Conversations with M. Thiers, M. Guizot and other distinguished persons, t. I, p. 4.) Mais les ministres du 12 mai ont affirmé à la tribune qu'il n'avait été pris aucun engagement qui diminuât la liberté de la France.

91: Lettre du maréchal Soult au Roi, 1er août 1839. (Documents inédits.)

92: Dépêche du maréchal Soult à M. de Sainte-Aulaire, 16 août 1839. (Documents inédits.)

93: Cette conversation se tint en présence du capitaine Jurien de la Gravière qui l'a rapportée dans ses Souvenirs. (Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1864, p. 358.)

94: Lettre du maréchal Soult au Roi, 3 août 1839. (Documents inédits.)

95: Dépêches de M. de Bourqueney, 31 juillet et 9 août 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

96: Dépêche de lord Palmerston, 1er août 1839. (Correspondence relative to the affairs of the Levant.)

97: «Un grand changement, écrivait M. de Bourqueney, s'est opéré, depuis trente-huit heures, dans l'esprit des membres du cabinet anglais: on n'admettait pas la possibilité du concours de la Russie, aujourd'hui on l'espère; on espérait le concours de l'Autriche jusqu'au bout, on n'en doute plus. On en conclut que le moment est venu de laisser un peu reposer l'attitude ombrageuse et comminatoire envers le cabinet russe.» (Dépêche du 18 août 1839, publiée par M. Guizot.)

98: Dépêche du maréchal Soult à M. de Barante, 29 août 1839. (Documents inédits.)—À la même époque, le 30 août, M. Desages, directeur politique au ministère des affaires étrangères, écrivait à M. Bresson: «Nos voisins d'outre-Manche sont plus obstinés que jamais à l'encontre de Méhémet-Ali. On s'est mis, à Londres, au diapason de lord Ponsonby et de Roussin, qui se figurent qu'en crachant sur le pacha, cela suffit pour en venir à bout.» (Documents inédits.) L'allusion faite à l'amiral Roussin s'explique par ce fait qu'on reprochait à notre ambassadeur à Constantinople de n'être pas assez favorable au pacha. L'amiral devait même, pour cette cause, être rappelé le 13 septembre 1839, et remplacé par M. de Pontois.

99: Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.

100: Correspondence relative to the affairs of the Levant.

101: Dépêches du général Sébastiani au maréchal Soult, 14 et 17 septembre 1839. (Mémoires de M. Guizot.)

102: Correspondance inédite de M. de Barante, pendant la fin de juillet et le mois d'août 1839. (Documents inédits.)

103: «La France, disait le czar à l'ambassadeur anglais, cherche à se faire valoir et se donne un mouvement inutile; elle veut se mettre à la tête de tout. Depuis quelque temps, elle a l'air de vouloir dominer l'Europe.» (Dépêche de M. de Barante au maréchal Soult, 10 août 1839. Documents inédits.)

104: M. de Barante avait noté, dès le premier jour, l'irritation que nous avions ainsi causée, et il y revint souvent, dans la suite de la crise, quand il voulut expliquer l'origine de l'hostilité de la Russie. (Voy., entre autres, les lettres de M. de Barante au maréchal Soult, en date des 3 et 17 août, 23 octobre 1839 et 4 février 1840, et la lettre du même à M. Guizot, en date du 28 mai 1841. Documents inédits.)

105: Dépêche de M. de Barante au maréchal Soult, 16 septembre 1839. (Documents inédits.)

106: Correspondance de M. de Barante, notamment dépêches au maréchal Soult, en date du 24 août et du 7 septembre 1839. (Documents inédits.)

107: Dépêche du général Sébastiani au maréchal Soult, 17 septembre 1839, citée par M. Guizot.

108: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

109: M. de Metternich écrivait, le 25 septembre 1839: «Les quatre cabinets de Vienne, de Berlin, de Saint-Pétersbourg et de Londres sont turcs; celui des Tuileries est égyptien.» (Mémoires, t. VI, p. 376.)

110: Dès le 19 juillet 1839, le maréchal Soult recommandait à M. de Sainte-Aulaire de calculer son langage de façon que «la part qui reviendrait au Roi et à la France», dans le concert européen, «fût bien constatée» et put «être plus tard hautement proclamée». (Documents inédits.)

111: Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 373.—Un peu après, le 25 septembre, M. de Metternich se plaignait que «la politique française fût voulante, agissante, tripoteuse, ambitieuse.» (Ibid., p. 376.)

112: Lettres de M. de Barante à M. Thiers et à M. Guizot, en date du 18 mars 1840. (Documents inédits.)

113: Même lorsque le gouvernement autrichien croyait pouvoir s'appuyer sur la France et l'Angleterre, le moindre froncement de sourcils de l'autocrate russe le mettait mal à l'aise. Au mois d'août, M. de Metternich tomba gravement malade et dut, pendant plusieurs semaines, abandonner la direction des affaires. On attribua généralement sa maladie à l'émotion que lui avait causée le refus irrité du czar de prendre part à la conférence de Vienne. M. de Fiquelmont, ambassadeur d'Autriche en Russie et remplaçant intérimaire de M. de Metternich, disait que ce dernier «avait pensé mourir de regret et d'effroi de s'être trompé sur les sentiments de l'empereur Nicolas». (Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.)

114: Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 374.

115: Lettre à M. Bresson, 22 août 1839. (Documents inédits.)

116: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

117: Ibid.

118: Lettre de lord Palmerston à M. Bulwer, 24 septembre 1839. (Bulwer, t. II, p. 263)

119: Bulwer, t. II, p. 263, et dépêche du général Sébastiani au maréchal Soult, 23 septembre 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

120: Bulwer, t. II, p. 264.

121: Ibid., p. 264 à 266, et dépêche du général Sébastiani au maréchal Soult, 23 septembre 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

122: Même dépêche.

123: Dépêche du 26 septembre 1839.

124: «Je dis, racontait lord Palmerston lui-même, qu'il ne semblait pas y avoir de moyen terme entre la confiance et la défiance; que si nous liions la Russie par un traité, nous devions nous fier à elle; et que, nous fiant à elle, il valait mieux ne mêler aucune apparence de suspicion à notre confiance.» (Bulwer, t. II, p. 264.)—Voy. aussi la dépêche précitée du général Sébastiani, en date du 23 septembre.

125: «Cela m'est égal.»

126: Dépêche du général Sébastiani au maréchal Soult, 3 octobre 1839. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

127: Dépêche de M. de Brünnow, 8 octobre 1839.

128: Dépêche du maréchal Soult, 14 octobre 1839.

129: Mémoires de M. Guizot.

130: Mémoires de M. Guizot.

131: Lettre du 5 novembre 1839. (Bulwer, t. II, p. 267.)

132: Lettre du 22 novembre 1839. (Ibid., p. 268.)

133: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

134: Lettre du maréchal Soult au duc d'Orléans, 15 octobre 1839. (Documents inédits.)

135: Dépêches de novembre 1839. (Documents inédits.)

136: Lettre du maréchal Soult au Roi, 9 octobre 1839. (Documents inédits.)

137: Lettre de M. de Sainte-Aulaire à M. de Barante, 5 octobre 1839. (Documents inédits.)

138: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

139: Ibid.

140: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

141: Dépêche du chargé d'affaires de France à Londres, 6 décembre 1839. (Mémoires de M. Guizot.)

142: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

143: Correspondance inédite de M. Molé, Journal inédit de M. le baron de Viel-Castel, et Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

144: Mémoires de M. Guizot, t. IV, p. 372.

145: Journal inédit du baron de Viel-Castel.

146: M. Léon Faucher, alors principal rédacteur du Courrier français, écrivait, le 30 juillet 1839, à M. Reeve: «Je vous ai envoyé aujourd'hui un numéro du Courrier qui renferme une espèce de manifeste en vue de la réforme électorale. J'ai jugé utile de mettre en train la réforme..... L'opposition n'avait plus de symbole ni de drapeau. Elle tournait à l'individualisme et tombait en poussière. Barrot, que j'avais tourmenté, me donnait raison, mais n'agissait pas.» (Léon Faucher, Bibliographie et Correspondance, t. Ier, p. 83.)

147: Par «capacités» on entendait les personnes portées sur «la seconde liste du jury», c'est-à-dire les fonctionnaires nommés par le Roi et exerçant des fonctions gratuites; les officiers de terre et de mer en retraite; les docteurs et licenciés des facultés de droit, des sciences et des lettres; les docteurs en médecine; les membres et les correspondants de l'Institut; les membres des autres sociétés savantes reconnues par le Roi; les notaires.

148: 18 décembre 1839.—Sur cette faillite de la coalition, le Journal des Débats ne tarissait pas; il disait un autre jour: «Connaissez-vous un homme, un parti, qui ne soit pas sorti de la coalition, plus faible, plus petit qu'il n'y était entré? Les chefs surtout..... Ne les voyez-vous pas errer en quelque sorte dans le chaos qu'ils ont fait, cherchant un parti et ne le trouvant pas? Écoutez les journaux qui se flattaient le plus d'avoir trouvé dans la coalition la base d'une majorité nouvelle: ce ne sont que plaintes lamentables sur la confusion des opinions, sur le déchirement des partis, sur l'abaissement général.»

149: Lettre du 26 novembre 1839. (Documents inédits.)

150: 9 au 15 janvier 1840.

151: 12 janvier 1840.

152: M. de Lamartine disait: «Si aujourd'hui, sans plan arrêté, sans volonté claire et dite tout haut, la France inquiète, complique, menace tantôt la Russie sur ses intérêts vitaux dans la mer Noire, tantôt l'Autriche sur ses intérêts commerciaux de l'Adriatique, tantôt l'Angleterre sur son immense intérêt de commerce avec ses soixante millions de sujets dans l'Inde; si ces puissances vous voient tour à tour demander avec elles l'intégrité de l'empire et pousser au démembrement, menacées chacune dans un de ses intérêts spéciaux et toutes dans leur orgueil, ne finiront-elles pas par voir en vous des agitateurs et des ennemis partout, et par concevoir contre la France les défiances qu'elles ne doivent qu'aux tergiversations de son cabinet?»

153: C'est du moins ce qu'il a dit plus tard, en causant avec M. Senior. (Senior, Conversations with M. Thiers, M. Guizot and other distinguished persons, t. I, p. 4.)

154: M. Berryer disait un peu plus tard, le 25 mars 1840, à la tribune de la Chambre des députés: «L'invasion d'Abd-el-Kader, cette invasion subite, meurtrière, est-ce bien lui seul qui l'a conçue? Et de quelle fabrique étaient les fusils que nos soldats ramassaient, en détruisant cette infanterie d'Abd-el-Kader, formée, disciplinée par des traîtres ou par des déserteurs?» (Sensation prolongée.)

155: Dépêche du maréchal Soult au général Sébastiani, du 26 janvier 1840. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

156: Cette nomination fut publiée le 5 février 1840. Le Roi eut, à cette occasion, plusieurs entretiens avec M. Guizot, qu'il reçut avec un mélange de bienveillance et d'humeur. «On est bien exigeant avec moi, lui dit-il un jour; mais je le comprends; on est toujours bien aise de faire avoir à un ami 300,000 livres de rente.—Sire, répondit le futur ambassadeur, mes amis et moi, nous sommes de ceux qui aiment mieux donner 300,000 livres de rente que les recevoir.» On était alors près de discuter la dotation du duc de Nemours, dont nous allons bientôt parler. Le Roi sourit et reprit sa bonne humeur. (Mémoires de M. Guizot, t. IV, p. 374.)

157: Instructions en date du 19 février 1840. (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

158: Dépêches du général Sébastiani au maréchal Soult, 20 et 28 janvier 1840 (Mémoires de M. Guizot, Pièces historiques.)

159: Mémoires inédits de M. de Sainte-Aulaire.

160: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

161: Cf. plus haut, t. III, p. 159 et 158, 163 à 165.

162: Questions scandaleuses d'un jacobin au sujet d'une dotation, février 1840.

163: Mémoires de M. Dupin, t. IV, p. 75-77.

164: M. Odilon Barrot, qui faisait partie de la commission, a fait de cet incident, dans ses Mémoires (t. 1er, 346 et 347), un récit d'une étonnante inexactitude. D'après lui, la commission, sur le refus du Roi de fournir aucune justification, même apparente, de l'insuffisance de son domaine privé, aurait conclu au refus de la dotation. C'est du pur roman. Ce n'est pas, du reste, la seule erreur de ce genre qu'on pourrait relever dans ces Mémoires. On en vient à se demander si leur auteur avait la pleine possession de ses souvenirs au moment où il les a écrits.

165: Parmi les biens du domaine privé se trouvait la forêt de Breteuil, que Louis-Philippe avait, en octobre 1830, achetée dix millions à M. Laffitte, pour lui venir en aide dans sa déconfiture. Le revenu en étant évaluée 188,870 francs dans les pièces remises à l'appui de la demande de dotation, M. Laffitte réclama. «La France entière, dit-il, apprendra avec étonnement que j'aie pu vendre pour dix millions une forêt qui ne rapporte que 188,870 francs.» Il prétendait qu'entre ses mains, cette forêt rapportait 360,000 francs. Il fallait un triste courage à M. Laffitte pour soulever une semblable contestation. La forêt que le Roi lui avait payée 10 millions en octobre 1830, à une époque d'universelle dépréciation, M. Laffitte l'avait achetée, quatre ans auparavant, en pleine prospérité, un peu plus de cinq millions de francs. L'achat apparent avait donc été de la part du Roi une pure libéralité, au même titre, d'ailleurs, qu'une somme de quinze cent mille francs qu'il avait alors payée aux lieu et place du banquier libéral, et qui ne lui avait jamais été rendue. Devenu l'adversaire du Roi, M. Laffitte eût dû éviter de faire porter son opposition sur un pareil sujet.

166: Ceux qui se réunissaient dans cette étrange majorité étaient conduits par des mobiles assez divers. «Les causes du vote peuvent se résumer ainsi, disait deux jours après le Journal des Débats: la haine, l'ambition, la peur. La haine de la royauté a fait le tiers des voix, l'ambition du pouvoir et la peur de la presse ont fait les deux autres.»

167: Journal inédit de M. de Viel-Castel.

168: «Je ne saurais trouver de termes pour dire à quel point la Reine se sentit blessée au cœur; c'était à ses yeux une des plus mortelles atteintes que pût recevoir la royauté.» (Trognon, Vie de Marie-Amélie, p. 283.)

169: Lutèce, p. 25.—Proudhon, lui aussi, relevait l'inconséquence de cette bourgeoisie: «Qu'est-ce qu'une royauté à qui on compte ses revenus, franc par franc, centime par centime? écrivait-il, le 27 février 1840, à un de ses amis... Qui veut le roi veut une famille royale, veut une cour, veut des princes du sang, veut tout ce qui s'ensuit. Le Journal des Débats dit vrai: les bourgeois conservateurs et dynastiques démembrent et démolissent la royauté, dont ils sont envieux comme des crapauds.» (Correspondance de Proudhon, t. Ier, p. 194.)

170: Chronique politique de la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1840.

171: Mémoires de Metternich, t. VI, p. 393.

172: En septembre 1839, les divisions intérieures de l'armée carliste et la trahison de Maroto, général en chef de cette armée, avaient obligé Don Carlos à quitter l'Espagne et à se réfugier en France.

173: Quelques jours plus tard, le 28 février, le Roi disait à M. Duchâtel: «Je signerai demain mon humiliation.» Et comme, le lendemain, M. Thiers avait peine à trouver un ministre des finances: «Cela ne fera pas difficulté, dit Louis-Philippe; que M. Thiers me présente, s'il veut, un huissier du ministère; je suis résigné.» (Mémoires de M. Guizot, t. V, p. 13.)

174: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.

175: Lettre du 25 avril 1840. (Documents inédits.)

176: Documents inédits.—À la même époque, M. Doudan écrivait à M. d'Haussonville: «Est-ce que vous vous êtes figuré que vous alliez devenir le gendre d'un ministre? Non, j'imagine. Quand M. de Broglie eût pu disposer de son temps et qu'il eût eu l'esprit aux affaires, je n'aurais jamais pu désirer qu'il se jetât au milieu de ces petites factions turbulentes, exigeantes..... Je suis convaincu qu'un mois après l'inauguration de ce cabinet, dont beaucoup disent qu'il eût été le salut du peuple, les inquiétudes maladives que les partis ont dans les jambes auraient recommencé de plus belle. On a tellement travaillé à disperser les groupes dans la Chambre des députés que, sauf la haine, qui est changeante, il n'y a pas de cohésion entre quatre chats. Chacun se promène en liberté dans sa gouttière, l'air capable et impertinent, et vous voulez qu'on se mette à rallier cette grande dispersion! Il faut laisser faire cela au temps et aux événements.» (Lettre du 12 mars 1840, Mélanges et Lettres, t. Ier, p. 291, 292.)

177: Cf. t. III, p. 22 et 23.

178: Cf. t. III, p. 119.

179: M. de Rémusat écrivait alors à M. Guizot: «Je ne me dissimule aucune objection, aucun danger, aucune chance de revers et, ce qui est plus dur, de chagrin; j'en aurai de cruels; mais je me sens un fonds inexploité d'ambition, d'activité, de ressources, que cette occasion périlleuse m'excite à mettre enfin en valeur, et il y a en moi un je ne sais quoi d'aventureux, bien profondément caché, que ceci tente irrésistiblement.» (Mémoires de M. Guizot, t. V, p. 16.)

180: «J'ai été témoin, dans le cabinet du duc de Broglie, raconte M. Duvergier de Hauranne, des hésitations de M. de Rémusat et des efforts qu'il eut à faire pour les surmonter, non certes qu'il n'eût en M. Thiers une entière confiance, mais parce qu'il craignait que le parti du dernier ministère n'attribuât à l'ambition ce qui était chez lui un acte de dévouement.» (Notice sur M. de Rémusat.)

181: «Travail de décomposition», c'est l'expression même, dont se servait un journal officieux, le Messager du 7 mars, pour indiquer l'œuvre que poursuivait M. Thiers dans la Chambre.

182: Séance du 4 mars.

183: Documents inédits et Mémoires de M. Guizot, t. I, p. 15 à 25.

184: Le Courrier français disait, à propos de M. Thiers, le 5 mars 1840: «Les hommes placés dans une position difficile ne livrent pas leur secret, quand ils ne peuvent encore le faire connaître qu'à demi.»

185: Le Constitutionnel, organe de M. Thiers, disait, le 14 mars: «Ce que la gauche voit dans l'origine du ministère actuel, c'est que tout parti en mesure d'avoir la majorité dans la Chambre n'a pas d'obstacle à vaincre hors de la Chambre. Ceci n'est pas, si l'on veut, une conquête faite par le 1er mars; mais le 1er mars a constaté que la conquête était faite.»

186: Le National disait, par exemple, le 6 mars: «Il faut que notre opposition constitutionnelle de dix ans soit tombée bien bas dans sa propre estime et désespère bien de sa fortune, pour placer ainsi, à fonds perdu, son honneur et son avenir sur la tête d'un aventurier politique.»

187: Documents inédits.

188: Dès le 1er mars, il avait écrit à M. Guizot: «Je garderai ma position amicale sans être invariable, prêt à m'éloigner ou même à combattre si le ministère dérive à gauche d'une manière alarmante, mais content s'il se maintient dans la modération, et ne négligeant rien pour le fortifier dans le dessein de faire le mieux possible.» (Documents inédits.)

189: Mélanges et Lettres, t. I, p. 290.

190: Constitutionnel du 9 mars 1840.

191: Dans la déclaration sommaire que M. Thiers avait lue aux Chambres, le 4 mars, cette prétention était très-visible, et le ministre avait presque insinué qu'il venait de faire capituler la couronne. Le Journal des Débats avait alors critiqué «cette affectation à dire et à répéter: «Le Roi et moi». Par contre, le Courrier français avait félicité le président du conseil d'avoir «fait valoir son droit de chef de parti, en regard du droit que la couronne a de choisir entre les hommes et les opinions»; et il avait ajouté: «M. Thiers ne dit pas que la couronne a cédé, car un ministre doit couvrir le Roi; mais il résulte de son discours, qu'il n'a pas fait, en entrant aux affaires, le sacrifice de ses opinions, et c'est là tout ce que le public demande à savoir.» Le National, trop heureux de voir la monarchie diminuée par ceux qui eussent dû être ses défenseurs, demandait en raillant: «Comment les journaux de la cour prendront-ils ce nouveau spécimen de familiarité respectueuse qui place sur la même ligne la couronne et un simple sujet? M. Thiers et le Roi, le Roi et M. Thiers sont heureusement d'accord pour faire le bonheur, la prospérité et la gloire de la France. Voilà ce que le président du cabinet du 1er mars a bien voulu annoncer au monde.»