Voici ce qui résulte de tout ce que je viens de dire. En premier lieu, quel que soit le mécontentement, souvent bien fondé, qu'a fait naître la transition pénible pour nos colonies du système du monopole au système du libre-échange, nous ne reviendrons pas sur cette résolution que désormais votre commerce avec les colonies est fondé sur ce principe: vous êtes libres de recevoir les produits de tous les pays, qui peuvent vous les fournir à meilleur marché et de meilleure qualité que les colonies; et d'un autre côté les colonies sont libres de commercer avec toutes les parties du globe, de la manière qu'elles jugeront la plus avantageuse à leurs intérêts. C'est là, dis-je, qu'est pour l'avenir le point cardinal de notre politique.

En second lieu, conformément à la politique que vous avez suivie à l'égard des colonies de l'Amérique du Nord, vous agirez sur ce principe d'introduire et maintenir, autant que possible, la liberté politique dans toutes vos colonies. Je crois que toutes les fois que vous affirmerez que la liberté politique ne peut pas être introduite, c'est à vous de donner des raisons pour l'exception; et il vous incombe de démontrer qu'il s'agit d'une race qui ne peut encore admettre les institutions libres; que la colonie n'est pas composée de citoyens anglais, ou qu'ils n'y sont qu'en trop faible proportion pour pouvoir soutenir de telles institutions avec quelque sécurité. À moins que vous ne fassiez cette preuve, et chaque fois qu'il s'agira d'une population britannique capable de se gouverner elle-même, si vous continuez à être leurs représentants en ce qui concerne la politique extérieure, vous n'avez plus à intervenir dans leurs affaires domestiques, au delà de ce qui est clairement et décidément indispensable pour prévenir un conflit dans la colonie elle-même.

Je crois que ce sont là les deux principes sur lesquels vous devez agir. Je suis sûr au moins que ce sont ceux que le gouvernement actuel a adoptés, et je ne doute pas qu'ils n'obtiennent l'assentiment de la Chambre....

Non-seulement je crois que ces principes sont ceux qui doivent vous diriger, sans aucun danger pour le présent, mais je pense encore qu'ils serviront à résoudre, dans l'avenir, de graves questions, sans nous exposer à une collision aussi malheureuse que celle qui marqua la fin du dernier siècle. En revenant sur l'origine de cette guerre fatale avec les contrées qui sont devenues les États-Unis de l'Amérique, je ne puis m'empêcher de croire qu'elle fut le résultat non d'une simple erreur, d'une simple faute, mais d'une série répétée de fautes et d'erreurs, d'une politique malheureuse de concessions tardives et d'exigences inopportunes. J'ai la confiance que nous n'aurons plus à déplorer de tels conflits. Sans doute, je prévois, avec tous les bons esprits, que quelques-unes de nos colonies grandiront tellement en population et en richesse qu'elles viendront nous dire un jour: «Nous avons assez de force pour être indépendantes de l'Angleterre. Le lien qui nous attache à elle nous est devenu onéreux et le moment est arrivé où, en toute amitié et en bonne alliance avec la mère patrie, nous voulons maintenir notre indépendance.» Je ne crois pas que ce temps soit très-rapproché, mais faisons tout ce qui est en nous pour les rendre aptes à se gouverner elles-mêmes. Donnons-leur autant que possible la faculté de diriger leurs propres affaires. Qu'elles croissent en nombre et en bien-être, et, quelque chose qui arrive, nous, citoyens de ce grand empire, nous aurons la consolation de dire que nous avons contribué au bonheur du monde.

Il n'est pas possible d'annoncer de plus grandes choses avec plus de simplicité, et c'est ainsi que, sans la chercher, on rencontre la véritable éloquence.

La reproduction que nous venons de faire a dû suffire pour démontrer que si la Ligue n'agit plus en corps, son esprit est une des forces vives de la démocratie anglaise, et qu'il anime des hommes dont la foi ardente, les lumières et les talents peuvent surmonter bien des obstacles. Bastiat, qui attendait beaucoup de ces hommes, vécut assez pour assister à la réalisation d'une partie de ses espérances. Il vit l'Angleterre abolir ses droits de navigation et réformer profondément son régime colonial. Depuis sa mort, de tristes événements, en modifiant la situation de l'Europe, ont rendu bien difficile la seconde partie de la tâche qu'il assignait aux ligueurs; nous voulons dire l'application du principe de non-intervention et la réduction des forces militaires. Mais quelque éloigné que puisse être le jour où s'accompliront de tels vœux,—où la civilisation obtiendra des succès décisifs dans sa lutte contre le fléau de la guerre,—on peut affirmer dès aujourd'hui que les apôtres du libre-échange auront leur part dans les actions de grâces et les bénédictions qui accueilleront cette incomparable victoire.

(Note de l'Éditeur.)

FIN.

TABLE DES MATIÈRES
DU TROISIÈME VOLUME

Introduction 1
Meeting à Manchester, en octobre 1842. —Discours de M. Cobden 81
Meeting à Londres, 16 mars 1843, théâtre de Drury-Lane.—Discours de M. Cobden 91
30 mars 1843. —Discours de MM. James Wilson, J. W. Fox et Cobden 96
5 avril 1843. —Exposé du président; discours de MM. Hume, Brotherton, Milner Gibson 118
13 avril 1843. —Discours du D. Bowring 144
26 avril 1843. —Discours du R. Th. Spencer 153
5 mai 1843. —Discours du R. Cox et de M. Cobden 160
13 mai 1843, salle de l'Opéra.—Discours de M. Cobden 179
octobre 1843, théâtre de Covent-Garden.—Discours de MM. Cobden et J. W. Fox 190
Meetings en Écosse, du 8 au 18 janvier 1844. —Allocutions diverses; extraits des discours de M. Cobden, à Perth, et du colonel Thompson, à Greenock, etc. 207
Meeting à Londres, 25 janvier 1844, théâtre de Covent-Garden.—Discours de MM. George Wilson et J. W. Fox 223
1er février 1844. —Compte rendu 236
Banquet à Wakefield (Yorkshire), le 31 janvier 1844.— Allocution du président, M. Marshall, et discours de lord Morpeth et de M. Cobden 238
Meeting à Londres, 15 février 1844. —Discours de MM. Villiers et J. W. Fox 246
21 février 1844. —Compte rendu; discours de MM. O'Connell et George Thompson 259
28 février 1844. —Discours de M. Ashworth 275
17 avril 1844. —Compte rendu; discours de M. George Thompson 281
1er mai 1844. —Discours de MM. Ricardo et Cobden 298
14 mai 1844. —Discours de MM. Bright et James Wilson 309
22 mai 1844. —Discours de M. George Thompson 327
5 Juin 1844. —Résumé d'un discours de M. Bouverie, et discours de M. Milner Gibson 343
Exposé du dissentiment sur le tarif des sucres 351
Meeting à Londres, le 19 juin 1844. —Discours du R. Th. Spencer et de MM. Cobden et Fox. Réflexions du traducteur 355
Débat à la Chambre des communes sur la proposition de M. Villiers.—Argument de M. Milner Gibson.—Résumé historique 384
Meeting à Londres, le 7 août 1844. —Considérations sur l'esprit de paix.—Discours de M. Milner Gibson et de M. Fox 391
Les free-traders et les chartistes à Northampton 403
Démonstrations en faveur de la liberté commerciale à Walsall.—Présentation d'une coupe à M. John B. Smith 404
Grand meeting de la Ligue au théâtre de Covent-Garden, 17 décembre 1844.—Discours de M. Cobden 409
Meeting général de la Ligue à Manchester, 22 janvier 1845. Discours de M. J. Bright 420
Interrogatoire de Jacques Deacon Hume, esq, ancien secrétaire du Board of trade, sur la loi des céréales, devant le comité de la Chambre des communes chargé de préparer le projet de loi relatif aux droits d'importation pour 1839 430
 
Appendice.
Fin de la première campagne de la Ligue anglaise 437
Seconde campagne de la Ligue 449
Deux Angleterre 459
Meeting du 25 janvier 1848, à Manchester.—Discours de MM. Milner Gibson, Cobden et J. Bright 463
Lettre de Bastiat à M. G. Wilson, du 15 janvier 1849 492
La réforme coloniale en Angleterre.—Discours de M. Cobden à Bradford 497
Discours de John Russell au Parlement 508
Récapitulation des discours contenus dans ce volume et l'Appendice.
13 de M. Cobden pages 81, 92, 111, 167, 180, 190, 213 et 214, 242, 302, 355, 410, 474, 498.
6 de M. J. W. Fox 105, 197, 225, 248, 373, 398.
4 de M. Milner Gibson 133, 346, 388 et 394, 464.
3 de M. George Thompson 271, 283, 327.
3 de M. John Bright 310, 421, 486.
2 de M. James Wilson 97, 315.
2 du Révérend Th. Spencer 154, 365.
1 de M. Hume 122.
1 du docteur Bowring 145.
1 du Révérend Cox 161.
1 du colonel Perronet Thompson 218.
1 de M. George Wilson 238.
1 de M. Marshall 238.
1 de le lord Morpeth 239.
1 de M. Villiers 246.
1 de O'Connell 261.
1 de M. Ashworth 275.
1 de M. Ricardo 298.
1 de lord John Russell 510.

FIN DE LA TABLE.

CORBEIL, TYP. ET STÉR. DE CRÉTÉ.

Notes

1: Deux pensées, que l'auteur devait développer plus tard, en écrivant la seconde série des Sophismes, apparaissent dans ce paragraphe et ceux qui suivent. De l'une procède le chapitre les Deux morales; de l'autre, le chapitre Physiologie de la spoliation. V. t. IV, p. 127 et 148.

(Note de l'éditeur.)

2: Anderson, 3e Voyage de Cook.

3: Voir la traduction de ce document, avant l'appendice.

4: M. G. R. Porter, qui n'a pas survécu longtemps à Bastiat, a publié une traduction anglaise de la première série des Sophismes. Voir, au tome Ier, la notice biographique.

(Note de l'éditeur.)

5: Résolution du conseil de la Ligue, mai 1815.

6: Bon nombre des publicistes enrôlés dans la presse quotidienne eussent pu, mais seulement en s'avouant coupables de légèreté et d'ignorance, se laver de l'accusation de vénalité que l'auteur portait contre eux, en 1845.

(Note de l'éditeur.)

7: Voici les noms de ces hommes bien dignes de notre sympathique estime: Edward Baxter, W. A. Cunningham, Andrew Dalziel, James Howie, James Leslie, Archibald Prentice, Philip Thomson. Il nous paraît juste d'ajouter à ces sept noms celui de M. W. Rawson, arrivé un peu trop tard au rendez-vous où la ligue fut résolue, mais qui s'associa de tout cœur à la résolution que ses amis venaient de prendre en son absence.

(Note de l'éditeur.)

8: Association contre la loi-céréale.

9: On se rappelle les discours de lord Aberdeen et de sir Robert Peel à l'occasion du message du nouveau président des États-Unis. Voici comment s'exprimait à ce sujet M. Fox, dans un meeting de la Ligue et aux applaudissements de six mille auditeurs:

«Quel est donc ce territoire qu'on se dispute? 300,000 milles carrés dont nous revendiquons le tiers; désert aride, lave desséchée, le Sahara de l'Amérique, le Botany-Bay des Peaux-Rouges, empire des buffles, et tout au plus de quelques Indiens fiers de s'appeler Têtes-Plates, Nez-Fendus, etc. Voilà l'objet de la querelle! Autant vaudrait que Peel et Polk nous poussassent à nous disputer les montagnes de la Lune! Mais que la race humaine s'établisse sur ce territoire, que les hommes qui n'ont pas de patrie plus hospitalière en soumettent à la culture les parties les moins infertiles; et lorsque l'industrie aura promené autour de ses frontières le char de son paisible triomphe, lorsque de jeunes cités verront fourmiller dans leurs murs d'innombrables multitudes, quand les montagnes Rocheuses seront sillonnées de chemins de fer, que des canaux uniront l'Atlantique et la mer Pacifique, et que le Colombia verra flotter sur ses eaux la voile et la vapeur, alors il sera temps de parler de l'Orégon. Mais alors aussi, sans bataillons, sans vaisseaux de ligne, sans bombarder des villes ni verser le sang des hommes, le libre commerce fera pour nous la conquête de l'Orégon et même des États-Unis, si l'on peut appeler conquête ce qui constitue le bien de tous. Ils nous enverront leurs produits; nous les paierons avec les nôtres. Il n'y aura pas un pionnier qui ne porte dans ses vêtements la livrée de Manchester; la marque de Sheffield sera imprimée sur l'arme qui atteindra le gibier; et le lin de Spitalfield sera la bannière que nous ferons flotter sur les rives du Missouri. L'Orégon sera conquis, en effet, car il travaillera volontairement pour nous; et que peut-on demander de plus à un peuple conquis? C'est pour nous qu'il fera croître le blé, et il nous le livrera sans nous demander en retour que nous nous imposions des taxes, afin qu'un gouverneur anglais contrarie sa législature ou qu'une soldatesque anglaise sabre sa population. Le libre commerce! voilà la vraie conquête; elle est plus sûre que celles des armes. Voilà l'empire, en ce qu'il a de noble, voilà la domination fondée sur des avantages réciproques, moins dégradante que celle qui s'acquiert par l'épée et se conserve sous un sceptre impopulaire.» (Acclamations prolongées.)

10: Cette conjecture n'a pas tardé à se vérifier complétement; mais l'auteur, tout en applaudissant aux mesures libérales prises enfin par le grand ministre, ne l'a pas absous d'en être venu là si tard.(V. tome V, pag. 544 et suiv.)

(Note de l'éditeur.)

11: Voir, au tome V, les Incompatibilités parlementaires, p. 516.

(Note de l'éditeur.)

12: Le mot anglais repeal a été mal traduit en français par le mot rappel. Repeal signifie; abrogation, révocation, cessation. L'usage ayant maintenant donné le même sens au mot rappel, j'ai cru pouvoir le maintenir.

13: m. P., abréviation qui signifie membre du parlement.

14: J'ai cru pouvoir, pour abréger, transporter dans notre langue quelques-uns de ces mots composés de deux substantifs, si fréquents en anglais, et sacrifier la logique grammaticale à la commodité.

15: Le cabinet whig avait proposé un droit de 8 sh. par quarter. Le droit actuel est progressif; de 1 sh., quand le blé est à 73 sh., il s'élève à 20 sh., quand le blé est à 50 sh. ou au-dessous.

16: On comprend que le droit se proportionnant au prix, il faut connaître à chaque instant ce prix, ce qui exige un appareil administratif considérable.

17: M. Cobden représente au parlement la ville de Stockport.

18: C'est la salle où se tiennent les assemblées de l'association pour la propagation des missions étrangères.

19: On conçoit qu'en Angleterre c'est la classe agricole qui s'oppose à la liberté des échanges, comme en France la classe manufacturière.

20: Le Board of trade est une sorte de ministère du commerce. Son président est membre du cabinet.—C'est dans ce bureau, c'est grâce aux lumières de ses membres, MM. Porter, Deacon Hume, M'Gregor, que s'est préparée la révolution douanière qui s'accomplit en Angleterre. Nous traduisons à la fin de ce volume le remarquable interrogatoire de M. Deacon Hume, sur lequel nous appelons l'attention du lecteur.

21: Le clergé d'Angleterre se rattache au monopole par la dîme. Il est évident que plus le prix du blé est élevé, plus la dîme est lucrative. Il s'y rattache encore par les liens de famille qui l'unissent à l'aristocratie.

22: J'ai conservé ces détails comme peinture de mœurs et aussi pour faire connaître la chaleur de la lutte et l'esprit des diverses classes qui y prennent part.

23: On sait qu'au Parlement M. Hume est toujours sur la brèche. Il laisse rarement passer un article du budget des dépenses sans demander une économie.

24: Ce mot est sir James Graham, ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur.

25: Allusion aux meetings des prohibitionnistes qui se tiennent dans le salon d'une maison particulière de Bond-Street.

26: En 1842, sir Robert Peel, en présentant au Parlement la première partie de cette réforme commerciale que nous voyons se développer en 1845, disait qu'il n'avait pas touché à plusieurs articles importants, tels que le sucre, le vin, etc., pour se ménager les moyens d'obtenir des traités de commerce avec le Brésil, la France, l'Espagne, le Portugal, etc.; mais il reconnaissait en principe, que si les autres nations refusaient de recevoir les produits britanniques, ce n'était pas une raison pour priver les Anglais de la faculté d'aller acheter là où ils trouveraient à le faire avec le plus d'avantage. Ses paroles méritent d'être citées:

«We have reserved many articles from immediate reduction in the hope that ere long we may attain what is just and right, namely increased facilities for our exports in return; at the same time, I am bound to say, that it is for the interest of this country to buy cheap, whether other countries will buy cheap from us or no. We have right to exhaust all means to induce them to do justice, but if they persevere in refusing, the penalty is on us if we do not buy in the cheapest market.» (Speech of Sir Robert Peel, 10th May 1842.)

Toute la science économique, en matière de douanes, est dans ces dernières lignes.

27: Free-trader, partisan de la liberté commerciale.

28: On comprendra aisément et j'ai senti moi-même que ces brèves analyses ôtent au compte rendu des séances ce que les détails leur donnent toujours de piquant et quelquefois de dramatique. Obligé de me borner, j'ai préféré sacrifier ce qui pouvait plaire à ce qui doit instruire.

29: On sait que le suicide est presque toujours attribué dans les verdicts à la démence, insanity.

30: Le mot: unconditional (sans condition), adopté par la Ligue, se rapporte à l'étranger et signifie: sans demander des concessions réciproques.

31: Non compris le droit fiscal de 24 sh.

32: Slave-grown sugar, free-grown sugar. Il faudrait traduire sucre produit par les esclaves, ou par les hommes libres. Pour abréger, je me suis permis ces néologismes: Sucre-esclave, sucre-libre.

33: Ce ministre était M. Gladstone, que l'on sait être sorti depuis des affaires pour des scrupules religieux.

34: Unconditional; la Ligue entend par là que l'abolition des droits d'entrée, sur les grains étrangers, ne doit pas être subordonnée à des dégrèvements accordés par les autres nations aux produits anglais.

35: Cela se comprend aisément. Supposons que la consommation du blé en Angleterre soit de 60 millions d'hectolitres, dont 54 millions de blé indigène et 6 millions de blé étranger.

Supposons encore que ce dernier vaut à l'entrepôt 20 fr. l'hectolitre. Un droit de 2 fr. à la mouture frapperait les 60 millions d'hectolitres et donnerait au trésor un produit de 120 millions. De plus, il établirait le cours du grain sur le marché à 22 francs.

Un droit de douane de 2 fr. fixerait aussi le cours du blé à 22 fr., puisque, d'après l'hypothèse, l'étranger ne saurait vendre au-dessous. Mais le droit, ne se prélevant que sur 6 millions d'hectolitres, ne produirait à l'Échiquier que 12 millions.

Ce sont les monopoleurs qui gagnent la différence.

36: «Prétendre enrichir un peuple par la disette artificielle, c'est une politique en contradiction avec le sens commun.» (Sir James Graham, ministre de l'intérieur.)

37: Sir Robert Peel avait annoncé que son intention n'était pas de reviser la loi-céréale.

38: Il faut se rappeler que ce discours fut prononcé à l'époque du procès d'O'Connell.

39: Propriétaire d'une partie de Londres.

40: Propriétaire du théâtre de Covent-Garden.

41: M. O'Connell parut au meeting de L'Anti-corn-law-league, dans l'intervalle qui sépara sa condamnation de son emprisonnement (21 février 1844).

42: À cette époque, l'aristocratie anglaise organisait une agitation en faveur des monopoles; la loi lui était aussi bien applicable qu'à l'agitation irlandaise.

43: Il y a à la Chambre des communes deux classes de représentants, ceux des comtés et ceux des bourgs.—Pour être électeur de comté, il suffit d'avoir une propriété (freehold) de 40 sh. de rente. C'est ce qu'on nomme la clause Chandos. Il est aisé de comprendre que les possesseurs du sol ont pu faire autant d'électeurs qu'ils ont voulu. C'est en mettant en œuvre cette clause sur une grande échelle qu'ils acquirent, en 1841, cette majorité qui renversa le cabinet whig. Jusqu'ici la Ligue n'avait pu porter la bataille électorale que dans les villes et bourgs. On verra plus loin que M. Cobden a proposé et fait accepter un plan qui semble donner des chances aux free-traders même dans les comtés. Ce plan consiste à décider tous les amis de la liberté du commerce, et particulièrement les ouvriers, à consacrer en acquisitions de freeholds toutes leurs économies.

44: Allusion à l'aveu fait par ces deux personnages que la protection leur était nécessaire pour payer leurs dettes, dégager leurs domaines et doter leurs filles.

45: Sur-production, autre néologisme pour traduire le mot over-production, excès de production. Ici au moins je puis m'étayer de l'autorité de M. de Sismondi.

46: Employers.

47: Ceci prouve, pour le dire en passant, que le droit de visite n'était pas, de l'autre côté du détroit, aussi populaire qu'on le suppose en France, puisqu'il était repoussé par deux puissantes associations: les abolitionnistes et les free-traders.

48: On a fait des adjectifs des mots homicides, régicides, liberticides. On peut dire une théorie homicide. Pourquoi ne ferait-on pas aussi un adjectif du mot suicide.—Qu'on me permette donc encore ce néologisme, sans lequel il n'est pas possible de traduire ces mots: suicidal, self-destructing.

49: On a vu ailleurs que c'est la formule employée par la Ligue dans ses réclamations.

50: Les droits sur les sucres étaient:

  Sucre étranger. Sucre colonial.
En 1840 69 sh. 24 sh.
Proposition Russell 36   24  
Proposition Peel 34   24  

Mais selon le projet de M. Peel, converti en loi, on n'admet au droit de 34 sh. que le sucre produit du travail libre.

51: Le National.

52: À l'époque où ce discours fut prononcé, le parti qui soutenait le monopole des céréales et la cherté du pain proposait une foule de plans philanthropiques pour le soulagement du peuple.

53: M. Fox aurait pu s'étayer ici de l'opinion de Napoléon lui-même. En parlant du décret de Berlin, il dit: «La lutte n'est devenue périlleuse que depuis lors. J'en reçus l'impression en signant le décret. Je soupçonnai qu'il n'y aurait plus de repos pour moi et que ma vie se passerait à combattre des résistances.»

(Note du traducteur.)

54: On sait que la motion de lord Ashley consiste à limiter à dix heures le travail des manufactures, et que sir Robert Peel, qui s'y oppose, en fait une question de cabinet.

55: Lorsque deux membres d'opinion différente ont besoin de s'absenter, ils s'entendent et sortent ensemble sans altérer le résultat du vote.

56: M. Cayley avait cité des extraits d'Adam Smith qu'il avait rendus, en les falsifiant, favorables au système protecteur.

57: L'orateur désigne ici le parti qui s'intitule «la jeune Angleterre,» et qui a pour chefs lord Ashley, Manners, d'Israëli, etc. Lord Ashley, cherchant à rejeter sur les manufacturiers les imputations que la Ligue dirige contre les maîtres du sol, attribue les souffrances du peuple à l'excès du travail. En conséquence, de même que M. Villiers propose chaque année la libre introduction du blé étranger, lord Ashley propose la limitation des heures de travail. L'un cherche le remède à la détresse générale dans la liberté, l'autre dans de nouvelles restrictions.—Ainsi, ces deux écoles économiques sont toujours et partout en présence.

58: Le bazar de Londres qui a été tenu en mai 1845 et a produit plus de 25,000 liv. st. (625,000 fr.).

59: M. George Thompson. Voir pages 298 et 340.

60: Nous empruntons les détails qui suivent à l'excellent ouvrage de M. Archibald Prentice: History of the Anti-corn-law League.

61: Voir p. 384 à 387.

62: Un quart de million sterling, plus de six millions de francs.

63: En se reportant à cette phase des progrès de la Ligue, à l'ascendant qu'elle parvint à exercer sur les hommes politiques de tous les partis, il est impossible de ne pas reconnaître combien Bastiat, qui la voyait personnifiée dans son principal chef, était fondé à porter, quatre ans plus tard, le jugement suivant:

«Que dirai-je du libre-échange, dont le triomphe est dû à Cobden, non à Robert Peel; car l'apôtre aurait toujours fait surgir un homme d'État, tandis que l'homme d'État ne pouvait se passer de l'apôtre?» (Tom. VI, chap. XIV.)

64: M. Pigon, grand fabricant de poudre et l'un des principaux instigateurs de la panique.

65: Le Spectator.