125: En Limagne, race laide, qui semble méridionale; de Brioude jusqu'aux sources de l'Allier, on dirait des crétins ou des mendiants espagnols. (De Pradt.)

126: L'amertume de leurs fromages tient, soit à la façon, soit à la dureté et l'aigreur de l'herbe, les pâturages ne sont jamais renouvelés.

127: Jusqu'en 1784, les Espagnols venaient acheter les pierreries grossières de l'Auvergne.

128: Dans le pays d'outre-Loire, on n'emploie guère que l'araire, petite charrue insuffisante pour les terres fortes. Dans tout le Midi, les chariots et outils sont petits et faibles.—Arthur Young vit avec indignation cette petite charrue qui effleurait la terre, et calomniait sa fertilité.

129: 1833.

130: Domat, de Clermont; les Laguesle, de Vic-le-Comte; Duprat et Barillon, son secrétaire, d'Issoire; l'Hôpital, d'Aigueperse; Anne Dubourg, de Riom; Pierre Lizel, premier président du Parlement de Paris, au XVIe siècle; les Du Vair, d'Aurillac, etc.

131: C'est, je crois, le premier pays de France qui ait payé au roi (Louis VII) un droit pour qu'il y fît cesser les guerres privées. Voy. le Glossaire de Laurière, t. I, p. 164, au mot Commun de paix, et la Décrétale d'Alexandre III sur le premier canon du concile de Clermont, publié par Marca.—Sur le Rouergue, voyez Peuchet et Chanlaire, statistique de l'Aveyron, et surtout l'estimable ouvrage de M. Monteil.

132: La houille forme plus des deux tiers de ce département.

133: Elle l'était encore au dernier siècle. (Piganiol de la Force.)

134: On y conservait des morts de cinq cents ans.

135: Millin.

136: Millin, t. IV, p. 347.—On trouve aussi beaucoup de moutons noirs dans le Roussillon (V. Young, t. II, p. 59) et en Bretagne. Cette couleur n'est pas rare dans les taureaux de la Camargue.

Arthur Young, t. III, p. 83.—En Provence, l'émigration des moutons est presque aussi grande qu'en Espagne. De la Crau aux montagnes de Gap et de Barcelonnette, il en passe un million, par troupeaux de dix mille à quarante mille. La route est de vingt ou trente jours (Darluc, Hist. nat. de Provence, 1782, p. 303, 329.)—Statistique de la Lozère, par M. Jerphanion, préfet de ce département, an X, p. 31. «Les moutons quittent les Basses-Cévennes et les plaines du Languedoc vers la fin de floréal, et arrivent par les montagnes de la Lozère et de la Margéride, où ils vivent pendant l'été. Ils regagnent le Bas-Languedoc au retour des frimas.»—Laboulinière, I, 245. Les troupeaux des Pyrénées émigrent l'hiver jusque dans les landes de Bordeaux.

A year in Spain, by an American, 1832. Au XVIe siècle, les troupeaux de la Mesta se composaient d'environ sept millions de têtes. Tombés à deux millions et demi au commencement du XVIIe siècle, ils remontèrent sur la fin à quatre millions, et maintenant ils s'élèvent à cinq millions, à peu près la moitié de ce que l'Espagne possède de bétail.—Les bergers sont plus redoutés que les voleurs même; ils abusent sans réserve du droit de traduire tout citoyen devant le tribunal de l'association, dont les décisions ne manquent jamais de leur être favorables. La Mesta emploie des alcades, des entregadors, des achagueros, qui, au nom de la corporation, harcèlent et accablent les fermiers.

137: Le mot basque murua signifie muraille, et Pyrénées. (V. de Humboldt.)

138: A. Young. I. «Le Roussillon est vraiment une partie de l'Espagne, les habitants sont Espagnols de langage et de mœurs. Les villes font exception; elles ne sont guère peuplées que d'étrangers. Les pêcheurs des côtes ont un aspect tout moresque.—La partie centrale des Pyrénées, le comté de Foix (Ariége), est toute française d'esprit et de langage; peu ou point de mots catalans.

139: Ramond. «Ces pelouses des hautes montagnes, près de qui la verdure même des vallées inférieures a je ne sais quoi de cru et de faux.»—Laboulinière. «Les eaux des Pyrénées sont pures, et offrent la jolie nuance appelée vert d'eau.»—Dralet. «Les rivières des Pyrénées, dans leurs débordements ordinaires, ne déposent pas, comme celles des Alpes, un limon malfaisant, au contraire...»

140: Dralet, I, 5.—Ramond: «Au midi tout s'abaisse tout d'un coup et à la fois. C'est un précipice de mille à onze cents mètres, dont le fond est le sommet des plus hautes montagnes de cette partie de l'Espagne. Elles dégénèrent bientôt en collines basses et arrondies, au delà desquelles s'ouvre l'immense perspective des plaines de l'Aragon. Au nord, les montagnes primitives s'enchaînent étroitement et forment une bande de plus de quatre myriamètres d'épaisseur... Cette bande se compose de sept à huit rangs, de hauteur graduellement décroissante.» Cette description, contredite par M. Laboulinière, est confirmée par M. Élie de Beaumont. L'axe granitique des Pyrénées est du côté de la France.

141: On sait que le grand poëte des Pyrénées, Ramond, a cherché le Mont-Perdu pendant dix ans.—«Quelques-uns, dit-il, assuraient que le plus hardi chasseur du pays n'avait atteint la cime du Mont-Perdu qu'à l'aide du diable, qui l'y avait conduit par dix-sept degrés.» Le Mont-Perdu est la plus haute montagne des Pyrénées françaises, comme le Vignemale, la plus haute des Pyrénées espagnoles.

142: C'est entre ces deux vallées, sur le plateau appelé la Hourquette des cinq Ours, que le vieil astronome Plantade expira près de son quart de cercle, en s'écriant: «Grand Dieu! que cela est beau!»

143: Ramond. «À peine on pose le pied sur la corniche, que la décoration change, et le bord de la terrasse coupe toute communication entre deux sites incompatibles. De cette ligne, qu'on ne peut aborder sans quitter l'un ou l'autre, et qu'on ne saurait outrepasser sans en perdre un de vue, il semble impossible qu'ils soient réels à la fois; et s'ils n'étaient point liés par la chaîne du Mont-Perdu, qui en sauve un peu le contraste, on serait tenté de regarder comme une vision, ou celui qui vient de disparaître, ou celui qui vient de le remplacer.

144: Laboulinière.

145: Elle a mille deux cent soixante-dix pieds de hauteur (Dralet.)

146: Dralet.

147: L'Èbre coule à l'est, vers Barcelone; la Garonne à l'ouest, vers Toulouse et Bordeaux. Au canal de Louis XIV répond celui de Charles-Quint. C'est toute la ressemblance.

148: Dralet, II, p. 197.—«Le territoire espagnol, sujet à une évaporation considérable, a peu de pâturages assez gras pour nourrir les bêtes à cornes; et comme les ânes, les mules et les mulets se contentent d'une pâture moins succulente que les autres animaux destinés aux travaux de l'agriculture, ils sont généralement employés par les Espagnols pour le labourage et le transport des denrées. Ce sont nos départements limitrophes et l'ancienne province de Poitou qui leur fournissent ces animaux; et la quantité en est considérable. Quant aux animaux destinés aux boucheries, c'est nous qui en approvisionnons aussi les provinces septentrionales, particulièrement la Catalogne et la Biscaye. La ville seule de Barcelone traite avec des fournisseurs français pour lui fournir chaque jour cinq cents moutons, deux cents brebis, trente bœufs, cinquante boucs châtrés, et elle reçoit en outre plus de six mille cochons qui partent de nos départements méridionaux pendant l'automne de chaque année. Ces fournitures coûtent à la ville de Barcelone deux millions huit cent mille francs par an, et l'on peut évaluer à une pareille somme celles que nous faisons aux autres villes de la Catalogne. La Catalogne paye en piastres et quadruples, en huile et liéges, en bouchons.» Les choses ont dû, toutefois, changer beaucoup depuis l'époque où écrivait Dralet (1812).

149: A. Young. «Entre Jonquières et Perpignan, sans passer une ville, une barrière, ou même une muraille, on entre dans un nouveau monde. Des pauvres et misérables routes de la Catalogne, vous passez tout d'un coup sur une noble chaussée, faite avec toute la solidité et la magnificence qui distinguent les grands chemins de France: au lieu de ravines, il y a des ponts bien bâtis; ce n'est plus un pays sauvage, désert et pauvre.»

150: Arthur Young, t. I, p. 57 et 116. «Nous rencontrâmes des montagnards qui me rappelèrent ceux d'Écosse; nous avions commencé par en voir à Montauban. Ils ont des bonnets ronds et plats, et de grandes culottes.» «On trouve des flûteurs, des bonnets bleus, et de la farine d'avoine, dit sir James Stewart, en Catalogne, en Auvergne et en Souabe, ainsi qu'à Lochabar.»—Toutefois, indépendamment de la différence de race et de mœurs, il y en a une autre essentielle entre les montagnards d'Écosse et ceux des Pyrénées; c'est que ceux-ci sont plus riches, et sous quelques rapports plus policés que les diverses populations qui les entourent.

Iharce de Bidassouet, Cantabres et Basques, 1825, in-8o. «Le peuple basque qui a conservé avec ses pâturages le moyen d'amender ses champs, et avec ses chênes celui de nourrir une multitude infinie de cochons, vit dans l'abondance, tandis que dans la majeure partie des Pyrénées.......» Laboulinière, t. III, p. 416:

Bearnes
Faus et courtes.
Biaoèdan
Pir que can.

«Le Béarnais est réputé avoir plus de finesse et de courtoisie que le Bigordan, qui l'emporterait pour la franchise et la simple droiture mêlée d'un peu de rudesse.» Dralet, I, 170. «Ces deux peuples ont d'ailleurs peu de ressemblance. Le Béarnais, forcé par les neiges de mener ses troupeaux dans les pays de plaine, y polit ses mœurs et perd de sa rudesse naturelle. Devenu fin, dissimulé et curieux, il conserve néanmoins sa fierté et son amour de l'indépendance... Le Béarnais est irascible et vindicatif autant que spirituel; mais la crainte de la flétrissure et de la perte de ses biens le fait recourir aux moyens judiciaires pour satisfaire ses ressentiments. Il en est de même des autres peuples des Pyrénées, depuis le Béarn jusqu'à la Méditerranée: tous sont plus ou moins processifs, et l'on ne voit nulle part autant d'hommes de loi que dans les villes du Bigorre, du Comminges, du Couserans, du comté de Foix et du Roussillon, qui sont bâties le long de cette chaîne de montagnes.»

151: Plusieurs espèces animales disparaissent des Pyrénées. Le chat sauvage y est devenu rare; le cerf en a disparu depuis deux cents ans, selon Buffon.

152: Dralet, II, 105. Les habitants allaient voler du bois jusqu'en Espagne.—Il y a de fortes amendes pour quiconque couperait une branche d'arbre dans une grande forêt qui domine Cauterets, et la défend des neiges.—Diodore de Sicile disait déjà (lib. II): «Pyrénées vient du mot grec pur (feu), parce qu'autrefois, le feu ayant été mis par les bergers, toutes les forêts brûlèrent.»—Procès-verbal du 8 mai 1670. «Il n'y a aucune forêt qui n'ait été incendiée à diverses reprises par la malice des habitants, ou pour faire convertir les bois en prés ou terrains labourables.»

153: Dralet.

154: Ibid.

155: L'arrondissement de Narbonne en fournit la manufacture des glaces de Venise.

156: Trouvé.

157: Selon le même auteur, il en est de même des plaies à la tête, à Bordeaux.—Le cers et l'autan dominent alternativement en Languedoc. Le cers (cyrch, impétuosité, en gallois) est le vent d'ouest, violent, mais salubre.—L'autan est le vent du sud-est, le vent d'Afrique, lourd et putréfiant.

Senec. quæst, natur I, III, c. XI. «Infestat..... Galliam Circius: cui ædificia quassanti, tamen incolæ gratias agunt, tanquam salubritatem cœli sui debeant ei. Divus certe Augustus templum illi, quum in Gallia moraretur, et vovit et fecit.»

158: Proverbe: Agde, ville noire, caverne de voleurs. Elle est bâtie de laves. Lodève est noire aussi.

159: Montpellier est célèbre par ses distilleries et parfumeries. On attribue la découverte de l'eau-de-vie à Arnaud de Villeneuve, qui créa les parfumeries dans cette ville.—Autrefois Montpellier fabriquait seule le vert-de-gris; on croyait que les caves de Montpellier y étaient seules propres.

160: Sous François Ier, les murs de Narbonne furent réparés et couverts de fragments de monuments antiques. L'ingénieur a placé les inscriptions sur les murs, et les fragments de bas-reliefs, près des portes et sur les voûtes. C'est un musée immense, amas de jambes, de têtes, de mains, de troncs, d'armes, de mots sans aucun sens; il y a près d'un million d'inscriptions presque entières, et qu'on ne peut lire, vu la largeur du fossé, qu'avec une lunette.—Sur les murs d'Arles, on voit encore grand nombre de pierres sculptées, provenant d'un théâtre.

161: Le canal était large de cent pas, long de deux mille, et profond de trente.

162: Les deux Chénier naquirent à Constantinople, où leur père était consul général; mais leur famille était de Limoux, et leurs aïeux avaient occupé longtemps la place d'inspecteur des mines de Languedoc et de Roussillon.

163: Un proverbe gascon dit: Tout bon Gascon peut se dédire trois fois. (Tout boun Gascoun quès pot réprenqué très cops.)

164: Trois essais impuissants des Romains, de saint Louis et de Louis XIV.

165: Ce pont d'Avignon, tant chanté, succédait au pont de bois d'Arles qui, dans son temps, avait reçu ces grandes réunions d'hommes, comme depuis Avignon et Beaucaire.

166: Le berger saint Benezet reçut, dans une vision, l'ordre de construire le pont d'Avignon; l'évêque n'y crut qu'après que Benezet eut porté sur son dos, pour première pierre, un roc énorme. Il fonda l'ordre des frères pontifes, qui contribuèrent à la construction du pont du Saint-Esprit, et qui en avaient commencé un sur la Durance.

167: L'une des quatre espèces de farandoles que distingue Fischer s'appelle la Turque; une autre, la Moresque. Ces noms, et les rapports de plusieurs de ces danses avec le boléro, doivent faire présumer que ce sont les Sarrasins qui en ont laissé l'usage en France.

168: Millin, II, 487. Sur l'insalubrité d'Arles; id., III, 645.—Papon, I, 20, proverbe: Avenio ventosa, sine vento venenosa, cum vento fastidiosa.—En 1213, les évêques de Narbonne, etc., écrivent à Innocent III, qu'un concile provincial ayant été convoqué à Avignon: «Multi ex prælatis, quia generalis corruptio aeris ibi erat, nequivimus colloquio interesse; sicque factum est ut necessario negotium differetur.» Epist. Innoc. III (Éd. Baluze, II, 762).—Il y eut des lépreux à Martigues jusqu'en 1731; à Vitrolles, jusqu'en 1807. En général, les maladies cutanées sont communes en Provence. Millin, IV, 35.

Il y a quatre cent mille arpents de marais. Peuchet et Chanlaire, Statistique des Bouches-du-Rhône. Voy. aussi la grande Statistique de M. de Villeneuve, 4 vol. in-4o.—Les marais d'Hyères rendent cette ville inhabitable l'été; on respire la mort avec les parfums des fruits et des fleurs. De même à Fréjus. Statistique du Var, par Fauchet, préfet, an IX, p. 52, sqq.

169: On trouve le long de tout le cours du Rhône des traces du culte sanguinaire de Mithra.—On voit à Arles, à Tain et à Valence, des autels tauroboliques; un autre à Saint-Andéol. À la Bâtie-Mont-Saléon, ensevelie par la formation d'un lac, et déterrée en 1804, on a trouvé un groupe mithriaque.—À Fourvières, on a trouvé un autel mithriaque consacré à Adrien; il y en a encore un autre à Lyon consacré à Septime-Sévère. Millin, passim.

Millin, III, 453. Cette fête se retrouve, je crois, en Espagne.—L'Isère est surnommée le serpent, comme le Drac le dragon; tous deux menacent Grenoble:

Le serpent et le dragon
Mettront Grenoble en savon.

—À Metz, on promène le jour des Rogations un dragon qu'on nomme le graouilli; les boulangers et les pâtissiers lui mettent sur la langue des petits pains et des gâteaux. C'est la figure d'un monstre dont la ville fut délivrée par son évêque, saint Clément.—À Rouen, c'est un mannequin d'osier, la gargouille, à qui on remplissait autrefois la gueule de petits cochons de lait. Saint Romain avait délivré la ville de ce monstre, qui se tenait dans la Seine, comme saint Marcel délivra Paris du monstre de la Bièvre, etc.

170: Le jour de Sainte-Marthe, une jeune fille mène le monstre enchaîné à l'église pour qu'il meure sous l'eau bénite qu'on lui jette.

171: Dans les Pyrénées, c'est Renaud, monté sur son bon cheval Bayard, qui délivre une jeune fille des mains des infidèles.

172: «Cette ville devient plus déserte chaque jour, et les communes voisines ont perdu, depuis un demi-siècle, neuf dixièmes de leur population.» Fauchet, an IX, loc. cit.

173: Dans ses jolies danses mauresques, dans les romérages de ses bourgs, dans les usages de la bûche calendaire, des pois chiches à certaines fêtes, dans tant d'autres coutumes. Millin, III, 346. La fête patronale de chaque village s'appelle Romna-Vagi, et par corruption Romerage, parce qu'elle précédait souvent un voyage de Rome que le seigneur faisait ou faisait faire (?)—Millin, III, 336. C'est à Noël qu'on brûle le caligneau ou calendeau; c'est une grosse bûche de chêne qu'on arrose de vin et d'huile. On criait autrefois en la plaçant: Calene ven, tout ben ven, calende vient, tout va bien. C'est le chef de la famille qui doit mettre le feu à la bûche; la flamme s'appelle caco fuech, feu d'amis. On trouve le même usage en Dauphiné. Champollion-Figeac, p. 124. On appelle chalendes le jour de Noël. De ce mot on a fait chalendat, nom que l'on donne à une grosse bûche que l'on met au feu la veille de Noël au soir, et qui y reste allumée jusqu'à ce qu'elle soit consumée. Dès qu'elle est placée dans le foyer, on répand dessus un verre de vin en faisant le signe de la croix, et c'est ce qu'on appelle: batisa la chalendal. Dès ce moment cette bûche est pour ainsi dire sacrée, et l'on ne peut pas s'asseoir dessus sans risquer d'en être puni, au moins par la gale.—Millin, III, 339. On trouve l'usage de manger des pois chiches à certaines fêtes, non-seulement à Marseille, mais en Italie, en Espagne, à Gênes et à Montpellier. Le peuple de cette dernière ville croit que, lorsque Jésus-Christ entra dans Jérusalem, il traversa une sesierou, un champ de pois chiches, et que c'est en mémoire de ce jour que s'est perpétué l'usage de manger des sesés. À certaines fêtes, les Athéniens mangeaient aussi des pois chiches (aux Panepsies.)

174: La procession du bon roi René, à Aix, est une parade dérisoire de la fable, de l'histoire et de la Bible.

Millin, II, 299. On y voit le duc Urbain (le malheureux général du roi René) et la duchesse Urbain, montés sur des ânes; on y voyait une âme que se disputaient deux diables; les chevaux frux ou fringants, en carton; le roi Hérode, la reine de Saba, le Temple de Salomon, et l'étoile des Mages au bout d'un bâton, ainsi que la Mort, l'abbé de la jeunesse couvert de poudre et de rubans, etc., etc.

175:

Si comme ad Arli, ove'l Rodano stagna,
Fanno i sepolcri tutto 'l loco varo.

Dante, Inferno. c. IX.

176: Je ne sais lequel est le plus touchant des plaintes du poète sur les destinées de l'Italie, ou de ses regrets lorsqu'il a perdu Laure. Je ne résiste pas au plaisir de citer ce sonnet admirable où le pauvre vieux poète s'avoue enfin qu'il n'a poursuivi qu'une ombre:

«Je le sens et le respire encore, c'est mon air d'autrefois. Les voilà, les douces collines où naquit la belle lumière, qui tant que le ciel le permit, remplit mes yeux de joie et de désir, et maintenant les gonfle de pleurs.

«Ô fragile espoir! ô folles pensées!... l'herbe est veuve, et troubles sont les ondes. Il est vide et froid, le nid qu'elle occupait, ce nid où j'aurais voulu vivre et mourir!

«J'espérais, sur ses douces traces, j'espérais de ses beaux yeux qui ont consumé mon cœur, quelque repos après tant de fatigues.

«Cruelle, ingrate servitude! j'ai brûlé tant qu'a duré l'objet de mes feux, et aujourd'hui je vais pleurant sa cendre.»

Sonnet CCLXXIX.

177: Même esprit critique en Franche-Comté; ainsi Guillaume de Saint-Amour, l'adversaire du mysticisme des ordres mendiants, le grammairien d'Olivet, etc. Si nous voulions citer quelques-uns des plus distingués de nos contemporains, nous pourrions nommer Charles Nodier, Jouffroy et Droz. Cuvier était de Montbéliard; mais le caractère de son génie fut modifié par une éducation allemande.

178: On trouve dans les habitudes de langage des Dauphinois, des traces singulières de leur vieil esprit processif. «Les propriétaires qui jouissent de quelque aisance parlent le français d'une manière assez intelligible, mais ils y mêlent souvent les termes de l'ancienne pratique, que le barreau n'ose pas encore abandonner. Avant la Révolution, quand les enfants avaient passé un an ou deux chez un procureur, à mettre au net des exploits et des appointements, leur éducation était faite, et ils retournaient à la charrue.» Champollion-Figeac, patis du Dauphiné, p. 67.

179: La petite ville de Sarrelouis, qui compte à peine cinq mille habitants, a fourni en vingt années cinq ou six cents officiers et militaires décorés, presque tous morts au champ de bataille.

180: On conserve, au Musée d'artillerie, la riche et galante armure des princesses de la maison de Bouillon.

181: Cette simplicité, ces mœurs presque patriarcales, tiennent en grande partie à la conservation de traditions antiques. Le vieillard est l'objet du respect et le centre de la famille, et deux ou trois générations exploitent souvent ensemble la même ferme.—Les domestiques mangent à la table des maîtres.—Au 1er novembre (c'est le misdu de Bretagne), on sert pour les morts un repas d'œufs et de farines bouillies; chaque mort a son couvert. Dans un village, on célèbre encore la fête du soleil, selon M. Champollion.—On retrouve en Dauphiné, comme en Bretagne, les brayes celtiques.

182: Malgré la pauvreté du pays, leur bon sens les préserve de toute entreprise hasardeuse. Dans certaines vallées, on croit qu'il existe de riches mines; mais une vierge vêtue de blanc en garde l'entrée avec une faux.

183: Quand une veuve ou un orphelin fait quelque perte de bétail, etc., on se cotise pour la réparer.

184: Sur quatre mille quatre cents émigrants, sept cents instituteurs. (Peuchet.)

185: Ces guerres jetèrent un grand éclat sur la noblesse dauphinoise. On l'appelait l'écarlate des gentilhommes. C'est le pays de Bayard, et de ce Lesdiguières qui fut roi du Dauphiné, sous Henri IV. Le premier y laissa un long souvenir; on disait prouesse de Terrail, comme loyauté de Salvaing, noblesse de Sassenage.—Près de la vallée du Graisivaudan est le territoire de Royans, la vallée Chevallereuse.

186: Le noble faisait hommage debout; le bourgeois à genoux et baisant le dos de la main du seigneur; l'homme du peuple, aussi à genoux, mais baisant seulement le pouce de la main du seigneur.—De même à Metz, le maître échevin parlait au roi debout, et non à genoux.

187: Dans la Terreur, les ouvriers y maintinrent l'ordre avec un courage et une humanité admirables, à peu près comme à Florence le cardeur de laine, Michel Lando, dans l'insurrection des Ciampi.

188: Perrin Dulac. (Grenoble.)

189: Il descendit dans une auberge tenue par un vieux soldat, qui lui avait donné une orange dans la campagne d'Égypte.

190: D'abord les Vaudois, plus tard les protestants. Dans le seul département de la Drôme, il y a environ trente-quatre mille calvinistes (Peuchet). On se rappelle la lutte atroce du baron des Adrets et de Montbrun.—Le plus célèbre des protestants dauphinois fut Isaac Casaubon, fils du ministre de Bourdeaux sur le Roubion, né en 1559; il est enterré à Westminster.

191: L'ancienne devise de Besançon était: Plût à Dieu!—À Salins, on lisait sur la porte d'un des forts où étaient les salines, la devise de Philippe le Bon: Autre n'auray. Plusieurs monuments de Dijon portaient celle de Philippe le Hardi: Moult me tarde.—À Besançon naquit l'illustre diplomate Granvelle, chancelier de Charles-Quint, mort en 1564.

192: De même à l'abbaye de Saint-Claude, transformée en évêché en 1741, les religieux devaient faire preuve de noblesse jusqu'à leur trisaïeul, paternel et maternel. Les chanoines devaient prouver seize quartiers, huit de chaque côté.

193: La Franche-Comté est le pays le mieux boisé de la France. On compte trente forêts, sur la Saône, le Doubs et le Lougnon.—Beaucoup de fabriques de boulets, d'armes, etc. Beaucoup de chevaux et de bœufs, peu de moutons; mauvaises laines.

194: Sur les mœurs des habitants des Trois-Évêchés et de la Lorraine en général, voyez le Mémoire manuscrit de M. Turgot, qui se trouve à la bibliothèque publique de Metz: Description exacte et fidèle du pays Messin, etc.—Les trois évêques étaient princes du Saint-Empire.—Le comté de Gréange et la baronnie de Fenestrange étaient deux francs-alleus de l'Empire.

195: On voyait à Metz le tombeau de Louis le Débonnaire et l'original des Annales de Metz, mess. de 894.—Les abeilles, dont il est si souvent question dans les capitulaires, donnaient à Metz son hydromel si vanté.

196: Pour être dame de Remiremont, il fallait prouver deux cents ans de noblesse des deux côtés.—Pour être chanoinesse, ou demoiselle à Épinal, il fallait prouver quatre générations de pères et mères nobles.

Piganiol de la Force, XIII. Elle était pour moitié dans la justice de la ville, et nommait, avec son chapitre, des députés aux États de Lorraine.—La doyenne et la sacristaine disposaient chacune de quatre cures. La sonzier, ou receveuse, partageait avec l'abbesse la justice (val de Joux), consistant en dix-neuf villages; tous les essaims d'abeilles qui s'y trouvaient lui appartenaient de droit. L'abbaye avait un grand prévôt, un grand et un petit chancelier, un grand sonzier, etc.

197: Un duc d'Alsace et de Lorraine, au VIIe siècle, souhaitait un fils; il n'eut qu'une fille aveugle, et la fit exposer. Un fils lui vint plus tard, qui ramena la fille au vieux duc, devenu farouche et triste, solitairement retiré dans le château d'Hohenbourg. Il la repoussa d'abord, puis se laissa fléchir, et fonda pour elle un monastère, qui depuis s'appela de son nom, sainte Odile. On découvre de la hauteur Baden et l'Allemagne. De toutes parts les rois y venaient en pèlerinage: l'empereur Charles IV, Richard Cœur-de-Lion, un roi de Danemark, un roi de Chypre, un pape... Ce monastère reçut la femme de Charlemagne et celle de Charles le Gros.—À Winstein, au nord du Bas-Rhin, le diable garde dans un château taillé dans le roc de précieux trésors.—Entre Haguenau et Wissembourg, une flamme fantastique sort de la fontaine de la poix (Pechelbrunnen); cette flamme, c'est le chasseur, le fantôme d'un ancien seigneur qui expie sa tyrannie, etc.—Le génie musical et enfantin de l'Allemagne commence avec ses poétiques légendes. Les ménétriers d'Alsace tenaient régulièrement leurs assemblées. Le sire de Rapolstein s'intitulait le Roi des Violons. Les violons d'Alsace dépendaient d'un seigneur, et devaient se présenter, ceux de la Haute-Alsace à Rapolstein, ceux de la Basse à Bischwiller.

198: À côté de cette belle légende, où l'extase produite par l'harmonie prolonge la vie pendant des siècles, plaçons l'histoire de cette femme qui, sous Louis le Débonnaire, entendit l'orgue pour la première fois, et mourut de ravissement. Ainsi, dans les légendes allemandes, la musique donne la vie et la mort.

199: À Metz naquirent le maréchal Fabert, Custine, et cet audacieux et infortuné Pilâtre des Rosiers, qui le premier osa s'embarquer dans un ballon. L'édit de Nantes en chassa les Ancillon.

200: Là se lit comment le bon Renaud joua maint tour à Charlemagne, comment il eut pourtant bonne fin, s'étant fait humblement de chevalier maçon, et portant sur son dos des blocs énormes pour bâtir la sainte église de Cologne.

201: La Saône jusqu'au Rhône, et le Rhône jusqu'à la mer, séparaient la France de l'Empire. Lyon, bâtie surtout sur la rive gauche de la Saône, était une cité impériale; mais les comtes de Lyon relevaient de la France pour les faubourgs de Saint-Just et de Saint-Irénée.

202: Millin.

203: Il était né à Amboise en 1743.—Il n'y a pas longtemps encore, on chantait l'office à Lyon, sans orgues, livres, ni instruments, comme au premier âge du christianisme.

204: Ainsi que Ampère, Degerando, Camille Jordan, de Sénancour. Leurs familles du moins sont lyonnaises.

205: En 1429.—Saint Remi de Lyon soutint contre Jean Scot le parti de Gotteschalk et de la grâce.—Selon Du Boulay, c'est à Lyon que fut enseigné d'abord le dogme de l'Immaculée Conception.—Sous Louis XIII, un seul homme, Denis de Marquemont, fonda à Lyon quinze couvents.

206: Après avoir rédigé cet acte, les frères adoptifs s'envoyaient des chapeaux de fleurs et des cœurs d'or.

207: Gallia Christiana, t. IV.—Dans un diplôme de l'an 1189, Philippe-Auguste reconnaît que Lyon et Autun ont l'une sur l'autre, quand un des siéges vient à vaquer, le droit de régale et d'administration.—L'évêque d'Autun était de droit président des États de Bourgogne. On se rappelle les liaisons qui existaient entre Saint-Léger, le fameux évêque d'Autun, et l'évêque de Lyon.

208: Autun avait dans ses armes, d'abord le serpent druidique, puis le porc, l'animal qui se nourrit du gland celtique.

209: Inscription trouvée à Autun:

DEAE BIBRACTI
P. CAPRIL PACATUS
I———I VIR AUGUSTA.
II I.
V. S. L. M.

Millin, I, 337.

Il semble que l'aristocratie se livra entièrement à Rome, tandis que le parti druidique et populaire chercha à ressaisir l'indépendance. «Le sage gouvernement d'Autun, dit Tacite, comprima la révolte des bandes fanatiques de Maricus, Boie de la lie du peuple, qui se donnait pour un dieu et pour le libérateur des Gaules (Annal., l. II, c. LXI). On a vu, au Ier vol., la révolte de Sacrovir.—Enfin les Bagaudes saccagèrent deux fois Autun. Alors furent fermées les écoles Mœniennes, que le Grec Eumène rouvrit sous le patronage de Constance Chlore.—François Ier visita Autun en 1521, et la nomma «sa Rome française.» Autun avait été appelée la sœur de Rome, selon Eumène, ap. Scr. fr. 1, 712, 716, 717.

Elle fut presque ruinée par Aurélien, au temps de sa victoire sur Tétricus qui y faisait frapper ses médailles.—Saccagée par les Allemands en 280, par les Bagaudes sous Dioclétien, par Attila en 451, par les Sarrasins en 732, par les Normands en 886 et 895. En 924, on ne put en éloigner les Hongrois qu'à prix d'argent. Histoire d'Autun, par Joseph de Rosny, 1802.

210: Voyez les armes de Dijon et de Beaune. Un bas-relief de Dijon représente les triumvirs tenant chacun un gobelet. Ce trait est local.—La culture de la vigne, si ancienne dans ce pays, a singulièrement influé sur le caractère de son histoire, en multipliant la population dans les classes inférieures. Ce fut le principal théâtre de la guerre des Bagaudes. En 1630, les vignerons se révoltèrent sous la conduite d'un ancien soldat, qu'ils appelaient le roi Machas.

La Fête des Fous se célébra à Auxerre jusqu'en 1407.—Les chanoines jouaient à la balle (pelota), jusqu'en 1538, dans la nef de la cathédrale. Le dernier chanoine fournissait la balle, et la donnait au doyen; la partie finie, venaient les danses et le banquet. Millin, I.

211: Voir le curieux recueil de la Monnoye.—Piron était de Dijon (né en 1640, mort en 1727.)

212: Notre cher et grand Quinet, né à Bourg, a été élevé à Charolles. N'oublions pas non plus la pittoresque et mystique petite ville de Paray-le-Monial, où naquit la dévotion du Sacré-Cœur, où mourut Mme de Chantal. Il y a certainement un souffle religieux sur le pays du traducteur de la Symbolique, et de l'auteur de l'Histoire de la Liberté de conscience, MM. Guignaut et Dargaud.

213: Charles VII.

214: Cette noblesse de mère se trouve ailleurs aussi en France, et même sous la première race. (Voy. Beaumanoir.) Charles V (15 novembre 1370) assujettit les nobles de mère au droit de franc fief. À la deuxième rédaction de la coutume de Chaumont, les nobles de pères réclament contre: Louis XII ordonne que la chose reste en suspens.—La coutume de Troyes consacrait l'égalité de partage entre les enfants; de là l'affaiblissement de la noblesse. Par exemple, Jean, sire de Dampierre, vicomte de Troyes, décéda, laissant plusieurs enfants qui partagèrent entre eux la vicomté. Par l'effet des partages successifs, Eustache de Conflans en posséda un tiers, qu'il céda à un autre chapitre de moines. Le second tiers fut divisé en quatre parts, et chaque part en douze lots, lesquels se sont divisés entre diverses maisons et les domaines de la ville et du roi.

215: Urbain IV était fils d'un cordonnier de Troyes. Il y bâtit Saint-Urbain, et fit représenter sur une tapisserie son père faisant des souliers.

216: L'ancien type du paysan du nord de la France est l'honnête Jacques, qui pourtant finit par faire la Jacquerie. Le même, considéré comme simple et débonnaire, s'appelle Jeannot; quand il tombe dans un désespoir enfantin, et qu'il devient rageur, il prend le nom de Jocrisse. Enrôlé par la Révolution, il s'est singulièrement déniaisé, quoique sous la Restauration on lui ait rendu le nom de Jean-Jean.—Ces mots divers ne désignent pas des ridicules locaux, comme ceux d'Arlequin, Pantalon, Polichinelle en Italie.—Les noms le plus communément portés par les domestiques, dans la vieille France aristocratique, étaient des noms de province: Lorrain, Picard, et surtout la Brie et Champagne. Le Champenois est en effet le plus disciplinable des provinciaux, quoique sous sa simplicité apparente il y ait beaucoup de malice et d'ironie.

217: Passerat et Pithou. L'esprit railleur du nord de la France éclate dans les fêtes populaires.

En Champagne et ailleurs, roi de l'aumône (bourgeois élu pour délivrer deux prisonniers, etc.); roi de l'éteuf (ou de la balle) (Dupin, Deux-Sèvres), roi des Arbalétriers avec ses chevaliers (Cambry, Oise, II); roi des guétifs ou pauvres, encore en 1770 (almanach d'Artois, 1770); roi des rosiers ou des jardiniers, aujourd'hui encore en Normandie, Champagne, Bourgogne, etc.—À Paris, fêtes des sous-diacres ou diacres soûls, qui faisaient un évêque des fous, l'encensaient avec du cuir brûlé; on chantait des chansons obscènes; on mangeait sur l'autel.—À Évreux, le 1er mai, jour de Saint-Vital, c'était la fête des cornards, on se couronnait de feuillages, les prêtres mettaient leur surplis à l'envers, et se jetaient les uns aux autres du son dans les yeux; les sonneurs lançaient des casse-museaux (galettes).—À Beauvais, on promenait une fille et un enfant sur un âne... à la messe, le refrain chanté en chœur était hihan!—À Reims, les chanoines marchaient sur deux files, traînant chacun un hareng, chacun marchant sur le hareng de l'autre...—À Bouchain, fête du prévôt des étourdis; à Châlon-sur-Saône, des guillardons; à Paris, des enfants sans-souci, du régiment de la calotte, et de la confrérie de l'aloyau.—À Dijon, procession de la mère folle.—À Harfleur, au mardi gras, fête de la scie. (Dans les armes du président Cossé-Brissac, il y avait une scie.) Les magistrats baisent les dents de la scie. Deux masques portent le bâton friseux (montants de la scie). Puis on porte le bâton friseux à un époux qui bat sa femme.—Dès le temps de la conquête de Guillaume existait l'association de la chevalerie d'Honfleur.

218: Sur la montagne de Langres naquit Diderot. C'est la transition, entre la Bourgogne et la Champagne. Il réunit les deux caractères.

219: Cela doit s'entendre, non-seulement du vin, mais de la vigne. Les terres qui donnent le vin de Champagne semblent capricieuses. Les gens du pays assurent que dans une pièce de trois arpents parfaitement semblables, il n'y a souvent que celui du milieu qui donne de bon vin.

220: Une terre, qui semée de froment occuperait cinq ou six ménages, occupe quelquefois six ou sept cents personnes, hommes, femmes et enfants, lorsqu'elle est plantée de vignes. On sait combien le vin de Champagne exige de façons.

221: La Fontaine dit de lui-même:

Je suis chose légère, et vole à tout sujet,
Je vais de fleur en fleur; et d'objet en objet.
À beaucoup de plaisir je mêle un peu de gloire.
J'irais plus haut peut-être au temple de mémoire,
Si dans un genre seul j'avais usé mes jours;
Mais quoi! je suis volage, en vers comme en amours.

«Le poëte, dit Platon, est chose légère et sacrée.»

222: Du côté de Coutances particulièrement, les figures et le paysage sont singulièrement anglais.

223: «Voyez-vous ce petit champ? me disait M. D., ex-président d'un des tribunaux de la basse Normandie; si demain il passait à quatre frères, il serait à l'instant coupé par quatre haies. Tant il est nécessaire, ici, que les propriétés soient nettement séparées.»—Les Normands sont si adonnés aux études de l'éloquence, dit un auteur du XIe siècle, qu'on entend jusqu'aux petits enfants parler comme des orateurs...

224: Il paraît que les Dieppois avaient découvert avant les Portugais la route des Indes; mais ils en gardèrent si bien le secret, qu'ils en ont perdu la gloire.

225: Cette grossièreté de la Belgique est sensible dans une foule de choses. On peut voir à Bruxelles la petite statue du Mannekenpiss, «le plus vieux bourgeois de la ville;» on lui donne un habit neuf aux grandes fêtes.

226: Voy. les coutumes du comté de Flandre, traduites par Legrand, Cambrai, 1719, 1er vol. Coutume de Gand, p. 149, rub. 26; (Niemandt en sal bastaerdi wesen van de mœder...); personne ne sera bâtard de la mère; mais ils succéderont à la mère avec les autres légitimes (non au père). Ceci montre bien que ce n'est pas le motif religieux ou moral qui les exclut de la succession du père, mais le doute de la paternité. Dans cette coutume, il y a communauté, partage égal dans les successions, etc.

Vous y retrouvez la prédilection pour le cygne, qui, selon Virgile, était l'ornement du Mincius et des autres fleuves de Lombardie. Dès l'entrée de l'ancienne Belgique, Amiens, la petite Venise, comme l'appelait Louis XIV, nourrissait sur la Somme les cygnes du roi. En Flandre, une foule d'auberges ont pour enseigne le cygne.

227: La seule cathédrale de Milan est couronnée de cinq mille statues et figurines.

228: Il est juste de remarquer que cet instinct musical s'est développé d'une manière remarquable, surtout dans la partie wallonne. Voy. t. VI, p. 120.

229: Voy. au Musée du Louvre le tableau intitulé: Fête Flamande. C'est la plus effrénée et la plus sensuelle bacchanale.

230: Selon moi, la haute expression du génie belge, c'est pour la partie flamande, Rubens, et pour la wallonne ou celtique, Grétry. La spontanéité domine en Belgique, la réflexion en Hollande. Les penseurs ont aimé ce dernier pays. Descartes est venu y faire l'apothéose du moi humain, et Spinosa, celle de la nature. Toutefois la philosophie propre à la Hollande, c'est une philosophie pratique qui s'applique aux rapports politiques des peuples: Grotius.

231: Son élève, Van-Dyck, peint dans un de ses tableaux un âne à genoux devant une hostie.

232: Nous avons ici la belle suite des tableaux commandés à Rubens par Marie de Médicis, mais cette peinture allégorique et officielle ne donne pas l'idée de son génie. C'est dans les tableaux d'Anvers et de Bruxelles que l'on comprend Rubens. Il faut voir à Anvers la Sainte Famille, où il a mis ses trois femmes sur l'autel, et lui, derrière, en saint Georges, un drapeau au poing et les cheveux au vent. Il fit ce grand tableau en dix-sept jours.—Sa Flagellation est horrible de brutalité; l'un des flagellants, pour frapper plus fort, appuie le pied sur le mollet du Sauveur; un autre regarde par-dessous sa main, et rit au nez du spectateur. La copie de Van-Dyck semble bien pâle à côté du tableau original. Au Musée de Bruxelles, il y a le Portement de Croix, d'une vigueur et d'un mouvement qui va au vertige. La Madeleine essuie le sang du Sauveur avec le sang-froid d'une mère qui débarbouille son enfant.—On peut voir au même Musée le Martyre de saint Liévin, une scène de boucherie; pendant qu'on déchiquète la chair du martyr, et qu'un des bourreaux en donne aux chiens avec une pince, un autre tient dans les dents son stylet qui dégoutte de sang. Au milieu de ces horreurs, toujours un étalage de belles et immodestes carnations.—Le Combat des Amazones lui a donné une belle occasion de peindre une foule de corps de femmes dans des attitudes passionnées; mais son chef-d'œuvre est peut-être cette terrible colonne de corps humains qu'il a tissus ensemble dans son Jugement dernier.

233: Sa famille était de Styrie. Ce qu'il y a de plus impétueux en Europe est aux deux bouts: à l'orient, les Slaves de Pologne, Illyrie, Styrie, etc.; à l'occident, les Celtes d'Irlande, Écosse, etc.

234: La Flandre hollandaise est composée de places cédées par le traité de 1648 et par le traité de la Barrière (1715). Ce nom est significatif.—La Marche, ou Marquisat d'Anvers, créée par Othon II, fut donnée par Henri IV au plus vaillant homme de l'Empire, à Godefroi de Bouillon.—C'est au Sas de Gand qu'Othon fit creuser, en 980, un fossé qui séparait l'Empire de la France.—À Louvain, dit un voyageur, la langue est germanique, les mœurs hollandaises et la cuisine française.—Avec l'idiome germanique commencent les noms astronomiques (Al-ost, Ost-ende); en France, comme chez toutes les nations celtiques, les noms sont empruntés à la terre (Lille, l'île).

Avant l'émigration des tisserands en Angleterre, vers 1382, il y avait à Louvain cinquante mille tisserands. Forster, 1364. À Ypres (sans doute en y comprenant la banlieue), il y en avait deux cent mille en 1342.—En 1380, «ceux de Gand sortirent avec trois armées.» Oudegherst, Chronique de Flandre, folio 301.—Ce pays humide est dans plusieurs parties aussi insalubre que fertile. Pour dire un homme blême, on disait: «Il ressemble à la mort d'Ypres.»—Au reste, la Belgique a moins souffert des inconvénients naturels de son territoire que des révolutions politiques. Bruges a été tuée par la révolte de 1492; Gand, par celle de 1540; Anvers, par le traité de 1648, qui fit la grandeur d'Amsterdam en fermant l'Escaut.

235: La grande bataille des temps modernes s'est livrée précisément sur la limite des deux langues, à Waterloo. À quelques pas en deçà de ce nom flamand, on trouve le Mont-Saint-Jean.—Le monticule qu'on a élevé dans cette plaine semble un tumulus barbare, celtique ou germanique.

236: Les magistrats de Dunkerque supplièrent vainement la reine Anne; ils essayèrent de prouver que les Hollandais gagneraient plus que les Anglais à la démolition de leur ville. Il n'est point de lecture plus douloureuse et plus humiliante pour un Français. Cherbourg n'existait pas encore; il ne resta plus un port militaire, d'Ostende à Brest.

237: «J'ai là, disait Bonaparte, un pistolet chargé au cœur de l'Angleterre.» «La place d'Anvers, disait-il à Sainte-Hélène, est une des grandes causes pour lesquelles je suis ici; la cession d'Anvers est un des motifs qui m'avaient déterminé à ne pas signer la paix de Châtillon.»

238: Il faut entendre ici Richelieu, Louis XIV et Bonaparte.

239: À Orléans, la science et l'enseignement du droit romain; en Picardie, l'originalité du droit féodal et coutumier; deux Picards, Beaumanoir et Desfontaines, ouvrent notre jurisprudence.

240: Bourges était aussi un grand centre ecclésiastique. L'archevêque de Bourges était patriarche, primat des Aquitaines, et métropolitain. Il étendait sa juridiction comme patriarche sur les archevêques de Narbonne et de Toulouse, comme primat sur ceux de Bordeaux et d'Auch (métropolitain de la 2me et 3me Aquitaine); comme métropolitain, il avait anciennement onze suffragants, les évêques de Clermont, Saint-Flour, le Puy, Tulle, Limoges, Mende, Rodez, Vabres, Castres, Cahors. Mais l'érection de l'évêché d'Albi en archevêché ne lui laissa sous sa juridiction que les cinq premiers de ces siéges.

241: La raillerie orléanaise était amère et dure. Les Orléanais avaient reçu le sobriquet de guépins. On dit aussi: «La glose d'Orléans est pire que le texte.»—La Sologne a un caractère analogue: «Niais de Sologne, qui ne se trompe qu'à son profit.»

242: Pepin y fut élu, en 750. Louis d'Outre-mer y mourut.

243: La tour de Coucy a cent soixante-douze pieds de haut, et trois cent cinq de circonférence. Les murs ont jusqu'à trente-deux pieds d'épaisseur. Mazarin fit sauter la muraille extérieure en 1652, et, le 18 septembre 1692, un tremblement de terre fendit la tour du haut en bas.—Un ancien roman donne à l'un des ancêtres de Coucy neuf pieds de hauteur. Enguerrand VII, qui combattit à Nicopolis, fit placer aux Célestins de Soissons son portrait et celui de sa première femme, de grandeur colossale.—Parmi les Coucy, citons seulement Thomas de Marle, auteur de la Loi de Vervins (législation favorable aux vassaux), mort en 1130. Raoul Ier, le trouvère, l'amant, vrai ou prétendu, de Gabrielle de Vergy, mort à la croisade en 1191.—Enguerrand VII, qui refusa l'épée de connétable et la fit donner à Clisson, mort en 1397.—On a prétendu à tort qu'Enguerrand III, en 1228, voulut s'emparer du trône pendant la minorité de saint Louis. Art de vérifier les dates, XII, 219, sqq.

244: Cette famille récente, qui prétendait remonter à Charlemagne, a bien assez d'avoir produit l'un des plus grands écrivains du XVIIe siècle, et l'un des plus hardis penseurs du nôtre.

245: Pierre l'Ermite.

246: Calvin, né en 1509, mort en 1564.

247: Condorcet, né à Ribemont en 1743, mort en 1794.—Camille Desmoulins, né à Guise en 1762, mort en 1794.—Babœuf, né à Saint-Quentin, mort en 1797.—Béranger est né à Paris, mais d'une famille picarde.

248: Né à Pithon ou à Ham.—Plusieurs généraux de la Révolution sont sortis de la Picardie: Dumas, Dupont, Serrurier, etc.—Ajoutons à la liste de ceux qui ont illustré ce pays fécond en tout genre de gloire: Anselme, de Laon; Ramus, tué à la Saint-Barthélemy; Boutillier, l'auteur de la Somme rurale; l'historien Guibert de Nogent; Charlevoix; les d'Estrées et les Genlis.

249: J'en dis autant de l'Artois, qui a produit tant de mystiques. Arras est la patrie de l'abbé Prévost. Le Boulonnais a donné en un même homme un grand poëte et un grand critique, je parle de Sainte-Beuve.

250: Claude le Lorrain, né à Chamagne en Lorraine, en 1600, mort en 1682.—Poussin, originaire de Soissons, né aux Andelys en 1594, mort en 1665.—Lesueur, né à Paris en 1617, mort en 1655.—Jean Cousin, fondateur de l'École française, né à Soucy, près Sens, vers 1501.—Jean Goujon, né à Paris, mort en 1572.—Germain Pilon, né à Loué, à six lieues du Mans, mort à la fin du XVIe siècle.—Pierre Lescot, l'architecte à qui l'on doit la fontaine des Innocents, né à Paris en 1510, mort en 1571.—Callot, ce rapide et spirituel artiste qui grava quatorze cents planches, né à Nancy en 1593, mort en 1635.—Mansart, l'architecte de Versailles et des Invalides, né à Paris en 1645, mort en 1708.—Lenôtre, né à Paris en 1613, mort en 1700, etc.

251: Né en 1741, mort en 1813.

252: Écrit en 1833.

253: Je ne veux pas dire que l'Alsace n'ait rien de tout cela, mais seulement qu'elle l'a généralement dans un degré inférieur à l'Allemagne. Elle a produit, elle possède encore plusieurs illustres philologues. Toutefois la vocation de l'Alsace est plutôt pratique et politique. La seconde maison de Flandre et celle de Lorraine-Autriche sont alsaciennes d'origine.

254: Dugès.

255: Le chef suprême des Truands s'appelait dans leur langage coërse, et ses principaux officiers cagoux, ou archisuppôts.

256: Bullet croit trouver dans ce fait un rapport avec l'histoire de Berthe la reine pédauque (pes aucæ, pied d'oie. Voy. le chapitre suivant.) Un passage de Rabelais indique que l'on voyait une image de la reine Pédauque à Toulouse. Les Contes d'Eutrapel nous apprennent qu'on jurait à Toulouse par la quenouille de la reine Pédauque. Cette locution rappelle le proverbe: Du temps que la reine Berthe filait (Bullet, Mythologie française).

257: Concil. Troslej., ann. 909 (Mansi, XVIII, p. 266). «Dum jam jamque adventus imminet illius in majestate terribili, ubi omnes cum gregibus suis venient pastores in conspectum pastoris æterni, etc.»—Trithemii chronic. ann. 960: «Diem jamjam imminere dicebat (Bernhardus, eremita Thuringiæ) extremum, et mundum in brevi consummandum.»—Abbas Floriacensis, ann. 990 (Gallaudius, XIV, 141): «De fine mundi coram populo sermonem in ecclesia Parisiorum audivi, quod statim finito mille annorum numero Antechristus adveniret, et non longo post tempore universale judicium succederet.»—Will. Godelli chronic., ap. Scr. fr. Y, 262; «Ann. Domini MX, in multis locis per orbem tali rumore audito, timor et mœror corda plurimorum occupavit, et suspicati sunt multi finem sæculi adesse.»—Rad. Glaber, I, IV, ibid. 49: «Æstimabatur enim ordo temporum et elementorum præterita ab initio moderans secula in chaos decidisse perpetuum, atque humani generis interitum.»

258: Raoul Glaber.

259: Raoul Glaber, I. V, c. I. «Astitit mihi ex parte pedum lectuli forma homunculi teterrimæ speciei. Erat enim statura mediocris, collo gracili, facie macilenta, oculis nigerrimis, fronte rugosa et contracta, depressis naribus, os exporrectum, labellis tumentibus, mento subtracto ac perangusto, barba caprina, aures hirtas et præacutas, capillis stantibus et incompositis, dentibus caninis, occipitio acuto, pectore tumido, dorso gibbato, clunibus agitantibus, vestibus sordidis, conatu æstuans, ac toto corpore præceps; arripiensque summitatem strati in quo cubabam, totum terribiliter concussit lectum.........»

260: Translatio S. Genulfi, ap. Scr. fr. X, 361.—Chronic. Ademari Cabannens., ibid. 147.

Chronic. Virdunense, ap. Scr. fr. X, 209. On sait que les sauvages de l'Amérique du Sud et les nègres de Guinée mangent habituellement de la glaise ou de l'argile pendant une partie de l'année. On la vend frite sur les marchés de Java.—Alex, de Humboldt. Tableaux de la Nature, trad. par Eyriès (1808), I, 200.

261: Glaber.—«Sur soixante-treize ans, il y en eut quarante-huit de famines et d'épidémies.—An 987, grande famine et épidémie.—989, grande famine.—990-994, famine et mal des ardents.—1001, grande famine.—1003-1008, famine et mortalité.—1010-1014, famine, mal des ardents, mortalité.—1027-1029, famine (anthropophages).—1031-1033, famine atroce.—1035, famine, épidémie.—1045-1046, famine en France et en Allemagne.—1053-1058, famine et mortalité pendant cinq ans.—1059, famine de sept ans, mortalité.

262: Glaber, I, V, c. I. «On vit bientôt aussi les peuples d'Aquitaine et toutes les provinces des Gaules, à leur exemple, cédant à la crainte ou à l'amour du Seigneur, adopter successivement une mesure qui leur était inspirée par la grâce divine. On ordonna que, depuis le mercredi soir jusqu'au matin du lundi suivant, personne n'eût la témérité de rien enlever par la violence, ou de satisfaire quelque vengeance particulière, ou même d'exiger caution; que celui qui oserait violer ce décret public payerait cet attentat de sa vie, ou serait banni de son pays et de la société des chrétiens. Tout le monde convient aussi de donner à cette loi le nom de treugue (trêve) de Dieu

263: Guillaume de Jumiéges.