Les bourreaux, déshabillèrent Huss et lui attachèrent les mains derrière le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au menton. Le chef impérial s'approcha alors de Huss et lui annonça qu'il serait pardonné s'il se rétractait.
«Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.»
Les bourreaux allumèrent alors le bûcher, et Huss se mit à chanter la prière: «Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi.»
Le feu monta, très haut, et bientôt Huss se tut.
C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrétiens, défendaient leur croyance.
N'est-il pas évident que ce n'était pas une religion, mais la superstition la plus grossière?
3
Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en vertu d'une fausse croyance.
PASCAL.
VI.—En quoi consiste la vraie religion?
1
«Ne vous faites point appeler maître; car vous n'avez qu'un maître—le Christ; et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre votre père; car vous n'avez qu'un seul Père, Celui qui est dans les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez qu'un seul Docteur—le Christ.» MATTH., XXIII, 8-10.
C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il savait que, de même qu'en son temps il y avait des gens qui prêchaient une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait et disait qu'il ne fallait pas écouter ceux qui s'intitulaient maîtres parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui est révélée à tous et qui vit dans le cœur de chaque homme.
Cette doctrine consiste à aimer Dieu, comme le suprême bien et la suprême vérité, à aimer son prochain comme soi-même et à faire aux autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent.
2
La religion ne consiste pas à savoir ce qui a été et ce qui sera, ni même ce qui est actuellement, mais elle consiste à savoir ce que chaque homme doit faire.
3
«Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre loi, laisse-là ton offrande devant l'autel, et va-t-en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après cela viens, et présente ton offrande».
MATT., V. 23.
Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans l'offrande, mais dans l'union des hommes.
4
La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre comme des chrétiens ne la comprennent pas.
Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au faux christianisme.
5
Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul bonheur pour les hommes,—c'est notre amour des uns pour les autres; Il nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant les autres, et non pas nous-mêmes.
6
Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.
D'après SKOWORODA.
7
On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le cœur de chaque homme connaît.
8
Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée—rapprochement continu vers la perfection—mais comme une règle conformément à laquelle le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste), ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien, attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.
9
L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres si complexes, former la réunion des élus, des justes?
Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle, c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle.
VII—La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus.
1
Voyez le mécontentement profond de la forme actuelle du christianisme, qui se répand dans la société et s'exprime par le murmure, parfois, par l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avènement du Royaume de Dieu. Et il approche.
Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus, prend la place de celui qui porte ce nom.
CHANNING.
2
Depuis Moïse à Jésus, il s'est opéré chez les individus et les peuples un grand développement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont abandonnées, de nouvelles vérités ont pénétré dans la conscience de l'humanité. Un seul homme ne peut être aussi grand que l'humanité. Si un grand homme est tellement en avance sur ses frères qu'ils ne le comprennent pas,—il arrive un temps où ils le rejoignent d'abord, puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, à leur tour, incompréhensibles pour ceux qui se trouvent à l'endroit où était l'ancien grand homme. Chaque grand génie religieux explique de plus en plus les vérités de la religion et contribue ainsi à l'union, de plus en plus grande, des hommes.
PARKER.
4
Chaque homme séparément, de même que toute l'humanité dans son ensemble doit se transformer, passer de l'état inférieur à l'état supérieur, sans s'arrêter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-même. Tout état est la conséquence de l'état précédent. La croissance s'effectue continuellement et imperceptiblement et, pareille à la croissance de l'embryon, elle a lieu de façon à ce que rien ne détruit le but des situations successives de ce développement continu. Mais s'il est donné à l'homme et à tout le genre humain de se transformer, cette transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit s'effectuer dans le travail et les souffrances.
Avant de se parer de grandeur, avant d'apparaître à la lumière, on doit se mouvoir dans les ténèbres, supporter les persécutions, sacrifier son corps pour sauver son âme; il faut mourir pour ressusciter à la vie plus puissante, plus parfaite. Et après dix-huit siècles, ayant accompli un des cycles de son développement, l'humanité tend de nouveau à se transformer. Les anciens systèmes, les anciennes sociétés, tout ce qui composait l'ancien monde s'écroule déjà, et les peuples vivent maintenant au milieu de décombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est pourquoi on ne doit pas perdre courage à la vue de ces ruines, de ces morts qui se sont déjà accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche.
LAMENNAIS.
La superstition de la science se révèle par la croyance en ce fait que le vrai savoir nécessaire à la vie de tous les hommes est contenu dans les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimité du savoir qui, à un moment donné, ont attiré l'attention d'un petit nombre d'hommes, de ceux-là même qui se sont affranchis du travail indispensable à la vie et qui mènent, par suite, une vie déraisonnable et dépravée.
I.—En quoi consiste la superstition de la science.
1
Quand les hommes acceptent comme vérité incontestable ce que les autres leur présentent pour telle et qu'ils ne la vérifient point, ils tombent dans la susperstition. Telle est, à notre époque, la superstition de la science.
2
De même qu'il existe des hérésies pour religion, il y a une hérésie pour la science. Cette hérésie est dans la reconnaissance comme science unique et véritable de tout ce qui est considéré comme tel par les gens qui se sont, à un certain moment, arrogé le droit de déterminer la vraie science. Et aussitôt qu'on considère comme science non pas ce qui est nécessaire à tous les hommes, mais ce qui est déterminé par les gens qui, à un certain moment se voit arrogé le droit de définir ce qu'est la science, il est forcé que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est produit dans notre monde.
3
La science occupe à notre époque exactement la même place que celle qu'occupait la prêtrise il y a quelques siècles.
Les mêmes bonzes attitrés: les professeurs; les mêmes castes dans la science; académies, universités, congrès. La même confiance et le manque de critique de la part des croyants, les mêmes différends, et les mêmes discussions. Les mêmes paroles incompréhensibles, la même présomption.
—Inutile de discuter avec lui: il nie la révélation.
—Inutile de discuter avec lui: il nie la science.
4
Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi d'expressions et de termes peu clairs. C'est précisément ce que font les pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des idées incertaines des mots inexistants.
5
La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs dogmes en un langage emphatique qui apparaît aux non-initiés comme mystérieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent peu compréhensibles non seulement pour les autres, mais pour les raisonneurs eux-mêmes, et cela au même degré que les discours des professionnels de la foi. Le savant pédant, en se servant de termes latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples tout aussi incompréhensibles que le sont les prières latines des prêtres catholiques pour les paroissiens illettrés. Le mystère n'est pas un signe de sagesse et de science. Plus un homme est véritablement éclairé, plus le langage dont il exprime ses pensées est simple.
II—La science sert à justifier l'organisation de la vie sociale.
1
Il semblerait que pour reconnaître l'importance des occupations qu'on qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilité. Mais les servants de la science affirment ordinairement que dès l'instant qu'ils s'occupent de certains sujets, ces occupations seront sûrement utiles un jour.
2
Le but légitimement poursuivi par la science est la connaissance des vérités servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la jurisprudence, l'économie politique et, surtout, la philosophie et la théologie.
3
La science contient les mêmes mensonges que la religion et elles partent du même point: le désir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement, ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer à modifier leur genre de vie afin d'améliorer leur situation. Au lieu de cela, apparaissent toutes sortes de sciences: financière, théologique, pénale, policière, l'économie politique, l'histoire, et la plus à la mode: la sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que les savants ont découvertes et formulées. Ce mensonge est tellement déraisonnable et contraire à la conscience, que les hommes ne l'auraient jamais accepté, si la conscience n'avait pas encouragé leurs faiblesses.
4
Nous avons organisé notre vie contrairement à la nature morale et physique de l'homme, et nous sommes persuadés,—uniquement parce que tout le monde le pense—que c'est là précisément la vraie vie. Nous sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous débarrasse pas de nos misères, mais ne fait que les accroître. Cependant, nous ne nous décidons pas à soumettre tout cela au contrôle de la raison parce que nous pensons que l'humanité, qui a toujours reconnu la nécessité du régime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour base, ne peut pas vivre en dehors de lui.
Si un poussin dans sa coquille avait été doué de la raison d'un homme et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre époque, il n'aurait jamais brisé la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la vie.
5
La science est devenue maintenant une distributrice de diplômes donnant le droit de profiter du travail d'autrui.
6
Le phraséologie méthodique des écoles supérieures a le plus souvent pour but d'éviter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux paroles un sens équivoque parce que le «je ne sais pas» commode et pour la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos académies.
KANT.
7
Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la sagesse s'achète et se vend, l'acheteur et le vendeur sont également trompés. Le Christ a chassé les marchands du temple; ils auraient dû être chassés de même du temple de la science.
8
Ne considère pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme une vache pour t'en nourrir.
III.—Conséquences nuisibles de la superstition de la science.
1
Il est dangereux de propager l'idée que notre vie est le résultat des forces matérielles et qu'elle dépend d'elles. Mais, lorsque cette idée fausse s'appelle science, et qu'elle est présentée comme la sainte sagesse de l'humanité, le tort causé par elle est effrayant.
2
Le développement de la science ne contribue pas à la purification des mœurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le développement des sciences contribuait à la dépravation des mœurs. Si nous pensons à présent le contraire, cela vient de ce que nous confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir suprême. La science, dans son sens abstrait, la science, en général, doit être respectée; mais la science actuelle, ce que les insensés appellent science, ne peut-être que ridiculisé et méprisé.
J.-J.-ROUSSEAU
3
L'unique explication de la vie insensée, contraire à la conscience des meilleurs hommes de tous les temps, que mènent les gens de notre époque, se trouve dans le fait que les jeunes générations étudient des matières innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pensé de cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont résolue. Non seulement les jeunes générations n'en sont pas instruites, mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mêmes. Tout l'édifice de notre vie sociale repose sur des bulles gonflées d'air et non sur de la pierre.
4
Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un composé d'inventions des gens riches, nécessaire pour occuper leur oisiveté.
5
Nous vivons dans un siècle de philosophie, de sciences et de raison. Il semble que toutes les sciences se soient réunies pour éclairer notre route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothèques sont ouvertes à tous et partout, des lycées, des écoles, des universités nous donnent depuis l'enfance la possibilité de profiter du savoir des hommes qui s'est accumulé pendant des milliers d'années. Il semblerait que tout contribue à la formation de notre intelligence et au consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie? Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimitié, la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte religieuse prouve qu'elle a trouvé la vérité. Chaque écrivain sait seul en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de corps, l'autre—qu'il n'y a pas d'âme, le troisième—qu'il n'y a aucune connexion entre l'âme et le corps, le quatrième—que l'homme est un animal, le cinquième—que Dieu n'est qu'un miroir.
ROUSSEAU.
6
N'étant pas capable de tout pénétrer et ne sachant pas sans l'aide de la religion ce qu'on doit étudier, la science d'aujourd'hui ne s'occupe que de ce qui est agréable aux savants qui mènent une vie irrégulière. Et leur agrément est de profiter du régime existant, afin de satisfaire leur oisive curiosité qui ne demande pas de grands efforts intellectuels.
IV.—La quantité de matières à étudier est innombrable, tandis que les capacités du savoir de l'homme sont limitées.
1
Un savant persan dit: «Lorsque j'étais jeune, je me suis dit: je veux connaître toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jeté un coup d'œil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperçu que ma vie a passé et que je ne sais rien.»
2
Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des choses dignes d'étonnement; mais le résultat le plus important de leurs études est, sans doute, celui qu'ils nous ont révélé l'abîme de notre ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais se représenter toute l'immensité de cet abîme. Si l'on réfléchi à cela, on peut arriver à une grande transformation dans la détermination des buts finals de l'activité de notre raison.
KANT.
3
«Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils—sur ces fils des petits organismes; mais plus loin—il n'y a plus rien.» Quelle présomption!
«Les corps complexes sont composés d'éléments et les éléments sont indécomposables.» Quelle présomption!
PASCAL.
4
Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumière, de nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans la nature, toutes les choses sont si étroitement liées entre elles qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir étudié l'autre. On ne peut comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons la vie de notre corps que lorsque nous aurons étudiés tout ce qu'il lui faut: et pour cela, il est indispensable d'étudier tout l'univers. Mais l'univers est infini et sa compréhension est inaccessible à l'homme. Par conséquent, nous ne pouvons nous expliquer entièrement la vie de notre corps.
PASCAL.
5
Les sciences expérimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mêmes, en les étudiant sans aucun but philosophique, ressemblent à un visage sans yeux. Elles représentent une des occupations qui convient aux capacités moyennes, privées de dons suprêmes qui ne feraient qu'entraver leurs recherches minutieuses. Les gens doués de ces capacités moyennes concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ d'études limité, où ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances aussi complètes que possible, mais à condition d'être complètement ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent être comparés aux ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisièmes les chaînes.
SCHOPENHAUER.
6
Ce n'est pas la quantité des connaissances qui importe, mais leurs qualités. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus nécessaire.
7
Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes premières dont sont sortis les corps célestes. Est-ce possible, disait-il, que les gens croient avoir pénétré tout ce qu'il importe à l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu à l'homme?
Il s'étonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pénétrer ces mystères. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en parler ne sont pas d'accord dans leurs principes même, et lorsqu'on les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait, quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est réellement dangereux.
XÉNOPHON.
8
La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps libre qui peut lui être consacré.—Indépendamment du nombres de questions que tu pourrais résoudre, tu devras, néanmoins, te tourmenter d'une quantité de questions, qui doivent être examinées et résolues. Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir une liberté entière au travail de la raison. Dois-je dépenser ma vie en vaines paroles? Il arrive fréquemment, néanmoins, que les savants pensent plus aux paroles qu'à la vie. Remarque quel mal produit la philosophie outrée et combien elle peut être dangereuse pour la vérité.
SÉNÈQUE.
V.—La quantité des connaissances est innombrable. C'est à la vraie science de choisir les plus importantes et les plus nécessaires.
1
Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout connaître; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir ce que l'on ignore.
2
La capacité de l'esprit à absorber des connaissances, n'est pas illimitée. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave insurmontable pour savoir ce qui est réellement nécessaire.
3
La raison se fortifie par l'étude de ce qui est nécessaire à l'homme, et elle s'affaiblit par l'étude de ce qui est insignifiant et inutile; ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture fraîche, ou s'affaiblit par l'air vicié et la nourriture corrompue.
JOHN RUSKIN.
4
A notre époque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'être étudiées. Bientôt nos capacités seront trop limitées et la vie sera trop courte, pour que nous puissions assimiler même la partie la plus utile de ces connaissances. Nous avons à notre service une grande abondance de ces trésors intellectuels, et nous sommes obligés, après y avoir puisé, de rejeter bien des choses comme du bric-à-brac inutile. Il serait plus simple de ne jamais nous en embarrasser.
KANT.
5
Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait très peu.
6
La chose la plus ordinaire à notre époque est de voir des gens qui se considèrent comme savants et éclairés, qui connaissent, en effet, une quantité innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la plus grossière, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et, d'autre part, il n'est pas moins fréquent de rencontrer parmi des gens presque illettrés, et même complètement illettrés, qui ignorent tout du tableau chimique, des parallaxes, des propriétés du radium, et qui sont pourtant des gens très éclairés, connaissant le sens de la vie, sans se montrer plus fiers pour cela.
7
Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait dans le monde; par conséquent, leurs jugements sur bien des choses sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects; l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura étudié toutes les sciences, et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes, qu'elles ne donnent aucune possibilité de comprendre le monde, et cet homme se persuadera qu'en réalité, les savants ne savent absolument rien de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui ont acquis quelques éléments de diverses sciences et qui s'en montrent très fiers. Ils se sont éloignés de l'ignorance naturelle, mais n'ont pas eu le temps d'arriver à la vraie sagesse des savants, qui ont compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes têtes, troublent le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et, naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les masses populaires les méprisent, voyant bien leur inutilité; quant à eux, ils méprisent le peuple, le croyant ignorant.
PASCAL.
8
Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une idée fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connaître.
9
Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages.
LAO-TSEU.
10
Les hiboux voient dans l'obscurité, mais deviennent aveugles à la clarté du soleil. Il en est de même des savants. Ils connaissent quantité de futilités scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien savoir de ce qui est le plus nécessaire dans la vie: comment l'homme doit vivre sur la terre.
11
Le sage Socrate disait que la bêtise ne provient, pas de peu de science, mais de ce qu'on ne se connaît pas soi-même, et qu'on croit connaître tout ce que l'on ignore. Il appelait cela bêtise et ignorance.
12
Quand l'homme connaît toutes les sciences et parle toutes les langues, mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins instruit que la vieille femme illettrée qui croit à son Seigneur le sauveur, c'est-à-dire en Dieu, selon la volonté duquel elle reconnaît qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle est plus instruite que le savant, parce qu'elle possède la réponse à la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre; tandis que le savant, tout en possédant des réponses ingénieuses à toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas de réponse à la question principale de tout homme de raison: pourquoi je vis et que dois-je faire?
13
Les gens qui croient que la science est l'œuvre principale de la vie, sont pareils aux papillons attirés par la clarté de la bougie: ils périsssent eux-mêmes et obscurcissent la lumière.
VI.—En quoi consiste le sens et le but de la vraie science.
1
Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres; l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intéresse actuellement les hommes; l'homme éclairé est celui qui sait pourquoi il vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'être savant, ni d'être instruit tâche de devenir un homme éclairé.
2
Si dans la vie réelle l'illusion défigure la réalité pour un instant seulement, dans la région abstraite, l'erreur peut dominer pendant des milliers d'années, peut peser de son joug sur des peuples entiers, étouffer les élans les plus nobles de l'humanité, et, à l'aide de ses esclaves qu'elle a trompés, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de tous les temps ont mené un combat inégal, et l'humanité n'a gagné que ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la vérité même là où l'on en attend aucun profit parce que l'utilité peut en apparaître là où elle n'avait pas été prévue, il faut ajouter encore qu'on doit rechercher et supprimer avec le même zèle toute erreur, là même où elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs peut facilement apparaître un jour, là où on ne s'y attendait pas, toute erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a d'autant moins d'erreur honorable et sacrée.
Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces à la noble et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si avant la venue de la vérité, l'erreur continuera quand même à faire son œuvre, elle n'évincera pas jusqu'au bout la vérité conquise et clairement exprimée, pour prendre librement sa place vacante, pas plus que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et n'empêcheront le soleil de réapparaître radieux à son lever. Telle est la puissance de la vérité; sa victoire est difficile et pénible, mais une fois gagnée, elle ne peut pas être reprise.
SCHOPENHAUER.
3
Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des sages qui leur ont enseigné ce qui était le plus nécessaire de savoir: quelle est la destination et, par conséquent, le vrai bonheur de chaque homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connaît cette science peut juger de l'importance de toutes les autres.
Les objets d'études sont innombrables; aussi, l'ignorance de la mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans cette quantité infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en effet, un amusement vain et nuisible.
4
Tous les hommes qui s'adressent à la science de notre époque, non pour satisfaire une vaine curiosité, non pour jouer un rôle dans la science, écrire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui poser des questions directes, simples, vitales, s'aperçoivent que tout en répondant à des milliers de questions très ingénieuses et complexes, elle est impuissante à répondre à la seule question qui intéresse tout homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?
5
On peut étudier les sciences inutiles à la vie spirituelle, telles que l'astronomie, les mathématiques, la physique, de même que jouir de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous empêchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils entravent la véritable œuvre de la vie.
6
Socrate démontrait à ses élèves qu'une instruction bien organisée commande de parvenir dans chaque science à une certaine limite qu'on ne doit pas franchir. Il suffit de connaître assez de géométrie, disait-il, pour être, à l'occasion en état de mesurer régulièrement une bande de terre que l'on achète ou que l'on rend, pour diviser un héritage ou pour savoir répartir le travail aux ouvriers. «C'est si facile, disait-il, qu'avec un peu de bonne volonté on ne s'arrêtera plus devant aucun calcul, quand bien même il faudrait mesurer toute la terre. Mais il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficultés de cette science, et, bien qu'il les connût, il disait, qu'elles pouvaient occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles, tandis qu'elles ne servaient à rien. Il trouvait bien que l'on connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'après de menus indices reconnaître les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons de l'année, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle est accessible à chaque chasseur, à tout navigateur et, en général, à tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on voulait arriver à étudier les différentes orbites parcourues par les astres célestes, calculer la dimension des planètes et des étoiles, leur éloignement de la terre, leurs mouvements et modifications,—il blâmait les gens, car il ne voyait aucune utilité à ces occupations. Il en avait une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait étudié ces sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dépense à des études superflues, le temps et les forces qui pourraient être employés à la chose la plus nécessaire à l'homme: à son perfectionnement moral.»
XÉNOPHON.
VII.—De la lecture des livres.
1
Fais attention que la lecture de nombreux écrivains, de livres de tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit alimenter son esprit que par la lecture d'écrivains dont la valeur est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le déshabitue du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer à des œuvres d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes.
SÉNÈQUE.
2
Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le temps de les lire.
THOREAU.
3
Il est préférable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup et de croire à tout ce qui y est dit. On peut être intelligent sans lire un seul livre, tandis qu'en croyant à tout ce qui est écrit dans les livres, on devient forcément sot.
4
Dans la fabrication des livres se répète le même fait que dans la vie. La plupart des gens s'égarent sottement. C'est pour cela que tant de mauvais livres, tant de relent littéraire s'accumulent parmi la bonne graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur attention à la lecture de ces livres.
Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Car neuf dixièmes de tous les livres ne s'impriment que pour prendre l'argent des autres.
C'est pourquoi il est préférable de ne pas lire du tout les livres dont on parle et dont on écrit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout à lire et à connaître les meilleurs écrivains de tous les siècles, et de tous les peuples. Ce sont ces livres là qu'on doit lire en premier lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces écrivains nous instruisent et contribuent à notre éducation.
Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne réussirons jamais à lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison moral qui ne fait que griser.
D'après SCHOPENHAUER.
5
Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un moyen pour s'en débarrasser: la vérité. Or, nous apprenons la vérité tant par nous-mêmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont vécu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut chercher soi-même la vérité, tout en profitant des indications qui sont venues jusqu'à nous des anciens sages et des saints.
6
L'un des moyens les plus puissants de connaître la vérité qui libère des superstitions, consiste à apprendre tout ce que l'humanité a fait dans le passé pour connaître et exprimer la vérité commune à tous les hommes.
VIII.—De la pensée indépendante.
1
Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de l'humanité a élaboré, mais il doit en même temps contrôler par sa propre raison les données élaborées par toute l'humanité.
2
Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts de la pensée et non par la mémoire.
Nous commençons à savoir réellement lorsque nous nous arrivons à oublier complètement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas à une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je considérerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connaître un objet, je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi.
THOREAU.
3
Nous attendons du professeur qu'il fasse de son élève un homme raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin.
Ce procédé présente cet avantage que si l'élève n'atteint jamais le dernier degré, comme cela a, en effet, généralement lieu dans la réalité; il gagnera néanmoins à s'instruire et aura plus d'expérience et de sagesse dans la vie.
Mais si l'on retourne ce procédé à l'envers, alors les élèves saisissent quelque chose qui ressemble à la raison avant d'avoir acquis la faculté de raisonner et emportent de l'enseignement une science empruntée, comme collée à eux et non n'adhérant, sans compter que leurs facultés spirituelles restent tout aussi improductives que par le passé et se trouvent en même temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire. C'est là la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou plutôt des gens instruits) qui manifestent très peu de raisonnement, et c'est pourquoi il sort des académies plus d'idiots que de n'importe quelle autre classe sociale.
KANT.
4
Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une supériorité mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction. L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrés de l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit naturel, bien qu'elle possède l'avantage de la connaissance des événements et des faits (science historique), de la définition des causes (sciences naturelles)—le tout en une revue facile et régulière; mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie du sens réel de tous ces événements, faits et causes. L'homme non instruit, mais perspicace et prompt à voir les choses, saura se passer de ces richesses. Un incident de sa propre expérience lui apprendra bien plus qu'à un savant qui connaît des milliers de cas, mais qu'il ne comprend pas très bien, parce que le peu de savoir de l'homme non instruit est vécu.
SCHOPENHAUER.
5
J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir raisonner erronement.
MONTAIGNE.
6
Combien de lectures multiples nous aurions pu éviter si nous savions réfléchir avec indépendance.
Est-ce que la lecture et l'étude sont la même chose? Quelqu'un a affirmé, non sans raison, que si l'impression des livres a contribué au développement plus vaste de l'instruction, cela a été au détriment de leur qualité et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pensée. Les plus grands penseurs, rencontrés parmi les savants que j'ai étudiés, étaient précisément les moins érudits.
Si l'on avait enseigné aux hommes comment ils doivent penser, et non pas à quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu être évité.
LICHTENBERG.
Les péchés, les tentations, les superstitions arrêtent, voilent à l'homme son âme. Pour se révéler à soi-même son âme, l'homme doit faire des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que consiste l'œuvre principale de la vie de l'homme.
I.—La libération des péchés, des tentations et des superstitions est dans l'effort.
1
L'abnégation libère les hommes des péchés, l'humilité—des tentations, la véracité—des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer aux désirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et contrôler par la raison les superstitions qui le désorientent, il doit faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet à l'homme de se libérer des péchés, des tentations et des superstitions qui le privent de bonheur.
2
Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes peuvent vaincre en eux les péchés, les superstitions et les tentations qui retardent l'approche du Royaume de Dieu.
3
Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans ce rapprochement, la vie serait une absurdité et un mensonge. Et nous ne pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.
JOSEPH MAZZINI.
4
Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'œuvre de la vie, et on ne peut devenir meilleur que par l'effort.
Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il faut savoir également que dans l'œuvre principale de la vie, dans la vie spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.
5
La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un nœud avec un attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force est dans le pouvoir sur soi-même.
6
Ne dis jamais d'une bonne action: «Ce n'est pas la peine de se donner du mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais;» ou bien: «C'est si facile que je n'ai qu'à vouloir pour le faire.» Ne pense pas et ne parle pas ainsi: même si le but visé n'est pas atteint, ou si ce but est insignifiant, chaque effort fortifie l'âme.
7
Les gens pensent souvent que pour être un vrai chrétien, il faut accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrétien n'a pas besoin d'œuvres spéciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un effort d'esprit perpétuel qui le libère des péchés, des tentations et des superstitions.
8
Les mauvaises actions—celles qui causent nos malheurs,—s'accomplissent facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au prix d'un effort.
Sagesse bouddhiste.
9
Si l'homme prend pour règle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas longtemps à vouloir faire ce qu'il fait. La vraie œuvre n'est jamais que celle à laquelle on doit travailler pour l'accomplir.
10
La route vers la connaissance du bien n'a jamais été tracée sur un gazon soyeux jonchée de fleurs; l'homme a toujours dû escalader des rochers dénudés.
JOHN RUSKIN.
11
On ne cherche jamais la vérité avec joie, mais avec émotion et inquiétude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouvé la vérité et appris à l'aimer, tu périras. Mais, diras-tu, si la vérité voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait révélée à moi-même. Aussi se révèle-t-elle à toi, mais tu n'y prêtes pas attention. Cherche donc la vérité,—elle le veut.
PASCAL.
II.—La vie pour l'âme exige des efforts.
1
Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme.
2
La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit réprimer les désirs du corps.
3
La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la vie spirituelle.
4
Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure, spirituelle.
5
La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta chair prend le dessus.
6
Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible, n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne pas faire; pourtant tout autre travail,—en dehors du travail intérieur, celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,—tout autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.
7
Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.
8
Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule donne toujours la joie.
9
Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme, et il te poussera des ailes.
D'après ANGÉLUS.
III.—Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par des efforts de conscience.
1
«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie de l'homme est dans ce rapprochement.
2
Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le raisonnement sage et l'effort continu et patient.
CHANNING.
3
Lessing disait que ce n'est pas la vérité qui donne la joie à l'homme, mais l'effort qu'il fait pour la connaître, Il en est de même de la vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche d'elle.
4
Les paroles suivantes étaient gravées sur la baignoire du Roi Tching-Tchang: «Renouvelle-toi tous les jours complètement; fais-le à nouveau et encore à nouveau.»
Sagesse chinoise.
5
Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent, mais qu'ils n'y réussissent pas, ils ne doivent pas se désespérer ni s'arrêter; si les gens n'interrogent pas les personnes éclairées sur les choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas plus avancés, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne raisonnent pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en quoi consiste le bien, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer toutes leurs forces, ils ne doivent pas désespérer: ils feront en dix fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois ce que d'autres auraient fait en cent fois.
Celui qui suivra réellement cette règle de la continuité de l'effort deviendra, si ignorant qu'il soit, sûrement fort, et, si vicieux qu'il soit, il deviendra sûrement vertueux.
Sagesse chinoise.
6
Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitué à le faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque l'homme fait un effort pour être bon.
7
Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau s'appliquer, on ne parviendra jamais à la perfection. Ton œuvre n'est pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus.
8
Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit toujours être bon pour tous, hommes et animaux. Et pour être bon, il faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches.
Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientôt à être bon pour tous les hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues à la bonté, tu auras toujours la joie au cœur.
9
La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires, mais par son effort de chaque jour.
PASCAL.
IV.—Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que sur ses propres forces.
1
Combien il est erroné de demander à Dieu, ou même aux hommes, de me délivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation où il se trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience pour se libérer des péchés, des tentations et des superstitions. La situation de l'homme changera et s'améliorera seulement en tant qu'il se sera libéré des péchés, dés tentations et des superstitions.
2
Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut et le bonheur ailleurs que dans son effort.
3
Il faut se débarrasser de l'idée que le Ciel peut corriger nos erreurs. Si vous préparez négligemment quelque plat, vous n'espérez pas que la Providence le rendra bon; de même, si pendant une série d'années de folie, vous avez mal dirigé votre vie, vous ne devez pas espérer que l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.
JOHN RUSKIN.
4
Tu possèdes la connaissance de ce qui est la perfection suprême. En toi également sont les obstacles qui t'empêchent d'y arriver. Ta situation est précisément celle qui t'engage à travailler pour te rapprocher de la perfection.
CARLYLE.
5
C'est toi qui pèches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis le péché, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es méchant ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.
DJAMAPADA.
6
Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent: nous sommes nés égoïstes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas être autres. Non, nous le pouvons. La première chose, c'est de sentir dans son cœur ce que nous sommes et ce que nous devons être, et la seconde est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions être.
SOLTER.
7
L'homme doit développer ses germes de bien. La Providence ne les a pas semés entièrement levés dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se rendre meilleur, cultiver soi-même—voilà l'œuvre principale de la vie de l'homme.
KANT.
V.—Il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la vie sociale: l'effort de chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne.
1
Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est-à-dire de la vie bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une vie morale.
2
Si tu vois que l'organisation de la société est mauvaise et que tu veux l'améliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-même.
3
On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie, supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs, arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le bateau ne se mettent pas à ramer parce qu'ils pensent que le bateau continuera à avancer comme il l'a fait jusque-là.
4
«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant du mal de la vie humaine. «Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il refuse à y participer, cela avançera-t-il l'œuvre du bien commun? La transformation de la vie sociale s'opère grâce aux efforts de toute la société et non pas à ceux des individus isolés.»
Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle, mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l'approche du royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le réaliser.
«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez, et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque cherche, trouve; et l'on ouvre à celui qui frappe.»
MATTH., VII, 7-8.
5
Notre vie est malheureuse. Pourquoi?
Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont eux-mêmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise, il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela? Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender lui-même. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remédier à cela ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas corriger les autres, mais se corriger lui-même, toute la vie deviendra immédiatement meilleure.
C'est donc que la mauvaise vie dépend de nous, et cela dépend également, de nous qu'elle devienne bonne.
VI.—L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur.
1
L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de même que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on n'éprouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie d'être conscient de la vie.
2
La récompense de la vertu est dans l'effort même de faire une bonne action.
CICÉRON.
3
N'attends pas non seulement un succès rapide, mais même un succès perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de tes efforts, parce que tu t'es avancé 'tout autant que s'est avancée la perfection à laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par lui-même le bonheur.
4
Dieu a donné aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas donné à l'homme. L'homme doit se procurer lui-même tout ce qui lui est nécessaire. La sagesse supérieure de l'homme n'est pas née avec lui; il doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pénible, plus la récompense est grande.
Tablettes des Babides [1].
5
Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour se débarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.
L'effort est nécessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et tu feras le bien, parce que l'âme humaine aime le bien, et elle le fait, si elle est exempte de mal.
6
Vous êtes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de raisonnements mensongers voulant prouver que la destinée ou les lois de la nature sont maîtresses de tout, ne seront jamais en état de faire taire les deux témoins incorruptibles de la liberté: les reproches de la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu'à Christ, et depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de siècle en siècle, meurent pour la vérité, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: «Nous aussi, nous avons aimé la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre cœur semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous avons préféré la mort.»
Depuis Caïn et jusqu'à l'homme le plus profondément misérable de notre époque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de leur âme la voix du blâme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas de repos, qui leur répète éternellement: Pourquoi avez-vous abandonné le chemin de la vérité? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous êtes des hommes libres et il était dans votre pouvoir de moisir dans les péchés ou de vous en libérer.
MAZZINI.