[70] La via del Banchi était alors la principale rue de Rome et partant la plus fréquentée par les courtisanes. Il en a déjà été question au premier Dialogue, page 26.
[71] Se amor non è, che dunque è quel ch'io sento? Pétrarque, sonnet 102, 1er vers un peu estropié. En voici le véritable texte: S'amor non, che dunque è quel ch'i'sento?
[72] Baco baco. Le Dictionnaire d'Antoine Oudin dit: «Far baco baco, faire peur aux petits enfants.» Ce n'est évidemment pas le sens qu'a ici cette expression, elle signifie à peu près faire cache-cache. Baco signifie ver, et far baco baco signifie faire comme le ver qui caché dans son trou sort la tête et la rentre brusquement si quelque chose l'effraye. On comprend comment, en faisant baco baco, c'est-à-dire en se cachant comme le ver et en apparaissant brusquement en criant coucou, on puisse faire peur aux enfants. Mais traduire far baco baco comme il est dit dans le dictionnaire d'Oudin, c'est proprement expliquer fumer la pipe par déplaire aux dames dans un wagon de chemin de fer.
[73] Le caméléon, avait écrit Léonard de Vinci, vit d'air et se concilie tous les oiseaux, et pour être plus en sécurité vole au-dessus du nuage, dans une zone si subtile que les oiseaux qui l'ont suivi ne peuvent s'y soutenir.
A cette hauteur ne va que celui à qui le ciel a permis comme vole le caméléon.
Le caméléon prend toujours la couleur de la chose où il se pose. Parfois il se confond avec le feuillage et ainsi les éléphants le dévorent.—Léonard de Vinci, Textes choisis; Péladan trad. (Société du Mercure de France), 1907, p. 258.
Ces croyances fabuleuses touchant le caméléon ont été admises pendant très longtemps.
[74] Les laines françaises étaient réputées de première qualité.
[75] Promettendomi Roma e Toma, locution impossible à traduire littéralement.
[76] Legato signifie lié et légat.
[77] Premier vers de la Divine Comédie.
[78] Façon de jurer.
[79] Décaméron, VIIe nouvelle, 1re partie.
[80] Une heure ou deux heures du matin.
[81] C'est-à-dire: elles mendient.
[82] Dix heures du soir.
[83] Dans le Morgante maggiore.
[84] L'École de chant.
[85] Les menstrues.
[86] Allusion à Ser Ciapelletto, Messire Chapelet, de la première Nouvelle du Décaméron. Boccace nous apprend qu'il s'agissait de Ser Ciaperello da Prato. En français, le nom de ce Lombard était devenu Maître Chapelet Duprat. Ce fut le conseiller et le banquier de Philippe le Bel, Musciatto Franzeci di Fligine, dit Mouche, comme son frère Biccio était appelé Biche, qui fit venir en France Maître Chapelet.
[87] Castruccio Castracani degli Antelminelli, souverain de Lucques, né vers 1280, mort excommunié le 3 septembre 1328. Fameux homme de guerre et aventurier. Machiavel a écrit sa vie.
[88] Héroïne d'un poème de chevalerie populaire à cette époque. La reine Ancroia est la sœur du roi Mambrin, que Renaud a tué de sa main. Elle est invincible et réduirait complètement la France et Charlemagne si Roland n'arrivait à point pour lui livrer une terrible bataille. Il lui propose deux fois de se convertir au christianisme. Mais malgré la subtilité des explications théologiques que lui fournit le neveu de Charlemagne, elle se refuse à comprendre le mystère de l'Immaculée-Conception et celui de la Sainte Trinité. Alors Roland se décide à tuer l'Ancroia, la fière et cruelle reine sarrasine. Dans ses premières années, l'Arétin ne manifesta pas toujours un goût littéraire très sûr. Dans son premier ouvrage il déclare que Dante ne vaut pas plus que Serafino Aquilano:
Più non val Dante o il terso Serafino.
On raconte aussi qu'étant enfant, ayant sous la main Virgile, Pétrarque, d'un côté, et de l'autre la Regina Ancroja et les Amours de Lucien, il prit ceux-ci et laissa ceux-là.
[89] D'après le Zoppino, la Lorenzina était une riche courtisane qui avait d'abord été servante chez un changeur et avait dansé ensuite dans les auberges.
[90] L'Arétin lui-même.
[91] N'ayant plus sa tête à soi.
[92] A onze heures du soir.
[93] On a essayé de rendre ainsi un jeu de mots intraduisible: Maladetta sia la scesa et la salita, maudites soient la descente et la montée. Or scesa signifie à la fois descente et rhume de cerveau, d'après l'opinion des anciens médecins qui pensaient que le catarrhe descend de la tête dans la poitrine.
Ces seize Sonnets sont à queue, colla coda. On appelle ainsi des sonnets auxquels on ajoute une queue d'un ou plusieurs tercets dont le premier vers n'est qu'un simple hémistiche rimant avec le dernier vers du tercet précédent. La queue des Sonnets luxurieux n'est que d'un tercet. Je pense que la mode de cette sorte de sonnets provenait d'Espagne.
Dans les deux premiers vers de la queue de ce sonnet, l'Arétin fait sans doute allusion (à la fin de 1525) à ses récents déboires à la Cour de Rome.
Au dernier vers, l'allusion à la captivité de François Ier, qui dura du 24 février 1525 au 15 mars 1526, nous renseigne sur l'époque à laquelle furent composés ces sonnets. C'est probablement vers la fin de 1525, et peut-être à Mantoue. On est à peu près certain maintenant qu'ils ne furent pas imprimés du vivant de l'Arétin et que l'histoire du scandale qu'ils causèrent à Rome est une fable imaginée de bonne foi par Mazzuchelli.
Il fallait, pour ce sonnet, essayer d'en rendre l'aspect si particulier que lui donne la répétition alternée des deux mots à la fin des vers. On a dû, pour cela, recourir au déplaisant artifice typographique des trois points qu'on pourrait appeler points de discrétion ou d'hypocrisie.
On connaît les Triolets à une vertu, pour s'excuser du peu, de Verlaine:
Fra Mariano dont il est question ici s'appelait Mariano Fetti. Il avait été barbier de Laurent de Médicis, père de Léon X, qui, à cause de ses bouffonneries et de ses joyeux Caprices, en fit le Frate del Piombo, Frère du Plomb ou Plombier des Bulles Apostoliques, à la Chancellerie pontificale. L'Office du Plomb était une sinécure lucrative dont Bramante avait joui avant Fra Mariano. Après la mort de celui-ci, Benvenuto Cellini intrigua pour lui succéder, mais le pape Clément VII lui préféra le peintre Sebastiano Luciani, dit del Piombo, à cause de sa charge. Dans la 2e partie des Ragionamenti, l'Arétin parle des merveilleux jardins que Fra Mariano possédait à Rome sur le Monte Cavallo. Dans son Dialogue des Cours il fait raconter par Pietro Piccardo quelques-uns des caprices du facétieux plombier. Il le montre à la fin d'un festin à la cour pontificale dansant sur la table en jonglant avec des torches allumées. Léon X ne pouvait se passer de Fra Mariano qui fut son bouffon préféré et dont les bouffonneries, qu'on appelait ses caprices, étaient célèbres dans toute l'Italie. Alfonso Pauluzzo ou Pocolucci, ambassadeur, à Rome, du duc de Ferrare, Alphonse d'Este, lui décrit dans une lettre datée du 8 mars 1519 une représentation des Suppositi de l'Arioste, donnée le dimanche précédent au Vatican, en présence de Léon X et d'une nombreuse assemblée. Entre autres détails intéressants, l'Ambassadeur dit que le décor brossé par Raphaël était caché avant la représentation par un rideau «sur lequel était peint Fra Mariano avec quelques diables qui jouaient avec lui de chaque côté de la toile, et puis, au milieu de la toile, il y avait une inscription qui disait: Ce sont là les Caprices de Fra Mariano». Il était très gourmand, et dans la Cortigiana, l'Arétin fait dire au Rosso par un pêcheur qui lui montre quelques lamproies: «Les autres viennent d'être achetées par le majordome de Fra Mariano pour offrir à souper au Moro, à Brandino, au Proto, à Troja et à tous ces gloutons du palais.» Léon X faisait souvent manger à sa table Fra Mariano, dont l'appétit était formidable et qui buvait en proportion. Il inventa les saucisses à la chair de paon et prisait surtout les ortolans, les becfigues, les faisans, les paons et les lamproies. Sa voracité était inimaginable, il ne faisait qu'une bouchée d'un pigeon; durant un seul repas il dévorait vingt chapons et gobait quatre cents œufs. La délicatesse de son goût laissait parfois à désirer: un seigneur put lui faire avaler un bout de vieux câble en guise d'anguille. Une fois même, il mangea tout un froc de moine, en camelot, graisseux et plein de crasse. Il n'était pas le seul, d'ailleurs, qui se livrât à ces excentricités à la cour de Léon X. L'Arétin cite aussi un autre Frère dont la spécialité était de manger des bonnets. De nos jours, un poète de grand mérite, André Salmon, est pris, lorsqu'il a un peu bu en compagnie, de fringales qui le poussent à manger les objets les moins comestibles: boîtes d'allumettes, crayons, journaux, etc. Il a même un goût très particulier pour les chapeaux, commençant toujours par dévorer le sien et passant ensuite à ceux de l'assemblée. Un soir d'été, il venait de se repaître de quelques couvre-chefs, lorsque la vue d'un Anglais qui passait coiffé d'un canotier de paille blanc et noir réveilla soudain son appétit. Il réussit à s'emparer du chapeau truffé et le mordit à belles dents, s'en délectant, tandis que l'Anglais, effrayé, se sauvait en courant par la rue des Trois-Frères.
Bouffon et glouton, Fra Mariano n'était pas moins farceur, et la moindre de ses espiègleries c'était, à table, de renverser les sauces sur les vêtements des convives. Ses traits d'esprit avaient un grand succès; c'est lui qui surnomma Lucques l'Urinal des Guées, parce qu'il y pleut toujours. Léon X avait composé une épitaphe anticipée de son bouffon:
Fra Mariano aurait pu lui-même composer cette épitaphe pour le plaisant pontife, son bienfaiteur, auquel il survécut. Selon l'un des nombreux bruits qui coururent alors, il assista seul à son agonie, et le voyant mourir sans sacrements, il lui cria: «Souvenez-vous de Dieu, Saint-Père!» Cette bouffonnerie n'est pas la moins fantastique de celles auxquelles il se soit livré. Au demeurant, c'était un brave homme de courtisan, plus dévot qu'on ne supposerait, très charitable et plein d'affabilité, et à sa mort il édifia tout le monde. M. Arturo Graf a consacré à Fra Mariano Fetti un important chapitre dans Attraverso il 500 (Turin, 1888).
La robuste commère trouve que son galant, craignant de l'écraser, a là une idée aussi comique que celle du Rosso, auquel une annotation a déjà été consacrée. Pour Marforio, on le connaît assez. On sait que l'Arétin le prit souvent pour interprète, avec Pasquin. C'est à propos de ses pasquinades, dont il est parlé dans l'introduction, que dans une lettre adressée en 1537 à Gian-Jacopo Leonardo, ambassadeur du duc d'Urbin, le Divin racontant un rêve où Apollon le couvrait de couronnes diverses appropriées à ses diverses productions, dit avoir reçu une couronne d'orties pour ses sonnets contre les prêtres.
Au moment du congrès, une vieille entre et menace le couple en criant le premier tercet. L'homme qui a débité les quatrains reste interdit et muet, c'est la fille qui éloigne la vieille en l'injuriant.
On a essayé de donner à ce sonnet le mouvement qu'il a en italien. On espère que les lecteurs le trouveront assez sonore. L'Arétin a été à diverses reprises en relations avec des membres de l'illustre famille des Rangoni. Il y avait à cette époque deux personnages du nom de Ercole ou Hercule Rangone.
L'un d'eux avait été envoyé par sa mère en Lombardie pour apporter des dons et des secours au cardinal Jean de Médicis, prisonnier des Français, en 1512, après la bataille de Ravenne. Le jeune homme s'offrit aussi à l'accompagner en France. Après sa captivité, le cardinal fut accueilli avec beaucoup de considération par les Rangoni, à Modène. Il conduisit avec soi, à Rome, le jeune Ercole, et en 1513, parvenu au pontificat sous le nom de Léon X, il le créa son camérier secret et protonotaire apostolique. Il le nomma cardinal, le 1er juillet 1517. L'Ambassadeur du duc de Ferrare le mentionne dans la lettre citée plus haut à propos de Fra Mariano et dans laquelle il parle de la représentation de Suppositi au Vatican: «Je fus à la comédie dimanche soir et Monseigneur de Rangoni me fit entrer...» En 1519, il fut élu à l'évêché d'Adria et démissionna en 1524. Il était, en 1520, évêque de Modène et régnait par l'entremise d'un vicaire par lequel il fit célébrer en 1521 un synode qui est le premier dont on possède les actes imprimés. Se trouvant à Rome, en 1527, au moment du sac, il suivit Clément VII au castel Saint-Ange et y finit ses jours à 36 ans, le 25 août.
L'autre, Ercole Rangone, qui fut un des correspondants de l'Arétin, était le cousin du fameux Ludovico Rangone et, comme lui, embrassa la carrière militaire. Condottier au service des ducs de Ferrare, lorsqu'en 1529 les Florentins appelèrent Hercule, le fils d'Alphonse d'Esté, en qualité de capitaine général, pour la guerre et la défense de leur liberté contre Clément VII et Charles-Quint, Rangone alla en Toscane en qualité de lieutenant d'Hercule. Bien qu'il se fût distingué par un fait d'armes près de Lari, on vit ensuite qu'il opérait avec mollesse, et cela fut manifeste au siège de Peccioli. Le motif de cette conduite se découvrit lorsque la maison d'Este, qui voulait être neutre dans cette guerre, le rappela. En 1548, il fut désigné pour accompagner en France Anne d'Este, destinée en mariage au duc de Guise. De 1549 à 1552, il fut ambassadeur des ducs d'Este à la cour impériale. Il mourut à Modène le 27 mai 1572. Il avait cultivé la poésie, en latin et en italien, et l'on a de lui une paraphrase des psaumes pénitentiels. Il semble à première vue que c'est ce deuxième Hercule Rangone que l'Arétin a introduit dans son deuxième sonnet luxurieux. Mais rien n'est moins certain. Chorier, qui connaissait les Sonnets, a fait de ce personnage un des interlocuteurs des Dialogues d'Aloysia Sigea. Sans doute, l'Arétin avait-il de bonnes raisons pour en vouloir à Hercule Rangone. Le Sonnet XII est nettement satirique et il ne s'agit pas seulement d'une plaisanterie, comme l'a pensé Alcide Bonneau. En effet, le Divin a consacré au comte Hercule un autre sonnet pour le moins aussi injurieux que le précédent. Il a été publié par M. Francesco Trucchi (Poésie italiane inédite di dugento autori, Praio, 1847, t. III). Voici la traduction de ce sonnet, qu'on n'a jamais songé (et c'est bien étonnant) à rapprocher du douzième sonnet luxurieux:
Il ressort de ces deux sonnets que le comte Hercule aurait épousé Angiola Greca, courtisane d'origine grecque sans doute, et dont il est dit dans le Zoppino: «Angela Greca vint à Rome à l'époque de Léon X; elle avait été dépouillée par certains ruffians, à Lanciano, et pleine de rogne, ils la menèrent au Campo di Fiore dans une taverne; puis elle prit une maisonnette dans le quartier de Calabraga, étant aux mains d'un Espagnol des Alborensis, puis, comme elle était une belle dame fort honnête et ayant de beaux charmes, un camérier de Léon s'en amouracha et la mit en faveur.» Le Zoppino semble donc désigner assez clairement le premier de nos Ercole Rangone, qui fut, en effet, camérier secret de Léon X. Et, dans ce deuxième sonnet, il signor Giovanni s'appliquerait à Jean de Médicis, c'est-à-dire Léon X lui-même, auprès de qui Monseigneur de Rangoni était si en faveur qu'on pouvait bien l'appeler son lieutenant.
Mais alors pourquoi dans les deux sonnets cet appareil guerrier qui s'appliquerait si bien au second Hercule Rangon? Ce personnage semblable à Mars, ce malatestissime soldat (c'est-à-dire sans scrupules comme les Malatesta ou bien pareil à Malatesta de' Medici que l'Arétin cite dans une lettre au marquis de Mantoue, disant qu'il lui envoie quatre peignes d'ébène dont les trois derniers sont très certainement ceux dont Mars se peignait la barbe, et les lui a enlevés de force l'horrible Malatesta de' Medici), ce lâche Hercule Rangon que les valets de soldats auraient honte de garder à leur solde, ne pouvait être qu'un soldat, et en ce cas, il signor Giovanni pourrait bien être Jean des Bandes Noires. En tout cas, le sonnet luxurieux prête au comte Hercule des mœurs contre nature et nous le montre se laissant entièrement dominer par l'Angiola, son épouse. Le sonnet publié par M. Trucchi fait allusion au scandale provoqué par ce mariage auquel la famille des Rangoni se serait opposée. Le comte Ugo était un frère du second Hercule: le militaire Ugo Rangone, qui embrassa l'état ecclésiastique, fut nonce en Allemagne au temps de la diète de Smalcade. Mais on lui retira sa charge de nonce comme incapable de la remplir. Il fut aussi gouverneur de Plaisance et de Parme sous Paul III, gouverneur de Rome, nonce à la cour de Charles-Quint, et mourut à Modène en 1540.
Pour la Lorenzina, on en a déjà parlé plus haut; la Ciabattina, c'est-à-dire la Savetière, était aussi une des plus jolies courtisanes romaines et une de celles dont les faveurs coûtaient le plus.