1: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
2: Lettres particulières au comte de Flahault, ambassadeur à Vienne. (Documents inédits.)
3: M. Thiers ne prononça pas moins de neuf discours pendant la session de 1846. En 1845, il n'en avait prononcé que trois; en 1844, six; en 1842, sept. En 1843, il n'avait pas paru à la tribune. En 1847, il ne devait parler qu'une fois.
4: Revue nationale, t. XV, p. 31.
5: Voir, par exemple, le Journal inédit de M. de Viel-Castel.
6: Lettre du 19 juillet 1835. (Lettres de M. Guizot à sa famille et à ses amis, p. 145.)
7: Mémoires de M. Guizot, t. VI, p. 78.
8: Documents inédits.
9: Lettre du 27 juillet 1853.
10: Cf. plus haut, t. V, ch. IV, § V.
11: Lettre du 26 mars 1846. (The Life of sir Anthony Panizzi, par Louis Fagan.)
12: Louis-Philippe écrivait au maréchal Soult, le 7 octobre 1846: «Le temps ne suffit plus aux exigences de ma position, et surtout au travail des papiers, qui prend sur mes nuits d'une manière qui m'extermine.» Plusieurs de ses lettres sont datées de minuit ou une heure du matin. (Documents inédits.)
13: Documents inédits.
14: Documents inédits.
15: Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 30.
16: Journal inédit du baron de Viel-Castel.
17: Documents inédits.
18: X. Doudan, Mélanges et Lettres, t. II, p. 87.
19: Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 32.
20: Documents inédits.
21: Voir plus haut, t. V, ch. I, § X.
22: Lettre du 5 mai 1843. (Lutèce, p. 326.)
23: Dans la lettre dont nous avons déjà cité un passage, Henri Heine disait: «La maison Rothschild, qui a soumissionné la concession du chemin de fer du Nord et qui l'obtiendra selon toute probabilité, ne constitue pas une véritable société, et chaque participation à son entreprise, que cette maison accorde à un individu quelconque, est une faveur, ou plutôt, pour m'exprimer en termes tout à fait précis, c'est un cadeau d'argent dont M. de Rothschild gratifie ses amis. Les actions éventuelles ou, comme elles sont nommées, les promesses de la maison Rothschild se cotent déjà à plusieurs cents francs au-dessus du pair, en sorte que celui qui demande au baron James de Rothschild de pareilles actions au pair mendie, dans la véritable acception du mot. Mais tout le monde mendie à présent chez lui; il y pleut des lettres où l'on demande la charité, et, comme les mieux huppés se mettent en avant avec leur digne exemple, ce n'est plus une honte de mendier. M. de Rothschild est donc le héros du jour...» (Lutèce, p. 330.) M. Duvergier de Hauranne écrivait peu après: «Si M. de Rothschild a gardé toutes les lettres qui lui furent adressées lors de l'adjudication du chemin de fer du Nord, non seulement par des députés et des fonctionnaires publics, mais par des femmes haut placées dans le monde, il doit avoir un recueil d'autographes tout à fait précieux. Jamais ministre du Roi ne fut sollicité, courtisé à ce point. On eût dit les beaux jours de la rue Quincampoix revenus.» (Notes inédites.)
24: M. Molé, alors président du conseil d'administration de la société formée pour le chemin de fer de l'Est, se crut visé par le vote de la Chambre des députés et en fut fort blessé. «Je leur jetterai au nez tous les chemins de fer passés, présents et futurs», mandait-il à M. de Barante. Et celui-ci écrivait, de son côté, à l'un de ses parents: «Mathieu (M. Molé) m'écrit qu'il traitera l'amendement Crémieux selon son mérite et dira quels sentiments l'ont inspiré, mais qu'en conclusion il laissera là tous les chemins de fer. C'est précisément ce que veulent ces démocrates, qui vont poursuivant les capitaux, la propriété, le bénéfice commercial et industriel, comme ils ont poursuivi toutes les supériorités sociales.» Et il ajoutait, dans une autre lettre: «Voir gagner de l'argent à autrui est un sensible chagrin pour tout bon député.» (Documents inédits.)
25: Voir t. V, ch. III, § II.
26: John Morley, The Life of Richard Cobden, t. I, p. 420 et suiv.
27: Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 30.
28: Rien! Dix-huit années de gouvernement parlementaire, par le comte de Montalivet.
29: Voir t. III, ch. V, § V; t. IV, ch. V, § XII; t. V, ch. I, § X.
30: Voir t. IV, ch. V, § XII.
31: Voir t. V, ch. I, § X.
32: Discours du 28 mai 1846.
33: Citons, parmi les préfets de cette époque: MM. de la Coste, Bocher, de Champlouis, Tourangin, Darcy, de Saint-Marsault, Sers, Roulleaux-Dugage, Pellenc, Chaper, de Villeneuve, Brun, Bonnet, Mallac, Desmousseaux de Givré, Meinadier, Azevedo, Vaïsse, Jayr, Monicault, Morisot, Saladin, Lorois, etc., etc.
34: Lettres du duc d'Orléans, publiées par ses fils, p. 148, 149, 171, 222, 265, 297.
35: Lettres du 18 août et du 9 décembre 1845. (Léon Faucher, Biographie et Correspondance, t. I, p. 163 et 168.)
36: Lettres du 9 décembre 1845 et du 4 février 1846. (Ibid., p. 168 et 171.)
37: Lettre du 17 octobre 1842. (Documents inédits.)
38: Lettre du 28 août 1843. (Documents inédits.)
39: Lettre du 5 septembre 1845. (Documents inédits.)
40: Chroniques parisiennes, p. 277.
41: Discours du 28 mai 1846.
42: Lettre du 27 septembre 1844. (X. Doudan, Mélanges et Lettres, t. II, p. 39.)
43: Journal inédit de M. de Viel-Castel.
44: Ibid.
45: Lettre du 18 août 1844. (Documents inédits.)
46: Article sur M. Jouffroy, Revue des Deux Mondes du 3 août 1844.
47: M. Renan, dans la Revue des Deux Mondes du 1er juillet 1859, p. 201.
48: Lutèce, p. 150.
49: Le Siècle du 11 novembre 1845 montrait, dans cet agiotage, «le symptôme de la contagion morale que le pouvoir s'efforçait d'inoculer à la France, avec une persévérance systématique». M. Thiers, dans la circulaire qu'il avait rédigée pour les élections de 1846 et que ses amis le détournèrent de publier, s'exprimait ainsi: «Est-il vrai qu'on a livré aux compagnies plutôt qu'à l'État l'exploitation des grands travaux publics pour engager le pays entier dans une masse de spéculations telles que tout le monde fût intéressé à la politique existante, et que chacun vît dans chaque affaire politique, non pas l'intérêt de la France, mais l'intérêt de sa fortune privée qu'une variation dans les cours pouvait compromettre? Quelqu'un oserait-il le nier?... C'est le cœur du pays qu'on tend à abaisser.» Et, après avoir donné des preuves de cet abaissement, M. Thiers flétrissait de nouveau le gouvernement, «qui, sous prétexte que tout est fini au dedans et au dehors, veut faire tout oublier au pays, le dehors comme le dedans, en le jetant dans des spéculations qui l'absorbent, l'enchaînent et le paralysent».
50: Œuvres et correspondance inédites de M. de Tocqueville, t. II. p. 27 et 28.
51: «Je suis fort étonné de ce qui m'arrive, mandait-il à un de ses amis le 15 février 1835, et tout étourdi des louanges qui bourdonnent à mes oreilles. Il y a une femme de la cour de Napoléon que l'Empereur s'imagina un jour de faire duchesse. Le soir, entrant dans un grand salon et s'entendant annoncer par son nouveau titre, elle oublia qu'il s'agissait d'elle, et se mit de côté pour laisser passer la dame dont on venait de prononcer le nom. Je t'assure qu'il m'arrive quelque chose d'analogue. Je me demande si c'est bien de moi qu'on parle.»
52: M. de Tocqueville écrivait à M. de Kergorlay: «Quoique j'aie très rarement parlé de la France dans ce livre, je n'en ai pas écrit une page sans penser à elle et sans l'avoir, pour ainsi dire, sous les yeux... À mon avis, ce continuel retour que je faisais, sans le dire, vers la France, a été une des premières causes du succès du livre.»
53: Lettre du 1er novembre 1841.
54: Lettres du 24 juillet et du 5 octobre 1836.
55: Lettre de M. de Tocqueville à M. Molé, du 12 septembre 1837, et réponse de M. Molé, du 14 septembre.
56: «Je suis habituellement sombre et troublé, écrivait M. de Tocqueville à l'un de ses intimes, le 25 octobre 1842. J'attribue ce fatigant et stérile état de l'âme tantôt à une cause, tantôt à une autre. Mais je crois qu'au fond il ne tient qu'à une seule, qui est profonde et permanente, le mécontentement de moi-même. Tu sais qu'il y a deux espèces d'orgueils très distincts, ou plutôt le même orgueil a deux physionomies, une triste et une gaie. Il y a un orgueil qui se repaît avec délices des avantages dont il jouit ou croit jouir. Cela s'appelle, je pense, de la présomption. Puisque Dieu voulait m'envoyer le vice de l'orgueil à forte dose, il aurait bien dû au moins m'envoyer celui qui appartient à cette première espèce. Mais l'orgueil que je possède est d'une nature toute contraire. Il est toujours inquiet et mécontent, non pas envieux pourtant, mais mélancolique et noir. Il me montre à chaque instant les facultés qui me manquent et me désespère à l'idée de leur absence. Le fait est que si j'ai quelques qualités, elles ne sont pas du nombre de celles qui peuvent satisfaire pleinement dans la carrière que je suis...» Deux ans plus tard, le 3 avril 1844, il écrivait encore: «J'ai toujours trop de cette irritabilité maladive qui me porte à souffrir impatiemment les obstacles qui embarrassent toujours le chemin de chaque homme dans ce monde.» Tout jeune, dans une lettre du 22 avril 1832, il avouait déjà un fond de spleen.
57: Lettres d'octobre 1839, des 14 juillet et 9 août 1840, du 24 août et d'octobre 1842, du 5 septembre 1843.
58: J'ai déjà cité ces plaintes. (Voir plus haut, livre I, ch. X, § IX.)
59: Voir le chapitre X du livre Ier, sur la Révolution de 1830 et la littérature.
60: De la littérature industrielle (Revue des Deux Mondes du 1er septembre 1839).
61: À en croire certaines gens, le secret de cette émotion de M. Sainte-Beuve n'était qu'une rivalité de boutique. Il aurait été, en cette circonstance, l'organe de la Revue des Deux Mondes, dépitée de la concurrence que lui faisaient les journaux depuis qu'ils publiaient des romans et prétendaient accaparer les auteurs en vogue. (A. Karr, les Guêpes, novembre 1844.) C'est possible. Mais pour n'être pas entièrement désintéressée, la plainte du critique doit-elle être jugée mal fondée?
62: Voir plus haut, livre II, ch. XII, § V.
63: M. Sainte-Beuve voyait là le fait caractéristique du roman-feuilleton, et il montrait avec dégoût cette «plaie ignoble et livide qui chaque matin s'étendait». (Revue des Deux Mondes du 1er juillet 1843.)
64: Chroniques parisiennes, p. 290.
65: Ibid.
66: Lettre de M. de Balzac, publiée dans la Presse du 18 août 1839.
67: Janvier-février 1847.
68: Mars 1846. L'affaire se trouva portée devant la cour d'assises de Rouen, parce que la chambre des mises en accusation de la cour de Paris avait d'abord rendu un arrêt de non-lieu qui fut réformé par la cour de cassation.
69: En effet, de nouvelles preuves ayant été découvertes, l'un des témoins de Beauvallon, le pseudo-vicomte d'Ecquevilley, qui, devant la cour d'assises, avait affirmé sous serment que les pistolets n'avaient pas été essayés, fut poursuivi pour faux témoignage et condamné à dix ans de réclusion (août 1847). Au cours de ce dernier procès, Beauvallon demanda à être entendu comme témoin et confirma la dénégation d'Ecquevilley; arrêté à l'audience, poursuivi également pour faux témoignage, il fut condamné à huit ans de réclusion (octobre 1847).
70: Parmi ces dernières était la maîtresse de Dujarrier, Lola Montès, danseuse sifflée, mais déjà fameuse pour avoir cravaché un gendarme à Berlin. On la retrouvera peu après à Munich, jouant les Pompadour auprès du roi Louis, exaltée par la presse libérale pour avoir fait la guerre aux Jésuites, mais à la fin obligée de fuir devant les émeutes provoquées par son outrecuidance.
71: Ce fut en cette circonstance qu'interrogé par le président sur ses noms, âge et profession, il répondit: «Alexandre Dumas, marquis Davy de la Pailleterie, quarante-deux ans, je dirais auteur dramatique, si je n'étais dans la patrie de Corneille.» À quoi le président répliqua: «Il y a des degrés.»
72: M. Soulié a lui-même indiqué le caractère de son œuvre et les raisons qui la lui avaient fait écrire, dans une préface où nous lisons: «Ô jeunes gens, ne venez pas à Paris, si l'ambition d'une sainte gloire vous dévore. Quand vous aurez demandé au peuple une oreille attentive pour celui qui parle bien et honnêtement, vous le verrez suspendu aux récits grossiers d'un trivial écrivain, aux récits effrayants d'une gazette criminelle; vous verrez le public crier à votre muse: «Va-t'en ou amuse-moi. Il me faut des astringents et des moxas pour ranimer mes sensations éteintes. As-tu des incestes furibonds ou des adultères monstrueux, d'effrayantes bacchanales de crimes ou des passions impossibles à me raconter? Alors parle, je t'écouterai une heure, le temps durant lequel je sentirai ta plume âcre et envenimée courir sur ma sensibilité calleuse et gangrenée; sinon tais-toi; va mourir dans la misère et l'obscurité.» La misère et l'obscurité, vous n'en voudriez pas! Et alors, que ferez-vous, jeunes gens? Vous prendrez une plume, une feuille de papier, vous écrirez en tête: Mémoires du diable, et vous direz au siècle: «Ah! vous voulez de cruelles choses pour vous en réjouir; soit, monseigneur, voici un coin de votre histoire.»
73: Sur ces débuts, voir la première partie des Souvenirs de M. Legouvé, p. 338 et suiv.
74: E. Legouvé, Soixante ans de souvenirs, 1re partie, p. 337.
75: Chroniques parisiennes, p. 169.
76: Séance du 14 juin 1843.
77: Ce fait fut rapporté à la tribune par M. Chapuys-Montlaville, quand, le 6 avril 1847, il développa une proposition tendant à exempter du timbre les journaux qui ne publiaient ni romans-feuilletons ni annonces. Cette proposition fut prise en considération, mais n'aboutit pas.
78: E. Legouvé, Soixante ans de souvenirs, 1re partie, p. 378.
79: M. Saint-Marc-Girardin a écrit à ce propos: «Si la France a laissé faire le mal en 1848, cela a pu venir en partie de la démoralisation du goût public. Comme on avait approuvé l'orgie dans les romans, on s'est trouvé faible, pendant quelque temps, contre ceux qui voulaient faire une orgie dans la société.» (Cours de littérature dramatique, t. I, p. 374.)
80: Voir, au tome I, le chapitre sur le Saint-Simonisme.
81: De l'égalité (1838). Réfutation de l'éclectisme (1839). Malthus et les économistes. De l'humanité (1840).
82: Béranger, qui aimait Pierre Leroux, écrivait de lui, le 20 janvier 1840: «Il faut que vous sachiez que notre métaphysicien s'est fait un entourage de femmes à la tête desquelles sont mesdames Sand et Marliani, et que c'est dans des salons dorés, à la clarté des lustres, qu'il expose ses principes religieux et ses bottes crottées. Tout cet entourage lui porte à la tête, et je trouve que sa philosophie s'en ressent beaucoup.»
83: À cette époque, Proudhon écrivait: «George Sand est tout à fait entré dans nos idées.» (Correspondance de Proudhon, t. II, p. 160.)
84: L'Européen, interrompu à la fin de 1832, fut repris en 1835 et continué, sans grande régularité, jusqu'en 1838. Il se distribuait à 500 exemplaires, mais ne comptait guère que 100 abonnés.
85: Buchez avait inspiré à un jeune artiste de ses élèves un dessin du Christ prêchant la fraternité au monde, dans lequel il prétendait résumer sa doctrine. Le Christ est porté sur un globe où est écrit le mot France; il foule aux pieds le serpent de l'égoïsme et tient à la main une banderole où on lit Fraternité. Deux anges, coiffés du bonnet phrygien, l'accompagnent, et sur leurs auréoles brillent les noms de Liberté, Égalité. La Liberté tire un glaive; l'Égalité porte un livre ouvert, avec ce texte: Aimez votre prochain comme vous-même et Dieu par-dessus tout. Que le premier parmi vous soit votre serviteur. Détail significatif: sur la gravure, œuvre d'un autre buchézien, on a effacé ces mots: et Dieu par-dessus tout. (Vie du Révérend Père Besson, par E. Cartier, t. I, ch. II.)
86: M. Ozanam raconte, dans une lettre écrite de Lyon, le 26 août 1839, au Père Lacordaire, qu'un catholique influent de cette ville, jusqu'alors légitimiste, avait été mis en rapport, durant un voyage à Paris, avec les amis de Buchez. «Il admira la pureté de leur religion, ajoute Ozanam, conçut un véritable enthousiasme pour leurs personnes, et, de retour ici, il propagea ses nouveaux sentiments, et voici qu'une douzaine de nos plus dévoués absolutistes sont abonnés au National.» (Lettres d'Ozanam, t. I, p. 303.)
87: Le premier numéro de l'Atelier contenait la note suivante: «L'Atelier est fondé par des ouvriers, en nombre illimité, qui en font les frais. Pour être reçu fondateur, il faut vivre de son travail personnel, être présenté par deux des premiers fondateurs, qui se portent garants de la moralité de l'ouvrier convié à notre œuvre. Les hommes de lettres ne sont admis que comme correspondants. Les fondateurs choisissent, chaque trimestre, ceux qui doivent faire partie du comité de rédaction.»
88: Vie du Révérend Père Besson, par M. Cartier, et Vie du Père Lacordaire, par M. Foisset.
89: Pierre Olivaint, par le Père Charles Clair.
90: Buchez mourut à Rodez, en 1865, dans une chambre d'hôtel. Ce fut un de ses anciens collègues de l'Assemblée constituante qui, l'ayant su malade, vint le voir et l'amena à recevoir un prêtre.
91: Fourier attache une importance capitale aux passions qu'il appelle mécanisantes: la cabaliste, ou esprit de rivalité et d'intrigue; la papillonne, ou besoin de changement, et la composite, ou désir d'unir les passions des sens à celles de l'âme. Ces trois passions ont mission de régler le mécanisme des neuf autres passions sensuelles ou affectueuses et d'établir entre elles ce rythme et cet équilibre qu'on nomme la sagesse. Pour les esprits qui s'intéressent aux choses philosophiques, cette partie du système de Fourier est assez curieuse; mais nous ne pourrions y pénétrer plus avant sans sortir du cadre de cette histoire politique.
92: Certains de ses contemporains, même en dehors de ses disciples, exagéraient même singulièrement cette puissance; Béranger écrivait, le 25 mars 1837: «Fourier est bien certainement un génie prodigieux, quoique incomplet.»
93: Fourier n'avait rien cependant d'un ascète. D'après certains renseignements, il aurait même eu un certain goût du vin et des habitudes peu chastes; peut-être est-ce pour cela qu'il faisait, dans le phalanstère, la part si large à la gourmandise et à la liberté amoureuse. (Cf. un article publié par M. Auguste Ducoin, dans le Correspondant du 25 janvier 1851, sous ce titre: Particularités inconnues sur quelques personnages des dix-huitième et dix-neuvième siècles.)
94: «Que de fois, écrivait plus tard Heine, j'ai vu Fourier, dans sa redingote grise et râpée, marcher rapidement le long des piliers du Palais-Royal, les deux poches de son habit pesamment chargées, de façon que de l'une s'avançait le goulot d'une bouteille et de l'autre un long pain! Un de mes amis, qui me le montra la première fois, me fit remarquer l'indigence de cet homme, réduit à chercher lui-même sa boisson chez le marchand de vin et son pain chez le boulanger.» (Lutèce, p. 377.)
95: Voir plus haut, p. 73 et suiv.
96: Cette brochure, imprimée à Épinal, parut en juin 1838.
97: Histoire de dix ans, t. IV, p. 183, 184.
98: Gracchus Babeuf et la conjuration des Égaux, par Buonarotti, préface par Ranc, 1869.—Dans cette préface, M. Ranc présente la conjuration de Babeuf comme le dernier effort tenté par les républicains pour enrayer la contre-révolution; il admire le plan du comité insurrectionnel de 1796 et les mesures qu'il avait préparées pour «désarmer la bourgeoisie».
99: Voy. notamment, en octobre 1833, la «Déclaration» de la Société des droits de l'homme. (Cf. plus haut, t. II, ch. X, § I.)
100: Cf. plus haut, t. III, ch. I, § V, et ch. V, § V.
101: Les renseignements qui suivent sont empruntés au curieux livre de M. Maxime du Camp sur l'Attentat Fieschi, p. 276 et suiv.
102: Voir plus haut, t. IV, ch. II, § IX.
103: Tels furent par exemple le Code de la communauté, par M. Desamy, les écrits divers de M. J.-J. May, rédacteur de l'Humanitaire, de M. Pillot, ancien collaborateur de l'abbé Châtel, de M. Constant, prêtre apostat, etc.
104: Correspondance de Proudhon, t. II, p. 136.
105: Lutèce, p. 211.
106: Voir plus haut, t. V, ch. I, § II et III.
107: Juillet 1847.
108: Lutèce, p. 258. Cf. aussi p. 209, 211, 366, 367.
109: «Tu vois donc, mon pauvre ami, écrit un Icarien, que le gouvernement fait ici bien autre chose que notre monarchie; tandis que la royauté fait tant de bruit pour un bon roi qui voulait que chaque paysan pût mettre la poule au pot le dimanche, la république donne ici, sans rien dire, à tous et tous les jours, tout ce qui ne se voit ailleurs que sur la table des aristocrates et des rois.»
110: Voir, sur ces premières années de M. Louis Blanc, le brillant discours prononcé par M. Pailleron, lors de sa réception à l'Académie française. Le spirituel académicien remplaçait M. Charles Blanc.
111: On a raconté comment, à bout de ressources, Louis Blanc s'était décidé à réclamer l'appui du général Pozzo di Borgo, parent de sa mère. L'accueil fut plein de politesse. Le général interrogea le jeune homme sur son avenir, promit son appui, puis, quand il estima que l'entretien s'était suffisamment prolongé, il sonna et donna à demi-voix un ordre à son valet de chambre. Celui-ci, au bout de peu d'instants, rentra, tenant à la main une bourse convenablement garnie. Louis Blanc, déjà assez mal à l'aise de sa démarche, fut fort irrité du procédé, repoussa la bourse avec colère et quitta brusquement le général. Cette version est du moins celle qui circulait dans le monde démocratique. (Stern, Histoire de la révolution de 1848, t. II, p. 42, 43.)
112: Henri Heine écrivait, le 6 novembre 1840: «M. Louis Blanc est un homme encore jeune, de trente ans tout au plus, quoique, d'après son extérieur, il semble un petit garçon de treize ans. En effet, sa taille on ne peut plus minime, sa petite figure fraîche et imberbe, ainsi que sa voix claire et fluette qui paraît n'être pas encore formée, lui donnent l'air d'un gentil petit garçon échappé à peine de la troisième classe d'un collège, et portant encore l'habit de sa première communion.» (Lutèce, p. 138.) À la même époque, M. Nettement, se trouvant chez M. Laffitte, à une réunion de journalistes de l'opposition, et voyant un jeune garçon à côté du maître de la maison, s'étonnait que celui-ci eût gardé auprès de lui son petit-fils, pour lui faire prendre une leçon de politique. Ce jeune garçon était M. Louis Blanc, déjà important dans la presse républicaine. (Histoire de la littérature pendant la monarchie de Juillet, t. II, p. 475.)
113: Histoire de la révolution de 1848, par M. Louis Blanc, t. I, ch. VIII.
114: Lutèce, p. 140.
115: C'est encore Henri Heine qui écrivait, en 1840: «Ce tribun imberbe donne cependant à sa réputation de grand patriote, à sa popularité, les mêmes petits soins que ses rivaux donnent à leurs moustaches; il la soigne on ne peut plus, il la frotte, la tond, la frise, la dresse et la redresse, et il courtise le moindre bambin de journaliste qui peut faire insérer dans une feuille quelques lignes de réclame en sa faveur.» (Lutèce, p. 141.)
116: Passim dans l'introduction de l'Histoire de dix ans.
117: On a souvent imprimé que cette brochure avait été publiée en 1839. C'est une erreur. La première ébauche du travail parut sous forme d'article, dans la livraison d'août 1840 de la Revue du progrès. Ce furent les grèves survenues au commencement de septembre qui donnèrent à Louis Blanc l'idée de transformer cet article de revue en une brochure de propagande.
118: Voir plus haut, t. IV, ch. II, § IX.
119: Il écrivait lui-même, peu après, à l'Académie de Besançon: «Je poursuivis mes humanités, à travers les misères de ma famille et tous les dégoûts dont peut être abreuvé un jeune homme sensible et du plus irritable amour-propre.» (Correspondance de P.-J. Proudhon, t. I, p. 26.)
120: P.-J. Proudhon, par M. Sainte-Beuve.
121: Correspondance de P.-J. Proudhon, t. I, p. 73, 218.
122: Ibid., p. 84, 188, 256.
123: Il écrivait, quelques années auparavant: «J'éprouve encore cette sotte honte d'un berger que l'on veut faire entrer dans un salon. Je crains, comme des bêtes effrayantes, les visages que je n'ai jamais vus; je recule toujours à voir les gens même qui peuvent m'être utiles et me vouloir du bien; je n'ai de présence d'esprit et d'aplomb que lorsque je me vois seul et que c'est ma plume qui parle. Mérite fort commun, mais que voulez-vous? je sais que je ne brille ni par les dehors, ni par l'élocution; j'aime mieux n'être vu ni connu de personne.» (Ibid., t. I, p. 10.)
124: Correspondance, t. I, p. 59, 60.
125: Ibid., p. 76 et 154.
126: Ibid., p. 142.
127: «La conduite du parti républicain, écrit Proudhon, le 15 novembre 1840, a été, comme toujours, stupide depuis deux ou trois mois.» Ou bien encore: «Les radicaux sont annihilés par leur ineptie et leur incapacité.» (Correspondance, t. I, p. 254, 313.) Il n'a pas assez du sarcasmes pour le «dada réformiste» ou pour les velléités belliqueuses de la gauche.
128: Ibid., t. I, p. 333; t. II, p. 6.
129: Ibid., p. 13, et Confessions d'un révolutionnaire, § I.—Pas un homme important de l'extrême gauche qu'il ne déteste. «Je souscrirais volontiers pour une couronne civique, écrivait-il, à celui qui nous délivrerait de Lamennais, de Cormenin et d'A. Marrast.» (Correspondance, t. I, p. 255.) Lamennais surtout lui est antipathique. «Quoi qu'un dise de cet homme, écrit-il, je répondrai toujours que je n'aime pas les apostats. Il pouvait changer d'opinion, mais il ne devait jamais faire la guerre à ses confrères dans le sacerdoce ni au christianisme.» (Ibid., t. I, p. 333.) Et plus tard: «Le plus grand bonheur qui pourrait arriver au peuple français, ce serait que cent députés de l'opposition fussent jetés à la Seine, avec une meule au cou; ils valent cent fois moins que les conservateurs, car ils ont, de plus que ceux-ci, l'hypocrisie.» (Ibid., t. II, p. 277.) Des journalistes de gauche, il ne pense pas plus de bien: «Ils ne comprendront jamais de moi autre chose, dit-il, sinon que je les hais et les méprise.»
130: Proudhon écrira, un jour, de Fourier, que son système est «le dernier rêve de la crapule en délire»; de Pierre Leroux, dont cependant il avait paru un moment se rapprocher, que «la sottise le dispute à la méchanceté dans ses élucubrations»; de Louis Blanc, qu'il est «le plus ignorant, le plus vain, le plus vide, le plus impudent, le plus nauséabond des rhéteurs». Cabet ne sera pas mieux traité.
131: Dans la théorie communiste, les hommes lui paraissent «attachés comme des huîtres, côte à côte, sans activité ni sentiment, sur le rocher de la fraternité».
132: Quand il lui faudra discuter cette partie de la doctrine socialiste, il se plaindra d'être «obligé de remuer ce fumier», et il s'écriera: «Loin de moi, communistes! Votre présence m'est une puanteur, et votre vue me dégoûte.»
133: Plus il va, plus il semble trouver une sorte d'âpre jouissance à se voir seul en guerre contre tous: «J'aurai raison contre tout le monde, écrit-il, ou je succomberai à la peine... Le nombre des adversaires vous épouvante; il m'anime, au contraire. Car je crois que, dans la carrière antireligieuse, antipropriétaire, antimonarchique, où je suis entré, s'il y avait une seule opinion avec laquelle je ne fusse pas en désaccord, je ne serais plus d'accord avec moi-même.» (Correspondance, t. II, p. 241.)
134: Il s'était attendu, en effet, à produire une vive émotion: «Quand on saura dans le public, écrivait-il le 1er juin 1839, que je suis l'auteur de ce Discours, ce sera un beau tapage. Je puis dire que je viens de passer le Rubicon.» (Ibid., t. I, p. 129.)
135: Ces embarras pécuniaires venaient surtout de l'imprimerie dont Proudhon ne pouvait ni se débarrasser ni tirer profit. Tel était son dénuement que, voulant aller voir un de ses amis à Besançon, il fit à pied la route de Paris à cette ville. Il priait ses correspondants de ne lui écrire que par occasion, parce qu'il n'avait pas le moyen de payer les ports de lettre.
136: Cette idée revenait sous toutes les formes, dans sa correspondance: «Je ne connais rien dans la science, écrivait-il encore, dont la découverte ait jamais produit un effet pareil à celui que la lecture de mon ouvrage est capable de produire. Je ne dis pas: qu'il soit compris; je dis seulement: qu'il soit lu, et c'en est fait de la vieille société.»
137: Correspondance, t. I, p. 166, 182, 183, 189, 191, 212, 213, 216.
138: Confession d'un révolutionnaire.
139: Correspondance, t. I, p. 251.
140: Brissot avait écrit, en effet, dans ses Recherches philosophiques sur le droit de propriété et le vol: «La propriété exclusive est un vol dans la nature. Le voleur, dans l'état naturel, c'est le riche.»
141: Correspondance, t. I, p. 308.
142: Correspondance, t. I, p. 333, 334.
143: «Je n'ai pas le loisir de travailler mon style, je suis trop pauvre et trop mal dans mes affaires, pour m'amuser à être gent de lettres.»—«Je me soucie de style et de littérature comme de cela. Quand je parle au public, je tâche que mon expression soit bien nette, bien carrée, bien mordante: je n'ai pas d'autre poétique.» (Ibid., t. I, p. 182; t. II, p. 242.)
144: Correspondance, t. I, p. 324.
145: Le premier était intitulé: Lettre à M. Blanqui; le second: Avertissement aux propriétaires, ou Lettre à M. Considérant, rédacteur de la Phalange, sur une défense de la propriété.
146: Il écrivait encore: «J'ai la chance de réunir tout le monde contre mes publications, ce qui produit une conspiration de silence à mon égard. Mes publications ont l'air d'être clandestines, et cependant elles s'insinuent partout et déjà portent leur fruit.»
147: Correspondance, t. I, p. 332, 338, 339, 350, et t. II, p. 18.
148: Ibid., t. II, p. 6, 10.
149: Correspondance, t. II, p. 70.—Peu auparavant, il expliquait ainsi sa démarche auprès de M. Duchâtel: «Le pouvoir est encore plus bête que méchant, et j'ai résolu d'avoir désormais quelque homme puissant parmi mes défenseurs.» (Ibid., t. I, p. 314.)
150: «Il y a un homme que je déteste à l'égal du bourreau, disait-il, c'est le martyr.» Il blâmait Lamennais aimant mieux aller en prison que demander sa grâce. «Galilée, à genoux devant le tribunal de l'Inquisition, écrivait-il, et reniant l'hérésie du mouvement de la terre pour recouvrer sa liberté, me paraît cent fois plus grand que Lamennais... Je respecte les mannequins, je salue les épouvantails. Je suis en monarchie, je crierai: Vive le Roi! plutôt que de me faire tuer.»
151: Correspondance, t. I, p. 297, 305, 311, 312, 313, 319, 320, 330, 331.
152: Quelqu'un, en tout cas, l'avait deviné: c'était le maire de Besançon, qui expliquait ainsi pourquoi il ne voulait pas donner à Proudhon la place qu'il demandait dans les bureaux de la mairie: «Je crains qu'il ne fasse de nous, comme des académiciens, des niais ou des instruments.» (Ibid., t. II, p. 80.)
153: Ibid., t. II, p. 28 et 93.
154: Ibid., p. 199, 200.
155: Ibid., p. 259.
156: Confession d'un révolutionnaire, § XI.
157: Il avait été initié par M. Grün, sorte de missionnaire hégélien venu à Paris, en 1844, pour se mettre en rapport avec les socialistes. Dans le récit qu'il a écrit de son voyage, M. Grün parle avec un grand dédain de Cabet, de Considérant, de Louis Blanc; il réserve toute son admiration pour Proudhon.
158: Correspondance, t. II, p. 239.
159: «Questions immenses, disait-il, et qui pour moi sont loin d'être résolues.»
160: C'est à chaque page qu'on trouve, dans les écrits de Lamennais, ces exclamations incendiaires. Voyez, par exemple, ce fragment d'une brochure intitulée le Pays et le gouvernement: «Ô peuple, dis-moi, qu'es-tu? Ce que tu es! si j'ouvre la Charte, j'y lis une solennelle déclaration de ta souveraineté: cela fut écrit après ta victoire. Si je regarde les faits, je vois qu'il n'est point, qu'il ne fut jamais de servitude égale à la tienne... Paria dans l'ordre politique, tu n'es, en dehors de cet ordre, qu'une machine à travail. Aux champs, tes maîtres te disent: «Laboure, moissonne pour nous.» Tu sais ce qu'on te dit ailleurs, tu sais ce qui te revient de tes fatigues, de tes veilles, de tes sueurs. Refoulé de toutes parts dans l'indigence et l'ignorance, décimé par les maladies qu'engendrent le froid, la faim, l'air infect des bouges où tu te retires après le labeur des jours et d'une partie de la nuit, réclames-tu quelque soulagement, on te sabre, on te fusille, ou, comme le bœuf à l'abattoir, tu tombes sous le gourdin des assommeurs payés et patentés.»
161: Correspondance de Proudhon, t. I, p. 169.
162: Quelques-unes de ces études avaient paru dans la Revue des Deux Mondes, de 1835 à 1840.
163: Revue des Deux Mondes, 1er mars 1843.
164: Correspondance de Proudhon, t, II, p. 134 à 137, et p. 169.
165: V. notamment les articles publiés par M. Guizot, dans la Revue française de février, juillet et octobre 1838.
166: Lettre du 25 juin 1843 (Lutèce, p. 380).
167: Lettres du 9 mars 1837 et du 12 juillet 1840.
168: Rapport du 19 janvier 1847, publié par la Revue rétrospective.
169: Voir plus haut, livre II, ch. XIV, § V; livre III, ch. II, §§ IV et VI; ch. III, § III, et ch. VI, § I; livre V, §§ VII, VIII et IX.
170: J'ai eu sous les yeux la correspondance officielle et confidentielle du ministre et de l'ambassadeur, correspondance fort importante, dont j'aurai souvent occasion de me servir. M. Guizot, d'ailleurs, en a cité de nombreux extraits dans ses Mémoires.
171: Lettre du 17 février 1844.
172: Dépêche déjà citée du 10 août 1843.
173: Plus haut, t. V, ch. III, § VIII.
174: Ibid., § IX.
175: Plus haut, t. V, ch. III, § VIII.
176: Lettre du prince de Metternich au comte Apponyi, 15 juin 1845. (Mémoires de Metternich, t. VII, p. 95.)
177: Lettre du comte Bresson à M. Guizot, du 28 septembre 1844.
178: Lettres de M. Bresson à M. Guizot, 8 janvier et 31 mars 1844.
179: M. Guizot dit avoir su depuis ce fait avec certitude. (Mémoires, t. VIII, p. 220.)
180: Sur les faits auxquels fait allusion M. Bresson, voir la seconde édition de mon tome I, livre I, ch. V, § I.
181: Ce mariage fut célébré le 25 novembre 1844.
182: Bulwer, The life of Palmerston, t. III, p. 183.
183: Rapprochez ce langage de celui qu'avait tenu lord Aberdeen lors de la première visite à Eu. (Voir plus haut, t. V, p. 197 à 199.)
184: J'ai suivi principalement le récit que Louis-Philippe a donné lui-même de ces conversations, un an plus tard, dans une lettre adressée le 14 septembre 1846 à la reine des Belges et publiée après la révolution de Février dans la Revue rétrospective. Les circonstances dans lesquelles a été écrit ce récit permettent de le considérer comme exact. C'était au moment où, accusé de déloyauté par les Anglais, le Roi cherchait à se justifier. La lettre était en réalité destinée à la reine Victoria. Il est évident que, surtout pour ce qui regardait cette entrevue d'Eu, où la Reine avait été présente, la première préoccupation du Roi dut être d'éviter des inexactitudes de fait dont le seul résultat eût été d'ôter tout crédit à son apologie.—Le témoignage de M. Guizot (Mémoires, t. VIII, p. 226, 227) est absolument conforme à celui du Roi.—Rien, dans les documents de source anglaise, qui puisse sérieusement infirmer ce double témoignage. On y trouve seulement l'indice que lord Aberdeen, tout en nous donnant les assurances rapportées plus haut, renouvela la réserve, faite par lui, dès le début, du droit appartenant à l'Espagne de choisir en toute indépendance l'époux de sa reine. Encore le ministre anglais paraît-il, d'après son propre témoignage, avoir été surtout préoccupé de ne rien dire qui pût troubler un accord dont il était fort heureux.—Les Mémoires récemment publiés d'Ernest II, duc de Saxe-Cobourg-Gotha, renferment, sur le sujet qui nous occupe, quelques renseignements utiles. On y voit que ce prince, chef de la maison de Cobourg, cousin germain du candidat à la main d'Isabelle et frère du mari de la reine Victoria, ayant ainsi toutes les raisons et tous les moyens de s'informer, se plaignait avec amertume que, dans leur désir d'être agréables à Louis-Philippe, le royal ménage anglais et lord Aberdeen se fussent trop engagés, à Eu, en faveur du mariage Bourbon, et eussent sacrifié le mariage Cobourg; il ajoutait que le gouvernement britannique était ainsi «beaucoup plus lié qu'il ne voulait se l'avouer», et qu'il avait perdu toute liberté de mouvement. On trouve aussi, dans ces Mémoires, une lettre que le prince Albert écrivit, le 26 mai 1846, au duc Ernest, et dans laquelle il reconnaissait que le gouvernement anglais «s'était engagé envers la France, dans le cas où le Roi tiendrait sa parole de ne mettre en avant aucun de ses fils, à employer toute son influence pour amener un mariage Bourbon». (Aus meinem Leben und aus meiner Zeit, von Ernst II, herzog von Sachsen-Coburg-Gotha. Berlin, 1887, 1er vol., p. 160 et 167.)
185: Déjà, à l'origine de la candidature du prince de Cobourg, nous avions entrevu l'action du prince Albert. (V. plus haut, t. V, p. 181 et 182.)
186: Bulwer, The life of Palmerston, t. III, p. 189.
187: Voy. ce que sir Henri Bulwer dit lui-même de ses sentiments et de ses desseins, The life of Palmerston, t. III, p. 188 à 190.
188: Lettre de M. de Sainte-Aulaire à M. Guizot, du 21 mai 1846.
189: Lettre de M. Guizot à M. de Jarnac, du 7 novembre 1845.
190: Lettres diverses de M. de Jarnac à M. Guizot, au commencement de novembre 1845.
191: Lettre de M. de Sainte-Aulaire à M. Guizot, du 5 mars 1846.—Ce propos a été d'ailleurs rappelé, en termes presque identiques, par lord Aberdeen lui-même, dans la lettre qu'il a écrite à M. Guizot le 14 septembre 1846.
193: Lettre inédite du comte Bresson à M. Guizot, du 21 novembre 1846.
194: Bulwer, The life of Palmerston, t. III, p. 188.
195: Lettre inédite, déjà citée, de M. Bresson à M. Guizot, du 21 novembre 1846.
196: Un tel langage concorde parfaitement avec ce qu'on sait des sentiments de Bulwer. Lui-même, d'ailleurs, reconnaît avoir dit que le roi des Français ne pourrait s'opposer d'une façon persistante à un mariage aussi raisonnable si les Cobourg et la Reine s'y décidaient avec l'approbation des Cortès. «L'obstination d'une partie, ajoutait-il, ferait céder l'obstination de l'autre.» (The life of Palmerston, t. III, p. 190.)
197: Ce prince était Ernest II, qui avait succédé, en 1844, à son père Ernest Ier. Voir, sur la famille de Cobourg, plus haut, t. V, p. 181, note 1.
198: Lettre du prince Albert au duc de Saxe-Cobourg, en date du 26 mai 1846. (Aus meinem Leben und aus meiner Zeit, von Ernst II, herzog von Sachsen-Coburg-Gotha, 1er vol., p. 167.)—On voit maintenant ce qu'il faut penser des historiens anglais qui, comme sir Théodore Martin, le biographe officiel du prince Albert, nous montrent, en cette circonstance, sir Henri Bulwer ne sortant pas de la réserve ordonnée par ses instructions, et se bornant à faire la commission qui lui était demandée, «sans se mêler de la lettre de la reine Christine, autrement que pour la transmettre».