The Project Gutenberg eBook of Les vieilles villes des Flandres: Belgique et Flandre française

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Title: Les vieilles villes des Flandres: Belgique et Flandre française

Author: Albert Robida

Release date: February 16, 2014 [eBook #44931]
Most recently updated: October 24, 2024

Language: French

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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VIEILLES VILLES DES FLANDRES: BELGIQUE ET FLANDRE FRANÇAISE ***

Au lecteur

LES VIEILLES VILLES

DES FLANDRES


DU MÊME AUTEUR:

Les Vieilles Villes d'Espagne

Épuisé.

    ——    ——    d'Italie

Épuisé.

    ——    ——    de Suisse

Épuisé.

Le Dix-neuvième Siècle

25 fr.

Le Vingtième Siècle: La Vie électrique

25 fr.

Petits Mémoires secrets du dix-neuvième siècle: Le portefeuille d'un très vieux garçon

Épuisé.

Voyages très extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les cinq ou six parties du monde

Épuisé.

La Nef de Lvtèce povr tovs péregrins et gentils-homes voyageans es rves du movlt vieil qvartier dv vievlx Paris

5 fr.

Le même (sur simili-parchemin)

12 fr.

Mesdames nos Aïeules. Dix siècles d'élégance

Épuisé.

Le Cœur de Paris: Splendeurs et Souvenirs

25 fr.

Paris de siècle en siècle

25 fr.

La Grande Mascarade parisienne

Épuisé.

La Vieille France: I. Normandie.—II. Bretagne.—III. Touraine.—IV. Provence

Chaque: 25 fr.

Le Vieux Paris à l'Exposition Universelle de 1900

12 fr


A. ROBIDA


LES VIEILLES VILLES

DES

FLANDRES

BELGIQUE ET FLANDRE FRANÇAISE

ILLUSTRÉ PAR L'AUTEUR

DE 155 COMPOSITIONS ORIGINALES, DONT 25 HORS TEXTE,
ET D'UNE EAU-FORTE

PARIS

LIBRAIRE DORBON-AINÉ

53 ter, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 53 ter


IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE:

25 exemplaires sur papier des Manufactures impériales du Japon
numérotés de 1 à 25

100 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder
numérotés de 26 à 126


I

CAMBRAI—VALENCIENNES

Au pays des Hôtels de Ville.—Le Palais de Fénelon.—La Porte Notre-Dame.—Quelques vieilles façades.—La Maison du Prévost.—Les vieux Chroniqueurs.—Monstrelet et Froissart.

Sur la vieille terre flamande, les villes se touchent, plus serrées qu'en nul autre pays d'Europe, surtout lorsqu'on a quitté la Flandre française et franchi la frontière après Lille.

Et ce sont toutes de vieilles cités historiques, illustres pour le rôle considérable joué aux grandes époques du Moyen-Age, et enrichies par les grands courants commerciaux et maritimes du temps de la Hanse, des villes fameuses pour la grandeur souvent épique de leur histoire mouvementée, pour l'indomptable vaillance de leurs fourmillants bataillons des Métiers et des Communes, dans les grandes luttes contre la puissance féodale ou la domination espagnole.

Elles sont si rapprochées que, du haut des beffrois, les guetteurs pouvaient apercevoir de tous côtés d'autres beffrois, d'autres flèches pointant dans le bleu du ciel, sur les horizons plats.

Dans les Flandres de jadis, c'étaient de vastes ports ouverts sur le monde entier, au fond de quelque estuaire de grand fleuve arrivant du fond des Allemagnes, ou de grandes cités industrielles au cœur du pays, mais rattachées à l'Océan par la mince ligne de quelque canal où se suivaient à la file les navires venus de pays lointains, pendant que sur toutes les routes de terre les chariots de marchandises, en longs convois, apportaient tous les produits de l'Europe, du levant au couchant.

Ces ruches travailleuses débordaient d'une population remuante, qui le prenait parfois de très haut avec les princes et les seigneurs, population prompte aux révoltes et aussi courageuse aux besognes de guerre qu'à celles de ses métiers, mais après les pires désastres, se remettant toujours vaillamment à l'œuvre.

Très vivantes encore aujourd'hui, ou bien déchues et somnolentes, ce sont toujours cités de grande originalité pittoresque et de haut goût artistique.

L'art s'y épanouissait, autrement peut-être qu'en Italie, mais tout autant, art moins fastueux, plus concentré, plus profondément senti dans la brumeuse atmosphère. Et sous un ciel humide et voilé, l'art créait les joies nécessaires que le soleil se refuse à dispenser aussi généreusement que là-bas, l'art ciselait les monuments, fleurissait toutes leurs lignes du haut en bas, taillait et fouillait leurs sculptures, découpait diversement tous les pignons des logis bourgeois, effilait vers les premiers nuages toutes ces flèches, du haut desquelles les carillons, pour égayer et faire chanter le ciel, lançaient d'heure en heure les chansons des cloches.

Après les longues plaines de Picardie et d'Artois, où les tours des Hôtels de ville montrent bien leur cousinage architectural avec les splendides palais municipaux de Belgique, après les mornes horizons des pays miniers où, parmi les collines en scories de charbon, se dressent tant de sombres beffrois industriels, tant de gigantesques cheminées vomissant des fumées noires et tourbillonnantes, tant de hauts fourneaux en gueule d'enfer, la vraie campagne flamande enfin se découvre: verdures à perte de vue, prairies et bouquets d'arbres, villages aux maisons de briques passées à la chaux ou peintes en blanc, aux toits de grosses tuiles d'un rouge éclatant, alignées le long d'un canal dans le feuillage, avec quelque haut moulin de briques battant des ailes de loin en loin. Et c'est tout à fait, vers Cassel ou Dunkerque, le paysage classique des peintres flamands ou hollandais, ou, pour parler comme aujourd'hui, une symphonie de bleu, de vert et de rouge.

Auparavant, il y a des villes un peu intermédiaires, où l'empreinte flamande est moins marquée, modifiée et atténuée plus ou moins par une sorte de refonte subie au cours des derniers siècles. La marque particulariste ne se retrouve que dans certains monuments, ou bien lorsque, parmi les maisons carrées aux toits réguliers, surgissent tout à coup quelques vieux pignons de briques en escalier ou à grosses volutes, évoquant les origines et l'ancien goût régional.

La vieille cité de Cambrai est une jolie ville blanche et propre où les plus vieilles choses ne semblent pas dater de plus loin que la réunion à la France sous Louis XIV. Larges rues d'allures bourgeoises, grands boulevards tournant sur l'emplacement des anciens fossés, avec une ancienne porte de temps en temps, grande place d'aspect très moderne, monuments également modernes ou modernisés,—à première vue voilà tout Cambrai.

L'Escaut tout jeune a encore bien à courir, avant de devenir le large fleuve qui connaîtra sous Anvers les grands navires de haute mer, les gigantesques paquebots venus des lointains océans; il se divise à Cambrai en plusieurs bras et reçoit du canal de Saint-Quentin les lentes péniches marchant comme des canards à la file, sous les peupliers.

Dans cette ville si moderne, que reste-t-il pour parler du Cambrai du Moyen-Age où passa triomphant le roi Charles VI après sa victoire de Rosebeke sur les Flamands, vengeant après soixante-quinze ans la défaite subie à Courtrai par la Chevalerie française? Que reste-t-il du Cambrai de la Renaissance, qui fut deux fois lieu de rencontre entre les Empereurs et les Rois de France pour y négocier des traités de paix et vit se dérouler les magnificences des cours de François Ier et de Charles-Quint, de la ville impériale où Charles, au grand dam des bourgeois, construisit une citadelle, en jetant bas, pour ses bastions, des centaines de maisons avec la vieille collégiale Saint-Géry.

Il ne reste pas beaucoup de pierres de ces temps pourtant si proches. Siège d'un archevêché-duché dont Fénelon fut le plus célèbre pasteur, portant la crosse au milieu d'un chapitre illustre, Cambrai possédait une magnifique cathédrale, de belles églises, de riches abbayes, des couvents nombreux; toutes ces magnificences architecturales disparurent pendant la Révolution, rasées par un stupide vandalisme. Notre-Dame, l'église métropolitaine, est moderne, ayant été construite il y a quarante ans, après un incendie; l'église Saint-Géry date pour la plus grande partie du dix-huitième siècle, avec quelques restes anciens. Ce n'est d'ailleurs pas l'édifice consacré par le Moyen-Age à Saint-Géry, l'un des premiers évêques de Cambrai, mais l'ancienne chapelle de l'abbaye de Saint-Aubert, avec laquelle on reconstitua une paroisse du vieux Saint cambrésien.

Du palais archiépiscopal où passèrent bien des prélats jusqu'à Fénelon, et que l'illustre archevêque, après la bataille perdue à Malplaquet près de Mons, en 1709, convertit en hôpital pour les blessés, de ce palais que le très proche successeur de Fénelon au siège de Cambrai, Dubois, le cardinal des roués de la Régence, respecta en ne l'occupant point, il ne reste qu'un portique en architecture du commencement du dix-septième siècle, composé de trois arcades décorées d'écussons très ornementés, portant des inscriptions latines: A Clave Justitia, d'un côté, A Gladio Pax, de l'autre, rappelant les attributions des Archevêques-ducs, spirituelles avec les clefs de saint Pierre, temporelles avec le glaive de justice.

Ce portique, flanqué aujourd'hui d'estaminets, ne voit plus passer les magnifiques prélats et les chanoines à perruques et dentelles d'autrefois, il n'encadre plus que d'humbles passants, petits locataires, ouvriers et ouvrières.

Le dix-septième siècle a laissé encore une assez curieuse façade de chapelle en style classique fignolé et surchargé, avec fronton à volutes, pilastres, frises, sculptures partout. C'était jadis la chapelle du collège des Jésuites, hier celle du Séminaire; pendant la Terreur et sous le sanglant proconsulat de Joseph Lebon, le tribunal révolutionnaire opérait à côté dans une salle du collège.

Tout près de cette fastueuse façade, une vieille maison de bois, rare débris du Cambrai des âges précédents, contraste gaiement par son pignon ogival ardoisé, ses poutrelles sculptées, avec les lignes froides et banales des rues un peu trop modernes.

L'Hôtel de ville de Cambrai n'a rien de flamand, l'hôtel de l'ancien échevinage et le vieux beffroi communal ayant été remplacés au dix-huitième siècle par un vaste édifice classique, refait encore de nos jours avec un plus grand luxe de colonnes gréco-romaines, de balustrades et de vases décoratifs. Au milieu de la façade, quatre colonnes en avant-corps supportent le classique fronton que surmonte un élégant campanile à coupole, sur le côté duquel montent la garde les Jacquemarts célèbres: Martin et son épouse Martine, en costume antique, placés là, dit-on, par l'empereur Charles-Quint, en remplacement des Jacquemarts plus anciens du vieux beffroi.

Quelques parties subsistent de l'ancienne enceinte, c'est d'abord la porte de Paris ou du Saint-Sépulcre, un gros pâté de murailles gothiques complètement isolé et en bon état, à grosses tours par derrière et tourelles vers la ville, puis la porte Notre-Dame, beau morceau dix-septième siècle, de bel aspect avec ses gros bossages en diamants, ses deux étages de colonnes superposées, ses canons de pierre dressés sur le toit, sa statuette de la Vierge dans une niche, mais qu'il aurait fallu voir, comme il y a peu d'années encore, enchâssée dans son rempart au bout du pont jeté sur le fossé. Aujourd'hui, privée de ses accessoires, la porte Notre-Dame ressemble surtout à une maison qui occuperait le milieu de la rue.

Les remparts de briques et pierres du château de Selles, continuent à défendre la ville au nord; le château sert aujourd'hui d'hôpital militaire. La porte de Selles, longue voûte sombre passant sous le château, conduit aux fossés pleins d'eau, à l'Escaut et aux verdures mouillées de la campagne.

A quelques lieues, sur l'Escaut aussi, Valenciennes a bien des caractères communs avec Cambrai. C'est une ville un peu plus importante cependant, avec un passé historique plus chargé, mais qui n'a pas laissé beaucoup plus de traces dans le grand remaniement opéré aux derniers siècles.

La grande place, immense avec un important Hôtel de ville, manque aussi de couleur. Que n'a-t-elle gardé un peu plus de ses vieilles maisons d'autrefois! Il y en a encore deux dans un coin, perdues et comme honteuses, les pauvres belles de jadis, au milieu des façades rectilignes et ennuyeuses. Cependant elles ne manquent pas de charmes, avec leurs étages en encorbellement, leurs pignons ardoisés, leurs consoles sculptées, tandis que l'impitoyable—et pitoyable—goût moderne a rasé soigneusement les façades voisines, et distribué partout les fenêtres à intervalles réguliers.

L'Hôtel de ville, construit au dix-septième siècle, est un monument d'une certaine ampleur, flanqué aux angles de tourelles décoratives dans le style de la Renaissance; on avait conservé le vieux beffroi du Moyen-Age qui datait de 1237 et montait à 70 mètres; malheureusement ce beffroi, bien des fois réparé ou mal rafistolé, a fini par s'écrouler en 1843.

L'histoire de Valenciennes est fort mouvementée; c'était déjà aux anciens jours une ville de commerce importante, affiliée à la Hanse, comme ses grandes voisines du cœur de la Flandre, Gand et Bruges, une ville fière et libre, avec une bourgeoisie enrichie par le négoce. Les troubles religieux du seizième siècle portèrent un coup terrible à cette prospérité qui s'était développée jusque sous Charles-Quint. Les querelles religieuses commencées, le moment vint vite où elles prirent un caractère de lutte furieuse et implacable; alors Huguenots et Catholiques se massacrèrent, pillèrent et brûlèrent à qui mieux mieux. Les Huguenots dévastèrent les églises et furent quelque temps les maîtres en ville. Les Espagnols intervinrent et prirent la place en 1567, après un siège difficile; le duc d'Albe, cinq ans après dut la reprendre encore, la garnison espagnole de la citadelle n'ayant pu empêcher les bandes protestantes de pénétrer en ville, et il en résulta une horrible mise à sac qui dura douze jours.

Au dix-septième siècle, Turenne essaya sans succès d'enlever Valenciennes aux Espagnols, mais en 1677, les armées de Louis XIV reparurent avec le Roi en personne, et la ville, emportée d'assaut après un siège rapide, fut définitivement réunie à la France.

Le monument religieux le plus important de Valenciennes est Notre-Dame du Saint-Cordon, belle et grande église construite de nos jours dans le style du treizième siècle, avec une haute tour à flèche pointant à plus de 80 mètres. On la voit bien surtout du parc arrangé sur l'emplacement des anciens remparts, près de la Tour de la Dodenne.

Son nom lui vient d'un vœu fait par les Valenciennois au onzième siècle, lors d'une peste qui ravagea la ville et emporta sept ou huit mille habitants en très peu de jours. Alors que les habitants désespéraient devant le fléau, un ermite eut une apparition, la Vierge, en compassion des prières des pauvres pestiférés, venait, aidée par une troupe d'anges, entourer les remparts d'un filet protecteur. La peste arrêta ses ravages immédiatement et ne dépassa pas le cordon. En reconnaissance, une procession solennelle eut lieu annuellement et le cordon de la Vierge fut enfermé dans une châsse magnifique en une église dédiée à Notre-Dame.

Dans les rues, les logis d'autrefois sont rares, le débris le plus pittoresque du vieux Valenciennes est la maison dite du Prévost, à l'angle des rues de Paris et Notre-Dame, vieil hôtel de briques aux murailles écorchées et abîmées; l'encorbellement de l'étage sur faux mâchicoulis en ogive fait très bien, ainsi que le renflement en tourelle renfermant l'escalier, malheureusement les fenêtres ont perdu leurs meneaux et leurs moulures.

Dans le faubourg de Paris, presque aux champs, il est encore une petite maison fort jolie, plus jeune que celle-ci d'un bon siècle: le pignon a trois étages de volutes avec des mascarons grassement sculptés, et une tourelle carrée s'élève en arrière. C'est le type de ces maisons qu'on s'obstine à appeler maisons espagnoles un peu partout dans le Nord. Il est superflu de dire qu'elles n'ont absolument rien d'espagnol et ne ressemblent aucunement aux architectures d'au delà des Pyrénées, seulement elles sont du temps de l'occupation espagnole. De même, en d'autres provinces, en Normandie, en Picardie ou ailleurs, on entend dire de telles églises, ou de tels clochers du quinzième siècle, que ce sont ouvrages des Anglais; les Anglais, pas plus que les Espagnols, n'ont rien bâti en France, où d'ailleurs ils avaient bien d'autres choses à faire et bien d'autres préoccupations.

C'est ici le pays des chroniqueurs, des vieux historiens du Moyen-Age. A Cambrai s'élève la statue d'Enguerrand de Monstrelet, le chroniqueur des luttes entre Armagnacs et Bourguignons, le narrateur exact des fêtes, des tournois et des splendeurs, aussi bien que des guerres et des désolations de la première partie du quinzième siècle. Il avait été bailli du chapitre de Cambrai et ensuite prévôt de la ville. A Valenciennes, c'est encore une autre statue d'historien, celle de Froissart, né à Valenciennes en 1337, le chroniqueur voyageur, toujours en recherche de beaux et brillants gestes de chevalerie, batailles, sièges et chevauchées, de hauts faits et de magnifiques histoires de rois, princes, seigneurs et nobles dames, à raconter, détailler amoureusement et embellir de gracieuses et brillantes enluminures.

Le peintre Watteau, dont la statue se dresse bien près des noires murailles de l'église Saint-Géry, est aussi un évocateur, mais d'un autre temps, d'une folle époque où falbalas et dentelles ont remplacé armures de fers et cottes historiées.


II

DOUAI.—LILLE

Le Beffroi.—La famille Gayant.—L'Hôtel de Ribour.—La Colonne du Siège et les Sièges.—Commines et son Beffroi.—Troisième Chroniqueur.—Bergues. Autre Beffroi.—Gravelines.—Dunkerque.

Douai, ancienne ville de commerce au Moyen-Age, ville d'Université depuis le seizième siècle, université fondée par Philippe II d'Espagne, ancienne ville forte aux défenses considérablement augmentées par Vauban, siège du Parlement de Flandre au dix-huitième siècle, est restée cité universitaire et centre industriel.

L'aspect de la ville est gai et avenant; certes ses rues sont bien modernisées, ce qui veut trop souvent dire banalisées, mais enfin, de loin en loin, au milieu des maisons quelconques, bourgeoisement banales ou de petit aspect boutiquier, on aperçoit encore bien des façades à la mode du dix-huitième siècle, de jolis détails de style rococo, tout à l'honneur du goût de la bourgeoisie ou de la magistrature d'alors. Et puis il y a l'Hôtel de ville, le superbe Hôtel de ville gothique qui peut aller de pair avec les plus célèbres édifices communaux de Belgique. Cet Hôtel de ville est admirable, on est bien forcé, par l'étroitesse de la rue qui passe devant la façade principale de lever très fort la tête pour détailler les beautés de cette façade, mais enfin on y parvient et l'on ne perd rien des belles fenêtres, des deux entrées à triple porte, des pinacles et des ogives dont les crochets et les fleurons s'épanouissent largement.

Le beffroi est superbe. C'est une grosse tour du quatorzième siècle, à hautes et larges fenêtres, flanquée de quatre tourelles coiffées de clochetons qui se hérissent de petites lucarnes. Au-dessus des créneaux se dresse un campanile de bois octogonal à quatre ou cinq étages de lucarnes sur lucarnes, se chevauchant l'une l'autre, laissant voir cloches et clochettes et non moins hérissés de pointes et de crochets, d'épis, de girouettes, d'aiguilles et de hallebardes, avec le lion de Flandre brandissant la dernière girouette au sommet. Une partie de la façade est moderne et par derrière une autre façade et des ailes en retour ont été construites dans le style du monument primitif sur une large cour.

Sur la place d'armes, tout près de l'Hôtel de ville, se trouve la maison dite du Dauphin, la plus jolie façade dix-huitième siècle de la ville; devant son toit, un fronton contourne ses lignes, ses coquilles et ses rocailles, avec de jolies sculptures aux deux étages de fenêtres encadrées de pilastres et de trophées au-dessus d'un riche balcon de fer forgé.

La Renaissance est représentée à Douai par la belle maison des Rémy, un haut pignon entre deux ailes, pignon tout en fenêtres, trois étages de légères colonnades, encorbellées au premier étage sur des têtes de lions et des masques, encadrant des frises et de jolis cartouches.

On trouve encore à Douai, avec çà et là quelques souvenirs d'abbayes et de couvents, un reste d'une ancienne commanderie du Temple, un portail fortifié avec tourelles de briques et vieux toits formant un motif assez pittoresque.

Douai n'a pas d'églises bien remarquables; il y a Saint-Jacques, Saint-Pierre et Notre-Dame: celle-ci est un édifice gothique dont les pignons un peu frustes ne manquent pas de pittoresque, surtout celui que couronne un clocheton ardoisé lourd et trapu, bizarrement campé sur le toit.

La grande église Saint-Pierre allonge sa nef moderne entre une haute chapelle, dont le dôme se termine par un de ces clochetons en gourde qui se rencontrent si nombreux en Belgique, et une très grosse tour carrée de la Renaissance récemment restaurée, à silhouette intéressante malgré sa lourdeur. A l'intérieur, ces églises sont riches en tableaux et sculptures provenant, pour la plupart, d'églises ou d'abbayes supprimées à la Révolution.

Douai n'a pas eu de vieux chroniqueur à statufier, ce n'est pas à l'histoire, c'est à la poésie que la ville a consacré un peu de marbre; sous les arbres d'un square voisin de Notre-Dame, s'élève la statue de cette pauvre Marceline Valmore, grand poète à la destinée malheureuse, dont l'âme vibra sous la douleur en admirables vers, en poèmes de tristesse les plus poignants qui soient, les plus doux et les plus résignés.

Douai est la patrie du géant Gayant, le célèbre géant Gayant, haut de trente pieds, colosse casqué, bardé de fer, qui se promène, bouclier au bras, lance au poing, tous les ans, à la Ducasse, un des premiers dimanches de Juillet, en grande cérémonie et dans un grand fracas de musiques, accompagné de sa femme, géante richement vêtue, et de ses enfants Mlle Fillion, M. Jacquot et Ch'tiot Bimbin, son dernier rejeton, bambins de quatre ou cinq mètres. Cette joyeuse procession qui met tout le pays en liesse daterait du quinzième siècle et remonterait, dit-on, à des réjouissances célébrant le départ des troupes du roi Louis XI après une vaine tentative sur la ville—à moins pourtant que son origine ne soit encore plus lointaine.

Lille se montre grande ville, très grande ville, les larges boulevards très mouvementés, les immenses voies sillonnées de tramways électriques sont bien d'une capitale; par malheur, cette capitale de la Flandre française, très modernisée, cité industrielle de première grandeur, ressemble à toutes les villes modernes d'importance, trop riches, trop lancées dans le mouvement industriel, pour avoir conservé grand'chose, sinon des monuments du passé, au moins des aspects caractéristiques des époques précédentes. Partout ce sont rues de commerce et d'affaires, avenues, boulevards neufs se prolongeant vers des quartiers usiniers, lesquels s'allongent à leur tour et marchent à la conquête des villages de leur banlieue pour les envelopper et les dévorer, et à la rencontre des villes voisines qui joindront un jour les volutes de fumée de leurs hautes cheminées aux fumées des siennes, pour la grande bataille industrielle.

Et partout de grands monuments bien modernes: le Palais des Beaux-Arts, vaste édifice Renaissance qui ressemble un peu au château de Chantilly et renferme d'importants Musées, l'institut Pasteur, l'Ecole des Arts et Métiers, le Lycée, les Facultés, le palais de Rameau, etc., etc.

Le point central, où bat le cœur de la ville, la Grand'Place, est certainement d'un noble aspect, tout à fait modernisée aussi, mais encore avec quelques monuments âgés d'un siècle ou deux, et quelques façades à lignes intéressantes, pour encadrer tout le mouvement sur cette place: l'Hôtel de ville, l'ancienne Grand'Garde, la Bourse et la colonne du siège de 1792.

L'Hôtel de ville, c'est à la fois le plus jeune et le plus vieux de ces monuments. Sur la place il date du règne de Louis-Philippe et cela se voit, mais si l'on traverse la cour, pour passer derrière, on y trouve les restes de l'hôtel de Rihour, ancien palais des Comtes de Flandre, une tour de briques, deux hauts pignons briques et pierres soutenus par des contreforts et percés de hauts fenestrages éclairant une belle salle gothique dite du Conclave.

En ces bâtiments résidèrent souvent les Comtes de Flandre de la maison de Bourgogne, ceux du quinzième siècle, époque brillante, période de prospérité pour la Flandre, après les luttes et les guerres terribles des treizième et quatorzième siècles, entre les rois de France et les ducs, depuis Ferrand que Philippe-Auguste ramena ferré, dans un chariot pour le tenir treize ans prisonnier en son donjon du Louvre:

«Lors fut Ferrand tout enferré,
«Dans la Tour du Louvre enserré.»

entre Français, Flamands et Anglais, et avant l'époque espagnole, seconde période de malheurs, de guerres et de ravages, qui ne cessa qu'avec les victoires du Grand Roi.

En face de l'Hôtel de ville, la Bourse fait meilleure figure; c'est un bel édifice carré du dix-septième siècle, en style de la Renaissance flamande, dont les façades à deux étages présentent une suite de colonnes décorées de gaines et de cariatides, alternées, encadrant des frontons très chargés de sculptures au-dessus de chaque fenêtre. L'ensemble est joli, avec le grand comble régnant sur le tout et toutes les cheminées, et le campanile malheureusement un peu maigre à la partie supérieure.

A l'intérieur, une cour à arcades, au milieu de laquelle la statue de Napoléon contemple une série de bustes de savants illustres, sous les arceaux.

Sur le côté de la place, troisième édifice, plus modeste. C'est un corps de garde élevé en 1717, sur un immense perron en avant-corps; la Grand'Garde est sans beauté particulière malgré son perron et ses frontons, mais elle rachète sa lourdeur par sa silhouette, d'autant mieux qu'elle est flanquée de quelques maisons anciennes à grands toits.

Au milieu de la place s'élève la colonne commémorative du fameux siège de 1792, colonne robuste et trapue, dressée sur un soubassement entouré d'obusiers pris à l'ennemi, et portant sur son sommet crénelé une figure de Lille au geste énergique, le boute-feu à la main. C'est le dernier des sièges soutenus par la vieille cité flamande, contre une armée autrichienne forte de trente-cinq mille hommes. Elle se défendit héroïquement avec une garnison peu nombreuse et des volontaires qui se distinguèrent, particulièrement les fameux Canonniers bourgeois, vieille et célèbre compagnie bourgeoise des Canonniers de Sainte-Barbe, dont l'hôtel actuel conserve nombre de précieux souvenirs. Une attaque vigoureuse, neuf jours et neuf nuits de bombardement pendant lesquels une partie de la ville flamba, n'eurent pas raison de la résistance héroïque des Lillois, et les Autrichiens, très éprouvés, durent lever le siège.

Si la ville voulait élever sur sa grande place une colonne pour tous les sièges qu'elle a soutenus, victorieusement ou malheureusement, mais toujours avec honneur, les Lillois actuels pourraient s'y promener à l'ombre. En prenant seulement leur histoire au temps du malheureux comte Ferrand et de ses démêlés avec Philippe-Auguste, nous voyons le roi de France assiéger et prendre trois fois Lille, et la troisième fois, pour en finir avec sa résistance obstinée, l'incendier et dévaster de fond en comble. C'est encore un siège sous Philippe le Bel, cent ans plus tard, lorsque Philippe le Bel, peu après la terrible défaite des Eperons d'or, eut écrasé les milices des villes flamandes à Mons-en-Puelle. Ensuite, au seizième siècle, pendant les troubles de la Réforme et la révolte des Pays-Bas, ce sont des coups de main et des surprises.

Puis, c'est le siège de 1667, Louis XIV en personne conduit son armée sous les murs de la vieille cité, qui se défend énergiquement avec deux mille quatre cents hommes de garnison et ses dix-huit compagnies bourgeoises. Mais, après dix jours de tranchée ouverte, une capitulation honorable est signée; moyennant le maintien de ses coutumes et privilèges, Lille fait partie désormais du royaume de France et elle aura à prouver bientôt sa fidélité au roi aussi complètement que jadis à ses ducs.

Vauban transforme la place et construit une citadelle très forte. A cette citadelle viennent se heurter en 1708, lors des guerres de la Succession d'Espagne, le prince Eugène et Marlborough. C'est le temps des désastres des armées royales en Flandre. Siège terrible, Boufflers défend la place à outrance. Après deux mois passés de tranchée ouverte, de famine et de bombardement pendant lesquels les Lillois montrent bien leur vaillance accoutumée, les violons narguant les canons, leur théâtre, malgré bombes et boulets, jouant insolemment la comédie tous les soirs, il faut rendre la ville; mais Boufflers se retire dans la citadelle et se défend encore deux mois, pendant lesquels Lille continue à vivre sous une pluie de fer et de feu.

Des remparts de la première période, Lille peut montrer près de l'église Saint-Sauveur la Noble Tour, qui n'est simplement que la base d'une grosse tour du quinzième siècle, mais, sauf modifications, éventrements et démolitions, la citadelle de Vauban est toujours là, et aussi quelques portes monumentales comme la Porte de Paris, très important arc triomphal, plutôt que porte, élevé par Louis XIV.

Lille a dédié à Saint Maurice une grande église à cinq nefs égales, superbe morceau d'architecture ancienne avec quelques reconstructions ou restaurations. Sur la façade, au-dessus de quatre hauts pignons, s'élève une grosse tour fort intéressante comme détails avec une belle flèche moderne. Du côté de l'abside, Saint-Maurice se prolonge par des sacristies, des chapelles basses en gothique très fleuri, s'alignant sous les hautes verrières.

Il y a encore Sainte-Catherine, Saint-Sauveur, Saint-André, Notre-Dame-de-la-Treille, etc., édifices peu anciens ou tout à fait modernes, quelques-uns intéressants à l'intérieur par des détails ou des œuvres d'art.

Très près de Lille, à cheval sur la frontière belge, à mi-chemin d'Ypres, la petite ville de Commines dresse sur sa grande place l'un des plus curieux, des plus originaux de ces beffrois municipaux de la Flandre. Toutes les villes belges ont gardé précieusement leurs donjons communaux, symboles de leurs libertés et franchises, belle famille de tours géantes, variées dans leurs structures, parfois vraiment colossales comme à Ypres ou Bruges, couronnées de façon si diverses, crénelées, coiffées de campaniles où tintent des carillons, ou bien découpées, ciselées en fantastiques bouquets de fleurs de pierres, comme à Audenarde ou Louvain.

La Flandre française peut, à côté de ces belles tours, avec un rang honorable dans la famille, montrer, outre celui de Douai, les beffrois de Commines et de Bergues.

A Commines, ville franco-belge, en deux parties séparées par la Lys et par une Douane, c'est une grosse tour carrée du quatorzième siècle, en briques et pierres, colorée d'une patine chaude, se terminant par une galerie de fausses arcatures flanquée de quatre tourelles, sous un énorme couronnement bulbeux en coupole ardoisée, coiffée à son tour par un campanile à deux étages, encore surmonté d'un autre clocheton, bulbeux comme les pointes des tourelles renflées en double poire.

L'Hôtel de ville, sous ce beffroi, est une construction quelconque moderne; en arrière, le clocher de l'église ne fait pas mal au-dessus des maisons, malheureusement sans caractère comme le reste de la ville. La faute en est sans doute aux guerres du seizième siècle, pendant lesquelles toute la ville brûla.

Si, comme le veut la tradition, Philippe de Commines est né au château de Commines et non à Argenton, en Poitou, cela fait avec Monstrelet et Froissart un joli trio de chroniqueurs. Il serait dommage de les séparer. Le fin politique qui sut vivre sans accident trop grave,—le cachot de Loches à part,—à côté de Charles le Téméraire et de Louis XI, et nous les pourtraicturer dans ses Mémoires, voisine admirablement avec Froissart et Monstrelet.

Bergues est mieux que Commines. C'est une petite ville gaie d'aspect, ceinte de remparts, de bastions baignant dans l'eau fournie par des canaux, avec des paysages de verdures tout à l'entour, animée par le clairon et le tambour des petits fantassins résonnant dans les vieilles murailles. Les rues de la ville n'ont pas grand caractère et l'église gothique est sans beauté particulière, mais, sur la grande place, s'élève le magnifique beffroi, haute et superbe tour complètement revêtue de haut en bas de grandes arcatures ogivales en sept ou huit zones, sans autres ouvertures que d'étroites meurtrières. Quatre grosses tourelles également plaquées d'arcatures, cantonnent la plate-forme portant le cadran de l'horloge sur ses créneaux. Au-dessus s'élève le campanile où chante le carillon, campanile à dôme renflé en poire ou en gourde, accompagné de petites gourdes ardoisées sur les tourelles.

Un petit corps de garde à arcades s'accote au bas de la tour. Malheureusement l'Hôtel de ville appuyé à côté n'est qu'un bâtiment sans style, refait il y a quarante ans.

Ce magnifique beffroi, par-dessus les petites maisons éparpillées à ses pieds, peut regarder ses vieilles connaissances les tours de l'abbaye de Saint-Winoc, dressées sur le mamelon du Groenberg, à deux ou trois rues de distance, dans le balancement, au vent de la mer assez proche, des masses de verdures de grands vieux arbres alignés, ombrageant une jolie promenade, laquelle fut sans doute le jardin de l'abbaye.

On disait Bergues-Saint-Winoc jadis, l'abbaye étant quelque peu la mère de la ville, ainsi que du village de pêcheurs à deux lieues de là, qui devait devenir Dunkerque, et il ne reste de Saint-Winoc que ces deux tours isolées, l'une carrée, soutenue par d'énormes contreforts de briques, ancien clocher de l'église, et l'autre, octogonale, à quatre étages en retrait les uns sur les autres, terminée par une haute flèche filant très haut dans les airs. Ces pauvres vieilles tours n'ont échappé à la destruction générale que parce que, sur ces côtes basses, elles sont visibles de très loin au large et servent d'amers aux navires.

Gravelines, qui flanque Dunkerque à quelques lieues sur la gauche, est un bon modèle de la petite place de guerre à la mode du dix-septième siècle. Se promener le long de ses remparts, sur les glacis des larges fossés pleins d'eau, c'est relire et revivre un peu l'histoire des guerres avec l'Espagne dans nos provinces du Nord. La ville n'a pas d'importance, il n'y a pas de monuments, ou ces monuments sont d'une architecture tout à fait modeste, mais aux portes, sous les petits corps de garde à colonnes, on est tout surpris de ne pas voir un poste du régiment de Champagne ou de Picardie, des piquiers ou des mousquetaires commandés par un anspessade.

Existence agitée, coups de canons nombreux, sièges, assauts, prises et reprises, durant une centaine d'années, de Philippe II à Louis XIV, puis retour à la tranquillité, voilà l'histoire de Gravelines et des agglomérations voisines, presque ses faubourgs, Petit fort Philippe, Grand fort Philippe, à l'embouchure de l'Aa.

Un point surtout est bien dans le caractère de l'époque, figé aux temps de Louis XIII et de Louis XIV. C'est un décor de petite place solitaire: au fond l'église basse, fenêtres gothiques, petite porte Renaissance; à droite, de vieilles casernes réunies par un pont à la nef de l'église, pour que Mgr le Gouverneur pût, sans descendre dans la rue, gagner sa tribune à la messe.

Dans la ville actuelle de Dunkerque, rivale d'Anvers, grand port qui s'agrandit d'année en année, on ne peut guère retrouver grand'chose de la physionomie caractéristique du vieux port de la Flandre française, au temps des frégates du Roi Soleil, du terrible refuge de corsaires d'où, pendant trois siècles, sous les couleurs espagnoles, sous le pavillon fleurdelysé de Louis XIV et de Louis XV, ou sous le drapeau de la République, s'élancèrent tant de hardies escadrilles pour courir sus, à travers la Manche ou la mer du Nord, aux flottes des Hollandais ou des Anglais.

Ce Dunkerque-là est aussi loin que le Duyne-Kerke, Eglise des Dunes, village de pêcheurs des premiers siècles; il a disparu sous les transformations, avec les pittoresques jetées de bois, les estacades d'il y a cinquante ans, et tout le tohu-bohu irrégulier des constructions maritimes de jadis, avec la vieille marine et les frégates et les flûtes et les corvettes à voiles.

Aujourd'hui, ce sont de nombreux et vastes bassins à flot, un avant-port, un arrière-port, des quais s'étendant sur des immensités bordées d'immenses magasins, et des forts, des docks, des écluses communiquant avec les divers canaux de l'intérieur, de larges voies sillonnées de wagons, de tramways, encombrées de la multitude des camions et des fardiers, et toujours des pâtés de hautes bâtisses, par-dessus lesquelles se dressent des mâtures.

Si l'on cherche des traces du vieux Dunkerque, que trouvera-t-on? Sur le port, la vieille tour de Leughenaer, défigurée, enfermée dans les maisons, l'église Saint-Eloi, avec sa grosse tour-beffroi et son carillon, à peine çà et là quelques restes de vieilles maisons et c'est tout.

L'église Saint-Eloi renferme la sépulture de Jean Bart; le héros Dunkerquois, prototype des rudes marins sortis en foule de la cité flamande, des capitaines corsaires de la période héroïque, s'y repose sous les dalles, à côté de sa femme, de ses vingt années de courses glorieuses, pendant les grandes guerres maritimes qui firent d'un simple matelot pêcheur, un chef d'escadre de Louis XIV!