Les querelles religieuses commencées, aux ravages des iconoclastes, aux excès de tout genre, répondirent les supplices et les massacres, la guerre répondit à la guerre. C'est à Bruxelles que, le 3 avril 1566, les gentilshommes confédérés réunis au nombre de quatre cents à l'Hôtel de Culembourg, apportèrent solennellement à la Gouvernante Marguerite de Parme, le Compromis d'Union et la requête de suspension des édits contre les protestants; c'est alors qu'ils adoptèrent pour leur parti le nom de Gueux, se parant fièrement d'une injure reçue de l'un des conseillers de la Gouvernante. Tout le pays était précipité dans la guerre civile et l'anarchie. Le duc d'Albe fut chargé de faire tête à la rébellion, aux gueux des bois harcelant les Espagnols par toutes les provinces, aux gueux de mer qui donnaient la chasse aux navires d'Espagne, et faisaient des descentes victorieuses dans les ports. Dès son arrivée à Bruxelles le 22 août 1567, le Conseil des Troubles commença son œuvre de répression. Le duc d'Albe fit prononcer la peine capitale contre les signataires du Compromis et raser l'Hôtel de Culembourg.
Le comte d'Egmont et le comte le de Horn, arrêtés, non comme Réformés puisqu'ils étaient catholiques, ainsi que bon nombre de signataires du Compromis, mais comme défenseurs de l'indépendance flamande, furent amenés à Bruxelles et enfermés à la Maison du Roi, en face de l'Hôtel de ville. Le 5 juin, à cinq heures du matin, vingt-deux compagnies espagnoles, mèches allumées, vinrent se serrer autour d'un échafaud drapé de noir. Le comte d'Egmont, le vainqueur de Saint-Quentin, parut au milieu des soldats; après s'être confessé à l'évêque d'Ypres et avoir reçu l'extrême-onction sur l'échafaud, il posa sa tête sur le billot. Dès que l'épée du bourreau se fut abattue, on amena le comte de Horn dont la tête roula bientôt près de celle de son ami, au milieu d'un tumulte de cris de fureur et de gémissements montant de la foule que les arquebusiers avaient peine à maintenir. D'une fenêtre de l'Hôtel de ville le duc d'Albe assistait au supplice, et, dit-on, pleurait aussi.
La Maison du Roi ou Halle au pain servit de maison communale jusqu'à l'achèvement de l'Hôtel de ville. L'édifice qui existe actuellement, en style ogival extrêmement fleuri et tout étincelant d'une récente restauration, fut construit en 1515. C'est aujourd'hui le Musée historique. La maison du Roi avait été restaurée déjà au dix-septième siècle. A cette époque, pour remercier Notre-Dame de la Paix d'avoir délivré Bruxelles de la peste, de la famine et de la guerre, on y grava l'inscription: A peste fame et bello, libera nos Maria Pacis; ce qui n'empêcha pas les bombes de 1695 de rendre nécessaire une autre restauration.
On sortait de la cruelle période des guerres, on avait souffert de la grande peste de 1578 qui avait emporté 27 000 Bruxellois, et l'on avait connu la famine pendant le blocus de 1584. Le règne réparateur de l'infante Isabelle, mariée à l'archiduc Albert, allait heureusement faire oublier les calamiteuses années et ramener la prospérité. La sève énergique de ce terrible seizième siècle perçait toujours, malgré désastres et catastrophes.
C'est de ces temps orageux que datent, pour la plupart, les grandes maisons de corporations qui bordent la Grand'Place de leurs façades compliquées et surchargées, rehaussées de peintures et de dorures, façades qu'il fallut malheureusement refaire avec modifications, après le bombardement de 1695.
A droite de l'Hôtel de ville, côté de la rue de la Tête-d'Or, c'est d'abord la Maison du Renard, construite par la corporation des merciers, un pignon à volutes et frontons, avec une statue en haut, et au balcon du premier étage cinq figures, les Parties du Monde; plus haut, des cariatides, et à l'entresol, des bas-reliefs.
A la Maison des Bateliers, sa voisine, c'est bien autre chose, le pignon a été transformé ultérieurement en gaillard d'arrière de frégate, avec balcon, canons, statues de matelots montant la garde, et au-dessous, une figure de Neptune et des chevaux marins cabrés dans les vagues de la mer.
Ensuite, la Maison de la Louve, indiquée par Romulus et Rémus allaités par la louve, en bas-relief, et qui était le local de la guilde des archers, statues nombreuses, fronton et, tout en haut, le phénix renaissant de son bûcher. Puis, Maison du Sac, aux tonneliers et menuisiers, beau pignon à volutes très ornementé, Maison des Imprimeurs ensuite.
A gauche de l'Hôtel de ville, la Maison du Cygne, aux bouchers, la Maison des Brasseurs, très large fronton surmonté de la statue équestre du duc Charles de Lorraine, puis les pignons de la Rose blanche et des Drapeaux. Tout le côté de la place en retour est pris par un grand édifice à pilastres et frontons précédé de trois perrons; c'est l'Hôtel dit des ducs de Brabant, pour la série de bustes à la base des pilastres, hôtel divisé en habitations particulières désignées, suivant la coutume ancienne, par des noms tirés de sculptures servant d'enseignes, comme Saint Antoine, la Fortune, la Pinte, etc., l'Hôtel des ventes en occupe une partie, et cela donne à la place déjà si mouvementée un supplément de mouvement et de bruit. On vend à l'encan, dans les salles intérieures, les ventes débordent sur le perron, les mobiliers s'entassent sur le pavé, les enchères volent, les commissaires-priseurs agitent leurs marteaux jusqu'au milieu de la Grand'Place.
En face de l'Hôtel de ville, la Maison du Roi est flanquée de deux groupes d'autres pignons, moins truculents qu'à côté, mais encore très joliment découpés, où l'on peut signaler la Maison des Tailleurs, en style classique, mais très décorée et très surchargée au sommet.
Tout autour, par derrière, dans les rues étroites, le pittoresque continue; ce sont des façades souvent presque aussi belles que celles de la Place, des recoins curieux, derrière la Maison du Roi, rue des Harengs ou rue Chair-et-Pain, rue au Poivre ou sur le Marché aux herbes, derrière l'Hôtel de ville, rue des Chapeliers, rue de la Tête-d'Or, rue de l'Amigo, rue de l'Etuve.
Ici arrêt forcé toujours, à l'angle décoré par le très fameux Manneken-Pis, fétiche bruxellois et curiosité légendaire. Ce petit bonhomme «shoking», le plus ancien bourgeois de Bruxelles, œuvre du sculpteur Duquesnoy, est là depuis 1648, et remplace une figure plus ancienne représentant un Godefroy, fils d'un duc de Brabant. Ce petit Manneken, nu ordinairement, a cependant, pour les jours de fête, une garde-robe bien fournie. Un Electeur de Bavière lui donna plusieurs riches habillements, avec un valet de chambre pour l'habiller. Louis XV, en réparation des insolences de quelques grenadiers français, le fit chevalier de ses ordres et lui envoya un magnifique costume, avec épée et chapeau à plumes, que l'inconstant personnage remplaça par un bonnet rouge en 93. A la Révolution de 1830, pour le conquérir au nouvel ordre des choses, on le fit officier de la garde civique.
Du Marché aux herbes, la rue de la Montagne conduit à l'église Sainte-Gudule, l'imposante masse sombre qui se dresse là-haut sur l'ancienne Colline aux moulins. Les deux grosses tours de la façade, au-dessus d'un large soubassement formant perron d'une quarantaine de marches, ont, bien que très ornées, une grandiose sévérité de lignes, par leur plate-forme crénelée, par les robustes contreforts en tourelles d'angle et par leurs fenêtres en lancettes, sévérité compensée par un gable du quatorzième siècle, très découpé, à statues, pinacles et clochetons, au-dessus du portail central. De très beaux et très riches porches latéraux s'ouvrent sur les transepts au pignon très orné.
A l'intérieur, beaux vitraux, monuments divers, grands mausolées, et naturellement chaire du même style extraordinaire que dans toutes les églises importantes,—peut-être la plus extraordinaire de toutes. Sous la chaire proprement dite, Adam et Eve, figures colossales, sont chassés du Paradis terrestre par l'ange à l'épée flamboyante et guettés par la Mort.—Au double escalier, troncs d'arbres, branchages entrelacés garnis d'oiseaux et d'animaux divers; tout en haut sur l'abat-voix en feuillages et draperies soulevés par des anges voltigeants, la Vierge sur le Croissant écrase la tête du Serpent.
Le Bruxelles officiel, élégant, le Bruxelles des palais du dix-neuvième siècle, occupe tout le sommet de la ville haute, la longue colline qu'escaladent les rues de la Montagne, Montagne-aux-Herbes-potagères, Montagne-de-la-Cour, et autres voies pittoresques aux noms amusants, comme rue Fosse-aux-Loups, rue du Bois-Sauvage, Montagne-des-Aveugles, etc... On y trouve même la «rue d'une Personne».
Il y a la colonne du Congrès, sur sa place en belvédère dominant tous les toits de la basse ville, le Parc, entre le Palais du Roi et le Palais de la Nation, où siègent les Chambres, la Place Royale et l'église Saint-Jacques-sur-Caudenberg, classique du dix-huitième siècle, sans compter d'autres Palais, Musées ou Ministères, le Palais des Comtes de Flandre, le Palais du duc d'Arenberg, pour arriver à la masse formidable du nouveau Palais de Justice. Il faudrait entasser les uns sur les autres les adjectifs «énorme, formidable, colossal, babylonien» pour essayer de qualifier comme il conviendrait cet extraordinaire ensemble de portiques, de vestibules ouverts à la grecque, de colonnades, de temples, de bâtiments posés sur d'immenses plates-formes, sur d'autres bâtiments, amalgamés, entassés, superposés, le tout portant, sur une terrasse supérieure, comme couronnement majestueux, un édifice carré à colonnades, avec statues colossales assises aux angles, sur lequel se pose un étage circulaire et enfin la coupole terminale, l'ensemble occupant 25 000 mètres carrés.
Le Guide affirme qu'il y a là vingt-sept grandes salles d'audience et deux cent quarante-cinq pièces de moindre dimension. C'est effrayant quand on songe à ce que ces chiffres, formidables comme tout le reste, permettraient de supposer comme quantité indispensable de procès pour les justifier ensuite, comme membres de juges, avocats, greffiers, huissiers, etc., pour occuper tous ces prétoires, tous ces greffes, tous ces locaux divers... Mais resterait-il assez de Belges pour fournir de plaideurs ce temple de la déesse Chicane?
Sur la place du Sablon s'élève une autre église gothique, Notre-Dame-du-Sablon, d'une belle découpure de lignes dans l'ensemble, avec un très gracieux portail, mais sans flèche ni tour.
Devant l'église s'étend une grande place arrangée en square, au-dessous du Palais du duc d'Arenberg. On a placé là, sur une fontaine monumentale, les statues des comtes d'Egmont et de Horn, entourés d'un cercle de personnages du seizième siècle.
Un peu plus loin se trouve l'église de la Chapelle, autre église gothique, mais bizarrement restaurée de nos jours et pourvue d'un très disgracieux clocher.
Un bel échantillon des défenses du vieux Bruxelles des anciens jours subsiste sur le boulevard de Waterloo, derrière le Palais de Justice. C'est la Porte de Hal, imposant morceau conservé à la démolition des remparts en 1830 et qui valait bien d'être maintenu et restauré. Outre ses bons services militaires, ce donjon avait été utilisé en prison sous le proconsulat du duc d'Albe; on lui a donné aujourd'hui une meilleure destination en en faisant un Musée d'armures.
Histoire mouvementée.—Troubles, massacres et boucheries.—Les Princes-Evêques et leur Palais.—Les sièges de Charles le Téméraire.—Eglises romanes et gothiques.—Vieilles pierres et modernités.
L'illustration historique de cette grande cité de Liége, remonte à de longs siècles, et son passé mouvementé n'est qu'une succession d'épisodes tragiques.
Ce n'est certes pas une ville morte, bien qu'elle ait eu, à certaines heures terribles, toutes les chances pour devenir aussi défunte que nulle autre. Ses gens des Métiers furent, au temps des grandes Communes, parmi les plus ombrageux et les plus turbulents, les plus difficiles à manier et les plus prompts à s'enflammer pour leurs droits, comme à se jeter avec une énergie furieuse, en toutes occasions, dans les violences, les séditions et les troubles. Que de luttes, pendant des siècles, contre les princes-évêques ou les suzerains, que de batailles, que de malheurs aussi aux époques sanglantes!
Pourtant Liége vit toujours. Dévastée et dépeuplée après les plus lugubres catastrophes, elle se rebâtissait et se repeuplait. Toujours ouvrière, manufacturière, c'est un centre industriel de premier ordre, une vaste cité où s'agite et travaille une population de 160 000 habitants.
La large Meuse s'y réunit à l'Ourthe dans les bas quartiers industriels. La partie importante de la ville est sur la rive gauche, à la base et sur le flanc des collines, où les grands quartiers modernes flanquent les vieux quartiers de la ville historique, que domine tout en haut la citadelle.
Une statue équestre de Charlemagne, sur le boulevard d'Avroy, nous rappelle l'importance que Liége commençait à prendre dès les derniers temps des vieux Carlovingiens, des Pépin d'Héristal ou de Landen, ducs d'Austrasie nés dans la contrée. Sans remonter jusqu'à cette lointaine époque, nous voyons, vers l'an mille l'évêque Notger, successeur de saint Lambert dont les reliques sont à la cathédrale, et de saint Hubert, le patron des chasseurs, fonder, pour ainsi dire, la principauté ecclésiastique indépendante de Liége, et pendant trente-cinq ans d'épiscopat, travailler au bien et à la grandeur de son évêché, créer des écoles, construire des églises et pour garantir la sécurité de ses ouailles, entourer Liége de solides remparts.
Pendant quelques siècles, Liége poursuit sa marche ascendante, malgré les querelles intestines, les troubles amenés par les compétitions pour le trône épiscopal, ou les luttes des évêques cherchant l'agrandissement de leur domaine. A travers toutes ces secousses, malgré l'existence d'une aristocratie féodale, à côté du pouvoir épiscopal, la bourgeoisie et les métiers de Liége, alliés tantôt des uns, tantôt des autres, conquièrent un échevinage et des garanties pour les libertés communales, non sans émeutes, sans explosions de fureurs et sans égorgements par les rues et les places publiques.
L'importance de cette principauté indépendante explique toutes les compétitions pour le trône épiscopal; les Evêques féodaux, grands seigneurs ou cadets de familles princières, une fois en possession de la mitre, menaient dans leur palais une existence fastueuse, et grâce à leurs richesses se livraient parfois aux plus scandaleux désordres. De là exactions, calamités, insurrections diverses.
En 1408, le peuple de Liége en pleine révolte chasse un de ces prélats indignes, Jean de Bavière, et le remplace. La guerre éclate. Liége peut fournir une armée de 15 000 hommes de pied et de 700 cavaliers, conduits par le nouvel Evêque Jean de Horn et par son père, armée qui se heurte près de Tongres aux 35 000 hommes amenés par Jean de Bavière et le duc de Bourgogne.
Les Liégeois sont écrasés. Après un épouvantable carnage, les têtes du nouvel Evêque et de son père sont portées à Jean de Bavière. Celui-ci, rentré dans Liége, supprime les libertés et privilèges de la ville et se livre à des cruautés qui lui valent le surnom de Jean sans pitié.
Ce Jean de Bavière, Evêque à dix-sept ans, abandonna plus tard son évêché pour se marier et courir à de nouvelles ambitions.
Quelque cinquante années après, Liége recevait un nouvel Evêque, Louis de Bourbon, un prélat de seize ans, neveu du duc de Bourgogne, et ce nouvel Evêque apportait à ses ouailles une longue suite de malheurs. En 1465, la ville révoltée contre Louis de Bourbon l'assiège à Huy et l'oblige à une fuite précipitée. La guerre se poursuit, les Liégeois se savent encouragés par le roi de France Louis XI, mais une armée bourguignonne leur inflige une cruelle défaite à Saint-Trond et marche sur Liége. Commines, qui suivait alors la fortune de Charles le Téméraire, raconte les péripéties de l'entrée en ville, le désaccord des Liégeois sans direction et qui auraient pu encore se défendre et ne pas subir la capitulation extrêmement dure qui leur fut imposée. Louis XI surpris par leur défaite trop prompte n'avait pu rien pour eux.
Six mois après, nouveau soulèvement, les Liégeois n'avaient pas si complètement livré leurs armes, de la première vouge à la dernière arbalète, qu'ils ne pussent encore mettre sur pied une armée considérable, mais dépourvue d'engins d'artillerie, et ils comptaient encore sur Louis XI.
Mais à Péronne, Louis XI s'est mis imprudemment entre les mains du duc Charles. Au lieu d'un allié, c'est un ennemi que le duc de Bourgogne traîne avec lui contre Liége. La ville, démantelée six mois auparavant, peut à peine se défendre contre les 40 000 Bourguignons de Charles le Téméraire. Il n'y avait «portes ny murailles, ny fossez, ny une seule pièce d'artillerie qui rien valut». Les Liégeois ne peuvent que vendre chèrement leur vie; ils commencent par infliger un échec à l'avant-garde ennemie, en lui tuant 2 000 hommes. Les assiégeants installent leur camp en attendant l'heure de l'assaut. Charles le Téméraire a son quartier sur les hauteurs de Sainte-Walburge, du côté de la citadelle actuelle; à côté de son logis, Louis XI, son otage, a le sien, séparé du duc par une grange où sont entassés 300 hommes.
L'assaut devait avoir lieu à la pointe du jour, mais, la nuit même, les Liégeois se sont résolus à une tentative désespérée. Commines racontant «comment les Liégeois firent une merveilleuse sortie sur les gens du duc de Bourgogne, là où lui et le roy furent en grand danger», dit que 600 hommes du pays de Franchimont près Liége, se laissant glisser sans bruit par les brèches, eussent tué le duc et le roi couchés dans leurs lits, si, rencontrant deux grandes tentes où dormaient quelques seigneurs bourguignons, ils ne se fussent «amusés» à lancer de grands coups de piques à travers, ce qui donna l'alarme. Au bruit, les 300 hommes de la grange commencèrent à sortir à demi armés, les archers du duc se levèrent et une horrible mêlée s'engagea dans l'obscurité, devant le logis de Charles qui s'armait à la hâte. D'autre part, le logis du roi était également attaqué, les quelques archers écossais de Louis XI se défendaient à coups de flèches tirés au petit bonheur dans la masse des gens qui s'égorgeaient sans se voir, serrés dans un si petit espace. Mais tout le camp réveillé arrivait à la rescousse, les 600 Liégeois moururent jusqu'au dernier.
Le lendemain l'armée bourguignonne forçait les retranchements et le duc Charles donnait le signal du massacre, des exécutions, des noyades en masse, du pillage à fond et de l'incendie final, de l'effroyable embrasement dont on aperçut les fumées tourbillonnantes depuis Aix-la-Chapelle, atrocités que le duc—l'impitoyable boucher de Nesle, de Gand, de Dinant et d'ailleurs,—devait justement expier un jour à Nancy, sous les piques des Suisses.
Liége semblait bien morte. Charles le Téméraire avait envoyé à la Bourse de Bruges, pour y être exposé «à la risée honteuse de la populace» selon une inscription qu'il y fit graver, le Perron c'est-à-dire une colonne surmontée d'une pomme de pin, Palladium de la cité et symbole des libertés communales, devant laquelle se faisaient les proclamations au peuple. Ce perron, on le voit encore aujourd'hui, ou du moins l'édifice qui a hérité de sa place et de son nom, une jolie fontaine du dix-septième siècle, où la colonne, au lieu de la pomme de pin traditionnelle porte un petit groupe des Trois Grâces. Que de gentillesses aujourd'hui, pour un souvenir des époques dures, des rudes combats soutenus par les métiers liégeois et de tous les égorgements qui firent ruisseler tant de sang sous ce perron.
Il est sur la Place du Marché, devant un Hôtel de ville de 1714. Liége n'a malheureusement pas de maison communale du Moyen-Age, l'Hôtel de ville, construit une trentaine d'années après le sac de Charles le Téméraire, ayant été détruit à son tour par un bombardement en 1691.
Après les massacres et les destructions de 1468, Liége se repeupla pourtant, se reprit à vivre, mais ce n'était pas la dernière tragédie. A peine une douzaine d'années écoulées, c'est l'assassinat de l'Evêque Louis de Bourbon par Guillaume de la Marck, le farouche Sanglier des Ardennes, qui, à la tête d'une bande de 4000 routiers, était venu tendre une embuscade à l'Evêque, aux portes de la ville où il s'était ménagé des intelligences.
Entré en ville, Guillaume de la Marck, terrorisant les chanoines, leur imposa l'élection au trône épiscopal de son fils, Jean d'Arenberg qui n'était même pas clerc. Mais les chanoines ayant pu s'enfuir à Louvain, s'empressèrent d'élire un autre Evêque, lequel, soutenu par le Pape et l'Empereur, put quelque temps après mettre la main sur le farouche Sanglier des Ardennes et le faire décapiter.
Ce fut le signal d'une guerre de brigandages menée par la famille de la Marck, alliée à la populace liégeoise. Huit années de luttes et de surprises, jusqu'au jour où les Liégeois, fatigués de la tyrannie des partisans des la Marck, se révoltèrent et les massacrèrent jusqu'au dernier.
Malgré les troubles, pendant le seizième siècle, Liége s'efforce cependant de se tenir à l'écart des grandes guerres contre l'Espagne. Au dix-septième siècle, les divisions prennent un caractère aigu, la ville se partage entre deux partis: Grignoux—Grognards—parti populaire, et Chiroux,—Hirondelles—parti de l'aristocratie. Les émeutes et les bagarres se succèdent, le bourgmestre Laruelle est massacré, avec l'aide des Espagnols, mais les Grignoux, furieux, font à leur tour une boucherie de tout ce qui peut tenir au parti opposé.
Luttes contre les Princes-Evêques ou difficultés pour maintenir la neutralité de la principauté pendant les grandes guerres, soulèvements et réactions, cela recommence toujours jusqu'à la Révolution française, quand le dernier des quatre-vingt-dix-huit Princes-Evêques de Liége est obligé de quitter sa ville, devant les troupes de Dumouriez.
Le Palais des Princes-Evêques n'est pas tout à fait tel qu'il était du temps où ces Prélats le remplissaient d'une cour de gens d'Eglise, et d'hommes d'armes. Il est aujourd'hui converti en Palais de Justice. Quelques robes de juges et d'avocats, quelques plaideurs, c'est tout ce qu'on y peut rencontrer. Un incendie l'a ravagé en 1734, détruisant une partie des bâtiments. La façade reconstruite est du dix-huitième siècle, sans beauté. Derrière cette façade, se trouvent deux cours rectangulaires; la plus grande est vraiment belle avec ses quatre galeries d'arcades soutenues par d'étranges colonnes à fûts renflés, différents de chaque côté, semblables à d'énormes chandeliers d'église couverts de grandes arabesques sculptées, aux chapiteaux desquels grimacent des figures grotesques. Dans la restauration entreprise de nos jours, on a ajouté une façade latérale en style du quinzième siècle, rappelant les bâtiments de la grande cour.
Le Palais des Princes-Evêques c'est le cœur du vieux Liége, mais, en dehors des églises, on y rencontre bien peu d'édifices anciens ou de maisons curieuses, ce ne sont dans ces vieux quartiers que rues commerçantes alignant des files de façades modernes, des places très mouvementées, gentilles certainement, mais sans originalité comme la Place Saint-Lambert, où se trouve le Palais de Justice, la Place Verte, la Place du Théâtre où s'élève la statue de Grétry.
On trouve pourtant quelques fragments anciens, quelques vieux murs dans les quartiers hauts, vers Sainte-Croix et Saint-Martin, en montant par les Degrés des Bégards, raide escalier grimpant sous de vieilles pierres moussues, sous des terrasses enlierrées et fleuries, jusqu'à l'église Saint-Martin, du côté où se trouvait jadis la porte Saint-Séverin.
De l'autre côté du Palais, rue Hors-Château, d'autres escaliers se voient encore, montant à la citadelle à la Vauban qui remplace les forts successivement établis sur ces hauteurs depuis le treizième siècle, pris, repris, démantelés, rebâtis, après avoir eu à combattre les archers flamands, les hommes d'armes de Bourgogne, les routiers du Sanglier des Ardennes, les arquebusiers espagnols, les canonniers de Louis XIV ou de Marlborough...
Magnifique vue de là-haut sur le cours de la Meuse qu'assombrissent des tourbillons de fumée, non plus celles des batailles ou du sac de Charles le Téméraire, mais la respiration des grandes usines et des établissements métallurgiques d'une banlieue industrielle.
Des ponts nombreux réunissent les deux parties de la ville; le vieux pont de jadis, le pont des Arches a été reconstruit en 1860 et n'a pas plus de caractère que les autres. Sur le quai de Maestricht, une haute construction domine tout le quartier par sa taille et sa beauté sévère, énorme carré de briques et de pierres à toit immense, jusqu'au sommet duquel monte une tour carrée terminée en terrasse. La porte ouvrant dans un petit pavillon, sous une sorte d'échauguette, a du caractère, ainsi d'ailleurs que certaines grandes fenêtres à solides grillages. C'est aujourd'hui le Mont-de-Piété qui s'abrite derrière ces grillages.
Pour cathédrale, Liége est obligée de se contenter de son église Saint-Paul, la Révolution ayant détruit l'ancien et superbe édifice qui regardait jadis le Palais de ses Princes-Evêques. Tour carrée, sans grand intérêt. Saint-Jacques, beaucoup plus intéressant, montre un peu de tous les styles, une rugueuse tour romane au portail, une longue nef gothique tout le long de laquelle, à la base des combles, se prolonge une galerie d'arcatures ouvertes, comme en haut des façades du Palais épiscopal, et un petit porche classique de la Renaissance, en hors-d'œuvre, ouvrant dans le bas côté gauche, à côté de la tour romane.
A Saint-Jean, de la vieille église romane de forme ronde, remplacée par un édifice dix-huitième siècle, il reste une vieille et belle tour carrée accostée d'une tourelle ronde. Saint-Barthélemy est également roman avec des tours à quatre pignons qui rappellent les clochers rhénans.
Sainte-Croix est une très belle église romano-gothique à trois nefs égales dont l'abside ronde, surmontée de petites tourelles et d'un clocher octogonal, fait un bel effet en haut de la colline. L'église Saint-Martin, grosse tour sans flèche est gothique; ici, lors d'une lutte entre le parti populaire et les nobles en 1312, deux cents de ceux-ci réfugiés dans la tour, après s'être défendus jusqu'au bout, périrent dans l'embrasement de cette tour.
La Meuse.—Une série de citadelles.—Notre-Dame de Huy.—Une fontaine gothique.—Le rocher de Dinant.—Sièges malheureux et mises à sac.—La Roche à Bayard.—Bouvignes.
Sur la Meuse, entre Liége et Namur, un énorme rocher qui vient presque border la rivière porte une citadelle qui pouvait, il y a trente ou quarante ans encore, être qualifiée de formidable.
Maintenant, avec les engins nouveaux et les explosifs à la dernière mode, on ne sait plus si le mot convient encore, mais nous pouvons toujours dire que ce rocher, couronné d'immenses maçonneries, reste très imposant. Cela constitue, dans tous les cas, un fort joli paysage, ces maisons blanches trempant dans la Meuse sans quai sous la forteresse, la roche nue perçant par endroits sous les broussailles ou le maigre gazon, les grands murs d'escarpe à mine rébarbative, percés d'embrasures, enfin, la grande église et sa grosse tour carrée.
Dans cette principauté ecclésiastique de Liége, Huy était une ville essentiellement cléricale qui comptait en ces temps dix-sept abbayes, couvents ou simples monastères et quinze églises.
L'une de ces abbayes, Neufmoutiers, était une fondation de Pierre l'Ermite, le prédicateur de la première Croisade, qui mourut à Huy. Mais la pauvre petite cité subit le contre-coup de toutes les révolutions qui secouèrent la ville capitale, de toutes les explosions populaires, comme aussi de toutes les discordes princières. A chacune de ces secousses, Huy récoltait quelques désagréments, le parti momentanément vaincu à Liége accourait se réfugier dans sa forteresse, pourchassé aussitôt par le parti vainqueur, et la guerre s'abattait sur la malheureuse petite ville pour laquelle il s'ensuivait siège, blocus, assauts, tous les malheurs possibles, avec souventes fois sac, pillage et incendie.
Dans les guerres du dix-septième siècle, elle eut encore à souffrir, elle perdit son beau pont du treizième siècle, détruit par Villeroy en 1689, ensuite la citadelle fut prise d'assaut et incendiée en 1693. Plus tard, après les guerres de l'Empire on la reconstruisit comme nous la voyons aujourd'hui.
De tous ses établissements religieux, il reste à Huy sa grande collégiale Notre-Dame, fondée par Charlemagne en 799. C'est un bel édifice du quatorzième siècle qui élève deux tours carrées à l'abside et, sur le côté d'un porche latéral, une très grosse tour carrée, dans le bas de laquelle, pour éclairer l'église, est percée une grande rosace, ce qui doit être un exemple unique.
Quelques restes de bâtiments claustraux se voient encore autour de l'église; sur la rue qui passe devant l'abside, s'ouvre le charmant portail de la Vierge, un petit édicule accoté au chevet sous les grandes verrières. C'est, au-dessus d'un passage, une grande ogive entre deux moindres, chacune sous un gable fleuronné. La grande ogive encadre dans ses subdivisions des scènes de la Nativité, la Vierge couchée dans l'étable de Bethléem, les Rois mages, les bergers, etc. Il faut dire que ce portail est une restauration très agrandie, l'ogive centrale seule est ancienne; elle s'ouvrait entre deux vieux bâtiments. Quand, il y a quelques années, on dégagea l'église de ce côté, on ajouta les deux petites ogives en supprimant un couronnement de la Renaissance, pour refaire le gable qui avait dû exister jadis.
Huy possède un joli petit monument sur une de ses places, une fontaine en cuivre du commencement du quinzième siècle, tout à fait originale comme arrangement, et qui fait penser à quelque gigantesque aquamanile. Du milieu d'un bassin, surgit une sorte de petit château, composé de quatre tours crénelées avec goulots en forme de gargouilles, entre lesquelles se tiennent debout quatre statuettes intéressantes pour l'allure et le costume, une dame, un évêque, un jeune chevalier et un autre homme d'armes; au milieu, une tour centrale porte une figure d'homme sonnant du cor.
Comme Huy, Namur, à quelques lieues de là, au confluent de la Sambre et de la Meuse, montre de loin les blanches murailles d'une citadelle haut perchée sur des rochers. C'est une très belle situation prêtant fort par elle-même au pittoresque, mais ce n'est pas le pittoresque qu'il faut demander à Namur. Point de vieux logis de tournure ancienne, ni de petite maison à la mode de jadis, point de grands monuments gothiques en cette cité bourgeoise très banalisée; ici les rues propres et froides, aux façades nettes et élégantes, n'ont aucune vieille chose à montrer.
Namur a l'air d'être né au dix-huitième siècle, tout au plus, et quoique un de ses quais sur la Meuse porte un nom latin, boulevard ad Aquam, on ne lui donnerait pas son âge. Quelques morceaux de vieilles rues assez anciennes se rencontrent bien çà et là, mais sans caractère.
L'Hôtel de ville est tout à fait moderne; il y a un beffroi pas bien loin, mais on l'aperçoit à peine par-dessus les toits, au fond d'une cour. Quant aux églises, ce sont des portiques, des colonnades classiques, des balustrades, des entablements, des coupoles, et du corinthien, du style jésuite, de la pompe et du faste.
Elles sont toutes du dix-septième ou du dix-huitième siècle, ce qui explique tout. La cathédrale date de 1750, l'église Saint-Loup, la plus fastueuse, est plus vieille d'un siècle.
Probablement, les sièges subis par la citadelle, avec leurs éclaboussures de bombes et de boulets, sont pour quelque chose dans cette absence d'édifices d'un certain âge, et de pierres travaillées aux belles époques, dans une cité aussi ancienne.
Seule, en arrière de la cathédrale Saint-Aubain, une vieille tour se
montre comme intimidée par tant de somptuosités classiques, c'est le
pauvre vieux clocher de l'ancienne église, clocher roman surmonté d'un
campanile, oublié comme un parent pauvre dans un recoin désert où l'on
ne va plus.
Mais quels charmants paysages tout le long de la Meuse, quel superbe déroulement sinueux de la rivière, entre bois, prairies et escarpements rocheux, avec des villages gentiment perchés dans la verdure, de jolies vallées s'ouvrant comme de bleuâtres coulisses, et les rochers de Dinant qui s'annoncent de loin barrant l'horizon.
Huy est bien situé, Namur agréable, la Meuse au-dessus comme au-dessous coule dans des paysages accidentés, délicieux et gais, mais quelle charmante ville que Dinant et quel site admirable. Au point le plus mouvementé de ces horizons superbes, après des tournants de rivière idylliques, le paysage a pris une soudaine grandeur.
Au-dessus des eaux qui filent, des rochers se lèvent abrupts, se découpant de la façon la plus pittoresque, et c'est encore, là-haut, sur la pointe de ces rochers, une forteresse moderne, mais si bien placée et si pittoresque! Voilà un adjectif que l'on n'a pas souvent l'occasion d'appliquer aux citadelles d'aujourd'hui, aux froids remparts dessinés au tire-lignes. Celle-ci, juchée sur un piton rocheux, à un tournant de la rivière, sans être aussi amusante de lignes qu'un château du quinzième siècle, couronne bien les terribles rochers à pic aux rudes cassures qui surplombent la ville.
Il faut dire que Dinant, serré tout le long de la Meuse sur une rive très étroite fait bonne figure aussi, et surtout que l'église, sous la pointe du rocher, est elle-même de lignes très curieuses, d'une couleur sombre qui met une note vigoureuse, juste où elle est nécessaire, et enfin que, sur son portail robuste et sévère, cette église Notre-Dame campe un très étrange clocher, une flèche bulbeuse qui se renfle en coloquinte, se rétrécit pour se renfler encore et compliquer une silhouette très amusante.
Les maisons au-dessous de ce curieux portail trempent presque dans la Meuse, elles sont hautes et serrées; beaucoup, après un rez-de-chaussée très bas, sont portées en encorbellement sur des poutrelles ou sur des corbeaux de pierre ayant un faux air de mâchicoulis.
Un grand pont moderne traversant la Meuse sous l'église, réunit la ville au faubourg de Leffe, et remplace le vieux pont plusieurs fois détruit, tout comme la ville elle-même, dont le passé est au moins aussi accidenté que les rochers. L'histoire de Dinant n'est qu'une succession d'explosions de fureurs et de catastrophes amenées par les coups de colères aussi imprudents que frénétiques des Dinantais.
C'était une rude ville que Dinant. Fière des richesses amassées dans le travail du cuivre, avec ses Dinanteries renommées par toute l'Europe, se fiant à la force de ses rochers et de son château de Montorgueil, elle se montrait d'une humeur peu commode, aussi bien avec la petite ville de Bouvignes, sa très proche voisine, qui la regardait de la rive en face à moins d'une demi-lieue, qu'avec les puissants, fussent-ils le Prince-Evêque de Liége, leur seigneur immédiat, le duc de Bourgogne ou le roi de France.
Bouvignes, c'est l'ennemie intime. Pendant des siècles, Bouvignes et Dinant si proches, mais séparées par une haine implacable, vécurent en état d'hostilité, telles Semlin et Belgrade. Les Dinantais eurent affaire en 1466 au comte de Charolais, le futur Charles le Téméraire. La principauté de Liége étant en révolte contre la maison de Bourgogne, ils eurent l'imprudence de s'en aller pendre Charles en effigie devant Bouvignes, qui tenait pour le duc, en criant aux habitants: «Voyez le fils de votre duc pendu ici, comme le roi le fera pendre en France». Et Dinantais et Liégeois s'en allèrent de compagnie ravager le pays de Namur resté fidèle au duc.
Mais Charles amenait une grosse armée avec une formidable artillerie qui fit rage contre les remparts. Malgré les averses de boulets, malgré les brèches largement ouvertes aux assaillants, les Dinantais, dans un délire de fureur, pendirent les parlementaires envoyés pour leur offrir une capitulation. La défense était impossible pourtant, et il fallut se résigner et se rendre à discrétion.
A furieux, furieux et demi. Le comte de Charolais allait tirer d'eux une terrible vengeance. Il se faisait alors la main pour les atroces boucheries qu'il devait ordonner par la suite. Il lança au pillage et au massacre ses bandes de routiers. Les femmes, les enfants, les gens d'église mis à part, réunis en un lamentable troupeau furent éloignés, et la ville livrée aux soldats, entièrement pillée, saccagée et incendiée. Comme, parmi les parlementaires mis à mort par les Dinantais, il se trouvait des gens de Bouvignes, huit cents habitants liés deux à deux furent conduits devant Bouvignes et noyés dans le fleuve.
Les flammes éteintes, Charles ne s'éloigna qu'après avoir rassemblé les populations voisines pour leur faire abattre et raser ce que l'incendie avait laissé debout.
La ruine était si complète que l'acte autorisant plus tard la reconstruction d'une église, disait: «Au lieu jadis appelé Dinant.»
Et cependant, après quelques années, les Dinantais revinrent peu à peu et leur industrie se rétablit. Ce n'était pas le dernier siège que la ville devait subir. Moins de cent ans après, en 1554, pendant la guerre des trois évêchés, une armée française arriva sous les murs de Dinant. Les Dinantais dans un nouvel accès de fureur, se livrèrent encore aux mêmes insultes imprudentes, bien que le roi de France leur eût fait offrir de rester neutres, ils n'y gagnèrent qu'un siège et une mise au pillage.
Sous le rocher qui porte la citadelle il n'y a guère qu'une longue rue: l'église vue de côté se dessine de façon tout aussi pittoresque avec son transept et son petit porche latéral.
Il n'y a pas d'autres monuments ensuite que l'Hôtel de ville, ancien palais des Princes-Evêques, où l'on voit encore, flanquant une vieille porte datée de 1637, une grosse tour coiffée du même dôme en coloquinte que l'église, une sorte de tourelle en encorbellement, bref un ensemble de bâtiments s'arrangeant agréablement dans un peu de verdure, sur la berge de la Meuse.
Et cette berge conduit un peu plus loin à une autre curiosité, naturelle celle-ci, très monumentale après tout, la célèbre Roche à Bayard, qui se dresse à pic dans les eaux de la Meuse, droite comme une tour, aiguë comme une flèche de cathédrale, au point le plus magnifique du paysage dinantais.