La Reine ayant avec carresse
Reçu madame la Princesse,
Et ses associés aussi,
Cela donne bien du souci
A ces deux têtes noire et blonde,
Qui sont les suppôts de la Fronde;
On dit qu'ils font les yeux mourants,
Et même aussi leurs adhérents,
Et n'est pas jusqu'à La Boulaye
Dont le grand cœur ne s'en effraye.
(Muse historique, lettre du 15 octobre 1650.)
[388] On appeloit ainsi par dérision le duc de Beaufort, qui avoit la charge de grand-amiral de France.
[389] La cour revint à Paris au commencement du mois de novembre 1650.
[390] Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse.
[391] Anne de Rohan, princesse de Guemené, duchesse de Montbazon. Louis de Rohan, son mari, étoit, comme aîné, débiteur de la dot constituée à sa sœur.
[392] Cette anecdote et les vers inspirés à mademoiselle de Scudéry par la prison du prince de Condé, étoient déjà connus par le récit de madame de Motteville. (Voyez ses Mémoires, dans la collection déjà citée, t. 39, p. 9.)
[393] M. de Bar étoit chargé de la garde des trois princes. Il étoit fort ignorant; on a prétendu que, comme il ne savoit pas le latin, il vouloit qu'on leur dît la messe en françois, de peur que le prêtre en officiant ne leur donnât dans cette langue des avis qu'il ne pourroit pas comprendre.
[394] Cet événement arriva, le samedi 29 octobre 1650, entre onze heures et minuit. (Voyez le Récit véritable de tout ce qui s'est fait et passé à l'assassinat commis proche l'hôtel de Schomberg, au sujet de monseigneur le duc de Beaufort; Paris, 1650, in-4o de sept pages.) Loret a raconté cette tragique aventure d'une manière tout à la fois badine et judicieuse:
Samedi, par grande disgrâce,
Gens inconnus et pleins d'audace,
Le soir, tout tard, mirent à mort
Un suivant du duc de Beaufort,
Comme il alloit quérir son maître,
Qui, ce soir même, alla repaître
Chez la duchesse de Nemours,
N'ayant pas trouvé ses amours.
Cela fit bien crier du monde,
Et surtout messieurs de la Fronde,
Jusque-là qu'un maître mutin,
Qui ne s'appelle pas Martin,
Fut dire à l'Altesse Royale
Que cette action déloyale,
Qui rendoit tout Paris chagrin,
Ne venoit que du Mazarin;
Et redoublant la hardiesse
Dont il parloit à Son Altesse,
S'écria que sans doute un jour
On lui feroit semblable tour.
Plusieurs disent que ce langage
Est plein d'insolence et d'outrage;
Toutefois le Frondeur susdit,
Ayant ainsi dit et prédit,
Et fait une telle incartade,
Ne reçut point de bastonnade.
Multitude de lanterniers,
De vrais nigauds, de safraniers,
Et des crieurs d'huîtres à l'écaille,
Oh! la ridicule canaille!
Ont envoyé des députez,
Le peste soit des effrontez!
Au duc de Beaufort, pour lui dire,
Sans même excepter notre Sire,
Qu'ils le serviroient contre tous:
Mais ces gens-là sont-ils pas fous?
Conseil, minorité, régence,
Que direz-vous de cette engeance?
Sainte majesté de nos Rois,
Justice, obéissance, lois,
Aujourd'hui si peu maintenues,
Hélas! qu'êtes-vous devenues?
(Muse historique, lettre du 5 novembre 1650.)
[395] Les sieurs de Saint-Eglan et de Brinville. (Récit véritable.)
[396] Cette croix étoit au coin de la rue Saint-Honoré et de l'Arbre-Sec. On disoit tantôt Tiroir, tantôt Trahoir. Personne n'est d'accord ni sur ce nom, ni sur son origine. (Voyez Jaillot, Recherches sur Paris, quartier du Louvre, p. 7.)
[397] Comme l'écrit déjà cité est l'ouvrage d'un Frondeur, et que ce parti ne mettoit pas en doute l'intention des assassins de tuer le duc de Beaufort, le pamphlet diffère essentiellement de la narration de mademoiselle de Scudéry. Il y est dit que les assaillans, «croyant que ledit seigneur-duc étoit dans ledit carrosse, à cause que le sieur de Saint-Eglan avoit la chevelure blonde, ainsi que la porte ledit seigneur-duc, tirèrent quinze à vingt coups, sans blesser personne, sinon le sieur de Brinville, lequel fut blessé légèrement à la joue..... et tout aussitôt tira un autre coup de mousqueton, duquel fut tué ou blessé à mort un desdits assassineurs, et en même temps ledit sieur de Brinville sauta légèrement hors du carrosse, et à la faveur de la nuit se mêla parmi eux sans être reconnu, ce que ne put faire le sieur de Saint-Eglan, lequel fut misérablement blessé d'un coup de poignard ou de baïonnette au cœur, dont il mourut une demi-heure après.» (Récit véritable.)
[398] C'étoit dans la nuit du jeudi 3 novembre 1650. Nous trouvons cette date dans Loret:
A Paris, durant qu'il fait sombre,
Arrive toujours quelque encombre.
Jeudi, la nuit, plusieurs badauds
Attachèrent à six poteaux,
En assez indigne posture,
Du cardinal la pourtraiture.
Cet acte et son impunité
Témoignent bien en vérité
Un règne impuissant et débile.
Je ne suis pas assez habile
Pour leur représenter leur tort,
Mais je hais l'insolence à mort.
(Muse historique, lettre du (samedi) 5 novembre 1650.)
[399] Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairière de Condé.
[400] Loret rend compte de la maladie de la Reine-mère dans les termes suivants:
Un peu d'indisposition,
De langueur et d'émotion
Attaquèrent, l'autre semaine,
L'individu de notre Reine;
Son corps, pour être exempt de mal,
N'est pas aussi fait de métal,
Mais de chair délicate et belle
Qui pourtant n'est point immortelle.
Pourroit-elle se bien porter
Après qu'on l'a tant fait trotter?
Et comment n'être point malade
D'une si longue cavalcade,
Et de tant d'ennuis et de soins?
Certes, on l'est souvent à moins.
Dieu veuille garder sa personne,
Et des conseils que l'on lui donne
Ne lui faire user que des bons
Pour le plus grand bien des Bourbons!
(Muse historique, lettre du 5 novembre 1650.)
[401] La cour étoit revenue à Paris le 12 novembre 1650, et le lendemain, le duc de Beaufort étant venu saluer la Reine, en fut mal reçu. C'est Loret qui donne ces dates et ces petits faits:
La cour . . . . . . . . . . . . . . . . . .
A Paris mardi retourna . . . . . . . .
. . . . . on me dit avant-hier . . . .
Que la Reine . . . . . . . . . . .
Avoit montré grande froideur
Contre monsieur un Tel, Frondeur,
Qui, croyant tirer avantage
Du funeste et cruel carnage
Qu'on avoit fait de son suivant,
Est moins aimé qu'auparavant.
Les voleurs mis à la torture
Ayant avoué l'aventure
Et dit tout haut, en plein sénat,
Qu'ils avoient fait l'assassinat,
Mais de cette action félonne
N'ayant chargé nulle personne.
(Muse historique, lettre du 19 novembre 1650.)
[402] Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, mort en 1666.
[403] Le prince de Condé fit à cette occasion un couplet très-connu; il est imprimé dans le Nouveau siècle de Louis XIV, ou Poésies anecdotes du règne et de la cour de ce prince; Paris, Buisson, 1793, t. 1er, p. 273. Soulavie est l'éditeur de ce recueil. Voici ce couplet, rétabli d'après un manuscrit de chansons historiques que feu M. le marquis Garnier nous avoit communiqué:
Cet homme gros et court,
Si fameux dans l'histoire,
Ce grand comte d'Harcourt
Tout couronné de gloire,
Qui secourut Cazal et recouvra Turin,
Est maintenant recors de Jules Mazarin.
[404] César Phébus d'Albret, comte de Miossens, étoit alors maréchal de camp; élevé à la dignité de maréchal de France, au mois de février 1653, il ne s'appela plus que le maréchal d'Albret.
[405] La princesse de Condé, douairière, mourut à Châtillon-sur-Loing le 2 décembre 1650. Ses restes, déposés à Paris dans l'église des Jésuites, furent transportés, le jeudi, 22 décembre suivant, au couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques; nous joindrons ici le récit semi-burlesque de Loret; il contient des circonstances curieuses:
En ce convoi sombre et fatal,
Plus de cent flambeaux à cheval
Eclairoient la pompe funèbre
De cette princesse célèbre,
Qui tous les cœurs attendrissoit
Par où le triste char passoit.
Les grands et grandes de la ville,
Au nombre de deux ou trois mille,
Avoient été, vêtus en deuil,
Rendre visite à son cercueil.
Le peuple avec un zèle extrême
En avoit aussi fait de même,
Et moi, qui ne suis presque rien,
Mais toutefois un peu chrétien,
J'allai dire comme les autres
En ce saint lieu mes patenostres, etc.
(Loret, Muse historique, lettre du 25 décembre 1650.)
[406] Isaac Habert, nommé évêque de Vabres en 1645, mourut en 1668. Il a eu grande part aux disputes du jansénisme, ayant attaqué le premier l'Augustinus de l'évêque d'Ypres.
[407] Loret a fait mention, dans sa Muse historique, de cette action oratoire.
De Vabres, orateur célèbre,
Fit lundi l'oraison funèbre
De celle qu'on nommoit icy
Charlotte de Montmorency,
De Condé princesse douairière,
Qui fit voir en sa fin dernière
Tant d'amour et de charité,
Que l'on peut dire en vérité
Que son âme ardente et zélée
Dans les cieux est tout droit volée,
Avec mille fois plus d'appas
Qu'elle n'en avoit ici-bas,
Quoiqu'elle ait passé les plus belles
De toutes les beautés mortelles.
L'oraison se fit le matin
Au grand couvent Saint-Augustin.
C'étoit un beau panégyrique,
Et d'un accent si pathétique
Cet évêque le proféra,
Que l'assemblée en soupira,
Et plusieurs, émus par ses charmes,
En versèrent même des larmes.
(Loret, Muse historique, lettre du 18 décembre 1650.)
[408] Ces deux discours de l'évêque de Vabres ne paroissent pas avoir été imprimés; au moins ils ne sont pas indiqués dans l'ouvrage du Père Lelong, quoiqu'il cite deux autres oraisons funèbres de la princesse de Condé, dont une est de l'abbé d'Aubignac. (Bibliothèque historique de la France, no 25820.) Moreri, quoiqu'il ait donné la liste des ouvrages d'Isaac Habert, ne fait non plus aucune mention de ces discours.
[409] La bataille de Rethel, gagnée le 15 décembre 1650, par le maréchal Du Plessis sur les Espagnols, dans les rangs desquels étoit le maréchal de Turenne.
[410] Claude de Mesmes, comte d'Avaux, l'un de nos diplomates les plus célèbres, et frère du président, étoit mort le 19 novembre précédent.
[411] Henri de Mesmes, président à mortier au parlement de Paris, mourut le 29 décembre 1650. (Voyez la Muse historique de Loret, lettre du 1er janvier 1651.) Ce passage donne la date précise de cette lettre.
[412] Montglat rapporte aussi ce fait. (Mémoires de Montglat, deuxième série de la Collection des Mémoires, t. 50, p. 256).
[413] René Potier, seigneur de Blancmesnil et du Bourget, président des enquêtes, ne termina sa carrière que le 17 novembre 1680.
[414] Les princes étoient sortis du Havre le 13 février précédent. Leur liberté avoit été le résultat d'un traité fait entre le coadjuteur et la princesse palatine, au nom du prince de Condé, dont elle avoit reçu les pouvoirs tracés sur une ardoise. Ce double mariage en avoit été l'une des conditions. Le but étoit de réunir les princes et le duc d'Orléans dans un même intérêt. Mademoiselle de Chevreuse, en épousant le prince de Conti, auroit empêché le cardinal Mazarin d'attirer à lui le frère du prince de Condé. (Voyez les Mémoires de Guy Joly dans la Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, deuxième série, t. 47, p. 117.) Ces mariages ne s'accomplirent pas.
[415] Jean de Montreuil, secrétaire du prince de Conti, membre de l'Académie françoise. Il n'auroit pu être long-temps le custodi-nos du prince, car il mourut le 27 avril suivant.
[416] Ce second refus du parlement eut lieu le 1er mars 1651. (Mémoires d'Omer Talon, deuxième série de la Collection des Mémoires relatifs à l'histoire de France, t. 62, p. 172.) Ce fait donne la date précise de cette lettre.
[417] Louis de Valois, duc d'Angoulême, gouverneur de Provence, mourut à Paris, le 13 novembre 1653. Il avoit eu avec le parlement d'Aix les démêlés les plus sérieux, à l'occasion des charges qu'il avoit fait créer pour rendre ce parlement semestriel. Le duc d'Angoulême, alors comte d'Alais, voulut employer la force à l'exécution de ses desseins; le peuple prit le parti de son parlement; les avenues du palais furent barricadées, et le comte d'Alais, obligé de capituler, sortit de la ville après avoir traité avec ses magistrats. Le parlement cassa le semestre, ainsi que les consuls nommés au nom du Roi, tandis qu'ils auroient dû être élus, et tout rentra dans l'ordre; mais les esprits demeurèrent long-temps envenimés. (Relation véritable de ce qui s'est fait et passé en la ville d'Aix, en Provence, depuis l'enlèvement du roi Louis XIV, fait à Paris le 6 janvier 1649, et en l'affaire du parlement, où le comte d'Alais, madame sa femme et mademoiselle sa fille, le duc de Richelieu, M. de Sceve, intendant, et plus de cent cinquante gentilshommes ont été arrêtés prisonniers; apportée par le sieur T., envoyé par messieurs du parlement de Provence. A Paris, chez Jean Henaut, au Palais, 1649. In-4o de 8 pages.) (Cabinet de l'éditeur.)
[418] Mathieu Molé, premier président du parlement de Paris, reçut les sceaux le 3 avril 1651, et mourut dans ses fonctions le 3 janvier 1656.
[419] C'étoit le ballet de Cassandre dont les paroles sont de Bensserade. (Voyez les Œuvres de Bensserade, édition à la sphère, 1698, t. 2, p. 3.) Il fut dansé au Palais Cardinal le 26 février 1651. La Reine n'y assista point; elle venoit d'être obligée d'ordonner au cardinal Mazarin de quitter la France. Les petits détails échappent à la grave histoire, bien qu'ils ne soient pas toujours indignes d'être recueillis; c'est ce qui nous détermine à donner ici le récit burlesque de Loret:
Le soir un désir me vint prendre
D'aller visiter la Cassandre
Qu'on dansoit au Palais-Royal,
Où plusieurs dames, comme au bal,
Avoient mis leurs plus riches jupes
Pour donner dans les yeux des dupes.
Mademoiselle s'y rendit,
Qu'assez long-temps on attendit,
Avec les deux jeunes Loupines
Très-charmantes et très-poupines;
On y voyoit de tous côtés
Luire tout plein d'autres beautés,
Et la Guerchy plus que pas une
Brilloit en haut sur la tribune
Très-fort œilladée, et par qui?
Par Nemours, Joyeuse et Créqui,
Qui, bien souvent lorgnant la belle,
Etoient aussi lorgnés par elle.
Pour la Reine, en ce lien d'appas,
Sa Majesté ne parut pas,
Car elle étoit triste et malade.
Pour le ballet et mascarade,
Il étoit assez jovial;
Toutefois, pour ballet royal,
En dessein, dépense et musique,
Il n'étoit pas trop magnifique.
Quoi que c'en soit, cette action
Causa de l'exaltation.
Le Roy, qui fait bien quoi qu'il fasse,
Y dansa de fort bonne grâce;
Trois ou quatre admirablement,
Et les autres passablement.
(Muse historique, lettre du 5 mars 1651.)
[420] Les bourgeois de Paris gardoient nuit et jour le Palais-Royal; cela dura jusqu'au mois d'avril, comme on le voit encore dans Loret:
Les Parisiens remerciez,
Et tout-à-fait licenciez,
N'auront plus le soin ni la peine
De garder le Roy ni la Reine,
Et ne feront plus les Argus,
Sinon de peur d'être c.....
Outre qu'ils étoient inutiles,
C'étoient guerriers très-mal habiles,
Et des gens qui savoient si peu
Gouverner des armes à feu,
Que trente en ont perdu la vie
Qui n'en avoient aucune envie.
(Muse historique, lettre du 3 avril 1651.)
[421] Nous citerons encore ici l'autorité de Loret:
La duchesse de Longueville,
Belle, spirituelle, habile,
A dans son cœur déterminé
De ne point sortir de Stené (Stenay)
Que la paix ne soit commencée
Et même un peu bien avancée.
Elle emploie, à ce que l'on dit,
Son éloquence et son crédit
Et tous les charmes nécessaires
Pour disposer nos adversaires
A ce grand accommodement,
Désiré généralement,
Et qui couronnera la belle
D'honneur et de gloire immortelle.
(Muse historique, lettre du 26 février 1651.)
La duchesse de Longueville revint à Paris vers le 15 du mois de mars, comme on le voit au même ouvrage dans la lettre du 19 mars 1651.
[422] Ce M. Bonneau étoit vraisemblablement l'oncle de madame de Miramion; sa fille épousa M. de Chauvelin.(Voyez une Vie manuscrite et inédite de madame de Miramion, par madame de Nesmond, sa fille.) (Cabinet de l'éditeur.)