Les puissants de la terre, rois, comtes et même empereurs ne reboivent, d’ailleurs, que ce qu’ils ont brassé, car ils se conduisent mal: ils dépouillent les pauvres gens pour faire des cadeaux aux «lecheors»[49] qui les entourent. S’ils guerroient, les Brabançons, mercenaires à leur service, en ont tout le profit[50]. La paix, ou une trêve, est-elle faite? ils n’honorent pas suffisamment Dieu ni l’Église. Nul ne tient «ferme justice». Les grands devraient être l’appui des bons et la terreur des méchants, et ils ne font que chasser le cerf. Beau spectacle que celui des rois, oints de l’huile sainte, protecteurs nés de tant de gens, qui passent leur temps à huer et à corner au derrière des bêtes! La chasse, sans doute, est une récréation permise; mais, pourtant, il ne faudrait pas tant «boscheier», c’est-à-dire courir les bois. Il faudrait que les rois fussent en tout temps à la disposition des justiciables et des prud’hommes que des menteurs calomnient pour se venger. Il faudrait qu’ils fussent pacifiques et pendissent haut et court ceux «qui porchacent guerre ou discorde».
Plus on a, plus on a des peines, dit Salomon; qui possède n’est pas libre. On se figure volontiers que l’auteur pensait au roi Henri II, son patron, dont la vie fut si terriblement agitée, coupée de prospérités et de désastres extraordinaires, quand il écrit de l’homme puissant qui gouverne «trop grant demaine»:
A quoi bon regretter de n’avoir pas de terres? A son heure, chacun de nous en aura toujours sa toise:
La responsabilité des rois est lourde, dit encore l’Ecclésiaste, car le peuple prend modèle sur eux, tant chevaliers que bourgeois. Il ne leur est que trop facile de mettre leurs vices à la mode. Quand on reproche à un vilain d’avoir offensé Dieu, il répond impudemment: «Dex aïe! je ne faz que li reis ne face».—Le devoir des rois est de vivre, non pour soi, mais pour le commun, et d’«être à tous»; et surtout de protéger Sainte Église, les clercs, les moines, les nonnains de toute couleur, noires et grises.
Ce n’est pas, cependant, que les clercs ne se déshonorent souvent par ce qu’ils font, en contradiction avec ce qu’ils prêchent. Mais il faut les honorer tout de même, pour leur Seigneur, sinon pour eux.
Hélas! à quoi leur sert de savoir l’Écriture et la science du bien et du mal? Boire et manger à l’excès, commettre des adultères, ce n’est pas là ce qu’ils prêchent, mais ce qu’ils font. Ils nourrissent leurs «soignanz»[56], leurs «mestriz»[57], du «patrimoine au Crucefiz», et leurs petits enfants des «trentels»[58] qu’ils se font payer, mais qu’ils ne célèbrent pas. L’auteur a trop souvent entendu les pauvres gens se plaindre d’être grugés par eux. Habiles à vider les bourses, usuriers, menteurs, tricheurs, les voilà:
Les archidiacres et les doyens, pires que les païens, tolèrent, pour de l’argent, le concubinage des prêtres. Pourvu qu’elle paye, la «fole fame» devient à leur avis, meilleure que sainte Gemme. Le doyen ordonne au prêtre de la chasser, en déclarant que «ce ne peut mais estre enduré»; mais on lui offre de bons repas, on lui glisse cinq sous dans la main, et il s’apaise:
L’évêque, qui souffre de tels abus et «prent loier» pour les ignorer, est encore plus coupable.—C’est aussi un crime de vendre les églises, au lieu de les donner aux plus dignes, car cela décourage les clercs séculiers d’apprendre. Pas d’espoir d’avoir une église, si tu ne oins la paume à qui la donne; la science ne te servira de rien. Le népotisme et la simonie sévissent simultanément:
L’auteur ne parle pas ainsi «par ire»; mais qui veut «chastier» autrui doit dire la vérité. Il a, du reste, la plus haute idée de la dignité épiscopale: le bon évêque doit être toujours prêt au martyre, anxieux du salut des âmes qui lui sont confiées, indépendant. Que sa justice soit gratuite; qu’il choisisse bien ses clercs:
Qu’il prêche lui-même le peuple partout où il va, et qu’il agisse comme il conseille d’agir. Qu’il soit chaste de corps et de parole. Qu’il s’abstienne de ces «chufles» (plaisanteries) qui font rire la «fole gent.» Qu’il n’amasse que pour les pauvres. En cas de disette, «par mal tens ou par grant guerre», qu’il donne à ceux qui mendient leur pain:
Qu’il ne soit pas généreux à l’excès pour sa famille, encore qu’il n’y ait pas de mal à ce qu’il s’entoure des siens, s’ils sont «de bone afeire»; car on n’es jamais bien sûr de la fidélité des étrangers. Les siens du moins, ne lui failliront pas si l’on le veut assaillir ou maltraiter.
Qu’il respecte ses mains, sa dextre sacrée; qu’il ne batte, par conséquent, personne.
Quand il sera «en consistoire», avec la mitre et la crosse, et quand on l’appellera «mestre et sire», qu’il ne se glorifie pas en son cœur; car «veine gloire est transitoire». Qu’il pense au Jour du Jugement.
Il n’appartient pas à l’auteur de reprendre les archevêques[66], qui ont autorité sur les évêques. Il ne leur en conseille pas moins, aussitôt, de ne pas emprunter à «jable»[67] ni à «monte»[68] pour mieux peupler leurs écuries. Pauvreté n’est pas vice: saint Gatien, saint Martin et saint Julien étaient très pauvres. Il faut régler sa dépense sur ses revenus, afin de ne pas être obligé de vendre des terres ou d’extorquer de l’argent à qui n’en peut mais, au moment fixé pour le rachat des gages[69].
Le pape est au-dessus de tous, fontaine de doctrine, verge et bâton de discipline, vin et huile de médecine, lait de piété, notre chef, notre salut. Il a le sceptre et la pourpre. Toute l’Église supplie que Dieu le mette dans la bonne voie.
Au-dessous de lui, les cardinaux, qui jugent en dernier ressort[70]. Ils sont fort exposés à cette vilainie qui consiste à «loier prendre», et n’en s’en font pas faute; que Dieu les en préserve!
Mais c’est assez parler des clercs.—Les chevaliers, eux, tiennent l’épée, en théorie, pour «justicier» et pour défendre les opprimés. Mais, en pratique, ils s’en servent pour exploiter les malheureux. Quand les malheureux «baillent de faim», ils les pressurent encore, mangent et boivent ce qu’ils leur ont dérobé, les trompent de toutes manières et ne leur gardent pas la foi qu’ils leur doivent. La foi qu’ils leur doivent! car on a des devoirs envers ses inférieurs, et même plus impérieux encore qu’envers ses supérieurs:
Dieu, quelle honte! pour une peccadille, le seigneur frappe son homme du poing ou du tison; il le met aux fers; il le dépouille, gâte son bien; il le laisserait mourir sans un coup d’œil. Est-ce là «garder» ses hommes? Étrange manière de garder. Ce n’est pas ainsi qu’il faut agir:
La chevalerie a sûrement dégénéré de nos jours. Danser, «baler et demener bachelerie, bobancier, behourder, tournoyer», les chevaliers ne pensent qu’à cela. Et cependant le franc homme, «né de franche mere», qui a reçu l’«ordre» de la chevalerie, s’est engagé par là à être preux, hardi, honnête, loyal, dévoué à l’Église; à ne pas envier aux clercs les dîmes et les prémices qui leur ont été donnés pour vaquer au service de Dieu (rendez les dîmes inféodées!). On devrait bien enlever l’épée et «escoleter» les éperons des chevaliers indignes et les chasser de l’Ordre chevaleresque, en pleine église, devant l’autel, comme ils y ont été admis.
Il y a deux glaives: le spirituel et le temporel. Le premier a été remis aux clercs pour excommunier les méchants; le second aux chevaliers pour tailler le poing des «maubailliez» qui tourmentent les gens à tort. Qu’ils frappent d’accord, et tout va bien.
Si les clercs sont faits pour «prier» et les chevaliers pour «défendre», les paysans le sont, suivant l’ordre éternel des choses, pour «laborer».
Leur condition n’est pas gaie:
«Au meilleur jour de la semaine», il peine: il sème, herse, fauche, «touse» la laine, fait palissades et «meiseires» (clôtures):
Il ne tâte jamais d’un bon morceau. Il ne boit pas le vin de sa vigne. Trop heureux s’il a du pain noir, du lait, du beurre. D’autant plus de mérite a-t-il lorsqu’il rend à chacun ses devoirs. Malheureusement il perd le mérite de ses souffrances par les sentiments de révolte que sa condition lui inspire. Il ne prend rien en patience. Il querelle Dieu de son sort:
Le comble, c’est qu’il essaie de tricher Dieu en trompant sur ce qu’il doit pour la dîme. Mauvais calcul, de secouer sa gerbe en l’aire avant de «faire sa dîme», calcul de Caïn!
Si vous aviez ferme créance en Celui qui est le dispensateur de tous biens, vous recouvreriez au centuple vos dépenses pour cet objet.
Le premier devoir des marchands est d’avoir bons poids, bonnes mesures, conformément aux ordonnances des comtes et des rois. Ils ont le droit de prélever un bénéfice sur les denrées qu’on apporte «devers Garmaise» (Worms) ou «devers Pise», de France ou d’Espagne; mais la tromperie n’est pas licite. Ne pas vendre de l’eau pour du vin, peau de lièvre pour du lapin, fourrure de fouine comme si c’était de la zibeline, bois commun pour «mazelin» (bois précieux à faire des coupes), «mustabet»[79] pour «dras de hoquet»[80]. Ne pas jurer pour écouler son stock ni vendre à prix surfaits avec payement différé; car cette dernière opération est usuraire, et l’usure est un triste métier[81]. Et ce métier n’est même pas toujours avantageux; on prête pour dix ce qui vaut quatre: on espère de grands profits; mais c’est compter sans la malice des gens. L’emprunteur séduit souvent, par-dessus le marché, la femme ou la fille du prêteur. Il en est, à la vérité, à qui c’est égal «si l’en joue o[82] sa borzeise»:
Ils pensent, du reste, que cette circonstance ne peut que contribuer à les faire rentrer dans leurs fonds. Mais le dommage s’en accroît. L’emprunteur, pour faire proroger sa dette, donne [en gage] ses vieilles affaires, ses vieux draps, un vieux manteau. On les accepte. «Li fous de creire s’abandone».—C’est, en vérité, trop de patience de voir ces choses sans se fâcher. Il faut agir, en pareil cas, sur la femme, en privé et congrûment:
Si jeûnes, privations, coups, dons et promesses sont inefficaces pour mettre la femme à la raison, l’auteur conseille au mari ou au père de ne plus s’en mêler et de confier l’affaire à l’Église.
Bourgeois doit aller à l’Église, fréquenter les offices, verser offrandes et aumônes, principalement s’il a quelque chose à se reprocher, pour l’amender. Qu’il se confesse en carême; qu’il paie chaque année, honnêtement, l’impôt sur le revenu auquel son curé a droit, suivant le montant de ses gains:
Acheter et vendre à la même aune. Ne pas «tirer» ni «étendre» le drap. Rendre le profit des usures, si l’on en a perçu.
L’auteur revient ici, semble-t-il, aux ventes à prix majoré et à payement différé, dont il a fait voir précédemment les inconvénients possibles pour les prêteurs. Cette opération est aussi, inversement, un moyen de duper les prud’hommes. On la masque souvent sous des prétextes philanthropiques. Charité! Cette «charité»-là mériterait d’être appelée, plutôt, «chanité», comme qui dirait: coup de chien. Mieux vaudrait, à coup sûr, stipuler franchement un intérêt:
Tel vous vendra, par exemple, pour dix livres «de ci qu’a la feste saint Mars» (saint Médard) ce qui vaudrait sept livres à peine[91]; «mé» (boisseau) d’ivraie pour mé d’avoine; draps de bourre pour draps de laine, truie pour porc, vache pour bœuf. «C’est vençon raisnable»[92], dit-il. Le diable le lui fait accroire. Mais il n’en jouira pas. Il s’en fera excommunier, et la malédiction du bien mal acquis pèsera sur sa descendance. Fils d’usurier, «noriz de male viande», cherchent plus tard à s’en procurer de pareille, comme les petits de la cigogne, repus, dès le nid, de charognes, qui s’en montrent friands plus tard[93].
Trop fol est qui s’expose à l’excommunication pour de l’argent. Car l’excommunié qui meurt en cet état, avant d’avoir été réconcilié par le prêtre (et il y a toujours danger de mort subite), ses biens, forfaits, reviennent au doyen. Il est tenu pour un païen et enterré comme un chien:
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Maintenant, c’est au tour des femmes. On m’a «assez conté novelles», dit l’auteur, de dames et de demoiselles, de chambrières et de «meschines»[95].—Les comtesses et les reines en font, d’ailleurs, tout autant. Les amours des «riches fames» ont souvent allumé la guerre, comme nous l’enseignent notre loi et les livres des païens: Hélène, Dalila et tant d’autres. Portrait de la jolie femme du grand monde, coquette impitoyable:
Pour plaire à son complice, elle n’épargne pas les cosmétiques: fiel de mouton, graisse de chien, et la pâte épilatoire de chaux vive et d’orpiment. La «faisselle» (la boîte à fard) embellit les laides «froncies». Quelle folie de s’arranger ainsi!—Mais pire encore que la coquette est la femme qui est sorcière et qui fabrique des «emplâtres» pour faire mourir les prud’hommes. Envoûteuses, qui font des «voûts» de cire et d’argile et disent dessus des charmes. Empoisonneuses, qui «enveniment» leur seigneur «de males herbes» et qui font avorter leurs filles, au risque de les tuer.—Riche dame qui n’aime pas la quenouille, ne tisse, ne file ni ne dévide, s’exempte de tout autre soin que de se faire «belle et gente» et de se peindre blanche ou rose. Elle ne s’occupe que d’aimer. Pas son mari. Si celui-ci veut prendre des mesures pour l’empêcher de rencontrer son ami, elle déclare qu’elle est malade; elle baille, elle a des frissons:
Richeut[105] vient, là-dessus, qui lui recommande de se faire «porter a la veille» (c’est-à-dire à l’office de vigile). Elle se fait, en effet, «voer a la veille», non pour prier, mais pour s’amuser et retrouver celui qui la fait renoncer à Dieu. Si elle ne le rencontre pas, elle ne sait que devenir et se livre au premier venu. Il ne faut pas chercher ailleurs le motif de la décadence évidente de la noblesse:
De tels péchés n’ont rien d’étonnant, au surplus, puisque «nature les conseille». Mais les femmes qui se livrent, entre elles, au péché contre nature, on devrait les huer, leur jeter pierres, bâtons, torchons, comme aux chiens[111]...
Pourtant, il y a de bonnes femmes. Pour des folles comme Orhan et Organite, déjà nommées, on trouve des sages comme furent les saintes Tècle et Marguerite, et comme beaucoup d’autres, moins connues, qui vivent encore de nos jours. Or, «bone fame est moult haute chose». D’abord une femme a été l’instrument de la rédemption. Une bonne femme est l’ornement de son seigneur, qu’elle aime, sert et conseille; elle a en lui un protecteur et un confident:
La dame mariée, qui aime son mari, prend du bon temps, ou bien elle a des enfants, dont les époux attendent «bon fruit», quand ils seront élevés. «Bon sunt li effant a aveir». Cependant, la chose présente aussi des inconvénients, auxquels l’auteur est très sensible. Il avait déjà dit, incidemment (v. 793), à propos des paysans, que c’est la nécessité de nourrir leurs enfants qui rend les gens de la campagne «faux» (et inexacts dans le payement des dîmes). Il ajoute ici, en général, que c’est pour leurs enfants, dont les caresses les affolent, que les gens volent, empruntent, oublient de payer, usent leur corps de travail, «gages prennent et baillent gages», jusqu’à la mort.
La comtesse de Hereford le sait bien, qui a perdu tous ses enfants. Elle emploie son temps, depuis lors, à faire des chapelles, orner les autels, héberger et soigner les pauvres, honorer et servir les hautes personnes telles que évêques, abbés, prieurs, Hospitaliers, chanoines blancs. Elle leur présente des amicts et des aubes, des chasubles en drap de Trente, dont elle achète l’étoffe et qu’elle taille et coud de ses mains. Elle aime loyalement son seigneur, et tout le monde la vénère. Quel exemple pour les dames qui veulent bien faire!
Et celles qui veulent bien faire ont raison, car leur tendre chair sera bientôt vers, et puis cendre. Nous mourrons, vous mourrez. La plus charmante pourrira dans sa bière,
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L’auteur conclut en disant qu’après avoir parlé des autres, il veut aussi parler de lui. Le souvenir de sa jeunesse l’épouvante. Il considère ses actions passées:
Il pense à la «voiz espoentable» qui prononcera, au Jour du Jugement: «Alez, maudiz...». Il voit la vermine immortelle qui dévore les damnés:
Il entame une litanie de tous les saints du paradis:
Prions pour maître Etienne de Fougères, qui nous a montré les manières du monde, et aussi ce qu’il faut faire et éviter, louer et blâmer, pour rendre nos âmes à Dieu:
Le poème qui nous est parvenu sous ce titre contient des renseignements assez précis sur celui qui l’a écrit et sur la date où il a été rédigé.
L’auteur avait fréquenté, pendant la première partie de sa vie, les cours des princes. Il se souvenait d’avoir assisté, notamment, à la cour magnifique que l’Empereur Frédéric Ier Barberousse tint à Mayence en 1184. Il nomme près de cent grands seigneurs qu’il avait «vus» et qui lui avaient «fait des dons» en sa qualité de jongleur. Faut-il croire qu’il les avait tous, en effet, connus personnellement? Ou bien quand il dit:
et
Quand il déclare que la mort, en enlevant ces princes et ces barons, l’a privé de ses «amis» (v. 418), est-ce une manière de parler? Si ce n’est pas une manière de parler, on est obligé d’en conclure qu’il avait été en relations avec les plus grands seigneurs de la seconde moitié du XIIe siècle, en France, dans l’Empire et jusqu’en Orient: avec le roi de Syrie Amauri († 1173), avec le roi de France Louis VII († 1180), avec le roi d’Angleterre Henri II († 1189), avec le roi d’Aragon Alfonse II († 1196), avec Richard Cœur de Lion († 1199), et avec les principaux barons des diverses régions de France, même du Midi, mais particulièrement de Bourgogne et de Champagne. S’il faut prendre ce qu’il dit au pied de la lettre, il aurait été de sa personne non seulement à Mayence, mais à Arles (v. 70), à Montpellier (v. 425), à Jérusalem (v. 1794).
A la suite de circonstances inconnues, il quitta le siècle et passa quatre mois dans l’abbaye cistercienne de Clairvaux. Quatre mois, pas davantage. Il dit d’une manière ambiguë qu’on le «ramposnait» à l’occasion de ce séjour. Mais il affirme qu’il «s’en partit molt franchement» de Clairvaux (qui lui laissa cependant le plus mauvais souvenir) sans dire, du reste, pourquoi ni comment. Il entra par la suite chez les moines noirs, dont il portait «les draps», c’est-à-dire la robe, depuis plus de douze ans passés lorsqu’il écrivit son livre (v. 1090). Il résida certainement, comme moine, au monastère de Cluni (v. 1658 et suiv.).
C’était, d’ailleurs, un singulier moine. Bon vivant, fort ennemi des austérités, dégoûté et de langage très libre.—Les Chartreux lui font horreur, car ils vivent solitaires (lui, il aime «la compagnie»); et ils privent de viande leurs malades (ce qu’il qualifie d’homicide). Les reclus, qui se font emmurer, sont fous: