Luther y répondit par différentes pièces dont le recueil fut imprimé sous le titre: La fable du lion et de l'âne.
Luther était à peine marié, que ses ennemis répandirent le bruit que sa femme venait d'accoucher. Érasme accueillit ce bruit avec empressement et se hâta d'en faire part à ses correspondans; mais il se vit obligé plus tard de le démentir. (Ukert, I, 189-192.)
[a82] Page 225, ligne 6.—Tous les jours les dettes nous enveloppent davantage...
En 1527, il fut obligé de mettre en gage trois gobelets pour cinquante florins et d'en vendre un pour douze florins. Son revenu ordinaire ne s'éleva jamais au-dessus de deux cents florins de Misnie par an.—Les libraires lui avaient offert une somme annuelle de quatre cents florins, mais il ne put se résoudre à les accepter.—Malgré le peu d'aisance dont il jouissait, sa libéralité était extrême. Il donnait aux pauvres les présens de baptême destinés à ses enfans. Un pauvre étudiant lui demandant un jour quelque peu d'argent, il pria sa femme de lui en donner; mais celle-ci répondit qu'il n'y en avait plus dans la maison. Luther prit alors un vase d'argent et le remit à l'étudiant pour qu'il le vendît à un orfèvre. (Ukert, II, p. 7.)
«Je lui aurais volontiers donné de quoi faire sa route, si je n'étais accablé par la multitude des pauvres, qui, outre ceux de notre ville, accourent ici comme en un lieu célèbre.» (avril 1539.)
«Je t'en supplie, mon cher Justus, par grâce, arrache du trésorier cet argent qu'il est si difficile d'avoir et que le prince a promis à G. Scharf... Tu donneras, s'il le faut, une quittance en mon nom.» (11 mai 1540.)
«Luther se promenant un jour avec le docteur Jonas et quelques autres amis, fit l'aumône à des pauvres qui passaient. Le docteur Jonas l'imita, en disant: «Qui sait si Dieu me le rendra?» Luther lui répondit: «Vous oubliez que Dieu vous l'a donné.» Le mot de Jonas indique fortement l'inutilité des œuvres qui résultait de la doctrine de Luther. (Tischr. 144, verso.)
«Le docteur Pommer apporta un jour au docteur Luther cent florins dont un seigneur lui faisait présent, mais il ne voulut point les accepter; il en donna la moitié à Philippe et voulut rendre l'autre au docteur Pommer qui n'en voulut pas.» (Tischr., p. 59.)
«Je n'ai jamais demandé un liard à mon gracieux seigneur.» (Tischr., p. 53-60.)
[a83] Page 226, ligne 14.—Je ne leur demande rien pour mon travail...
«Un commerce légitime est béni de Dieu, comme lorsque l'on tire un liard de vingt; mais un gain impie sera maudit. Ainsi l'imprimeur *** a gagné beaucoup sur les livres que je lui ai fait imprimer; avec un liard il en gagnait deux.... L'imprimeur Jean Grunenberger me disait consciencieusement: Seigneur docteur, cela rapporte beaucoup trop; je ne puis avoir assez d'exemplaires. C'était un homme craignant Dieu, aussi a-t-il été béni de notre Seigneur.» (Tischr. p. 62, verso.)
«Tu sais, mon cher Amsdorf, que je ne puis suffire à nos presses, et voilà que tout le monde me demande de cette pâture; il y a ici, près de six cents imprimeurs.» (11 avril 1525.)
[a84] Page 238, ligne 17.—Pourquoi m'irriterai-je contre les papistes? tout ce qu'ils me font est de bonne guerre...
Ils cherchaient cependant, à ce qu'il semble, à se défaire de lui par le poison.
(Janvier et février 1525.) Luther parle dans deux lettres différentes, de juifs polonais, qui auraient été envoyés à Wittemberg pour l'empoisonner (Judæi qui mihi venenum paravere), moyennant le prix de 2000 ducats. Comme ils ne dénoncèrent personne dans leur interrogatoire, on allait les mettre à la torture, mais Luther ne le souffrit point, et il s'employa même à les faire mettre en liberté, quoiqu'il n'eût aucun doute sur le nom de l'instigateur.
«Ils ont promis de l'or à ceux qui me tueraient, c'est ainsi qu'aujourd'hui combat, règne et triomphe le saint-siége apostolique, le régulateur de la foi, la mère des églises.» (Cochlæus, p. 25.)
Un Italien de Sienne mangea avec le docteur Martin Luther, causa beaucoup avec lui, et resta à Wittemberg quelques semaines, peut-être pour savoir comment les choses s'y passaient. (Tischr. p. 416.)
Des tentatives d'un autre genre eurent aussi lieu.
«Mathieu Lang, évêque de Salzbourg, m'a recherché d'une manière si singulière, que sans l'assistance particulière de notre Seigneur, j'eusse été pris. En 1525, il m'envoya par un docteur vingt florins d'or, et les fit donner à ma Catherine, mais je n'en voulus rien prendre. C'est avec l'argent que cet évêque a pris tous les juristes, de sorte qu'ils disent ensuite: Ah! c'est un seigneur qui pense bien. Lui cependant, se tient tranquille et rit en tapinois. Une fois il envoya à un curé qui prêchait l'Évangile, une pièce de Damas, pour qu'il se rétractât, et il dit ensuite: Est-il possible que ces luthériens soient de si grands fripons, qu'ils fassent tout pour de l'argent?» (Tischreden, p. 274, verso.)
Mélanchton, qui ne rompit jamais avec les lettrés de la cour pontificale, fut pendant quelque temps soupçonné d'avoir reçu des offres.
Un jour, on apporta une lettre de Sadolet à Sturmius, dans laquelle il flattait Mélanchton. Luther disait: «Si Philippe voulait s'arranger avec eux, il deviendrait aisément cardinal, et n'en garderait pas moins sa femme et ses enfans.
»Sadolet, qui a été quinze ans au service du pape, est un homme plein d'esprit et de science; il a écrit à maître Philippe Mélanchton le plus amicalement du monde, à la manière de ces Italiens, peut-être dans l'espoir de l'attirer à eux, au moyen d'un cardinalat. Il l'a fait sans doute par l'ordre du pape, car ces messieurs sont inquiets; ils ne savent comment s'y prendre.—Le même Sadolet n'a aucune intelligence de l'Écriture, comme on le voit dans son commentaire sur le psaume 51. Les papistes n'y entendent plus rien, ils ne sont plus capables de gouverner une seule église; ils se tiennent fiers et raides dans le gouvernement et crient: Les décisions des Pères ne comportent point de doute.»
[a85] Page 239, ligne 6.—Persécution...
«Aux chrétiens de la Hollande, du Brabant et de la Flandre (à l'occasion du supplice de deux moines augustins, qui avaient été brûlés à Bruxelles).
«... Oh! que ces deux hommes ont péri misérablement! Mais de quelle gloire ils jouiront auprès du Seigneur! c'est peu de chose d'être outragé et tué par le monde pour ceux qui savent que leur sang est précieux, et que leur mort est chère à Dieu, comme disent les psaumes (116, 15). Qu'est-ce que le monde comparé à Dieu?... Quelle joie, quelles délices les anges auront-ils ressenties, en voyant ces deux âmes! Dieu soit loué et béni dans l'éternité, de nous avoir permis, à nous aussi, de voir et entendre de vrais saints, de vrais martyrs, nous qui jusqu'ici avons adoré tant de faux saints! Vos frères d'Allemagne n'ont pas encore été dignes de consommer un si glorieux sacrifice, quoique beaucoup d'entre eux n'aient pas été sans persécutions. C'est pourquoi, chers amis, soyez allègres et joyeux dans le Christ, et tous, rendons-lui grâce des signes et miracles qu'il a commencé d'opérer parmi nous. Il vient de relever notre courage par de nouveaux exemples d'une vie digne de lui. Il est temps que le royaume de Dieu s'établisse, non plus seulement en paroles, mais en actions et en réalité...» (juillet 1523.)
«La noble dame Argula de Staufen, soutient sur cette terre un grand combat; elle est pleine de l'esprit, de la parole et de la science du Christ. Elle a envahi de ses écrits l'académie d'Ingolstad, parce qu'on y avait forcé un jeune homme, nommé Arsacius, à une honteuse révocation. Son mari, qui est lui-même un tyran, et qui a maintenant perdu une charge à cause d'elle, hésite sur ce qu'il doit faire. Elle, elle est au milieu de tous ces périls avec une foi forte, mais, ainsi qu'elle me l'écrit elle-même, non pas sans que son cœur s'effraie. Elle est l'instrument précieux du Christ; je te la recommande, afin que le Christ confonde par ce vase infirme les puissans et ceux qui se glorifient dans leur sagesse.» (1524.)
A Spalatin. «Je t'envoie les lettres de notre chère Argula, afin que tu voies ce que cette femme pieuse endure de travaux et de souffrances.» (11 novembre 1528.)
La traduction de la Bible par Luther, donna à tous envie de disputer; on vit jusqu'à des femmes provoquer les théologiens, et déclarer que tous les docteurs n'étaient que des ignorans. Il y en eut qui voulurent monter en chaire, et enseigner dans les églises. Luther n'avait-il pas déclaré que par le baptême tous devenaient prêtres, évêques, papes, etc.? (Cochlæus, p. 51.)
[a86] Page 239, ligne 9.—On nous laisse périr de faim...
Un jour qu'il était question, à la table de Luther, du peu de générosité que l'on montrait à l'égard des prédicateurs, il dit: «Le monde n'est pas digne de leur rien donner de bon cœur; il veut avoir des gueux et des criards impudens, tels que le frère Mathieu. Ce frère, à force de mendier, avait obtenu de l'électeur la promesse qu'on lui achèterait une fourrure. Comme le trésorier du prince n'en faisait rien, le prédicateur dit en plein sermon, devant l'électeur: «Où est donc ma fourrure?» L'ordre fut renouvelé au trésorier, mais celui-ci différant encore de l'exécuter, le prédicateur parla de nouveau de sa fourrure, dans un autre sermon où l'électeur était présent. «Je n'ai pas encore vu ma fourrure,» dit-il, et c'est ainsi qu'il obtint à la fin ce qu'il désirait.» (Tischreden, p. 189, verso.)
Du reste, Luther se plaint lui-même du misérable état dans lequel se trouvent les ministres: «On refuse de les payer, dit-il, et ceux qui jadis prodiguaient des milliers de florins à chacun des fourbes sans nombre qui les abusaient, ne veulent pas aujourd'hui en donner cent pour un prêtre.» (1er mars 1531.)
«On a commencé à établir ici (à Wittemberg), un consistoire pour les causes matrimoniales, et pour forcer les paysans à observer quelque discipline et à payer les rentes aux pasteurs, chose qu'il faudra peut-être faire aussi à l'égard de quelques-uns de la noblesse et de la magistrature.» (12 janvier 1541.)
[a87] Page 239, ligne 22.—Apparitions...
«Joachim m'écrit qu'il est né à Bamberg un enfant à tête de lion, qui est mort promptement: qu'il a aussi apparu des croix au-dessus de la ville, mais que le bruit qui s'en répandait a été étouffé par les prêtres.» (22 janvier 1525.)
1525. «Les princes meurent en grand nombre cette année; c'est là peut-être ce qu'annonçaient tant de signes.» (6 septembre 1525.)