[180] Chaque jour de nouveaux faits, en apparence bizarres, viennent fournir de nouveaux moyens de solution; l’un des plus remarquables est le cas du Nègre virginien, appelé Henry Moss originaire du Congo, troisième génération; lequel, dans l’espace de six à sept ans, est devenu homme blanc, à cheveux longs, lisses et châtains, comme un Européen: c’est lui dont Liancourt parle tome V, page 124. J’ai vu un procès verbal authentique de sa transmutation de peau.

[181] Le k est jota; et le th a la valeur anglaise.

[182] C’est ainsi qu’ils désignent les missionnaires.

[183] Aussi percent-elles si facilement aux enfants, qu’ils n’éprouvent jamais de maux de dents.

[184] Pendant treize mois que j’ai passés en Corse, j’eus la note certaine de cent onze assassinats de guet-apens par effet de ces vindettes, ou vengeances de talion: sous le gouvernement génois, il y en a eu jusqu’à neuf cents par an. Quel gouvernement! et quel peuple!

[185] Il est curieux d’observer que ces vieillards raisonnent précisément comme le coryphée des politiques italiens. (Machiavelli), qui, dans ses Commentaires sur les décades de Tite-Live, lib. 3, chap. 1er, prescrit également pour restaurer les états, de ramener leurs institutions civiles et religieuses à leur origine. Le paradoxe est palpable dans le cas présent. Aujourd’hui, que je relis cet écrivain, je trouve que la plupart de ses principes, s’ils étaient bien analysés, le laisseraient beaucoup au-dessous de sa réputation de savoir et d’habileté.

[186] Voyez le Discours sur l’origine de l’inégalité des conditions.

[187] Ce que j’avance ici se fonde sur des petits faits très-intéressants dans l’histoire des grandes choses; je les tiens de deux témoins dignes de confiance, feu M. le baron d’Holbach et M. Naigeon, membre actuel de l’Institut. Dans le temps où l’académie de Dijon proposa son prix trop célèbre, Diderot était détenu au château de Vincennes pour sa lettre sur les Aveugles. Rousseau allait le voir quelquefois: dans l’une de ses visites, il lui montre l’annonce du prix. «Ce sujet, dit-il, est piquant, j’ai envie de concourir.—Fort bien, reprit Diderot; mais dans quel sens prendrez-vous la question? Dans son sens, reprit Rousseau; est-ce qu’elle peut en avoir deux? Les sciences et les arts peuvent-ils avoir d’autre effet que de concourir à la prospérité des états?—Eh bien! reprit Diderot, vous serez un enfonceur de portes ouvertes. (Ce furent ses propres termes). Il serait bien plus piquant de soutenir l’inverse.» Rousseau part frappé de cette idée, compose dans ce sens, et est couronné par l’académie de province. Quelque temps après d’Holbach et Diderot se promenant au Cours-la-Reine, rencontrent Rousseau, l’abordent, le complimentent sur son tour de force, et Rousseau plaisante avec eux du succès de son paradoxe et de la bonhomie des académiciens. Les critiques et les contradictions survinrent: Rousseau en fut irrité: d’Holbach et Diderot, compagnons habituels de promenade, le rencontrent encore aux Tuileries: la question revient sur le tapis, et ils sont étonnés de trouver Rousseau tellement aigri et changé d’opinion, qu’il soutient sérieusement avec la véhémence de son caractère, comme vérité, ce qu’il avait d’abord traité lui-même de plaisanterie. D’Holbach en fut frappé, et dit à Diderot: Mon ami, cet homme, dans son premier ouvrage, fera marcher l’homme à quatre pattes; et la prophétie ne fut que trop vraie.—Ainsi voilà le point de départ du système de l’homme qui a affiché pour devise: Vitam impendere vero; et cet homme aujourd’hui trouve des sectateurs tellement voisins du fanatisme, qu’ils enverraient volontiers à Vincennes ceux qui n’admirent pas les Confessions.

[188]

Ceci nous mène à évaluer d’une manière probable la population de tout ce continent. Les États-Unis sont connus pour une quotité de

5,215,000

Les Espagnols admettent le Mexique pour une population totale de

3,000,000

Le Canada, en 1798, comptait 197,000, supposons

200,000

La Louisiane haute et basse ne peut s’admettre pour plus de

40,000

Les deux Florides, à peu près même nombre, ci

40,000

Les Creeks, Chactas, Chicasaws, qui ont 8,000 guerriers, total

24,000

Tous les sauvages de la Wabash et de Michigan, au plus

15,000

La masse de tous les autres sauvages de tout le continent jusqu’à la mer glaciale et à la mer de Nouthka-Sund

600,000

Total

9,134,000

Ainsi l’Amérique-nord n’excède que très-peu neuf millions, et l’on peut compter que le dernier article des sauvages est forcé peut-être de moitié.

L’Amérique-sud ne paraît pas atteindre même ce nombre. Les Espagnols instruits n’évaluent toutes leurs possessions dans cette partie, savoir: Pérou, Chili, Paraguay, Plata, même Caracas, qu’à une population de quatre millions d’ames

4,000,000

Les Indiens non soumis n’y sont pas compris. Le Brésil compte 500,000 Portugais et 600,000 Nègres

1,100,000

Total

5,100,000

Les Indiens non soumis ne peuvent guère s’évaluer avec précision; mais à raison de leur territoire, ils ne sauraient égaler la moitié des blancs; je ne les compte que pour

1,000,000

Les colonies des Antilles et de l’isthme de Panama, ne passent pas

1,800,000

La Guyanne hollandaise et française ne comportent pas plus de

75,000

Total

7,975,000

Voilà environ 8,000,000: supposons-en 10, il n’en est pas moins vrai que les deux Amériques réunies ne sauraient arriver à plus de 20,000,000.

Ce calcul diffère beaucoup de ceux de mon honorable confrère de l’Institut M. Lalande, astronome, qui, dans l’annuaire des années VIII et IX, comptait 180,000,000 d’habitants dans le nouveau monde: il est vrai que dans les années IX et X il s’est subitement réduit à 90,000,000, c’est-à-dire à la moitié. Enfin, cette année (XII) je le trouve rangé à l’évaluation que j’établis, et que lui ont communiquée des amis intermédiaires, membres du bureau des longitudes. Il devra faire une opération semblable sur les 580,000,000 qu’il donne à l’Asie: sans doute il compte la Chine pour deux ou trois cents millions, comme on nous l’a dit depuis quelques années. Mais dans le dénombrement que publièrent les Anglais l’an dernier, la population des campagnes ne s’élève qu’à 55 millions. En supposant que celle des villes soit égale, ce qui est beaucoup supposer, ce serait 110 millions, et par comparaison à l’Europe, cet empire ne saurait excéder 120,000,000

 

têtes.

La Perse, selon Olivier, n’a que

3,000,000

En détaillant toute la Turquie d’Asie, je ne puis trouver plus de

11,000,000

Et je ne crois pas que l’Asie entière en contienne plus de

240,000,000

L’Europe est bien connue pour 140 à 142 millions, ci

142,000,000

L’Afrique, y compris l’Egypte, ne peut guère excéder l’Amérique; mais supposons

30,000,000

Enfin pour les îles de la mer du Sud, la Nouvelle-Guinée, etc., admettons (et c’est trop)

5,000,000

Nous avons pour tout le globe un total de 437,000,000 et l’on ne saurait arriver à 500,000,000.

Il n’est pas étonnant que l’on se trompe beaucoup en calculs de population dans les pays non civilisés, puisque chez nous-mêmes, nous avons des exemples d’erreurs inconcevables; par exemple: jusqu’en 1792 la Corse ne comptait que 158,000 habitants, comme je l’ai vu porté sur les états du directoire à Corté: aujourd’hui la Corse figure dans tous nos tableaux officiels pour 230,000. On demandera comment cela se trouve possible; le voici: en 1793, des Patriotes corses trouvèrent utile d’avoir deux départements au lieu d’un, afin d’avoir doubles salaires de toute espèce, le tout payé par la France. L’on donna au département de Golo l’ancien nombre total de 158,000; et l’on ajouta au département de Liamôné les 72,000 têtes qu’il pouvait avoir, quoique déja comprises dans le nombre premier; et la Corse, en un matin, acquit un tiers de plus d’habitants, quoique bien certainement ils soient diminués depuis 1790; et voilà pourtant un compte officiel sans réclamation.

[190] C’est à la même cause qu’il faut attribuer la pauvreté et la grossièreté du peuple de nos landes de Bretagne. En Angleterre et en Écosse, M. le chevalier Sinclair en a si bien développé les nombreux inconvénients, qu’il me suffit d’indiquer au lecteur ses Mémoires sur les biens communaux; mais j’ajouterai, quant aux Corses, que de cette même source dérive chez eux la fréquence des assassinats de guet-apens, attendu que les campagnes étant désertes, les assassins sont encouragés par l’absence de tout témoin.—En méditant sur les moyens de civiliser cette île et les autres pays de la Méditerranée, qui sont dans un cas analogue ou semblable, je me suis convaincu que la première loi doit être partout l’abolition de ces communaux. Une seconde loi non moins indispensable, quoique moins évidente, devrait être une loi, qui, pour empêcher la concentration des terres dans quelques familles, fixerait, comme à Sparte, un nombre d’héritages indivisibles et non cumulables dans une même main; en sorte qu’il y aurait autant de propriétaires, cultivateurs aisés, qu’il y aurait de ces héritages. Les petits pays ne peuvent pas se gouverner comme les grands; l’équilibre y est trop variable. Notre coutume de Bretagne avait un usement semblable dans les domaines congéables des pays de Cornouailles et de Rohan; ces domaines passaient toujours au plus jeune des fils; les enfants aînés recevaient seulement quelque légitime, comme étant plus en état de se faire un autre établissement; et les cantons où cette loi avait lieu ont été les mieux cultivés. La Corse pourrait nourrir 30,000 semblables familles, aisées et industrieuses; elle n’en a pas davantage qui sont presque toutes pauvres et indolentes. Or, sans aisance, point de lumières, point d’agriculture, point d’industrie, point de caractère individuel ni national.—Peut-être est-ce pour tout cela que Pascal Paoli, à l’imitation des Génois, n’a jamais rien changé aux anciens usages.

[191] Dès 1790 ayant pressenti les conséquences qu’auraient sur nos colonies les principes et surtout la conduite de quelques amis des noirs, je conçus que ce pourrait être une entreprise d’un grand avantage public et privé d’établir dans la Méditerranée la culture des productions du Tropique; et parce que plusieurs plages de Corse sont assez chaudes pour nourrir en pleine terre des orangers de 20 pieds de hauteur, des bananiers, des dattiers; et que des échantillons de coton, de canne à sucre et de café, y avaient déja réussi, je conçus le projet d’y cultiver ces denrées, et de susciter par mon exemple ce genre d’industrie. Pour cet effet, j’achetai en 1792 un local très-favorable, appelé le domaine de la Confina, près d’Ajaccio. Je comptais que Pascal Paoli, traité avec tant de confiance et de générosité, n’emploierait sa vieillesse qu’à maintenir la paix du pays et à le garantir des secousses du reste de la France. Malheureusement les hommes sont des machines d’habitude, qui, dans leur vieillesse, répètent comme des automates les premiers mouvements qui les ont animées. Paoli revint à tous ses anciens projets de domination personnelle, de principauté de famille, et à sa manie de s’asseoir dans un trône qu’il avait fait dresser dès 1768, et dont on m’a montré à Corté des restes de crépines attachés à des embrasures de plancher. D’après ce système, chassant les Français par les Anglais, pour chasser ensuite les Anglais par les Corses, puis soumettre les Corses par son parti et sa parenté, il me mit dans la nécessité de tout quitter; et par cette amitié (d’homme d’état), dont il m’avait tant de fois donné l’assurance, il mit à l’encan le domaine de mes Petites-Indes.... Mais le sort a été plus juste: à son tour, ce grand politique italien se trouva déçu et chassé comme un crédule Français, et son exemple a confirmé l’axiome de ces moralistes, aujourd’hui vainement décriés, qui disent que les machiavélistes, à force de tromper les autres, se trompent eux-mêmes, et qu’il ne manque aux fripons que de vieillir pour être toujours dupes de leur friponnerie. J’ai, depuis, revendu mon domaine avec peu de perte (il est aux mains du cardinal Fesch), et je doute fort que Paoli trouvât aucun homme d’honneur en France ou en Angleterre qui voulût acheter pour aucun prix le seul bien qui lui reste, après la pension du roi d’Angleterre, la place de son nom dans l’histoire.

[192] Voyez Carver, chap. IX; Jean Long, fin du chap. VIII et chap. IX; Lahontan, Adair, etc.

[193] Les médecins et les chirurgiens des hôpitaux militaires ont souvent occasion d’observer que des patients qui, dans un état calme d’esprit et de sens, auraient jeté des cris de douleur dans les amputations et autres opérations, montrent au contraire de la fermeté s’ils sont préparés d’une certaine manière: cette manière consiste à les piquer, comme l’on dit, d’amour-propre et d’honneur; à prétendre d’abord avec ménagement, puis avec contradiction irritante, qu’ils ne sont pas en état de supporter l’opération sans crier: il arrive presque toujours que cette irritation morale et physique établit un état d’orgasme par lequel ils supportent la douleur avec une fermeté qui autrement leur eût manqué. Dire ce qui se passe alors dans le système nerveux et dans la circulation sanguine, est un des éléments du problème.

[194] Tous ceux qui mènent la vie des bois finissent par n’aimer que la graisse des viandes.—La partie maigre passe trop vite dans l’estomac: par cette raison, les traitants canadiens l’appellent viande-pain. J’ai moi-même fait l’expérience de ce goût, et comme eux j’en étais au point de préférer un morceau d’ours à une aile de dinde.

[195] Voyez dans le bel ouvrage de M. Denon le haut degré de goût, de luxe, de perfection, où étaient parvenus les arts de cette Thèbes, déja ensevelie dans la nuit de l’histoire quand il n’était pas encore question de la Grèce ni de l’Italie.

[196] Voyez les Ruines. Généalogie des idées religieuses: les missionnaires chrétiens, catholiques, protestants, moraves, se sont donné beaucoup de soins pour convertir les sauvages: la société des Jésuites, par ses manières insinuantes, avait mieux réussi à les soumettre à des pratiques extérieures; mais le bon sens grossier de ces hommes n’a jamais pu se plier ou s’ouvrir à la croyance des dogmes incompréhensibles; ils allaient à office et disaient le chapelet uniquement afin d’avoir le verre d’eau-de-vie et le pain qu’on leur distribuait, et dont le don favorisait leur paresse. Je n’ai jamais ouï citer aux États-Unis l’exemple d’un seul sauvage réellement chrétien; aussi lorsque chez nous un auteur préconisé a fondé l’intérêt d’un roman récent sur la dévotion presque monacale d’une Sqwa ou fille sauvagesse, il a manqué à la règle des vraisemblances, de laquelle naît cet intérêt: mais s’il n’a eu en vue que de plaire à un parti et d’arriver à un but, il a parfaitement réussi; et c’est particulièrement le cas de dire: Tout chemin mène à Rome.

[197] Voyage en Syrie.

[198] Première Partie, in-8º, 76 pages, Philadelphie, 1787 Voyez la page 30.

[199] Voyez New Views on the origin of the tribes and nations of America, 1 vol. in-8º, Philadelphia, 1798.

[200] Ce travail, dont l’idée vraiment philosophique a pour but d’éclaircir et de diminuer la confusion Babelique des langues, a été imprimé en caractères russes: me serait-il permis d’observer que ce moyen d’exécution est contradictoire à l’intention? Les caractères russes sont bornés à une nation peu riche en livres, peu avancée en science: les caractères dit Romains, sont devenus ceux de toute l’Europe; ils sont prêts à devenir les seuls en Allemagne, et le seront dans toute l’Amérique; les Russes ne prétendent sûrement pas les supplanter. N’eût-il pas été, ne serait-il pas encore plus convenable aujourd’hui que les Russes les adoptassent, et se réunissent à la grande masse, en faisant pour les prononciations qui leur sont particulières, une opération semblable à celle que le gouvernement français vient de faire pour les alphabets arabe, turk et persan; c’est-à-dire, en leur adaptant des lettres également particulières? ils s’épargneraient bien des frais et des difficultés.

[201] ê vaut notre éé, c’est-à-dire, e long.

[202] En Delaware, Lenno.

En Chipèwâ, Lenuis.

En Chaoni, Linni.

Pourquoi les anciens sauvages de la Grèce s’appelaient-ils Hellènes? et une tribu tartare Alani?

[203] Il n’appartient qu’à des habitants du Nord de classer dans une même famille les idées de sommeil, mort et froid.

[204] Le p commence en général tous les mots qui désignent beau et bon, l’m au contraire, tous les mots qui désignent mauvais et laid.

[205] Ils appellent l’abeille, la mouche qui fait le doux; ils disent qu’elle est étrangère, et qu’elle a précédé d’un an les colons.... Amohouia se dit de tout le genre; Houzâoué-amohouia, mouche jaune, veut dire un frelon.