Foyer se prend quelquefois pour la maison. Ce Gentilhomme a envoyé ses enfans à la guerre, & il est demeuré pour garder son foyer; cela se dit aussi des faineans ou poltrons qui ne veulent point s'éloigner du coin de leur feu.
Foyer, en termes de Marine se dit des feux allumez au haut d'une Tour éminente pour donner la nuit par leur lumiére l'adresse aux vaisseaux, comme la Tour de Cordoüan sur la riviére de Bourdeaux, les lanternes de la Rochelle, de Boulogne, de l'Ecluse, le Phare d'Alexandrie, &c. On le dit aussi des feux, que ceux qui font le guet sur la côte doivent avoir pour faire des signaux. On appelle aussi foyer dans les vaisseaux l'endroit où on fait le feu.
Foyer en termes de Géometrie se dit des centres des ellipses, des paraboles & des hyperboles où aboutissent les réflexions des rayons qui tombent sur leurs surfaces, & d'où on tire des lignes qui ont de particuliéres proprietez amplement démontrées par Appollonius Pergeus dans ses sections coniques. Les Ellipses ont deux foyers ou centres sur lesquels la figure est décrite, d'où les lignes qui sont tirées à quelque endroit que ce soit de la circonference égalent étant prises ensemble le grand Diametre.
On appelle aussi foyer dans les miroirs ardens, le point brûlant où se rassemblent les rayons soit par la réflexion, soit par réfraction à travers un verre de lunette quand il est taillé en sorte que les rayons soient convergens.
Le foyer solaire est un rond ou cone de brillante clarté & fort vive qui se forme des rayons de lumiére brisez dans un verre sphérique & convergents qui aboutissent à un point brûlant. C'est une erreur de croire que ce foyer soit justement au centre du verre qui a causé la réfraction, il ne va que jusqu'au tiers ou au quart du rayon. Il faut que la retine soit au foyer du cristalin afin que la vision soit parfaite.
En termes de Médecine on appelle foyer le lieu où on croit qu'est le principe & le levain de la fiévre. Les fiévres tierces & quartes viennent de ce que la corruption des humeurs est faite en deux ou trois foyers differents.
Fugue, s. f. Terme de musique, est une suite de consonances qui se chantent à deux parties, dont la premiere s'appelle guide qui précede & montre le chemin à la seconde qu'on appelle consequente ou imitation, replique, redite, écho, c'est à dire, qu'elle montre par quels degrez ou intervalles elle doit aller. La seconde commence à chanter par une notte qui est à la quinte ou à la quarte de la premiere notte. Lorsque la premiere notte de la consequente est à la quarte de la premiere de la guide, on l'appelle fugue en diatessaron, & quand elle est à la quinte fugue en diapente, & ainsi des autres. La fugue grave se jouë dans la grande orgue sur le bourdon, prestant, trompette & clairon.
La contrefugue se fait lors que l'une des parties monte, & que l'autre descend par mêmes intervalles, comme quand la guide fait la, sol, fa, & la consequente fa, sol, la, &c.
GALEASSE. s. f. c'est un Bâtiment de bas bord, le plus grand de tous les Vaisseaux à Rames. Elle a ses Rameurs sous couverte, & elle peut porter 20. canons avec une pouppe capable de loger un grand nombre de Mousquetaires: elle va à Rames & à voiles, & à trois Masts, Maestre, Misaine & Artimon qu'elle ne desarbore point: elle a 32. bancs & six ou sept Forçats à chacun, elle a trois batteries à proüe l'une sur l'autre de deux canons chacune, de 36, de 24. & de dix livres de boulet; elle en a deux à pouppe chacune de trois canons de 18. livres. Les seuls Venitiens ont eu jusqu'ici des Vaisseaux de cette espece. Guillaume de Tyr fait mention de Galeasses qui ont 100. bancs de Rames.
GALEBANS. s. m. Terme de marine, ce sont deux cordages qui tiennent les masts de hune dans leur assiéte & qui secondent les aubans, on les appelle aussi Galaubans & Galans.
GALEE, en termes d'Imprimerie, est la planche qui sert à poser les lettres à mesure qu'elles sont arrangées par le Compositeur avant que de les imposer pour en faire les formes.
GALIMATHIAS. s. m. Discours obscur & embroüillé où on ne comprend rien.
On le dit aussi des affaires fort embarassées & des maisons qui sont en trouble & en desordre; le mari plaide contre sa femme, le fils contre le pere, c'est un Galimathias où on ne comprend rien. Ce mot vient de Polimathie qui signifie diversité de sciences; à cause que ceux qui ont la mémoire chargée de plusieurs sortes de sciences, sont d'ordinaire confus & s'expliquent mal.
GARDE. s. f. Terme de Guerre, de Chasse, &c. Défense ou conservation de quelque chose; Le Roi a commis la garde de ce Château à un tel Capitaine: Cette Ville est de grande garde; Une fille à marier, de petits enfans, sont de difficile garde.
On le dit aussi des gens qui sont préposez pour aider à cette garde; Il faut bien deux mille hommes pour la garde de cette Ville. Les Academiciens sont exempts de guet & de garde.
Garde, est aussi la faction ou la vigilance qu'on a dans le service pour la défense d'une Place; ainsi on dit, un tel Régiment est aujourd'hui de garde, entre en garde, monte, descend, réleve la garde, un Officier, un Sergent de garde. Un corps de garde est un poste où on met plusieurs Soldats qui se relevent de temps en temps, & qui relevent aussi les sentinelles: il se dit non seulement du lieu, mais aussi des Soldats qui y sont postez pour s'y défendre, soit au Camp, soit dans la Ville.
On dit chez les Grands, que des Officiers, des Pages, des Laquais sont de garde, pour dire qu'ils sont de jour, & obligez à être assidus au service de leur Maître, tandis que les autres se reposent.
Grande garde, en termes de Guerre est un corps de Cavalerie composé de plusieurs Escadrons détachez à la tête d'un Camp pour résister quelque temps à l'ennemi, jusqu'à ce que l'Armée ait loisir de se mettre en ordre pour combattre.
On dit aussi garde avancée ou garde folle, celle d'un corps de 15 ou 20 Maîtres qui est au delà de la grande garde pour avertir des approches de l'ennemi.
On dit en termes de Palais, mettre à la garde de quelqu'un, pour dire charger quelqu'un de la conservation du quelque chose: On a mis ce Prisonnier à la garde d'un Huissier, pour dire qu'il sera tenu de répondre de sa personne. On a laissé tous les meubles saisis de cette maison, à la garde d'un voisin qu'on en a chargé, qui a pris tout en sa garde. On a mis cette fille à la garde d'une telle Dame.
On dit aussi payer la garde de quelque chose, pour dire le salaire qu'on donne à celui qui a eu le soin de la garder & conserver. On lui a taxé tant pour ses frais de garde.
On appelle aussi lettres de garde-gardienne, des Lettres de privilége que le Roi donne à quelques personnes & Communautez, par lesquelles, il déclare qu'il les prend en sa garde particuliére, & pour cet effet il leur assigne de certains Juges, par devant lesquels toutes leurs causes sont commises; anciennement c'étoit le Prévôt de Paris, & maintenant ce sont les Requêtes du Palais & de l'Hôtel. L'Université de Paris, l'Abbaïe de S. Victor ont des Lettres de garde-gardienne attributives de Jurisdiction au Prévôt de Paris.
Garde-noble, Terme de Coûtumes, est un droit que les peres & les meres nobles ont de joüir du bien de leurs enfans mineurs jusqu'à un certain âge, qui est de 20. ans pour les mâles & de 15. ans pour les filles en la Coûtume de Paris, sans être tenus d'en rendre compte: à la charge de les entretenir selon leur qualité, de tenir les bâtimens en bon état, & de païer toutes leurs dettes mobiliaires. En Normandie le Seigneur Feodal à la garde-noble des orfelins de ses vaisseaux & de leurs Fiefs tenus de lui en hommage.
Garde Bourgeoise ou roturiere, est un droit ou privilége accordé aux Bourgeois de Paris par la Coûtume, qui est le même à l'égard des peres ou meres bourgeois, que celui de garde-noble à l'égard des Gentilshommes.
Garde, en termes des Eaux & Forêts, est une étenduë de païs, dans laquelle certains gardes & Officiers sont commis pour l'a conservation des bois: Les grands Maîtres sont obligez par l'Ordonnance de faire leurs visites de garde en garde.
Garde, signifie quelquefois protection: Ainsi le Roi finit les Lettres qu'il écrit à ses sujets, priant Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde: On dit aussi à ceux qu'on éconduit, allez vous-en à la garde de Dieu.
Garde, signifie aussi précaution, & on dit absolument prenez garde, ou prenez garde à vous, à vôtre conduite: Il faut bien se tenir sur ses gardes quand on a à faire à des méchans: Il faut se donner de garde des surprises des chicaneurs: Il faut être toujours en garde contre les tentations de l'Esprit malin: Je n'ay garde de manquer au respect que je vous dois: On dit aussi, il n'a garde d'être aussi brave que son aîné, pour dire il s'en manque beaucoup.
Garde, signifie aussi considération. Vous ne prenez pas garde que ce que vous dites fait contre vous: Quand on contracte il faut bien prendre garde à ce qu'on dit, & à ce qu'on fait: Quand on juge, quand on fait des experiences, il faut prendre garde jusqu'aux moindres circonstances, jusqu'aux moindres minuties: on dit aussi il faut toûjours être en garde avec cet homme-là, pour dire qu'il est accoûtumé à tromper, à surprendre les gens: Cet avare prend garde jusqu'à la moindre obole, il est exact à ne rien relâcher: Il ne faut pas prendre garde à ce que dit un foû, un yvrogne, pour dire, s'en fâcher, y ajoûter foi, &c.
Garde, en termes de négoce, signifie conservation, durée, en même état: Le vin est verd cette année, il sera de garde. Les fruits d'Eté ne sont pas de garde, il les faut confire pour être de garde: La mode de ces étoffes se passe; la garde n'en vaut rien.
On appelle chez les Joüeurs de Piquet une garde, certaine petite carte de même point que le Roi qu'ils ont en main & dont ils n'ont pas l'as: On perd souvent une belle partie de Piquet pour avoir écarté sa garde: Une double garde, ce sont deux cartes de ce même point.
Garde, est aussi une femme qui est attachée au service d'un malade, ou d'une femme en couche: Les pareins & mareines font un présent à la sage femme & à la garde.
Garde, est aussi un terme d'escrime, & on dit être en garde & se mettre en garde, pour dire se mettre en posture pour se défendre de son ennemi les armes à la main.
Il y a quatre gardes générales de l'Epée, que pour bien concevoir, il faut se représenter un cercle décrit sur un mur à plomb & divisé en ses quatre points cardinaux, de haut en bas & de droit à gauche: quand on porte la pointe de son Epée au point inferieur du cercle, avec le fort opposé au point superieur du même cercle, & le corps fort penché en avant, c'est ce qu'on appelle la prime ou la premiere garde; la seconde garde que plusieurs nomment tierce, mais improprement, se fait en portant la pointe de l'Epée au deuxiéme point du même cercle distant d'un quart du premier point, & montant à gauche, le fort de l'Epée tourné à droit en dehors, & le corps relevé à proportion: La tierce ou la troisiéme garde se fait en posant la pointe de l'Epée au point superieur du même cercle, qui est diametralement opposé à l'inferieur de la prime, & alors le corps, le bras, & l'Epée sont dans leur naturelle disposition, & dans le milieu des extrêmitez de leurs mouvemens: La quarte se fait en portant la pointe de l'Epée au quatriéme point du même cercle, directement opposé à celui de la seconde, en descendant à droit à un quart de la tierce, le côté exterieur du bras & le plat de l'Epée étant tournez vers la terre, le corps étant hors la ligne à droit, & le fort de l'Epée vers la ligne à gauche: Il y a une quinte & cinquiéme garde qui n'est que le retour de la pointe de l'Epée à droit aprés la révolution de ce cercle, au point inferieur de la prime d'où elle étoit partie & néanmoins avec une autre disposition du corps, du bras, & de l'Epée.
Toutes ces gardes s'appellent aussi figures & postures; le centre de ces mouvemens doit être à l'épaule: En toutes ces sortes de gardes il y en a de hautes avancées, hautes retirées, hautes moyennes, quand elles sont posées devant la plus haute partie du corps, aiant le bras tout étendu, fort retiré, ou entre l'une & l'autre extrêmité: Les gardes moyennes avancées, ou simplement moyennes sont celles où l'Epée est posée devant la partie moyenne du corps: Les gardes-basses avancées, retirées, ou basses-moyennes sont celles où le bras & l'Epée sont avancez, retirez, ou entre les deux extrêmitez, & sont situez devant la partie basse du corps. Quelques-uns croyent que la principale garde est celle de prime; les autres la quinte; d'autres avec plus de raison croyent que c'est la tierce, parce qu'elle est composée de lignes droites, qui sont plus aisées à défendre que les obliques comme sont du côté droit la prime & la seconde, & du côté gauche la quarte & la quinte.
Garde. Se dit aussi de la défense qui est auprés de la poignée d'une épée pour empêcher que la main ne soit offensée par l'ennemi. Une Garde d'argent, une Garde damasquinée. Il lui a enfoncé son épée jusqu'à la Garde. Il lui en a donné jusqu'aux Gardes. Il y a des Gardes à branches & des Gardes à ponte.
Gardes. En termes de Venerie se dit des ergots du sanglier, ou des os de derriere les jambes proche les pieds, en Latin apri calcaria.
En termes de Marchands on appelle garde forte & garde foible dans la Balance Romaine, des broches de fer qui passent à travers de la branche, où est attaché l'anneau qui soûtient la Balance. La foible est la plus éloignée, & la forte la plus proche du centre de la balance: celle-ci soûtient un plus grand poids que l'autre.
Garde de peson sont des boucles qui sont attachées aux broches du peson.
Gardes. En termes de Marine, ce sont les deux Etoiles les plus voisines du Pole Arctique, qui sont les dernieres du chariot de la petite Ourse, sur lesquelles si on éleve un triangle équilateral, sa pointe tombera justement sur le point du Pole; car c'est abusivement qu'on dit l'Etoile Polaire, parce qu'il n'y en a point précisément sur le Pole. Quelques-uns mettent trois gardes au lieu de deux.
Gardes. En termes de Serrurier sont de petites pointes ou lames de fer, qui sont tellement disposées pour entrer dans les dents ou les fentes du paneton de la clef, que pour peu qu'il y ait de changement la clef ne tourne plus: & quand on dit changer les gardes, c'est changer ces petites piéces de fer.
Garde, s. m. Archer ou soldat détaché d'une Compagnie pour protéger quelqu'un, ou pour l'arrêter, ou pour veiller à ses actions. Les Maréchaux de France ont envoyé un Garde à chacun de ces Gentilshommes qui se vouloient battre. On le dit aussi de tout le corps des Compagnies, des Régimens d'Archers ou de Cavaliers: & en ce sens on dit Capitaine des Gardes, de ceux qui commandent les Compagnies des Gardes du Corps du Roi, & Capitaine aux Gardes, des Capitaines du Régiment des Gardes Suisses ou Françoises. Un cadet aux Gardes. Les Gardes de la Manche, les Chevaux legers de la Garde.
On dit aussi les Gardes d'un Prince, d'un Général, d'un Gouverneur. Les Gardes de la Prévôté de l'Hôtel, du Prévôt de Paris. Les Gardes du Sel, des Aides. Les Gardes des Ports. Gardes des pertuis, des riviéres, &c. Il est fait mention aussi dans les Coûtumes des Gardes liges, qui sont des vassaux qui sont obligez à garder le corps de leur Seigneur avec armes suffisantes.
Les Gardes de la Marine sont des Gentilshommes destinez à servir sur les vaisseaux, pour être auprés de l'Amiral, ou pour aider aux Officiers dans leurs fonctions.
On appelle aussi Garde celui qui a le soin de quelque chose. Le Garde de la Bibliotheque du Roi. Le Garde des Chartres. Le Garde des Livres de la Chambre des Comptes.
On appelle aussi dans les six Corps des Marchands les Maîtres & Gardes, ceux qui sont élûs de ces Corps pour être Jurez, & faire observer par les autres les Statuts & Réglemens de chacune de ces Communautez. Dans les Corps des Artisans il n'y a que des Jurez. Il y a aussi des Gardes & Contre-gardes des marais, îles & salines.
Gardes. En termes des Monnoyes, ce sont des Officiers considerables & les premiers Juges des Monnoyes, dont les appellations ressortissent à la Cour; Il y en a deux établis dans chaque Hôtel, où on les fabrique. Leur institution est ancienne & auparavant l'an 689. comme il résulte d'un titre rapporté par Dargentré. Leur fonction est de veiller sur tout le travail de la Monnoye, à ce qu'il soit fait selon l'Ordonnance, de peser, rebuter & faire refondre les espéces trop foibles de poids & de loi, d'en tenir Registre & d'en faire des Procés verbaux, & de les envoyer à la Cour, avec les boëtes dans lesquelles ils enferment les piéces & échantillons pour être jugées.
Garde bois. s. m. Sergent ou Archer commis à la garde des Forêts.
Garde-chasse. s. m. Sergent ou Archer que le Roi ou les Seigneurs commettent à la garde de leurs chasses.
Garde côte. s. m. Vaisseau armé en guerre qui croise la mer le long des côtes pour la préserver de la pillerie des pirates, & escorter les vaisseaux Marchands. Il y a aussi sur terre des Capitaines Garde côtes distribuez le long des côtes de la mer pour veiller à la conservation de la côte, & empêcher les descentes dans une certaine étenduë de Païs dépendante de leur Capitainerie. Les Capitaines Garde côtes sont exempts de l'arriere-ban, comme il est porté dans la Nouvelle Ordonnance de la Marine.
Garde marteau. Officier des Eaux & Forêts qui garde le marteau avec lequel on marque le bois qu'on doit couper dans les Forêts du Roi quand on fait des ventes. Le Garde marteau assiste au jugement des procés, & y a voix déliberative, même y tient le Siege en l'absence du Maître & du Lieutenant.
Garde. Se dit aussi de plusieurs Officiers de Justice, Monsieur le Garde des Sceaux est un grand Officier à qui le Roi commet la garde de son Scel Royal quand il n'y a point de Chancelier, ou lors qu'il ne luy est plus agréable. Il y a aussi des Gardes du petit Scel dans les Jurisdictions Royales, du nom desquels sont intitulez les Contrats qui se passent dans leur ressort.
On appelle le Prévôt de Paris simplement Garde de la Prévôté, à cause que c'est le Roi qui est le premier Juge & Prévôt, & pour cela il y a un dais au dessus du Siége du Prévôt de Paris, ou de son Lieutenant Civil; ce qui n'est pas même dans les Parlemens, sinon quand le Roi y va tenir son Lit de Justice. On l'appelle aussi Garde & Conservateur des Priviléges de l'Université, des Foires, &c.
Garde rôle. Est un Officier de Chancellerie qui garde les rôles des oppositions qui se font au Sceau à la résignation des Offices de ceux qui ont des créanciers. Il y en a aussi d'établis pour les rentes de l'Hôtel de Ville, qu'on appelle Conservateurs des hypotheques. Les Garde rôles rapportent à Monsieur le Chancelier des Provisions des Offices, & les Conservateurs, des Lettres de ratification de la vente des rentes sur la Ville.
Gardenotte. s. m. C'est la qualité que prennent les Notaires, qui se disent Notaires & Gardenottes du Roi; c'est à dire, qu'ils gardent les minutes des contrats que les particuliers passent devant eux; qui originairement s'appelloient Nottes.
Garde-sacs. Est un Greffier dépositaire & chargé des sacs & productions des parties; & particuliérement au Conseil, & dans les Parlemens.
Garde vaisselle. Est un Officier chez le Roi qui a soin de la vaisselle d'or & d'argent.
Garde meuble. Officier qui garde les meubles du Roi, dont on ne se sert pas actuellement: on le dit aussi du lieu où ces meubles sont conservez. Le Garde meuble du Roi est la chose la plus magnifique qui soit au monde.
Garde-magazin. Est un Officier d'un Arsenal; qui tient registre des poudres, canons, armes, provisions, & toute autre chose qu'on lui laisse en garde.
Garde. Se dit aussi d'autres lieux & de ce qui sert à la conservation des autres choses.
Garde manger. Lieu où on serre la viande & autres choses bonnes à manger, il se dit tant d'une petite chambre qui est à côté de la cuisine, que d'une armoire, ou même d'un grand bassin.
Garde robbe. s. f. Petite chambre voisine de celle où on couche qui sert à serrer les habits & les hardes d'une personne, ou à coucher les valets qu'on veut avoir prés de soi la nuit. Dans les logis Bourgeois on appelle garde robbe toute petite chambre qui accompagne une grande.
Garde robbe. Chez le Roi & les Princes est un appartement où on met les habits du Roi & des Princes, & tout ce qui sert à leur personne, & où se retirent les Officiers qui y servent.
On appelle aussi la Garde robbe tous les Officiers qui y sont en fonction. La garde robbe du Roi suit toûjours sa Personne. Le grand Maître de la Garde robbe. Les valets de la Garde robbe. Le premier valet de la Garde robbe.
On le dit aussi des hardes & habits de la Garde robbe. A la mort de ce Prince, sa Garde robbe fut estimée dix mil écus; Il donna sa Garde robbe à ses Officiers.
On appelle aussi garde robbe un aisement, un privé. Aller à la garde robbe c'est aller décharger son ventre. Ces pilules font aller deux ou trois fois à la garde robbe.
Garde robbe. s. m. Tablier de toile que mettent les femmes de basse condition pour conserver leurs habits.
Garde bonnet. C'est une coiffe de toile qu'on met sur le bonnet des enfans pour empêcher qu'ils ne le salissent. On appelle aussi garde manches, les fausses manches qui servent à même effet.
Garde-infant. s. m. Grand vertugadin que portent les femmes Espagnoles sur les reins, & qu'on portoit il y a quelque temps en France, qui sert à empêcher qu'elles ne soient incommodées dans la presse; c'est une espéce de ceinture rembourée ou soûtenuë par de gros fils de fer, qui est fort utile aux femmes grosses.
Gardes corps. En termes de Marine, sont de gros tissus fort épais faits de nattes ou de cordages tressez, qu'on étend avec les pavois sur le bord du vaisseau pour couvrir le soldat dans les combats de mer.
Garde-feux. En terme de Marine, ce sont les boëttes où on met les gargouches.
Gardefou. s. m. Petit parapet ou barriére que l'on met aux bords des lieux ou passages élevez pour empêcher qu'une personne tombe, comme sur les ponts, quais, chaussées & terrasses des tours ou des bâtimens.
Garde feu. s. m. Grilles, ou barres de fer qu'on met à une cheminée, pour empêcher que les enfans ne tombent dans le feu.
Garde boutique. Se dit chez les Marchands, de la marchandise frippée & hors de mode, qu'il est difficile de vendre & qui demeure long-temps dans la boutique.
Avant-garde. Arriére-garde. Contregarde. Sauve-garde. Mégarde, seront à leur ordre.
GAUDE. s. f. Drogue de Teinturier qui teint en jaune, c'est une plante qu'on seme dans des terres legéres en Mars ou en Septembre. La Gaude la plus menuë & roussette est la meilleure.
Gauder. v. act. Teindre une étoffe avec de la Gaude. Les bleus teints en indigo doivent être gaudez, & deviennent verds.
GENETTES. s. f. Ce sont des animaux qui ressemblent en grandeur aux chats d'Espagne, ou à des fouïnes, qui ont un nez long & menu, le col & le corps grêles & souples, dont les peaux échauffées sentent comme des Civettes ou du Musc. Quelques-uns les appellent Chats d'Espagne; d'autres croyent que c'est la petite Panthére d'Oppian. Cet animal est plus petit qu'un Renard, quelquefois il est roux & a des taches noires. Voyez sa figure dans Jonston, chap. 12. liv. 3. tom. 2. On en trouva quantité de peaux dans le camp d'Abderama, lors de la grande victoire que Charles Martel obtint contre lui, en mémoire de laquelle fut établi le premier Ordre de Chevalerie qu'on ait vû en France, qu'on appella du Genet. Cette peau est extrêmement noire, luisante comme un satin & marquetée de rouge.
GIRON. s. m. Espace qui est depuis la ceinture jusques aux genoux, il se dit particuliérement des femmes & du tablier qu'elles portent, & sur tout quand elles sont assises. Elle a toûjours un enfant, un petit chien sur son giron. Cette païsane a apporté des champignons plein son giron, pour dire plein son tablier. Ce mot vient de ce que les habits longs s'élargissans par en bas, & se retrecissant par en haut, forment vers la ceinture une espéce de giron d'Armoiries, ou de triangle, à l'endroit que les Latins appelloient gremium; les Italiens appellent encore gheroni, les girons des habits: & c'est un proverbe parmi eux, que ce qui ne va pas aux manches, va au giron, pour dire que ce qui ne sert pas à un usage, peut servir à un autre.
Giron. Se dit figurément de l'Eglise, & on dit qu'un huguenot, un apostat est revenu au giron de l'Eglise: pour dire s'est converti & a reconnu sa faute.
Giron. En Architecture est la largeur de la marche d'un escalier, ou le lieu où on pose le pied; Il se dit particuliérement des marches d'une vis d'escalier qui vont en tournant & qui sont plus larges par un bout que par l'autre.
Giron ou guiron. Terme de Blason, c'est une figure triangulaire qui a une pointe longue faite comme une marche d'escalier à vis, & qui finit au cœur de l'Ecu. On voit des Ecus qui ont six, huit, dix, douze & jusqu'à seize girons qui se joignent par leurs pointes à l'abysme de l'Ecu; ils sont alternativement de métail & de couleur.
Gironné. ée. Terme de Blason qui se dit d'un Ecu divisé en plusieurs girons; quand il est gironné de huit on l'appelle absolument gironé; D'autres l'appellent parti, coupé, trenché & taillé, parce qu'il est fait par ces divisions de l'Ecu; y ayant quatre girons qui forment un sautoir, & les quatre autres une croix; Quand il y a plus ou moins de girons, il en faut exprimer le nombre.
GNOMON, s. m. Est le style qu'on met sur les Cadrans pour marquer les heures.
Gnomon. Signifie aussi cette petite aiguille de cuivre qu'on met au centre d'un petit cercle polaire sur le méridien d'un globe, & qui a le même mouvement que l'axe.
Gnomonique. s. f. Science qui fait partie des Mathématiques; Elle enseigne à faire toutes sortes de Cadrans au Soleil & à la Lune pour connoître les heures par le moïen des ombres, & d'un gnomon ou style qui les marque: on y décrit tous les autres cercles de la Sphére si on veut. Clavius a fait un Livre in folio de la Gnomonique, qui comprend tout ce qu'on peut sçavoir sur les Cadrans. Sebastien Munster a fait un traité fort joly de la Gnomonique. On a aussi écrit de la Gnomonique speculaire. Elle enseigne l'art de faire des Cadrans qui marquent l'heure par la réflexion de la lumiére sur toutes sortes de surfaces.
GONFANON. s. m. Terme de Blason; quelques-uns disent confaron, ou gonferon, ou gonfalon: c'est une forme de Banniére d'Eglise à trois ou quatre fanons, ou piéces pendantes & aboutissantes non pas en quarrez comme les Banniéres, mais en pointes mousses & à demi rondes, dont les plus usitées sont à trois pendans, & quelques-unes bordées & frangées d'un émail different. Ce Gonfanon étoit la Banniére de l'Armée Chrêtienne prise par Baudoüin Comte de Boulogne & d'Auvergne, frere de Geoffroy ou Godefroy de Boüillon, auquel elle avoit été envoyée par le Pape, comme au vray défenseur de l'Eglise contre les infidéles.
Le Gonfanon de l'Eglise de S. Pierre est de gueules à deux clefs d'argent passées en sautoir. Le Pape & d'autres Prélats ont donné des Gonfanons à des Séculiers, en leur donnant le titre d'avoüez & de défenseurs des Eglises & des Abbayes. L'Eglise de Lyon a un gonfanon rouge chargé d'un lyon d'argent qu'elle fait porter aux Processions.
Le Gonfanon est la marque des Eglises Patriarchales, qui le font porter devant elles quand elles marchent en Procession. Ce mot vient de ce que le Gonfanon est composé de plusieurs piéces pendantes, dont chacune se nomme Fanon de l'Allemand Fanen, qui signifie une piéce de linge ou d'étoffe & une banniére.
On appelle aussi Gonfanons d'Eglise des Baniéres qui se font pour certaines solemnitez & cérémonies, comme en celle de la Canonisation des Saints, que l'on charge des Armoiries des Papes, des Cardinaux Patrons, des Légats, des Evêques, & des Saints canonisez: Comme aussi des Ordres, Communautez ou Confrairies dont ils ont été membres, des Princes dont ils étoient sujets, ou qui ont fait le plus d'instance pour les faire canoniser.
Gonfanonier ou Gonfalonier, s. m. qui porte l'Etandart de l'Eglise. Il vient du mot de Gunt Fanonarius, qui se trouve dans les Capitulaires de Charles le Chauve. Ménage.
On a appellé aussi Gonfanoniers les protecteurs que les Papes établirent dans les principales Villes du patrimoine de saint Pierre, depuis que les Empereurs s'éleverent contre l'Eglise, & perdirent la qualité de ses protecteurs. On a appellé aussi Gonfanoniers de l'Eglise de saint Martin de Tours les Comtes d'Anjou, depuis que par leur soin le corps de saint Martin fut rapporté d'Auxerre en son Eglise. On appelloit aussi les anciens Comtes du Vexin Gonfanoniers de l'Eglise de saint Denis en France, parce qu'ils portoient la Banniére, qui s'appelloit l'Oriflame. Les Ducs de Modéne, d'Urbin & de Parme, se glorifient de ce que ceux de leur famille ont possedé la charge de Gonfanoniers de l'Eglise, & ils en portent le Gonfanon dans leurs écus.
Chez les Florentins il y a eu un Magistrat qu'on appelloit le Gonfalonier de la Justice. A Lucques le chef de la République s'appelle aussi Gonfalonier.
GRAIRIE. s. f. Terme des Eaux & Forêts, Partie d'un Bois qui est possedée en commun. Il en est fait mention en la plûpart des articles de la nouvelle Ordonnance des Eaux & Forêts.
GRAIRIE. Est aussi un droit que le Roi prend sur les bois qui sont sur le trés-fonds d'autrui, à cause de la justice qu'il fait exercer par ses Officiers des Eaux & Forêts pour leur conservation, comme à Orleans on paye deux sols parisis d'une part, & dix-huit deniers d'autre pour ce droit, comme dit Chauffour. Ce droit est different selon les lieux.
GROUPPE. s. m. Terme que les Peintres & Sculpteurs ont emprunté des Italiens, qui se dit d'une piéce de sculpture ou d'un endroit de tableau où il y a plusieurs figures assemblées qui ont quelque rapport ensemble d'hommes, d'animaux, ou de fruits. Il y a dans les Tuilleries un beau Grouppe de marbre. On dit aussi telle & telle chose font grouppe avec telle ou telle autre, quoi que ce soient des corps de differente nature. Il faut que dans un tableau toutes les figures soient divisées en deux ou trois grouppes, ou bandes. Il vient de l'Italien Groppo.
GRIOTTE. s. f. grosse cérise à courte queuë plus douce que les autres & qui tire sur le noir; il y en a aussi quelques-unes qui sont aigres. On dit que ce mot vient du Grec agrioti, qui marque l'acidité de ce fruit.
Griottier. s. m. Arbre qui porte les griottes.
Grip. s. m. vieux terme de marine qui signifioit un petit bâtiment pour aller en course, comme aujourd'hui le Brigantin. Les Corsaires qui partent pour courir les mers, disent encore qu'ils vont au Cap de Grip.
GUESDE. s. f. ou pastel, qui est la même chose. C'est une herbe semblable au Plantin, excepté qu'elle a ses feüilles un peu plus grosses & plus noires, & qu'elle a la tige de deux pieds de haut. Voyez Pastel. Elle est de grand usage chez les Teinturiers. Les anciens Bretons s'en peignoient le visage pour être plus terribles en guerre, comme témoigne Cesar; & Pline dit que les femmes en usoient de même en certains sacrifices. Ce mot vient du Latin Guastum, ou Guasdum, qui signifie la même chose, & qui est un vieux mot Gaulois, comme on infere du passage de Pline. On appelle encore Vouede en Normandie le petit Pastel, ou Guesde. Il y a plus d'apparence que l'un de ces mots vient de la corruption de l'autre. On l'appelle aussi Isatis. Saumaise soûtient qu'il faut dire guastum, & non pas glastum, comme il est écrit communément dans les Livres.
GUEUSE. s. f. Terme de Fondeur, est une grosse piéce de fer qui dans sa premiére fonte coule dans des Canaux triangulaires, & se forme en gros lingots du poids de trois, cinq, & jusqu'à six mil livres. On porte de là les gueuses à la Forge, ou à la Fonderie, où on les forge, & on les fend avec l'aide des moulins qui remuent un puissant marteau. En Latin on l'appelle Sporca triangularis.
HAMAC. s. m. Terme de Relations. C'est un lit de cotton dont on fait grand trafic en toutes les Indes Occidentales. Pour s'en servir on le suspend à deux Arbres, & il garantit ainsi des Animaux farouches & des insectes. Les Caraybes sont si superstitieux qu'ils les travaillent avec grande cérémonie, ils mettent au bout du Métier des Pacquets de cendre, faute de quoi ils croyent que leur Hamac ne dureroit pas: s'ils avoient mangé des figues quand ils ont un Hamac neuf ils croyent que cela le feroit pourrir, & ils n'osent manger d'un poisson qui a de bonnes dents croyant que cela seroit cause que leur Hamac seroit bien-tôt percé. On en a apporté plusieurs en France, où quelques-uns s'en servent.
Hamade, ou Hamaide, ou Hameïde, Terme de Blason. C'est une fasce de trois piéces alaisées qui ne touchent point les bords de l'Ecu: ces trois fasces paralelles ne font qu'une piéce de Blason qu'on appelle Hamaïde, de même que les Jumelles sont de deux piéces. On croit que ce nom vient de la Maison d'Hamaide en Angleterre qui porta des Armes de cette sorte, qui sont selon Upton une étoffe découppée en trois piéces en forme de fasce, qui laisse voir par ses ouvertures une étoffe d'une autre couleur mise au dessous; d'autres croyent que c'est une clôture ou barriére quarrée & à jour de trois piéces, qui sert à fermer les chemins des hameaux pour empêcher le bêtail d'y entrer, ou d'en sortir, comme on en trouve quantité en Allemagne; d'autres que ce sont des barriéres de manége qu'on nomme en Turc Atmeidan; d'autres enfin disent que les Hameides representent des chantiers qui supportent les Vaisseaux à mettre du vin, qu'en Flamand on appelle Hames, qui ont emprunté ce mot de Hama ou Hamula, qu'on a dit dans la Basse latinité pour signifier vase & bouteille.
HAMADRIADE. s. f. Divinité fabuleuse des Payens qu'ils croyoient présider aux Forêts, & être enfermée sous des écorces de chênes, comme témoigne le mot drys qui signifie quercus, chêne.
HANOUARDS. Vieux mot qui signifie des Porteurs de Sel. Il en est fait mention dans la grande Ordonnance du Roi Jean du 30. Janvier 1350. c'étoient alors des Officiers dépendans de la Ville au temps que la Gabelle n'étoit pas encore établie en France. Il y a encore maintenant des Jurez Hanoüards qu'on nomme simplement Porteurs de Sel établis pour le porter du bateau au Grenier, & du Grenier aux maisons des Bourgeois.
HANSIERE. s. f. Terme de Marine. Est un gros cordage que l'on jette aux chalouppes & aux bâtimens qui veulent venir à bord d'un autre Vaisseau: Elle sert aussi pour remorguer les vaisseaux & les tirer sur la terre aprés y avoir fait porter un ancre. Elle signifie aussi le cable du plus petit ancre & celui dont on amarre l'esquif. On appelle collier de hansiere une corde ou sangle pendante en écharpe du col de ceux qui halent ou qui tirent.
HARO. s. m. Terme de la Coûtume de Normandie. C'est un cri qu'on fait en Normandie lors qu'on trouve sa partie & qu'on la veut mener devant le Juge; car alors elle est obligée de suivre celui qui a crié Haro sur elle, & l'un & l'autre demeurent en prison, ou en la maison du Juge, jusqu'à ce qu'il ait prononcé sur leur different du moins par provision. Haro sur toi & sur ta bête. Les Lettres de Chancellerie portent ordinairement, nonobstant clameur de Haro, Chartre Normande & autres privileges à ce contraires.
Le Haro. Est interjetté non seulement pour crime, mais aussi pour l'introduction de tous les procés, même en matiére beneficiale tant pour meuble que pour héritage; & les parties sont tenuës de donner respectivement caution, l'une de poursuivre, l'autre de défendre le Haro, aprés quoi la chose est sequestrée, & le jugement emporte l'amende, comme il est porté dans la Coûtume de Normandie. Ce mot vient de Ha & Raoul, comme étant une invocation du secours du Prince pour défendre le foible contre le puissant, à cause que Raoul étoit un grand Justicier qu'on regrettoit & qu'on reclamoit aprés sa mort quand on souffroit quelque oppression. D'autres disent que dés son vivant on crioit à Raoul, pour dire je t'assigne à comparoir devant Raoul; parce qu'il jugeoit lui-même les affaires de ses Sujets. D'autres croyent que ce mot vient de Harouenna vieux mot François qui signifioit le lieu où se tenoit la Justice. Borel dit que d'autres dérivent ce mot de Harola Roi de Dannemarck, qui l'an 826. fut fait à Mayence le grand Conservateur de la Justice. D'autres d'un mot Danois aa rau, qui signifie aide moi, depuis qu'un Roi de Dannemarck se fit Duc de Normandie.
HARPAIL. s. m. Terme de Chasse, troupes de bêtes fauves, voyez Harde.
HAUTBERT. s. m. Terme de Jurisprudence feodale. C'est un plein fief avec justice, mouvant immédiatement de la Couronne ou d'un Prince jouïssant des droits de Souveraineté, ou qui en releve de nud à nud, & sans moyen; on l'appelloit aussi fief chevel ou regalien selon Ragueau. Ce mot vient de Halberk Saxon, qui signifie cotte de mailles, parce que le feudataire étoit obligé d'en porter une, lors qu'il alloit en guerre servir le Prince dont il relevoit, comme disent Spelman, Vossius, Mattinius & du Cange, qui disent aussi que les anciens l'écrivoient avec un K. ou un G; quelques-uns distinguent le Fief de Hautbert qui étoit tenu immédiatement du Roi avec justice, de celui de Hautbert, qui étoit un Fief du moyen genre non Royal, qui n'avoit pas la haute Justice unie au Fief avec le droit & jouïssance des Armes; de sorte qu'il faut ajoûter au premier la qualité de plein Fief, ou de plein Hautbert.
Hautbert. Est aussi un vieux mot François qui signifioit haut Baron; car Bers signifioit Gentilhomme, & quand on disoit haut Bers, c'étoit à dire, haut & puissant Seigneur, comme on voit dans Villehardoüin, & quelques-uns prétendent que c'est de là qu'est venu le nom du Fief de Hautbert; En effet ces Barons possedoient les pleins Fiefs de Hautbert mouvans de la Couronne, & il falloit quatre Fiefs de Hautbert, ou du moyen genre pour faire une haute Baronnie.
HAUTBERGIER. s. m. Celui qui tient un Fief de Hautbert, qui est obligé d'accompagner son Seigneur à la guerre en cette qualité. Les Vassaux servoient autrefois leurs Seigneurs en qualité d'Ecuyers, de Hautbergiers, de Lanciers, d'Arbalestiers, &c.
Hautbert. Est aussi une cotte de mailles à manches & gorgerin que portoient sur leurs Armes les Seigneurs de Hautbert, qui tenoit lieu de Haussecol, Brassars & Cuissarts.
HAUTBERGEON. s. m. Signifie aussi bien que Haubert une cotte de mailles. C'étoit une ancienne arme défensive en forme de cotte, qui venoit jusqu'à mi-jambes, dont les François furent inventeurs, comme témoigne Varron. Il est fait de plusieurs petits anneaux de fer, comme hameçons accrochez ensemble. Spelman dit qu'il vient d'un vieux mot François hame, haim, ou hameçon & crohet, & de Berg qui étoit une armure de chaînettes de fer entrelacées & l'une harpant l'autre. On l'a nommée aussi halecret & brigantine ou brigandine, parce que les voleurs s'en servoient; Nicod l'appelle aussi Ecaille, parce qu'elle étoit composée de certains ronds comme une Ecaille; & enfin on l'a appellée Jaquedemaille qui est un Haubert de coton. Ménage dit que Hauberg arme vient de alle qui signifie tout en Allemand & de Bergen qui signifie couvrir. Ce mot ne se dit plus qu'en cette phrase proverbiale, maille à maille se fait le haubergeon, pour dire qu'il faut faire les choses à loisir & les unes aprés les autres: ou bien qu'en faisant plusieurs petites épargnes on peut amasser beaucoup de bien.
HELICE. adj. & subst. f. Terme de Géometrie & d'Architecture. C'est une ligne tracée avec inclination & en forme de vis autour d'un cylindre qui est toûjours également distante de son Axe. Un Escalier en hélice est composé de marches gironnées qui sont attachées les unes sur les autres autour d'une piéce de bois ou de pierre Cylindrique qui sert de noyau. Cette ligne differe de la spirale en ce que la spirale est une ligne décrite en forme de vis autour d'un cone qui s'approche continuellement de son Axe. La vis d'Archimede n'est autre chose qu'un tuyau posé sur un cylindre en forme d'Helice.
Helice. En termes de Médecine se dit de tout le circuit de l'oreille de l'homme, comme qui diroit tour ou tortis.
Helice. Est aussi un nom qu'on donne à une constellation du Ciel qui est la grande Ourse, à cause qu'on la voit toujours tourner autour du pole dans un petit cercle, elle a 35. étoiles selon Ptolomée, dont il y en a 27. qui composent sa figure & 8. qui sont au dehors. Bajerus n'en compte que 32. mais Quepler dit y en avoir observé 56. Il y en a sept principales de la seconde grandeur en forme de chariot, ce qui l'a fait appeller de ce nom par le peuple.
HOURDER. v. act. maçonner grossiérement. On dit qu'un mur est seulement hourdé, lors qu'il n'y a point encore d'enduit, qu'il est encore rude & inégal.
On dit proverbialement qu'un homme est crotté & hourdé quand il revient de ville salle & crotté comme un messager, ou hourdé comme s'il avoit travaillé à la maçonnerie à hourder un mur.
HOURDI, ou lisse de Hourdi. Terme de Marine. C'est le dernier des baus vers la pouppe.
HOURET. s. m. mauvais chien de chasse. Moliere raille en ses fâcheux un Chasseur qui chasse avec quelques hourets galeux.
HOURQUE, ou Houcre. s. m. Terme de marine. C'est un Vaisseau leger & plat de varengue dont se servent les Hollandois, qui est rond de bordage comme les flûtes ou fustes & masté comme un heu, ayant quelquefois un beaupré. Il est du port depuis 50. jusqu'à 200. ou 300. tonneaux. Il est facile à conduire & propre à louvoyer. On tient qu'il fut inventé par Erasme pour aller sur les canaux de Hollande; car il va à vent contraire en faisant plusieurs petites bordées sur des canaux étroits qui n'ont que quatre ou cinq longueurs du bâtiment. Ce mot vient de l'Espagnol urca, qui signifie la même chose.
HYDROGRAPHIE. s. f. Ce mot par son Etimologie signifie seulement la description des eaux; mais dans l'usage ordinaire on entend la science qui apprend l'art de naviger, de faire les cartes marines, de conduire les vaisseaux & de connoître dans les voyages de long cours le lieu précis où on est; c'est de toutes les sciences celle qui approche le plus de la perfection, & il ne lui manque guéres que la connoissance des longitudes. Le Pere Fournier a amplement écrit de l'Hydrographie, & aprés lui le Pere Deschales. L'Ordonnance de la marine au titre huit, parle des Professeurs d'Hydrographie, qu'elle veut être établis dans tous les ports.
HYDROGRAPHIQUE. adj. qui appartient à l'Hydrographie; des cartes Hydrographiques, c'est à dire, marines, ou dressées exprés pour les Pilotes. On y marque les rums des vents, les méridiens y sont paralelles les uns aux autres; on y marque aussi les basses, les rochers, & les bancs. Christophle Colomb étoit un homme qui gagnoit sa vie à faire des Cartes Hydrographiques, il se trouva héritier des mémoires d'un fameux Pilote nommé Alonso Sanchez de Huelva, Capitaine de Vaisseau, lequel par hazard avoit été poussé par une tempête en l'Isle de S. Dominique, & qui mourut chez lui au retour de son voyage; cela lui fit entreprendre la découverte des Indes Occidentales, qui lui réüssit. Cesar d'Arcons a enseigné la maniére de faire un vase qu'il appelle Hydrographique, par lequel il explique le flus & le reflus de la mer, & on y voit produire les mêmes mouvemens & régularitez qu'on a remarquez par toutes les mers suivant le sisteme qu'il en a donné dans son Livre du flus & du reflus de la mer.
HYDROMANTIE. s. f. Divination qui se fait par le moyen de l'eau. Varron dit que l'Hydromantie a été inventée par les Perses, & que Numa Pompilius & Pithagore s'en sont fort servis.
HYDROMEL. s. m. Breuvage qui se fait avec de l'eau & du miel. L'Hydromel vineux se fait avec de l'eau de pluye & du miel de Narbonne qu'on fait cuire & écumer jusqu'à ce qu'un œuf y surnage, & aprés que la liqueur qu'on en tire a été exposée au Soleil pendant 40. jours pour la faire bien fermenter, on y mêle du vin d'Espagne, & si on ne s'en sert que deux ou trois mois aprés, il aura alors un goût approchant de la malvoisie. On fait aussi de l'Hydromel vineux sans y mettre du vin & en le laissant boüillir au Soleil: Les Polonois & les Moscovites en font leur boisson ordinaire. L'Hydromel s'appelle en Grec melicratum, & en Latin aqua mulsa; il est appellé simple quand il n'y entre rien que de l'eau & du miel; & quand il y a beaucoup d'eau & peu de miel on le nomme aqueux, lequel se peut faire en tout temps; quand on y mêle quelques autres drogues on l'appelle composé, & on l'appelle vineux, quand sa force égale celle du vin, laquelle il acquiert non seulement par la grande quantité de miel qu'il reçoit; mais aussi par sa grande coction & insolation, & il ne se fait bien que durant les grandes chaleurs de l'Eté.
HYDROPHOBIE. s. f. Terme de Medecine qui signifie crainte de l'eau. C'est un Symptome qui arrive aux malades mordus de bêtes enragées; de sorte qu'on appelle aussi la maladie de la rage Hydrophobie.
HYPOCONDRE. s. m. Terme d'Anatomie, qui se dit proprement de chaque côté de la region Epigastrique ou superieure du bas ventre. Ce mot est Grec, & signifie sous les cartilages des fausses côtes. En l'Hypocondre droit est situé presque tout le foye, au gauche la rate & la plus grande portion du ventricule ou de l'estomac: quelquefois Hyprocrate a appellé Hypocondre tout le ventre inferieur.
HYPOCONDRIAQUE. adj. m. & f. & subst. qui est travaillé des vapeurs & fumées qui s'élevent des Hypocondres qui troublent le cerveau, d'où vient qu'on appelle visionaire, un foû mélancolique un Hypocondriaque, un foû par intervalles.
HUCHE. s. f. grand coffre de bois dans lequel les Bourgeois & les Païsans paîtrissent le pain.
Huche. Se dit aussi d'un coffre qui est dans la dépense où on serre le pain & autres choses qui servent sur la table.
Huche de Moulin est un coffre de bois, dans lequel tombe la farine mouluë en sortant de dessous la meule. En quelques lieux on le dit aussi de la tremie où se met le grain pour le faire tomber sur la meule petit à petit.
Huche. Terme de Marine. On appelle un navire en Huche celui qui a la pouppe trés-haute.
HUCHER. v. act. vieux mot qui signifioit autrefois appeller, il n'est plus en usage que dans les Provinces. Nicod dérive ce mot du Latin heus; mais Ménage prétend qu'il vient par corruption du mot de vocare qui signifie appeller, ou de levare huescum qui signifie acclamare.
IADE s. m. Pierre verdâtre tirant sur la couleur d'olive, qui est estimée à cause de sa dureté étant beaucoup plus dure que le Porphire, que l'Agathe, & que le Jaspe. Il est fort en estime chez les Turcs & les Polonois qui en ornent toutes sortes d'ouvrages, & sur tout les manches de leurs Sabres, qu'ils font graver & remplir d'or fin; on en fait même des vases, il y en a de deux ou trois verds differents: les Cabinets des curieux sont pleins de Cimeterres, de couteaux emmanchez de Iade. On tient que le Iade appliqué sur les reins préserve de la colique nephretique.
JALAP. s. m. Terme de Pharmacie, est une plante qui croît dans la nouvelle Espagne, & est une Racine moindre en grosseur que le Méchoacan, de couleur plus obscure en dehors, & de substance plus pesante, plus compacte & plus résineuse, on l'apporte en roüelles seches.
JAQUEMAR. s. m. Terme d'Horloger, est un homme de fer qu'on met sur les Horloges avec un marteau à la main pour frapper les heures: on l'a ainsi appellé du nom de l'ouvrier qui en a été inventeur, qui s'appelloit Jacques-Marc.
Quand on dit armé comme un Jacquemar, cela vient de Jacques-Marc de Bourbon, Troisiéme fils de Jacques de Bourbon Connêtable de France sous le Régne du Roy Jean: c'étoit un Seigneur fort brave & vaillant qui se trouva en toutes les occasions les plus dangereuses de Guerre & de Tournois; mais qui pour donner bon exemple & se moquer des fanfarons, étoit toûjours armé à l'avantage, disant que les armes n'étoient faites que pour cela, & dés-lors on appella Jaquemars tous ceux qu'on voyoit armez de pied en cap.
JAVART, s. m. Terme de Manége, maladie de Cheval, c'est une petite tumeur qui se résout en apostume ou bourbillon qui se forme au paturon sous le boulet & quelquefois sous la corne. Un Javart nerveux est celui qui vient sur le nerf, & Javart encorné est celui qui vient sous la corne. Il faut dessoler le plus souvent un Cheval, quand il a un Javart encorné.
JAVEAU, s. m. Terme d'Eaux & Forêts. Isle faite nouvellement au milieu d'une Riviére par alluvion, ou amas de limon & de sable. L'Ordonnance parle souvent des atterrissemens & Javeaux.
ICNOGRAPHIE, s. f. Terme de Géometrie; C'est le plan ou la description d'une Forteresse, d'un Bâtiment ou d'une autre construction. Cette délineation est telle que le Bâtiment paroîtroit au rés-de chaussée, si on l'avoit rasé, on l'appelle autrement section horisontale. Cette description marque seulement les longueurs & les inclinations de leurs lignes ou de leurs angles & les épaisseurs des ouvrages, les élévations ne sont connuës que par le profil ou l'Orthographie.
ILIAQUE, adj. f. Terme de Medecine, maladie qu'on appelle autrement la colique de miserere: les Medecins l'appellent Voluulus, c'est une obstruction des intestins grêles, qui ferme tellement le passage des excremens, qu'on les rend par la bouche en vomissant: Elle est ainsi nommée de l'intestin Ileon; quelques-uns l'appellent entortillé. En la passion Iliaque la viande ne descend point en bas, & les clistéres ne montent point en haut.
Iliaque, est aussi un nom qu'on donne à une veine ou vaisseau qui est un des rameaux du tronc descendant de la veine cave qui arrose les flancs, & qui se divise en autres souches & rameaux. La veine Iliaque ou des flancs, a de part & d'autre cinq rameaux ou surgeons, l'adipeux, le Renal, le spermatique, le Lombaire & le Musculeux.
IMPRIMERIE, s. f. l'art d'Imprimer, de tirer l'empreinte des caractéres qui servent de moule: L'Imprimerie est un art ancien dans la Chine, mais elle est bien differente de la nôtre: On est en doute de celui qui a inventé l'Imprimerie en Europe. Mantel Medecin de Paris, dans une Lettre écrite à Monsieur Naudé, prouve que ce fut Jean Mantel Bourgeois de Strasbourg qui l'inventa en 1442. du temps de Federic III. Empereur, & que Jean Guttemberg un de ses compagnons la transporta à Mayence où il s'associa avec Fauste & Scœffer, ausquels quelques-uns en ont faussement attribué l'invention; comme Munster, Polidore Virgile, Vignier & Pasquier aprés eux. L'Empereur Federic III. en l'an 1466. en faveur de cette invention donna à Jean Mantel pour Armes un Champ de gueules au Lyon couronné d'or, accollé d'un Rouleau Voltigeant d'Azur. Les premiers Livres imprimez qu'on ait vûs en Europe sont un Durandus de Ritibus Ecclesiæ de l'année 1461. & une Bible de l'an 1462. la Cité de Dieu de Saint Augustin, & les Offices de Ciceron.
Imprimerie est aussi tout l'attirail, les outils & instrumens qui servent à imprimer, comme les Presses, les Casses, le Plomb, les Chassis, &c. un tel Imprimeur est mort, son Imprimerie est à vendre.
Imprimerie, est aussi le lieu où on imprime: Il est allé à l'Imprimerie du Louvre; On a mis bas en telle Imprimerie faute d'ouvrage: On dit aussi que l'Imprimerie ne va plus, pour dire que le trafic des Livres diminuë.
On appelle Correcteur d'Imprimerie, celui qui est gagé pour revoir les Epreuves.
INCESTE, s. m. crime qui se commet quand on a la compagnie charnelle de personnes qui sont parentes jusqu'à un certain degré prohibé par l'Eglise. Le second Concile de Latran, Session 51. a réduit au quatriéme degré de parenté la prohibition de contracter mariage, qui étoit autrefois étenduë jusqu'au huitiéme, à cause que le corps est composé des quatre Elemens, & de quatre humeurs: Toutes les Nations ont eu de l'horreur pour l'Inceste, Régnier a dit pourtant,