Aux portes de la morgue en la cité,
Comme je flânais oisif cherchant à m’isoler du tumulte,
Je m’arrête curieux—voyez donc! cette dépouille de paria, une pauvre prostituée morte qu’on apporte,
On dépose là son cadavre que nul n’a réclamé, et il gît sur le pavé de briques humide;
La femme divine, son corps—je vois le corps—je ne regarde que cela,
Cette demeure hier débordante de passion et de beauté, je ne remarque rien autre chose,
Ni le silence si glacial, ni l’eau qui coule du robinet, ni les odeurs cadavériques ne m’impressionnent,
Mais seule la demeure—cette prodigieuse demeure—cette délicate et splendide demeure—cette ruine!
Cette immortelle demeure plus somptueuse que toutes les rangées d’édifices qui furent jamais construits!
Ou que le Capitole au dôme blanc surmonté d’une majestueuse figure, ou que toutes les vieilles cathédrales aux flèches altières,
Cette petite demeure à elle seule est plus que tout cela—pauvre demeure, demeure désespérée!
Belle et terrible épave—logement d’une âme—âme elle-même,
Maison que nul ne réclame, maison abandonnée—accepte un souffle de mes lèvres tremblantes,
Accepte une larme qui tombe pendant que je m’éloigne en pensant à toi,
Demeure d’amour défunte—demeure de folie et de crime, tombée en poussière, broyée,
Demeure de vie, naguère pleine de paroles et de rires—mais, hélas! pauvre demeure, tu étais déjà morte en ce temps-là,
Depuis des mois, des années, tu étais une maison garnie, résonnante—mais morte, morte, morte.

CET ENGRAIS

1
Quelque chose m’épouvante aux lieux où je me croyais le plus en sûreté,
Je m’écarte des bois silencieux que j’adorais,

Je ne veux plus maintenant m’en aller errer par les pâturages,
Je ne veux plus dépouiller mon corps de ses vêtements pour me rencontrer avec mon amante, la mer,
Je ne veux plus toucher de ma chair la terre, comme une autre chair qui me renouvelle.
O comment cela peut-il se faire que le sol lui-même ne soit pas écœuré?
Comment pouvez-vous rester vivantes, pousses du printemps?
Comment pouvez-vous donner la santé, sang des herbes, des racines, des vergers et des grains?
Ne dépose-t-on pas en vous sans relâche des corps malsains?
Tous les continents ne sont-ils pas en proie à la fermentation accumulée de ces morts aigris?
Où t’es-tu débarrassée, ô terre, de ces cadavres?
De ces ivrognes et de ces goinfres de tant de générations?
Où as-tu détourné tout ce liquide et toute cette carne ignobles?
Je n’en vois aucune trace sur toi aujourd’hui, mais peut-être suis-je induit en erreur,
Je creuserai un sillon avec ma charrue, j’enfoncerai ma bêche dans la glèbe et la retournerai sens dessus dessous,
Je suis sûr que je mettrai à découvert quelque quartier de cette viande putride.

2
Regardez cet engrais! Regardez-le bien!
Chaque petit grain qui le compose a peut-être fait partie naguère d’un individu malade—cependant regardez!
L’herbe du printemps couvre les prairies,
Le haricot soulève et perce sans bruit le terreau du jardin,
La tige délicate de l’oignon pointe en l’air,
Les bourgeons des pommiers se montrent en bouquets sur les branches,
Le blé resurgi dresse un visage pâle hors de ses tombes,
Sur le saule et sur le mûrier les teintes s’éveillent,
Les oiseaux chantent matin et soir autour des femelles blotties sur leur nid,
Les petites volailles se font jour à travers les œufs éclos,
Les jeunes des animaux naissent, le veau sort de la vache, le poulain de la jument,
Hors de sa petite butte lèvent les feuilles vert foncé de la pomme de terre,
Hors de son monticule lève la tige jaune du maïs, les lilas fleurissent au seuil des demeures,
Au-dessus de tous ces entassements de morts décomposés la végétation de l’été se préserve innocente et dédaigneuse.
O cette chimie!
Cette chimie qui fait que les vents ne sont réellement pas pestilentiels,

Que cela n’est pas une tromperie, ces flots verts et transparents de la mer qui me poursuit si amoureusement,
Que je peux sans danger lui permettre de lécher de ses langues tout mon corps nu,
Qu’elle ne me communiquera pas les fièvres qui se sont déposées en elle,
Que tout est à jamais pur,
Que l’eau froide du puits a si bon goût,
Que les mûres sont si parfumées et si juteuses,
Que les fruits du plant de pommiers et du plant d’orangers, que les melons, les raisins, les pêches, les prunes, que rien de tout cela ne m’empoisonnera,
Que lorsque je m’étends sur l’herbe je n’attrape aucun mal,
Bien que probablement chaque brin d’herbe sorte de ce qui fut naguère une maladie contagieuse.
A présent ce qui m’épouvante de la Terre, c’est son calme et sa patience,
C’est qu’elle fasse sortir d’une telle corruption tant de choses délectables,
Qu’elle tourne, inoffensive et immaculée, sur son axe, avec de tels amas sans fin de cadavres malsains,
Qu’elle distille, d’une telle puanteur répandue à travers elle, des brises aussi exquises,
Qu’elle renouvelle, avec ces airs de ne pas y penser, ses moissons annuelles, prodigues et somptueuses,
Qu’elle donne aux hommes d’aussi divines substances et qu’elle accepte d’eux de tels détritus à la fin.

A UN RÉVOLUTIONNAIRE D’EUROPE VAINCU

Courage malgré tout, mon frère ou ma sœur!
Va toujours—la Liberté exige qu’on la serve quoi qu’il arrive;
Cela ne compte pas qui se laisse réduire par un ou deux échecs ou par un nombre indéfini d’échecs,
Ou par l’indifférence ou l’ingratitude du peuple, ou par n’importe quelle déloyauté,
Ou par les crocs montrés du pouvoir, les soldats, les canons, les codes pénals.
Ce en quoi nous croyons reste en attente invisible et perpétuelle à travers tous les continents,
N’invite personne, ne promet rien, sied dans le calme et la lumière, positif et maître de soi, ne connaît pas le découragement,
Attendant patiemment, attendant son heure.

DE DERRIÈRE CE MASQUE

(Pour faire face à un portrait)

1

LA VOIX

1
Je chante la voix, la mesure, la concentration, la détermination et le pouvoir divin de prononcer les mots;
Etes-vous parvenu à vous faire des poumons solides et des lèvres souples, après de longs essais? Les avez-vous obtenus tels à la suite d’un exercice vigoureux?
Les tenez-vous de votre constitution?
Parcourez-vous ces larges régions avec autant de largeur en vous-même qu’elles en ont?
Etes-vous bien arrivé à posséder le pouvoir divin de prononcer les mots?
Car ce n’est qu’à la fin, après beaucoup d’années, après avoir connu la chasteté, l’amitié, la procréation, la prudence et la nudité,

Après avoir foulé la terre et affronté fleuves et lacs,
Après avoir débarrassé sa gorge de ses entraves, après avoir absorbé les âges, les tempéraments, les races, après avoir connu le savoir, la liberté, les crimes,
Après avoir acquis une foi complète, après s’être clarifié et exalté, après avoir écarté les obstacles,
Après toutes ces expériences et bien davantage, qu’il est tout au plus possible que vienne à un homme ou à une femme le pouvoir divin de prononcer les mots;
Mais alors vers cet homme ou cette femme tout se précipite à flots—rien ne résiste, tout est là,
Armées, vaisseaux, antiquité, bibliothèques, peintures, machines, villes, haine, désespoir, amitié, douleur, vol, meurtre, aspiration, tout cela se forme en rangs serrés,
Tout cela sort selon que cet homme ou cette femme en a besoin, pour défiler docilement par sa bouche.
2
Oh qu’y a-t-il donc en moi qui me fait ainsi trembler en entendant des voix?
Celui qui me parle d’une voix juste, je le suivrai sûrement quel qu’il soit,
Comme les flots de la mer suivent la lune, en silence, à pas fluides, n’importe où autour du globe.
Tout est en attente de voix justes;

Où est l’organe exercé et parfait? Où est l’âme développée?
Car je vois que tous les mots qui en sortent ont des sons neufs, plus profonds et plus purs, qui seraient impossibles à de moindres conditions.
Je vois des cerveaux et des lèvres qui restent fermés, des tympans et des tempes que rien ne frappe,
Jusqu’à ce que s’élève la voix qui a la qualité de frapper et d’ouvrir,
Jusqu’à ce que s’élève la voix qui a la qualité d’accoucher ce qui sommeille, toujours prêt à sortir, dans tous les mots.

A CELUI QUI FUT CRUCIFIÉ

Mon esprit s’unit au tien, cher frère,
Ne t’inquiète pas de ce que beaucoup qui chantent les louanges de ton nom ne te comprennent pas,
Car moi, qui ne chante pas les louanges de ton nom, je te comprends,
C’est avec joie, ô mon camarade, que je te mentionne spécialement pour te saluer et pour saluer ceux qui furent avec toi, avant et depuis, et aussi ceux qui viendront,
Afin que tous nous travaillions ensemble,—transmettant la même charge et le même héritage,
Nous, le petit nombre des égaux, à qui importent peu les pays et les temps,

Nous, qui embrassons tous les continents, toutes les castes, qui admettons toutes les théologies,
Nous, les compatissants, les discerneurs, nous la commune mesure des hommes,
Nous qui nous promenons en silence au milieu des disputes et des affirmations, mais qui ne rejetons pas les disputeurs ni rien de ce qu’on affirme,
Nous entendons leurs braillements et leur tumulte assourdissant, de toute part nous assaillent leurs divisions, leurs jalousies, leurs récriminations,
Ils forment autour de nous un cercle péremptoire pour nous enfermer, mon camarade,
Pourtant, rebelles aux emprises, nous parcourons librement la terre entière, nous voyageons dans tous les sens jusqu’à ce que nous imprimions notre marque ineffaçable sur le temps et sur les âges divers,
Jusqu’à ce que nous saturions le temps et les âges, afin que les hommes et les femmes des races, des âges à venir, s’attestent frères et amis comme nous le sommes.

A UNE FILLE PUBLIQUE

MIRACLES

QUE SUIS-JE, APRÈS TOUT

COSMOS

QUI VEUT APPRENDRE MA LEÇON ENTIÈRE?

Qui veut apprendre ma leçon entière?
Patron, ouvrier, apprenti, ecclésiastique et athée,
Idiot et penseur sage, parents et enfants, marchand, commis, garçon et client,
Directeur, écrivain, artiste, écolier—approchez et commencez;
Ce n’est pas une leçon—elle abaisse les barrières pour vous donner accès à une autre leçon,
Et de celle-ci à une autre, et de chacune à une autre encore.

TOUJOURS CETTE MUSIQUE AUTOUR DE MOI

OH TOUJOURS VIVRE ET TOUJOURS MOURIR

A QUELQU’UN QUI VA BIENTOT MOURIR

Entre tous les autres je vous distingue et j’ai pour vous un message:
Vous allez mourir—que d’autres vous disent ce qu’il leur plaît, moi je ne puis mentir,
Je suis strict et impitoyable, mais je vous chéris—vous n’en réchapperez pas.

L’INVOCATION SUPRÊME

A la fin, tendrement,
Au travers des murs de la puissante maison fortifiée,
Eludant les verrous hermétiquement joints, la protection des portes solidement closes,
Que je sois emporté comme un souffle.
Que je sorte en glissant sans bruit;
Avec la clef de la douceur ouvre les serrures—avec un murmure,
Ouvre les portes toutes grandes, ô âme.
Tendrement—ne sois pas impatiente,
(Forte est ton emprise, ô chair mortelle,
Forte est ton emprise, ô amour.)

TOI, GLOBE LA-HAUT

Toi, globe là-haut dans ton éblouissement total! Toi, midi brûlant d’octobre!
Qui inondes de lumière éclatante le sable gris de la plage,
La mer proche au sifflement rauque avec ses perspectives lointaines et son écume,
Et ses traînées fauves et ses ombres et son immensité bleue;
O soleil resplendissant de midi! A toi j’adresse un mot spécial.
Ecoute-moi, souverain!
C’est ton amant qui te parle, car toujours je t’ai adoré,
Même poupon je me chauffais à tes rayons, plus tard, heureux gamin, seul à l’orée d’un bois, tes rayons qui de loin me touchaient suffisaient à mon bonheur,
Et jeune ou vieux ou homme mûri, tu as été pour moi tel qu’en ce jour où je darde vers toi mon invocation.

VISAGES

1
En déambulant les trottoirs ou en suivant les chemins dans la campagne, voyez donc, quels visages!
Visages d’amitié, de rigueur stricte, de prudence, de suavité, d’idéalité,
Le visage où se reflète la prescience du spirituel, l’ordinaire visage de bonté, toujours bienvenu,
Le visage qui est comme un chant, les visages magnifiques des avocats et des juges selon la nature, larges au sommet postérieur du crâne,
Ceux des chasseurs et des pêcheurs bombés aux sourcils, ceux rasés et blêmes des bourgeois orthodoxes,
Le visage pur, exalté, gonflé de désir, interrogateur de l’artiste,
Le visage de laideur d’une âme magnifique, le visage de beauté qu’on déteste ou qu’on méprise,
Les visages sacrés des petits enfants, le visage illuminé de la mère aux petits nombreux,
Le visage de l’intrigue d’amour, le visage de la vénération,
Le visage qu’on dirait d’un rêve, le visage tel qu’un roc immobile,
Le visage vidé de son bien et de son mal, visage émasculé,
Faucon sauvage aux ailes rognées par les ciseaux,

Etalon qui a cédé à la fin aux courroies et au fer du châtreur.
Déambulant ainsi les trottoirs ou passant sur les bacs aux incessantes traversées, voici des visages, des visages, toujours des visages.
Je les vois et ne me plains pas, tous me satisfont.
2
Pensez-vous que tous ces visages me satisferaient, si je croyais qu’ils fussent à eux-mêmes leur propre fin?
Celui-là vraiment est trop pitoyable pour être le visage d’un homme,
C’est quelque ignoble pou implorant la permission d’exister et rampant pour l’obtenir,
Quelque larve roupieuse bénissant ce qui lui permet de se glisser dans son trou.
Ce visage est un museau flaireur de chien en quête de déchets,
Des serpents gîtent en cette bouche-là, j’entends leur sifflement menaçant.
Ce visage est une brume plus glaciale que la mer arctique,
Ses bancs de glace, lorsqu’ils passent, lourds et chancelants, font un bruit pareil à un broiement.

Ce visage est plein d’herbes amères, celui-ci est un vomitif, ils n’ont pas besoin d’étiquettes,
Et en voici d’autres évoquant les rayons de la pharmacie, le laudanum, le caoutchouc ou l’axonge.
Ce visage est une épilepsie, sa langue, sans pouvoir articuler, profère le cri qui n’a plus rien d’humain,
Ses veines le long du cou se gonflent, ses yeux se révulsent au point de ne plus montrer que le blanc,
Ses dents grincent, les paumes de ses mains sont déchirées par les ongles des doigts contractés,
L’homme roule à terre et se débat en écumant, bien qu’il soit pour tous en train de spéculer raisonnablement.
Ce visage est rongé par la vermine et les vers,
Et celui-ci est un poignard d’assassin à moitié tiré de sa gaine.
Ce visage est redevable au fossoyeur de son lugubre salaire,
Une cloche des morts tinte en lui sans relâche.
3
Traits de mes égaux, vous voudriez peut-être me tromper avec votre cortège fripé et cadavérique?
Oh! il n’est pas en votre pouvoir de me tromper.

Je vois s’écouler votre flot circulaire, jamais effacé,
Je vois par-dessous les bords de vos masques ignobles et hagards.
Disloquez-vous et tortillez-vous autant que vous le voudrez, farfouillez avec vos museaux de poissons ou de rats,
Vous serez débarrassés de vos muselières, je vous dis que vous le serez.
J’ai vu un jour le visage de l’idiot le plus barbouillé et le plus baveux qu’on gardait à l’asile,
Or je savais pour ma consolation ce que les autres ne savaient pas,
Je savais quelles étaient les lois qui avaient vidé et ruiné mon frère,
Celles-ci attendent leur heure pour balayer de la demeure écroulée les décombres,
Et je reviendrai voir dans une vingtaine d’âge ou deux,
Et je trouverai le vrai maître du logis, parfait et intact, et valant en tous points autant que moi.
4
Le Maître avance, avance encore,
Toujours une ombre le précède, toujours s’allonge la main tendue qui fait avancer les traînards.
De ce visage émergent des étendards et des chevaux—ô splendeur! je vois ce qui vient,
Je vois les hauts casques des sapeurs, je vois les bâtons des coureurs qui ouvrent un passage,
J’entends les tambours de la victoire.
Ce visage est une barque de sauvetage,
Celui-ci est le visage souverain et barbu qui ne demande aux autres nul avantage,
Ce visage est un fruit savoureux prêt à être dégusté,
Ce visage de jeune gars rayonnant de santé et de sincérité est un programme de tout ce qu’il y a de bien au monde.
Ces visages-là, qu’ils soient endormis ou éveillés, sont une attestation,
Ils montrent que leur lignée se rattache au Maître lui-même.
Du bénéfice de ce que j’ai dit je n’exclus personne—rouges, blancs ou noirs, tous sont des dieux en puissance,
En chaque demeure est le germe, il éclora après un millier d’années.
Des taches ou des fêlures aux fenêtres ne me troublent pas,
Derrière se trouvent de grandes et suffisantes choses qui me font des signes,
Je lis la promesse et j’attends patiemment.
Ce visage est celui d’un grand lis épanoui,
Et la fleur parle à l’homme aux hanches souples près des palis du jardin:
Viens, s’écrie-t-elle, viens près de moi, homme aux souples hanches,
Reste à mes côtés afin que je m’appuie sur toi aussi haut que je le pourrais,
Remplis-moi de ton miel pâle, penche-toi sur moi,
Frotte contre moi ta barbe irritante, frotte-la contre mon sein et mes épaules.
5
Voici le bon vieux visage de la mère aux enfants nombreux,
Faites silence! Le contentement m’inonde.
Calme et tardive s’élève la fumée du dimanche matin,
Elle plane basse dans l’air au-dessus des rangées d’arbres près des clôtures,
Elle plane légère près des sassafras et des merisiers, et des églantiers qui croissent au-dessous d’eux.
J’ai vu à une soirée les femmes opulentes en grande toilette,
J’ai entendu ce que chantaient depuis si longtemps les poètes,
J’ai appris qui avait rejailli, pourpre de jeunesse, de l’écume blanche et du bleu des eaux.
Voyez cette femme!
Elle regarde de sous sa coiffe de quakeresse, son visage est plus clair et plus beau que le firmament.
Elle est assise dans un fauteuil, sous le porche ombragé de la ferme,
Le soleil envoie justement un rayon sur sa vieille tête blanche.
La toile de sa robe ample est de nuance crème,
Ses petits-fils ont cultivé le lin dont elle est faite et ses petites-filles l’ont filé avec la quenouille et le rouet.
Elle est le caractère mélodieux de la terre,
Le terme au delà duquel la philosophie ne peut aller ni ne désire aller,
La mère justifiée des hommes.

A UNE LOCOMOTIVE EN HIVER

MANNAHATTA