Ne vtile quidem est scire quid futurum sit: Miserum est enim nihil
proficientem angi: si est-ce qu'elle est de beaucoup moindre auctorité.
Voylà pourquoy l'exemple de François Marquis de Sallusse
m'a semblé remerquable: car Lieutenant du Roy François en son
armée delà les monts, infiniment fauorisé de nostre cour, et obligé1
au Roy du Marquisat mesmes, qui auoit esté confisqué de son frere:
au reste ne se presentant occasion de le faire, son affection mesme
y contredisant, se laissa si fort espouuanter, comme il a esté adueré,
aux belles prognostications qu'on faisoit lors courir de tous costez
à l'aduantage de l'Empereur Charles cinquiesme, et à nostre desauantage•
(mesmes en Italie, où ces folles propheties auoyent
trouué tant de place, qu'à Rome fut baillée grande somme d'argent
au change, pour cette opinion de nostre ruine) qu'apres s'estre
souuent condolu à ses priuez, des maux qu'il voyoit ineuitablement
preparez à la couronne de France, et aux amis qu'il y auoit, se2
reuolta, et changea de party: à son grand dommage pourtant,
quelque constellation qu'il y eust. Mais il s'y conduisit en homme
combatu de diuerses passions: car ayant et villes et forces en sa
main, l'armee ennemie soubs Antoine de Leue à trois pas de luy, et
nous sans soupçon de son faict, il estoit en luy de faire pis qu'il ne•
fit. Car pour sa trahison nous ne perdismes ny homme, ny ville que
Fossan: encore apres l'auoir long temps contestee.
Prudens futuri temporis exitum
Caliginosa nocte premit Deus,
Ridétque si mortalis vltra3
Fas trepidat.
Ille potens sui
Lætúsque deget, cui licet in diem
Dixisse, vixi; cras vel atra
Nube polum pater occupato,•
Vel sole puro.
Lætus in præsens animus, quod vltra est,
Oderit curare.
Et ceux qui croyent ce mot au contraire, le croyent à tort. Ista
sic reciprocantur, vt et si diuinatio sit, dij sint: et si dij sint, sit4
diuinatio. Beaucoup plus sagement Pacuuius,
Nam istis qui linguam auium intelligunt,
Plúsque ex alieno iecore sapiunt, quàm ex suo,
Magis audiendum quàm auscultandum censeo.
Ainsi sur tout il se faut garder qui peut, de tomber entre les
mains d'vn Iuge ennemy, victorieux et armé.
Mais quant à la coüardise, il est certain que la plus commune
façon est de la chastier par honte et ignominie. Et tient-on que
cette regle a esté premierement mise en vsage par le legislateur•
Charondas: et qu'auant luy les loix de Grece punissoyent de mort
ceux qui s'en estoyent fuis d'vne bataille: là où il ordonna seulement
qu'ils fussent par trois iours assis emmy la place publicque,
vestus de robe de femme: esperant encores s'en pouuoir seruir,
leur ayant fait reuenir le courage par cette honte. Suffundere malis2
hominis sanguinem quàm effundere. Il semble aussi que les loix
Romaines punissoyent anciennement de mort, ceux qui auoyent
fuy. Car Ammianus Marcellinus dit que l'Empereur Iulien condemna
dix de ses soldats, qui auoyent tourné le dos à vne charge
contre les Parthes, à estre degradez, et apres à souffrir mort,•
suyuant, dit-il, les loix anciennes. Toutes-fois ailleurs pour vne
pareille faute il en condemne d'autres, seulement à se tenir parmy
les prisonniers sous l'enseigne du bagage. L'aspre chastiement du
peuple Romain contre les soldats eschapez de Cannes, et en cette
mesme guerre, contre ceux qui accompaignerent Cn. Fuluius en sa3
deffaitte, ne vint pas à la mort. Si est-il à craindre que la honte les
desespere, et les rende non froids amis seulement, mais ennemis.