[1-1] Le seul titre authentique est: «L'Anneau du Nibelung, festival scénique» (jeu-scénique-de-fête) «en un Prologue et trois Journées»: Der Ring des Nibelungen, ein Bühnen-Festspiel für drei Tage und einen Vorabend (littéralement: «pour trois Jours et un Avant-Soir»).—Proprement, L'Anneau du Nibelung est une Trilogie avec Prologue. Nous avons cru devoir conserver le vocable Tétralogie, qui est seul usité en France, et dont Wagner lui-même, au reste, s'est quelquefois servi pour désigner cette œuvre.
[5-1] Quatre Poèmes d'Opéras traduits en prose française (par Charles Nuitter) et précédés d'une Lettre sur la Musique, par Richard Wagner (traduction de M. Challemel-Lacour), Paris, Librairie Nouvelle, 1861, in-18; nouvelle édition, Paris, Durand et Calmann-Lévy, 1893. C'est à cette dernière (l'autre étant devenue introuvable) que se rapportent toutes les références indiquées dans le présent Essai.—La traduction Challemel-Lacour est souvent d'un style négligé, mais elle est après tout fidèle, et je ne pouvais songer à renvoyer, sans cesse, la majorité de mes lecteurs, au texte allemand de cette précieuse Lettre (R. Wagner: Gesammelte Schriften und Dichtungen, Leipzig, E. W. Fritzsch, 10 vol. in-8; t. VII, 1871).
[6-1] Voir ci-dessous, pp. 107-108 de cet Avant-Propos.
[6-2] Le Ring: «l'Anneau» (du Nibelung). J'emploierai fréquemment ce monosyllabe commode.
[7-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. XLVII.
[7-2] «Vous m'avez demandé, Monsieur, de vous résumer moi-même, avec clarté, les idées sur l'art que j'ai émises dans une série d'écrits publiés en Allemagne, voilà déjà bien des années. Ces idées y ont fait assez de bruit, causé assez de scandale pour exciter, en France même, la curiosité avec laquelle j'ai été accueilli. Vous avez pensé que ces explications importaient à mon intérêt: votre amitié vous a inspiré la confiance qu'une exposition réfléchie de ma pensée pourrait servir à dissiper plus d'une erreur, plus d'un préjugé, et permettre aux esprits prévenus, au moment où l'on va donner à Paris un de mes opéras, de juger l'œuvre, sans avoir à se prononcer en même temps sur une théorie contestable.—Il m'eût été, je l'avoue, extrêmement difficile de répondre à votre invitation bienveillante, si vous ne m'eussiez exprimé le désir de me voir offrir en même temps au public une traduction de mes poèmes, et indiqué par là le seul moyen qui me permit de vous complaire. Je dois le dire, je n'aurais pu prendre sur moi de me lancer encore une fois, comme il eût fallu m'y résoudre, dans un labyrinthe de considérations théoriques et de pures abstractions...» (Id., pp. V-VI)—Quarante-six pages plus loin, Wagner précise ainsi: «J'avais essayé, dans mes écrits théoriques, de déterminer la forme en même temps que la substance, et je ne pouvais le faire théoriquement que d'une manière abstraite. Je voudrais donc éviter à tout prix, comme je vous l'ai déclaré, de recourir à un procédé de ce genre pour vous faire entendre mes idées. Je n'ignore pas, cependant, combien il y a d'inconvénient à parler d'une forme sans en déterminer la substance d'aucune manière. Je vous l'ai avoué au début: l'invitation que vous m'avez adressée de vous donner en même temps une traduction de mes poèmes était la seule chose qui pût me décider à essayer de vous fournir des éclaircissements réels sur la marche de mes idées, autant, du moins, que j'ai pu me l'expliquer. Laissez-moi donc vous dire encore quelques mots de ces poèmes; je serai, j'espère, plus à l'aise pour vous parler ensuite de la forme musicale qui importe tant ici, et sur laquelle il s'est répandu tant de fausses idées. Je dois vous prier, avant tout, de me pardonner, si je ne puis vous offrir qu'une traduction en prose... Sans doute, ces poèmes, présentés sous une forme poétique, feraient sur vous une autre impression; mais c'est chose que je dois négliger ici. Il faut me contenter de vous signaler le caractère des sujets, leur tendance, le mode dramatique dans lequel ils sont traités. Cela va vous mettre à même de comprendre quelle part l'esprit de la musique a eue à la conception et à l'exécution de ces travaux.» (Id., pp. LII-LIII).
[8-1] Wort-Tondrama.—Les mots «Drame Musical» (Musik-Drama), qui servent de titre au livre d'ailleurs si remarquable de M. Schuré, sont tout à fait inadmissibles: Wagner lui-même (Gesammelte Schriften und Dichtungen, tome IX) les a repoussés, comme dénaturant son idée. Loin d'être drames mis en musique, ses œuvres sont, pour ainsi dire, «de la musique mise en action, de la musique devenue visible.» Il eût voulu que le monde les acceptât tels quels, sans dénomination spéciale. On a du reste vu que, pour l'Anneau du Nibelung, c'est un Bühnen-Festspiel, un «jeu-scénique-de-fête» ou festival scénique: ces vocables sont expressifs du but national de Richard Wagner, tel qu'il sera développé ci-dessous. Toutefois pourrait-on dire qu'à un point de vue critique, le terme le plus exact serait encore: «Action» (δραμα), lequel s'étale en première page de la partition de Tristan und Isolde. Toutes ces affirmations trouveront leur commentaire dans le présent Avant-Propos.
[9-1] On verra ci-après, pp. 19-20, ce qu'il faut penser de ce terme, en ce qui concerne Richard Wagner.
[9-2] Lettre sur la Musique, nouv. éd., pp. LIII-LIV.
[10-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LV.
[10-2] Cf. ci-dessus, p. 9, note (1).
[10-3] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LV.
[10-4] «Mes conclusions les plus hardies, relativement au drame dont je concevais la possibilité, se sont imposées à moi parce que, dès cette époque, je portais dans ma tête le plan de mon grand Drame des Nibelungen, dont j'avais même déjà écrit le poème en partie; et il avait, dès lors, revêtu dans ma pensée une forme telle, que ma théorie n'était guère autre chose qu'une expression abstraite de ce qui s'était développé en moi comme production spontanée.» Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LIV.—J'y revendrai ci-dessous, p. 77.
[10-5] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LV.
[11-1] Gesammelte Schriften und Dichtungen, tome VI, p. 371.—Cf. ci-dessous, p. 76, note (6).
[11-2] On trouvera plus loin, pp. 67-77, tous les détails chronographiques supplémentaires désirables.
[12-1] Il est, bien entendu, des pages exclusivement instrumentales, comme Siegfried-Idyll (et les Marches), dont la seule place est au concert. Pour le reste, Wagner estimait que les concerts, qu'il nommait des orgies de musique, sont des «travestissements» de ses Drames. A ceux qui répliquent: «Mais, lui-même, Wagner a donné des concerts, composés de fragments de ses œuvres dramatiques», il serait trop facile de démontrer que Wagner ne demanda jamais, aux concerts, que les moyens matériels de n'en plus donner du tout!—Cf., dans L'Œuvre et la Mission de ma Vie, p. 80: «J'avais personnellement à parfaire le déficit considérable qui était resté après la représentation de la trilogie» (Tétralogie) «terminée avec de telles difficultés. Encore une fois, il fallut, dans ce dessein, donner des concerts, faire des concessions et des complaisances qui me gâtèrent le plaisir intellectuel que j'avais eu à propos de mon œuvre...» etc.—On verra ci-après, pp. 30, 36, 115-116, 131, dans quelle mesure je crois que les concerts rendent service à la cause de l'Art de Wagner, et comment ceux qui, par devoir envers sa mémoire, les maudissent, y peuvent eux-mêmes trouver profit, puisqu'eux savent ce qu'il en faut prendre.
[13-1] C'est-à-dire: autre chose que «musicien», tout court: cet Avant-Propos me fera comprendre!—Il peut être amusant de rappeler, tout en ayant de si bonnes raisons d'être d'un avis différent, que dans une de ses lettres à Liszt (Briefwechsel zwischen Wagner und Liszt, 1er janvier 1858) Richard Wagner, au moment même où il composait Tristan und Isolde, cette surhumaine page musicale, parlait, avec tranquillité, de sa personnelle inaptitude aux langues étrangères, comme—«à la musique...»
[15-1] Ce point de vue, le seul logique, a été développé, au t. III de la Revue Wagnérienne, par M. Houston-Stewart-Chamberlain. Déjà M. Catulle Mendes avait pertinemment écrit, dans son beau volume sur Richard Wagner: «Ainsi, il s'agit d'un Art nouveau.» Et enfin M. Alfred Ernst a donné à son dernier livre (dont je reparlerai bientôt) ce titre d'une justesse parfaite: «L'Art de Richard Wagner» (Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1893).
[15-2] Cf. Richard Wagner (Entwürfe, Gedanken, Fragmente [posthumes]: Leipzig; Breitkopf und Härtel, 1883).
[16-1] Cf. Charles Morice, La Littérature de tout à l'heure (Perrin et Cie, 1889), passim.—Quelque intelligemment admiratives, du reste, que soient les pages consacrées dans ce livre à Richard Wagner, elles contiennent, à mon humble avis, des erreurs d'appréciation qui me défendent de les recommander à des lecteurs mal préparés.—N'importe! Ce que notre génération doit à M. Charles Morice, nous ne pourrons l'oublier jamais. Cet aîné,—un aîné bien jeune!—fut l'un de ses initiateurs. Et si je ne saurais m'associer à certains jugements que j'estime inexacts, je nous dois à tous deux de déclarer que, dans le développement qui motive cette note, je me suis parfois souvenu de l'accent de ce noble Verbe.
[17-1] Cf. Richard Wagner, Entwürfe, Gedanken, Fragmente, p. 23; Leipzig, Breitkopf und Härtel, 1885.
[17-2] Cf. Richard Wagner, Gesammelte Schriften und Dichtungen, éd. citée, t. VIII, p. 37.
[18-1] Je ne désigne point de personnalités. Le dévouement de certains, leur bon-vouloir flagrant, non plus que leur compétence comme directeurs d'orchestre, ne font aucun doute pour personne. On n'en verra pas moins, p. 96, note (2), que Wagner, avec juste raison, exigeait autre chose, encore, des hommes chargés de mener l'exécution d'une œuvre musicale, assurément,—mais dramatiquement musicale.
[19-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. XXIII.
[19-2] Id., p. XXV.
[20-1] Cf. Richard Wagner, Lettre sur la Musique, nouv. éd., pp. VI-VII: «Nous pouvons considérer la nature, dans son ensemble, comme un développement gradué, depuis l'existence purement aveugle jusqu'à la pleine conscience de soi; l'homme en particulier offre l'exemple le plus frappant de ce progrès. Eh bien, ce progrès est d'autant plus intéressant à observer dans la vie de l'artiste que son génie, ses créations sont justement ce qui offre au monde sa propre image, et l'élève à la conscience de lui-même.»
[21-1] Voici comment Wagner définit le Peuple: «Qu'un homme soit le plus ou le moins cultivé de tous, savant ou ignorant, placé au plus haut ou au plus bas de l'échelle sociale... sitôt qu'il éprouve et qu'il entretient en lui une aspiration qui le force à sortir d'un lâche accommodement à la connexion criminelle liant notre Société et notre État, ou de l'obtuse soumission d'esprit à cet ordre de choses: une aspiration qui lui fasse ressentir le dégoût des joies vides de notre civilisation inhumaine, ou la haine d'un utilitarisme profitable seulement à ceux qui n'ont besoin de rien, et non à ceux qui manquent de tout,—... sitôt que cet homme reconnaît clairement et sans hésitation cette nécessité morale, en se sentant capable de souffrir de la peine d'autrui, et, s'il le faut, d'offrir sa vie même en sacrifice,—celui-là appartient alors au Peuple; car lui et tous ses pareils ressentent une même détresse.» (L'Œuvre d'Art de l'Avenir, Das Kunstwerk der Zukunft: Gesammelte Schriften, t. III, pp. 206-207.) «Le Peuple est l'ensemble de tous ceux qui éprouvent une commune détresse.» (Id., p. 60.)—Cf. L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre poétique, par M. Alfred Ernst, pp. 168-172.—C'est au Peuple, ainsi défini, que se doit adresser l'Œuvre d'Art, car «le seul créateur de l'Œuvre d'Art est le Peuple: l'artiste peut seulement saisir et exprimer la création inconsciente du Peuple.» (R. Wagner, Entwürfe, Gedanke, Fragmente, éd. citée, p. 22.)
[22-1] Cf. Richard Wagner, Lettre sur la Musique, nouv. éd., pp. LXXXI-LXXXII: «Pour me défendre de toute concession, il ne me fallait pas un grand courage; l'effet que j'ai vu moi-même les parties les mieux réussies jusqu'à présent dans l'opéra produire sur le public, m'a fait concevoir de lui une opinion plus consolante. L'artiste qui s'adresse dans son ouvrage à l'intuition spontanée, au lieu de s'adresser à des idées abstraites, est porté par un sentiment aveugle, mais sûr, à composer son œuvre non pour le connaisseur, mais pour le public. Ce public ne peut inquiéter l'artiste que sous un seul rapport: c'est par l'élément critique qui peut avoir pénétré en lui, et y avoir détruit l'ingénuité, la candeur des impressions purement humaines. Précisément à cause de la forte part de concessions qu'il renferme, l'opéra, tel qu'il a été jusqu'ici, est, à mon sens, admirablement fait pour brouiller les idées du public, en le laissant incertain de ce qu'il doit chercher et embrasser; car le public est involontairement obligé de se livrer à des réflexions hasardées, prématurées, fausses; et il voit aussi le bandeau des préventions s'épaissir sur son esprit de la façon la plus fâcheuse, grâce au bavardage de tous ceux qui, dans ses rangs mêmes, se prononcent en connaisseurs. Et, par contre, remarquons l'étonnante sûreté des jugements que le public porte, au théâtre, sur le drame récité: rien au monde ne peut le déterminer ici à tenir pour raisonnable une action absurde, pour convenable un discours qui est hors de saison, pour vrai un accent qui ne l'est pas: ce fait est le point solide auquel il faut s'attacher pour établir dans l'opéra même, entre l'auteur et le public, des relations sûres et nécessaires à leur entente mutuelle.»
[27-1] La Tétralogie a treize actes, dont quatre pour le Rheingold et trois pour chacune des autre «Journées». Il serait d'un noir comique que la superstition fût pour rien dans les déraisons (car on ne peut nommer cela «raisons») qui empêchent nos théâtres de nous jouer l'œuvre en sa totalité parfaite. Il est vrai qu'en ce cas, s'ils y tenaient vraiment, nous aurions de quoi les rassurer: L'Or-du-Rhin n'est en somme qu'un acte en quatre «Scènes» (en quatre «Tableaux», si l'on veut), lesquelles, reliées l'une à l'autre, ainsi qu'on s'en pourra convaincre à la lecture, par un interlude musical et un simple mouvement progressif du décor, sont jouées et doivent l'être sans interruption, comme les tragédies helléniques.
[28-1] Mon ami Edmond Barthélemy n'en a pas moins été forcé, dans son Commentaire Musicographique, de renvoyer à ces «réductions» (le mot dit tout!) pour piano.—Les causes? on ne les comprend que trop bien, n'est-il pas vrai?
[28-2] Cf. ci-dessous pp. 107-108, et passim, le développement de cette assertion.
[28-3] Voir entre autres, au drame de Siegfried, les irréfutables notes (1) de la p. 494 et (1) de la p. 510.—Les exemples foisonnent! j'en ai tout un dossier. Dans le beau livre dont j'ai parlé, et dont je reparlerai bientôt, M. Ernst en relève quelques-uns (spécialement sur la conclusion de Tannhäuser, p. 376, en note).
[30-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. XL.
[31-1] L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre Poétique, par Alfred Ernst (E. Plon, Nourrit et Cie, éditeurs, Paris, 1893, 1 vol. in-18 de IV-544 pages).—Ce précieux volume n'est, du même auteur, ni le premier, sur Richard Wagner, ni, Dieu merci, le dernier non plus (il sera suivi d'un autre, non moins nécessaire, dont s'y trouve annoncée l'apparition prochaine: L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre Musicale): lui-même fut précédé d'une œuvre (titre: Richard Wagner et le Drame Contemporain) assez inférieure, à celle que j'indique, en ce que chacun des Drames y est analysé non seulement un peu vite, peut-être, mais à un point de vue surtout thématique: c'est dire que ce même point de vue reste aussi bien traité que l'a permis à l'auteur, alors, le peu de place dont il disposait; toutefois, pour des raisons d'ordre particulier (encore que M. Alfred Ernst ait généreusement accordé, à mon ami Barthélemy, la gracieuse autorisation d'en utiliser maints passages pour son Commentaire Musicographique) j'aurai l'ingratitude de ne pas recommander l'œuvre:—L'Art de Richard Wagner la supplée si richement! Oui: je n'ai, à l'heure présente, jamais vu M. Ernst; jamais je ne le verrai sans doute; mais j'affirme, sans craindre qu'on ne me contredise, que ce livre, de toute la Critique wagnériste, est le seul livre français qui puisse, actuellement, donner de l'Art de Wagner une idée nette, complète, libre de toute erreur sérieuse.—Je n'aurais de réserves à faire que: sur un seul chapitre, intitulé: L'art Religieux (mais cela n'importe pas ici); sur l'absence d'un chapitre synthétique final (mais sans doute fut-il plus logique de le réserver pour le second volume annoncé, si impatiemment attendu); enfin sur ce fait que l'auteur, en sa piété d'ailleurs touchante, suppose que son public a tout d'abord eu soin de prendre la connaissance des Drames. Or, où l'aurait-il prise—pour L'Anneau du Nibelung? Dans la version Wilder? Non, verra-t-on bientôt. Cette lacune, le présent volume va la combler; et alors, d'être mieux intelligible encore, l'œuvre de M. Ernst n'en paraîtra que plus belle. Sur la Langue, la Métrique, la Plastique, la Mimique, le Décor, les Sources, les Symboles, on y trouvera, plus développées, sous une forme à la fois savante et captivante, une foule d'observations que je ne pouvais qu'indiquer, de citations traduites pour la première fois (j'ai fait mon profit de quelques-unes, mais le livre de M. Ernst en fournit seul le commentaire): bref une véritable encyclopédie de l'œuvre poétique wagnérienne, un monument durable auquel je me fais une joie de rendre ce public témoignage.
[32-1] Je laisse à cette place ces deux noms, parce qu'ils sont venus sous ma plume dans le feu de la première improvisation: n'obsèdent-il pas l'esprit de quiconque, ayant une cause d'Art à soutenir, manque, hélas! de l'autorité qu'il y faudrait? J'entends bien néanmoins que ceux qui portent ces noms sachent, et me fassent l'honneur de croire: qu'à personne je ne demande rien, ni pour moi-même, ni pour ce livre.—C'est pour l'Art de Wagner, seulement, que j'espère en eux!
[35-1] Art et Révolution.—L'Œuvre d'Art de l'Avenir.—Opéra et Drame.—Ils sont analysés ci-dessous, pp. 80-98.
[36-1] Cf. Lettre sur la Musique, nouv. éd., pp. XLV, XLVI, XLVII, passim.
[37-1] Etant donné le Public auquel s'adresse ce livre, j'ai cru ne devoir citer ici (autant que possible) que les œuvres déjà traduites; à force de les voir mentionnées, peut-être éprouvera-t-il le désir de les lire? Pour ma part, j'en vais éditer bientôt deux autres, et même trois, s'il faut tenir compte de L'Art et la Révolution.—Sur ce double sujet, plus nettement m'expliquerai-je; cf., ci-dessous, pp. 78-80; et p. 87, note (3).
[37-2] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. XVIII.—Cf. L'Œuvre et la Mission de ma Vie, trad. Hippeau (Dentu, éd.), pp. 25 et 27. Quelque précieux que soit ce dernier document, je suis obligé, en le recommandant, de mettre le lecteur en garde, une fois pour toutes, contre telles des gloses erronées dont l'estimable traducteur,—par patriotisme sincère, mais partial et mal entendu,—a jugé utile de l'enguirlander.
[38-1] Cf. Richard Wagner, Souvenirs (Charpentier, éd.), traduits, par M. Camille Benoit, de l'Autobiographische Skizze (Esquisse Autobiographique) placée, dans les Œuvres complètes (Gesammelte Schriften), au t. 1er.
[38-2] Cf. L'Œuvre et la Mission de ma Vie, trad. citée, p. 27.
[39-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LVII.
[39-2] Id., ibid.
[39-3] Id., p. LVI.
[39-4] Id., ibid.
[39-5] Id., p. XX.
[40-1] Cf. L'Œuvre et la Mission de ma Vie, pp. 42, 58, 77.—Du reste, si ce fut bien à Paris que les exécutions «réellement parfaites» données par Habeneck au Conservatoire, furent décisives pour le génie de Wagner, la première impression profonde, qu'il eût ressentie, de cette terrible page musicale, datait de sa toute première jeunesse: au Gewandhaus de Leipzig, déjà, elle avait été ce qu'il appelle «la source mystique de mes plus hautes extases.» (Id., p. 29).—Enfin, lorsque la pierre d'assise du Théâtre des Festivals (Festspielhaus) fut posée à Bayreuth (1872), cette grande journée fut célébrée par une exécution modèle de la Symphonie avec Chœurs: «elle-même était la pierre d'assise de l'Art national qu'allait donner au peuple allemand le premier exemple actuel d'une grande solennité scénique, d'une représentation dramatique et musicale qui serait la perfection même.» (Id., p. 77).—Cf. ci-dessous encore l'Avant-Propos, pp. 60, 85-86, 89, 91; et les pages profondes consacrées, soit à Beethoven dans le tome IX, soit à la Neuvième Symphonie dans le même tome IX, et dans le tome II des Gesammelte Schriften und Dichtungen.
[41-1] Cf. Un Pèlerinage chez Beethoven, passim (Richard Wagner, Gesammelte Schriften und Dichtungen, t. 1er).
[42-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., pp. LXXIII-LXXIV.
[43-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LVII.
[43-2] «L'idéal flottait devant sa pensée.»—Id., p. XIV.
[43-3] «Pour bien saisir ce que je veux dire, comparez la richesse infinie, prodigieuse du développement dans une symphonie de Beethoven avec les morceaux de musique de son opéra de Fidelio; vous comprenez sur-le-champ combien le maître se sentait ici à l'étroit, combien il étouffait, combien il lui était impossible d'arriver jamais à déployer sa puissance originelle; aussi, comme s'il voulait s'abandonner une fois au moins à la plénitude de son inspiration, avec quelle fureur désespérée il se jette sur l'ouverture, et y ébauche un morceau d'une ampleur et d'une importance jusque-là inconnues! Cet unique essai d'opéra le laisse plein de dégoût.» (Id., ibid.)
[43-4] Id., p. LXXVII.
[44-1] Lettre sur la Musique, éd. nouv., p. LXXVIII.
[44-2] 1835.
[45-1] Cf. Lettre sur la Musique, éd. nouv., p. XXI.
[45-2] Id., pp. LVII-LVIII.
[45-3] Id., p. XXXI.
[46-1] Cf. Lettre sur la Musique, éd. nouv., p. LVIII.
[46-2] Cf. Id., p. LIX.
[47-1] Cf. Lettre sur la Musique, éd. nouv., p. LIX.
[47-2] Cf. Id., p. LXII.
[47-3] Sur cet «étrange français», cf. ci-dessous p. 49, note (1).
[48-1] Cf. Lettre sur la Musique, éd. nouv., pp. LIX-LX.
[48-2] «La catastrophe finale naît ici, sans le moindre effort, d'une lutte lyrique et poétique où nulle autre puissance que celle des dispositions morales les plus secrètes n'amène le dénouement, de sorte que la forme même de ce dénouement relève d'un élément purement lyrique.» (Id., p. LX).
[48-3] Cf. Id. LXXVII.
[48-4] Cf. Id., p. LXXXI.
[48-5] Cf. Id., p. LXXXIII.
[49-1] Cf. Lettre sur la Musique, éd. nouv., p. LXXXIII.—«La concession que je me suis interdite, quant au sujet, m'a donc affranchi, en même temps, de toute concession, quant à l'exécution musicale.» C'est ainsi que la pensée de Wagner est trahie par le traducteur de la Lettre sur la Musique; j'ai parlé ci-dessus de l'«étrange français» de ce traducteur (aujourd'hui, académicien...): cette phrase en fournit un exemple: à s'en rapporter au sens strict, elle pourrait signifier que Wagner, qui dit le contraire, a été «affranchi» par une «concession».—Ce n'est point une querelle de pédant que je cherche à M. Challemel-Lacour; mais il me fallait bien saisir une occasion pour expliquer que malgré mes très nombreux emprunts à la Lettre sur la Musique, j'aie mieux aimé rompre ses phrases au rythme de mon propre style. J'ai dit d'ailleurs que, «négligée», la traduction Challemel-Lacour n'en est pas moins des plus «fidèles», en un certain sens général. Que le lecteur ne craigne donc pas de s'y référer; bien étudiée, elle aurait pu et peut encore rendre d'immenses services; et la preuve, c'est que de cet Avant-Propos le chapitre III, tout de compilation volontaire (ainsi que je l'expliquerai plus loin), sera composé, en grande partie, d'extraits intégralement reproduits.—Etant donné mon but:—là, je ne pourrai faire mieux.
[49-2] Id., p. LXXXIII.—On verra ci-après, p. 70, ce qu'entendait Wagner par ces mots: L'Œuvre d'Art (et non pas la «musique») de l'Avenir, Das Kunstwerk der Zukunft.
[50-1] Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LX.
[51-1] Charles Baudelaire.—Au point de vue des lecteurs français, les pages de Baudelaire sur Wagner, qu'on trouvera dans le recueil d'articles intitulé L'Art Romantique, demeureront, avec leurs citations de Liszt, parmi celles qu'on peut consulter le plus utilement pour toute la période antérieure (au moins depuis le Vaisseau-Fantôme) à la conception de L'Anneau du Nibelung.
[52-1] Cf. Lettre sur la Musique, nouv. éd., p. LI.
[52-2] Communication à mes Amis (Eine Mittheilung an meinen Freunden; Gesammelte Schriften, t. IV).—Cette phrase se rapportait, d'ailleurs, à un état moral intime plus intéressant, plus poignant. Je n'y puis pas insister ici: Cf. Alfred Ernst, L'Art de Richard Wagner: l'Œuvre poétique, pp. 338-339.
[53-1] Cf. L'Œuvre et la Mission de ma Vie, p. 47: «Je vis que, en vue de plaire réellement au public moderne d'opéra, je devais être un autre que je n'étais, et que je ne pouvais pas être ce que je voulais; je sentis non moins clairement que ma véritable position me condamnait alors comme auparavant, pour la seule cause de gagner des moyens d'existence, à la nécessité de couvrir ma véritable nature et mes opinions avec un détestable masque d'hypocrisie et de conventionnalisme social. Je fus envahi par un amer dédain pour de telles nécessités, et plus je vis briller la lumière de l'idéal, plus je vis distinctement le cours que je devais prendre.»
[54-1] Communication à mes Amis (t. IV).
[55-1] «... qui n'avait rien à faire avec le drame véritable», peut-on lire dans la traduction de la Lettre sur la Musique, p. IX.—Sur cet «étrange français», cf. ci-dessus les notes (3) de la p. 47, et (1) de la p. 49.
[55-2] «En Italie, où s'est constitué d'abord l'opéra, quelle était la mission unique du musicien? Il avait à écrire pour tels ou tels chanteurs, chez qui le talent dramatique n'avait qu'une place tout à fait secondaire, des airs destinés exclusivement à fournir à ces virtuoses l'occasion de déployer leur habileté. Poème et scène n'étaient qu'un prétexte, ne servaient qu'à prêter un temps et un lieu à cette exhibition de virtuoses; la danseuse alternait avec la chanteuse, elle dansait ce que la première avait chanté; et le compositeur avait, pour tout emploi, à fournir des variations d'un type d'airs déterminé.» (Lettre sur la Musique, p. IX).
[55-3] «L'opéra réunissait, en Italie, un public qui consacrait sa soirée à l'amusement, et se donnait, entre autres amusements, celui de la musique chantée sur la scène; on prêtait de temps en temps l'oreille à cette musique, lorsqu'on faisait une pause dans la conversation; pendant la conversation et les visites réciproques d'une loge à l'autre, la musique continuait: son emploi était celui qu'on réserve à la musique de table dans les dîners d'apparat, savoir, d'animer, d'exciter, par son bruit, l'entretien qui languirait sans elle. La musique, qui est jouée dans ce but et pendant ces conversations, forme le fond proprement dit d'une partition italienne; au contraire, la musique qu'on écoute réellement ne remplit pas peut-être un douzième de la partition. L'opéra italien doit contenir au moins un air qu'on écoute volontiers; pour son succès, il faut que la conversation soit interrompue et qu'on puisse écouter avec intérêt au moins six fois. Mais, le compositeur qui sait fixer l'attention des auditeurs sur sa musique jusqu'à douze fois est déclaré homme de génie et vanté comme un créateur inépuisable de mélodies. Maintenant, qu'un tel public se trouve tout à coup en présence d'un ouvrage qui prétend à une égale attention, pendant toute sa durée et pour toutes ses parties; qu'il se voie arraché violemment à toutes les habitudes qu'il porte aux représentations musicales; qu'il ne puisse reconnaître pour identique avec sa mélodie bien-aimée ce qui ne saurait, dans l'hypothèse la plus heureuse, lui paraître qu'un ennoblissement du bruit musical, de ce bruit qui, dans son emploi le plus naïf, lui facilitait autrefois une conversation agréable, tandis qu'il l'importune aujourd'hui de sa prétention d'être entendu réellement; le moyen de savoir à ce public mauvais gré de sa stupeur et de son épouvante? A coup sûr, il demanderait à cris redoublés sa douzaine ou sa demi-douzaine de mélodies, ne fût-ce qu'afin que la musique des intervalles amenât et protégeât la conversation, la chose capitale assurément d'une soirée d'opéra.» (Id., pp. LXIII-LXV.)
[56-1] «Appropriées au caractère de la nation, à l'état de la poésie dramatique et des arts de représentation qui venaient de prendre un essor remarquable, les exigences de ces arts s'imposaient aussi impérieusement à l'opéra. Au Grand Opéra, se forma un style fixe, qui, emprunté dans ses traits principaux aux règles du Théâtre-Français, satisfaisait à toutes les conventions, à toutes les exigences d'une représentation dramatique.» (Lettre sur la Musique, p. X)