Dame qui moult se mire, peu file.

Les Espagnols disent: La muger quanto mas mira la cara, tanto mas destruye la casa. Ce qui est rendu exactement par cet ancien jeu de mots: Plus la femme mire sa mine, plus sa maison elle mine.

Il fut un temps où la principale occupation des dames était de filer. De vieux portraits les représentent avec une quenouille attachée sur le sein du côté gauche, et avec un miroir suspendu à leur ceinture du côté droit. Elles ne quittaient guère ces deux attributs; ils étaient pour ainsi dire des pièces essentielles de leur costume. Mais l’un fesait tort à l’autre, et celui du travail devait être fréquemment négligé pour celui de la coquetterie. Le dernier finit par l’emporter. Les dames cessèrent de filer, et se mirèrent tout à leur aise.—Jean des Caurres, auteur du seizième siècle, dit dans ses œuvres morales que les courtisanes et damoiselles masquées de son temps portaient le miroir sur le ventre, et il ajoute qu’un pareil usage tendait à devenir général: Si est ce qu’avec le temps, il n’y aura bourgeoise, ni chambrière qui par accoutumance n’en veuille porter. Cependant cet usage ne s’est pas conservé. Le beau sexe l’a jugé inutile depuis que les moindres appartements ont été ornés de trumeaux et de glaces où il peut se mirer et s’admirer de la tête aux pieds.

FILLE.Faire d’une fille deux gendres.

C’est promettre une seule et même chose à deux personnes, ou retirer deux profits d’une seule et même chose. Cette expression proverbiale est traduite de celle des Latins: Unicâ filiâ duos parare generos.

Quand la fille est mariée, viennent des gendres.

Quand on n’a plus besoin d’une chose, viennent des gens qui vous l’offrent. Ce dont on n’a plus que faire se trouve facilement.

FILS.Chacun est le fils de ses œuvres.

Chaque homme est ce que ses œuvres ou ses qualités personnelles le font être; il tire sa valeur réelle de lui-même.

Au demeurant le meilleur fils du monde.

Le meilleur fils du monde se disait autrefois dans le même sens que Le meilleur enfant du monde. Ce vers devenu proverbe, qui se place comme un Gloria patri à la suite des critiques qu’on fait de quelqu’un, est pris de la charmante épître où Marot raconte à François Ier comment il a été volé par son valet.

J’avais un jour un valet de Gascogne,
Gourmand, ivrogne et assuré menteur,
Pipeur, larron, jureur, blasphémateur,
Sentant la hart de cent pas à la ronde,
Au demeurant le meilleur fils du monde.

C’est, dit Laharpe, un trait bien plaisant que ce vers après l’énumération de pareilles qualités.

FIN.La fin couronne l’œuvre.

Finis coronat opus. Il ne suffit pas de bien commencer; l’essentiel est de bien finir; c’est la fin qui accomplit l’œuvre.

En toute chose, il faut considérer la fin.

Le grand défaut des hommes est de ne pas prévoir. Ils n’ont qu’une idée générale des inconvénients attachés à la plupart des affaires qu’ils veulent entreprendre; ils s’engagent et trouvent mille accidents imprévus. Alors ils désirent retourner en arrière; mais il est trop tard: il faut qu’ils subissent la peine de leur imprévoyance. On ne saurait donc mieux faire que de méditer ce proverbe, et de l’avoir toujours présent à l’esprit avec cette sage maxime du cardinal de Retz: «Il faut toujours tâcher de former ses projets de façon que leur irréussite même soit suivie de quelque avantage.»

FION.Donner le fion à une chose.

«Un Français enseignait à des mains royales à faire des boutons. Quand le bouton était fait, l’artiste disait: A présent, sire, il faut lui donner le fion. A quelques mois de là, le mot revint dans la tête du roi. Il se mit à compulser tous les dictionnaires, et il n’y trouva pas ce mot. Il appela un Neuchâtelois qui était à sa cour, et lui dit: Apprenez moi ce que c’est que le fion dans la langue française. Sire, répondit le Neuchâtelois, le fion, c’est la bonne grâce.» (Mercier, Tableau de Paris, tome V, ch. 70.)

D’après le Dictionnaire du bas langage, imprimé en 1808, le fion est le poli, le dernier soin qu’on donne à un ouvrage pour le perfectionner.

FLAMBE.Soldat de la petite flambe.

C’est la même chose que Chevalier de la petite épée. En termes d’argot, la petite flambe, comme la petite épée, désigne un couteau à l’usage des coupeurs de bourses; et c’est pour cela qu’être flambé se dit dans le même sens qu’être ruiné.

FLAMBEAU.C’est l’éclat d’un flambeau près de s’éteindre.

Lorsqu’un flambeau est près de s’éteindre, il jette une lueur plus éclatante; l’air qui en soulève la flamme devenue plus légère, communique à ses parties languissantes une agitation qui les ranime et leur donne cette vivacité d’un instant à laquelle on compare les derniers éclairs du génie et les traits inattendus de vigueur qui font espérer la guérison d’un mourant.

FLAMBERGE.Mettre flamberge au vent.

Expression employée le plus souvent dans un sens ironique pour dire, tirer l’épée, dégaîner. La flamberge, ou grande flambe, était une épée très ancienne dont la lame imitait les ondulations de la flamme par la configuration de son coupant, et présentait l’image du glaive de feu que tenait à sa main l’ange chargé de garder l’entrée du paradis terrestre. Renaud de Montauban se servait d’une flamberge, et l’on a regardé à tort le nom de flamberge comme particulier à l’arme du héros.—Notez que flambe, d’où vient flamberge, s’est dit autrefois pour flamme.

FLANC.Se battre les flancs.

Cette locution, qu’on emploie en parlant d’une personne dont les grands efforts pour faire une chose n’obtiennent qu’un très petit résultat, est une métaphore prise des habitudes du lion qui se bat les flancs de sa queue lorsqu’il veut s’exciter au combat.—Les Grecs usaient d’une pareille métaphore en appelant Alcée la queue du lion. Mais leur expression n’était pas ironique comme la nôtre; elle caractérisait le mâle génie de ce poëte qui animait leur valeur.

FLANDRE.Faire flandre.

C’est faire comme en Flandre, c’est-à-dire faire faillite, s’évader; car autrefois les banqueroutiers étaient plus communs en Flandre que partout ailleurs, en raison du grand nombre de commerçants qu’il y avait dans ce pays.

FLANDRIN.C’est un grand flandrin.

De quel pays est donc ce grand jeune homme, dont le jargon est si singulier et les manières si empruntées? demandait une dame, en parlant d’un étranger qui venait de sortir d’un salon où il avait fait sa première entrée. On lui répondit: Il est de la Flandre. Une semaine après, se trouvant dans la même société, et n’y revoyant pas cet original: Où est donc, dit-elle, le grand flandrin? Alors tout le monde de rire, et de répéter le mot, appliqué depuis comme un sobriquet aux hommes élancés, fluets, de mauvaise contenance et même un peu niais.

On pensera peut-être que l’anecdote a été faite à plaisir, et l’on adoptera plus volontiers l’opinion des lexicographes qui disent que l’expression est une métaphore prise des chevaux flamands maigres et allongés, que les maquignons appellent flandrins.

FLATTER.Qui te flatte veut te tromper.

Fistula dulce canit volucrem dum decipit anceps.

La flûte fait entendre de doux sons quand l’oiseleur trompe l’oiseau.

Suivant le proverbe basque, le flatteur est proche parent du traître. Lausengaria traidorearen hurren ascasia.

Les Italiens disent: Gola degli adulatori sepolcro aperto; bouche des flatteurs, sépulcre ouvert; ce qui est traduit littéralement de ces paroles du psalmiste: Sepulcrum patens est guttur eorum.

Pessimum inimicorum genus laudantes (Tacite, in Agric., cap. 41). Les flatteurs sont la pire espèce des ennemis.

FLEUR.Qui peint la fleur n’en peut peindre l’odeur.

Qui pingit florem non pingit floris odorem.

Avis aux hypocrites. Leur vertu simulée ne saurait parvenir à passer pour naturelle, et toujours elle se reconnaît comme la fleur peinte ou artificielle à l’absence de ce parfum exquis qu’exhale la véritable vertu.

FLEURETTE.Conter fleurettes.

Tenir des propos galants.—Cette expression est venue, suivant la remarque de Le Noble, de ce qu’il y avait en France, sous Charles VI, des pièces de monnaie marquées de petites fleurs et nommées, pour cette raison, florettes ou fleurettes, de même qu’on nomme encore florins une monnaie d’or ou d’argent qui portait primitivement l’empreinte d’une fleur. Ainsi conter fleurettes aurait d’abord signifié compter de l’argent aux belles pour les séduire, ce qui est bien souvent le moyen le plus persuasif, d’après ce vieux proverbe: Amour peut moult, argent peut tout. Ceux qui rejettent cette origine allèguent la différence qu’il y a entre conter et compter; mais ce n’est point là une bonne raison, puisque autrefois ces deux mots étaient confondus sous le rapport de l’orthographe, comme je l’ai prouvé en expliquant la locution conter des fagots. Cependant je n’adopte point l’opinion de Le Noble, je crois qu’il est plus naturel d’entendre par fleurettes les fleurs du langage. Les Grecs disaient: ῥῶδα εἴρειν, et les Latins de même, rosas loqui. On trouve, dans quelques auteurs français du quinzième siècle, dire florettes[46], et il existe un vieux livre intitulé: «Les fleurs de bien dire, recueillies aux cabinets des plus rares esprits de ce temps, pour exprimer les passions amoureuses de l’un et de l’autre sexe, avec un amas des plus beaux traits dont on use en amour, par forme de dictionnaire. Paris, 1598, chez Guillemot.»

FLÛTE.Ce qui vient de la flûte s’en retourne au tambour.

Nous disons encore: Ce qui vient de flot s’en retourne de marée, ce que le flux amène est emporté par le reflux.

Les Latins disaient: Salis onus undè venerat illuc abiit, par allusion au naufrage d’une cargaison de sel, substance qui, comme on sait, est formée d’eau de mer.

Les Italiens disent: Farina del diavolo se riduce in crusca. Farine du diable se change en recoupe.

Les Anglais disent: What is got over the devil’s back, is spent under his belly. Ce qui est gagné sur le dos du diable est dépensé sous son ventre.

Tous ces proverbes, fondés sur des comparaisons différentes, ont la même signification, et reviennent à celui-ci: Biens mal acquis ne profitent point. Malè parta malè dilabuntur.

Il est du bois dont on fait les flûtes.

Cette expression s’emploie en parlant d’un homme qui par complaisance ou par faiblesse, n’ose contredire personne. Elle s’explique par cette autre: Il est de tous bons accords.

Il souvient toujours à Robin de ses flûtes.

On se rappelle volontiers les goûts, les penchants de sa jeunesse; on revient facilement à d’anciennes habitudes. Le Duchat dit que ce proverbe est venu d’un ami de la bouteille, nommé Robin, qui, n’osant plus, à cause de la goutte dont il était tourmenté, boire dans de grands verres appelés flûtes, ne pouvait cependant en perdre le souvenir[47].

FLÛTEUR.Les flûteurs d’Orléans.

M. Fétis dit qu’il y avait à Orléans, sous le règne de François Ier et de Henri II, des flûteurs qui jouaient de la flûte à neuf trous. Mais la célébrité proverbiale des flûteurs d’Orléans date d’une époque plus reculée. Martial d’Auvergne en a parlé.

FOI.Par ma foi.

Ce juron fut d’un grand usage et d’une grande valeur dans les temps où l’on se battait en France pour la foi. Aujourd’hui, il est à peu près insignifiant.

Foi de gentilhomme, un autre gage vaut mieux.

Les anciens gentilshommes ne se piquaient pas de tenir les promesses qu’ils fesaient aux vilains, et les vilains, fatigués d’être dupes de ces promesses, y attachaient fort peu de valeur. De là ce proverbe, où la franche défiance des derniers accuse la foi suspecte des premiers.

FOIRE.La foire n’est pas sur le pont.

Il n’est pas nécessaire de tant se presser.—Locution fondée sur une ancienne coutume autorisant les petits marchands, après la clôture d’une foire, à continuer leur vente, pendant une demi-journée ou une journée entière, dans un quartier particulier, ordinairement près d’un pont et sur le pont même.

FOIREUX.Les foireux de Blois.

Les habitants de Blois assurent que ce sobriquet n’a rien d’offensant pour eux, et qu’il leur a été appliqué à cause de plusieurs foires accordées à leur ville par nos anciens rois.

FOLLE.Tout le monde en veut au cas de la reine folle.

Brantôme, dans ses Dames galantes, rapporte cet ancien proverbe, que Le Duchat explique ainsi: «Quelque qualifiée que soit une femme, dès qu’elle s’en laisse conter, chacun se croit en droit d’aspirer à ses faveurs.»

Les Italiens disent de cette femme, dont la qualité compromise par la galanterie n’impose plus à personne, qu’elle est comme le bénitier où chacun vient tremper le doigt, quoiqu’il soit sacré. Ella e la pila dell’acqua benedetta.

FONTAINE.Il ne faut pas dire: Fontaine, je ne boirai pas de ton eau.

Il ne faut pas assurer qu’on n’aura pas besoin de telle personne ou de telle chose.—Allusion à l’aventure d’un ivrogne qui jurait sans cesse qu’il ne boirait jamais d’eau et qui se noya dans le bassin d’une fontaine. Cette aventure est rappelée dans les vers suivants de l’Arioste:

Come veleno e sangue viperino,
L’acqua fuggia, quanto fuggir si puote.
Or quivi muore, e quel che più l’annoia
El sentir che nell’acqua sene muoia.

Il fuyait l’eau comme le poison et le sang de vipère, autant qu’il est possible de la fuir. Cependant il y laissa la vie, et sa plus grande douleur fut de sentir qu’il mourait dans l’eau.

FORCE.Force n’est pas droit.

Ce proverbe se trouve dans Huon de Villeneuve.

Force n’est mie drois: piéça l’ai oi dire.

On dit aussi: Où force règne droit n’a lieu.

FORGERON.A force de forger on devient forgeron.

Fabricando fit faber. Par l’exercice on parvient à faire les choses facilement; l’usage est un excellent maître.

FORMALISTE.Dieu nous garde des formalistes.

«Les formalistes s’attachent tout aux formes et aux dehors, pensent être quittes et irrépréhensibles en la poursuite de leurs passions et cupidités, pourvu qu’ils ne fassent rien contre la teneur des lois et qu’ils n’omettent rien des formalités. Voilà un richard qui a ruiné et mis au désespoir de pauvres familles; mais ça été en demandant ce qu’il a cru être sien, et ce par voie de justice. Qui peut le convaincre d’avoir mal fait? O combien de méchancetés se commettent sous le couvert des formes! On a bien raison de dire: Dieu nous garde des formalistes!» (Charron.)

FORTUNE.Faire fortune.

«C’est une si belle phrase et qui dit une si bonne chose qu’elle est d’un usage universel. On la connaît dans toutes les langues: elle plaît aux étrangers et aux barbares; elle règne à la cour et à la ville; elle a percé les cloîtres et franchi les murs des abbayes de l’un et de l’autre sexe: il n’y a point de lieux sacrés où elle n’ait pénétré, point de désert ni de solitude où elle soit inconnue.» (La Bruyère.)

Bien danse à qui la fortune chante.

Proverbe qu’on applique à une personne qui voit tout lui succéder à souhait, et qui doit moins les avantages qu’elle obtient à une habile conduite qu’à l’aveugle faveur de la fortune.

Chacun a dans sa vie un souris de la fortune.

Semel in omni vitâ cuique arridet fortuna.—Proverbe du moyen-âge que le cardinal Impériali avait sans doute présent à l’esprit lorsqu’il disait ces paroles citées par Montesquieu: «Il n’y a point d’homme que la fortune ne vienne visiter une fois dans sa vie; mais lorsqu’elle ne le trouve pas prêt à la recevoir, elle entre par la porte et sort par la fenêtre.» Heureux celui qui sait profiler de cet instant avant lequel la fortune ne lui sourit point encore, et après lequel elle ne lui sourit plus!

Grande fortune, grande servitude.

Magna fortuna, magna servitus.—Celui qui possède une grande fortune est obligé d’exercer beaucoup de surveillance et de se livrer à une foule de soins qui ne lui laissent aucun repos, de sorte que, dans cette occupation continuelle, il semble moins être le maître que l’esclave de ses richesses; et presque toujours il devient tel réellement.

Être affligé d’une grande fortune.

C’est être fort riche. Il y a peu d’expressions plus philosophiques et plus vraies que celle-ci, quoiqu’elle semble énoncer un paradoxe. En effet, les prestiges d’une grande fortune n’ont qu’une courte durée et les jouissances qu’elle donne sont promptement suivies de la satiété; car, lorsqu’on peut avoir tout ce qu’on désire, on finit bien vite par ne plus rien désirer. Alors, il ne reste plus au possesseur blasé que les inconvénients, les embarras et les inquiétudes inséparables des richesses trop abondantes; et cet état malheureux ne fait qu’empirer, s’il n’a pas la sagesse d’y remédier en pratiquant la bienfaisance. Les richesses sans la vertu, dit Sapho, sont des hôtesses trop fâcheuses.

FOSSÉ.Au bout du fossé la culbute.

On pense à tort que le mot bout est ici un mot impropre qu’il faudrait remplacer par le mot bord. D’après un usage féodal, les manants tenus d’amuser le seigneur châtelain et sa compagnie, en certains jours de fête, devaient franchir, à qui mieux mieux, un fossé plein d’eau, qui allait en s’évasant d’un bout à l’autre. Les sauteurs commençaient par la partie la plus étroite et continuaient jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à la plus large. C’est là qu’ils aspiraient à signaler leur agilité. Mais il était fort rare que leur élan dépassât la distance des deux bords, et presque tous tombaient dans l’eau la tête la première. De là ce dicton, Au bout du fossé la culbute, dont on se sert lorsque, se conduisant avec étourderie ou avec audace, on veut faire entendre que, s’il en résulte pour soi des suites fâcheuses, on ne s’en plaindra point, on les verra d’un œil indifférent.

FOU.Le fou se trahit lui-même.

Traduction littérale d’un proverbe latin qui se trouve dans Sénèque: Stultus ipse se prodit.

Le cœur de l’insensé publie à haute voix ses folles pensées. Cor insipientium provocat stultitiam. (Salom., Prov., chap. XII, v. 25.)

Le cardinal Mandruce disait: Ce n’est pas être fou que de faire une folie, mais c’est l’être que de ne pas savoir la cacher. Le proverbe allemand qui correspond au nôtre est très spirituel: Der Kuckuck seinen einigen Namen ruft aus. Le coucou chante son propre nom.

Celui des Italiens se fait remarquer par le même caractère:

Se tacesse la gallina non si saprebbe che a fatto l’uovo. Si la poule n’avait pas chanté, l’on ne saurait pas qu’elle a pondu.

Qui ne sait être fou n’est pas sage.

La multitude des fous est si grande, que la sagesse est obligée de se mettre sous leur protection. Sanitatis patrocinium est insanientium turba. (St Augustin, de Civit. Dei, lib. VI, c. 10.)

Il faut avoir un peu de folie, qui ne veut avoir plus de sottise. (Montaigne, Ess., liv. III, ch. 9.)

On n’est estimé sage qu’autant qu’on est fou de la folie commune. (Fontenelle.)

Il vaut mieux être fou avec tous que sage tout seul.

Le sage qui se trouve en compagnie des fous ne doit pas afficher un rigorisme déplacé, parce qu’il ne peut lui revenir rien de bon d’une pareille conduite.

La raison même a tort quand elle ne plaît pas. (Lachaussée.)

Il y a de la folie à vouloir se montrer sage tout seul, et de la sagesse à savoir à propos contrefaire le fou.

J’ai toujours vu, dit Montesquieu, que, pour réussir dans le monde, il faut avoir l’air fou et être sage.

Un fou avise un sage.

«Tous les jours, la sotte contenance d’un autre m’avertit et m’avise... Ce temps n’est propre qu’à nous amender à reculons, par disconvenance plus que par convenance, par différence que par accord. Étant peu appris par les bons exemples, je me sers des mauvais, desquels la leçon est ordinaire.» (Montaigne, Ess., liv. III, ch. 8.)

On demandait à Lokman de quels maîtres il avait appris la sagesse, il répondit: De ceux qui ne la pratiquaient point.

Les poisons, disait Confucius, deviennent des antidotes entre les mains d’un médecin habile: il en est de même des mauvais exemples pour le sage.

C’est d’après ce principe, inhumainement appliqué, que les magistrats de Lacédémone fesaient enivrer un ilote qu’ils offraient en spectacle à leurs concitoyens, pour leur inspirer l’horreur de l’ivrognerie.

Les fous sont plus utiles aux sages que les sages aux fous.

Paroles de Caton l’Ancien qui sont passées en proverbe.

Sans les fous, les sages ne pourraient pas vivre. (Proverbe turc.)

Les sages vont chercher de la lumière, et les fous leur en donnent. (Proverbe espagnol.)

Au rire on connaît le fou.

Le rire, dit Oxenstiern, est la trompette de la folie.

L’abbé Damascène, espèce d’astrologue italien, a fait un traité où il distingue les tempéraments des hommes par leur manière de rire. Cet appréciateur burlesque prétend que le ha ha ha caractérise les flegmatiques, le hé hé hé les bilieux, le hi hi hi les mélancoliques, le ho ho ho les sanguins. Il ne fait pas mention expressément du rire des fous; mais ce rire est facile à reconnaître, malgré ses innombrables variétés. C’est celui qui naît tout à coup sans sujet, c’est-à-dire sans sujet apparent, car il est toujours produit par quelque hallucination. Salomon le compare au bruit que font les épines en brûlant sous la marmite, Sicut vox spinarum sub ollâ, ita risus stultorum. (Ecclés., c. VII, v 7.) Les épines pétillent beaucoup, se consument promptement, donnent peu de chaleur et ne font pas bouillir la marmite. Il en est de même de la joie des fous: elle éclate d’une manière bruyante, n’a pas de consistance, ne dure qu’un moment et n’amène pas de bon résultat.

Plus fou que ceux de Béziers.

Le troubadour Giraud de Borneil dit qu’un baiser qu’il a reçu de sa dame l’a rendu plus fou que ceux de Béziers. C’est encore un espèce de proverbe injurieux que Dans chaque maison de Béziers il y a la chambre d’un fou; et les habitants de cette ville paraissent reconnaître la notoriété du fait, lorsqu’ils disent en parlant d’eux-mêmes: Nous avons tous de l’esprit, mais ils sont fous.

Il y a aussi un dicton qui reproche aux habitants de Béziers d’être capables de pousser la folie jusqu’au déicide. Lorsqu’on cite le vers proverbial auquel a donné lieu la beauté de leur pays,

Si Deus in terris, vellet habitare Bliteris,

Si Dieu descendait sur la terre, il viendrait habiter Béziers,

On ne manque guère d’ajouter, ut iterum crucifigeretur, pour être crucifié de nouveau.

Plus on est des fous, plus on rit.

Un fou rit beaucoup, témoin l’expression proverbiale Rire comme un fou, et plusieurs fous réunis rient encore davantage, car ils s’excitent l’un l’autre à la joie.

Fou qui se tait passe pour sage.

Stultus quoque si tacuerit sapiens reputabitur, et si compresserit labia sua intelligens. (Salomon, Parab., c. XVII, v. 23). L’insensé même passe pour sage lorsqu’il se tait, et pour intelligent lorsqu’il tient sa bouche fermée.

Dieu aide à trois sortes de personnes: aux fous, aux enfants et aux ivrognes.

Il semble, en effet, que Dieu leur accorde une protection spéciale pour les préserver des malheurs et des dangers qui les menacent continuellement.

Tous les fous ne portent pas la marotte.

Proverbe qui a le même sens que cet autre: Tous les fous ne sont pas aux Petites-Maisons.—Les Italiens disent: Se tutti i pazzi portassero una beretta bianca, pareremmo un branco d’oche. Si tous les fous portaient le bonnet blanc, nous ressemblerions à un troupeau d’oies.

FOUETTER.Chacun se fait fouetter à sa guise.

Chacun fait comme il veut, en ce qui le touche personnellement.—Un Espagnol repris de justice était conduit sur un âne d’un lieu à un autre, et frappé à coups de fouet pendant tout le trajet, conformément à l’ancienne coutume du pays. Comme on le raillait d’affecter, en subissant sa peine, une gravité mal placée, qui l’empêchait de piquer sa bête pour la faire aller plus vite, il répondit qu’il voulait que cela fût ainsi, et qu’il était bien maître de se faire fouetter à sa guise. C’est de là, dit-on, qu’est venu le proverbe. On peut croire, avec plus de raison, qu’il a dû son origine à un autre fait que voici: Les moines, dès le onzième siècle, avaient trouvé bon de se donner mutuellement la discipline par esprit de pénitence, mais tous ne se conformaient pas à cet usage avec le même zèle. Les capucins, qui se fouettaient chaque jour vigoureusement, reprochaient aux Augustins de ne se fouetter que trois jours par semaine, avec mollesse, et ceux-ci leur répliquaient: Chacun se fait fouetter à sa guise.

La flagellation monastique n’avait d’autre lénitif que le chant du psaume Miserere, pendant la durée duquel on ne cessait de l’appliquer. Et c’est ce qui donna lieu de dire proverbialement d’un homme bien battu: Il en a eu depuis miserere jusqu’à vitulos; depuis le premier jusqu’au dernier mot de ce psaume.

FOURGON.La pelle se moque du fourgon.

Proverbe dont on fait l’application à une personne qui reproche à un autre des ridicules ou des défauts qu’elle a elle-même. Le mot fourgon désigne ici une perche à laquelle est emmanché un long morceau de fer recourbé par le bout, qui sert à remuer le bois ou la braise dans le four.—Les Espagnols disent: Dice la sartena a la caldera: Tirte alla, culo negro. La poêle dit au chaudron: Retire-toi, cul noir.

On disait autrefois: Le piètre se moque du boiteux; et par le mot piètre, formé de pes tritus (pied trituré, broyé), on entendait un boiteux des deux pieds. Ce mot n’existe plus que comme adjectif dans le sens de mesquin, chétif, de nulle valeur, en parlant des choses et des personnes.

FRANÇAIS.Parler français.

La langue française est moins susceptible qu’aucune autre d’amphibologie et d’obscurité, grâce à l’heureuse simplicité de sa construction qui, conformant presque toujours, dit M. Allou, la phrase à l’ordre direct, fait que l’enchaînement des mots s’y trouve exactement le même que celui des éléments dont se compose la pensée. Ce caractère lui est tellement propre, qu’on peut établir en axiome de grammaire que ce qui n’est pas clair n’est pas français; et c’est à cause de cela sans doute qu’elle a été choisie pour la rédaction des traités diplomatiques dont on peut dire que l’unique bonne foi c’est la clarté. Mais il faut observer qu’elle n’a pas été choisie, ainsi qu’on le croit communément, sous le règne de Louis XIV. Le congrès de Nimègue ne fit alors que consacrer l’usage dès longtemps reçu de l’employer, dans les transactions politiques, comme l’interprète la plus fidèle et comme la garantie la plus assurée qu’à l’avenir on ne sèmerait plus la guerre dans des paroles de paix.

On voit, d’après ce que je viens de dire, que l’expression parler français doit signifier: s’exprimer sans détour, sans équivoque, énoncer franchement sa pensée. C’est dans ce sens que Montaigne l’a employée en parlant des femmes qui, après avoir fait mauvais ménage avec leurs maris, paraissent inconsolables quand ils sont morts. «Est-ce pas, s’écrie-t-il, de quoy ressusciter de despit, qui m’aura craché au nez, pendant que j’estoy, me vienne frotter les pieds quand je ne suis plus? Ne regardez pas à ces yeux moites et à ceste piteuse voix. Regardez ce port, ce teinct et l’embonpoint de ces joues soubs ces grands voiles. C’est par là qu’elle parle françois

Montaigne dit encore: «Il faut parler françois, il faut montrer ce qu’il y a de bon et de net dans le fond du pot.»

Les Latins se servaient de l’expression latinè loqui, parler latin, à laquelle ils attachaient le même sens.

Parler français signifie aussi parler avec autorité, d’un ton menaçant; et il n’est pas besoin de remarquer que cette nouvelle acception n’a pas été fondée sur le caractère de la langue, mais sur celui du peuple qui la parle.

FRANCOLIN.Muet comme un francolin pris.

Le francolin, que Gesnerus nomme gelinotte sauvage et perdrix de montagne, est un oiseau pulvérateur qui multiplie beaucoup. Il ne s’apprivoise pas et devient muet dans l’état de captivité; mais il recouvre la voix quand la liberté lui est rendue. C’est ce que dit le vieux naturaliste Belon, dans le quatrain suivant de son livre intitulé: Portraits d’oiseaux:

Le francolin étant oiseau de pris,
En liberté chante et se tait en cage;
Aussy celui qui a peu de langage
Est dit Muet comme un francolin pris.

FRELAMPIER.C’est un frelampier.

C’est un homme de peu ou de rien.—Les uns dérivent ce mot de frélampe, menue monnaie de douze à quinze deniers, qui d’ordinaire était entre les mains des pauvres gens; d’autres, avec plus de raison peut-être, le font venir de frère lampier, frère allumeur de lampes dans les couvents. Borel l’explique par charlatan; mais cette acception n’est plus usitée, si elle l’a été.

FRELUQUET.C’est un freluquet.

C’est un homme léger, frivole, un damoiseau qui n’a d’autre mérite que sa parure. Le mot freluquet est dérivé du roman Freluque rapporté dans le Glossaire de Roquefort, qui le traduit par bouquet, flocon, petit paquet de cheveux.

FRÉQUENTER.Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es.

On prend les goûts et les mœurs des personnes avec lesquelles on vit. La communication a tant d’influence sur l’homme, qu’elle ne lui permet pas d’avoir un caractère à soi. Elle le modifie et lui pétrit une ame sur le moule de ses liaisons, nourrit Achille avec la moelle des lions quand il est chez les Centaures, et l’habille en femme parmi les courtisans de Lycomède.

FRÈRE.

Le frère est ami de nature,
Mais son amitié n’est pas sûre.

Ce distique proverbial est une traduction de la phrase suivante de Cicéron: Cum propinquis amicitiam natura ipsa peperit, sed ea non satis habet firmitatis. (De Amicitiâ, cap. VI.)

On voit que Legouvé ne doit pas avoir eu beaucoup de peine à faire ce vers charmant.

Un frère est un ami donné par la nature[48].

La borne sied très bien entre les champs de deux frères.

«C’est à la vérité, dit Montaigne, un beau nom et plein de dilection que le nom de frère; mais ce meslange de biens, ces partages, et que la richesse de l’un soit la pauvreté de l’autre, cela destrempe merveilleusement et relasche cette soudure fraternelle.»

Il y a un proverbe espagnol qui dit: Partir como hermanos: lo mio, mio; lo tuyo de entrambos. Partager comme frères: le mien est mien; le tien est à nous deux.

Remarquons pour l’honneur de la fraternité, que l’expression française Partager en frères exprime une pensée différente; elle signifie: partager également, amiablement, sans contestation. Il faut avouer pourtant qu’elle est rarement exacte dans son application.

FRIANDISE.Avoir le nez tourné à la friandise.

Le peuple de Paris disait autrefois, en parlant d’un gourmand: Il est comme saint Jacques-de-l’Hôpital, il a le nez tourné à la friandise, phrase proverbiale venue de ce que l’image de saint Jacques, placée sur le portail de l’église, regardait la rue aux Oues (aux Oies), dans laquelle il y avait beaucoup de rôtisseurs dont les boutiques étaient garnies d’oies rôties, mets très estimé de nos bons aïeux[49]. C’est de cette phrase qu’on a pris l’expression Avoir le nez tourné à la friandise, en y attachant un nouveau sens; car on l’applique ordinairement à une jeune femme qui a l’air coquet et éveillé, l’air d’aimer le plaisir.

FRICASSÉE.Sentir de loin la fricassée.

Avoir un pressentiment des inconvénients ou des dangers auxquels on s’exposerait en acceptant une invitation.—Cette façon de parler, employée par Brantôme (Capitaines étrangers, t. II, p. 177), fait allusion, suivant Le Duchat, au repas où furent arrêtés les comtes d’Egmont et de Horn, malheureuses victimes de la tyrannie de Philippe II.

FRINGALE.Avoir la fringale.

C’est-à-dire un appétit désordonné, une faim dévorante.—Ce mot est une corruption de faim-valle. La mauvaise habitude qu’a le peuple de dire fraim pour faim a changé d’abord faim-valle en fraim-valle, puis en fraim-galle, et finalement en fringale. Quant à l’étymologie de faim-valle, M. Ch. Nodier pense qu’elle est assez difficile à trouver. «Il faut peut-être la chercher, ajoute-t-il, dans cette vieille expression employée par Baïf (feuillet 22 des Mimes et enseignements, 1581):

Tout l’été chanta la cigale,
Et l’hiver elle eut la faim-vale.

«Vale est ici adverbe, et vient de valdè; ou adjectif, et vient de valens, ou de valida

FROID.Souffler le chaud et le froid.

C’est parler tantôt pour, tantôt contre une personne ou une chose; en dire tantôt du bien, tantôt du mal, suivant les circonstances et les dispositions de ceux à qui l’on parle.

Plutarque, dans son Traité du premier froid, ch. VII, rapporte cette expression qu’il explique en disant, d’après Aristote, que quand on souffle la bouche ouverte, on exhale un air intérieur qui est chaud, et que quand on souffle les lèvres serrées, on ne fait que pousser l’air extérieur qui est froid.

On connaît l’apologue où figure un satyre qui, voyant un villageois souffler tour à tour dans ses doigts pour les rechauffer et sur son potage pour le refroidir, s’écrie: «Je n’aurai jamais amitié ni accointance avec un homme qui d’une même bouche souffle le chaud et le froid.» Cet apologue n’a pas été l’origine, mais l’application de l’expression proverbiale, qui remonte à la plus haute antiquité.

Si vous soufflez l’étincelle, il en sortira un feu ardent; si vous «crachez dessus, elle s’éteindra; et c’est la bouche qui fait l’un et l’autre.» (Ecclésiastique, ch. II, v. 14.)

FRONDEUR.C’est un frondeur.

On sait que cette expression, employée figurément et dans un sens politique, naquit à l’époque où le cardinal de Mazarin gouvernait la France. Voici l’origine qu’elle eut, suivant Ménage. Le duc d’Orléans, dit cet auteur, s’était rendu au parlement pour empêcher qu’on y mît en délibération quelques propositions qu’il jugeait désavantageuses au ministère. Le conseiller Le Coigneux de Bachaumont engagea alors plusieurs de ses confrères à remettre la chose à une autre séance à laquelle le prince n’assisterait pas, et il ajouta qu’il fallait imiter les frondeurs qui ne frondaient pas en présence des commissaires, mais qui frondaient en leur absence, malgré les défenses de ceux-ci. (Ces frondeurs étaient des enfants de Paris qui, divisés par bandes armées de frondes, s’attaquaient à coups de pierres, prenaient la fuite quand ils voyaient accourir les agents de la police, et revenaient sur le champ de bataille, aussitôt qu’ils ne les apercevaient plus.) Quelques jours après, Le Coigneux de Bachaumont, entendant opiner quelques membres du parlement en faveur du ministre, dit qu’il allait fronder cet avis. Ses amis applaudirent à l’expression; Marigny de Nevers, poète satirique, l’employa dans ses vaudevilles contre Mazarin, et de là vinrent les mots frondeur et fronde, dont le premier servit à désigner tout opposant aux actes de ce ministre, et le second le parti de l’opposition.

FUMÉE.Il n’y a point de feu sans fumée.

Quelque précaution qu’on prenne pour cacher une passion vive, on ne peut s’empêcher de la laisser paraître. Quelquefois même on la découvre par le soin qu’on met à la tenir secrète.

Il n’y a point de fumée sans feu.

En général, il ne court point de bruit qui n’ait quelque fondement. Les Italiens disent: Non si grida mai al lupo ch’ egli non sia in paese. On ne crie jamais au loup qu’il ne soit dans le pays.

La fumée s’attache au blanc.

La calomnie s’attache à la vertu; elle noircit l’innocence.

La fumée suit ou cherche les belles.

Ce proverbe est fort ancien, car il se trouve dans un passage d’Athénée (Deipnos. liv. VI), où un parasite dit: Comme la fumée je vole aux belles. Gilbert Cousin qui le rapporte ainsi en latin, Fumus pulchriorem persequitur, n’en donne pas l’origine. Il se pourrait qu’il fût venu de ce que les belles, mettant d’ordinaire plus de recherche que les autres dans leur parure, font choix d’étoffes blanches ou brillantes, dont la fumée ternit facilement le lustre. Il s’applique par plaisanterie aux personnes qui se plaignent de la fumée; mais il se prend quelquefois dans une acception morale, pour signifier que l’envie poursuit le mérite.

FUMIER.L’œil du fermier vaut fumier.

La surveillance du fermier ou du maître, dans la culture de ses terres, sert autant que les engrais pour les rendre productives. Caton le censeur la regardait comme le fondement de l’économie rurale, et la recommandait en disant: Frons occipitio prior; ce que Pline le naturaliste a expliqué par cette remarque: Frontem domini plus prodesse quam occipitium non mentiuntur. On a bien raison de dire que le front du maître est plus utile que son occiput.

FURIE.La furie française.

Cette expression date, dit-on, de la bataille de Fornoue que Charles VIII remporta, en 1495, sur les troupes réunies du pape, de l’empereur et de la république de Venise. Les ennemis, au nombre de trente-cinq à quarante mille hommes, furent culbutés par seize mille Français et prirent la fuite, incapables de se rallier, en s’écriant: Non possiamo resistere a la furia francese; paroles que Le Tasse a rappelées dans le septième chant de la Jérusalem délivrée, pour caractériser la valeur impétueuse de notre nation, l’impeto franco.

Quelque accréditée que soit l’origine que je viens de rapporter, elle ne me paraît pas admissible. La furie française était proverbiale longtemps avant la bataille de Fornoue. Gilbert Cousin, qui écrivait trente-cinq ans après cet événement, n’en a pas même parlé dans l’article de ses Adages intitulé: Gallica furia. Il a donné pour fondement à cette expression la remarque faite par César et par quelques autres historiens, que les habitants des Gaules ont toujours été à la guerre plus que des hommes dans le premier choc, et moins que des femmes dans le second. «Telle est la nature et la complexion des François, dit Rabelais (liv. IV, ch. 48), qu’ils ne valent qu’à la première poincte; lors ils sont pires que des diables: mais s’ils séjournent, ils sont moins que femmes.»

Aristote a donné le nom d’audace Celtique à cette intrépidité qui fait qu’on se précipite dans le danger en se jouant de sa vie.

FUSEAU.Le fuseau doit suivre le hoyau.

La femme doit filer quand l’homme pioche; il ne faut pas qu’elle reste oisive quand il travaille.

FUSÉE.C’est une fusée difficile à démêler.

C’est une intrigue qui n’est pas aisée à débrouiller; c’est une affaire qui cause beaucoup d’embarras. Allusion à la difficulté qu’on éprouve, en filant, à démêler la filasse qui garnit la quenouille.—Cette expression métaphorique est fort ancienne et se trouve dans beaucoup de langues. Elle fut employée heureusement par l’eunuque Narsès, à qui l’impératrice Sophie avait envoyé une quenouille avec un fuseau, en lui faisant dire qu’un demi-homme comme lui devait filer avec les femmes, au lieu de commander les armées. Les victoires de Narsès étaient une assez bonne réponse à cette insultante raillerie; mais on prétend que, ne pouvant maîtriser son indignation à la vue des signes de la servitude domestique à laquelle il était rappelé, il s’écria fièrement: Annoncez à l’impératrice que j’accepte son présent et que je lui filerai une fusée très difficile à démêler. Bientôt après il tint parole, en appelant en Italie Alboin, roi des Lombards.

FUSIL.Se coucher en chien de fusil.

Expression très pittoresque et très usitée parmi le peuple pour dire: rassembler ses membres, se tenir tout pelotonné dans son lit à cause du froid.