SECONDE PARTIE.

De la Combinaison des Acides avec les bases salifiables, & de la Formation des Sels neutres.

AVERTISSEMENT.

Si j'avois voulu suivre strictement le plan que je m'étois formé dans la distribution des différentes parties de cet Ouvrage, je me serois borné dans les Tableaux qui composeront cette seconde Partie, & dans les explications qui les accompagnent, à donner de courtes définitions des différens acides que l'on connoît, une description abrégée des procédés par lesquels on les obtient, & j'y aurois joint une simple nomenclature des sels neutres qui résultent de leurs combinaisons avec différentes bases. Mais j'ai reconnu que, sans ajouter beaucoup au volume de cet Ouvrage, je pourrois en augmenter beaucoup l'utilité, en présentant sous la même forme le tableau des substances simples, de celles qui entrent dans la composition des acides & des oxides, & leurs combinaisons.

Cette addition n'augmente que de dix le nombre des Tableaux strictement nécessaires pour la nomenclature de tous les sels neutres. J'y présente 1o. les substances simples, ou du moins celles que l'état actuel de nos connoissances nous oblige à regarder comme telles.

2o. Les radicaux oxidables & acidifiables doubles & triples, qui se combinent avec l'oxygène, à la manière des substances simples.

3o. Les combinaisons de l'oxygène avec les substances simples métalliques & non métalliques.

4o. Les combinaisons de l'oxygène avec les radicaux composés.

5o. Les combinaisons de l'azote avec les substances simples.

6o. Les combinaisons de l'hydrogène avec les substances simples.

7o. Les combinaisons du soufre avec les substances simples.

8o. Les combinaisons du phosphore avec les substances simples.

9o. Les combinaisons du carbone avec les substances simples.

10o. Les combinaisons de quelques autres radicaux avec les substances simples.

Ces dix Tableaux & les Observations qui les accompagnent, forment une espèce de récapitulation des quinze premiers Chapitres de cet Ouvrage. Les Tableaux qui sont à la suite & qui présentent l'ensemble de toutes les combinaisons salines, ont plus particulièrement rapport aux Chapitres XIV & XV.

On s'appercevra facilement que j'ai beaucoup profité dans ce travail de ce que M. de Morveau a publié dans le premier volume de l'Encyclopédie par ordre de matières; & en effet il m'auroit été difficile de puiser dans de meilleures sources, sur-tout d'après la difficulté de consulter les ouvrages étrangers dans leur langue originale. Je ne le citerai qu'une seule fois, au commencement de cette seconde Partie, pour ne pas être obligé de le citer à chaque article.

J'ai placé à la suite de chaque Tableau & vis-à-vis autant qu'il a été possible les explications qui y sont relatives.

Tableau des Substances simples.

  Noms nouveaux. Noms anciens correspondans.
    Lumière.   Lumière.
Substances simples qui appartiennent aux trois règnes & qu'on peut regarder comme les élémens des corps. Calorique. Chaleur.
Principe de la chaleur.
Fluide igné.
Feu.
Matière du feu & de la chaleur.
Oxygène. Air déphlogistiqué.
Air empiréal.
Air vital.
Base de l'air vital.
Azote. Gaz phlogistiqué.
Mofete.
Base de la mofete.
Hydrogène. Gaz inflammable.
Base du gaz inflammable.
Substances simples non métalliques oxidables & acidifiables. Soufre.   Soufre.
Phosphore.   Phosphore.
Carbone.   Charbon pur.
Radical muriatique.   Inconnu.
Radical fluorique.   Inconnu.
Radical boracique.   Inconnu.
Substances simples métalliques oxidables & acidifiables. Antimoine.   Antimoine.
Argent.   Argent.
Arsenic.   Arsenic.
Bismuth.   Bismuth.
Cobalt.   Cobalt.
Cuivre.   Cuivre.
Etain.   Etain.
Fer.   Fer.
Manganèse.   Manganèse.
Mercure.   Mercure.
Molybdène.   Molybdène.
Nickel.   Nickel.
Or.   Or.
Platine.   Platine.
Plomb.   Plomb.
Tungstène.   Tungstène.
Zinc.   Zinc.
Substances simples salifiables terreuses. Chaux.   Terre calcaire, chaux.
Magnésie.   Magnésie, base du sel d'Epsom.
Baryte.   Barote, terre pesante.
Alumine.   Argile, terre de l'alun, base de l'alun.
Silice.   Terre siliceuse, terre vitrifiable.

OBSERVATIONS

Sur le Tableau des Substances simples, ou du moins de celles que l'état actuel de nos connoissances nous oblige à considérer comme telles.

La Chimie en soumettant à des expériences les différens corps de la nature, a pour objet de les décomposer & de se mettre en état d'examiner séparément les différentes substances qui entrent dans leur combinaison. Cette science a fait de nos jours des progrès très-rapides. Il sera facile de s'en convaincre si l'on consulte les différens auteurs qui ont écrit sur l'ensemble de la Chimie: on verra que dans les premiers tems on regardoit l'huile & le sel comme les principes des corps; que l'expérience & l'observation ayant amené de nouvelles connoissances, on s'apperçut ensuite que les sels n'étoient point des corps simples, qu'ils étoient composés d'un acide & d'une base, & que c'étoit de cette réunion que résultoit leur état de neutralité. Les découvertes modernes ont encore reculé de plusieurs degrés les bornes de l'analyse[7], elles nous ont éclairés sur la formation des acides, & nous ont fait voir qu'ils étoient formés par la combinaison d'un principe acidifiant commun à tous, l'oxygène, & d'un radical particulier pour chacun, qui les différencie & qui les constitue plutôt tel acide que tel autre. J'ai été encore plus loin dans cet ouvrage, puisque j'ai fait voir, comme M. Hassenfratz, au surplus l'avoit déjà annoncé, que les radicaux des acides eux-mêmes ne sont pas toujours des substances simples, même dans le sens que nous attachons à ce mot; qu'ils sont ainsi que le principe huileux, un composé d'hydrogène & de carbone. Enfin M. Berthollet a prouvé que les bases des sels n'étoient pas plus simples que les acides eux-mêmes, & que l'ammoniaque étoit un composé d'azote & d'hydrogène.

La Chimie marche donc vers son but & vers sa perfection, en divisant, subdivisant, & resubdivisant encore, & nous ignorons quel sera le terme de ses succès. Nous ne pouvons donc pas assurer que ce que nous regardons comme simple aujourd'hui le soit en effet: tout ce que nous pouvons dire, c'est que telle substance est le terme actuel auquel arrive l'analyse chimique, & qu'elle ne peut plus se subdiviser au-delà dans l'état actuel de nos connoissances.

Il est à présumer que les terres cesseront bientôt d'être comptées au nombre des substances simples; elles sont les seules de toute cette classe qui n'aient point de tendance à s'unir à l'oxygène, & je suis bien porté à croire que cette indifférence pour l'oxygène, s'il m'est permis de me servir de cette expression, tient à ce qu'elles en sont déjà saturées. Les terres, dans cette manière de voir, feroient des substances simples, peut-être des oxides métalliques oxygénées jusqu'à un certain point. Ce n'est au surplus qu'une simple conjecture que je présente ici. J'espère que le lecteur voudra bien ne pas confondre ce que je donne pour des vérités de fait & d'expérience avec ce qui n'est encore qu'hypothétique.

Je n'ai point fait entrer dans ce tableau les alkalis fixes, tels que la potasse & la soude, parce que ces substances sont évidemment composées, quoiqu'on ignore cependant encore la nature des principes qui entrent dans leur combinaison.

Tableau des Radicaux ou bases oxidables & acidifiables, composés, qui entrent dans les combinaisons à la manière des substances simples.

  Noms des Radicaux. Observations.
Radicaux oxidables ou acidifiables composés, du règne minéral. Radical nitro-muriatique, ou radical de l'eau régale. C'est la base de l'eau régale des anciens Chimistes, célèbre par la propriété qu'elle a de dissoudre l'or.
Radicaux hydro-carboneux, ou carbone-hydreux du règne végétal, susceptibles d'être oxidés & acidifiés. Radical tartareux. Les anciens Chimistes ne connoissoient point la composition des acides, & ne se doutant pas qu'ils fussent formés de la réunion d'un radical particulier à chacun d'eux & d'un principe acidifiant commun à tous, ils n'ont pu donner aucun nom à des substances dont ils n'avoient aucune idée: nous nous sommes donc trouvés dans la nécessité de créer une Nomenclature pour cet objet; mais nous avons prévenu en même tems que cette Nomenclature seroit susceptible de modification, à mesure que la nature des radicaux composés seroit mieux connue. Voyez ce que j'ai dit à cet égard, chapitre XI.
Radical malique.
Radical citrique.
Radical pyro-ligneux.
Radical pyro-muqueux.
Radical pyro-tartareux.
Radical oxalique.
Radical acéteux.
Radical succinique.
Radical benzoïque.
Radical camphorique.
Radical gallique.
Radicaux hydro-carboneux ou carbone-hydreux du règne animal dans la composition desquels entre presque toujours l'azote & souvent le phosphore & qui sont susceptibles d'être oxidés & acidifiés. XI. Radical lactique.
Radical saccholactique.
Radical formique.
Radical bombique.
Radical sébacique.
Radical lithique.
Radical prussique.

Les radicaux du règne végétal donnent par un premier degré d'oxigénation des oxides végétaux; tels que le sucre, l'amidon, la gomme ou le muqueux. Les radicaux animaux donnent des oxides animaux, tels que la limphe, &c. &c.

OBSERVATIONS

Sur le Tableau des Radicaux ou bases oxydables & acidifiables, composés de la réunion de plusieurs substances simples.

Les radicaux du règne végétal & du règne animal que présente ce tableau, & qui tous sont susceptibles d'être oxidés & acidifiés, n'ayant point encore été analysés avec précision, il est impossible de les assujétir encore à une nomenclature régulière. Des expériences dont quelques-unes me sont propres, & dont d'autres ont été faites par M. Hassenfratz, m'ont seulement appris qu'en général, presque tous les acides végétaux, tels que l'acide tartareux, l'acide oxalique, l'acide citrique, l'acide malique, l'acide acéteux, l'acide pyro-tartarique, l'acide pyro-mucique, ont pour radical l'hydrogène & le carbone, mais réunis de manière à ne former qu'une seule & même base; que tous ces acides ne diffèrent entr'eux que par la différence de proportion de ces deux substances, & par le degré d'oxygénation. Nous savons de plus, principalement par les expériences de M. Berthollet, que les radicaux du règne animal, & quelques-uns même du règne végétal sont plus composés, & qu'indépendamment de l'hydrogène & du carbone, ils contiennent encore souvent de l'azote, & quelquefois du phosphore; mais il n'existe point encore de calculs exacts sur les quantités. Nous nous sommes donc trouvés forcés de donner, à la manière des anciens, à ces différens radicaux des noms dérivés de celui de la substance dont ils ont été tirés. Sans doute, un jour & à mesure que nos connoissances acquerront plus de certitude & d'étendue, tous ces noms disparoîtront, & ils ne subsisteront plus que comme un témoignage de l'état dans lequel la science chimique nous a été transmise: ils feront place à ceux des radicaux hydro-carboneux & hydro-carbonique, carbone-hydreux & carbone-hydrique, comme je l'ai expliqué dans le chapitre XI, & le choix de ces noms sera déterminé par la proportion des deux bases dont ils sont composés.

On apperçoit aisément que les huiles étant composées d'hydrogène & de carbone, elles sont de véritables radicaux carbone-hydreux ou hydro-carboneux, & en effet, il suffit d'oxygéner des huiles pour les convertir d'abord en oxides, & ensuite en acides végétaux, suivant le degré d'oxygénation. On ne peut pas cependant assurer d'une manière positive que les huiles entrent toutes entières dans la composition des oxides & des acides végétaux; il est possible qu'elles perdent auparavant une portion de leur hydrogène ou de leur carbone, & que ce qui reste de l'une & de l'autre de ces substances ne soit plus dans la proportion nécessaire pour constituer des huiles. C'est sur quoi nous avons encore besoin d'être éclairés par l'expérience.

Nous ne connoissons, à proprement parler, dans le règne minéral d'autre radical composé que le radical nitro-muriatique. Il est formé par la réunion de l'azote avec le radical muriatique. Les autres acides composés ont été beaucoup moins étudiés, & ne présentent pas d'ailleurs des phénomènes aussi frappans.

OBSERVATIONS

Sur les combinaisons de la Lumière & du Calorique avec les différentes substances.

Je n'ai point formé de Tableau pour les combinaisons de la lumière & du calorique avec les substances simples ou composées; parce que nous n'avons point encore des idées suffisamment arrêtées sur ces sortes de combinaisons. Nous savons, en général, que tous les corps de la nature sont plongés dans le calorique, qu'ils en sont environnés, pénétrés de toutes parts, & qu'il remplit tous les intervalles que laissent entr'elles leurs molécules: que dans certains cas le calorique se fixe dans les corps, de manière même à constituer leurs parties solides; mais que le plus souvent il en écarte les molécules, il exerce sur elles une force répulsive, & que c'est de son action ou de son accumulation plus ou moins grande que dépend le passage des corps de l'état solide à l'état liquide, de l'état liquide à l'état aériforme. Enfin nous avons appelé du nom générique de gaz toutes les substances portées à l'état aériforme par une addition suffisante de calorique; en sorte que si nous voulons désigner l'acide muriatique, l'acide carbonique, l'hydrogène, l'eau, l'alkool dans l'état aériforme, nous leur donnons le nom de gaz acide muriatique, gaz acide carbonique, gaz hydrogène, gaz aqueux, gaz alkool.

A l'égard de la lumière, ses combinaisons & sa manière d'agir sur les corps sont encore moins connues. Il paroît seulement, d'après les expériences de M. Berthollet, qu'elle a une grande affinité avec l'oxygène, qu'elle est susceptible de se combiner avec lui, & qu'elle contribue avec le calorique à le constituer dans l'état de gaz. Les expériences qui ont été faites sur la végétation, donnent aussi lieu de croire que la lumière se combine avec quelques parties des plantes, & que c'est à cette combinaison qu'est due la couleur verte des feuilles & la diversité de couleurs des fleurs. Il est au moins certain que les plantes qui croissent dans l'obscurité sont étiolées, qu'elles sont absolument blanches, qu'elles sont dans un état de langueur & de souffrance, & qu'elles ont besoin pour reprendre leur vigueur naturelle & pour se colorer, de l'influence immédiate de la lumière.

On observe quelque chose de semblable sur les animaux eux-mêmes; les hommes, les femmes, les enfans s'étiolent jusqu'à un certain point dans les travaux sédentaires des manufactures, dans les logemens resserrés, dans les rues étroites des villes. Ils se développent au contraire, ils acquièrent plus de force & plus de vie dans la plupart des occupations champêtres & dans les travaux qui se font en plein air.

L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la vie, n'existent qu'à la surface de la terre & dans les lieux exposés à la lumière. On diroit que la fable du flambeau de Prométhée étoit l'expression d'une vérité philosophique qui n'avoit point échappé aux anciens. Sans la lumière la nature étoit sans vie, elle étoit morte & inanimée: un Dieu bienfaisant, en apportant la lumière, a répandu sur la surface de la terre l'organisation, le sentiment & la pensée.

Mais ce n'est point ici le lieu d'entrer dans aucuns détails sur les corps organisés; c'est à dessein que j'ai évité de m'en occuper dans cet Ouvrage, & c'est ce qui m'a empêché de parler des phénomènes de la respiration, de la sanguification & de la chaleur animale. Je reviendrai un jour sur ces objets.

Tableau des Combinaisons binaires de l'oxygène avec les substances métalliques & non métalliques oxidables & acidifiables.

    Premier degré d'oxigénation.
Noms nouveaux. Noms anciens.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples non métalliques, telles que: Le calorique. Le gaz oxygène. Air vital ou déphlogistiqué.
L'hydrogène. On ne connoît qu'un degré de combinaison de l'oxygène & de l'hydrogène, & cette combinaison forme de l'eau.
L'azote. Oxide nitreux ou base du gaz nitreux. Gaz nitreux.
Le carbone. Oxide de carbone. Inconnu.
Le soufre. Oxide de soufre. Soufre mou.
Le phosphore. Oxide de phosphore. Résidu de la combustion du phosphore.
Le radical muriatique. Oxide muriatique. Inconnu.
Le radical fluorique. Oxide fluorique. Inconnu.
Le radical boracique. Oxide boracique. Inconnu.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples métalliques, telles que: L'antimoine. Oxide gris d'antimoine. Chaux grise d'antimoine.
L'argent. Oxide d'argent. Chaux d'argent.
L'arsenic. Oxide gris d'arsenic. Chaux grise d'arsenic.
Le bismuth. Oxide gris de bismuth. Chaux grise de bismuth.
Le cobalt. Oxide gris de cobalt. Chaux grise de cobalt.
Le cuivre. Oxide rouge brun de cuivre. Chaux rouge brune de cuivre.
L'étain. Oxide gris d'étain. Chaux grise d'étain.
Le fer. Oxide noir de fer. Ethiops martial.
Le manganèse. Oxide noir de manganèse. Chaux noire de manganèse.
Le mercure. Oxide noir de mercure. Ethiops minéral.
Le molybdène. Oxide de molybdène. Chaux de molybdène.
Le nickel. Oxide de nickel. Chaux de nickel.
L'or. Oxide jaune d'or. Chaux jaune d'or.
Le platine. Oxide jaune de platine. Chaux jaune de platine.
Le plomb. Oxide gris de plomb. Chaux grise de plomb.
Le tungstène. Oxide de tungstène. Chaux de tungstène.
Le zinc. Oxide gris de zinc. Chaux grise de zinc.
    Second degré d'oxigénation.
Noms nouveaux. Noms anciens.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples non métalliques, telles que: Le calorique.    
L'hydrogène.    
L'azote. Acide nitreux. Acide nitreux fumant.
Le carbone. Acide carboneux. Inconnu.
Le soufre. Acide sulfureux. Acide sulfureux.
Le phosphore. Acide phosphoreux. Acide volatil du phosphore.
Le radical muriatique. Acide muriateux. Inconnu.
Le radical fluorique. Acide fluoreux. Inconnu.
Le radical boracique. Acide boraceux. Inconnu.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples métalliques, telles que: L'antimoine. Oxide blanc d'antimoine. Chaux blanche d'antimoine,
Antimoine diaphorétique.
L'argent. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'arsenic. Oxide blanc d'arsenic. Chaux blanche d'arsenic.
Le bismuth. Oxide blanc de bismuth. Chaux blanche de bismuth.
Le cobalt. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le cuivre. Oxide vert & bleu de cuivre. Chaux verte & bleue de cuivre.
L'étain. Oxide blanc d'étain. Chaux blanche d'étain ou potée d'étain.
Le fer. Oxide jaune & rouge de fer. Ocre & rouille.
Le manganèse. Oxide blanc de manganèse. Chaux blanche de manganèse.
Le mercure. Oxide jaune & rouge de mercure. Turbith minéral, précipité rouge, précipité per se.
Le molybdène. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le nickel. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'or. Oxide rouge d'or. Chaux rouge d'or.
Précipité pourpre de Cassius.
Le platine. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le plomb. Oxide jaune & rouge de plomb. Massicot & minium.
Le tungstène. . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le zinc. Oxide blanc de zinc. Chaux blanche de zinc, Pompholix.
    Troisième degré d'oxigénation.
Noms nouveaux. Noms anciens.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples non métalliques, telles que: Le calorique.    
L'hydrogène.    
L'azote. Acide nitrique. Acide nitreux non fumant.
Le carbone. Acide carbonique Air fixe.
Le soufre. Acide sulfurique. Acide vitriolique.
Le phosphore. Acide phosphorique. Acide phosphorique.
Le radical muriatique. Acide muriatique. Acide marin.
Le radical fluorique. Acide fluorique. Inconnu des anciens.
Le radical boracique. Acide boracique. Sel sédatif de Homberg.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples métalliques, telles que: L'antimoine. Acide antimonique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'argent. Acide argentique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'arsenic. Acide arsenique. Acide arsenical.
Le bismuth. Acide bismutique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le cobalt. Acide cobaltique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le cuivre. Acide cuprique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'étain. Acide stamnique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le fer. Acide ferrique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le manganèse. Acide manganique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le mercure. Acide mercurique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le molybdène. Acide molybdique. Acide de la molybdène.
Le nickel. Acide nickelique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'or. Acide aurique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le platine. Acide platinique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le plomb. Oxide plombique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le tungstène. Acide tungstique. Acide de la tungstène.
Le zinc. Acide zincique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
    Quatrième degré d'oxigénation.
Noms nouveaux. Noms anciens.
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples non métalliques, telles que: Le calorique.    
L'hydrogène.    
L'azote. Acide nitrique oxigéné. Inconnu.
Le carbone. Acide carbonique oxigéné. Inconnu.
Le soufre. Acide sulfurique oxigéné. Inconnu.
Le phosphore. Acide phosphorique oxigéné. Inconnu.
Le radical muriatique. Acide muriatique oxigéné. Acide marin déphlogistiqué.
Le radical fluorique. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le radical boracique. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Combinaisons de l'oxygène avec les substances simples métalliques, telles que: L'antimoine. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'argent. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'arsenic. Acide arsenic oxigéné. Inconnu.
Le bismuth. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le cobalt. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le cuivre. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'étain. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le fer. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le manganèse. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le mercure. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le molybdène. Acide molybdique oxygéné. Inconnu.
Le nickel. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
L'or. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le platine. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le plomb. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 
Le tungstène. Acide tungstique oxygéné. Inconnu.
Le zinc. . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . 

OBSERVATIONS

Sur les combinaisons binaires de l'Oxygène avec les substances simples métalliques & non métalliques.

L'Oxygène est une des substances les plus abondamment répandues dans la nature, puisqu'elle forme près du tiers en poids de notre atmosphère, & par conséquent du fluide élastique que nous respirons. C'est dans ce réservoir immense que vivent & croissent les animaux & les végétaux, & c'est également de lui que nous tirons principalement tout l'oxygène que nous employons dans nos expériences. L'attraction réciproque qui s'exerce entre ce principe & les différentes substances est telle, qu'il est impossible de l'obtenir seul & dégagé de toute combinaison. Dans notre atmosphère, il est uni au calorique qui le tient en état de gaz, & il est mêlé avec environ deux tiers en poids de gaz azote.

Il faut, pour qu'un corps s'oxygène, réunir un certain nombre de conditions: la première est que les molécules constituantes de ce corps n'exercent pas sur elles-mêmes une attraction plus forte que celle qu'elles exercent sur l'oxygène; car il est évident qu'alors il ne peut plus y avoir de combinaison. L'art dans ce cas peut venir au secours de la nature, & l'on peut diminuer presqu'à volonté l'attraction des molécules des corps, en les échauffant, c'est-à-dire, en y introduisant du calorique.

Echauffer un corps, c'est écarter les unes des autres les molécules qui le constituent; & comme l'attraction de ces molécules diminue suivant une certaine loi relative à la distance, il se trouve nécessairement un instant où les molécules exercent une plus forte attraction sur l'oxygène, qu'elles n'en exercent sur elles-mêmes; c'est alors que l'oxygénation a lieu.

On conçoit que le degré de chaleur auquel commence ce phénomène, doit être différent pour chaque substance. Ainsi, pour oxygéner la plupart des corps & en général presque toutes les substances simples, il ne s'agit que de les exposer à l'action de l'air de l'atmosphère, & de les élever à une température convenable. Cette température pour le plomb, le mercure, l'étain, n'est pas fort supérieure à celle dans laquelle nous vivons. Il faut au contraire un degré de chaleur assez grand pour oxygéner le fer, le cuivre, &c. du moins par la voie sèche & lorsque l'oxygénation n'est point aidée par l'action de l'humidité. Quelquefois l'oxygénation se fait avec une extrême rapidité, & alors elle est accompagnée de chaleur, de lumière & même de flamme; telle est la combustion du phosphore dans l'air de l'atmosphère, & celle du fer dans le gaz oxygène. Celle du soufre est moins rapide: enfin celle du plomb, de l'étain & de la plupart des métaux, se fait beaucoup plus lentement & sans que le dégagement du calorique, & sur-tout de la lumière, soit sensible.

Il est des substances qui ont une telle affinité pour l'oxygène, & qui ont la propriété de s'oxygéner à une température si basse, que nous ne les voyons que dans l'état d'oxygénation. Tel est l'acide muriatique que l'art, ni peut-être la nature, n'ont encore pu décomposer, & qui ne se présente à nous que dans l'état d'acide. Il est probable qu'il y a beaucoup d'autres substances du règne minéral qui, comme l'acide muriatique, sont nécessairement oxygénées au degré de chaleur dans lequel nous vivons; & c'est sans doute parce qu'elles sont déjà saturées d'oxygène, qu'elles n'exercent plus aucune action sur ce principe.

L'exposition des substances simples à l'air, élevées à un certain degré de température, n'est pas le seul moyen de les oxygéner. Au lieu de leur présenter l'oxygène uni au calorique, on peut leur présenter cette substance unie à un métal avec lequel elle ait peu d'affinité. L'oxide rouge de mercure est un des plus propres à remplir cet objet, sur-tout à l'égard des corps qui ne sont point attaqués par le mercure. L'oxygène dans cet oxide tient très-peu au métal, & même il n'y tient plus au degré de chaleur qui commence à faire rougir le verre. En conséquence on oxygène avec beaucoup de facilité tous les corps qui en sont susceptibles, en les mêlant avec de l'oxide rouge de mercure, & en les élevant à un degré de chaleur médiocre.

L'oxide noir de manganèse, l'oxide rouge de plomb, les oxides d'argent, & en général presque tous les oxides métalliques peuvent remplir jusqu'à un certain point le même objet, en choisissant de préférence ceux dans lesquels l'oxygène a le moins d'adhérence. Toutes les réductions ou revivifications métalliques ne sont même que des opérations de ce genre: elles ne sont autre chose que des oxygénations du charbon par un oxide métallique quelconque. Le charbon combiné avec l'oxygène & avec du calorique, s'échappe sous forme de gaz acide carbonique, & le métal reste pur & revivifié.

On peut encore oxygéner toutes les substances combustibles en les combinant, soit avec du nitrate de potasse ou de soude, soit avec du muriate oxygéné de potasse. A un certain degré de chaleur, l'oxygène quitte le nitrate & le muriate, pour se combiner avec le corps combustible: mais ces sortes d'oxygénation ne doivent être tentées qu'avec des précautions extrêmes & sur de très-petites quantités. L'oxygène entre dans la combinaison des nitrates & sur-tout des muriates oxygénés, avec une quantité de calorique presqu'égale à celle qui est nécessaire pour le constituer gaz oxygène. Cette immense quantité de calorique devient subitement libre au moment de sa combinaison avec les corps combustibles; & il en résulte des détonations terribles auxquelles rien ne résiste.

Enfin on peut oxygéner par la voie humide une partie des corps combustibles, & transformer en acides la plupart des oxides des trois règnes. On se sert principalement à cet effet de l'acide nitrique, auquel l'oxygène tient peu & qui le cède facilement à un grand nombre de corps, à l'aide d'une douce chaleur. On peut également employer l'acide muriatique oxygéné pour quelques-unes de ces opérations, mais non pas pour toutes.

J'appelle binaires les combinaisons des substances simples avec l'oxygène, parce qu'elles ne sont formées que de la réunion de deux substances. Je nommerai combinaisons ternaires celles composées de trois substances simples, & combinaisons quaternaires celles composées de quatre substances.

Tableau des combinaisons de l'Oxygène avec les radicaux composés.

  Noms des radicaux. Noms des acides qui en résultent.
Nomenclature nouvelle. Nomenclature ancienne.
Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux composés du règne minéral, tels que:   Le radical nitro-muriatique. L'acide nitro-muriatique.   L'eau régale.
Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux carbone-hydreux & hydro-carboneux du règne végétal tels que le radical: * tartarique. L'acide tartareux.   inconnu des anciens.
malique. L'acide malique.   inconnu des anciens.
citrique. L'acide citrique.   L'acide du citron.
pyro-lignique. L'acide pyro-ligneux.   L'acide empyreumatique du bois.
pyro-mucique. L'acide pyro-muqueux.   L'acide empyreumatique du sucre.
pyro-tartarique. L'acide pyro-tartareux.   L'acide empyreumatique du tartre.
oxalique. L'acide oxalique.   Le sel d'oseille.
acétique. L'acide acéteux ou acétique. Le vinaigre, l'acide du vinaigre.
Le vinaigre radical.
succinique. L'acide succinique.   Le sel volatil de succin.
benzoïque. L'acide benzoïque.   Les fleurs de benjoin.
camphorique. L'acide camphorique.   inconnu des anciens.
gallique. L'acide gallique.   Le principe astringent des végétaux.
Combinaisons de l'oxigène avec les radicaux carbone-hydreux & hydro-carboneux du règne animal, auxquels se joint presque toujours l'azote & souvent le phosphore, tels que le radical: ** lactique. L'acide lactique.   L'acide du petit lait aigri.
saccho-lactique. L'acide saccho-lactique.   inconnu des anciens.
formique. L'acide formique.   L'acide des fourmis.
bombique. L'acide bombique.   inconnu des anciens.
sébacique. L'acide sébacique.   inconnu des anciens.
lithique. L'acide lithique.   Le calcul de la vessie.
prussique. L'acide prussique.   La matière colorante du bleu de Prusse.

* Ces radicaux, par un premier degré d'oxigénation, donnent le sucre, l'amidon, le muqueux, & en général tous les oxides végétaux.

** Ces radicaux, par un premier degré d'oxigénation, donnent la limphe animale, différentes humeurs, & en général tous les oxides animaux.

OBSERVATIONS

Sur les combinaisons de l'Oxigène avec les Radicaux composés.

Depuis que j'ai publié dans les Mémoires de l'Académ. année 1776, pag. 671, & 1778, page 535, une nouvelle théorie sur la nature & sur la formation des acides; & que j'en ai conclu que le nombre de ces substances devoit être beaucoup plus grand qu'on ne l'avoit pensé jusqu'alors, une nouvelle carrière s'est ouverte en Chimie: au lieu de cinq ou six acides qu'on connoissoit, on en a découvert successivement jusqu'à trente, & le nombre des sels neutres s'est accru dans la même proportion. Ce qui nous reste à étudier maintenant, est la nature des bases acidifiables & le degré d'oxygénation dont elles sont susceptibles. J'ai déjà fait observer que dans le règne minéral, presque tous les radicaux oxidables & acidifiables étoient simples; que dans le règne végétal au contraire, & sur-tout dans le règne animal, il n'en existoit presque pas qui ne fussent composés au moins de deux substances, d'hydrogène & de carbone; que souvent l'azote & le phosphore s'y réunissoient, & qu'il en résultoit des radicaux à quatre bases.

Les oxides & acides animaux & végétaux peuvent, d'après ces observations, différer entr'eux, 1o. par le nombre des principes acidifians qui constituent leur base; 2o. par la différente proportion de ces principes; 3o. par le différent degré d'oxygénation; ce qui suffit & au-delà pour expliquer le grand nombre de variétés que nous présente la nature. Il n'est pas étonnant, d'après cela, qu'on puisse convertir presque tous les acides végétaux les uns dans les autres; il ne s'agit, pour y parvenir, que de changer la proportion du carbone & de l'hydrogène, ou de les oxygéner plus ou moins. C'est ce qu'a fait M. Crell dans des expériences très-ingénieuses, qui ont été confirmées & étendues depuis par M. Hassenfratz. Il en résulte que le carbone & l'hydrogène donnent par un premier degré d'oxygénation de l'acide tartareux, par un second de l'acide oxalique, par un troisième de l'acide acéteux ou acétique. Il paroîtroit seulement que le carbone entre dans une proportion un peu moindre dans la combinaison des acides acéteux & acétique. L'acide citrique & l'acide malique diffèrent très-peu des précédens.

Doit-on conclure de ces réflexions, que les huiles soient la base, qu'elles soient le radical des acides végétaux & animaux? J'ai déjà exposé mes doutes à cet égard. Premièrement, quoique les huiles paroissent n'être uniquement composées que d'hydrogène & de carbone, nous ne savons pas si la proportion qu'elles en contiennent est précisément celle nécessaire pour constituer les radicaux des acides. Secondement, puisque les acides végétaux & animaux ne sont pas seulement composés d'hydrogène, & de carbone, mais que l'oxygène entre également dans leur combinaison, il n'y a pas de raison de conclure qu'ils contiennent plutôt de l'huile que de l'acide carbonique & de l'eau. Ils contiennent bien, il est vrai, les matériaux propres à chacune de ces combinaisons; mais ces combinaisons ne sont point réalisées à la température habituelle dont nous jouissons, & les trois principes sont dans un état d'équilibre, qu'un degré de chaleur un peu supérieur à celui de l'eau bouillante suffit pour troubler. On peut consulter ce que j'ai dit à cet égard, page 132 & suivantes de cet Ouvrage.

Tableau des combinaisons binaires de l'Azote avec les substances simples.

  Substances simples. Résultat des combinaisons.
Nomenclature nouvelle. Nomenclature anc.
Combinaisons de l'azote avec: Le calorique.   Le gaz azote.   Air phlogistiqué, mofète.
L'hydrogène.   L'ammoniaque.   Alkali volatil.
L'oxigène. Oxide nitreux.   Base du gaz nitreux.
Acide nitreux.   Acide nitreux fumant.
Acide nitrique.   Acide nitreux blanc.
Le Carbone. Azoture de carbone.

Combinaison inconnue. On sait seulement que le carbone est susceptible de se dissoudre dans l'azote, & il en résulte un gaz azotique carboné.

Inconnue.
Le phosphore. Azoture de phosphore.

Combinaison inconnue.

Inconnue.
Le soufre. Azoture de soufre.

Combinaison inconnue. On sait seulement que le soufre est susceptible de se dissoudre dans le gaz azotique, & il en résulte un gaz azotique sulfuré.

Inconnue.
Les radicaux composés. L'azote se combine avec le carbone & l'hydrogène, & quelquefois avec le phosphore, pour former des radicaux composés, qui sont susceptibles, comme on l'a vu plus haut, de s'oxider & de s'acidifier. Ce principe entre généralement dans tous les radicaux du règne animal. Inconnues.
Les substances métalliques. Ces combinaisons sont absolument inconnues. Si elles sont découvertes un jour, on les nommera azotures métalliques. Inconnues.
La chaux. Toutes ces combinaisons sont entièrement inconnues. Si un jour elles sont reconnues possibles, elles seront nommées azotures de chaux, azotures magnésiènes, &c.    
La magnésie.
La baryte.
L'alumine.
La potasse.
La soude.

OBSERVATIONS

Sur l'Azote & sur ses combinaisons avec les substances simples.

L'Azote est un des principes les plus abondamment répandus dans la nature. Combiné avec le calorique, il forme le gaz azote ou la mofète, qui entre environ pour les deux tiers dans le poids de l'air de l'atmosphère. Il demeure constamment dans l'état de gaz au degré de pression & de température dans lequel nous vivons; aucun degré de compression ni de froid n'ont encore pu le réduire à l'état liquide ou solide.

Ce principe est aussi un des élémens qui constitue essentiellement les matières animales: il y est combiné avec le carbone & l'hydrogène, quelquefois avec le phosphore, & le tout est lié par une certaine portion d'oxygène qui les met ou à l'état d'oxide, ou à celui d'acide, suivant le degré d'oxygénation. La nature des matières animales peut donc varier comme celles des matières végétales, de trois manières, 1o. par le nombre des substances qui entrent dans la combinaison du radical, 2o. par leur proportion, 3o. par le degré d'oxygénation.

L'azote combiné avec l'oxygène forme les oxides & acides nitreux & nitrique; combiné avec l'hydrogène, il forme l'ammoniaque: ses autres combinaisons avec les substances simples sont peu connues. Nous leur donnerons le nom d'azotures, pour conserver l'identité de terminaison en ure que nous avons affectée à toutes les substances non-oxygénées. Il est assez probable que toutes les substances alkalines appartiennent à ce genre de combinaisons.

Il y a plusieurs manières d'obtenir le gaz azote: la première, de le tirer de l'air commun en absorbant par le sulfure de potasse ou de chaux dissous dans l'eau, le gaz oxygène qu'il contient. Il faut douze ou quinze jours pour que l'absorption soit complette; en supposant même qu'on agite & qu'on renouvelle les surfaces, & qu'on rompe la pellicule qui s'y forme.

La seconde, de le tirer des matières animales en les dissolvant dans de l'acide nitrique affoibli & presqu'à froid. L'azote, dans cette opération, se dégage sous forme de gaz, & on le reçoit sous des cloches remplies d'eau dans l'appareil pneumato-chimique: mêlé avec un tiers en poids de gaz oxygène, il reforme de l'air atmosphérique.

Une troisième manière d'obtenir le gaz azote, est de le retirer du nitre par la détonation, soit avec le charbon, soit avec quelques autres corps combustibles. Dans le premier cas, le gaz azote se dégage mêlé avec du gaz acide carbonique, qu'on absorbe ensuite par de l'alkali caustique ou de l'eau de chaux, & le gaz azote reste pur.

Enfin un quatrième moyen d'obtenir le gaz azote, est de le tirer de la combinaison de l'ammoniaque avec les oxides métalliques. L'hydrogène de l'ammoniaque se combine avec l'oxygène de l'oxide; il se forme de l'eau, comme l'a observé M. de Fourcroy: en même tems l'azote devenu libre, se dégage sous la forme de gaz.

Il n'y a pas long-tems que les combinaisons de l'azote sont connues en Chimie. M. Cavendish est le premier qui l'ait observé dans le gaz & dans l'acide nitreux. M. Berthollet l'a ensuite découvert dans l'ammoniaque & dans l'acide prussique. Tout jusqu'ici porte à croire que cette substance est un être simple & élémentaire; rien ne prouve au moins qu'elle ait encore été décomposée, & ce motif suffit pour justifier la place que nous lui avons assignée.