| Noms des Substances simples. | Résultat des combinaisons. | |||||
| Nomenclature nouvelle. | Observations. | |||||
| Combinaisons de l'hydrogène avec: | Le calorique. | Gaz hydrogène. | Cette combinaison de l'oxygène & du carbone comprend les huiles fixes & volatiles, & forme le radical d'une partie des oxides & des acides végétaux & animaux; lorsqu'elle a lieu dans l'état de gaz, il en résulte du gaz hydrogène carboné. | |||
| L'azote. | Ammoniaque ou alkali volatil. | |||||
| L'oxigène. | Eau. | |||||
| Le soufre. | Combinaison inconnue. * | |||||
| Le phosphore. | ||||||
| Le carbone | Radical hydro-carboneux ou carbone-hydreux. | |||||
| L'antimoine. | Hydrure d'antimoine. | Aucunes de ces combinaisons ne sont connues, & il y a toute apparence qu'elles ne peuvent exister à la température dans laquelle nous vivons, à cause de la grande affinité de l'hydrogène pour le calorique. | ||||
| L'argent. | Hydrure d'argent. | |||||
| L'arsenic. | Hydrure d'arsenic. | |||||
| Le bismuth. | Hydrure de bismuth. | |||||
| Le cobalt. | Hydrure de cobalt. | |||||
| Le cuivre. | Hydrure de cuivre. | |||||
| L'étain. | Hydrure d'étain. | |||||
| Le fer. | Hydrure de fer. | |||||
| Le manganèse. | Hydrure de manganèse. | |||||
| Le mercure. | Hydrure de mercure. | |||||
| Le molybdène. | Hydrure de molybdène. | |||||
| Le nickel. | Hydrure de nickel. | |||||
| L'or. | Hydrure d'or. | |||||
| Le platine. | Hydrure de platine. | |||||
| Le plomb. | Hydrure de plomb. | |||||
| Le tungstène. | Hydrure de tungstène. | |||||
| Le zinc. | Hydrure de zinc. | |||||
| La potasse. | Hydrure de potasse. | |||||
| La soude. | Hydrure de soude. | |||||
| L'ammoniaque. | Hydrure d'ammoniaque. | |||||
| La chaux. | Hydrure de chaux. | |||||
| La magnésie. | Hydrure de magnésie. | |||||
| La baryte. | Hydrure de baryte. | |||||
| L'alumine. | Hydrure d'alumine. | |||||
* Ces combinaisons ont lieu dans l'état de gaz & il en résulte du gaz hydrogène sulfuré & phosphoré.
Sur l'Hydrogène, & sur le tableau de ses combinaisons.
L'hydrogène, comme l'exprime sa dénomination, est un des principes de l'eau; il entre pour quinze centièmes dans sa composition: l'oxygène en forme les quatre-vingt-cinq autres centièmes. Cette substance dont ses propriétés & même l'existence ne sont connues que depuis très-peu de tems, est un des principes des plus abondamment répandus dans la nature: c'est un de ceux qui jouent le principal rôle dans le règne végétal & dans le règne animal.
L'affinité de l'hydrogène pour le calorique est telle qu'il reste constamment dans l'état de gaz au degré de chaleur & de pression dans lequel nous vivons. Il nous est donc impossible de connoître ce principe dans un état concret & dépouillé de toute combinaison.
Pour obtenir l'hydrogène ou plutôt le gaz hydrogène, il ne faut que présenter à l'eau une substance pour laquelle l'oxygène ait plus d'affinité qu'il n'en a avec l'hydrogène. Aussitôt l'hydrogène devient libre, il se combine avec le calorique & forme le gaz hydrogène. C'est le fer qu'on a coutume d'employer pour opérer cette séparation, & il faut pour cela qu'il soit élevé à un degré de chaleur capable de le faire rougir. Le fer s'oxide dans cette opération, & devient semblable à la mine de fer de l'île d'Elbe. Dans cet état il est beaucoup moins attirable à l'aimant, & il se dissout sans effervescence dans les acides.
Le carbone, lorsqu'il est rouge & embrâsé, a également la propriété de décomposer l'eau & d'enlever l'oxygène à l'hydrogène: mais alors il se forme de l'acide carbonique qui se mêle avec le gaz hydrogène; on l'en sépare facilement, parce que l'acide carbonique est absorbable par l'eau & par les alkalis, tandis que l'hydrogène ne l'est pas. On peut encore obtenir du gaz hydrogène en faisant dissoudre du fer ou du zinc dans de l'acide sulfurique étendu d'eau. Ces deux métaux qui ne décomposent que très-difficilement & très-lentement l'eau lorsqu'ils sont seuls, la décomposent au contraire avec beaucoup de facilité lorsqu'ils sont aidés par la présence de l'acide sulfurique. L'hydrogène s'unit au calorique dans cette opération, aussitôt qu'il est dégagé, & on l'obtient dans l'état de gaz hydrogène.
Quelques Chimistes d'un ordre très-distingué se persuadent que l'hydrogène est le phlogistique de Stalh, & comme ce célèbre Chimiste admettoit du phlogistique dans les métaux, dans le soufre, dans le charbon, &c. ils sont obligés de supposer qu'il existe également, de l'hydrogène fixé & combiné dans toutes ces substances: ils le supposent, mais ils ne le prouvent pas, & quand ils le prouveroient, ils ne seroient pas beaucoup plus avancés, puisque ce dégagement du gaz hydrogène n'explique en aucune manière les phénomènes de la calcination & de la combustion. Il faudroit toujours en revenir à l'examen de cette question; le calorique & la lumière qui se dégagent pendant les différentes espèces de combustion, sont-ils fournis par le corps qui brûle ou par le gaz oxygène qui se fixe dans toutes les opérations? & certainement la supposition de l'hydrogène dans les différens corps combustibles ne jette aucune lumière sur cette question. C'est au surplus à ceux qui supposent à prouver; & toute doctrine qui expliquera aussi bien & aussi naturellement que la leur, sans supposition, aura au moins l'avantage de la simplicité.
On peut voir ce que nous avons publié sur cette grande question, M. de Morveau, M. Bertholet, M. de Fourcroy & moi, dans la traduction de l'essai de M. Kirwan sur le phlogistique.
| Noms des Substances simples. | Résultat des combinaisons. | |||||
| Nomenclature nouvelle. | Noms anciens correspondans avec la nouvelle Nomenclature. | |||||
| Combinaisons du soufre avec: | Le calorique. | Gaz du soufre. | ||||
| L'oxigène. | Oxide de soufre. | Soufre mou. | ||||
| Acide sulfureux. | Acide sulfureux. | |||||
| Acide sulfurique. | Acide vitriolique. | |||||
| L'hydrogène. | Sulfure d'hydrogène. | Combinaisons inconnues. | ||||
| L'azote. | Sulfure d'azote ou azote sulfuré. | |||||
| Le phosphore. | Sulfure de phosphore. | |||||
| Le carbone. | Sulfure de carbone. | |||||
| L'antimoine. | Sulfure d'antimoine. | Antimoine crud. | ||||
| L'argent. | Sulfure d'argent. | |||||
| L'arsenic. | Sulfure d'arsenic. | Orpiment, réalgar. | ||||
| Le bismuth. | Sulfure de bismuth. | |||||
| Le cobalt. | Sulfure de cobalt. | |||||
| Le cuivre. | Sulfure de cuivre. | Pyrite de cuivre. | ||||
| L'étain. | Sulfure d'étain. | |||||
| Le fer. | Sulfure de fer. | Pyrite de fer. | ||||
| Le manganèse. | Sulfure de manganèse. | |||||
| Le mercure. | Sulfure de mercure. | Ethiops minéral, cinnabre. | ||||
| Le molybdène. | Sulfure de molybdène. | |||||
| Le nickel. | Sulfure de nickel. | |||||
| L'or. | Sulfure d'or. | |||||
| Le platine. | Sulfure de platine. | |||||
| Le plomb. | Sulfure de plomb. | Galène. | ||||
| Le tungstène. | Sulfure de tungstène. | |||||
| Le zinc. | Sulfure de zinc. | Blende. | ||||
| La potasse. | Sulfure de potasse. | Foie de soufre à base d'alkali fixe végétal. | ||||
| La soude. | Sulfure de soude. | Foie de soufre à base d'alkali fixe minéral. | ||||
| L'ammoniaque. | Sulfure d'ammoniaque. | Foie de soufre volatil, liqueur fumante de Boyle. | ||||
| La chaux. | Sulfure de chaux. | Foie de soufre à base calcaire. | ||||
| La magnésie. | Sulfure de magnésie. | Foie de soufre à base de magnésie. | ||||
| La baryte. | Sulfure de baryte. | Foie de soufre à base de terre pesante. | ||||
| L'alumine. | Sulfure d'alumine. | Combinaison inconnue. | ||||
Sur le Soufre & sur le tableau de ses combinaisons avec les substances simples.
Le soufre est une des substances combustibles qui a le plus de tendance à la combinaison. Il est naturellement dans l'état concret à la température habituelle dans laquelle nous vivons, & ne se liquéfie qu'à une chaleur supérieure de plusieurs degrés à celle de l'eau bouillante.
La nature nous présente le soufre tout formé, & à-peu-près porté au dernier degré de pureté dont il est susceptible dans le produit des volcans; elle nous le présente encore, & beaucoup plus souvent dans l'état d'acide sulfurique, c'est-à-dire combiné avec l'oxygène, & c'est dans cet état qu'il se trouve dans les argiles, dans les gypses, &c. Pour ramener à l'état de soufre l'acide sulfurique de ces substances, il faut lui enlever l'oxygène, & on y parvient en le combinant à une chaleur rouge avec du carbone. Il se forme de l'acide carbonique qui se dégage dans l'état de gaz, & il reste un sulfure qu'on décompose par un acide: l'acide s'unit à la base & le soufre se précipite.
| Noms des Substances simples. | Résultat des combinaisons. | |||||
| Nomenclature nouvelle. | Observations. | |||||
| Combinaisons du phosphore avec: | Le calorique. | Gaz du phosphore. | ||||
| L'oxigène. | Oxide de phosphore. | |||||
| Acide phosphoreux. | ||||||
| Acide phosphorique. | ||||||
| L'hydrogène. | Phosphure d'hydrogène. | |||||
| L'azote. | Phosphure d'azote. | |||||
| Le soufre. | Phosphure de soufre. | |||||
| Le carbone. | Phosphure de carbone. | |||||
| L'antimoine. | Phosphure d'antimoine. | De toutes ces combinaisons, on ne connoît encore que le phosphure de fer, auquel on a donné le nom très-impropre de sidérite; encore est-il incertain si le phosphore est oxigéné ou non oxigéné dans cette combinaison. | ||||
| L'argent. | Phosphure d'argent. | |||||
| L'arsenic. | Phosphure d'arsenic. | |||||
| Le bismuth. | Phosphure de bismuth. | |||||
| Le cobalt. | Phosphure de cobalt. | |||||
| Le cuivre. | Phosphure de cuivre. | |||||
| L'étain. | Phosphure d'étain. | |||||
| Le fer. | Phosphure de fer. | |||||
| Le manganèse. | Phosphure de manganèse. | |||||
| Le mercure. | Phosphure de mercure. | |||||
| Le molybdène. | Phosphure de molybdène. | |||||
| Le nickel. | Phosphure de nickel. | |||||
| L'or. | Phosphure d'or. | |||||
| Le platine. | Phosphure de platine. | |||||
| Le plomb. | Phosphure de plomb. | |||||
| Le tungstène. | Phosphure de tungstène. | |||||
| Le zinc. | Phosphure de zinc. | |||||
| La potasse. | Phosphure de potasse. | Ces combinaisons ne sont point encore connues. Il y a apparence qu'elles sont impossibles, d'après les expériences de M. Gengembre. | ||||
| La soude. | Phosphure de soude. | |||||
| L'ammoniaque. | Phosphure d'ammoniaque. | |||||
| La chaux. | Phosphure de chaux. | |||||
| La baryte. | Phosphure de baryte. | |||||
| La magnésie. | Phosphure de magnésie. | |||||
| L'alumine. | Phosphure d'alumine. | |||||
Sur le Phosphore & sur le Tableau de ses combinaisons avec les substances simples.
Le phosphore est une substance combustible simple, dont l'existence avoit échappé aux recherches des anciens Chimistes. C'est en 1667 que la découverte en fut faite par Brandt, qui fit mystère de son procédé: bientôt après Kunckel découvrit le secret de Brandt; il le publia, & le nom de phosphore de Kunckel qui lui a été conservé jusqu'à nos jours, prouve que la reconnoissance publique se porte sur celui qui publie, plutôt que sur celui qui découvre, quand il fait mystère de sa découverte. C'est de l'urine seule qu'on tiroit alors le phosphore: quoique la méthode de le préparer eût été décrite dans plusieurs ouvrages, & notamment par M. Homberg, dans les mémoires de l'Académie des Sciences, année 1692, l'Angleterre a été long-tems en possession d'en fournir seule aux savans de toute l'Europe. Ce fut en 1737 qu'il fut fait pour la première fois en France, au Jardin Royal des Plantes, en présence des commissaires de l'Académie des Sciences. Maintenant on le tire d'une manière plus commode, & sur-tout plus économique, des os des animaux, qui sont un véritable phosphate calcaire. Le procédé le plus simple consiste, d'après MM. Gahn, Schéele, Rouelle, &c. à calciner des os d'animaux adultes, jusqu'à ce qu'ils soient presque blancs. On les pile & on les passe au tamis de soie; on verse ensuite dessus de l'acide sulfurique étendu d'eau, mais en quantité moindre qu'il n'en faut pour dissoudre la totalité des os. Cet acide s'unit à la terre des os pour former du sulfate de chaux: en même tems l'acide phosphorique est dégagé & reste libre dans la liqueur. On décante alors, on lave le résidu, & on réunit l'eau du lavage à la liqueur décantée; on fait évaporer, afin de séparer du sulfate de chaux qui se cristallise en filets soyeux, & on finit par obtenir l'acide phosphorique sous forme d'un verre blanc & transparent qui, réduit en poudre & mêlé avec un tiers de son poids de charbon, donne de bon phosphore. L'acide phosphorique qu'on obtient par ce procédé, n'est jamais aussi pur que celui retiré du phosphore, soit par la combustion, soit par l'acide nitrique; il ne doit donc point être employé pour des expériences de recherches.
Le phosphore se rencontre dans presque toutes les substances animales, & dans quelques plantes qui ont, d'après l'analyse chimique, un caractère animal. Il y est ordinairement combiné avec le carbone, l'azote & l'hydrogène, & il en résulte des radicaux très-composés. Ces radicaux sont communément portés à l'état d'oxide par une portion d'oxygène. La découverte que M. Hassenfratz a faite de cette substance dans le charbon de bois, feroit soupçonner qu'il est plus commun qu'on ne pense dans le règne végétal: ce qu'il y a de certain, c'est que des familles entières de plantes en fournissent quand on les traite convenablement. Je range le phosphore au rang des corps combustibles simples, parce qu'aucune expérience ne donne lieu de croire qu'on puisse le décomposer. Il s'allume à 32 degrés du thermomètre.
| Noms des Substances simples. | Résultat des combinaisons. | |||||
| Nomenclature nouvelle. | Observations. | |||||
| Combinaisons du carbone avec: | L'oxigène. | Oxide de carbone. | Inconnu. | |||
| Acide carbonique. | Air fixe des anglois, acide crayeux de M. Bucquet & de M. de Fourcroy. | |||||
| Le soufre. | Carbure de soufre. | Combinaisons inconnues. | ||||
| Le phosphore. | Carbure de phosphore. | |||||
| L'azote. | Carbure d'azote. | |||||
| L'hydrogène. | Radical carbone-hydreux. | |||||
| Huiles fixes & volatiles. | ||||||
| L'antimoine. | Carbure d'antimoine. | De toutes ces combinaisons, on ne connoît que les carbures de fer & de zinc, auxquels on a donné le nom de Plombagine; les autres n'ont encore été ni faites ni observées. | ||||
| L'argent. | Carbure d'argent. | |||||
| L'arsenic. | Carbure d'arsenic. | |||||
| Le bismuth. | Carbure de bismuth. | |||||
| Le cobalt. | Carbure de cobalt. | |||||
| Le cuivre. | Carbure de cuivre | |||||
| L'étain. | Carbure d'étain. | |||||
| Le fer. | Carbure de fer | |||||
| Le manganèse. | Carbure de manganèse. | |||||
| Le mercure. | Carbure de mercure. | |||||
| Le molybdène. | Carbure de molybdène. | |||||
| Le nickel. | Carbure de nickel. | |||||
| L'or. | Carbure d'or. | |||||
| Le platine. | Carbure de platine. | |||||
| Le plomb. | Carbure de plomb. | |||||
| Le tungstène. | Carbure de tungstène. | |||||
| Le zinc. | Carbure de zinc. | |||||
| La potasse. | Carbure de potasse. | Combinaisons inconnues. | ||||
| La soude. | Carbure de soude. | |||||
| L'ammoniaque. | Carbure d'ammoniaque. | |||||
| La chaux. | Carbure de chaux. | Combinaisons inconnues. | ||||
| La magnésie. | Carbure de magnésie. | |||||
| La baryte. | Carbure de baryte. | |||||
| L'alumine. | Carbure d'alumine. | |||||
Sur le Carbone & sur le Tableau de ses combinaisons.
Comme aucune expérience ne nous a indiqué jusqu'ici la possibilité de décomposer le carbone, nous ne pouvons quant à présent le considérer que comme une substance simple. Il paroît prouvé par les expériences modernes, qu'il est tout formé dans les végétaux, & j'ai déjà fait observer qu'il y étoit combiné avec l'hydrogène, quelquefois avec l'azote & avec le phosphore, pour former des radicaux composés; enfin que ces radicaux étoient ensuite portés à l'état d'oxides ou d'acides, suivant la proportion d'oxygène qui y étoit ajoutée.
Pour obtenir le carbone contenu dans les matières végétales ou animales, il ne faut que les faire chauffer à un degré de feu d'abord médiocre & ensuite très-fort, afin de décomposer les dernières portions d'eau que le charbon retient obstinément. Dans les opérations chimiques on se sert ordinairement de cornues de grès ou de porcelaine, dans lesquelles on introduit le bois ou autres matières combustibles, & on pousse à grand feu dans un bon fourneau de reverbère: la chaleur volatilise, ou, ce qui est la même chose, convertit en gaz toutes les substances qui en sont susceptibles, & le carbone, comme le plus fixe, reste combiné avec un peu de terre & quelques sels fixes.
Dans les arts la carbonisation du bois se fait par un procédé moins coûteux: on dispose le bois en tas, on le recouvre de terre, de manière qu'il n'y ait de communication avec l'air que ce qu'il en faut pour faire brûler le bois & pour en chasser l'huile & l'eau; on étouffe ensuite le feu, en bouchant les trous qu'on avoit ménagés à la terre du fourneau.
Il y a deux manières d'analyser le carbone, sa combustion par le moyen de l'air ou plutôt du gaz oxygène, & son oxygénation par l'acide nitrique. On le convertit dans les deux cas en acide carbonique, & il laisse de la chaux, de la potasse & quelques sels neutres. Les Chimistes se sont peu occupés de ce genre d'analyse, & il n'est pas même rigoureusement démontré que la potasse existe dans le charbon avant la combustion.
Sur les Radicaux muriatique, fluorique & boracique, & sur leurs combinaisons.
On n'a point formé de Tableau pour présenter le résultat des combinaisons de ces substances, soit entr'elles, soit avec les autres corps combustibles; parce qu'elles sont toutes absolument inconnues. On sait seulement que ces radicaux s'oxygènent; qu'ils forment les acides muriatique, fluorique & boracique, & qu'alors ils sont susceptibles d'entrer dans un grand nombre de combinaisons: mais la Chimie n'a pas encore pu parvenir à les désoxygéner, s'il est permis de se servir de cette expression, & à les obtenir dans leur état de simplicité. Il faudroit, pour y parvenir, trouver un corps pour lequel l'oxygène eût plus d'affinité qu'il n'en a avec les radicaux muriatique, fluorique & boracique, ou bien se servir de doubles affinités. On peut voir dans les Observations relatives aux acides muriatique, fluorique & boracique, ce que nous savons de l'origine de leurs radicaux.
Sur la combinaison des Métaux les uns avec les autres.
Ce seroit ici le lieu, pour terminer ce qui concerne les substances simples, de présenter des Tableaux de la combinaison de tous les métaux les uns avec les autres; mais comme ces Tableaux seroient très-volumineux & ne présenteroient rien que d'incomplet, à moins de recherches qui n'ont point encore été faites, je les ai supprimés. Il me suffira de dire que toutes ces combinaisons portent le nom d'alliages, & qu'on doit nommer le premier le métal qui entre en plus grande abondance dans la composition métallique. Ainsi, alliage d'or & d'argent, ou or allié d'argent, annonce une combinaison où l'or est le métal dominant.
Les alliages métalliques ont, comme toutes les autres combinaisons, leur degré de saturation: il paroîtroit même, d'après les expériences de M. de la Briche, qu'ils en ont deux très-distincts.
| Noms des bases. | Noms des sels neutres. | ||||
| Nomenclature nouvelle. | Observations. | ||||
| Combinaisons de l'acide nitreux avec: | La baryte. | Nitrite de baryte. | Il n'y a qu'un très-petit nombre d'années que ces sels ont été découverts, & ils n'avoient point encore été nommés. | ||
| La potasse. | Nitrite de potasse. | ||||
| La soude. | Nitrite de soude. | ||||
| La chaux. | Nitrite de chaux. | ||||
| La magnésie. | Nitrite de magnésie. | ||||
| L'ammoniaque. | Nitrite d'ammoniaque. | ||||
| L'alumine. | Nitrite d'alumine. | ||||
| L'oxide de zinc. | Nitrite de zinc. | Comme les métaux se dissolvent dans les acides nitreux & nitrique, à différens degrés d'oxigénation, il doit en résulter des sels, où l'acide est réellement dans des états différens; ceux où le métal est le moins oxigéné seront appelés nitrites; ceux où il l'est davantage seront nommés nitrates: mais la limite de cette distinction n'est pas très aisée à saisir. Les anciens ne connoissoient aucuns de ces sels. | |||
| L'oxide de fer. | Nitrite de fer. | ||||
| L'oxide de manganèse. | Nitrite de manganèse. | ||||
| L'oxide de cobalt. | Nitrite de cobalt. | ||||
| L'oxide de nickel. | Nitrite de nickel. | ||||
| L'oxide de plomb. | Nitrite de plomb. | ||||
| L'oxide d'étain. | Nitrite d'étain. | ||||
| L'oxide de cuivre. | Nitrite de cuivre. | ||||
| L'oxide de bismuth. | Nitrite de bismuth. | ||||
| L'oxide d'antimoine. | Nitrite d'antimoine. | ||||
| L'oxide d'arsenic. | Nitrite d'arsenic. | ||||
| L'oxide de mercure. | Nitrite de mercure. | ||||
| L'oxide d'argent. * | Nitrite d'argent. | ||||
| L'oxide d'or. * | Nitrite d'or. | ||||
| L'oxide de platine. * | Nitrite de platine. | ||||
* Il y a grande apparence qu'il n'existe pas de nitrite d'argent, d'or & de platine, mais seulement des nitrates de ces métaux.
| Noms des bases. | Noms des sels neutres. | |||||
| Nomenclature nouvelle. | Nomenclature ancienne. | |||||
| Combinaisons de l'acide nitrique avec: | La baryte. | Nitrate de baryte. | Nitre à base de terre pesante. | |||
| La potasse. | Nitrate de potasse, salpêtre. | Nitre, nitre à base d'alkali végétal, salpêtre. | ||||
| La soude. | Nitrate de soude. | Nitre quadrangulaire. | ||||
| Nitre à base d'alkali minéral. | ||||||
| La chaux. | Nitrate de chaux. | Nitre calcaire, nitre à base terreuse. | ||||
| Eau mère de nitre ou de salpêtre. | ||||||
| La magnésie. | Nitrate de magnésie. | Nitre à base de magnésie. | ||||
| L'ammoniaque. | Nitrate d'ammoniaque. | Nitre ammoniacal. | ||||
| L'alumine. | Nitrate d'alumine. | Alun nitreux, nitre argileux, nitre à base de terre d'alun. | ||||
| L'oxide de zinc. | Nitrate de zinc. | Nitre de zinc. | ||||
| L'oxide de fer. | Nitrate de fer. | Nitre de fer, nitre martial. | ||||
| L'oxide de manganèse. | Nitrate de manganèse. | Nitre de manganèse. | ||||
| L'oxide de cobalt. | Nitrate de cobalt. | Nitre de cobalt. | ||||
| L'oxide de nickel. | Nitrate de nickel. | Nitre de nickel. | ||||
| L'oxide de plomb. | Nitrate de plomb. | Nitre de plomb, nitre de saturne. | ||||
| L'oxide d'étain. | Nitrate d'étain. | Nitre d'étain. | ||||
| L'oxide de cuivre. | Nitrate de cuivre. | Nitre de cuivre, nitre de Vénus. | ||||
| L'oxide de bismuth. | Nitrate de bismuth. | Nitre de bismuth. | ||||
| L'oxide d'antimoine. | Nitrate d'antimoine. | Nitre d'antimoine. | ||||
| L'oxide d'arsenic. | Nitrate d'arsenic. | Nitre d'arsenic. | ||||
| Nitre arsenical. | ||||||
| L'oxide de mercure. | Nitrate de mercure. | Nitre mercuriel. | ||||
| Nitre de mercure. | ||||||
| L'oxide d'argent. | Nitrate d'argent. | Nitre d'argent. | ||||
| Nitre de lune, pierre infernale. | ||||||
| L'oxide d'or. | Nitrate d'or. | Nitre d'or. | ||||
| L'oxide de platine. | Nitrate de platine. | Nitre de platine. | ||||
Sur les Acides nitreux & nitrique, & sur le Tableau de leurs combinaisons.
L'Acide nitreux & l'acide nitrique se tirent d'un sel connu dans les arts sous le nom de salpêtre. On extrait ce sel par lixiviation des décombres des vieux bâtimens & de la terre des caves, des écuries, des granges, & en général des lieux habités. L'acide nitrique est le plus souvent uni dans ces terres à la chaux & à la magnésie, quelquefois à la potasse & plus rarement à l'alumine. Comme tous ces sels, à l'exception de celui à base de potasse, attirent l'humidité de l'air, & qu'ils seroient d'une conservation difficile dans les arts, on profite de la plus grande affinité qu'a la potasse avec l'acide nitrique, & de la propriété qu'elle a de précipiter la chaux, la magnésie & l'alumine, pour ramener ainsi dans le travail du salpêtrier & dans le rafinage qui se fait ensuite dans les magasins du Roi, tous les sels nitriques à l'état de nitrate de potasse ou de salpêtre. Pour obtenir l'acide nitreux de ce sel, on met dans une cornue tubulée trois parties de salpêtre très-pur, & une d'acide sulfurique concentré: on y adapte un ballon à deux pointes, auquel on joint l'appareil de Woulfe, c'est-à-dire, des flacons à plusieurs gouleaux à moitié remplis d'eau & réunis par des tubes de verre. On voit cet appareil représenté pl. IV, fig. 1. On lutte exactement toutes les jointures, & on donne un feu gradué: il passe de l'acide nitreux en vapeurs rouges, c'est-à-dire, surchargé de gaz nitreux, ou autrement dit, qui n'est point oxygéné autant qu'il le peut être. Une partie de cet acide se condense dans le ballon, dans l'état d'une liqueur d'un jaune rouge très-foncé; le surplus se combine avec l'eau des bouteilles. Il se dégage en même-tems une grande quantité de gaz oxygène, par la raison qu'à une température un peu élevée l'oxygène a plus d'affinité avec le calorique qu'avec l'oxide nitreux, tandis que le contraire arrive à la température habituelle dans laquelle nous vivons. C'est parce qu'une partie d'oxygène a quitté ainsi l'acide nitrique, qu'il se trouve converti en acide nitreux. On peut ramener cet acide de l'état nitreux à l'état nitrique, en le faisant chauffer à une chaleur douce; le gaz nitreux qui étoit en excès s'échappe, & il reste de l'acide nitrique: mais on n'obtient par cette voie qu'un acide nitrique très-étendu d'eau, & il y a d'ailleurs une perte considérable.
On se procure de l'acide nitrique beaucoup plus concentré & avec infiniment moins de perte, en mêlant ensemble du salpêtre & de l'argile bien seche, & en les poussant au feu dans une cornue de grès. L'argile se combine avec la potasse pour laquelle elle a beaucoup d'affinité: en même-tems il passe de l'acide nitrique très-légèrement fumant, & qui ne contient qu'une très-petite portion de gaz nitreux. On l'en débarrasse aisément, en faisant chauffer foiblement l'acide dans une cornue: on obtient une petite portion d'acide nitreux dans le récipient, & il reste de l'acide nitrique dans la cornue.
On a vu dans le corps de cet Ouvrage, que l'azote étoit le radical nitrique: si à vingt parties & demie en poids d'azote, on ajoute quarante-trois parties & demie d'oxygène, cette proportion constituera l'oxide ou le gaz nitreux; si on ajoute à cette première combinaison 36 autres parties d'oxygène, on aura de l'acide nitrique. L'intermédiaire entre la première & la dernière de ces proportions, donne différentes espèces d'acides nitreux, c'est-à-dire, de l'acide nitrique plus ou moins imprégné de gaz nitreux. J'ai déterminé ces proportions par voie de décomposition, & je ne puis pas assurer qu'elles soient rigoureusement exactes; mais elles ne peuvent pas s'écarter beaucoup de la vérité. M. Cavendish, qui a prouvé le premier & par voie de composition, que l'azote est le radical nitrique, a donné des proportions un peu différentes & dans lesquelles l'azote entre pour une plus forte proportion: mais il est probable en même tems que c'est de l'acide nitreux qu'il a formé, & non de l'acide nitrique; & cette circonstance suffit pour expliquer jusqu'à un certain point la différence des résultats.
Pour obtenir l'acide nitrique très-pur, il faut employer du nitre dépouillé de tout mêlange de corps étrangers. Si, après la distillation, on soupçonne qu'il y reste quelques vestiges d'acide sulfurique, on y verse quelques gouttes de dissolution de nitrate barytique, l'acide sulfurique s'unit avec la baryte, & forme un sel neutre insoluble qui se précipite. On en sépare avec autant de facilité les dernières portions d'acide muriatique qui pouvoient y être contenues, en y versant quelques gouttes de nitrate d'argent; l'acide muriatique contenu dans l'acide nitrique, s'unit à l'argent avec lequel il a plus d'affinité, & se précipite sous forme de muriate d'argent qui est presqu'insoluble. Ces deux précipitations faites, on distille jusqu'à ce qu'il ait passé environ les sept huitièmes de l'acide, & on est sûr alors de l'avoir parfaitement pur.
L'acide nitrique est un de ceux qui a le plus de tendance à la combinaison, & dont en même tems la décomposition est le plus facile. Il n'est presque point de substance simple, si on en excepte l'or, l'argent & le platine, qui ne lui enlève plus ou moins d'oxygène; quelques-unes même le décomposent en entier. Il a été fort anciennement connu des Chimistes, & ses combinaisons ont été plus étudiées que celles d'aucun autre. MM. Macquer & Baumé ont nommé nitres tous les sels qui ont l'acide nitrique pour acide. Nous avons dérivé leur nom de la même origine; mais nous en avons changé la terminaison, & nous les avons appelés nitrates ou nitrites, suivant qu'ils ont l'acide nitrique ou l'acide nitreux pour acide & d'après la loi générale dont nous avons expliqué les motifs, chapitre XVI. C'est également par une suite des principes généraux dont nous avons rendu compte, que nous avons spécifié chaque sel par le nom de sa base.
| Nomenclature nouvelle. | ||||
| Nos. | Noms des bases. | Sels neutres qui en résultent. | ||
| Combinaisons de l'acide sulfurique avec: | 1 | La baryte. | Sulfate de baryte. | |
| 2 | La potasse. | Sulfate de potasse. | ||
| 3 | La soude. | Sulfate de soude. | ||
| 4 | La chaux. | Sulfate de chaux. | ||
| 5 | La magnésie. | Sulfate de magnésie. | ||
| 6 | L'ammoniaque. | Sulfate d'ammoniaque. | ||
| 7 | L'alumine. | Sulfate d'alumine ou alun. | ||
| 8 | L'oxide de zinc. | Sulfate de zinc. | ||
| 9 | L'oxide de fer. | Sulfate de fer. | ||
| 10 | L'oxide de manganèse. | Sulfate de manganèse. | ||
| 11 | L'oxide de cobalt. | Sulfate de cobalt. | ||
| 12 | L'oxide de nickel. | Sulfate de nickel. | ||
| 13 | L'oxide de plomb. | Sulfate de plomb. | ||
| 14 | L'oxide d'étain. | Sulfate d'étain. | ||
| 15 | L'oxide de cuivre. | Sulfate de cuivre. | ||
| 16 | L'oxide de bismuth. | Sulfate de bismuth. | ||
| 17 | L'oxide d'antimoine. | Sulfate d'antimoine. | ||
| 18 | L'oxide d'arsenic. | Sulfate d'arsenic. | ||
| 19 | L'oxide de mercure. | Sulfate de mercure. | ||
| 20 | L'oxide d'argent. | Sulfate d'argent. | ||
| 21 | L'oxide d'or. | Sulfate d'or. | ||
| 22 | L'oxide de platine. | Sulfate de platine. | ||
| Nomenclature ancienne. | |||||
| Nos. | Noms des bases. | Sels neutres qui en résultent. | |||
| Combinaisons de l'acide vitriolique avec: | 1 | La terre pesante. | Vitriol de terre pesante, spath pesant. | ||
| 2 | L'alkali fixe végétal. | Tartre vitriolé, sel de duobus, arcanum duplicatum. | |||
| 3 | L'alkali fixe minéral. | Sel de Glauber. | |||
| 4 | La terre calcaire. | Sélénite, gypse, vitriol calcaire. | |||
| 5 | La magnésie. | Vitriol de magnésie, sel d'Epsom, sel de Sedlitz. | |||
| 6 | L'alkali volatil. | Sel ammoniacal secret de Glauber. | |||
| 7 | La terre de l'alun. | Alun. | |||
| 8 | La chaux de zinc. | Vitriol blanc, vitriol de Goslard. | |||
| Couperose blanche, vitriol de zinc. | |||||
| 9 | La chaux de fer. | Couperose verte, vitriol martial, vitriol de fer. | |||
| 10 | La chaux de manganèse. | Vitriol de manganèse. | |||
| 11 | La chaux de cobalt. | Vitriol de cobalt. | |||
| 12 | La chaux de nickel. | Vitriol de nickel. | |||
| 13 | La chaux de plomb. | Vitriol de plomb. | |||
| 14 | La chaux d'étain. | Vitriol d'étain. | |||
| 15 | La chaux de cuivre. | Vitriol de cuivre, couperose bleue. | |||
| 16 | La chaux de bismuth. | Vitriol de bismuth. | |||
| 17 | La chaux d'antimoine. | Vitriol d'antimoine. | |||
| 18 | La chaux d'arsenic. | Vitriol d'arsenic. | |||
| 19 | La chaux de mercure. | Vitriol de mercure. | |||
| 20 | La chaux d'argent. | Vitriol d'argent. | |||
| 21 | La chaux d'or. | Vitriol d'or. | |||
| 22 | La chaux de platine. | Vitriol de platine. | |||
Sur l'Acide sulfurique & sur le Tableau de ses combinaisons.
On a long-tems retiré l'acide sulfurique par distillation du sulfate de fer ou vitriol de mars, dans lequel cet acide est uni au fer. Cette distillation a été décrite par Basile Valentin, qui écrivoit dans le quinzième siècle. On préfère aujourd'hui de le tirer du soufre par la combustion, parce qu'il est beaucoup meilleur marché que celui qu'on peut extraire des différens sels sulfuriques. Pour faciliter la combustion du soufre & son oxygénation, on y mêle un peu de salpêtre ou nitrate de potasse en poudre. Ce dernier est décomposé, & fournit au soufre une portion de son oxygène, qui facilite sa conversion en acide. Malgré l'addition de salpêtre, on ne peut continuer la combustion du soufre dans des vaisseaux fermés, quelque grands qu'ils soient, que pendant un tems déterminé. La combustion cesse par deux raisons; 1o. parce que le gaz oxygène se trouve épuisé, & que l'air dans lequel se fait la combustion se trouve presque réduit à l'état de gaz azotique; 2o. parce que l'acide lui-même qui reste long-tems en vapeurs, met obstacle à la combustion. Dans les travaux en grand des arts, on brûle le mêlange de soufre & de salpêtre dans de grandes chambres dont les parois sont recouvertes de feuilles de plomb: on laisse un peu d'eau au fond pour faciliter la condensation des vapeurs. On se débarrasse ensuite de cette eau, en introduisant l'acide sulfurique qu'on a obtenu dans de grandes cornues: on distille à un degré de chaleur modéré; il passe une eau légèrement acide, & il reste dans la cornue de l'acide sulfurique concentré. Dans cet état il est diaphane, sans odeur, & il pèse à peu près le double de l'eau. On prolongeroit la combustion du soufre, & on accéléreroit la fabrication de l'acide sulfurique, si on introduisoit dans les grandes chambres doublées de plomb où se fait cette opération, le vent de plusieurs soufflets qu'on dirigeroit sur la flamme. On feroit évacuer le gaz azotique par de longs canaux ou espèces de serpentins dans lesquels il seroit en contact avec de l'eau, afin de le dépouiller de tout le gaz acide sulfureux ou acide sulfurique qu'il pourroit contenir.
Suivant une première expérience de M. Berthollet, 69 parties de soufre en brûlant absorbent 31 parties d'oxygène, pour former 100 parties d'acide sulfurique. Suivant une seconde expérience faite par une autre méthode, 72 parties de soufre en absorbent 28 d'oxygène, pour former la même quantité de 100 parties d'acide sulfurique sec.
Cet acide ne dissout, comme tous les autres, les métaux qu'autant qu'ils ont été préalablement oxidés; mais la plupart sont susceptibles de décomposer une portion de l'acide, & de lui enlever assez d'oxygène pour devenir dissolubles dans le surplus: c'est ce qui arrive à l'argent, au mercure & même au fer & au zinc, quand on les fait dissoudre dans de l'acide sulfurique concentré & bouillant. Ces métaux s'oxident & se dissolvent, mais ils n'enlèvent pas assez d'oxygène à l'acide pour le réduire en soufre; ils le réduisent seulement à l'état d'acide sulfureux, & il se dégage alors sous la forme de gaz acide sulfureux. Lorsqu'on met de l'argent, du mercure ou quelque métal autre que le fer & le zinc dans de l'acide sulfurique étendu d'eau, comme ils n'ont pas assez d'affinité avec l'oxygène pour l'enlever, ni au soufre, ni à l'acide sulfureux, ni à l'hydrogène, ils sont absolument insolubles dans cet acide. Il n'en est pas de même du zinc & du fer: ces deux métaux, aidés par la présence de l'acide, décomposent l'eau; ils s'oxident à ses dépens, & deviennent alors dissolubles dans l'acide, quoiqu'il ne soit ni concentré ni bouillant.