[164] Le 23 avril, dans la séance de la Chambre des Communes, lord Palmerston déclarait que les Conférences étaient ajournées indéfiniment, la Russie ayant refusé de réduire sa flotte et de considérer le Pont-Euxin comme mer neutre.

[165] Dans le but de l'empêcher d'aller en Crimée, les Cabinets anglais et français avaient persuadé à l'Empereur Napoléon III de venir rendre visite à la Reine d'Angleterre. Il y alla, en effet, passer une semaine, au mois d'avril 1855, accompagné de l'Impératrice Eugénie.

[166] La plus célèbre des sources à Carlsbad.

[167] Dans la matinée du 18 juin 1855, les Français avaient attaqué Malakoff et les Anglais le grand Redan. Cet assaut fut rejeté sur tous les points avec des pertes immenses pour les deux armées alliées, qui y perdirent chacune plusieurs généraux et un grand nombre d'officiers supérieurs.

[168] Lord Raglan avait soutenu avec dignité le poids du commandement, mais le dénuement de ses soldats et les attaques de la presse anglaise contre un état de choses, auquel il ne pouvait remédier, l'affectèrent vivement. Atteint du choléra, il n'y résista pas et mourut à son quartier général.

[169] L'Empereur Napoléon III avait convoqué les Chambres en session extraordinaire, afin de faire un nouvel appel à leur patriotisme, en leur demandant les moyens de continuer la lutte.

[170] A propos de l'observation du dimanche et du bill dit du Commerce de lord Growenor, une démonstration populaire avait eu lieu à Hyde-Park. La police dut arrêter la circulation des voitures et sévir contre les personnes qui avaient voulu intervenir.

[171] De l'anglais: pauvre chère vieille Angleterre.

[172] La Reine Marie-Amélie voulant aller passer une partie de l'hiver en Italie, on avait parlé d'une visite à Frohsdorff, mais la Reine se borna à un séjour à Savone, sans donner suite à ce premier projet.

[173] Le bruit s'était répandu que, sur la demande du prince Napoléon, l'Empereur retirerait son commandement au maréchal de Castellane.

[174] Maison de campagne des évêques d'Orléans que Mgr Fayet avait eu la bonne fortune d'acquérir pour le diocèse. Elle avait appartenu, au commencement de ce siècle, à la célèbre comédienne Mlle de Raucourt. Mgr Dupanloup en faisait sa résidence d'été, à proximité de laquelle se trouvait son petit séminaire, objet de ses soins particuliers.

[175] Quelques jours avant la prise de Sébastopol, l'Empereur Napoléon III eut le grand triomphe de recevoir à Paris la Reine Victoria, accompagnée du prince Albert. Sur les conseils du Gouvernement anglais, desireux de resserrer l'alliance entre les deux peuples, la Reine vint à Paris pour y visiter l'Exposition universelle.

[176] Le 8 septembre 1855, à midi, les Français avaient emporté d'assaut la tour de Malakoff regardée comme la clef de Sébastopol et, un peu plus tard, le Grand Redan. Les Russes, voyant la solide occupation de ces deux points principaux, se déterminèrent à évacuer la place, après avoir ruiné et fait sauter par la mine, les défenses, les édifices et avoir coulé leurs derniers vaisseaux.

[177] Ce mot allemand, intraduisible en français, veut dire: quelque chose de désagréable.

[178] Dans la nuit du 26 au 27 août 1855, cinq à six cents ouvriers des ardoisières de Maine-et-Loire s'étaient emparés d'une caserne de gendarmerie et avaient essayé de surprendre la ville d'Angers; ils furent dispersés par la force armée et pour la plupart faits prisonniers. Ils appartenaient à la société secrète dite de la Marianne.

[179] La duchesse d'Istrie habitait le premier étage de l'ancien hôtel Talleyrand, alors en possession du baron de Rothschild, qui en avait fait l'acquisition après la mort du prince de Talleyrand.

[180] De l'anglais: bas bleu.

[181] Dans cet ouvrage, M. Cousin essaie de peindre, dans toute sa vérité, la lutte mémorable que le cardinal Mazarin eut à soutenir, en 1643, au début de la Régence, contre les Importants, les devanciers des Frondeurs. Parmi ses nombreux et puissants adversaires, figurent deux femmes qui avaient déjà tenu tête à Richelieu. C'étaient Mme de Chevreuse et Mme d'Hautefort qui, dit M. Cousin, «est à peu près assurée de plaire par le pur éclat de sa beauté, la vivacité généreuse de son esprit, la délicatesse et la fierté de son cœur et son irréprochable vertu.»

[182] Le 21 février 1856 s'était ouvert à Paris, sous la présidence du comte Walewski, un Congrès des grandes Puissances qui avaient pris part à la guerre de Crimée, pour arrêter les bases d'un traité. L'Autriche, quoique non belligérante, étant directement intéressée dans la lutte, dont la rive gauche du Danube était l'enjeu, y prit une large part par son représentant le comte Buol, dont l'attitude raide et cassante fut souvent une cause d'irritation parmi les négociateurs, froissés d'entendre l'Autriche parler comme si elle avait pris Sébastopol; mais ce ne fut que quand les principales clauses du traité furent arrêtées le 18 mars par les Puissances, qu'elles admirent la Prusse à la continuation des débats qui allaient s'engager sur la convention des Détroits, la Prusse ayant été partie contractante en 1841 dans l'acte relatif à la fermeture des Dardanelles et du Bosphore. La paix fut signée le 30 mars, amenant la neutralisation de la mer Noire et empêchant l'absorption de l'Empire Ottoman par la Russie. Tout paraissait donc fini, mais l'Empereur Napoléon et le comte de Cavour en avaient décidé autrement. Le 27 mars, les plénipotentiaires sardes avaient présenté aux Ministres des Affaires étrangères de France et d'Angleterre une note relative aux affaires d'Italie. M. Walewski, par ordre de son maître, proposa aux plénipotentiaires d'ajourner leur départ pour un échange d'idées sur différents sujets qui demandaient une solution. Les discussions restèrent sans conclusion alors, mais grâce à la connivence des Gouvernements de France et d'Angleterre, qui soutinrent vivement le comte de Cavour, la situation des affaires italiennes n'en fut pas moins traduite à la barre de l'Europe.

[183] M. de Rochow, membre de la Chambre des Seigneurs de Prusse, avait tué en duel M. Hinckeldey, directeur général de la police à Berlin. Le Roi, ayant eu connaissance de ce projet de duel, avait chargé M. Raümer, conseiller du Ministère de sa maison, de voir les adversaires et de les réconcilier. N'ayant pas réussi dans sa mission, celui-ci se suicida en apprenant la fatale issue de ce duel. A la séance de la Chambre des Seigneurs, le Président, prince de Hohenlohe, ayant simplement exprimé le regret que M. de Rochow se trouvait empêché de s'y rendre, le point d'honneur l'ayant forcé d'enfreindre les lois du pays, sans parler de la mort de M. Hinckeldey, un grand mécontentement s'en était suivi en ville.

[184] La visite du Comte de Chambord à sa tante la Reine Marie-Amélie avait eu lieu à Nervi les tout premiers jours d'avril.

[185] La Princesse Marguerite, l'aînée de ces deux enfants, est Reine d'Italie.

[186] M. de Sainte-Aulaire.

[187] En 1854, l'Empereur François-Joseph avait inauguré une ligne de chemin de fer qui reliait directement la ville de Vienne à la mer Adriatique. Une Compagnie, dont M. Nathaniel de Rothschild était un des principaux actionnaires, avait, à l'aide de seize mille ouvriers, construit cette voie ferrée qui, tout en serpentant la chaîne du Semmering, la traverse à plus de trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer.

[188] L'Archiduc fut reçu à Paris avec tous les honneurs civils et militaires. Son voyage était sans but politique, quoique le bruit courut que ce Prince venait négocier une entrevue à Munich entre l'Empereur, son auguste frère, et l'Empereur Napoléon.

[189] Pendant que le Congrès était réuni à Paris, l'Impératrice Eugénie donna le jour à un fils qui naquit aux Tuileries, le 16 mars 1856. D'abord ondoyé, le Prince Impérial ne fut baptisé que le 15 juin suivant, très solennellement à Notre-Dame. Le Pape Pie IX, qui était son parrain, se fit représenter par le cardinal Patrizi, et la Reine de Suède, sa marraine, par la Grande-Duchesse Stéphanie de Bade.

[190] Le prince Windisch-Graetz se trouvait alors à Berlin pour assister à des manœuvres militaires. Il n'avait aucune mission politique.

[191] Le Prince Louis de Bade incapable de régner, par suite d'une maladie mentale des plus graves, son frère cadet, le Prince Frédéric-Guillaume, succéda en 1852 à leur père, le Grand-Duc Charles-Léopold. Il prit d'abord le titre de Régent, et ce ne fut qu'en 1856 qu'il s'attribua le titre de Grand-Duc, par une patente spéciale.

[192] Le 24 août était le jour de naissance du Comte de Paris qui, en 1856, atteignait l'âge de dix-huit ans, par conséquent, la majorité pour les rois de France.

[193] Le duc de Morny se rendait à Moscou comme Ambassadeur extraordinaire, pour représenter la France au couronnement de l'Empereur Alexandre II. Il déploya un luxe qui paraissait d'un goût douteux à côté de celui du prince Esterhazy et de lord Granville, le premier représentant l'Autriche, le second l'Angleterre.

[194] Après la signature de la paix et l'évacuation de la Crimée, le maréchal Pélissier revint en France au mois d'août 1856. Il fut reçu avec les plus grands honneurs et un accueil enthousiaste de la part de la population. En débarquant à Marseille, le Maréchal trouva une lettre de l'Empereur qui lui conférait le titre de duc de Malakoff; en outre, le Corps législatif lui vota une dotation annuelle de cent mille francs, transmissible à sa descendance directe de mâle en mâle.

[195] Mme la Duchesse d'Orléans était pour un mois à Hambourg où elle avait appelé plusieurs de ses partisans.

[196] Le Prince Adalbert, grand-amiral de la flotte prussienne, à bord de la frégate Dantzig, avait été attaqué sur la côte du Maroc par les pirates du Riff. Le Prince avait reçu une balle dans la cuisse durant le combat où il perdit sept hommes, son lieutenant de vaisseau entre autres, et dix-sept blessés. Cette mésaventure avait péniblement impressionné à Berlin où, par dérision, on la compara au désastre de cette formidable flotte de guerre, connue sous le nom de l'invincible Armada, équipée en 1588 par le Roi Philippe II d'Espagne et destinée à envahir l'Angleterre afin d'y rétablir le catholicisme.

[197] Le comte Schulenbourg avait été frappé à table, pendant qu'il dînait, le 3 septembre, d'une attaque d'apoplexie, dont il mourut le lendemain.

[198] Devenue veuve le 10 février 1855 du Duc de Gênes, la Duchesse avait épousé morganatiquement et secrètement, en octobre 1856, un marquis de Rapollo qui avait été aide de camp de son mari.

[199] La Princesse Louise de Prusse, fille de celui qui fut plus tard l'Empereur Guillaume 1er, avait épousé, le 20 septembre 1856, le Grand-Duc de Bade.

[200] La question de l'Altesse Royale pour le Duc de Cobourg-Gotha n'avait pas encore été acceptée ni réglée en Prusse.

[201] Le maréchal Marmont avait épousé, en 1798, la fille du banquier comte de Perrégaux qui devint sénateur, puis régent de la Banque de France. Les Mémoires du duc de Raguse ont un cachet d'âpreté et d'amour-propre qui froissèrent bien des personnes quand ils furent publiés en 1856.

[202] Le mariage de la Princesse Charlotte, fille du Roi des Belges, avec l'Archiduc Maximilien d'Autriche venait d'être décidé; mais il ne fut célébré que l'année suivante, le 27 juillet 1857.

[203] Le discours royal avait surtout un passage relatif aux affaires de Neuchâtel, que le Roi se montrait disposé à traiter comme une question de droit européen, et, sans les spécialiser, Sa Majesté annonçait qu'une augmentation des recettes du budget était indispensable pour pourvoir à plusieurs pressants besoins.

[204] L'exécution du traité de Paris ayant soulevé quelques difficultés de détail entre la Russie et les autres puissances contractantes, la réunion d'une nouvelle conférence fut décidée le 31 décembre. La première séance eut lieu à Paris au ministère des Affaires étrangères pour arriver à mettre fin aux difficultés qui entravaient l'exécution de l'article 20 du traité du 30 mars précédent. Cet article comprenait la nouvelle délimitation de la Bessarabie, la possession de la ville de Belgrade, l'évacuation de Kars et de l'île des Serpents par les Russes. L'entente entre les deux puissances fut faite le 8 janvier 1857.

[205] Lord Shrewsbury avait légué sa fortune au second fils du duc de Norfolk, mais le comte Henry-Jean Chetwynd Talbot avait hérité des titres et armes de lord Shrewsbury. Le duc de Norfolk lui en ayant contesté le droit, la Chambre des lords fut saisie du procès le 30 juillet 1858; sur un rapport du lord Chancelier, les pairs d'Angleterre rendirent un jugement favorable au comte Henry-Jean Chetwynd Talbot.

[206] Le 4 janvier 1857, l'archevêque de Paris, Mgr Sibour, avait été frappé d'un coup de poignard dans l'église de Saint-Étienne-du-Mont, où il officiait, par un prêtre du diocèse de Meaux, nommé Verger, récemment interdit et que Mgr Sibour avait refusé de recevoir dans son clergé. Jugé et condamné à mort, Verger fut exécuté le 30 janvier suivant.

[207] L'abbé Ledieu avait été, en 1684, attaché à la personne de Bossuet en qualité de secrétaire. Quatre ans avant la mort de l'évêque de Meaux, il se mit à écrire un journal, aussi curieux qu'instructif, notant jour par jour, heure par heure, les faits et gestes de son illustre maître. Ces Mémoires, qui renferment des trésors de détails des plus intéressants, ne furent publiés qu'en 1856 par l'abbé Guette, d'après le manuscrit autographe.

[208] En revenant du couronnement de Moscou, M. de Morny épousa à Saint-Pétersbourg une princesse Troubetskoï, demoiselle d'honneur de l'Impératrice, qui devint en secondes noces duchesse de Sesto.

[209] A la suite d'une insurrection qui avait éclaté dans le canton le 29 février 1848, Neuchâtel s'était rendu indépendant de la Prusse en proclamant une constitution démocratique. Le Roi de Prusse protesta et, au mois de septembre 1856, le parti royaliste, ayant à sa tête le comte de Pourtalès, tenta un coup de main pour rétablir la suzeraineté prussienne. Cette tentative fut réprimée par les troupes du Conseil fédéral, qui firent plusieurs prisonniers, et il fallut l'intervention de la France pour obtenir leur élargissement sans caution, après avoir fait prendre au Roi de Prusse l'engagement de renoncer à son droit de suzeraineté. Le traité du 26 février 1858 affirma définitivement l'indépendance de Neuchâtel.

[210] En ouvrant le 15 février la session législative de 1857, l'Empereur Napoléon III avait prononcé un discours dans lequel il célébrait les bienfaits de la paix qu'il était parvenu à rétablir, l'intention de réduire les dépenses sans suspendre les grands travaux et de diminuer certains impôts. Puis il remerciait les députés d'avoir proclamé l'Empire pendant leur législature, de l'avoir soutenu pendant la guerre, et résumait toute sa pensée dans cette phrase où il faisait une si évidente allusion à M. Thiers: «La France, sans froisser les droits de personne, a repris dans le monde le rang qui lui convenait et peut se livrer en toute sécurité à tout ce que produit le grand génie de la paix. Que Dieu ne se lasse pas de la protéger et bientôt l'on pourra dire de notre époque ce qu'un homme d'État, historien illustre et national, a écrit du Consulat: «La satisfaction était partout, et quiconque n'avait pas dans le cœur les mauvaises passions des partis était heureux du bonheur public.»

[211] On trouvera la lettre de M. le Comte de Chambord au duc de Nemours aux pièces justificatives de ce volume.

[212] De l'anglais: sa lune de miel.

[213] De la maison de Bourbon.

[214] Le Consulat et l'Empire.

[215] M. de Falloux fut reçu à l'Académie française le 26 mars 1857; il y remplaçait M. Molé. Son discours fut accueilli assez froidement par la docte Assemblée, comme par une grande partie du public, qui s'interdisait une approbation littéraire pouvant ressembler à un assentiment politique.

[216] Mgr de Dreux-Brézé.

[217] M. de Falloux avait été Ministre de l'Instruction publique et des Cultes sous la Présidence]

[218] Le Grand-Duc Constantin, frère cadet de l'Empereur de Russie et marin de profession, vint en France accompagné du général de Totleben et d'une suite nombreuse. A la tête d'une escadre russe, il débarqua à Toulon le 20 avril et fut reçu avec un grand éclat dans toutes les villes de France où il s'arrêta. Pendant les dix jours qu'il séjourna à Paris et les quatre qu'il passa avec la Cour à Fontainebleau, on multiplia les fêtes en son honneur. Après avoir séjourné un mois en France, le Grand-Duc s'embarqua à Bordeaux le 21 mai sur un yacht impérial, la Reine Hortense, mis à sa disposition; il visita les principaux ports et les établissements maritimes de l'Océan et se rendit à Osborne pour saluer la Reine d'Angleterre. Il retourna ensuite par l'Allemagne en Russie.

[219] Cette course à Vienne, sans motif politique, eut lieu le 8 juillet. Le Roi était accompagné de sa sœur, la Grande-Duchesse de Mecklembourg-Schwerin. Ce fut au retour, à Marienbad, qu'il eut une petite attaque d'apoplexie que l'on crut pouvoir dissimuler, mais qui fut le commencement de sa maladie, un ramollissement du cerveau qui conduisit le Roi au tombeau quelques années plus tard.

[220] Pie IX, ayant résolu de se rendre à Lorette pour y accomplir un pieux pèlerinage, entreprit un voyage qui, pendant quatre mois, le tint éloigné de Rome. Parti le 4 mai 1857, il ne rentra dans sa capitale que le 5 septembre suivant. Après avoir été prier dans la Casa Sancta, s'être rendu à Sinigaglia, sa ville natale, et dans plusieurs autres villes d'Italie, le Saint-Père fit encore visite au Duc de Modène et au Grand-Duc de Toscane.

[221] Le général de Goyon avait reçu, en 1856, le commandement du corps d'occupation que la France entretenait auprès du Pape depuis 1850. Le général était fort bien vu par Pie IX; mais de fréquents démêlés avec le proministre des armes pontificales, Mgr de Mérode, rendirent petit à petit sa position difficile. Il fut obligé de revenir en France en 1862.

[222] Une nouvelle attaque d'apoplexie, beaucoup plus grave que celle de Marienbad, frappa Frédéric-Guillaume IV le 6 octobre 1857, ce qui le força (par un décret du 23 octobre 1857) à remettre provisoirement à son frère, le Prince de Prusse, les rênes du gouvernement pour trois mois. Dans son manifeste, le Prince promit de gouverner conformément à la Constitution et aux lois, et confirma les Ministres de son frère dans leurs fonctions. Le Cabinet se composait de MM. de Manteuffel, de Heydt, Simon de Raümer, de Westphalen, de Massow, de Bodelschwing et du comte de Waldersee.

[223] Fils unique du Prince de Prusse, monta sur le trône en 1888 sous le nom d'Empereur Frédéric III; son règne n'eut qu'une durée de quatre-vingt-dix-neuf jours.

[224] Après le mariage de sa fille et son retour d'Allemagne, la marquise de Castellane tomba gravement malade à Paris d'une inflammation intestinale et ne se remit que lentement de cette atteinte sérieuse.

[225] Orsini avait médité d'assassiner Napoléon III, qu'il regardait comme la cause des malheurs de sa patrie; il s'était associé à trois réfugiés italiens, Pieri, Rudio et Gomes. Trois bombes fulminantes éclatèrent coup sur coup, au moment où l'Empereur et l'Impératrice se rendaient en voiture le 14 janvier à l'Opéra; ni l'un ni l'autre ne furent atteints, mais il y eut cent cinquante-six personnes blessées, plus ou moins mortellement. Rudio et Gomes furent condamnés aux travaux forcés, les deux autres à la peine de mort. Orsini avoua tout, et en posant sa tête sur la fatale machine, il poussa le cri de: «Vive l'Italie! Vive la France!» De sa prison de Mazas, il avait adressé à Napoléon III une lettre qui fit beaucoup de bruit et dont voici les principaux passages: «Les dépositions que j'ai faites contre moi-même dans le procès politique, intenté à l'occasion de l'attentat du 14 janvier, sont suffisantes pour m'envoyer à la mort; près de la fin de ma carrière, je viens, néanmoins, tenter un dernier effort pour venir en aide à l'Italie, dont l'indépendance m'a fait, jusqu'à ce jour, tenter tous les périls, aller au-devant de tous les sacrifices. Elle fait l'objet de toutes mes affections, et c'est cette pensée que je veux déposer dans ces paroles que j'adresse à Votre Majesté. Pour maintenir l'équilibre actuel de l'Europe, il faut rendre l'Italie indépendante ou desserrer les chaînes dans lesquelles l'Autriche la tient en esclavage. Demandé-je pour sa délivrance que le sang des Français soit répandu pour les Italiens? NON, je ne vais pas jusque-là. L'Italie demande que la France n'intervienne pas contre elle; elle demande que la France ne permette pas à l'Allemagne d'appuyer l'Autriche dans les luttes qui vont peut-être s'engager. Or, c'est précisément ce que Votre Majesté peut faire si elle le veut. De votre volonté dépendent, ou le bien-être ou les malheurs de ma patrie, la vie ou la mort d'une nation à qui l'Europe est en grande partie redevable de sa civilisation. Telle est la prière que, de mon cachot, j'ose adresser à Votre Majesté, ne désespérant pas que ma faible voix soit entendue. J'adjure Votre Majesté de rendre à ma patrie l'indépendance que ses enfants ont perdue en 1849 par la faute même des Français.»

[226] La marquise de Castellane était tombée malade chez la duchesse d'Albuféra, où elle resta des mois.

[227] Le 1er février 1858, l'Empereur Napoléon et l'Impératrice recevaient à Paris: le Prince Albert de Prusse, le plus jeune frère du Roi, le Prince Frédéric-Charles de Prusse, neveu du Roi, et le Prince Adalbert de Prusse, cousin du Roi.

[228] Le 21 février, lord Palmerston tomba du pouvoir après l'avoir tenu en main pendant trois années consécutives, et sur la demande de la Reine, ce fut lord Derby qui reconstitua un Cabinet dans lequel on remarquait lord Salisbury, comme Président du Conseil, le général Peel à la Guerre, lord Malmesbury aux Affaires étrangères et M. Disraeli, chancelier de l'Échiquier; mais la politique de lord Salisbury n'ayant point été approuvée par le Parlement, lord Palmerston et lord John Russell reprirent les rênes du gouvernement en juin 1859.

[229] Les habitants de Londres, afin de protester contre le bill relatif aux conspirations pour assassinat, s'étaient portés en foule à Hyde-Park pour y faire une réunion monstre; mais en arrivant, le public trouva une affiche, annonçant que les promoteurs du meeting y avaient renoncé à la suite du vote de la Chambre des Communes qui avait renversé le Ministère.

En même temps, il paraissait à Londres une brochure, Lettre au Parlement et à la presse, signée: Félix Pyat, Besson et Talandier au nom du Comité de la commune révolutionnaire et en date du 24 février 1858. Cette brochure défendait le droit à l'assassinat et faisait l'apologie de l'attentat dans le langage le plus passionné.

[230] Le Moniteur du 1er mars annonçait que le général Changarnier et le général Bedeau étaient autorisés à rentrer en France.

[231] Cette brochure était un exposé des questions que les derniers événements avaient fait surgir entre la France et l'Angleterre. L'auteur, qui était, dit-on, M. de la Guéronnière, débutait en rappelant les gages nombreux de sympathie que l'Empereur Napoléon III avait donnés à l'Angleterre pour maintenir les bons rapports entre les deux pays et éviter les conflits; puis il arrive à l'attentat du 14 janvier, aux incidents qu'il a déterminés entre les deux pays et il établit que ces complots sont préparés, organisés, exécutés par les réfugiés de Londres. Au moment où cette brochure paraissait, il y avait quelques difficultés diplomatiques entre la France et l'Angleterre, le ministre des Affaires étrangères de Londres n'ayant pas jugé à propos de répondre à une note adressée par M. Valewski, ministre des Affaires étrangères de France. La chute du Cabinet britannique s'en était suivie, et lord Malmesbury, devenu ministre, ne pouvant s'entendre avec M. de Persigny, ambassadeur de France à Londres, celui-ci dut donner sa démission.

[232] M. Rigault avait fait paraître dans le Journal des Débats du 6 avril un feuilleton critique et moqueur sur ce qu'il appelait la dévotion du temps et l'éloquence religieuse. Il y faisait trois catégories de prédicateurs, et distinguait, par les opinions, le clergé séculier de la rive droite de la Seine de celui de la rive gauche.

[233] Le Président du Conseil en Prusse, le 12 avril 1858, annonçait aux Chambres que le Roi venait de conférer de nouveau les pouvoirs complets, pour trois mois, à son frère le Prince de Prusse.

[234] C'était à propos de la façon dont M. Guizot avait parlé, dans les chapitres III et IV du premier volume de ses Mémoires, de M. de Talleyrand; il s'agissait d'insinuations, malveillantes dans le fond quoique courtoises dans la forme, dont M. Guizot avait fait usage, au sujet du rôle politique de M. de Talleyrand pendant la Révolution, qu'il rapprochait de celui qu'il avait rempli au Congrès de Vienne; comme aussi de celui qu'il avait joué lors de la restauration des Bourbons.

[235] Le maréchal Pélissier avait remplacé à Londres, comme ambassadeur de France, M. de Persigny.

[236] Après l'attentat d'Orsini, lord Palmerston proposa un bill pour modifier la loi sur les réfugiés. Lord John Russel parla contre cette proposition et froissa le Premier Ministre qui se brouilla avec lui, et le Cabinet tomba sous le blâme d'avoir gardé le silence sur une dépêche de M. Valewski, accusant le Gouvernement britannique de trop de tolérance pour les réfugiés. Quelques mois après, lord Palmerston et lord John Russel se réconcilièrent dans une entrevue chez M. Ellice et formèrent en juin 1859 un nouveau Cabinet.

[237] La Duchesse d'Orléans, qui habitait alors avec ses enfants à Richmond en Angleterre, était morte le 17 mai, enlevée en très peu de jours par une grippe inflammatoire, et sans qu'on se soit douté autour d'elle du danger qui la menaçait.

[238] De l'italien: le monde marche tout seul.

[239] La Reine Victoria vint à Cherbourg pour en visiter le port; elle fut reçue le 6 août 1858, avec autant de pompe que d'honneurs, par l'Empereur Napoléon III et l'Impératrice Eugénie. Un mois plus tard, la Reine vint à Potsdam et à Berlin pour y voir sa fille mariée depuis quelques mois au Prince Frédéric-Guillaume de Prusse.

[240] Appelé paletot classique par Humboldt.

[241] De l'anglais: «Comment pouvez-vous aller à une telle humiliation nationale?»

[242] La majorité de la Chambre, en Belgique, se basant sur l'avis que le projet du Gouvernement n'offrait pas assez de stabilité, en alléguant qu'une place forte intérieure serait plus utile, avait rejeté le projet du Gouvernement de fortifier le port et la ville d'Anvers. Le lendemain de ce vote, le Ministère donnait lecture à la Chambre de deux arrêtés royaux, l'un déclarant que le Gouvernement retirait son projet; l'autre que la session de la Chambre était close.

[243] Cette Conférence, où siégeaient les plénipotentiaires de France, d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse, de Russie, de Sardaigne et de Turquie, avait pour but de régler l'organisation des Principautés danubiennes. Le 19 août, la première partie de cette tâche étant accomplie, une convention, arrêtée et signée, devait former un acte additionnel au traité de Paris. La Conférence, ayant rejeté le travail de la Commission relatif à la navigation du Danube, ce point resta encore en suspens.

[244] L'attentat d'Orsini fut le point de départ mystérieux de la phase des affaires italiennes et l'origine de la guerre de 1859, préparée, au fond, dès le Congrès de 1856. A partir de cette époque, la situation prit une gravité singulière et un emportement effaré sembla régner à Paris. Deux diplomaties s'y jouaient en même temps. D'un côté, le comte Walewski s'adressait de toutes parts pour réclamer des garanties contre le droit d'asile; de l'autre, l'Empereur Napoléon très tourmenté, surtout depuis la lettre qu'Orsini lui avait adressée la veille de son exécution, trouvait que, s'il y avait des conspirateurs, la faute était à la situation violente de l'Italie; et dans l'intimité des Tuileries, il se disait que tant qu'il y aurait des Autrichiens en Italie, il y aurait des attentats à Paris. Au mois de mai 1858, l'Empereur Napoléon faisait écrire secrètement au comte de Cavour une lettre contenant tout un plan d'alliance entre la France et le Piémont, les conditions d'arrangements réciproques, et même une proposition de mariage du prince Napoléon avec une fille du Roi Victor-Emmanuel; et il faisait prévenir de la possibilité d'une négociation décisive. Rien n'était pourtant possible sans une entrevue, et comme il en fallait détourner les soupçons, le docteur Conneau (médecin de l'Empereur) passa en juin par Turin, sous prétexte d'un voyage de plaisir en Italie, chargé de convenir d'une excursion, sans éclat, du comte de Cavour à Plombières où l'Empereur devait se rendre. Le Comte s'y achemina, en effet, sans bruit et y arrivait le 20 juillet. De suite, l'Empereur aborda le sujet en question et se dit décidé à appuyer la Sardaigne de toutes ses forces dans une guerre contre l'Autriche, pourvu que la guerre fût entreprise pour une cause non révolutionnaire, qui pût être justifiée aux yeux de la diplomatie et de l'opinion publique en France et en Europe. Il toucha ensuite la constitution d'un royaume italien de onze millions d'âmes, la cession de la Savoie et de Nice à la France, et le mariage du prince Napoléon avec la princesse Clotilde. Durant l'automne, on sortait des conventions verbales pour la signature d'un traité d'alliance offensive et défensive entre la France et le Piémont; et au grand étonnement de la France mal informée, Napoléon III, en recevant le 1er janvier 1859 le corps diplomatique, témoignait brusquement à M. de Hübner, ambassadeur d'Autriche, son regret que les relations fussent mauvaises entre Paris et Vienne. Ces quelques mots et ceux que le Roi Victor-Emmanuel prononçait quelques jours après, le 10 janvier, en ouvrant les Chambres, furent en quelque sorte l'éclair précurseur de l'orage qui allait éclater. C'était la première conséquence des engagements de Plombières.

[245] Le mariage ne fut célébré que le 2 octobre 1858.

[246] La Reine Élisabeth, qui était une Princesse de Bavière, avait, sous la pression de son beau-père Frédéric-Guillaume III, quelques années après son mariage, abjuré la religion catholique pour entrer dans l'Église protestante. Malgré cette situation difficile, le Roi et la Reine passèrent à Rome la plus grande partie de l'hiver 1858-1859.

[247] Fille du Roi de Saxe et première femme de l'Archiduc Charles-Louis d'Autriche. Cette Princesse venait de mourir en couches.

[248] Le nouveau Ministère prussien était ainsi composé: le prince de Hohenzollern-Sigmaringen, président du Conseil; M. d'Auerswald, ministre d'État; M. de Schleinitz, ministre des Affaires étrangères; le général de Bonin, ministre de la Guerre; M. de Patow, ministre des Finances; le comte Pückler, ministre de l'Agriculture; M. de Bethmann-Holweg, ministre des Cultes; M. de Heydt, ministre du Commerce; M. Simons, ministre de la Justice; M. de Flottwell, ministre de l'Intérieur.

[249] Dans une allocution que le Prince-Régent de Prusse avait adressée le 8 novembre au Ministère d'État, après la reconstitution du Cabinet, le Prince avait dit que, s'il s'était opéré un changement dans les conseillers de la Couronne, cela avait eu lieu parce qu'il avait trouvé chez tous les conseillers choisis par lui l'opinion qui était la sienne, à savoir: qu'il ne pouvait être question, ni maintenant, ni jamais, d'une rupture avec le passé, qu'il s'agissait seulement d'améliorer, là où l'arbitraire s'était fait sentir. L'opinion s'étant fort agitée sur ces paroles, les Ministres crurent nécessaire de les expliquer; mais ces explications étaient enveloppées d'obscurité et leur langage nébuleux rendait impossible d'y pénétrer.

[250] Ce programme était tout entier dans l'allocution du Prince-Régent au Ministère d'État, dont nous avons déjà parlé plus haut, et qu'une indiscrétion avait fait connaître aux gazettes qui, naturellement, l'imprimaient avec plus ou moins de vérité.

[251] Le prince Napoléon, accompagné du général Niel et de M. Bixio, était parti de Paris le 13 janvier pour Turin, où son mariage avec la princesse Clotilde, fille du Roi Victor-Emmanuel, fut célébré le 30 du même mois.

[252] Ce livre, qui parut au printemps de 1859, chez l'éditeur Michel Lévy à Paris, ne portait pas le nom de son auteur.

[253] La guerre était imminente, mais les Puissances médiatrices, comprenant que si elles voulaient en conjurer le fléau, elles devaient s'interposer activement, l'Angleterre donna à lord Cowley (alors ambassadeur de Londres à Paris), la mission de se rendre à Vienne pour sonder les dispositions de l'Autriche et amener la régularisation de ses rapports avec la Sardaigne; mais tout s'évanouit, quand, le 20 mars, éclata, en pleine Europe, une proposition de Congrès, venant de Pétersbourg (et en réalité, répondant à un vœu secret des Tuileries), qui compliquait la situation au lieu de la simplifier, en la faisant entrer dans une voie sans issue. Ce Congrès ne pouvait être et ne fut qu'une chimère.

[254] La révolution de 1848 ayant mis fin à sa carrière politique et militaire, le duc de Fezensac avait employé ses loisirs à écrire les souvenirs des grandes guerres de sa jeunesse dont il fit plus tard la publication.

[255] Le Moniteur du 4 mars contenait simplement ces mots: «Le Constitutionnel annonce que l'évacuation des États romains par nos troupes a été ordonnée, et que le corps d'armée français a déjà reçu l'ordre de se diriger sur Civita-Vecchia. Cette nouvelle est au moins prématurée.» Puis le lendemain, le Moniteur publiait une déclaration démentant tour à tour les bruits relatifs à des engagements contractés avec la Sardaigne et assurait qu'il n'y avait que la promesse, faite par la France, de défendre la Sardaigne contre tout acte agressif de l'Autriche, qui n'était nullement de nature à faire redouter la guerre.

[256] Sur son désir, le prince Napoléon s'était déchargé du ministère de l'Algérie et des Colonies.

[257] Au moment où éclatait la proposition de Congrès, la situation commençait à devenir critique; une scène des plus vives avait eu lieu à Paris entre le comte Walewski et le représentant sarde, M. de Villamarina. Le ministre des Affaires étrangères se laissait emporter jusqu'à dire que «l'Empereur ne ferait pas la guerre pour favoriser les ambitions de la Sardaigne; que tout devait être réglé par un Congrés auquel le Piémont n'avait aucun droit de participer». Un langage aussi acerbe était tenu à Turin par le ministre de France, le prince de la Tour-d'Auvergne. Le comte de Cavour se hâtait de faire face à l'orage. Il expédiait une lettre du Roi à l'Empereur à laquelle celui-ci répondait simplement: «Que le comte de Cavour vienne à Paris sans plus de retard.» Cavour était à Paris le 25 mars, où il eut des entrevues successives avec l'Empereur et reçut aux Tuileries un accueil cordial; mais il ne tarda pas à s'apercevoir de tout un travail dans l'entourage de l'Empereur, qui n'avait pas seulement pour objet le maintien de la paix (fût-ce par le sacrifice du Piémont), mais qui tendait à l'écarter lui-même comme le principal obstacle à la paix. M. de Cavour rentrait à Turin le 1er avril, quand, peu de jours après, l'Autriche envoya, le 23 avril, au Roi de Piémont un ultimatum qui n'était autre que la sommation immédiate de son désarmement, et que le moindre sentiment de fierté lui interdisait d'accepter. Les hostilités étant devenues imminentes, l'armée française franchit les Alpes.

[258] Au sujet de la réforme électorale, le Cabinet anglais ayant eu une minorité de trente voix, le Ministère résolut de ne pas donner sa démission, mais de dissoudre le Parlement. Lord Derby en fit communication le 4 avril à la Chambre et fit figurer en première ligne, dans son discours, l'intérêt qui s'attachait au maintien de la paix; en faisant allusion à lord Palmerston et à lord John Russel, il exprimait l'espoir que la résolution du Ministère serait approuvée par l'opinion publique, car la nation ne pourrait voir sans déplaisir le pouvoir passer dans les mains des partis coalisés, qui n'ont de force que pour détruire et non pour gouverner.

[259] Le 27 avril, le Grand-Duc de Toscane, pressé par une députation d'officiers supérieurs, qui s'étaient présentés pour lui demander d'opter entre l'alliance avec le Piémont ou son abdication, s'était retiré avec sa famille à Bologne. Aussitôt, le Roi de Sardaigne avait été proclamé Dictateur de la Toscane, pendant la durée de la guerre. Ce mouvement s'étendit immédiatement dans les Duchés voisins, notamment dans le duché de Modène. Une proclamation de commissaires extraordinaires, de Massa et de Carrare, plaçait ces villes sous la protection du Roi Victor-Emmanuel. Ce ne fut pourtant qu'au 15 juin que la Duchesse de Parme résolut d'abandonner ses États.

[260] Campagne du Grand-Duc et de la Grande-Duchesse de Weimar.

[261] Le 4 juin 1859, l'Empereur Napoléon s'était avancé sur Magenta, sans se rendre compte des forces qu'il avait devant lui; sa position était devenue fort critique. Le général de Mac-Mahon se porta, par une marche rapide, en avant de Magenta, avec une partie du second corps d'armée, sur les Autrichiens. Il parvint à dégager les grenadiers de la Garde fort compromis, prit et reprit sept fois le village de Magenta, fit cinq mille prisonniers et, vers huit heures du soir, resta maître du champ de bataille.

[262] Vers le 10 juin, les Autrichiens abandonnèrent la région du Pô pour se retirer derrière l'Oglio; ils quittèrent de même Ferrare, Ancône et les États romains, qui rejetaient l'autorité du Pape pour s'annexer au royaume de Sardaigne. Dans la nuit du 11 au 12 juin, les Autrichiens évacuaient Bologne, d'où le Cardinal-Légat se retirait, laissant à la Municipalité le soin de gouverner cette ville, qui proclamait immédiatement la dictature du Roi Victor-Emmanuel, auquel Parme et toutes les villes de la Lombardie s'empressaient de faire acte de soumission.

[263] Le prince de Metternich était mort, le 5 juin 1859, sous le coup des émotions que lui donnèrent les défaites des Autrichiens et la destruction des effets de sa politique en Italie.

[264] Une escarmouche d'avant-poste, à Bertoletto, où Garibaldi avait fait construire un pont sur la Chiese, avait amené un combat entre quelques compagnies des chasseurs des Alpes et les avant-postes autrichiens qui avaient d'abord battu en retraite. Les légionnaires, emportés par leur ardeur, les ayant poursuivis jusqu'à Castelnedolo, y trouvèrent l'ennemi en masse, qui chercha à les envelopper. S'apercevant du péril, ils durent se retirer devant les Autrichiens qui firent sauter le pont, à peine bâti sur la Chiese en face de Montechiari.

[265] Lord Palmerston.

[266] Le maréchal Canrobert, qui commandait le 3e corps d'armée, avait reçu l'ordre d'appuyer le général Niel; mais ne jugeant pas prudent de prêter, tout d'abord, son appui au commandant du 4e corps (celui de Niel) il crut plus sage de rester à surveiller les mouvements d'une colonne détachée dont le départ de Mantoue avait été signalé, ce qui amena entre les deux généraux d'amères récriminations après cette bataille de Solferino, qui fut livrée le 24 juin, les deux armées ennemies s'étant rencontrées inopinément, entre la Chiese et le Mincio. Le fruit de cette nouvelle victoire des armées alliées fut l'abandon par les Autrichiens de toutes les positions préparées par eux sur la rive droite du Mincio et amena les préliminaires de Villafranca.

[267] Une circulaire du comte de Cavour adressée, à la date du 14 juin 1859, à tous les représentants de la Sardaigne auprès des Cours étrangères, avait exposé le point de vue sous lequel il envisageait les derniers événements accomplis. Il rappelle d'abord que l'Autriche a refusé le Congrès proposé par la Russie, qu'elle a envahi le Piémont et que les victoires des armées alliées leur ont ouvert la Lombardie. Parlant ensuite des antipathies des populations italiennes qui ont éclaté contre l'Autriche et demandé l'annexion de leur pays au Piémont, M. de Cavour prouve que le Roi de Sardaigne, en acceptant ce vœu spontané de la volonté nationale, ne porte aucune atteinte aux traités existants, puisque l'Autriche, en refusant le Congrès, les a déchirés elle-même et a rendu les populations italiennes à leurs droits naturels. Le but, hautement avoué par le Roi, était l'indépendance italienne et l'exclusion de l'Autriche.

[268] Secrètement poussé par la Russie, qui ne pardonnait pas à l'Autriche son attitude pendant la guerre de Crimée, Kossuth lançait les nouvelles proclamations appelant la nation madgyare aux armes, à la lutte pour la liberté de la Hongrie et annonçait qu'il allait reparaître sur le sol de la patrie.

[269] Lady John Russell était la fille de lord Minto, connu par ses tendances libérales et son penchant pour la cause italienne.

[270] La Prusse s'efforçait justement d'amener les Gouvernements anglais et russe à tenter une médiation commune auprès des Puissances belligérantes, à laquelle, du reste, le Ministère anglais n'avait pas adhéré lorsque, par un inexplicable revirement d'idées, Napoléon III s'arrêta tout à coup, malgré une suite ininterrompue de victoires. Le 6 juillet, il offre un armistice à l'Empereur François-Joseph, alors à Vérone, avec son armée dans une situation fort compromise. La lutte est suspendue jusqu'au 15 août, et, le 11 juillet, Napoléon III et l'Empereur d'Autriche avaient, à Villafranca, une entrevue qui mettait fin à la guerre, avant que le comte de Cavour eût eu le temps d'accourir pour détourner le Roi Victor-Emmanuel d'adhérer à ce traité.

[271] Le prince Windisch-Graetz avait été envoyé à Berlin en mission militaire pour s'y assurer de la disposition des esprits et arrêter avec le Gouvernement la marche de trois corps d'armée, que l'Autriche devait mettre à la disposition de la Confédération germanique.

[272] En face de ce traité de Villafranca, qui n'était qu'une cruelle déception, laissant tous les problèmes à résoudre et ne répondant à aucune des espérances des Italiens, le comte de Cavour refusa de contresigner cette paix, abdiqua le Ministère, et l'âme remplie de douleur et d'agitation, remit aussitôt sa démission au Roi, croyant le devoir à lui-même, à son honneur et à sa politique. Il laissait le pouvoir à un Ministère formé avec le général La Marmora, Ratazzi et le général Dabormida.

[273] La Princesse Stéphanie de Hohenzollern avait épousé, en 1858, le Roi de Portugal.

[274] Dans ce discours, l'Empereur avait dit entre autres: «Si je me suis arrêté, ce n'est pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce que dans mon cœur quelque chose parlait plus haut encore: l'intérêt de la France

[275] Sous le prétexte que de nombreuses erreurs se seraient commises dans les tentatives de médiation faites par la Prusse, le Cabinet prussien avait adressé à tous ses agents diplomatiques en Allemagne une dépêche circulaire ayant le but de rétablir les faits.

[276] Le 10 août 1859, le Roi Frédéric-Guillaume IV avait été frappé d'une nouvelle attaque d'apoplexie.

[277] Le traité de Zurich entre la France et l'Autriche ne fut conclu que le 10 novembre 1859. Il n'était que la suite des préliminaires de Villafranca et mettait fin à la guerre qui, d'après la solennelle promesse de Napoléon III, devait avoir pour résultat l'affranchissement de l'Italie entière depuis les Alpes jusqu'à l'Adriatique. Mais en laissant tout désormais au désarroi et à l'imprévu, les Italiens prirent alors, eux-mêmes, la direction de leurs destinées et, déjouant les calculs, ils se chargèrent d'interpréter cette paix par laquelle on avait cru les enchaîner.

[278] Cavour n'avait rien fait pour précipiter l'explosion de cette question de l'Italie méridionale qui allait naître d'une aventure. Sa politique eût été de nouer ce qu'il appelait «l'alliance des deux grands royaumes de la Péninsule», former ainsi le faisceau fédératif des forces italiennes du nord et du midi dans un intérêt d'avenir national. A l'avènement de François II, fils d'une Princesse de Savoie, Cavour avait envoyé à Naples le comte de Salmour avec une mission de paix, offrant amitié et appui. Avec Rome, avec Naples, Cavour se serait prêté volontiers aux ménagements et aux transactions.

[279] A Florence, Modène, Bologne, Parme, l'acte de Villafranca éclatait comme un coup de foudre. L'Autriche, à peine diminuée d'une province, restait, aux yeux de tous, la puissance débordante de l'Empire sur le Mincio et sur le Pô. Dès lors, la pensée de l'annexion à la Sardaigne domina toutes ces populations, afin de se créer le plus de forces italiennes possible pour sortir de l'alternative, ou d'une soumission découragée, ou du déchirement d'une résistance révolutionnaire; cela amena le vote unanime de ces petits États vers le Piémont, qui leur avait donné l'exemple du courage, de l'honneur militaire, du patriotisme éprouvé, de la liberté régulière. Le 21 août, l'Assemblée des notables, à Modène, votait la déchéance du Duc François V et leur annexion au Piémont; celle de Florence faisait de même; puis un décret royal annonçait que le général Garibaldi était nommé commandant de la 2e division des Toscans, et ce même jour, la ligue défensive de tous les États de l'Italie était conclue.

[280] Quartier général de l'Empereur Napoléon III.

[281] A la séance annuelle pour la distribution du prix Montyon, M. Villemain avait fait le rapport sur les œuvres littéraires et M. Guizot sur celui des œuvres de vertu, qu'il terminait par une allusion fort éloquente sur le dévouement pour la patrie des soldats morts dans la guerre d'Italie.

[282] L'article du Moniteur était un avertissement à l'Italie contre les annexions. Il y était déclaré que la restauration des Archiducs formait une partie importante des stipulations de Villafranca et la condition sine qua non des avantages qui résultaient pour l'Italie d'une partie de ces stipulations. Il énumérait ces avantages, mais repoussait l'idée de la restauration de ces Princes par une force étrangère. Il menaçait même d'une nouvelle guerre si les populations des Duchés persistaient à repousser leurs souverains; car l'Autriche se déclarerait alors comme déliée de ses engagements. L'article finissait par ces mots: «Que l'Italie ne s'y trompe pas: il n'y a qu'une seule Puissance en Europe qui fasse la guerre pour une idée; c'est la France, et la France a accompli sa tâche.» En même temps que cette déclaration, l'organe du Ministère anglais continuait à soutenir avec ardeur le parti de l'annexion des Duchés au Piémont et à promettre à l'Italie le concours de l'Angleterre. L'attention du Gouvernement français fut alors attirée sur la Chine et le Moniteur du 14 septembre annonçait que la France et l'Angleterre se concertaient pour infliger un châtiment aux violateurs du traité de Tien-tsin conclu en 1858.

[283] L' Empereur Napoléon III, toujours flottant, songeait de temps en temps à tenter, contre les provinces soulevées des États ecclésiastiques, l'effort des armes: trois fois déjà, ordres et contre-ordres avaient été donnés à ce sujet. Le duc de Gramont, de retour de France vers la fin d'août, eut, le 29, une entrevue prolongée avec le Pape. L'Ambassadeur recommandait des réformes pour le reste des États pontificaux et ajoutait que l'occupation militaire par une division française devait expirer dans le courant de l'année 1860. Le duc de Gramont exposait ensuite à Pie IX qu'il devait se préparer, lui-même, une force militaire sérieuse, en lui faisant entendre que l'Autriche n'interviendrait pas, et que si une troisième puissance venait s'immiscer dans les affaires d'Italie et que le Piémont voulût s'y opposer, la France n'aurait aucun motif suffisant pour y mettre obstacle et l'Angleterre pourrait bien appuyer directement les efforts de la Sardaigne.

[284] En prenant connaissance de l'allocution du Saint-Père au Consistoire du 26 septembre, dans laquelle le Pape annulait les actes de l'Assemblée bolonaise et rappelait les censures formulées contre les membres du Gouvernement des Légations, Mgr Dupanloup, qui, la veille, avait publié un exposé de ses sentiments sur les tristes circonstances où se trouvait placée l'Église romaine, protesta hautement contre ces attentats, en communiquant à son clergé les paroles textuelles de Pie IX. Plusieurs évêques de France adhérèrent à cette énergique protestation. Quelques-uns cependant le firent en montrant confiance dans les intentions du Gouvernement français.

[285] Le 6 octobre 1859, un comte Anviti, colonel de l'ancienne gendarmerie ducale, et connu par ses relations avec le Duc de Parme, avait été massacré, dans les rues de Parme, par une population furieuse. La rapidité avec laquelle ce malheureux événement eut lieu ne permit pas à la force armée d'intervenir à temps.

[286] L'Empereur Alexandre II et le Prince-Régent de Prusse se rencontrèrent le 23 octobre à Breslau et il semble que des liens plus intimes se nouèrent entre les Gouvernements des deux souverains, chacun sentant l'influence considérable que leur entente mutuelle pouvait amener sur la solution des difficultés qui préoccupaient, à ce moment-là, la diplomatie européenne.

[287] En 1859, Mme Lenormant, nièce et fille adoptive de Mme Récamier, écrivit la vie de sa tante en réunissant tous les souvenirs qui la concernaient, d'après les correspondances laissées par la défunte.

[288] Mme Récamier se trouvait à Rome en même temps que le duc de Devonshire qui, de peur que sa belle-mère, au moment de sa mort, ne révélât le secret obscur planant sur sa naissance, séquestra la Duchesse, en la privant de toute communication avec ses amis.

[289] De l'allemand: rudesse grossière.

[290] Le 10 novembre 1859, la pose de la première pierre d'un monument que la ville de Berlin élevait au poète Schiller, connu par ses idées démocratiques, avait un peu échauffé les têtes avancées qui voulaient en faire le motif d'une démonstration dans ce sens. Mais des mesures habiles prises à temps par le Magistrat de la ville empêchèrent la réunion des masses populaires et tout se passa avec ordre, malgré les orgies grossières (roheit) qui avaient précédé. Le Prince-Régent n'assista pas officiellement à cette cérémonie, qu'il regarda simplement d'une fenêtre de la Chambre de commerce (Seehandlung), institution datant de plus d'un siècle et qui fut toujours sous la dépendance du ministère des Finances en Prusse.

[291] Par une brochure retentissante, attribuée à l'Empereur lui-même, et intitulée le Pape et le Congrès, Napoléon III achevait de rendre ce Congrès impossible. Cet écrit servait de texte aux interprétations les moins rassurantes pour le pouvoir temporel du Pape quand, quelques jours après, dans une lettre du 31 décembre 1859 à Pie IX, l'Empereur insistait personnellement sur la nécessité qu'il y avait pour le Pape à céder aux circonstances et à faire le sacrifice des Romagnes, où le vœu des populations se prononçait en faveur de l'annexion à la Sardaigne. Le Pape répondit à toutes ces menaces par l'Encyclique du 19 janvier 1860, où il s'éleva violemment contre cette doctrine. En France, Mgr Dupanloup fit entendre un cri d'indignation dans un écrit intitulé: Lettre de Mgr l'évêque d'Orléans à un catholique sur la brochure «le Pape et le Congrès», tandis que le prince Albert de Broglie faisait entendre le sien dans un article du Correspondant intitulé: La lettre impériale et la situation, qui recevait aussitôt un avertissement du Gouvernement.

[292] M. Guizot était protestant.

[293] Nous avons déjà parlé de cet article du prince de Broglie intitulé: La lettre impériale et la situation. Sous une forme polie, discrète, mais claire, l'Empereur Napoléon, dans cette lettre, sommait, très respectueusement, le Pape de sacrifier ce qu'il avait perdu, sous peine de perdre ce qu'il possédait encore. On trouvera cette lettre aux pièces justificatives de ce volume.

[294] Ces soupçons n'étaient pas tout à fait sans fondement, car le journal l'Univers, supprimé par une ordonnance du 29 janvier 1860, motivée par une opposition directe de ce journal contre les droits de l'État, reparaissait par la bienveillance du Gouvernement, quelques jours après, sous ce titre nouveau, le Monde, rédigé également par M. Veuillot.

[295] Cette brochure, qui fut le prétexte de nombreuses manœuvres de Bourse, était anonyme, ce qui rendit facile au Gouvernement de la dénoncer, en la déférant à la justice. Sous le voile des limites naturelles, cet écrit traitait assez ouvertement l'idée, caressée par l'Empereur Napoléon, de l'annexion à la France des provinces rhénanes.

[296] Le maréchal Randon avait été fait ministre de la Guerre le 5 mai 1859, en remplacement du maréchal Vaillant, promu major général de l'armé alliée, lorsque les troupes françaises avaient franchi les Alpes.

[297] Le 24 avril eut lieu, à l'hôtel d'Albe à Paris (maison appartenant à Mme de Montijo, mère de l'Impératrice Eugénie), un bal qui resta célèbre dans les annales napoléoniennes, non seulement par l'étalage de la richesse des costumes et d'un luxe effréné, mais plus encore par le décolletage, les jupes trop courtes des dames, leur déguisement en homme, ainsi que le manque de convenance dans les propos qui s'y tinrent.

[298] Napoléon Ier, arrivé le 31 mars 1814 à quelques lieues de Fontainebleau, avait ordonné au duc de Vicence de partir sur-le-champ, pour aller trouver l'Empereur Alexandre Ier et essayer de conclure la paix aux conditions de Châtillon. M. Thiers, en rappelant cette circonstance dans le dix-septième volume, page 624, de son ouvrage, donne un tout autre caractère à cette mission. Il fait croire qu'elle n'avait d'autre but, dans la pensée de l'Empereur, que de lui faire gagner deux ou trois jours, afin de donner à l'armée le temps de le rejoindre.

[299] Dans une série d'articles publiés dans le Journal des Débats sur le XVIIe volume du Consulat et de l'Empire, Cuvillier-Fleury, tout en faisant ressortir l'immense succès de l'œuvre de M. Thiers, le critiquait spirituellement en le mettant en opposition avec lui-même. Il démontrait que, malgré ses opinions actuelles, M. Thiers ne semblait pas admettre que toute dictature ne fût fatalement entraînée à des excès qui la perdent; qu'il paraissait croire qu'une autorité forte, lorsqu'elle est indispensable, n'est pas nécessairement malfaisante, et qu'il admettait même qu'un despotisme qui vient à propos peut être sage.

[300] Ce livre est l'œuvre la plus complète et la plus sérieuse que Sainte-Beuve ait jamais faite. Elle occupa vingt-deux ans de sa vie, et l'histoire de ce couvent si attaqué, si défendu, devint, sous sa plume, une histoire littéraire du siècle de Louis XIV.