[301] Le général Ortega, capitaine général des îles Baléares, chef apparent d'une nouvelle tentative d'insurrection carliste, qui venait d'avorter en Espagne, fut fusillé le 18 avril 1860. Le comte de Montemolin et son frère, arrêtés en même temps, recouvrèrent promptement leur liberté en renonçant à leurs droits au trône par une lettre écrite en langue espagnole, adressée à la Reine Isabelle II, datée de Tortosa le 12 avril 1860.
[302] L'Empereur Napoléon III était très irrité contre l'Angleterre, qui protestait avec vigueur contre l'annexion de Nice et de la Savoie à la France. Lord Cowley avait eu, à ce sujet, des entretiens peu amicaux avec M. Walewski, ensuite avec M. Thouvenel, et échangeait sur ce point une correspondance confidentielle avec lord John Russel, ministre des Affaires étrangères. Dans un discours très violent contre l'Empereur Napoléon, prononcé par le chef du Foreign-Office à la Chambre des Communes le 25 mars, le noble Lord avait déclaré que l'Angleterre ne pouvait sacrifier pour la France l'alliance du reste de l'Europe. Tous ces symptômes de mécontentement entretenaient l'opinion publique dans la croyance d'une guerre prochaine avec l'Angleterre.
[303] L'Impératrice Eugénie.
[304] M. Mon était alors Ambassadeur d'Espagne à Paris.
[305] Le duc de Montpensier s'était définitivement fixé à Séville et y intriguait sourdement, malgré tous les honneurs dont l'avait comblé sa belle-sœur, la Reine Isabelle. Le comte d'Eu, fils du duc de Nemours, enseigne dans le régiment des chasseurs à cheval espagnols (Albuféra), faisait avec éclat ses premières armes au Maroc, à cette époque-là en guerre avec l'Espagne.
[306] Garibaldi quitta Gênes dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, sur un bateau de plaisance qui lui appartenait, et rallia le bateau expéditionnaire qui, ayant prit une patente pour Malte, était sorti du port deux jours avant et se tenait au large. Après avoir abordé ce navire, Garibaldi fit route sur la Sicile, au lieu de se diriger sur Malte, suivi de plusieurs autres bâtiments chargés d'hommes et de munitions, qui le rejoignirent dans cette direction. Ils débarquèrent le 11 mai à Marsala et entrèrent dans Palerme le 27, après avoir bombardé cette ville pendant quelques heures. C'est ce qu'on a appelé l'expédition des Mille.
[307] Dans les premiers jours de juin 1860, le Ministre de France à Berlin, le prince de la Tour d'Auvergne, fit savoir au baron de Schleinitz, ministre des Affaires étrangères en Prusse, que l'Empereur Napoléon, ayant appris que le Prince-Régent allait se rendre à Bade, désirait aussi s'y rendre, car il considérait une entrevue avec ce Prince comme le meilleur moyen de rassurer l'Allemagne sur la stabilité de la paix. Soupçonnant que cette demande cachait un secret désir d'obtenir un agrandissement du côté du Rhin et l'espoir de disloquer la Ligue germanique, le Prince-Régent accepta la proposition de l'Empereur, qui vint à Bade du 15 au 17 juin; mais, auparavant, il faisait adresser une communication confidentielle à toutes les Cours allemandes, les invitant à venir à Bade assister à cette visite. Tous les Princes s'y trouvèrent, jusqu'au Roi de Hanovre, aveugle, au grand désappointement de Napoléon III, qui avait compté sur un tête-à-tête avec le Prince de Prusse.
[308] L'Empereur et l'Impératrice s'étaient rendus à Lyon pour y rencontrer l'Impératrice mère de Russie.
[309] Le rôle que Mazzini remplit alors en Italie fut assez secondaire. Il essaya, sans succès, par diverses tentatives, de faire tourner au profit de la démocratie républicaine l'élan irrésistible qui poussait le pays tout entier à reconnaître son unité; il venait de publier, dans ce but, son manifeste intitulé: Ni apostat, ni rebelle, où il proclamait qu'entre le programme de Cavour et celui de Garibaldi, il choisissait le second, et que, sans Rome ni Venise, il n'y avait point d'Italie.
[310] Ce livre est un ouvrage de circonstance trop détaillé, mais formant un exposé complet au point de vue de l'exercice de la puissance spirituelle, de l'origine, de la durée et de la nécessité du pouvoir temporel.
[311] Le prince Jérôme-Napoléon Bonaparte, le plus jeune et le dernier survivant des frères de Napoléon Ier, qui avait été Roi de Westphalie, était mort à Paris, dans sa soixante-seizième année. Ses funérailles eurent lieu en grande pompe, le 3 juillet 1860, aux Invalides. L'Empereur Napoléon III s'y fit représenter par le duc de Malakoff.
[312] M. Prévost-Paradol, qui, en 1860, figurait parmi les collaborateurs du Journal des Débats, avait publié une brochure intitulée: Les anciens partis. Cette publication lui valut d'être traduit en police correctionnelle, comme ayant voulu exciter à la haine et au mépris du Gouvernement. M. Prévost-Paradol fut condamné à un mois de prison et à mille francs d'amende. Cette condamnation eut un tel retentissement qu'elle rendit M. Prévost-Paradol presque populaire.
[313] Il s'agit ici du fils issu du mariage légal et légitime que Jérôme avait contracté à Baltimore, en 1803, avec Élisa Paterson. Ce mariage, non reconnu par Napoléon, fut arbitrairement cassé en 1805; mais Élisa Paterson défendit ses droits toute sa vie, et ceux de son fils, avec une énergie singulière. Son fils se fixa à Baltimore et épousa dans cette ville, en 1829, Mlle Suzanne Gay dont il eut un fils qui vint s'établir à Paris où, grâce à la princesse Mathilde dont il avait su conquérir l'amitié, il entra dans le régiment des Guides, dont il fut un brillant officier. Pendant le siège de Paris, il se distingua et conquit les galons de colonel. Après la guerre de 1870, il se fixa à Boston et mourut en 1893.
[314] Vers le 1er juillet 1860, un document accompagné d'une lettre fut adressé par le comte de Montemolin à la Reine Isabelle II. Ces deux écrits expliquaient la renonciation passée et une rétractation présente: «Considérant, disait Don Carlos, que l'acte de Tortosa du 23 avril est le résultat de circonstances exceptionnelles; écrit dans une prison et au moment où toute communication nous était interdite, il ne remplit aucune des conditions qu'exigeait sa validité; que, par conséquent, il est nul et illégal et ne saurait être ratifié. Attendu l'avis de jurisconsultes compétents, nous le déclarons nul et non avenu et le rétractons.»
[315] Le 23 août 1860, l'Empereur Napoléon et l'Impératrice Eugénie entreprirent un voyage qui dura plus d'un mois, leur fit visiter Lyon d'abord, puis les nouvelles provinces annexées de la Savoie et de Nice. A leur passage par Chambéry, ils furent salués, au nom du Roi Victor-Emmanuel, par le ministre de l'Intérieur Farini et le général Cialdini, porteur d'une lettre autographe du Roi de Sardaigne à l'Empereur. Revenant ensuite à travers le Dauphiné, la Provence et Nice, ils s'embarquèrent pour la Corse; de là, ils allèrent en Algérie et ne revinrent que le 24 septembre à Saint-Cloud.
[316] Au banquet donné à Saint-Pétersbourg par l'Empereur Alexandre II pour le jour de la naissance de l'Empereur François-Joseph, le Czar avait dit dans son toast: «A mon cher frère l'Empereur d'Autriche.» Ces paroles furent commentées par les journaux allemands qui les rapprochèrent des conférences prolongées que M. de Rechberg avait alors à Vienne avec l'Ambassadeur de Russie, M. de Bolovine, depuis son retour de Teplitz; il s'établit ainsi la croyance d'une prochaine rencontre du Prince-Régent, de l'Empereur d'Autriche et de l'Empereur de Russie. Les trois souverains du Nord se rencontrèrent, en effet, le 23 octobre à Varsovie et tombèrent d'accord pour repousser toute proposition d'un Congrès sur la question italienne.
[317] A l'ouverture du Conseil général du département de la Loire dont M. de Persigny était président, celui-ci prononça un discours où l'intention de tranquilliser l'opinion publique était visible. M. de Persigny tendait à prouver que, malgré les guerres d'Italie et de Crimée, la parole de l'Empereur à Bordeaux: «L'Empire, c'est la paix!» était restée inattaquable, que le nouvel Empire n'acceptait la succession du premier Empire que sous bénéfice d'inventaire; qu'il répudiait l'héritage des luttes et des vengeances pour entrer dans des rapports de paix et de concorde avec toutes les Puissances et que son programme était fidèlement suivi.
[318] Frère de la Reine Louise de Prusse.
[319] Le Journal des Débats du 7 septembre 1860 disait: «On lit dans l'Opinion de Turin du 4 septembre: «Notre Parlement ne peut pas dévier d'une politique qui a produit de bons fruits, pour courir des aventures qui susciteraient contre lui toute l'Europe. Si jamais une autre politique devait prévaloir, si la force des événements contraignait le Gouvernement du Roi à prendre une autre attitude, le Ministère actuel n'y pourrait pas souscrire et accepter la responsabilité d'une situation qu'il ne pourrait pas dominer. Nous croyons que le parti libéral, qui a soutenu et soutient encore le Cabinet, est de cet avis et qu'en Italie on est assez sage pour éviter de nouvelles complications. En tout cas, le Ministère ne voudrait pas être responsable d'événements qui amèneraient une guerre entre la France et l'Autriche. Nous ignorons qui aurait le courage de s'exposer à une telle responsabilité. Assurément, il n'aurait pas à compter sur l'appui du Parlement qui, s'il est prêt à tout sacrifier pour la défense de la patrie, ne le fera qu'à la condition que le Gouvernement ne se laissera pas enlever la direction de la chose publique, et qu'au contraire, il dirigera le mouvement tendant à l'indépendance italienne.»
[320] La convention de Villafranca rencontrait tous les jours des obstacles plus sérieux; l'annexion de Nice et de la Savoie ajouta encore aux difficultés, quand il se fut agi de la réaliser, et elle jeta en Italie une nouvelle cause de haine contre la France qui, dès lors, la vit s'échapper définitivement de son influence. Le Gouvernement sarde était embarrassé entre les excitations du patriotisme et les remontrances de l'Empereur Napoléon; mais M. de Cavour se tenait prêt à jouer cette terrible partie, qui devait le mener à recevoir d'un seul coup le complément inespéré de son œuvre. Craignant les emportements de Garibaldi, il le suit vigilant, le couvrant seulement, en parvenant à paralyser la diplomatie qui regarde faire. Garibaldi, le cœur ulcéré par le ressentiment de la cession de Nice, fut facilement gagné à l'insurrection de Sicile qui, depuis quelque temps, tenait l'Italie en éveil. Il était parti à la dérobée par un soir de mai du golfe de Gênes avec mille à onze cents volontaires et ses deux navires: le Piemonte et le Lombarda. A travers les croisières napolitaines, il débarquait le 11 mai à Marsala et, après un sanglant combat à Calatafini, avec les troupes royales, entrait dans Palerme et disposait de la Sicile. Devenu ainsi en peu de jours dictateur victorieux, il passe au mois d'août le détroit de Messine, alla à Naples le 7 septembre, réduisant le Gouvernement napolitain à des conditions de libéralisme trop tardives. Cavour, qui voulait constituer l'Italie sans se laisser dominer par la révolution, accepter l'unité dans ce qu'elle avait de réalisable et marcher sur cette révolution pour l'arrêter et l'empêcher de compromettre la cause nationale, sentit que le moment critique était arrivé et il se décida à l'intervention. Considérer la révolution de Naples comme un fait accompli avant même que François II eût livré sa dernière bataille, pénétrer dans les Marches jusqu'à la frontière napolitaine pour empêcher Garibaldi de se jeter sur Rome, tel est l'acte auquel il se résolut. A Rome, toutes les fantaisies belliqueuses s'agitaient pour reconquérir les Romagnes; on y avait décidé la formation d'une armée pontificale dans la prévision du départ de la garnison française, qui semblait prochain: et le général Lamoricière en avait pris le commandement, par un ordre du jour, où il annonçait qu'il était venu pour combattre la révolution, ce nouvel «islamisme». Le Gouvernement sarde, voyant une menace pour la sécurité de l'Italie dans cette agglomération d'étrangers armés à Rome, dans le but avoué de reconquérir les provinces pontificales détachées des États de l'Église, Cavour saisit ce prétexte en envoyant, le 7 septembre 1860, au cardinal Antonelli la sommation de désarmer; puis, voulant devancer Garibaldi qui arrivait à Naples, deux corps d'armée sardes, sous les ordres des généraux Fanti et Cialdini, s'avancèrent alors par le territoire pontifical et en dix-huit jours occupèrent les places de Pesaro, Urbino, Perugio, Spoleto, rencontrèrent Lamoricière à Castelfidardo, où sa petite armée fut anéantie, et s'emparèrent d'Ancône que Lamoricière avait gagné rapidement avec quelques fidèles, après sa défaite. Pris par terre et par mer, Lamoricière serait contraint de capituler. La question des Marches ainsi tranchée, l'armée piémontaise, dont Victor-Emmanuel prit alors le commandement, gagna la frontière napolitaine où François II avait arrêté Garibaldi sur le Vulturne. Mais Cialdini battit l'armée napolitaine à Issernia et Sesso; François II, après avoir vainement réclamé la protection des escadres française et anglaise, quittait Naples pour se réfugier à Gaëte; Capoue se rendait le 2 novembre et le Roi Victor-Emmanuel faisait son entrée à Naples le 7 du même mois.
[321] Cette proclamation du Roi, datée de Turin du 11 septembre, était une réponse indirecte à l'ordre du jour de Lamoricière; la voici:
»Soldats! Vous entrez dans les marches de l'Ombrie pour restaurer l'ordre civil dans les villes désolées, pour donner aux peuples la liberté d'exprimer leurs propres vœux. Vous n'avez pas à combattre des armées puissantes, mais seulement à délivrer de malheureuses provinces italiennes de la présence de compagnies d'aventuriers étrangers. Vous n'allez pas venger des injures faites à moi ou à l'Italie, mais bien empêcher que les haines populaires se déchaînent contre les oppresseurs. Vous enseignerez, par votre exemple, le pardon des offenses et la tolérance chrétienne à ceux qui comparent l'amour de la nation italienne à l'islamisme. En paix avec toutes les grandes puissances, éloigné de toute provocation, j'entends faire disparaître du centre de l'Italie une cause continuelle de troubles et de discordes, je veux respecter le siège du Chef de l'Église, à qui je suis toujours prêt à donner, d'accord avec les Puissances alliées et amies toutes garanties d'indépendance et de sécurité, que ses aveugles conseillers ont espéré en vain du fanatisme de la secte méchante qui conspire contre mon autorité et contre la liberté de la nation. Soldats, on m'accuse d'ambition; oui, j'ai celle de restaurer les principes d'ordre moral en Italie et de préserver l'Europe des dangers continuels de révolution et de guerre.» (Copié textuellement dans le Journal des Débats du 13 septembre 1860.)
[322] La Russie et la Prusse rappelèrent leurs Ministres de Turin; mais Cavour eut l'habileté de ne pas prendre trop au sérieux cette rupture, surtout avec la Prusse, qu'il ne cessait de flatter dans ses ambitions secrètes, et dès le mois de janvier, au moment où le Prince-Régent devait ceindre la couronne, il envoyait le général la Marmora avec une mission particulière à Berlin. La France rappela de Turin M. de Talleyrand, sans donner au fond à ce rappel la forme d'une véritable rupture diplomatique.
[323] Allusion à la bataille de Castelfidardo qui avait été livrée le 18 septembre 1860. Par une marche forcée, Cialdini était parvenu à devancer Lamoricière qui réunissait ses troupes à Foligno, et en occupant les hauteurs d'Orsino et de Castelfidardo, il ferma le chemin d'Ancône aux troupes pontificales. Lamoricière voulut s'ouvrir un passage, attaqua les positions de l'armée piémontaise, qui le repoussa impétueusement et mit en déroute la petite armée du Pape.
[324] Dans cette ville, mal choisie pour y conférer sur l'indépendance des nations, les souverains du Nord eurent une nouvelle entrevue en octobre 1860. On croyait généralement que les délibérations qui s'y tiendraient feraient entrer les affaires d'Italie dans une nouvelle phase; mais l'Autriche ne put obtenir de la Russie ni de la Prusse l'appui et les encouragements sur lesquels elle avait compté pour lui assurer la possession de la Vénétie.
[325] L'Autriche, inquiète et troublée de voir que l'Italie avait su se constituer en nation, en se dégageant de l'absolutisme monarchique sans tomber dans le despotisme révolutionnaire, multipliait les efforts pour obtenir une garantie en cas d'attaque de la Vénétie. Vers la fin de septembre 1860, elle fit demander à Paris par le prince de Metternich et M. de Hübner si, devant la formation du royaume d'Italie, la France et le Piémont ne pourraient pas garantir à l'Autriche la possession de la Vénétie, vu que la situation n'était plus la même qu'au traité de Zurich et qu'un nouveau traité, ratifié par le Parlement piémontais, lui paraissait nécessaire. L'Empereur Napoléon se borna à inviter l'Autriche à faire cette proposition au Piémont, sans dissimuler à ses deux envoyés que l'acceptation d'une pareille proposition lui paraissait bien difficile. Cette réponse avait fait croire à l'existence d'un nouveau traité avec le Piémont au sujet de la Vénétie, qui était sans fondement.
[326] Le comte Albert Pourtalès était alors Ministre de Prusse à Paris.
[327] François II, trahi par les soldats de sa propre garde, ne recevant de secours de nulle part, quittait Naples le 6 septembre à l'approche de Garibaldi. Il prit d'abord position, avec ce qui lui restait de troupes, près de Capoue, où il livra le 1er octobre un combat, sur le Vulturne, qui resta indécis. Il essaya de prolonger la lutte en se réfugiant dans la forteresse de Gaëte; là, suivi par la Reine et le Corps diplomatique, ce jeune Souverain s'illustra d'un dernier effort de virilité. Garibaldi en commença le siège au mois de novembre 1860, mais empêché par l'escadre française, du côté de la mer, dans ses opérations militaires, ce siège marcha lentement et le drapeau bourbonien resta planté sur le rocher de Gaëte jusqu'au 13 février 1861. Après une courageuse défense. François II signa une capitulation et arriva à Rome avec la Reine le 15 février sur un bâtiment français. Le 25 septembre 1860, le Roi de Naples avait adressé un mémorandum à la diplomatie étrangère pour protester contre l'invasion de ses États et l'inaction des puissances européennes.
[328] L'Impératrice mère de Russie était morte le 1er novembre à Saint-Pétersbourg.
[329] L'Empereur d'Autriche venait de donner une nouvelle constitution à ses peuples; mais les Hongrois, qui croyaient au rétablissement pur et simple de leur ancienne constitution, se montrèrent fort mécontents et traduisirent ce mécontentement par des tumultes que la force armée dut réprimer.
[330] Après la chute des Bourbons de Naples, Murat écrivit, d'abord dans une lettre, qu'il déclinait toute initiative dans la revendication du trône autrefois occupé par son père; mais en mars 1861, après la chute de Gaëte, il revenait sur cette première résolution et lançait, dans une sorte de manifeste, ses prétentions au trône: prétentions que le Gouvernement français déclara ne vouloir encourager en rien, dans une note officielle.
[331] Le Moniteur venait d'annoncer que, par un décret donné le 24 novembre 1860, l'Empereur, voulant accorder aux grands Corps de l'État une participation plus directe à la politique générale, avait ordonné que le Sénat et le Corps législatif voteraient dorénavant tous les ans à l'ouverture de la session une Adresse, en réponse à son discours du trône.
[332] Mme Victor Tiby.
[333] M. Fould quitta le Ministère à cause du décret du 24 novembre.
[334] Le Roi Frédéric-Guillaume IV mourut à Sans-Souci dans la nuit du 1er au 2 janvier 1861.
[335] Le prince Joachim Murat, accompagné de deux officiers d'ordonnance, fut envoyé à Berlin vers le 10 janvier pour complimenter le Roi Guillaume Ier sur son avènement au trône, au nom de Napoléon III.
[336] Le Roi était enfermé dans Gaëte qui n'avait pas encore capitulé.
[337] M. Cuvillier-Fleury, qui avait épousé en 1840 Mlle Thouvenel, sœur du futur ministre des Affaires étrangères de l'Empire.
[338] Le Gouvernement français venait de faire distribuer au Sénat et au Corps législatif un volume de deux cent soixante pages, grand in-quarto, contenant des documents diplomatiques rangés sous les sept titres suivants: 1o Annexion de l'Italie centrale; 2o Question de Nice et de la Savoie; 3o Affaires de Rome; 4o Affaires de l'Italie méridionale; 5o Entrevue de Varsovie; 6o Affaire de Syrie; 7o Expédition de Chine.
[339] Marquise de Castellane.
[340] En réponse à un discours de M. de La Rochejaquelein, le prince Napoléon prit la parole au Sénat le 1er mars 1861, pour faire une charge à fond contre le pouvoir temporel du Pape et attaquer, dans le langage le plus véhément, le parti légitimiste et clérical français, ainsi que les mandements des évêques qui en avaient pris la défense. L'Empereur Napoléon ne blâma pas trop ce discours; il ne se montra qu'irrité de la violence des paroles.
[341] Le cardinal Morlot, archevêque de Paris, était encore: sénateur, grand-aumônier et membre du Conseil privé. Il ne voulut pas se démettre des charges indépendantes de son administration diocésaine, «craignant, disait-il, qu'en faisant un acte d'opposition au Gouvernement, l'Empereur n'en fût que plus fortifié dans sa pensée.»
[342] De l'anglais: mieux disposé.
[343] La date du 25 février donna le signal d'une insurrection qui marqua douloureusement dans les annales de la Pologne. Une manifestation pacifique de la population de Varsovie avait été arrêtée dans les esprits pour l'anniversaire de la bataille de Grochow livrée en 1831. On devait prier pour les morts. Le mauvais état du pont de la Vistule ne permettant pas de se rendre au champ de bataille, c'est sur la place du Vieux-Marché que les citoyens se réunirent. Le 25, à cinq heures du soir, une procession de trente mille personnes se mit en branle, entonnant l'hymne national de la Pologne, Dieu saint, Dieu immortel. Le colonel Trépow, effrayé de l'importance de cette démonstration, fit charger au sabre cette foule. Les morts et les blessés furent nombreux, et les événements se précipitant ainsi, amenèrent un véritable état de guerre, avec lequel la Russie dut lutter plus de deux ans, et qui finit par attirer des malheurs irréparables sur le pays. Le nom de nationalité n'avait pu retentir depuis un an en Europe, sans que la Pologne s'étonnât d'être oubliée et ne fût tentée de rappeler au monde que, parmi les nations dont on faisait tant de bruit, elle était la seule dont on ne parlât point, quoiqu'elle fût une des plus malheureuses.
[344] Il était alors question de fixer le couronnement du Roi de Prusse au mois de juin. Il n'eut lieu qu'au mois d'octobre.
[345] M. de Manteuffel, chef du Cabinet militaire du Roi, s'était battu en duel, le 30 mai, à Potsdam, avec M. Twesten, auteur d'une brochure intitulée Comment nous tirer d'affaire? qui contenait des attaques assez vives contre le Cabinet militaire. M. Twesten eut le bras droit brisé par une balle, et un jugement ayant condamné le général de Manteuffel à trois mois de prison dans une forteresse, il se rendit à Magdebourg pour se constituer prisonnier.
[346] C'est-à-dire l'hommage de toute la nation (couronnement).
[347] Depuis cet accident, la duchesse de Talleyrand ne retrouva plus la santé. A partir de cette époque, elle fut atteinte par cette maladie douloureuse, qu'elle supporta avec une patience exemplaire, pendant quatorze mois, et qui la conduisit graduellement au tombeau.
[348] Le Moniteur du 26 juin 1861 annonçait ainsi la reconnaissance du Royaume d'Italie: «L'Empereur a reconnu le Roi Victor-Emmanuel comme Roi d'Italie. En notifiant cette détermination au Cabinet de Turin, le Gouvernement de Sa Majesté a déclaré qu'il déclinait d'avance toute solidarité dans les entreprises de nature à troubler la paix de l'Europe, et que les troupes françaises continueraient d'occuper Rome, tant que les intérêts qui les y ont amenées ne seront pas couverts par des garanties suffisantes.»
[349] Le Sultan Abdul-Medjid venait de mourir à l'âge de trente-huit ans. Sous son règne, des luttes sanglantes ayant éclaté en 1860, entre les Druses et les Maronites dans le Liban, la France, qui s'attribuait le protectorat sur les chrétiens de ces contrées, intervint dans la querelle. Le général d'Hautpoul-Beaufort débarqua avec des troupes à Beyrouth; il s'ensuivit une occupation du pays par les Français, qui ne finit qu'à la suite des réclamations de la Turquie, appuyées par l'Angleterre. Une nouvelle organisation du Liban fut décidée dans une Conférence des Puissances européennes, où il fut déterminé que le Liban dépendrait directement de la Porte, tout en ayant un chef chrétien pris dans celle des Églises chrétiennes qui comptait le plus d'adhérents.
[350] Le Roi de Prusse devant rendre à l'Empereur Napoléon la visite que celui-ci lui avait faite à Bade, il avait d'abord été question du camp de Châlons comme lieu de rendez-vous; mais la rencontre n'eut lieu que plus tard, le 7 octobre, à Compiègne.
[351] Le 14 juillet, le Roi de Prusse faillit être victime à Bade d'un attentat. Un jeune homme de vingt et un ans, nommé Becker, étudiant à Leipzig, s'était approché de Guillaume 1er à la promenade, et lui lâcha un coup de pistolet à bout portant. La balle dévia et ne fit qu'effleurer l'épaule du Roi. Arrêté immédiatement, l'auteur de cet attentat déclara que son but avait été de délivrer l'Allemagne d'un Prince qui ne la poussait pas, avec une énergie assez active, dans les voies de l'unité. Becker fut condamné à vingt ans de réclusion, et, pour sa vie, sous la surveillance de la police.
[352] M. de la Guéronière ayant fait paraître une brochure intitulée: Rome, la France et l'Italie, Mgr Pie, évêque de Poitiers, la réfuta par un mandement où il comparait le chef de l'État à Pilate, «qui pouvait tout empêcher et qui laisse tout faire.» M. de Persigny, ministre de l'Intérieur, croyant voir une offense à la personne de l'Empereur Napoléon et une contravention aux lois de l'Empire, déféra Mgr Pie au Conseil d'État et le mandement fut annulé.
[353] La guerre d'Amérique, appelée aussi guerre de la Sécession, dura de 1861 à 1865. La question de l'esclavage avait divisé la république en deux camps; le Sud travaillant depuis longtemps à le propager dans l'Union, au risque de briser avec le Nord. En 1860, une élection présidentielle, dans laquelle le candidat abolitionniste Lincoln l'emporta sur le candidat esclavagiste Breckinridge, fut le prétexte dont le Sud s'empara pour rompre avec l'Union. Les hostilités commencèrent et, pendant quatre ans, les deux armées se battirent héroïquement avec des alternatives de revers et de succès; la lutte finit par la prise de Richmond en Virginie, où le général Lee, qui commandait les forces du Sud, fut contraint de capituler devant le général Grant, chef des troupes du Nord. La question de l'esclavage fut ainsi terminée.
[354] La Huldigung veut dire l'hommage; la Krœnung, le couronnement, le Turner-Verein, une société de gymnastique; le Sænger-Verein, une société orphéonique; le Schützen-Verein, la société des tireurs; le National-Verein, la société des patriotes. Toutes ces sociétés cachaient, sous le prétexte de se réunir pour s'amuser, le but de s'occuper de ce qui se passait dans l'État, et les meneurs en profitaient pour échauffer les têtes selon leurs idées politiques plus ou moins avancées.
[355] La question de préséance entre les diverses ambassades extraordinaires venues à Kœnigsberg et à Berlin pour le couronnement du Roi de Prusse fut réglée par la date de l'arrivée de chacune d'elles. Suivant cette règle, les Ambassadeurs prirent rang dans l'ordre suivant: pour l'Espagne, le duc d'Ossuna; pour l'Italie, le général della Rocca; pour l'Angleterre, lord Clarendon; pour la France, le duc de Magenta. L'Autriche, la Russie, la Belgique se firent représenter par des membres de familles royales et impériales. Le duc de Magenta se fit remarquer par la richesse de ses équipages et par une fort belle fête, qu'il donna dans la maison de l'ambassade de France à Berlin.
[356] L'Archevêque de Cologne était Mgr Jean Geissel.
[357] L'église de Saint-Michel est l'église catholique de la garnison de Berlin.
[358] En revenant de Breslau, où les Majestés Prussiennes allèrent, après les fêtes de Berlin, recevoir l'hommage de la province de Silésie, le Roi et la Reine s'arrêtèrent pendant un jour à Sagan, afin d'y voir pour la dernière fois la duchesse de Talleyrand et de Sagan déjà fort malade.
[359] Le couronnement du Roi de Prusse avait eu lieu le 18 octobre 1861 à Kœnigsberg. Avant comme après son couronnement, le Roi, en répondant aux différents discours qui lui furent adressés à cette occasion, avait mis une certaine affectation (même marquée) à dire qu'il ne tenait sa couronne que de Dieu, que la royauté était une grâce de Dieu, et que, dans cette grâce, résidait la sainteté de la couronne qui était inviolable. Ce langage indigna le parti libéral européen. Il trouva que le Roi semblait ainsi établir une lutte entre la royauté de droit divin et celle fondée par la souveraineté du peuple, comme sur une élection primitive, et ce parti trouva dans les paroles royales une pâture à de vaines querelles. Elles provoquèrent ensuite des discussions fort longues qui s'élevèrent de toutes parts.
[360] Le Gouvernement avait demandé une dotation annuelle de cinquante mille francs pour le général Cousin-Montauban, comte de Palikao, qui avait commandé les troupes françaises en Chine. La Commission chargée de cette demande avait conclu au rejet, le 28 février 1862; mais le Corps législatif ne se prononça pas le même jour et remit la discussion à plus tard. Craignant un refus de la Chambre, l'Empereur écrivit, le 4 mars, au président du Corps législatif qu'il y avait eu malentendu et qu'il présentait un nouveau projet, soumettant à la Chambre l'appréciation d'un principe général qui permettrait d'assurer, dans de justes limites, à toutes les actions d'éclat, depuis le maréchal jusqu'au soldat, des récompenses dignes de la grandeur du pays.
[361] La Chambre prussienne fut dissoute le 10 mars. Le Ministère, ayant été battu dans la discussion du budget, avait d'abord donné en bloc sa démission. Elle ne fut pas acceptée de suite par le Roi; mais peu à peu les Ministres furent relevés l'un après l'autre.
[362] A l'aide de subsides et de quêtes, l'Archevêque de Tours, avec l'autorisation gouvernementale, avait entrepris de relever l'antique basilique de Saint-Martin, presque entièrement disparue sous les profanations des guerres de religion du seizième siècle et les destructions causées par la grande Révolution.
[363] De l'allemand: très désagréable.
[364] M. de Bernstorff, ministre de Prusse à Londres, avait été appelé par le Roi pour remplacer M. de Schleinitz comme ministre des Affaires étrangères; M. von der Heydt avait pris le portefeuille des Finances, en gardant provisoirement celui du Commerce; le comte d'Itzenplitz, celui de l'Agriculture; M. von Mühler, les Cultes; le comte Lippe, la Justice; M. de Jagow, l'Intérieur.
[365] Dans la discussion de l'Adresse, accordée au Corps législatif depuis le décret du 24 novembre 1860, on attaquait alors le traité de commerce avec l'Angleterre, et le député de la Seine-Inférieure, M. Pouyer-Quertier, qui était protectionniste, le combattait avec beaucoup de violence.
[366] Marie de Castellane était alors à Marmoutiers au couvent du Sacré-Cœur.
[367] La marquise de Castellane.
[368] Antoine de Castellane, alors âgé de 5 ans.
[369] Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans.
[370] Rochecotte.
[371] Fils aîné de la princesse Radziwill, alors âgé du 2 ans.
[372] Alexandre, duc de Dino et sa fille Élisabeth, plus tard comtesse Oppersdorff.
[373] Duc de Valençay.
[374] Correspondant de la Chronique.
[375] Prince de Sagan.
[376] Princesse de Sagan, née Seillière.
[377] Second fils du duc de Valençay.
[378] Le Pape avait invité tous les évêques du monde catholique à se rendre à Rome, le jour de la Pentecôte (8 juin 1862), pour assister à la fête de la solennelle canonisation de vingt-cinq martyrs qui, en 1594, avaient versé leur sang pour la foi à Nagasaki, au Japon, et avaient déjà été béatifiés en 1627. Plus de trois cents évêques se rendirent à l'appel de Pie IX.
[379] Au mois d'août 1861, M. de Lavalette, qui était Ambassadeur à Constantinople au moment des massacres du Liban, fut envoyé à Rome pour y remplacer M. de Gramont, comme Ambassadeur auprès du Pape.