[6] Tous les biographes de Mlle de Scudéry la font naître en 1607. Les bulletins de Clément, à la Bibliothèque nationale, ajoutent la date du 15 novembre. D'un autre côté, le registre des baptêmes de la paroisse de Notre-Dame, au Havre, constatent que Georges fut baptisé le 22 août 1601, et Madeleine le 1er décembre 1608. Nous devons ces deux dernières indications, ainsi que celle qui concerne l'acte de mariage du père, à l'obligeance de M. G. Toussaint, avocat au Havre.
[7] Un document cité par M. Livet, Précieux et Précieuses, 2e édition, p. 209, nous le montre emprisonné pour dettes, à la date du 23 octobre 1610.
[8] D'après la même autorité, le père serait mort en 1613, et la mère six mois après.
[9] Tout cela est un peu arrangé dans le Cyrus: «Sapho n'avoit que six ans lorsque ses parents moururent. Il est vrai qu'ils la laissèrent sous la conduite d'une parente qui avoit toutes les qualités nécessaires pour bien conduire une jeune personne.» T. X, l. II.
[10] Conrart.—Eloge de Mlle de Scudéry, par Bosquillon.
[11] Conrart, Mémoires, p. 613.
[12] Tallemant des Réaux, Historiettes; Scudéry et sa sœur, t. VII, p. 49 et suiv., édition de MM. de Monmerqué et Paulin Paris. L'Historiette de Mme de Villars, ibid., t. I, p. 218, nous fournit un nouvel exemple des renseignements que Mlle de Scudéry avait fournis à Tallemant sur les hommes et les choses de sa jeunesse.
[13] La maison des Scudéry, sise rue des Pénitents-Bleus, à Apt, était d'apparence modeste et occupée en 1840 par un menuisier. Voy. le Mercure aptésien du 24 mai 1840.
[14] Lettre de Mlle de Scudéry à Mme de Chandiot, du 20 avril 1695.
[15] Histoire du Théâtre français, par les frères Parfaict, t. IV, p. 430.
[16] Le Dégoust du monde, dans les Poésies diverses, dédiées au cardinal de Richelieu, Paris, 1649, in-4o, p. 96. Les auteurs du Voyage de Chapelle et Bachaumont ont fait, non sans quelque intention ironique, allusion à ces vers, quand ils ont dit, en parlant du gouvernement de Notre-Dame-de-la-Garde,
qu'on ne le donnait qu'à des gens Qu'on eût vu longtemps commander,
Et dont le poil poudreux a blanchi sous les armes.
[17] Historiettes de Tallemant.—Le Cabinet de M. de Scudéry, 1646, in-4o.—Préface de la traduction des Harangues académiques, de Menzini, 1640, in-8o.—Dans l'Épitre dédicatoire de la Clélie à Mlle de Longueville, Scudéry s'exprime ainsi: «Plusieurs gentilshommes de mes parents ont eu l'honneur d'être à Mgr votre père: deux de mes parentes ont eu celui d'être vos dames d'honneur, et j'ai eu moi-même la gloire d'être assez longtemps attaché à la suite du grand Prince à qui vous devez la vie, quoique je ne fusse pas son domestique. Enfin, j'ai reçu sept ans tout entiers les commandements de Mgr le Prince de Carignan, votre oncle, dans les armées du grand Charles-Emmanuel, son père, de qui j'avois l'honneur d'être aimé.»
[18] Il s'attira cette réponse de la part de celui-ci: «Il n'est pas question de savoir de combien vous êtes plus noble ou plus vaillant que moi, pour juger de combien le Cid est meilleur que l'Amant libéral... Je ne suis point homme d'éclaircissement; ainsi vous êtes en sûreté de ce côté-là.» Lettre Apologétique, etc.
[19] «Je me pique d'aimer jusques en la prison et dans la sépulture. J'en ai rendu des témoignages publics durant la plus chaude persécution de ce grand et divin Théophile, et j'y ai fait voir que parmi l'infidélité du siècle où nous sommes, il se trouve encore des amitiés assez généreuses pour mépriser tout ce que les autres craignent.»
Préface des Œuvres de Théophile, 1630.
[20] Chevræana, 1697, in-8o, p. 23.
[21] Historiettes de Tallemant. La même pensée se trouve exprimée dans un sonnet à sa sœur, compris dans ses Poésies diverses, 1649.
Vous que toute la France estime avec raison,
Unique et chère sœur que j'honore et que j'aime;
Vous de qui le bon sens est un contre-poison,
Qui me sauve souvent dans un péril extrême.
Le malheur qui m'accable est sans comparaison;
Mais ce qui me soutient le paroît tout de même:
Et parmi les débris de toute ma Maison
Je vois toujours debout votre vertu suprême.
[22] Tallemant dit à ce propos, avec sa crudité ordinaire: «Le frère donna bien de l'exercice à sa sœur en ce temps là, car il vouloit épouser une g...., et elle qui n'espéroit plus qu'en des bénéfices, se voyoit bien loin de son compte.»
[23] Elles sont du 29 juin 1642, et leur entérinement dans les registres de la Cour des Comptes de Provence à Aix, du 22 juin 1643. Elles ont été trouvées, d'après nos indications, par M. Blancard, archiviste à Marseille. Nous les donnons en appendice.
[24] Un des successeurs de Scudéry, vers 1685, ne recevait que 1944 livres (2500 francs environ). Dans un document de 1772, on voit que le gouverneur recevait de plus 100 livres pour lui tenir lieu de la franchise du vin. Régis de la Colombière, Notice sur Notre-Dame-de-la-Garde. Marseille, 1835, in-8o, p. 10. - Méry et Guindon, Histoire de la Commune de Marseille, 1848, in-8o, t. VI, Preuves, no 443.
[25] Poésies diverses, p. 275.
[26] Chansons de Coulanges, 1698, t. I, p. 89.
[27] Correspondance inédite de Chapelain, provenant de Sainte-Beuve. Bibl. nat. Fr. Nouv. acq., 1885-1889, 5 vol. in-4o. Nous en ferons plus d'une fois usage. Voy. aussi dans la Correspondance une lettre sans date de Scudéry à Sainte-Marthe. Scudéry a donné lui-même la description de son Cabinet et de quelques autres peintures, dans un volume que nous recommandons aux curieux: Le Cabinet de M. de Scudéry, Paris, Aug. Courbé, 1646, in-4o.
[28] Théophile Gautier, Les Grotesques.
[29] Voy. les XII sonnets adressés à cette Fontaine par Scudéry. Œuvres poétiques, 1649, in-4o, p. 1 et suiv.
[30] Probablement M. de Guigonis, dont il est question dans la Gazette, à la date du 12 novembre 1647, p. 1118, comme commandant cette place en l'absence du sieur de Scudéry, et prenant des dispositions contre l'arrivée en vue de Marseille d'une escadre que l'on présumait hostile.
[31] Poésies diverses, p. 200. Nous permettra-t-on de faire remarquer ici que nous aussi, nous avons écrit cette partie de notre Notice à Marseille et au pied même de Notre-Dame-de-la-Garde? Le poëme de Scudéry, malgré le mauvais goût qui le dépare, gagne à être lu sur les hauteurs et au milieu de l'admirable panorama qu'il décrit, et il y a tel site de la plage de Marseille qui nous a fait trouver un charme singulier à ces vers de l'auteur d'Alaric:
En un lieu retiré, solitaire et paisible
La mer laisse dormir sa colère terrible,
Et sous deux grands rochers qui la couvrent des vents,
Elle abaisse l'orgueil des flots toujours mouvants.
[32] Lettre à Mlle Paulet du 10 décembre 1645.
[33] Nous avons vu dans le riche cabinet de M. le comte de Clapiers, à Marseille, un certain nombre de lettres de ce prélat adressées à Mlle de Scudéry, et nous en donnerons un échantillon; mais, malgré toutes nos recherches en Provence et ailleurs, nous n'avons pu retrouver aucune de celles que Mlle de Scudéry lui a certainement adressées pendant leurs longues relations.
[34] T. VIII, l. II, p. 653.
[35] Le Grand Cyrus, t. III, l. III, p. 1107.—Cousin, La Société française au dix-septième siècle, t. I, p. 236 et suiv.
[36] Lettre de Mlle de Scudéry à Mlle de Chalais, du 13 décembre 1644.
[37] Le Grand Cyrus, t. VIII, l. II, p. 669 et suiv.
[38] Le Grand Cyrus, t. VII, p. 513.
[39] 1665, in-4o, p. 87.
[40] Ce détail et plusieurs autres circonstances rendent pour nous improbable la supposition de M. Cousin, qu'il s'agirait ici d'une ville de bains des Pyrénées.
[41] «Je crains toutes les maladies en général, grandes et petites; je crains le tonnerre, je crains la mer et les rivières; je crains le feu et l'eau, le froid et le chaud, le serein et le brouillard.... Et pour tout dire en peu de paroles, je crains tout ce qui directement ou indirectement peut causer la mort.» Il est remarquable que ce passage, ainsi que les longs développements dont il est accompagné ne se trouvent que dans les Conversations de Mlle de Scudéry, parues en 1682, deux ans après la mort de la marquise de Sablé.
[42] Lettre à Mlle Paulet, du 27 décembre 1644.
[43] «Dans mon opinion, la conduite de ces trois importantes personnes est destinée à quelqu'une qui n'aura pas sans doute le mérite que vous avez, mais qui aura plus de faveur, plus de bonheur et quelque nom de Madame qui sera plus propre à l'éclat qu'à bien réussir dans l'éducation de ces personnes-là.» Mlle de Chalais à Mlle de Scudéry, lettre du 28 juin 1647.
[44] L'Auberge ou les Brigands sans le savoir, comédie-vaudeville de MM. Scribe et Delestre Poirson. Paris, 1812.
[45] Paris et Clermont, 1844, in-8o, p. 63.
[46] Les biographies anglaises racontent une anecdote semblable des deux auteurs dramatiques Beaumont et Fletcher.
[47] Discours politiques des rois. Paris, 1647, in-4o.
[48] C'est la véritable date du voyage, qui se termina à Lyon vers le milieu du mois de novembre de cette année. Cf. Taillandier, Commencements de Molière, dans la Revue des Deux-Mondes, t. XIX, p. 280, et Péricaud, Lyon sous Louis XIV, p. 90.
[49] Cela ne ferait que neuf ans (de 1647 à 1656); mais on aura changé le chiffre lors de l'impression du Voyage dans le Recueil de quelques pièces nouvelles et galantes. Cologne, P. Marteau, 1663, in-16. D'ailleurs nos deux auteurs n'y regardaient pas de si près.
[50] «On m'écrit de Marseille...,» disait-elle encore à l'abbé Boisot, dans une lettre du 19 juillet 1694. Bonnecorse, dont son frère avait fait imprimer la Montre, et dont elle eut occasion d'obliger le fils, lui servait dans cette ville de correspondant et d'intermédiaire auprès de ses anciens amis. Voir sa lettre du 20 mars 1681.
[51] Cousin, La Société française au dix-septième siècle, d'après le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry, 2e édition, t. I, p. 245.
[52] Catalogue d'autographes du 15 mai 1843, no 471. L'hôtel de Nevers était sur l'emplacement actuel de celui des Monnaies. Il avait été acquis en 1641 par M. de Guénégaud. M. de Pomponne, dans une lettre du 1er décembre 1644, a tracé le tableau de la société qui s'y réunissait. L'hôtel de Créqui, habité par le maréchal de ce nom, perçait de la rue des Poulies dans le cul-de-sac des Pères de l'Oratoire. Il fut démoli lors des premiers travaux de la Colonnade du Louvre, en 1666.
[53] Nous verrons plus loin que le Cyrus et la Clélie rapportèrent beaucoup d'argent, du moins au libraire. Mais il en passa une partie à l'emploi qu'indique avec ménagement, mais assez clairement du reste, l'auteur de l'Éloge de Mlle de Scudéry: «Riche des seuls biens de son esprit, elle crut qu'elle devoit en faire usage pour acquitter de grosses dettes qu'elle n'avoit pas contractées.»
[54] Voy. sa lettre à Chapelain du 7 décembre 1649.
[55] On lit dans une lettre inédite du surintendant Servien à Mazarin, en date du 22 août 1654: «Je crois certainement que celui que l'on étoit tant en peine de découvrir, qui écrivoit à M. le P... les lettres si importantes et si bien raisonnées que V. E. m'a fait quelquefois l'honneur de me montrer, c'est Scudéry, qui se retire, à ce qu'on m'a dit, dans le palais d'Orléans. Je crois qu'il importe de le faire arrêter.»
[56] Voy. sa belle lettre à Godeau du 22 février 1650, celle du mois d'octobre suivant, où se trouvent les vers si connus sur le Grand Condé. Ses lettres de cette époque sont de véritables chroniques de la Fronde, écrites à un certain point de vue, mais sous le coup des événements.
[57] Jointe à celle adressée de Marseille à Marie Dumoulin, le 21 août 1647.
[58] Les Femmes illustres ou les Harangues héroïques. Paris, 1665, in-12.
[59] Œuvres, 1665, in-fo, t. I, p. 969.
[60] La Société française au dix-septième siècle, t. II, p. 118.
[61] Par exemple Niceron et Brunet attribuent Almahide à Mlle de Scudéry. Eh bien, deux lettres de Chapelain à Georges, des 25 août et 16 novembre 1660, renferment, sur la deuxième partie de ce roman, des détails, des conseils, des critiques qui prouvent que Chapelain le traitait comme l'auteur incontesté de l'ouvrage.
[62] Voici comment elle a parlé elle-même de ces amitiés: «Lorsque l'amitié devient amour dans le cœur d'un amant, ou, pour mieux dire, lorsque cet amour se mêle à l'amitié, sans la détruire, il n'y a rien de si doux que cette espèce d'amour; car, tout violent qu'il est, il est pourtant toujours un peu plus réglé que l'amour ordinaire; il est plus durable, plus tendre, plus respectueux, et même plus ardent, quoiqu'il ne soit pas sujet à tant de caprices tumultueux que l'amour qui naît sans amitié. On peut dire, en un mot, que l'amour et l'amitié se mêlent comme deux fleuves dont le plus célèbre fait perdre le nom à l'autre.» Esprit de Mlle de Scudéry, 1766, p. 275.
[63] Antoine Godeau, évêque de Grasse et de Vence, était, comme nous l'avons vu, l'un des plus anciens amis de Mlle de Scudéry.
[64] Il paraît que ces espèces de rencontres, que Scudéry regardait probablement comme des rendez-vous, se renouvelaient assez souvent. Pellisson écrivait à Mlle Legendre le 2 novembre 1656: «On me vint prendre à midi pour aller dîner chez M. de Vence, dont nous ne fûmes de retour qu'à la nuit. Mlle de Scudéry, Mlle Robineau, M. Chapelain et M. Isarn en étoient.»
[65] «La plupart des Précieuses, dit Somaize, ont un jour pour recevoir les autres. C'est une nymphe du siècle qui a inventé cet usage.» Ainsi l'habitude d'avoir un jour, comme on parle encore aujourd'hui, nous vient de cette époque, et probablement de Mlle de Scudéry.
[66] Et non rue Quincampoix, comme l'a cru, sur des indices peu concluants, M. E. Miller, dans son travail, intéressant du reste, extrait du Correspondant: Pierre Taisand, lettres inédites de Bossuet et de Mlle de Scudéry. Paris; Douniol, 1869, in-8o, p. 21. M. Ch. Giraud dans l'Histoire de Saint-Évremond, qui précède son édition des Œuvres mêlées de cet auteur, 1865, 3 vol. in-12, a plus approché de la vérité en plaçant ce domicile rue de Berry. Nous avons trouvé, à cet égard, une indication précise dans un document sans date, mais certainement antérieur à la Fronde: Rolle des taxes faites sur les bourgeois et habitans du Quartier St-Avoye et le Temple, pour raison du nettoyement:
«Vieille rue du Temple.
M. Scudéry. . . . . . . . . . . .XIII livres.»
(Bibl. Nat. Mss fr., no 18,795, p. 31.)
[67] T. X, l. II, p. 599 et suiv.
[68] Menagiana, 1693, p. 135.
[69] Œuvres diverses de M. Pellisson, de l'Académie françoise. Paris, 1735, in-12, t. II, p. 408.
[70] Le Dialogue d'un Passant et d'une Tourterelle, par Pellisson, est présent à toutes les mémoires. Le quatrain suivant est moins connu:
Où peut-on trouver des amans
Qui nous soient à jamais fidèles?
Je n'en sais que dans les romans
Et dans les nids des tourterelles.
Ce joli quatrain, que les éditeurs des Œuvres de Pellisson, 1734, t. I, p. 158, ont attribué à ce dernier sur la foi d'une lettre de Mme de Scudéry à Bussy-Rabutin, doit être restitué à Mme de P. (probablement de Platbuisson), d'après le témoignage plus digne de foi de Mlle de Scudéry elle-même (Voy. sa première lettre à Mlle Descartes).
[71] Voy. passim, le Recueil de pièces galantes de la Suze et de Pellisson.—Les Œuvres diverses de Pellisson, etc.
[72] Publiée par M. Émile Colombey, 1856, in-12.
[73] «Toute cette cabale ignorante ou envieuse étoit opposée à la nôtre, et parloit de nous d'une si plaisante manière que je ne m'en puis souvenir sans étonnement; car ils se figuroient qu'on ne parloit jamais chez Sapho que des règles de la poésie, que de questions curieuses et que de philosophie, et je ne sais même s'ils ne disoient point qu'on s'y occupoit de magie.» Le Grand Cyrus, Xe partie, l. II, p. 347.
[74] Recueil de pièces galantes de la Suze et de Pellisson, 1741, t. I, p. 200.
[75] Histoire des poëtes épiques français du XVIIe siècle, Thèse par Julien Duchesne, 1870, p. 84.—Voici la date des principales éditions des romans du genre dont il s'agit:
[76] Pages 159-169.
[77] V. les ouvrages de MM. Ed. de Barthélemy et Cousin.
[78] L'auteur de la Clélie introduit les deux époux, sous les noms de Scaurus et Lyriane, dans le temple de la Fortune, pour interroger l'oracle sur leurs destinées.—Portrait de Mme Scarron.—La belle Lyriane, introduite auprès de l'oracle, ne veut rien demander. «Car enfin, dit-elle au sacrificateur, si je dois être heureuse, je le serai infailliblement, et s'il doit m'arriver quelque malheur, je le saurai toujours assez tôt.—Ce que vous dites est si bien dit, reprit le sacrificateur, que je ne doute pas que vous ne soyez un jour aussi heureuse que vous méritez de l'être.»
Mme Scarron, dit la Beaumelle, avait vingt-quatre ans, quand Mlle de Scudéry fit cette prédiction. Les deux époux furent reconnaissants. Scarron dit dans son Épître chagrine à de Mlle de Scudéry:
Vous donnez donc ainsi de l'immortalité,
Par un pur mouvement de libéralité,
Et de votre Scaurus l'agréable peinture
M'affranchit donc ainsi des lois de la nature!
Celle par qui le ciel soulage mon malheur,
Digne d'un autre époux comme d'un sort meilleur,
Lyriane en un mot vous est fort obligée.
Et non l'Uranie, comme portent toutes les éditions des Œuvres de Scarron.
[79] Celer conte à la princesse des Léontins que Clélie s'étant amusée un jour à supposer qu'il y avait un pays de Tendre, dans lequel on pouvait voyager, on lui en demanda la carte, qu'elle traça et dessina comme on le voit dans le roman. Clélie, t. I, p. 399-401.
Mais plus loin, p. 477, elle proteste contre la publicité donnée malgré elle à cette bagatelle, «qui étoit faite pour n'être vue que de cinq ou six personnes d'esprit, et non de deux mille qui n'en ont guères, ou qui l'ont mal tourné.»
[80] Paris, F. Bienfait, 1659, in-18.
[81] Lettre d'Ariste, p. 6.
[82] Miller, Pierre Taisand, etc., p. 26.
[83] Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, 1861, t. III, p. 3.
[84] Comme il règne quelque obscurité sur cette époque de la vie de Scudéry, nous citerons ici, d'après le Manuscrit provenant de Sainte-Beuve déjà signalé par nous, les lettres de Chapelain, à lui adressées, des 14 février et 12 juin 1659, «à Pirou, en Normandie;» des 25 août et 16 novembre 1660, «à Paris.» Il est pour la première fois question de Mme de Scudéry (Mlle de Martin-Vast) dans la lettre du 12 juin 1659.
[85] Lettre à Bussy, du 29 avril 1672.
[86] Voy. dans la Correspondance la lettre de Scudéry à l'abbesse de Malnoue.
[87] Tallemant dit à ce sujet: «Il (Scudéry) vint ici, il y a un an (ceci était écrit en 1658), mais sa sœur lui déclara qu'il n'y avoit qu'un lit dans la maison, et il s'en retourna.»
[88] Marie-Éléonore de Rohan-Montbazon, abbesse de la Trinité de Caen, puis de Malnoue, connue dans la société précieuse sous les noms d'Octavie, de Méléagire, la Grande Vestale dans Clélie, fut une des femmes les plus distinguées de cette époque qui en comptait un si grand nombre. Elle unissait à la piété et aux qualités solides que Pellisson a fait ressortir dans une belle épitaphe (voyez-la à la fin du IIIe vol. de ses Lettres historiques), l'enjouement et les grâces de l'esprit et du corps. Huet, dans sa jeunesse, a tracé d'elle un portrait renfermant ce passage singulier quand on songe qu'il s'applique à une abbesse et qu'il émane d'un futur évêque: «N'ayant jamais vu votre gorge, je n'en puis parler; mais si votre sévérité et votre modestie vouloient me permettre de dire le jugement que j'en fais sur les apparences, je jurerois qu'il n'y a rien de plus accompli.»
[89] Cousin, La Société française, t. II, p. 151.
[90] Jacqueline, fille du duc d'Arpajon et petite-fille du maréchal de Thémines. Tallemant ajoute en note: «Quand Mlle d'Arpajon se fit carmélite (elle prit l'habit le 7 juillet 1655), Mlle Sapho s'avisa de lui écrire une grande lettre, pour l'en retirer, qui n'eût peut-être pas persuadé une jeune fille, et celle-là avoit trente ans: car elle ne lui parloit que des divertissements qu'elle perdoit. La reine alla ce jour-là aux carmélites; les religieuses vouloient lui montrer cette lettre, et, en effet, sans Moissy qui y prêchoit ce jour-là, elles l'eussent fait. Car Sapho avoit grand tort d'écrire comme cela en une religion où l'on ne reçoit point de lettres que les supérieures ne les ayent lues.» Cette affaire fit grand bruit, et la lettre de Mlle de Scudéry, souvent mentionnée, s'est dérobée à toutes nos recherches.
[91] Ce devait être Diane-Henriette de Budos, première femme de Claude de Saint-Simon, père de l'auteur des Mémoires.
[92] Étude sur Pellisson, p. 99.
[93] Clélie, t. Ier, p. 389.
[94] Voy. la Journée des Madrigaux, p. 17, 51, 74; le Louis d'or, par Isarn, et la lettre de Mlle de Scudéry à cette occasion.
[95] Sur le cachet donné à Sapho par Théodamas, il y eut tout un déluge de madrigaux passablement ridicules. Sapho termine le sien par ces vers:
On ne peut se défendre
De vous donner son cœur ou de le laisser prendre.
Théodamas insiste:
Je suivrai la leçon qu'Amour me vient apprendre,
Donnez-moi votre cœur sans me le laisser prendre.
Sapho réplique à son tour:
Vous êtes un cruel vainqueur
De vouloir qu'on porte son cœur
Jusque dans votre chambre, etc.
(Journée des Madrigaux, p. 39 et s.)
Quand il est en courroux
Ce n'est plus le meilleur des hommes;
C'est un tigre jaloux.
Sapho, vous le savez, il entre en frénésie,
Sa colère aussitôt trouble sa fantaisie;
Et, saisi de fureur, comme ses ennemis
Il traite ses amis.
(Menagii poemata, 1680, p. 238.)
[97] Voy. ci-après la petite guerre de la Ménagerie.
[98] On peut voir dans ce dernier opuscule, p. 75 et suiv., comment l'admission d'Acanthe (Pellisson), dans le Pays de Tendre souleva l'opposition des habitants de l'Ancienne-Ville, assemblés chez le généreux Mégabase, qui forcèrent Sapho à lui faire faire quarantaine avant de l'admettre, parce que, avant de venir à Nouvelle-Amitié, il avait passé par un lieu où régnait une maladie contagieuse dont il avait failli mourir. Tout cela, dépouillé de la forme allégorique, semble indiquer que les anciens habitués du Samedi, à l'instigation du marquis de Montausier, voulurent forcer Pellisson à se contenter du titre d'ami, au lieu du sentiment plus tendre qu'il avait d'abord mis en avant.
[99] «Il (Pellisson) donna de la jalousie à M. Conrart au sujet de Mlle de Scudéry, qui m'avoua elle-même, en me parlant un jour de leur mésintelligence, que c'en étoit là la cause. Elle ne put s'empêcher de déclarer enfin à M. Pellisson la passion qu'elle avoit pour lui, par des vers qu'elle fit sur le champ.» (Menagiana, 1693, p. 146.)
[100] Marcou, Étude sur Pellisson, p. 489.
[101] «On a toujours cru qu'il y avoit entre Mlle de Scudéry et Pellisson un mariage de conscience.» (Note de Saint-Marc sur l'Épigramme LIII de Boileau.)
[102] Ici quatre lignes effacées avec soin. Voir la Correspondance.
[103] Fonds Français, 9360, t. II, p. 960.
[104] Lettre à Mme de Chandiot, du 18 décembre 1691.—Lettre à l'abbé Boisot, du même jour.
[105] «Est-ce être honnête homme, comme l'ont tant prôné les flatteurs de Fouquet, les Scarron, les Pellisson, les Sapho, et toute la canaille intéressée?...» (Lettre à Mme de Sévigné, du 3 octobre 1661.)
[106] Ce fut Mlle de Scudéry qui s'éleva avec le plus de force contre ceux qui, à l'occasion des cassettes de Fouquet, se permettaient des insinuations calomnieuses sur le compte de Mme de Sévigné. Celle-ci, dans sa lettre du 22 octobre 1661, charge Ménage d'en remercier leur amie commune.
[107] «J'ai été voir notre chère voisine (Mme du Plessis-Guénégaud); nous avons bien parlé de notre cher ami. Elle avoit vu Sapho, qui lui a redonné du courage.» (Sévigné à M. de Pomponne, 27 novembre 1664.)
[108] «9 février 1666.—Mme de Sévigné m'amena Pellisson et Mlle de Scudéry, qui me témoignèrent toute l'estime et l'amitié possible sur l'histoire du procès de M. Fouquet.» (Journal d'Olivier d'Ormesson, t. II, p. 446.)
[109] Voir cette lettre, de décembre 1663, à la Correspondance.
[110] Mme Pellisson avait obtenu en juin 1662 une permission restreinte qui lui avait été retirée depuis. (Fr. Ravaisson, Archives de la Bastille, t. II, p. 43.)
[111] Ibid., p. 455.
[112] On n'est pas d'accord sur le véritable nom de ce correspondant de l'abbesse de Malnoue. M. Fr. Ravaisson veut qu'il s'agisse ici de Conrart. M. Cousin, avec plus de vraisemblance, désigne Isarn; l'éditeur des lettres d'Éléonore de Rohan hésite entre M. de Doneville, Paul Pellisson ou son frère George.
[113] Ibid., t. III, p. 1.
[114] Mss Conrart, in-fo, t. XI, p. 1257.
[115] Ibid., p 1251 et 1261.
[116] Voy. ce qu'elle en dit dans sa lettre à Boisot, du 7 juin 1693.
[117] Œuvres diverses de Pellisson, 1735, t. I, p. 147.
[118] Sur cette amitié courageuse de Mlle de Scudéry, nous avions noté un passage que nous reproduisons ici, mais dont malheureusement nous ne nous rappelons pas la source. «Elle ne craignit point de publier que plusieurs personnes considérables, dont elle se mettoit du nombre, diroient toujours du bien de Fouquet, au risque de perdre leur fortune et leur vie.»
[119] M. Chéruel, Mémoires sur Fouquet, t. II, p. 529, a exprimé sur ce point des doutes qui ne nous paraissent point motivés.
[120] Vivonne à Sévigné, 23 août 1670. (Édition des Lettres de Sévigné, Blaise, 1818-1819, t. I, p. 190.)
[121] Lettres de Mme de Sévigné, des 28 novembre 1670 et 26 novembre 1690.
[122] Nouvelles remarques sur tous les ouvrages du sr D.... (Despréaux). La Haye, 1685, p. 105.
[123] De l'influence des femmes sur la littérature française, 1811, t. I, p. 126.
[124] Menagiana, 1694, p. 191.
[125] M. Berriat Saint-Prix a constaté que, dans le nombre des ouvrages indiqués par l'inventaire de Boileau, on trouve l'Astrée, Cléopâtre et Cyrus.
[126] De libris qui vulgo dicuntur Romanenses, 1736, in-4o, pp. 27, 28, 36.—Observations sur quelques écrits modernes, par l'abbé Desfontaines, t. V, p. 89, 91.
[127] Cathos et Madelon sont «deux pecques provinciales,» et, dans la IIIe satire, ce sont:
Deux nobles campagnards, grands lecteurs de romans,
Qui disent tout Cyrus dans leurs longs complimens.
Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'un des commentateurs modernes de Molière assure que le jargon précieux s'est conservé jusqu'à nos jours dans plusieurs sociétés de province, et il en cite des exemples recueillis par lui dans une ville située à moins de 80 lieues de Paris. (Œuvres de Molière, édon d'Aimé-Martin, 1824. t. II, p. 47.)
[128] «Il est effectivement vrai que la plupart des valets de la maison firent des vers ce jour-là.» (Note de Conrart, reproduite par M. Em. Colombey, p. 17, de la Journée des Madrigaux.)
[129] Dans la Ménagerie de l'abbé Cotin, dont la première édition datée est de 1666, on trouve un Avis au lecteur renfermant ce passage curieux qui paraît avoir échappé aux éditeurs de Molière: «Je pensois que toute la Ménagerie fût achevée, quand on m'a averti qu'après les Précieuses, on doit jouer chez Molière, Ménage hipercritique, le Faux savant, et le Pédant coquet. Vivat. Les comédiens ont mis dans leurs affiches qu'il faudra retenir les loges de bonne heure, et que tout Paris y doit être, parce que toutes sortes de gens, grands et petits, mariés et non mariés, sont intéressés au ménage. C'est une plaisanterie de comédiens.»
Ainsi le pauvre Cotin criait vivat! à l'annonce d'une personnalité contre Ménage, sans se douter qu'il devait y figurer comme pendant, et que la caricature de Vadius appelait celle de Trissotin.
[130] Le bonhomme Chrysale se plaint aussi de ce que ses valets font des vers:
L'un me brûle mon rôt en lisant quelque histoire,
L'autre rêve à des vers quand je demande à boire.
[131] Le Grand Cyrus, dernière partie, liv. Ier, p. 356.
[132] Lettre à Boisot, 24 juin 1693.
L'or même à Pellisson donne un teint de beauté.
L'or même à la laideur donne un teint de beauté.