5e: La femme ne doit point voter à cause du danger confessionnel

Ce chapitre, qu’on pourrait intituler: de l’hypnotisme, est un de ceux qui a réuni le plus grand nombre d’adversaires et de partisans.

Cette délicate question de l’influence du confesseur sur l’âme de sa pénitente est si complexe et surtout soumise à tellement de variations, à cause du tempérament et du milieu, qu’il est matériellement impossible d’apporter des faits individuels permettant de faire une preuve éclatante dans l’un ou l’autre sens.

Comment, disent certaines âmes charitables et naïves, pouvez-vous supposer à un homme de religion le pouvoir pour ainsi dire surhumain de guider les décisions des femmes, de diriger leurs actes, en un mot de leur imposer sa façon de penser et d’agir. Mais de nos jours, avec la liberté effrayante des mœurs, avec notre laisser aller, notre indifférence et notre scepticisme, l’armée des illustres pécheresses rachetant leurs fautes par de douces pénitences et suivant exactement les conseils intéressés de leur confesseur n’existe plus.

La femme d’aujourd’hui est trop légère, trop insouciante, et surtout trop avisée pour prêter une oreille attentive aux remontrances d’un jeune abbé poudré, ou d’un vieux vicaire illuminé et bedonnant! Par tradition, par habitude, par respect humain, elle lui débitera l’éternel monologue de ses péchés mignons, bouclera aussi vite que possible la douce pénitence et, plus légère qu’un oiseau, volera vers d’autres dangers, vers d’autres chutes, ayant au cœur la douce espérance d’être pardonnée et de re-recommencer.

Le confessionnal n’est plus aujourd’hui le point où mystérieusement se réunissaient les fils qui guidaient les volontés des femmes; l’indifférence et la raison ont brisé la trame de cette toile immense, enserrant les âmes et les énergies féminines!

C’est mal comprendre la profonde influence qu’a toujours exercée sur la volonté faible et molle de nos compagnes le caractère religieux d’un confesseur. Depuis la juste loi de la Séparation, l’Eglise vit en marge de la République, dissimulée mais non vaincue, rabaissée mais non soumise. De n’avoir pas voulu se courber à l’instar des autres dogmes sous le joug de la loi, d’avoir été forcée de se soumettre, elle a gardé l’éternelle rancœur des vaincus et l’espoir de relever un jour la tête.

Voilà pourquoi, malgré tout, sans chocs, sans heurts ses ministres ont redoublé d’influence et de zèle! Sachant que la majorité des femmes a reçu une éducation religieuse laissant en elles une trace indélébile, ils savent réveiller au moment opportun les sentiments qui s’endormaient dans la fièvre de notre siècle! Ils continuent à guider les âmes et à avoir main mise sur leur volonté.

Dans les villes où la femme est absorbée par les exigences mondaines ou la lutte pour la vie, leur tâche est peut-être plus difficile; dans les villages où les lumières du ciel brillent encore dans l’âme naïve et douce des paysannes, leur travail est simplifié. Et, comme dans le passé, ils continuent à exercer une pression d’autant plus dangereuse qu’elle est cachée, d’autant plus à craindre qu’ils font miroiter l’éclat des palmes du martyre et la beauté d’une grande revanche, jusqu’au jour où étant les directeurs de toutes ces âmes, ils déclareront ouvertement la guerre à la République.

Que l’on ne nous dise point que ce sont là paroles légères ou pronostics pessimistes. Ce que nous voulons montrer, c’est la timidité, la faiblesse, la molle énergie d’une femme. C’est la facilité avec laquelle on capte sa volonté. C’est l’attrait mystérieux qu’exerce sur toute âme religieuse, même superficiellement, la parole douce et chrétienne, psalmodiée dans un confessionnal ombré avec des gestes bénisseurs et caressants.

C’est la facilité avec laquelle, sous prétexte de religion, le confesseur peut dévier d’un sujet à l’autre, peut inspirer et imposer sa façon de voir, peut en un mot se substituer à la volonté de sa pénitente.

Et voilà pourquoi le jour où dans sa bonté magnanime la République accordera aux femmes le droit de vote, ce jour-là des millions de bulletins tomberont en avalanche sur elle; ce jour-là elle sera submergée par les flots des opinions réactionnaires des femmes, qui ne seront autres que les opinions de l’Eglise!

Raisonnement faux, dit-on, puisque la plupart des féministes sont révolutionnaires et libre-penseuses! Mais quelle différence faites-vous donc d’abord entre un révolutionnaire et un réactionnaire ou un anti-républicain?

Il n’y en a pas! tous deux veulent renverser le régime existant, les uns par le raisonnement et le coup d’Etat, les autres par la torche et le pétrole! Tous deux rêvent à l’aube du grand soir, pour les premiers elle est blanche; rouge pour les seconds!

Et puis croyez-vous que les féministes socialistes iraient maladroitement se séparer du concours des catholiques? Leurs forces sont déjà bien petites; qu’adviendrait-il si elles les divisaient? Oui, nous avons l’intime conviction que le vote des femmes serait défavorable à la République et cela parce que de nos jours encore la volonté de la femme n’est point libre, elle est soumise à celle de son confesseur. Ceci n’est point une opinion; c’est la constatation de chaque jour, c’est un fait habituel! et nous croyons toujours à l’éloquence des faits plus qu’à celle des discussions.

De là, cependant, à faire retentir la trompette anticléricale et sonner à tous les échos le ralliement de la libre-pensée, nous paraîtrait un moyen essentiellement faux et maladroit. N’essayons point de jouer le rôle insipide de la mouche du coche, comme par exemple Mme Nelly-Roussel:

«Tant que nos soi-disant libres-penseurs, dit-elle, se montreront aussi misogynes que l’Eglise, tant qu’ils n’ouvriront à la femme qu’une petite porte dérobée en lui recommandant d’être bien sage et de s’asseoir humblement à l’écart, qu’ils ne lui feront pas partout sa large place, nous pourrons craindre que nos tentatives de laïcisation complète demeurent vaines et infructueuses! Mais qu’espérez vous, ô anticléricaux! Chasser vos compagnes des églises sans leur donner d’autres asiles! Les enlever à ce qui les console sans faire en sorte qu’elles n’aient plus besoin de chercher les consolations! Et dans leur âme où la résignation chrétienne endort la dignité humaine, tuer cette résignation sans réveiller la dignité qui défend de courber la tête sous aucun joug moral ou social? Sachez-le bien, vous rêvez l’impossible!»[60].

Sauf votre respect, Madame Nelly-Roussel, empruntant pour un instant un vocabulaire populaire: C’est du battage! Voyez-vous, les phrases, les grandes idées, les systèmes modernes sociaux, la refonte de la morale, «l’Eglise remplacée par la dignité qui défend de courber la tête», tout cela c’est un brillant galimatias, un merveilleux assemblage de mots qui ne veulent pas dire grand chose et qui, une fois réunis, veulent dire encore moins.

Laissez de côté, Madame, ces grandiloquentes théories de la porte dérobée et du joug moral ou social! Vos sœurs, pas plus que vos frères, du reste, ne pourraient vous comprendre! Pour combattre et ruiner à jamais dans l’âme de nos femmes l’influence d’un confesseur, point n’est besoin de ce bréviaire insensé de libre-penseuse ou de ce manuel nébuleux de parfaite laïque!

Non! que le mari soit désormais le confident de son épouse, qu’il l’entoure d’une affection franche et sincère, qu’il soit pour elle un guide, un soutien; qu’à tous les instants il se penche vers son cœur pour connaître ses souffrances et ses désirs, que son rôle ne se borne point à celui du mari légal, qu’il soit aussi le confesseur paternel et aimant, et désormais disparaîtra cette influence néfaste du prêtre qui fausse les volontés et qui pourrait détourner à son profit le suffrage des femmes!

Mais plus de ces harangues philosophiquement ennuyeuses, Madame Nelly-Roussel! Ralliez-vous à notre système! C’est le meilleur, parce que le plus simple et le plus naturel!

6e: La femme ne doit point voter parce qu’elle est femme

Cela semble un paradoxe, une vérité de la Palisse; et cependant nulle raison, à notre humble avis, n’est meilleure. De l’arsenal des raisons, restreintes à volonté, militant en faveur de notre opinion, aucune ne nous semble posséder plus de force, plus de bon sens, plus de naturel et plus de vigueur.

La femme ne doit point voter parce qu’elle est femme.

Certes, il est assez téméraire de vouloir donner une explication de la femme. Nous comptons, du reste, sur l’indulgence des critiques, pour la seule et bonne raison que pas plus que nous ils n’arriveront à donner la résolution de ce problème.

Impressionnable, est un de ses graves défauts. Son organisme délicat la prédispose, en effet, plus que l’homme aux émotions. Un rien la trouble, l’ébranle jusqu’aux larmes. La moindre impression laisse en elle une trace profonde; une parole qui l’aura choquée, froissée, restera gravée dans son esprit pour toujours. Il faut peu de chose pour la rendre heureuse et une robe qui lui va mal la rend inquiète, agitée, irascible. Le moindre petit détail qui cloche dans sa silhouette la met dans des états de nervosité étranges; un malheur profond la laisse calme, froide et résignée.

A côté de ces mièvreries qui constituent cependant une ambiance nerveuse plus grande qu’elle ne paraît, il faut placer encore toutes les secousses plus fortes auxquelles elle est en butte: maladies, désillusions, misères, auxquelles son cœur généreux compatit toujours; chagrins intimes qu’elle garde jalousement par fierté et font d’elle l’éternelle blessée. Elle est en vibration continuelle et son âme et son esprit sont sans cesse agités par le souffle de la douleur et de la joie.

Et c’est à ce petit être ballotté, à la merci d’un sourire ou d’une larme, que vous voulez donner un droit—celui de voter—droit exigeant peut-être plus que tout autre le calme et la réflexion! Oh! direz-vous, êtes-vous sûr que les hommes réfléchissent avant de donner leurs voix à un candidat? Soit! faisons des concessions et reconnaissons que bon nombre d’électeurs votent sans se douter du droit sacré dont ils font usage; mais enfin, qu’on le veuille ou non, il existe encore bon nombre de Français qui en leur âme et conscience déposent, sans être impressionnés par les discours tapageurs ou circonvenus par les promesses, leur bulletin dans l’urne.

Prenons, au contraire, la femme avec son extrême impressionnabilité, mêlons-la aux luttes politiques, jetons-la dans des réunions, des manifestations; pendant des semaines bourrons-la de professions de foi, de proclamations, de déclarations, enflammons-la par de violentes polémiques, et nous aurons le jour du vote devant nous une malheureuse désemparée, brisée par les émotions, ne sachant plus à quel candidat se vouer, ne comprenant plus ce qu’on exige d’elle; nous n’aurons qu’une petite barque roulant, tanguant sur la mer immense de la politique.

Oh! combien triste et pitoyable ce sera!

On comprend qu’avec un tel goût pour les émotions fortes, elle soit inévitablement sentimentale. Cœur et nerfs, ainsi pourrait-on la symboliser.

Elle subit continuellement cette double impulsion. Son cœur est toujours plein de tendresse et de dévouement qu’elle répand sans compter. Aimer, être aimée, se dévouer toute, se donner corps et âme, voilà la véritable aspiration de la femme.

Certains féministes jugent parfois ce but dégradant, humiliant, parce qu’il fait d’elle une esclave, et leurs théories sont vaines, car aucun raisonnement n’empêchera la femme d’aimer et d’être une esclave à laquelle nous obéissions.

Sa seule tâche ici-bas se nomme amour. Et qu’on le baptise comme l’on voudra, sentimentalisme, romantisme, passion, tendresse, tout cela n’est qu’une forme de l’amour qui remplit la vie de la femme. Irez-vous rabaisser cet idéal, en faisant d’elle notre égale, du moins en théorie.

Mais la femme, créature d’amour, n’est point faite pour ces grandes théories modernes de l’émancipation sociale. Son cœur tout rempli de tendresse ne peut comprendre ces aspirations illégitimes de liberté, ces aspirations mal fondées d’égalité dans la question politique. Éloignez d’elle toutes ces complications, ne la sortez point de son cadre de beauté et d’amour, car le jour où elle viendra se mêler à nos luttes, le jour où elle sera élue maire ou député, ce jour-là sera pour elle l’ouverture d’une ère de rabaissement et de déchéance. Elle ne sera qu’une pâle imitation de l’homme! Trahie par son cœur, et voulant mettre la tendresse là où la raison, le droit et l’énergie doivent seuls régner, elle sera renversée, piétinée, elle deviendra la victime de l’amour!

Sentimentales, que deviendront leurs décisions! A quel parti s’arrêteront-elles! Comment pourront-elles porter un jugement droit et définitif? La passion, le sentiment fausseront toujours leurs idées:

«Le sentiment peut tout faire rentrer dans l’esprit d’une femme»[61].

«L’homme est poussé par la passion, la femme par les passions; celui-là par un grand courant, celle-ci par des vents changeants»[62].

Voilà pourquoi jamais leur tempérament de grandes amoureuses ne pourra s’adapter à celui de politique et de tous ses corollaires, y compris surtout celui de voter.

La femme est de plus trop légère et trop inconstante. Aucune suite ne se trouve dans ces décisions. Incapable de prendre par elle-même une résolution, elle dispense son énergie entre de nombreuses idées auxquelles, du reste, elle ne s’arrête particulièrement jamais. Et si par hasard elle parvient à prendre une résolution ferme et énergique, elle est absolument incapable d’en attendre le résultat?

«Vous causez avec une femme de sujets graves, tout de suite vous vous apercevez que vous n’êtes ni compris, ni suivi. Sans cesse votre interlocutrice vous échappe, se jette à côté, s’arrête à des détails, se noie dans des lieux communs et sautille d’une idée à l’autre. C’est que la femme n’est pas un cerveau, elle n’est qu’un sexe»[63].

Ah! qui nous dira l’insouciance de cette petite âme d’oiseau, la légèreté de cet esprit «sautillant comme les mouches»[64], qui touche à tout, goûte à tout, veut tout voir, tout entendre, tout connaître, tout savoir sans rien approfondir. C’est que la femme ne peut matériellement réfléchir plus de cinq minutes; sa devise est frivolité. «La femme ébauche tout, n’achève rien»[65].

«Ma femme est charmante, provocante, seulement elle ne laisse rien dans la main. Elle ressemble à ces verres de champagne, où tout est en mousse. Quand on a fini par trouver le fond, c’est bon tout de même, mais il y en a trop peu!»[66].

Rapprochons cette délicieuse réflexion de Guy de Maupassant d’une déclaration fine et jolie qu’Henri Lavedan met dans la bouche d’une de ses héroïnes:

«Des joujous animés, des êtres indécis et bizarres à caprices, à vapeurs, à nerfs, voilà ce que nous sommes. Il y a des moments où nous ne comprenons rien à nous-mêmes. Nous avons des cervelles de petit lait, nous ne réfléchissons pas plus qu’une bête à Bon Dieu. Moi, je me fais l’effet de ne peser rien, d’être un duvet; moins qu’une chandelle... tu sais, cette fleur des champs sur laquelle on souffle et puis qui s’est envolée»[67].

Et maintenant pourrez-vous, Mesdames et Messieurs les féministes, être convaincus que la femme aura assez de bon sens et de raison pour user du bulletin de vote que, malgré elle, vous voulez lui offrir.

Vous voulez faire de ce petit être mignon qui ne songe qu’à s’habiller comme un champignon ou comme un parapluie, l’égale de l’homme; vous voulez accorder des droits nouveaux à cette Eve si mobile d’âme et d’esprit, qui ne s’arrête à rien de profond et de sérieux, qui glisse sur les sujets pour ne peser que la bagatelle! Allons, permettons aux enfants de s’amuser avec des armes à feu! Le droit de vote est une arme que la femme ne saurait et ne pourrait manier, elle la tuerait!

Et puis n’oubliez pas «que les femmes sautent toujours à pieds joints par-dessus les longues chaînes des raisons froides»[68].

Cela évite toute discussion en leur faveur!

En outre, que dire de leur exaltation. «Nerveuse, sensible, la femme est extrême en tout, capable des pires folies comme des actes les plus sublimes! La femme rêve toujours quelque chose de mieux que le bien et de pire que le mal»[69].

Accordez-leur le suffrage et vous comprendrez alors pourquoi des hommes de bon sens vous crient: Casse-cou! Mais dans les villes, et surtout dans les villes ouvrières et les villages, nous assisterons pendant les élections à des résultats navrants: les femmes exaltées, ayant au cœur la prétention de faire triompher leur candidat, se livrant à toutes sortes d’actes que nous ne pourrons que réprouver.

Considérez-les, de notre époque, dans les grèves. Ce sont elles qui mènent les ouvriers, qui se couchent sous les pieds des chevaux des gendarmes ou sur les rails des chemins de fer! Le jour où elles auront le droit de voter, les élections sombreront dans le ridicule ou dans le sang. Pour notre part, nous trouvons les deux solutions aussi grotesques l’une que l’autre! Et nous sommes sûr d’avoir de notre côté tous les gens de bon sens.

N’êtes-vous point encore coquettes, et ce défaut qui parfois est une qualité ne deviendra-t-il pas, quand vous serez électrices, une sérieuse pierre d’achoppement?

Vaniteuses! accessibles aux compliments. Comme vous deviendrez bien vite amorales! Que ne ferait-on pas d’une femme en lui vantant ses jolis cheveux ou ses grands yeux noirs. Des compromissions! mais il y en aura plus que jamais! Le premier joli candidat venu, au bagout étincelant, à la fine moustache ou à l’allure crâne, vous fera tourner comme des girouettes! Seriez-vous capables de résister à l’offre alléchante d’un pot-de-vin qui pour la circonstance revêtira les formes élégantes d’une robe de chez Paquin ou d’un superbe chapeau!

Mais en faisant vibrer en vous la corde désespérément sensible de la vanité, en vous montrant une rivale adulée, comblée d’honneurs, que vous pourrez égaler et même surpasser, que n’obtiendra-t-on pas de vous!

Les ennemis de la République rabâchent depuis déjà longtemps l’éternelle complainte de la pourriture de nos mœurs politiques. Ils savent bien malgré tout qu’en République aucune suspicion ne peut-être jetée sur notre corps représentatif.

Le jour où vous aurez le droit de voter, mesdames, la pourriture politique gagnera du terrain sûrement, lentement, car aucune de vous n’aura ni le courage ni la force de résister aux tentations!

Et ce jour-là, les adversaires du régime auront beau jeu!

Nous le répétons, vous ne devez point voter, car vous êtes des femmes! car la femme est ce qu’il y a de plus beau sur la terre et peut-être dans le ciel, car les anges lui ressemblent idéalement. «Elle mérite ici-bas des autels, des litanies, une adoration spéciale. C’est la fleur humaine par excellence; et c’est aussi la perle, l’étoile et le papillon et toutes les pierres précieuses, le plus rare bijou de la couronne. Et c’est aussi tous les arts réunis, fondus, le plus exquis tableau, la plus svelte statue, le plus velouté pastel! Et c’est encore la musique animée, réalisée, personnifiée, la mélodie et l’harmonie, l’éternelle et divine romance!»[70].

Après cela, mesdames, aimeriez-vous devenir des hommes c’est-à-dire des singes?

Et pour terminer, méditez cette pensée de Victor Hugo: «Si vous êtes pierre, soyez aimant; si vous êtes plante, soyez sensitive; si vous êtes femme, soyez amour!»[71]. C’est la seule chose que vous puissiez être ici-bas.


TROISIÈME PARTIE


QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES
SUFFRAGETTES


Ce ne sont point dans les pages suivantes des critiques ou des conseils que nous voulons donner aux féministes de notre époque. Notre faible voix risquerait fort d’être peu écoutée. Pourrait-il en être autrement! Ce que nous avons voulu, c’est simplement condenser en quelques lignes certaines réflexions suggérées par ces messieurs et dames féministes.

Qu’ils ne voient point là les récriminations amères d’un adversaire résolu des revendications du sexe faible, mais simplement les idées d’un jeune homme qui s’amuse à rire de leurs travers et de leurs défauts, ce qui, du reste, a été une partie des plus agréables et des plus intéressantes de ce travail.

1o Les Suffragettes et la Réclame

Nous ne citerons point de noms; nous pourrons ainsi concilier la pénible obligation de dire aux femmes de cruelles vérités tout en n’abandonnant point le champ agréable de la galanterie. Et personne n’étant visé, ces dames pourront se donner l’illusion de voir ces lignes écrites pour leurs voisines.

Il existe à l’heure actuelle une question palpitante d’intérêt: c’est le suffrage des femmes. Comme de toutes les nouveautés, des personnes s’en sont emparées, l’ont exploitée, pensant s’en faire un tremplin de gloire et de célébrité. Il est si difficile de percer de nos jours.

Les hommes féministes ont sauté à pieds joints sur ce nouveau thème qui leur permet, journalistes d’exposer un sujet inédit, romanciers d’intéresser leur clientèle par des idées modernes, auteurs dramatiques d’éviter le four sensationnel par la hardiesse de la thèse!

Pour quelques-uns, un succès de curiosité a répondu à cette nouvelle «exploitation littéraire»; pour beaucoup le désintéressement et le bon sens de la majorité des Français ont fait justice de cette levée de boucliers féministes. Ces Messieurs avaient en effet oublié une chose essentielle, principale: d’éclairer la lanterne, c’est-à-dire d’étudier la question. Ils croyaient pouvoir traiter le sujet du suffrage des femmes dans quelques articles de journaux ou aux feux de la rampe. Et quand on s’aperçut que leurs raisons n’étaient que des raisons sentimentales, que leurs phrases claironnantes étaient de magnifiques ciselures vides de sens, on haussa les épaules et l’on se mit à rire!

C’était la seule conclusion qui s’imposait!

Quant aux femmes, elles ont été superbes d’audace et de désinvolture. Elles ont tout d’abord donné l’impression de grandes héroïnes, témoin Olympe de Gouges! La femme, disait-elle, a le droit de monter sur l’échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune! Son désir fut sinistrement exaucé et nous ne pouvons que saluer très bas une victime innocente de la Révolution!

A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le secret espoir de demeurer tout simplement des femmes.

L’idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se crurent tout d’un coup les Messies d’une nouvelle société; à l’instar des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte; et à part quelques esprits calmes et pondérés, l’escouade de ces militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs photographies!

«Ah! l’on ne connaît pas l’influence de la photographie retouchée sur la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face à l’Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en bédouine!»[72].

Et toutes ces dames, prises tout à coup d’un furieux accès de production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans toutes les revues, dans tous les quotidiens!

Oh! cette littérature féministe! De l’opium! de la guimauve ou de la pâte... épilatoire!

Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de l’émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des lanceurs d’affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris tout le profit qu’ils pourraient retirer de ces idées modernes et toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître et exalter!

Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider un congrès ou de lire leur nom dans un journal.

«Ce qui perce à travers la propagande qu’elles mènent c’est, avec le mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d’envie de chanter comme le coq, et c’est à qui s’époumonera pour mettre sa petite personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73].

Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la grosse caisse de vos revendications afin que l’on parle et que l’on cause de vous, que l’on vous interviewe ou que l’on mette votre photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de corricide!

Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le féminisme!

2o Les suffragettes et la beauté!

Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d’épaules de ces dames, a une grande importance! C’est la question de la beauté!

Jusqu’ici, les féministes n’ont recueilli que des suffrages restreints, et cela tient beaucoup au manque d’élégance et d’esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée!

Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être intelligente nul besoin n’est d’avoir une figure fine et gracieuse! C’est vrai, mais enfin c’est un grand défaut d’être laide, Madame! «La femme n’a qu’un droit, avons-nous lu quelque part, celui d’être jolie!» L’auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas!

«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où n’apparaissent plus, au coin d’un redoutable sourire, que quelques vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers, laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d’air!»[74].

Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée au vif, elle n’a pour le correspondant du Journal que des paroles mordantes!

Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu’il souligne d’une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique, nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le Parlement de n’importe quel pays! mais nous sommes meilleures que vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75].

Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit! Un homme peut être laid, cela n’influe en rien sur son caractère ou son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher! vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous supprimez la moitié de vous-mêmes!

Oui, n’oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur du féminisme et de l’amour libre sont inscrites dans la lassitude de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d’elle, quand sa cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c’est une arme devant laquelle peu d’hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté!

La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous contemplions vos traits dans le numéro de Fémina du 15 avril 1910. Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre succès malgré toute votre éloquence (?) et que de sourires ironiques doivent souligner vos périodes échevelées!

Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand? à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée!

Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies! Soyez jolies!

Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le Petit Niçois du 18 janvier 1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non, élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux, voire le tabac à chiquer, je l’embrasse fût-ce en pleine rue!»

Je ne croyais pas qu’il existât de par le monde des hommes capables d’un tel courage!

Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous points semblable à l’idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni!

3o: Les suffragettes et la critique

Il est encore un point qui vous porte considérablement tort, Mesdames, c’est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par des insultes ou des procédés méchants.

Irritables et nerveuses à l’excès, vous ne savez pas mesurer vos paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et d’amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez gravement tort!

Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux; encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine, vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses d’une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n’en auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais vous n’aurez plus l’ennui de lire des articles si véridiques à votre adresse, à l’instar du suivant:

«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui font de la politicaille, j’ai reçu toutes sortes de lettres et de cartes injurieuses.

»Des mains sans doute charmantes ont écrit à mon adresse de cette écriture fine et allongée et pointue,—marque d’une bonne éducation—les mots de crétin, d’idiot, d’abruti (j’en passe et des pires).

»Ma foi! j’ai tort de croire que les dames n’ont pas de dispositions pour entrer dans l’arène électorale»[77].

En homme spirituel et aimable, Clément Vautel ne fait que vous supposer des dispositions; il vaudrait bien mieux pour vous, Mesdames, pour votre beauté, votre intelligence et votre élégance, être obligées de reconnaître que vous n’êtes point faites pour les luttes politiques!

Vous n’arriverez à ce résultat que le jour où vous reviendrez à ce que vous avez toujours été, c’est-à-dire des femmes, par analogie des êtres doux, affectueux et polis!

Et ce jour-là arrivera bientôt. Car vous reconnaîtrez votre erreur, vous ne fausserez désormais plus vos caractères, vous ne serez plus les politiciennes aux mots grossiers et injurieux, car cela n’est point ni dans votre nature, ni dans votre caractère, ni dans votre cœur! Vous redeviendrez des femmes.

Chassez le naturel, il revient au galop!


QUATRIÈME PARTIE


OPINIONS DE PERSONNALITÉS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES SUR LE SUFFRAGE DES FEMMES

Nous avons essayé de grouper très impartialement les opinions de quelques personnalités politiques et littéraires sur le suffrage des femmes.

Nous nous plaisons cependant à constater l’absence presque complète de partisans résolus et convaincus. La plupart n’ont pas osé répondre; certains, et ils sont nombreux, ne disent ni oui ni non, enveloppent leur pensée dans un tour de phrase mystérieux, reprenant d’une main ce qu’ils accordent de l’autre: bref pour ne point se donner l’air de vieux rétrogrades, biaisent, essayent de gagner du terrain avec tellement de restrictions et de doutes qu’ils précisent mieux encore leurs opinions.

Et c’est pour nous une des constatations des plus agréables à la fin de ce travail, après avoir parcouru les principaux ouvrages des grands féministes hommes, d’avoir l’impression très nette et très franche du sentiment de gêne éprouvé par ces écrivains à se déclarer partisans convaincus des revendications du sexe faible.

Nous n’en voulons pour preuve (au milieu de nombreuses) que l’assertion de deux féministes acharnés, MM. Prévost et Jadin.

M. Marcel Prévost, après avoir exalté dans tous ses ouvrages la nouvelle femme, l’Eve libre, fait dire à une de ces vierges fortes (Léa, p. 154):

«Une voix intérieure m’a toujours dit: «Rien n’est meilleur que d’avoir une famille, un mari qui travaille avec vous, beaucoup d’enfants qu’on soigne et qu’on élève».

Plus loin:

«Cet attachement fétichiste de l’épouse à l’époux sera longtemps la loi des meilleures entre les femmes.»

Enfin, étrange constatation, dans les lettres à Françoise:—«Vous, Françoise, je crois vous définir assez justement en disant que vous êtes antiféministe pour vous-même et volontiers féministe pour les autres.»

On ne peut être plus franchement ironique.

Quant à M. Jadin, professeur à l’École de Pharmacie de Montpellier, homme aimable et distingué, unissant à ses dons d’agréable conférencier une érudition complète sur la question du féminisme, après avoir louangé dans un discours d’ouverture des Facultés la femme savante et doctoresse, ne put s’empêcher de nous dire:

«Loin de moi d’exalter la femme intellectuelle aux dépens de la femme d’intérieur. Plus que tout autre, peut-être, je considère que les rôles sacrés d’épouse et de mère auxquels sa nature la destine suffisent à remplir glorieusement une carrière, que les qualités mêmes de nos compagnes, leur grâce, leur joliesse, leur délicatesse, leur sensibilité, les consacrent gardiennes d’ornements du foyer domestique!»[78].

Nous excusons volontiers M. Jadin, féministe convaincu, de son hymne en l’honneur de la femme sensée et raisonnable. Cela ne nous surprend pas outre mesure. Les hommes d’esprit savent toujours reconnaître leur erreur, et M. Jadin est un de ceux-là!

Quant à nous, si ces Dames trouvaient ridicule notre aversion contre leurs réclamations et leurs revendications, nous répondrions tout simplement: Il faut toujours avoir le courage de ses opinions... et de ses ridicules!

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Voici maintenant l’opinion de quelques personnalités sur le suffrage des femmes:

De la Revue Socialiste, 1906:

Je suis convaincu qu’il en résulterait non seulement pour la femme une libération rapide des lois et des usages qui économiquement et civilement l’infériorisent à l’homme, mais aussi pour tout le prolétariat une prompte croissance de force et de liberté morale et sociale. Ce serait un pas de plus dans la voie du progrès démocratique et humain!

Edouard Vaillant, député.

C’est incontestablement le seul moyen pour que le suffrage mérite d’être appelé universel! C’est aussi celui d’être d’accord avec la justice et le bon sens, car il est aussi injuste de refuser à la femme, parce que femme, tout ce qu’on accorde à l’homme. De là des mésintelligences fort explicables!

Jean Allemane, député.

Par le fait même de son affranchissement politique, la femme sortirait de l’ombre des églises pour venir en plein soleil de la place publique.

Emile Vandervelde, député à la Chambre belge.

Notre parti s’est prononcé avec enthousiasme pour l’affranchissement politique des femmes. Il est difficile pour moi de comprendre que cette revendication ne soit pas acceptée par tous les socialistes.

Keir Hardie, membre du Parlement britannique.

Je pense que le droit de vote pour la femme est indéniable au point de vue moral, social et politique.

Enrico Ferri, de la Chambre italienne.

A mon avis, la question du suffrage des femmes n’est pas de première importance pour le socialisme et la classe ouvrière. C’est une question de justice plutôt que d’intérêt pratique pour le mouvement d’émancipation, la plupart des femmes se montrant très indifférentes à ce sujet, même celles de la classe ouvrière.

Edouard Bernstein, membre du Parlement allemand.

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A quoi sert-il de révolutionner le Code civil au profit des femmes et de leur donner des droits si, pour conserver ces droits, elles ne sont pas armées du bulletin de vote, si le suffrage politique ne leur est pas donné. En parlant de la sorte, je vais peut-être froisser, dans le féminisme même, les sentiments de quelques êtres timorés qui nous accusent de compromettre notre thèse en demandant le suffrage politique pour les femmes. Eh bien! que les femmes me permettent de leur dire que toutes les lois que nous pourrons proposer seront vaines si pour accroître et défendre ces lois elles ne sont pas armées du bulletin de vote. Vous obtiendrez de la générosité des hommes, de leur esprit de justice ou quelquefois de leur amour du paradoxe, quelques réformes partielles, quelques menues modifications du Code civil ou de Commerce, mais jamais vous ne recevrez le bienfait total de l’émancipation. Au nom d’une expérience politique et parlementaire assez longue, laissez-moi vous dire que les législateurs font les lois pour ceux qui font les législateurs. Tant qu’un suffrage féminin ne viendra pas se joindre au suffrage masculin, tant que se complétant l’un l’autre ils n’auront pas restitué à la société l’harmonie et l’équilibre, la société ira de tourments en tourments et d’abîmes en abîmes.

M. Viviani, Ministre du Travail.

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Des Annales politiques et littéraires:

Je crois que le suffrage universel serait moins mauvais pendant quelque temps si les femmes votaient, mais d’autre part le suffrage universel me paraît idiot! Alors!

Jules Lemaitre, de l’Académie Française.

J’ai dit bien des fois que je suis partisan du suffrage politique des femmes et de leur éligibilité, voulant l’absolue égalité des droits des deux sexes. Je suis même partisan du vote des enfants (le père votant pour les garçons et la mère pour les filles!) ce qui donnerait aux pères et mères la prépondérance sociale qu’ils doivent avoir. Je crois que pour tout pays, le vote serait moralisateur et conservateur, les femmes étant à les considérer d’ensemble un peu moins sensuelles, beaucoup moins cruelles et infiniment moins alcooliques que les hommes.

Emile Faguet, de l’Académie Française.

En vérité, pourquoi ne voterait-elle pas puisque si elle ne vote point elle fait voter ceux qui votent? Vous verrez que les suffragettes, ces midinettes du vote, auront raison tôt ou tard du préjugé. Elles sont l’avant-garde du féminisme et leurs promenades boulevardières, d’abord raillées, finiront quelque jour par le vote de leur droit au vote. Ce n’est pas demain! Et qui sait? Demain vient vite et la France nouvelle, celle qui date de 20 ans seulement, est déjà assez différente de l’ancienne pour qu’on s’attende à bien des transformations encore.

Jules Claretie, de l’Académie Française.

Je ne saurais vous cacher que je suis résolument opposé au vote des femmes. Je craindrais qu’elles ne se jetassent dans les luttes politiques avec une ardeur qui augmenterait encore les divisions de la France, et nous sommes assez divisés comme cela.

Comte d’Haussonville, de l’Académie Française.

Je veux bien que les femmes votent et je crois qu’elles voteront dès qu’elles s’aviseront de le désirer; mais je n’y vois pas d’utilité générale, puisqu’elles n’ont indiqué jusqu’ici aucune vue politique propre. Faut-il être franc? Dans la minute présente, les femmes qui veulent voter me semblent des agitées. Leur véritable activité se satisfait de cent autres manières. Cependant si elles tiennent à voter, si elles se croient humiliées de n’être pas électrices, il n’y a pas d’objection sérieuse à leur opposer et quand elles auront conquis leur bulletin de vote, elles l’auront mérité tout aussi bien que les hommes.

Maurice Barrès, de l’Académie Française.

Ce sont de bien grosses questions et c’est seulement par des points d’interrogation que je me permettrai d’y répondre!

Est-il logique, est-il juste qu’une femme devenue chef de famille par le fait de son veuvage ne soit jamais appelée à dire un mot quelconque dans les grands débats qui intéressent la destinée de sa propre famille, aussi bien que la destinée des familles voisines, politiquement représentées par le vote du père?

Est-il logique, est-il juste que les travailleuses organisées en syndicat n’aient aucun moyen direct d’assurer la répercussion de leur volonté dans les assemblées politiques et que l’émancipation économique ainsi assurée à la femme n’ait aucune sanction dans le domaine politique?

Lucie-Félix-Faure-Goyan.

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Du Gil-Blas:

Tant que notre pays sera régi par le suffrage universel, je serai résolument pour le vote et l’éligibilité des femmes. Et pourquoi? parce que je les mets au défi de gouverner plus mal et de choisir des représentants qui fassent plus mal les affaires de la France.

Louis d’Hurcourt.

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De l’Eclair, de Paris:

J’en suis partisan, parce qu’elles sont, elles et leurs enfants, entraînées par les destinées de leur pays et qu’elles doivent, par conséquent, avoir le droit d’y participer et d’y veiller; parce que l’unité sociale, la famille, a pour directeurs naturels le père et la mère et que cette dernière y assume autant de responsabilité que son mari; parce que la femme a un sens pratique et une universelle bonté qui doivent avoir les moyens de se faire entendre et au besoin accepter.

Docteur Armand Gautier, De l’Institut, membre de l’Académie de Médecine.

A voir l’usage que les hommes font du bulletin de vote, il n’y a pas de risque de tomber dans le pire en courant l’aventure d’une réforme équitable.

Andrieux, ancien député, ancien préfet de police.

Il m’est très difficile de me prononcer au pied levé et sans étude spéciale de la question sur un aussi grave et délicat problème. Tout ce que je puis vous dire, je ne suis pas opposé à la nouvelle réforme, pourvu qu’il s’agisse du droit de vote seulement et non pas de l’éligibilité. Encore une fois, il ne s’agit ici que d’une impression hâtive et non pas d’un parti sérieusement étudié.

Marquis de Ségur.

Je suis avec vous, du moins partiellement. Seulement je suis d’avis de procéder par étapes. Je voudrais d’abord accorder aux femmes le vote, l’électorat puis l’éligibilité municipale. Si l’expérience, comme je crois, réussissait, je serais disposé à permettre aux femmes de prendre part aux élections cantonales. Mais je m’arrêterais là. L’électorat politique me paraît inséparable des charges militaires, jusqu’ici du moins.

Jacques Bardoux, Professeur à l’Ecole des Sciences politiques.

Je voudrais conférer à la mère de famille (comme au père de famille) la pluralité du vote comme une récompense et un honneur dans ce pays que mine une natalité volontairement décroissante, mais aussi comme un attribut justifié par plus d’expérience acquise et d’intérêts dans la vie.

Eugène Rostand.

Je suis en principe partisan du suffrage des femmes à condition qu’elles soient veuves ou célibataires âgées de 25 ans.

Par contre, je ne suis pas d’avis qu’elle soit éligible, si ce n’est aux fonctions d’assistance, municipales ou éducatives.

C. Bonnet-Maury, Professeur à la Faculté libre de Théologie protestante.

Je suis partisan du suffrage des femmes. Nous pourrions commencer par l’introduire à certaines conditions dans les élections municipales.

Paul Deschanel.

Je désire obtenir pour la femme l’égalité des droits politiques. Néanmoins je considère qu’une pareille réforme ne peut s’accomplir que par étapes.

Goirand.

Je crois que, dans un avenir plus ou moins rapproché, les femmes deviendront électeurs et éligibles et je suis même convaincu qu’elles élimineront les hommes de la politique. Elles y apporteront plus de finesse mais elles la compliqueront. En Finlande et en Australie, leur intervention n’a pas été heureuse.

Yves Guyot.

Le bulletin de vote pour les femmes, ça sera comme pour les hommes, l’acceptation de l’oppression politique et de l’exploitation économique par la grande masse, pour le plus grand profit de ceux qui exercent le pouvoir et qui détiennent la richesse sociale.

Jean Grave.

Il y a déjà tant d’incompétences qui s’occupent de politique que je ne verrais pas sans inquiétude les femmes se jeter dans la mêlée des partis. Dans les pays catholiques, le vote de la plupart des femmes serait celui de leurs confesseurs, qui recevraient eux-mêmes le mot d’ordre de Rome. Au lieu de contribuer au progrès, il amènerait je crois un recul. Attendons, la question me semble prématurée.

Alfred Fouillée, membre de l’Institut.

La presque unanimité des électeurs de Roquefixade m’a fait maire de cette commune, quoique me sachant aussi matérialiste que patriote et républicain.

Or, si les femmes votaient, non seulement je n’aurais pas le suffrage de la plupart d’entre elles, mais elles détourneraient de moi un assez grand nombre de mes électeurs actuels.

E. Darnaud, maire de Roquefixade (Ariège).

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Du Nouveau Siècle:

Si la femme était directement intéressée dans nos luttes, elle y perdrait l’influence bienfaisante qu’elle tient de ses rôles d’épouse et de mère, sur les destinées de la Patrie qui n’est plus que le prolongement naturel de la famille.

Au moment où sous les attaques incessantes contre l’idée de la «Patrie» on sent poindre de tous côtés des sentiments de découragement et comme des symptômes de résignation à une sorte de dégénérescence nationale, la femme, dans ses deux grands rôles, avec son sens plus affiné de nos traditions, m’apparaît comme la seule capable de réveiller en ce pays la vision rédemptrice de son idéal et de ses destinées momentanément obscurcies par nos luttes politiques.

Elle n’y arrivera que si elle s’en tient soigneusement à l’écart.

Amiral Bienaimé, député de Paris.

J’aurais été satisfait de voir dans la Chambre des femmes députés... Tout cela parce que la femme a autant—si ce n’est plus—de droits à défendre que l’homme. Comme celui-ci, du reste, elle a à combattre l’exploitation capitaliste et elle a tout à attendre de la venue d’une société socialiste. En plus, comme mère, la femme devrait pouvoir influer sur les destinées sociales et matérielles.

Compère-Morel, député du Gard.

Le suffrage universel n’est qu’une fiction tant que les femmes en seront exclues; le mot de féminisme me paraît impropre. C’est la question de l’égalité et de l’équité dans le civisme qui est posée. La femme est citoyen devant la loi commerciale, devant la loi pénale; elle ne l’est pas devant l’urne électorale, c’est la contradiction constitutionnelle, l’injustice sociale.

Millevoye, député de Paris.

Puisque les femmes sont admises avec nos pères et nos fils dans les grandes écoles de l’Etat, puisqu’elles peuvent être commerçantes, médecins, avocats, puisqu’elles partagent les travaux de certains fonctionnaires, puisque les voilà maintenant reconnues aptes à être des juges-prud’hommes; je ne vois pas ce qui les empêcherait d’occuper des sièges à la Chambre des députés, au Sénat, dans les Conseils généraux et dans les Conseils municipaux où elles apporteraient un charme et une séduction qui manquent à la plupart des hommes politiques.

Georges Berry, député de Paris.

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Voici enfin quelques opinions inédites dont nous remercions sincèrement les auteurs:

Si les femmes doivent voter, monsieur? Certainement.

Max et Alex Fischer.

P. S.—Nous ne parlons bien entendu que de celles qui ont de la moustache.

Les femmes doivent voter: Parce qu’elles ont voix au chapitre. Parce qu’elles feront prévaloir des lois de préservation de l’espèce. Parce qu’elles feront passer le sentiment en ce qu’il a de plus noble avant les considérations de cuisine politique.

Paul Marguerite.

Je n’ai point d’idées neuves sur ce sujet.

Charles Gide.

Mon cher ami,

Les femmes sont faites pour surveiller le ménage et faire des enfants.

Lasies, député.

Je vous paraîtrai peut-être un vil réactionnaire, mais je partage entièrement son opinion.

Emmanuel Brousse, député.

Monsieur,

Je ne suis pas du tout partisan du vote des femmes. Ce serait une raison de plus pour elles de sortir de leur rôle, ce qui leur arrive déjà trop souvent, depuis quelque temps. Et puis, elles ont déjà bien trop de moyens d’action sur nous et bien trop de façons de se mêler de nos affaires sans y ajouter ce nouveau prétexte.

Je ne prétends pas qu’elles voteraient plus mal que nous. Ce serait difficile, d’ailleurs. Mais elles y mettraient encore plus de passion.

Et puis, comme on dit de notre côté en cas d’aventure: Cherchez la femme; on dirait de leur côté: Cherchez l’homme. Car finalement il n’y a que ça au fond de la plupart des actions humaines.

Y mêler encore la politique me paraît superflu.

Mes sentiments les plus distingués.

Michel Provins.


CONCLUSION


Aux Femmes

Vous qui nous lirez, convaincues, sceptiques, ou indifférentes, n’ayez pour moi aucune parole de haine, aucun sentiment de mauvaise humeur, aucun accès d’indignation. A nos attaques raisonnées et sincères, répondez par un sourire, à nos objections par un geste élégant de vaincues: Vous aurez là l’occasion d’être pour une fois des femmes d’esprit.

De nous ne vous faites pas l’idée d’un rétrograde, d’un bourgeois ou d’un retardé du siècle! Non! plus que vous, nous aimons tout ce qui est jeune, nouveau; plus que vous nous adorons l’idée riche d’espoir, de jeunesse et d’avenir; mais cependant nous ne prendrons dans ces projets d’évolution future que ce qui nous semble juste, équitable et sensé, vous laissant, Mesdames les féministes, le rôle ingrat de ne voir dans nos théories sociales que le ridicule, le grotesque et l’invraisemblable.

Mais ce n’est point encore à vous les intellectuelles (?), les révolutionnaires, les exaltées que j’en veux, vous qui défendez parfois avec conviction et rarement avec raison une mauvaise cause. C’est à vous, Messieurs les féministes, qui doucement, avec une douce et fausse pitié, vous penchez vers l’âme de cette femme éprise de liberté, grisée d’émancipation et par votre prestigieux talent et votre plume éblouissante matérialisez et faites passer du domaine irréel au domaine réel une idée fausse et anormale. Oui c’est à vous que je cherche querelle, vous les hommes puissamment assis dans la vie politique qui par pose, par snobisme, par genre, vous collez l’étiquette de féministe, vous qui trônez fiers et impassibles dans les hauteurs de la littérature et du journalisme et prenez plaisir à soutenir la cause de l’Eve future pour vous singulariser ou vous créer un nom, c’est vous que j’accuse de cet énervement social, de cette crise qui secoue ridiculement quelques Françaises! Un coup de bistouri eût été mieux approprié qu’une tendre consultation!

Et si le jour où écoutant les plaintes affolées et injustifiées de ces enfants, vous leur aviez dit ce que tout homme de bon sens pense, au lieu de leur faire inélégamment l’aumône d’une fausse pitié, de nos jours on n’entendrait plus ce flot de grotesques réclamations, qui n’ont pas seulement le mérite d’être idéalisées par des larmes et qui sont couvertes par des éclats de rire.

Si à ces énervées, à ces détraquées vous leur aviez fait entrevoir la faiblesse de leurs raisonnements et le contre-sens de leur idéal au lieu de leur prêter une oreille attentive, si vous aviez d’un seul coup plongé dans la vie normale ces anormales, au moment de stupeur et d’étouffement aurait peut-être succédé une crise plus violente, mais vite dissipée, et petit à petit, le temps aidant, lasses et fatiguées, elles seraient rentrées dans l’oubli et dans le passé!

Voilà ce que vous n’avez pas voulu faire, Messieurs les féministes, vous la cause première de cette théorie moderne et combien insoutenable: l’émancipation de la femme! Vous avez considéré cette idée nouvelle comme un «tremplin, comme un capital, comme une bonne affaire!»

Puissiez-vous faire faillite et crouler ridiculement sous les applaudissements vengeurs de tous les Français raisonnables et sensés!

Quant à nous, ce qui nous console, c’est que nombreux sont encore en France, «les Philistins des deux sexes qui n’osent pas s’arracher au cercle étroit des préjugés et appellent le féminisme la folie du siècle»[79].

Oui, la folie du siècle qui détraque le cerveau de quelques femmes pauvres d’esprit et riches d’espérances; folie remplissant notre pays de cris étranges et inquiétants, tels que «Egalité des deux sexes, Emancipation de la femme», etc., etc., à tel point qu’une de vos sœurs, Mesdames, intelligente et fine, Mme Séverine, dans le Matin du 2 avril 1910, essayait dans un style humouristique de faire taire ces brailleries par une expression peut-être pas très académique mais tout au moins de circonstance: «La ferme!»

Nous n’aurons point, Mesdames, la coquette impertinence d’une de vos plus illustres représentantes, croyez cependant que ce mot résume bien pour nous l’attitude à prendre devant tous vos discours et vos réclamations.

Que dire maintenant de cette question en elle-même, le suffrage des femmes?

La question du vote arrive à sa période heureuse, c’est-à-dire qu’on ne la prend encore ni au sérieux, ni au tragique. Touche-t-on à une solution? Si l’on songe que le problème fut posé par Aristophane, qui n’était probablement pas le premier, il y a environ 2.300 ans, on se sent un peu sceptique malgré l’initiative de quelques pays d’avant-garde. Au fond, chacun se demande si les femmes sont aptes à voter. «Cela n’a aucune importance, puisque les idiots votent», déclare Mme Durand, avec une humilité bien peu féministe et encore moins féminine.

Mais on se demande surtout, pour qui voteront-elles? et comme personne n’est sûr d’avoir les femmes pour soi (perfides comme l’onde, la douceur mobile, toutes les langues ont là-dessus des dictons malhonnêtes), chacun se méfie, excepté Don Juan..., mais Don Juan ne fait pas de politique.

Au fond, citoyennes, vous vous préparez un maigre profit et beaucoup de désillusions. Il y a de mauvaises lois à abroger, à modifier; il y en a de bonnes, de très bonnes à faire vous concernant. Laissez ce soin au temps, aux mœurs pas meilleures mais qui deviennent plus humaines. On y travaille depuis longtemps, Mesdames, depuis Justinien. Ne désespérez donc pas! On a rendu l’amour obligatoire tout comme l’instruction! Pouvait-on vraiment aller plus loin.

Quant à vos champions, vos leaders, charmantes parfois, éminentes rarement, à tous égards, en politique les croyez-vous capables de poursuivre l’intérêt véritable des femmes. L’on en voit trop prendre de l’incohérence pour du génie, le manque de goût pour du courage et l’incongruité pour de la hardiesse d’esprit.

De grâce, Mesdames, ne compliquez pas la vie, elle n’est pas déjà si simple! et puis, sans doute, les hommes eux aussi font beaucoup de sottises, mais croyez-vous qu’une sottise féminine soit l’antidote d’une sottise masculine? Nous croyons plutôt qu’elles font deux.

Ne prenez point ces airs batailleurs. Le costume de petite lutteuse vous va si mal.

L’homme politique devient devant les foules une bête orgueilleuse et déchaînée. Il ne regardera pas si vous avez des jupes ou des pantalons. Et une fois meurtries et blessées, vous pleurerez et vous n’aspirerez qu’à redevenir ce que vous n’auriez dû jamais cesser d’être, des femmes.

Certes, quelques-unes des grandes féministes trouveront peut-être ce rôle bien banal, bien effacé, bien indigne de leurs hautes aspirations.

Il semble que vous oubliez que c’est vous qui, dans la vie, êtes le plus souvent la souveraine! Pauvres pantins que les hommes, lorsque vous mettez en marche toutes les ficelles de votre séduction et de votre coquetterie.

Etouffez en vous ces bouffées d’orgueil et de domination politiques, souvenez-vous que vous avez des moyens plus sûrs de régner et d’avoir une incontestable influence! Songez à l’Assemblée des femmes d’Aristophane et à Lysistrata matérialisant de la façon la plus choquante et la moins attique une incontestable vérité. Par votre charme, votre grâce, et les mille et un détails de votre caractère, par la poésie de votre sexe et la simplicité du pot au feu, vous menez le monde (on a déjà dit cela en vers de tous pieds, en madrigaux de toutes façons, nous ne le redirons pas en prose!) Vouloir un autre moyen de domination, mesdames, c’est déchoir, abdiquer. Gardez-vous des utopies de notre siècle, donnez-nous de beaux enfants, restez simplement «petites fées».

«Relevez le Français du XXe siècle qui se donne à lui-même le spectacle de sa décomposition»[80]; ne soyez pas des vierges fortes, êtres incomplets, inquiétants, enfiévrés, tourmentés et n’ayez point comme idéal celui fou et grotesque d’être un individu avant que d’être un sexe.

Femmes, êtres exquis, faits de grâce et de délicatesse, restez ce que vous êtes; écoutez avec ironie et pitié les théories de ces hommes-femmes, de ces ratées, de ces soldes de l’amour, théories mauvaises, car elles sont anti-naturelles.

Dites-vous que l’homme ne veut point vous lancer dans la lutte politique parce que vous êtes meilleures que lui et que le jour où vous serez son égal vous ne serez plus rien!

L’esprit, le cœur et le charme réunis, voilà un idéal bien plus agréable, bien plus séduisant que celui d’un siège de député ou un fauteuil de maire. Il vous donnera, mesdames et non citoyennes, soyez en sûres, une satisfaction intérieure plus douce; et puis n’oubliez pas les vers éternels de Molière que mon bon sens me murmure à l’oreille.