Chapitre
dans lequel se trouve résumé tout ce que les anciens et les modernes
ont écrit sur le langage des Fleurs
I
OU LES FLEURS PARLENT
LA Pensée se promenait sur la terre, ne sachant où se fixer.
Elle avait successivement frappé à bien des portes sans être admise nulle part. D’abord elle s’était offerte comme dame de compagnie à un bas-bleu fort célèbre; elle avait essuyé un refus.
Un philosophe de grande renommée n’avait pas voulu de la Pensée, même comme femme de ménage.
Repoussée successivement par un académicien, par un ministre, par un prédicateur, par un peintre, par un romancier, par un sculpteur, la pauvre Pensée résolut de quitter la ville et de reprendre le cours de ses voyages.
Elle se mit donc en route par une belle matinée de printemps, peu chargée de bagage, mais ferme, résignée, prête à supporter courageusement tous les inconvénients de sa situation.
Enfoncée dans ses méditations, la Pensée marchait sans s’apercevoir de la longueur du chemin; le soir venu, cependant, la fatigue la prit, et, jetant les yeux sur les environs, elle chercha un endroit où elle pût demander l’hospitalité.
La façade d’un château brillamment illuminée resplendissait à quelques pas de la route. Elle se dirigea de ce côté. Le maître du château, la table dressée sur la terrasse, assis sous une tente de soie, chantait, buvait, mangeait, riait avec ses amis.
—Ouvrez-moi, fit une voix faible, qui parvint cependant jusqu’à l’oreille des convives.
—Qui êtes-vous? demanda le maître du château. Si vous êtes un gai compagnon, sachant charmer les heures lourdes de la vie, entrez.
La voix répondit:—Je suis la Pensée.
—Valets, fermez les portes, chassez cette hôtesse maussade, cette compagne importune qui fait qu’on se souvient. Oublions! oublions!
Le maître du château remplit sa coupe et but à l’oubli.
—J’aperçois là-bas une chaumière modeste, se dit la Pensée, qui, pour se délasser un moment, s’était accoudée sur un vase de marbre placé à l’entrée du château: les pauvres sont toujours hospitaliers. Allons leur demander asile pour la nuit; je suis fatiguée, et je commence à sentir les atteintes de la faim.
Elle prit le chemin de la chaumière.
—Pan! pan! pan!
—Qui va là?
—L’hospitalité, s’il vous plaît?
—Si vous voulez vous contenter d’un morceau de pain, d’un verre d’eau et d’un peu de paille fraîche, dites-moi qui vous êtes, et entrez.
—Je suis la Pensée.
—Arrière, maudite! tu viendrais troubler mon sommeil. J’ai arrosé le champ de mon maître de ma sueur, et maintenant il se réjouit dans la joie des festins, tandis que ma femme pleure et que mes enfants ont faim. Si demain je veux avoir la force de recommencer mon travail, il faut que j’oublie. Tu troubles le repos de l’âme et du corps; va-t’en, je ne t’ouvrirai pas.
Ainsi, ni le riche ni le pauvre ne voulaient de la Pensée. Elle s’assit au rebord du fossé et laissa tomber son front dans ses mains.
Un jeune homme vint à passer sur la route: il marchait en regardant les étoiles et en murmurant tout bas des mots et des phrases qui lui faisaient ouvrir énormément la bouche et écarquiller les yeux.
Un soupir étouffé que poussa la Pensée l’avertit qu’un être souffrant avait besoin de son secours. Il s’approcha de la voyageuse, lui prit la main, et, la voyant belle quoique toujours grave et recueillie, il lui demanda en grasseyant un peu pourquoi elle pleurait.
La Pensée lui répondit qu’ayant fait un long voyage, elle avait vainement demandé l’hospitalité à la chaumière et au château; personne n’avait voulu la recevoir.
—Pauvre enfant! reprit le jeune homme en accompagnant ses paroles d’un geste tragique.
Il passa un bras autour de la taille de la Pensée, et l’aida à se relever; puis il lui montra, dans un massif d’arbres, une petite lumière lointaine qui brillait.
—C’est la maisonnette que j’habite; venez, vous y passerez la nuit en sûreté. Sous quel nom faut-il que je vous présente à ma mère?
—On m’appelle, répondit-elle en hésitant, la Pensée.
Alors le jeune homme frappa des mains en signe de joie, passa le premier pour indiquer à la Pensée le chemin de la maisonnette.
A son tour, la Pensée voulut connaître le nom de son hôte.—Je suis, lui dit-il, un homme de fantaisie connu dans la contrée sous le nom de Jacobus le Poète.
Il vivait dans une maisonnette au milieu d’un bois, seul avec sa mère, qui lui racontait des histoires de fées et des légendes d’enchanteurs. Ces contes le charmaient encore, car Jacobus avait à peine dix-huit ans; ses joues étaient rouges, ses cheveux blonds, et ses gros yeux bleus brillaient à fleur de tête. On le trouvait beau dans la contrée.
La mère de Jacobus, quand elle sut quelle voyageuse il avait recueillie, voulut elle-même mettre le couvert de la Pensée.—Nous serons bien malheureux, se dit-elle, si elle ne donne pas à mon fils l’idée de quelque bon gros livre qui nous rapportera de l’argent, et le fera bien venir du prince.—Mais la Pensée s’opposa à ce qu’on fît trop de préparatifs. Peu de chose suffit à sa nourriture; elle eut bientôt repris ses forces, et elle se trouva en mesure de faire des observations sur tout ce qui l’entourait.
La salle où ils se trouvaient ressemblait à une serre, tant elle était pleine de fleurs et d’arbustes: ceux-ci grimpaient contre les murs, celles-là s’accrochaient en arabesques au plafond; il y en avait qui entr’ouvraient à peine leurs boutons à côté de leurs voisines épanouies; d’autres dont les feuilles déjà ternies se détachaient lentement, et pour cela n’en paraissaient pas moins belles. Des livres ouverts ou fermés, marqués à certains endroits de feuilles vertes, pour indiquer les passages favoris, étaient disséminés çà et là parmi les vases. Les rayons de la bibliothèque de Jacobus étaient des branches d’arbuste ou des touffes de fleurs.
Le regard attaché sur la Pensée, le poète oubliait de prendre son repas: jamais il n’avait vu de femme aussi belle, et d’une beauté si attachante! Il aimait surtout son œil calme et profond, qui semblait n’avoir qu’à se fixer sur un objet pour lui communiquer aussitôt un charme plus doux, une chaleur plus féconde.
La Pensée comprit qu’il était de son devoir de remercier son hôte; mais Jacobus l’arrêta au premier mot qu’elle voulut prononcer à ce sujet.
—La maison où vous entrez est bénie, s’écria-t-il, en ayant soin de suivre exactement la ponctuation et de scander chaque phrase; votre présence seule comble l’homme de tous les biens. C’est vous, ô Pensée, qui donnez la force à l’âme du jeune homme et qui rajeunissez le cœur du vieillard. Avec vous, les heures de la vie s’écoulent sans connaître la lassitude et l’ennui; sans vous, la durée des jours paraît trop longue, et le temps, qui n’a plus d’ailes, vous écrase sous son poids. Restez dans ma demeure, tout ce qu’elle renferme est à vous; fixez-vous près de moi, belle voyageuse; où seriez-vous mieux qu’ici?
Jacobus ne disait pas que les idées de sa mère germaient aussi dans sa tête, et qu’il espérait mettre à profit, dans l’intérêt de sa gloire, le séjour de la Pensée.
Elle sourit de la naïveté du jeune poète, ce qui ne l’empêcha pas de sentir vivement le bon accueil qu’il lui faisait. Elle résolut de se montrer reconnaissante.
Jacobus ne put fermer l’œil de toute la nuit: l’idée de recevoir la Pensée sous son toit lui donnait comme une espèce de fièvre. Son cœur battait, son front était brûlant, un feu étrange brillait dans ses yeux. Voyant qu’il appelait en vain le sommeil, il se leva et descendit dans la bibliothèque, pensant que la vue de ses fleurs le calmerait.
Il entra donc et s’approcha d’une Aubépine. Comme il s’inclinait pour aspirer son parfum, il lui sembla entendre une voix douce qui s’élevait du fond de sa corolle:
—Respire mon haleine, ami; une seule de mes branches, cachée au milieu des haies, suffit pour embaumer les environs: je suis la fleur des premiers printemps, je suis l’Espérance!
—Jacobus! Jacobus! fit une voix cristalline.
Le jeune homme se retourna et aperçut un Liseron qui le regardait avec ses petits yeux bleus et qui lui disait:—Moi, je me livre à tous les souffles qui passent, je cours çà et là à l’aventure, m’accrochant aux branches du chêne, serpentant dans la bruyère, vivant tantôt avec les grands, tantôt avec les petits; ne m’oublie pas, je suis le Caprice.
—Moi, je représente les liens d’amour, s’écria un Chèvrefeuille.
Une Clématite voulut prendre la parole, mais un Érable l’interrompit.
—Je suis l’Érable aux fleurs éclatantes, aux branches dures, le symbole de la réserve; écoute mes conseils, Jacobus. Méfie-toi de la Clématite qui grimpe sournoisement le long des murs, et montre sa petite tête aux rebords des fenêtres où les jeunes filles viennent rêver le soir: l’artificieuse Clématite surprend leurs secrets et va ensuite en faire des gorges chaudes avec son camarade l’Amandier étourdi et l’Ébénier perfide.
La Clématite voulait répondre, mais la Fougère l’en empêcha; elle se mit du parti de l’Érable. La sincérité de la Fougère est trop connue pour que la Clématite osât se mettre en lutte avec un tel adversaire; elle se tut.
Jacobus ne revenait pas de sa surprise; les fleurs vivaient, elles lui parlaient. Il ne pouvait se lasser de les entendre.
—Songe à moi, lui disait un Lilas: j’ai des feuilles verdoyantes et des grappes de fleurs parfumées; ma physionomie a quelque chose de naïf et de coquet à la fois, je fleuris vite et je dure; je suis le premier amour.
—La neige brille sur les rameaux noueux du chêne et sur le gazon de la prairie, et cependant une frange de fleurs borde le manteau blanc des prés. Est-ce déjà le printemps? est-ce encore l’hiver? C’est le temps où la Primevère ouvre ses houppes safranées. Venez cueillir la fleur de la première jeunesse.
—Aux premiers chants du rossignol, le Muguet répand dans l’air le parfum de ses fleurs d’ivoire. Frère du Lis, j’aime comme lui le bord des ruisseaux, l’ombre épaisse des bois, les solitudes de la vallée. En me voyant, l’homme songe au printemps écoulé, à sa félicité passée, et je le console, parce que j’annonce le retour du bonheur.
—Les abeilles viennent butiner sur mes fleurs, les jeunes couples aiment à errer sous mon ombre doucement parfumée; mes feuilles desséchées fournissent à l’homme un breuvage bienfaisant. En moi tout est douceur, bonté, utilité. Je suis le Tilleul, la fleur de l’amour conjugal.
—Partout on voit mes blanches étoiles scintiller au milieu des branches; je laisse diriger au gré de l’homme mes rameaux souples et flexibles; on m’étend en palissade, on m’arrondit en tonnelle, on me déploie comme un rideau le long de la terrasse du château, on me fait serpenter autour de la fenêtre de la chaumière. Je me prête à toutes les exigences, je suis heureux dans toutes les situations. Je suis la fleur de l’amabilité, l’ami des papillons et des abeilles, le Jasmin!
Chaque fleur venait à son tour dire son mot à l’oreille de Jacobus.
—Parbleu! se dit-il, je serais un bien grand sot si je ne fixais sur le papier ce que je viens d’entendre. Avec toutes ces choses charmantes, j’écrirai un petit poème épique en seize chants, qui me vaudra la place de ministre ou tout au moins celle de premier valet de chambre du Roi.
Jacobus fit ce qu’il disait; il passa une grande partie de la nuit à écouter les fleurs. Comme elles s’exprimaient toutes en langage littéraire, c’est-à-dire un peu longuement, il prit le parti de résumer leurs discours, et comme c’était un esprit fort méthodique, il rédigea, par ordre alphabétique, les notes suivantes, qui devaient lui servir à composer son petit poème en seize chants.
| A | |
| Absinthe.—Absence. | Ananas.—Perfection. |
| Acacia.—Amour platonique. | Ancolie.—Folie. |
| Acacia rose.—Élégance. | Anémone.—Abandon. |
| Acanthe.—Arts. | Anémone des prés.—Maladie. |
| Achillée.—Guerre. | Anémone hépatique.—Confiance. |
| Adonide.—Souvenir douloureux. | Angélique.—Inspiration. |
| Adoxa.—Faiblesse. | Ansérine ambroisie.—Insulte. |
| Agavé.—Sûreté. | Argentine.—Naïveté. |
| Airelle myrte.—Trahison. | Armoise.—Bonheur. |
| Alisier.—Accords. | Arum commun.—Ardeur. |
| Aloès bec de perroquet.—Caquet. | Arum gobe-mouche.—Piége. |
| Aloès soccotrin.—Amertume et douleur. | Arum serpentaire.—Horreur. |
| Alysse saxatile.—Tranquillité. | Asphodèle jaune.—Regret. |
| Amandier.—Étourderie. | Astère.—Arrière-pensée. |
| Amarante.—Immortalité. | Aubépine.—Espérance. |
| Amaryllis jaune.—Fierté. | |
| B | |
| Baguenaudier.—Amusement frivole. | Boule-de-neige.—Ennui. |
| Balisier.—Rendez-vous. | Bouquet.—Galanterie. |
| Balsamine.—Impatience. | Bourrache.—Brusquerie. |
| Bardane.—Importunité. | Bouton de rose.—Jeune fille. |
| Basilic.—Haine. | Brize tremblante.—Frivolité. |
| Baume du Pérou.—Guérison. | Bruyère commune.—Solitude. |
| Belle-de-jour.—Coquetterie. | Buglosse.—Mensonge. |
| Belle-de-nuit.—Timidité. | Bugrane arrête-bœuf.—Obstacle. |
| Blé.—Richesse. | Buis.—Stoïcisme. |
| Bleuet.—Délicatesse. | |
| C | |
| Cactier.—Amour maternel. | Circée.—Sortilége. |
| Camara piquant.—Rigueurs. | Citronnelle.—Douleur. |
| Camélia.—Reconnaissance. | Clandestine.—Amour caché. |
| Campanule.—Indiscrétion. | Clématite.—Artifice. |
| Capillaire.—Discrétion. | Cobée grimpante.—Nœuds. |
| Cardère.—Bienfait. | Colchique.—Automne. |
| Célosie à crête.—Immortalité. | Coquelourde.—Sans prétention. |
| Centaurée-amberboi.—Félicité. | Coriandre.—Mérite caché. |
| Cerisier.—Éducation. | Cornouiller.—Durée. |
| Chardon.—Austérité. | Couronne impériale.—Puissance. |
| Charme.—Ornement. | —— de roses.—Récomp. de la vertu. |
| Châtaignier.—Équité. | Crinole hybride.—Tendre faiblesse. |
| Chêne.—Hospitalité. | Cuscute.—Bassesse. |
| Chèvrefeuille.—Liens d’amour. | Cyprès.—Deuil. |
| Chicorée amère.—Frugalité. | Cytise faux ébénier.—Noirceur. |
| D | |
| Dahlia.—Nouveauté. | Dictame de Crète.—Naissance. |
| Datura.—Charmes trompeurs. | Digitale.—Occupation. |
| E | |
| Églantier.—Homme poétique. | Épine noire.—Difficulté. |
| Églantine.—Poésie. | Épine-vinette.—Aigreur. |
| Éphémérine de Virginie.—Bonheur éphémère. | Érable champêtre.—Réserve. |
| Épilobe à épi.—Production. | |
| F | |
| Fenouil.—Force. | Fraxinelle.—Feu. |
| Ficoïde glaciale.—Glaces du cœur. | Frêne élevé.—Grandeur. |
| Fleur d’oranger.—Chasteté. | Fritillaire couronne impériale.—Puissance. |
| Fougère.—Sincérité. | Fuchsia.—Frugalité. |
| Fraise.—Bonté. | Fumeterre commune.—Fiel. |
| Fraise de l’Inde.—Apparence trompeuse. | Fusain.—Portrait. |
| G | |
| Galanth perce-neige.—Consolation. | Giroflée des jardins.—Beauté durable. |
| Galéga.—Raison. | Giroflée jaune.—Fidèle au malheur. |
| Garanée.—Calomnie. | Giroflier.—Dignité. |
| Gattilier commun.—Froideur. | Gnapale.—Souvenir immortel. |
| Gazon.—Utilité. | Gouet commun.—Ardeur. |
| Genêt d’Espagne.—Propreté. | Grenadier.—Fatuité. |
| Genêt épineux.—Misanthropie. | Grateron.—Rudesse. |
| Genévrier.—Asile, secours. | Grenadille bleue.—Croyance. |
| Géranium écarlate.—Sottise. | Groseillier.—Reconnaissance. |
| Géranium rose.—Préférence. | Gui.—Parasite. |
| Géranium triste.—Esprit mélancolique. | Guimauve.—Bienfaisance. |
| Giroflée de Mahon.—Promptitude. | Gyroselle.—Divinité. |
| H | |
| Hélénie d’automne.—Pleurs. | Hêtre commun.—Prospérité. |
| Héliotrope.—Enivrement d’amour. | Hortensie.—Insouciance. |
| Hellébore de Noël.—Bel esprit. | Houblon.—Injustice. |
| Hépatique.—Confiance. | Houx.—Prévoyance. |
| I J | |
| Ibride de Perse.—Indifférence. | Jacinthe d’Orient.—Langage des fleurs. |
| If.—Tristesse. | Jacinthe sauvage.—Jeu. |
| Immortelle.—Souvenir immortel. | Jasmin commun.—Amabilité. |
| Ipomée écarlate.—Étreinte. | Jasmin d’Espagne.—Sensualité. |
| Iris.—Message. | Jasmin de Virginie.—Séparation. |
| Iris flambe.—Flamme. | Jonc des champs.—Docilité. |
| Ivraie.—Vice. | Jonquille.—Désir. |
| Jacinthe étalée.—Bienveillance. | Jusquiame.—Défaut. |
| L | |
| Lauréole bois gentil.—Désir de plaire. | Lilas commun.—Première émotion d’amour. |
| Laurier-amandier.—Perfidie. | Lin.—Bienfaiteur. |
| Laurier franc.—Gloire. | Lis.—Majesté. |
| Laurier-rose.—Méfiance. | Liseron des champs.—Humilité. |
| Laurier-thym.—Petits soins. | Liseron pourpre.—Élévation. |
| Lavande aspic.—Méfiance. | Lunaire.—Oubli. |
| Lierre.—Amitié. | Luzerne.—Vie. |
| Lilas blanc.—Jeunesse. | |
| M | |
| Mancenillier.—Fausseté. | Momordique élastique.—Critique, mystification. |
| Mandragore.—Rareté. | Morelle.—Vérité. |
| Marguerite des prés.—M’aimerez-vous? | Mouron rouge.—Rendez vous. |
| Marguerite reine.—Variété. | Muflier.—Présomption. |
| Marronnier d’Inde.—Luxe. | Muguet de mai.—Retour du bonheur. |
| Mélèze.—Audace. | Mûrier blanc.—Prudence. |
| Mélisse citronnelle.—Plaisanterie. | Mûrier noir.—Dévouement. |
| Menthe poivrée.—Chaleur de sentiment. | Myrobolan.—Privation. |
| Ményanthe.—Calme, repos. | Myrte.—Amour. |
| Miroir de Vénus.—Flatterie. | |
| N | |
| Narcisse des poètes.—Égoïsme. | Nénuphar blanc.—Éloquence. |
| Narcisse des prés.—Espérance trompeuse. | Noisetier.—Réconciliation. |
| Narcisse jonquille.—Désir. | Nymphéa jaune.—Refroidissement. |
| Nélombo.—Sagesse. | |
| O | |
| Œillet de poète.—Dédain. | Oranger.—Générosité. |
| Œillet des fleuristes.—Amour sincère. | Ornithogale.—Paresse. |
| Œillet jaune.—Exigence. | Ornithogale pyramidale.—Pureté. |
| Œillet-mignardise.—Enfantillage. | Orobranche majeure.—Union. |
| Olivier.—Paix. | Ortie.—Cruauté. |
| Onagre.—Inconstance. | Osmonde.—Rêverie. |
| Ophrise-araignée.—Adresse. | Oxalide-alleluia.—Joie. |
| Ophrise-mouche.—Erreur. | |
| P Q | |
| Pâquerette double.—Affection. | Pied-d’alouette.—Légèreté. |
| Pâquerette simple.—Innocence. | Pin.—Hardiesse. |
| Passiflore.—Croyance. | Pissenlit.—Oracle. |
| Patience.—Patience. | Pivoine officinale.—Honte. |
| Pavot blanc.—Sommeil du cœur. | Plaqueminier.—Résistance. |
| Pavot coquelicot.—Beauté éphémère. | Platane.—Génie. |
| Pensée.—Pensée. | Polémoine bleue.—Rupture. |
| Perce-neige.—Consolation. | Polygala.—Ermitage. |
| Persil.—Festin. | Polytric à urne.—Secret. |
| Pervenche.—Doux souvenir. | Primevère.—Première jeunesse. |
| Peuplier blanc.—Temps. | Prunier.—Promesse. |
| Peuplier noir.—Courage. | Prunier sauvage.—Indépendance. |
| Peuplier tremble.—Gémissement. | Pyramidale bleue.—Constance. |
| Phalangère.—Antidote. | Quintefeuille.—Fille chérie. |
| R | |
| Raquette figuier d’Inde.—Je brûle. | Rose en bouton.—Jeune fille. |
| Renoncule bouton d’or.—Perfidie. | Rose jaune.—Infidélité. |
| Renoncule scélérate.—Ingratitude. | Rose musquée.—Beauté capricieuse. |
| Réséda.—Mérite modeste. | Rose mousseuse.—Amour voluptueux. |
| Romarin.—Baume consolateur. | Rose panachée.—Feu du cœur. |
| Ronce.—Envie. | Rose pompon.—Gentillesse. |
| Rose.—Beauté. | Rose simple.—Simplicité. |
| Rose blanche.—Silence. | Rose trémière.—Fécondité. |
| Rose capucine.—Éclat. | Roseau.—Indiscrétion, musique. |
| Rose cent-feuilles.—Grâces. | Rossolis à feuilles rondes.—Surprise. |
| Rose des quatre saisons.—Beauté toujours nouvelle. | Rue sauvage.—Mœurs. |
| S | |
| Safran.—Abus. | Soleil ou hélianthe.—Fausses richesses. |
| Sainfoin oscillant.—Agitation. | Souci commun.—Peine. |
| Salicaire.—Prétention. | Souci pluvial.—Présage. |
| Sapin.—Élévation. | Spirée ulmaire.—Inutilité. |
| Sauge.—Estime. | Staticée maritime.—Sympathie. |
| Saule pleureur.—Mélancolie. | Stramoine.—Déguisement. |
| Sensitive.—Pudeur. | Stramoine fastueuse.—Soupçon. |
| Seringa.—Amour fraternel. | Syringa.—Amour fraternel. |
| Silénée fleur de nuit.—Nuit. | |
| T V Z | |
| Tame commun.—Appui. | Tussilage odorant.—Justice. |
| Thym.—Activité. | Valériane rouge.—Facilité. |
| Tigridie.—Cruauté. | Véronique élégante.—Fidélité. |
| Tilleul.—Amour conjugal. | Verveine.—Enchantement. |
| Troëne.—Défense. | Vigne.—Ivresse. |
| Tubéreuse.—Volupté. | Violette blanche.—Candeur. |
| Tulipe.—Déclaration d’amour. | Violette odorante.—Modestie. |
| Tulipe vierge.—Début littéraire. | Zéphyranthe.—Douces caresses. |
Le poète passa le reste de la nuit dans son fauteuil. Il rêva qu’on le couronnait au Capitole, et qu’il marchait revêtu d’une robe flottante, tenant à la main une lyre d’or.
En se réveillant, la première personne qu’il vit fut la Pensée, qui lui souriait. Il lui raconta ce qui lui était arrivé, lui demandant s’il n’était pas le jouet d’un songe, et si les fleurs pouvaient parler.
—C’est moi qui te parlais en elles, répondit la Pensée. Désormais tu vas dépasser tes rivaux; les secrets que je t’ai révélés, et que nul n’a connus avant toi, feront la source de toute poésie.
Jacobus baisa la main de la Pensée, et lui demanda la permission de relire les fragments écrits pendant la nuit.
A peine eut-il terminé sa lecture qu’il froissa le manuscrit entre ses mains et le jeta à la tête de la Pensée.
—Malheureuse! s’écria-t-il, c’est ainsi que vous reconnaissez mon hospitalité! Que voulez-vous que je fasse de toutes ces fariboles? Mais c’est tout bonnement le langage des fleurs que vous m’avez révélé. Il y a plus de mille ans qu’il fut inventé en Perse par un académicien de Bagdad. Les petits enfants me riraient au nez si je leur parlais de ces balivernes. Sachez que nous avons changé tout cela; les fleurs ont maintenant une autre signification, et, pour commencer par vous, je vous dirai que vous n’êtes qu’une vieille intrigante: vous venez tout simplement de paonsée, à cause de la ressemblance qui existe entre votre forme, vos couleurs et celles du paon. Il y a très-longtemps que les savants ont découvert votre origine véritable. Ils s’occupent de décider maintenant à quelle fleur appartiendra le droit de représenter ce phénomène de l’intelligence qu’on appelle pensée; quant à cet autre phénomène de la pensée qu’on nomme souvenir, nous avons pour le personnifier le myosotis, que tous les gens éclairés prononcent vergiss mein nicht.
La mère Jacobus, attirée par le bruit, et voyant de quoi il s’agissait, mit prudemment de côté les œufs et le café à la crème qu’elle avait préparés pour le déjeuner de la voyageuse.—Ma mie, s’écria-t-elle, vous nous la baillez belle avec votre langage des fleurs. Vous nous prenez pour des Picards ou des Percherons, que vous venez nous raconter de telles sornettes. Je vois que vous n’êtes qu’une intrigante qu’il faut chasser; mais auparavant, pour vous montrer qu’on ne nous mystifie pas aussi facilement que vous le croyez, je vais vous narrer une toute petite histoire. Écoutez-moi, mon fils, vous allez enfin savoir pourquoi votre père a eu le bout du nez gelé.
Après avoir toussé et craché, la mère Jacobus entama le récit suivant.
II
OU L’ON PROUVE QUE LE LANGAGE DES FLEURS PEUT FAIRE PERDRE LE BOUT DU NEZ A UN HOMME
J’aimais Jacobus, et Jacobus m’aimait. Jeunes tous les deux, beaux tous les deux, sensibles tous les deux, nous nous étions promis de vivre l’un pour l’autre. Malheureusement la volonté de nos parents nous séparait. Notre seule consolation était de nous écrire.
Madame Jacobus poussa un soupir, puis elle reprit son récit:
O ma bien-aimée! me dit un jour Jacobus, nous sommes entourés de piéges; qui sait si on ne finira pas par découvrir le creux du hêtre où nous venons déposer nos lettres d’amour! Afin qu’aucun œil indiscret ne pénètre nos mystères, je t’ai apporté ce petit livre, qui t’enseignera une langue nouvelle inconnue au vulgaire. Apprends à la lire, et surtout à l’écrire correctement!
Je pris le livre; il était intitulé: Cours de langage des fleurs, en douze leçons.
Avec quelle ardeur je me livrai à cette étude! La langue des fleurs, à vrai dire, ne semble pas très-difficile au premier abord: le verbe n’a que trois personnes, la première, la seconde et la troisième, je, tu, il.
Voici comment il se conjugue:
«J’aime. On présente la fleur de la main droite et horizontalement.
«Tu aimes. Même fleur, de la même main, mais penchée à gauche.
«Il aime. Même fleur présentée de la main gauche.
«Deux fleurs indiquent le pluriel. Une fleur renversée, la négation. Ainsi, un asphodèle jaune, la tête en bas, la tige en l’air, signifie: Je ne vous regrette pas.
«Les temps sont au nombre de trois: le présent, le passé, le futur. Le présent s’exprime en offrant la fleur à la hauteur du cœur; le passé, en la présentant le bras incliné vers la terre; le futur, en l’élevant à la hauteur des yeux.
«S’il s’agit d’un substantif au lieu d’un verbe, on conjugue la fleur avec un auxiliaire. Exemple: le jasmin est le symbole de l’amabilité; offert droit et de la main droite, il signifie: Je vous trouve aimable; penché à gauche et de la main droite: Vous me trouvez aimable. Combien votre père, ô Jacobus, était jasmin pour moi!»
L’amour eut bientôt gravé ces principes dans ma mémoire. L’été, un bouquet placé sur mon sein lui indiquait toutes mes pensées; l’hiver, quand les fleurs vinrent à nous manquer, leur nom tracé sur le papier nous instruisait de la situation de nos affaires. A cette époque-là, Jacobus se préparait à faire un voyage à Paris, pour voir un de ses oncles de qui dépendait notre union. Je me rappelle encore le billet qu’il m’écrivit à cette occasion:
«L’absinthe ne peut rien contre le véritable acacia. Tu le sais, j’ai arum serpentaire de l’airelle myrtille. Pas d’adoxa! Anémone hépatique, ton acacia en est agavé. Éloigne tout asphodèle jaune, et songe à l’armoise de nous revoir.
«Myrte à la hauteur du cœur et myrte à la hauteur des yeux for ever.
«Jacobus.»
Je n’eus pas besoin de recourir au dictionnaire pour traduire immédiatement ce billet:
«L’absence ne peut rien contre le véritable amour. Tu le sais, j’ai horreur de la trahison. Pas de faiblesse! Aie de la confiance, ton amour est en sûreté. Éloigne tout regret, et songe au bonheur de nous revoir.
«Je t’aime et t’aimerai toujours.
«Jacobus.»
Cette lettre tomba entre les mains de mon tuteur, mais il n’y vit que du feu.
Je bénissais le langage des fleurs, et je l’étudiais avec plus d’ardeur que jamais, lorsqu’il faillit à me priver d’un époux, ô Jacobus! et vous d’un père.
Ici Jacobus fils crut devoir essuyer une larme.
Quelques fleurs ouvrent leur corolle à une heure déterminée du jour, et la referment à une autre heure déterminée. Linnée en a dressé le tableau. C’est avec ce tableau qu’on compte les heures en langage des fleurs.
| HORLOGE DE FLORE | |
| Minuit. | Le Cactier à grandes fleurs. |
| Une heure. | Le Laiteron de Laponie. |
| Deux heures. | Le Salsifis jaune. |
| Trois heures. | La grande Dicride. |
| Quatre heures. | La Cripide des toits. |
| Cinq heures. | L’Emérocalle fauve. |
| Six heures. | L’Epervière frutiqueuse. |
| Sept heures. | Le Souci pluvial. |
| Huit heures. | Le Mouron rouge. |
| Neuf heures. | Le Souci des champs. |
| Dix heures. | La Ficoïde napolitaine. |
| Onze heures. | L’Ornithogale. |
| Midi. | La Ficoïde glaciale. |
| Une heure. | L’Œillet prolifère. |
| Deux heures. | L’Epervière piloselle. |
| Trois heures. | Le Pissenlit taraxacoïde. |
| Quatre heures. | L’Alysse alystoïde. |
| Cinq heures. | La Belle-de-nuit. |
| Six heures. | La Géranium triste. |
| Sept heures. | Le Pavot à tige nue. |
| Huit heures. | Le Liseron droit. |
| Neuf heures. | Le Liseron linéaire. |
| Dix heures. | L’Hipomée pourpre. |
| Onze heures. | Le Silené fleur de nuit. |
Je me souviens que ce tableau me donna beaucoup de peine à apprendre. Il en fut de même des jours et des mois. Jacobus m’avait prévenue qu’en fait de jours chacun était libre de se faire un calendrier de fantaisie. Voici le nôtre. Vous pouvez vous en servir, ajouta-t-elle en lançant un coup d’œil sardonique à la Pensée.
| SEMAINE DE FLORE | |
| Lundi. | Baguenaudier. |
| Mardi. | Boule de neige. |
| Mercredi. | Epine-vinette. |
| Jeudi. | Lilas. |
| Vendredi. | Cyprès. |
| Samedi. | Jonquille. |
| Dimanche. | Giroflée. |
Pour les mois, rien de plus simple; la nature, en faisant fleurir chaque plante à une époque fixe de l’année, s’est chargée de rédiger cette partie du calendrier.
| CALENDRIER DE FLORE | |
| Janvier. | Ellébore noir. |
| Février. | Daphné bois gentil. |
| Mars. | Soldanelle des Alpes. |
| Avril. | Tulipe odorante. |
| Mai. | Spirée filipendule. |
| Juin. | Pavot-coquelicot. |
| Juillet. | Chironie petite centaurée. |
| Aout. | Scabieuse. |
| Septembre. | Cyclame d’Europe. |
| Octobre. | Millepertuis de la Chine. |
| Novembre. | Ximénésie encéléoïde. |
| Décembre. | Lopésie à grappe. |
Votre père était de retour de Paris, et mon tuteur me tenait renfermée. Je brûlais cependant de connaître les résultats de son voyage. Je séduisis un de mes gardiens, et j’écrivis la lettre suivante à Jacobus: