Rémission.

XVI. Il y en a qui parlent suivant leurs intentions arrêtées aux objets. Le boulanger de la ville tenoit à ferme une maison qui étoit à ce monsieur le conseiller; & là y avoit un beau jardin, où les arbres rapportoient de beaux abricots, & de bonne heure. Ce jardinier, en ayant recueilli des plus beaux & premiers, appella le mitron, auquel il commanda d'en porter un quarteron à monsieur le conseiller.

Valron. Qu'est-ce que mitron?

Térence. Les valets des boulangers sont ainsi nommés, parce qu'ils n'ont point de haut-de chausses, mais seulement une devantiere, telle ou semblable à celle des capucins, qu'ils nomment une mutarde, & qui, en pure scolastique, est nommée une mitre renversée. La mitre couvre la tête, & ce devanteau le cul, qui sont relatifs. Le mitron, obéissant à son maître, vint avec les abricots; & entra dans la chambre, où la servante l'introduisit. Il fit une belle révérence à mademoiselle à cul nud, lui demandant où étoit monsieur. Elle dit: il viendra à cette heure, mon ami; attendez le un peu. Cependant le mitron regardoit la demoiselle qui s'achevoit d'habiller, & faisoit la litiere à ses tetons, qui paroissoient mignons & beaux; il les considéroit des yeux fort goulûment, que voici monsieur qui entra. Alors le mitron, allant vers lui, fait une grande révérence, & lui dit: monsieur, voilà mon maître qui se recommande à vous, & vous envoie une pannerée de tetons. Il dit ainsi, pensant & parlant tout à-la-fois. Quoi! dit monsieur, ce coquin ne sait ce qu'il dit. Le mitron, voulant faire la révérence, trouva derriere lui un placet qui le fit cheoir, de sorte que, sa devantiere se renversant sur le ventre, il montra toute sa pauvreté, ses pauvres tritebilles. Qu'est ceci, ce dit le conseiller? Voyez ce maraut! Il se met à regarder les tetons de ma femme; il ne sait ce qu'il dit, & encore se laisse tomber. Adonc la demoiselle, qui regardoit le paquet d'amour, le spectacle de l'outil de nature, excusant ce pauvre mitron, dit à son mari: mon ami, vous le devez excuser; s'il est chut. Un cheval qui a quatre couilles, se laisse bien cheoir. Elle vouloit dire quatre pieds; mais l'objet la détournoit.

Madame. Quel paquet d'amour! Que le chat fût bridé de semblables!

L'autre. Il n'en seroit pas plus fort, pour l'avoir mangé. Je vous le prouverai, par l'aventure qui nous survint à la Boisiardiere; où, un vendredi, nous dînions; & madame se coléroit de ce que l'on n'avoit gueres mis de beurre. La fille qui l'avoit en charge vint, & tenoit le chat mignon en sa main, & disoit qu'elle l'avoit pris sur le fait, achevant de manger quatre livres de beurre. Moi, qui aime justice, desirois excuser le chat; & pour sa justification, & je le pris & le pese; & en bonne finte, il ne pesoit que trois livres trois quarterons; je ne sais ce qu'il pesa, quand il eut chié le beurre; allez-y voir.

Rabelais. Il a oublié ce qu'il vouloit dire.

Gregoire. Comme celui qui se vouloit faire recevoir procureur au châtelet, lequel se présenta humblement à l'examen; & ainsi que l'on lui eut fait plusieurs questions, il ne savoit répondre à aucune. Un des messieurs lui demanda, d'où venoit cela qu'il ne se présentoit & ne savoit rien: messieurs, dit-il, j'ai été en vendanges, où j'ai oublié tout ce que je savois.

Godefroi. Et ce bon personnage qui avoit acheté… O, qu'ai-je dit? Qui avoit eu gratis, comme les autres, un métier de conseiller.

Louvet. Appellez-vous cela métier? Vous seriez aussi prophané, que le bourgeois de la Rochelle, qui, ce dernier carême-prenant, ayant été tancé, parce qu'il étoit de la religion, d'avoir joué joyeusement, (& même le consistoire l'avoit repris aigrement) se trouvant en compagnie, où l'on se consoloit de ce qui s'étoit passé, va dire: par la certebleu, si j'avois trouvé quelqu'un qui me voulût bailler cinquante écus de mon métier de huguenot, je m'en déferois.

Discours.

XVII. Plotin. Ho! compere, que vous allez vîte! Comme vous dépêchez tout!

Godefroi. Je ne vais pas si vîte que le plumacier de l'univers.

Ciceron. Quel diable de nouveau mot est ceci? Qui est ce plumacier?

Plotin. C'est celui qui pose les panaches sur les têtes des hommes de l'univers.

Pogge. Je gage qu'il veut parler de cornage.

Plotin. Tu l'as trouvé; qu'il te puisse accompagner comme accident indélébile!

Asclepiades. Comment est-ce qu'il va si-tôt?

Plotin. O cher compere de toute la fressure, je te le dirai! Sache, toi qui as belle & jeune femme; sache, mon tendre & jovial petit belleau, mon petit prêteur de franches repues, que, si tu étois au Grand-Caire, & que ta femme tant poupine fût à Paris, & que de son consentement, me faisant ouverture de ses bonnes graces, elle me laissât entrer à elle, je n'aurois pas si-tôt mis mon V, I, T, pied, dans son C, O, N, pantoufle, que l'admirable, grand & révéré cocuage ne fût, en un instant, au Grand-Caire, à te frétiller avant la tête, pour te réjouir du beau petit plumage d'amourettes.

Planudes. Triste garçon à demi vieil que tu es, je t'assure que ta journée n'y monteroit gueres. Tu es de ceux auxquels on peut dire: depuis que la couille passe le vit; adieu vous dis.

Bionon. Paix, de par tous les diables, taisez-vous, ou je vous couperai le cou, comme je fis un jour à un roi qui chioit. Achevez le discours de ce conseiller, & meshui ne vous interromprai; ou j'abomine, je contamine, je précipite, je diable, je trente mille: a, ha! je ne le dirai pas: faites votre devoir.

Godefroi. Parlez-vous de ce conseiller de la prévôté, lequel le pere le présentant à messieurs, demandant séance pour lui, leur dit: messieurs, mon fils n'a point de science, il vous plaira lui en donner. (Un gâta tout. Non, dit-il, c'est de celui qui se faisoit recevoir à la cour, qui est tant bonne & douce, la bonne dame, qu'elle ne reçoit, ou n'a reçu, ou ne recevra, de peur de faillir, je ne le dirai pas; en voilà qui me veulent faire dire des ânes, je n'en ferai rien.) Ainsi que messieurs interrogeoient ce bon personnage déja âgé, ils l'incitoient à répondre; & il ne savoit, d'autant qu'il n'entendoit pas ce qu'ils disoient. (S'il eût été encore comme moi, qui plaidant ma premiere cause, je dis à ces messieurs-là beaucoup de choses que je n'entendois pas, ni eux aussi, ce qui m'apporta une belle dayée de réputaison.) Ce personnage écoutoit; puis, comme revenu de bien en songerie, dit: messieurs, je n'ai pas accoutumé ce ménage ainsi que vous dites. Bien je ne sais rien, il est vrai; mais j'ai un fils qui est bien savant, qui répondra pour moi, comme mon compere le sieur Basgrand a répondu de l'argent que je dois de mon office. Par dépit qu'il ne put être reçu, si-tôt que sa femme fut morte, il récompensa une prébende, & fut official.

L'autre. Ce fut à lui, auquel Menaud, notre métayer fit une jolie réponse. On agissoit devant lui d'une cause de fouculterie; & Menaud étoit appellé à témoin, pour dire que le garçon eût eu habitation de concupiscence charnelle avec cette fille. Ainsi que Menaud fut entré, il dit: j'y étois, & ce que je vous dis est vrai, monsieur l'official. Dieu me doint bonne vie & longue! on m'a dit que vous me demandiez. L'official lui dit: & bien, mon ami, dites vrai. Avez-vous vu que ce gars ait envahi cette fille? Avez-vous vu qu'il l'ait travaillée? Monsieur l'official, je n'en saurois que dire; je suis votre serviteur. Là, mon ami, dites; je suis le vôtre. A, a! monsieur, il suffit, si vous me faites plaisir. Dites donc, mon ami, dites. Et bien, monsieur l'official, je vous dirai: j'ai vu quatre fesses & deux culs; mais je n'ai point vu de vit; je crois que le larron de con l'avoit en la goule.

Sapho. Hé gai, voilà de beaux contes à dire devant des gens d'église. Aussi

Je suis si aise quand je cous,
Si pour un C. je mets une F,
Qu'il m'est avis, à tous les coups,
Que j'ente une mignonne greffe.

Folie.

XVIII. Certorius. Je m'étonne que le roi n'ôte ces officialités, s'il le faisoit il soulageroit beaucoup de monde, & enrichiroit sa justice, & si feroit que les ecclésiastiques seroient chastes. Pensez-vous qu'oyant ainsi parler de turpitude, le bandage ne leur simule pas?

Cusa. A la vérité, les oreilles & les yeux servent beaucoup à besogner, témoin le curé de saint Clément, qui, en son prône, disoit: les dames montrent leurs tetons; ce n'est pas bien fait; & puis elles étendent leurs chemises autour du cimetiere. En dà, ni moi, ni mes vicaires ne sommes pas anges; cela nous tente.

Xénocrates. Pargoi, il n'étoit gueres sage, il y paroissoit; il ne lui falloit point aller à la touche des merveilles.

Cesar. Quelle touche!

Xénocrates. C'est celle qui est à Paris, justement dans le badaudois, au lieu même où Pepin fianta, (je cuidois dire fit ses affaires sur l'état de France. Il fit mettre & exposer cette touche qui est notable, d'autant que sur icelle, comme on éprouve l'or à celle des orfevres, on examine les folies des anciens, les sottises des nouveaux, la gloire des présomptueux, & bref toutes les viédaseries des humains; & dit-on que ce volume y a été trouvé, ainsi qu'il y avoit été laissé par feu Guillaume de Paris, qui, aux porteaux de notre-dame, a mis les figures chimiques à faire la projection à devenir sages, de laquelle on use, comme de cendre, à l'entrée de ce noble chaircutieux de carême.

Barnaud. Je pense que vous rêvez d'appeller carême chaircuitier.

Xénocrates. Oui, je rêve: il vous l'est avis. Notez ces paroles; chaircuitier est un qui fait cuire de la chair; undè chaircuitier: mais chaircuitieux est un qui concutie la chair, qui la chasse, qui la ruine, comme font les maréchaux & médecins nouveaux.

Barnaud. Tu y as excepté les médecins, parce que tu en as affaire. Est-il pas vrai que, comme tu écrivois contre Machiavel, tu avois si fort les hémorrhoïdes, que le cul te distilloit tout en sang, & en étois à demi mort.

Xénocrates. Sachez, bel ami, que les sages médecins font leurs essais sur les gens d'église, malfaiteurs, gueux & putains. Tels sont les quatre élémens d'essais.

Beze. Tu me refais bien; j'aimerois autant le fou de la Bourdaisiere, qui avoit avalé une pièce de vingt sols. Comme il vint à la rendre par bas, il avoit de la peine. A la fin l'ayant tirée, il dit à son maître, la lui jettant toute breneuse sur la table: en dà, monsieur cousin, que l'argent est fâcheux & difficile à faire.

Cebes. Qui l'eût mis sur votre touche de tantôt, elle eût été touche à connoître merde; cela eût bien servi aux médecins.

Xénocrates. C'est tout un; je reviens à cette pierre, d'autant que je suis alquemiste, aussi les alquemistes ont la pierre en la tête; & pensois que voulussiez parler du révérend pere abbé de Vienne, au-dessous de Lyon, lequel voyant la grosse pierre qui est en la prairie, où il y avoit en écrit: qui me virera, grand trésor aura. Le bon & noble pere (il n'étoit pas de la famille des Laurents, il avoit trop d'esprit) se mit en frais pour faire virer cette pierre, & y dépensa trois mille quatre cent vingt-deux écus dix-sept sols & une pite, ce que je mets pour vous assurer. Jaloignès le notaire en a fait le compte. Et comme elle fut tournée, il trouva de l'autre côté: virier je me veliens, parce que me doliens.

Salivas. Il fut bien deçu; il pensoit avoir trouvé la pierre philosophale.

Galandius. Par la mort d'œuf, il n'étoit pas en tant de bien que le Granger de saint Martin, qui un tems fut, étant couché entre deux garces, disoit, étendant ses bras, main deçà, main delà: que de biens!

Œcolampade. Je sais bien qu'il est; C'est celui qui mourut l'année passée. Son valet me vint quérir, pour le voir, & me dit: hélas! monsieur, venez vîtement; mon maître se meurt de l'apocalipse; il vouloit dire de l'apoplexie; ainsi que l'entendoit le vicaire de saint Saturnin, quand le second président en mourut; lui étant venu ce mal, d'appréhension d'avoir été de la ligue.

Marot. Tu as bien débuté avec la ligue; tu es un bel archer, tu y vises bien!

Jamin. Aussi-bien que celui qui voyoit l'amour, qui est à la Boudaisiere, fait en si belle peinture, que l'amour a été fait après ce portrait. Quand le roi venoit de fixer le mercure, il vint en cette belle maison. Et comme ès lieux curieux il y a toujours des amuses fous, ce tableau d'amour étoit en la grande salle. Il y eut un gentilhomme qui s'y amusa; & voyant cet amour avec son trait sur l'arc, comme prêt à décocher, & lisant autour: sublato amore omnia ruunt, étoit en grand peine que cela pouvoit signifier. Il passa un aumônier, auquel il le demanda. L'aumônier l'ayant lu, dit: monsieur, vous êtes fâcheux; ce latin là est possible prophane; il n'est pas de bréviaire; je ne l'entends, ni ne le veux entendre. Monsieur, ne vous fâchez point, je vous prie. Il en passa un autre qui fut plus hardi, auquel il fit la même priere. Adonc le prêtre, ayant considéré l'état de la figure, lui dit: monsieur, cela signifie que, si dieu vouloit, tous les anges du paradis tireroient ainsi de l'arc.

Buchanan. Je pense qu'il entendoit aussi peu de latin que le sieur du Coudrai, qui me pria un jour de lui montrer du latin. Vraiment, je le menai en la boutique d'un libraire, où j'ouvris des livres latins, & lui montrai du latin. Il se voulut colerer; à jan, j'avois une épée aussi bien que lui; je nous fussions bien battus.

Pogge. Et vive les coups de poings; on n'en meurt que par hazard, non plus que d'autre chose.

Des Essards. Et quoi! portiez-vous lors une épée?

Buchanan. Oui.

Des Essards. Et de quel saint?

Buchanan. Je suis gentilhomme; & par la double-triple manche de serpe, nous sommes tous gentilshommes en notre pays.

Des Essards. O! ha, hé! & qui est-ce donc qui garde les pourceaux?

Buchanan. C'est l'abbé de Turpenai, qui fut celui qui eut la venue par mon compere Tristan que voilà, qui en fait des reproches au roi Louis onzieme, lequel avoit donné l'abbaye de Turpenai à un gentilhomme, qui, jouissant du revenu, se faisoit nommer monsieur de Turpenai. Il avint que le roi étant au Plessis-les-Tours, le vrai abbé qui étoit moine, & comme ceux qui duement pourvus ont été appellés antiques, d'autant que c'étoit à l'antique mode, qu'il n'y avoit point de commentaire; (foin, je pensois dire de commendataires.) Cet abbé se vint présenter au Roi, & lui fit sa requête, lui remontrant que canoniquement & monastiquement il étoit pourvu de l'abbaye, & que le gentilhomme usurpateur lui faisoit tort contre toute raison; & partant qu'il invoquoit sa majesté, pour lui être fait droit. En secouant sa parruque, le roi lui promit de le rendre content. Ce moine importun, comme tous animaux portant cucule, venoit souvent aux issues du repas du roi, pour lui ramentevoir son affaire. Un jour, le roi, ennuyé de l'eau bénite du couvent, appella mon compere Tristan, & lui dit: compere, il y a ici un Turpenai qui me fâche; ôtez-le moi du monde. Tristan n'y faillit non plus, qu'il lui eût failli, ainsi qu'il se trouve ès Florides, quand sous le nom de Stratin il eut la tête tranchée à Sancerre, tourné en Rancrese, témoin Verville qui me l'a dit, ainsi qu'il l'a écrit. Tristan prenant un froc pour un moine, ou un moine pour un froc, vint à ce gentilhomme, que toute la cour nommoit monsieur de Turpenai; & l'ayant accosté, fit tant qu'il le détourna; puis le tenant, lui fit entendre que le roi vouloit qu'il mourût, partant qu'il fît son testament, comme font les enfans de Lyon au pied d'une échelle, la tête couverte par privilége notable. Il vouloit résister en suppliant, & supplier en résistant, comme dit notre ami Castillon en son bien dire: mais il n'y eut aucun moyen d'être ouï. Il fut délicatement étranglé entre la tête & les épaules, si qu'il expira; & trois heures après, le compere dit au roi, qu'il étoit distillé. Il avint cinq jours après, qui est le terme que les ames reviennent, si elles doivent revenir, ainsi que dit saint Foubrequin, que le moine vint à la salle où étoit le roi, lequel le voyant, demeura fort étonné, & lui sembloit avoir devant lui le spectacle hideux de l'ame monachale, étrangée de son triste corps. Tristan étoit présent. Le roi l'appelle, & lui dit en l'oreille: vous n'avez pas fait ce que je vous ai dit. Ne vous déplaise, sire, dit-il, je l'ai fait. Turpenai est mort. Hé! je disois & entendois de ce moine. J'ai ouï & entendu du gentilhomme. Quoi! c'est donc fait? Oui, sire. Or bien, se tournant vers le moine: venez ici, moine. Le moine s'approche: le roi lui dit: mettez-vous à genoux. Le pauvre moine avoit peur. Et le roi lui dit: remerciez dieu, qui n'a pas voulu que vous fussiez tué, comme je l'avois commandé. Celui qui prenoit votre bien l'a été. Allez, dieu vous a fait justice; allez, priez dieu pour moi, & ne bougez de votre couvent.

Contrat.

XIX. Sapho. Je pense que ce pauvre moine n'arsoit pas à cette heure.

Beze. Vraiment non, non plus que monsieur le grand prieur de Marmoustier, qui disoit que sa couille étoit en chaleur, & que son vit ne bougeoit de dessus.

Sapho. C'est que ce pauvre cas avoit perdu de l'argent, il regardoit contre bas, il n'eût pas été bon pour la tante de maître Philippes.

Coquefredouille. Comment?

Sapho. Elle vouloit être remariée pour la cinquième fois; & maître Philippes s'en fâchant, lui dit: vraiment, ma tante, vous ne seriez pas profitable à faire un écrou de pressoir; vous usez trop de vis.

Toni. En quel tems est-ce que l'on a plus les vis en la main?

Madame. C'est quand on descend un degré.

Sibilot. Qui sont les vide greniers?

César. Crocheteurs qui en ôtent le bled. Je crois que l'on s'y échauffe. Voire, & bien plus que le Breton, qui, à la défaite de Craon, s'enfuit & se cacha en la queue d'un étang, sous les feuilles de nymphe, où il fut long-tems, & jusques à ce qu'il apperçut un paysan qui passoit; & il l'appella, lui demandant s'ils étoient encore là. Il dit qu'il n'y avoit plus personne. Vraiment, ils ont bien fait; le cerveau commençoit à m'échauffer. Il lui échauffoit un peu moins, qu'à celui qui avoit la tête dans un pot de fer.

Pighius. Je m'en souviens: nous étions à Genève, & folâtrant en notre logis à carême-prenant en cachette, comme on fait en ce pays, lorsqu'en carême l'on fait le petit exercice. Il y eut un de nos amis, (je crois que ce fut Feverdant) qui mit sur sa tête un pot de fer, & se mit à sauter. En dà; la tête lui entre dedans, & ne pouvoit l'en ôter. Nous eûmes bien de la peine; & sans le pere Ignace qui s'avisa d'un bon expédient, il lui eût fallu rompre le pot ou la tête. Ce pere, plein d'industrie, prit le chausse-pied du laquais de sainte Aldegonde, & le passa sur le nez qui empêchoit que le pot ne se dégainât, & tira par-dessus, si que, le nez rabatu, la tête sortit du pot fort aisément. Nous en rîmes tout notre benoît saoul, d'autant qu'il demeura camus. Mais qui fut celui qui rit tant, qu'il en fianta en ses chausses?

Vigor. Ce fut mon compere le cardinal le Moine, qui nous avoit proposé de faire un mal-fait sans péché, & un bienfait sans mérite. A quoi fort à propos répondit la docte des Roches, mere & fille, & dit qu'il falloit chier en ses chausses, puis les aller laver; parce que c'est mal fait de chier ainsi, mais ce n'est pas péché, si ce n'étoit par concupiscence, puis les laver, il n'y a point de mérite.

Alexandre le Grand. Voire, mais nous parlons de celui qui fianta sous lui.

Vigor. Vous le saurez. Nous soupions, & ayant fait beaucoup de jolis contes pour rire, le dessert fut de ce mal fait sans péché. Et Chose va dire: (je crois que ce fût moi) voilà; nous avons fait bonne chere avec du plaisir sans mal aucun; & que le mal que nous avons pensé nous puisse avenir. Quoi! dit le sage Akakias, de chier en vos chausses? Nous rîmes si fort & à propos, que le boyau culier se dilatant en la voie du sphincter qui relâchâ, je fis le péché abondamment.

Zancus. Fi, que tu étois sale? Pargoi je n'eusse pas voulu alors que tu eusses été en tel point, que quand on passe maître un boucher.

Vigor. Qu'est-ce à dire?

Zancus. Mais tout nud; tu eusses embaumé toute la chambre.

César. Mais encore, dites-nous le secret de cette maîtrise.

Zancus. Quand les bouchers font un examen à l'aspirant, ils le mènent en une haute chambre; & le tout fait, ils lui disent que, pour la sûreté des viandes, il faut savoir s'il est sain & entier; & pour cet effet le font dépouiller & le visitent. Cela fait, ils lui disent qu'il se revête; ce qu'ayant fait, & le voyant gai & ralu, ils lui disent: or çà, mon ami, vous êtes passé maître boucher, vous avez habillé un veau; faites le serment.

Louvet. Je pensois qu'on ne fît faire le serment qu'aux gens de justice; da, c'est abuser du serment, de le communiquer à tout le monde; il ne devroit appartenir qu'aux élus.

Ivellus. Vous en parlez à cause du sire Pierre le Petit, qui acheta un office d'élu & fut reçu. Un jour, étant allé à sa baronnie, son principal métayer le saluant, lui demanda de ses nouvelles; il lui en conta, puis lui dit: tu ne sais pas, Frion mon ami, je ne suis plus marchand; je suis élu. Et da, ce dit Frion, Vraiment, mon maître, j'en suis ébahi; je pensois que pour être élu, il fallût être bien savant.

Hamelius. Il y a des états, pour lesquels exercer il ne faut gueres savoir, comme vous diriez prêtres, chanoines, ministres, & tels gens.

Rabelais. Parlez-vous des ministres de ce tems?

Rabanus. Lisez l'épitaphe du ministre de feue madame; ça été Titelman qui l'a faite.

Par mon opinion sinistre,
De savetier je suis ministre.

Parenthese.

XX. Dis que tu en as, Calvin.

Calvin. Je n'en veux autre vengeance que celle qu'en prit Bersaut sur le curé de Barace & ses compagnons. Que Chose vous le raconte: je suis empêché. Ne savez-vous pas que je bois & mange si peu, qu'il me faut être en repos pour pâturer, avisez: je ne mange pas tant que beaucoup de personnes: & si tout le vin du monde étoit-là, je n'en boirois pas le quart.

Rabelais. Mais ne laissons aller Bersaut.

Calvin. Dis haut, couillaud d'Angers mon ami, & je te promets que, quand tu seras chanoine de S. Maurice, tu ne paieras rien pro futuitu, quoique nos devanciers l'aient toujours fait, & les successeurs le feront, pour entretenir les cérémonies de l'église.

Chose. Bersaut passant au-dessous de la bennerie, rencontra une nue de prêtres qui venoient d'un gaignage. Lui, bien accompagné, les environna, & leur demanda d'où ils venoient. Prêtres étonnés ne savoient presque dire, tant ils avoient peur. Or, çà, çà, dit Bersaut à un page: pied à terre; & au bon homme de curé de Barace, qui étoit fort âgé: sus, bon homme, cul bas; là, détachez vos chausses. Il pensoit devoir être écouillé. Quand les chausses furent baissées, le page, au commandement de son maître, attacha le derriere de sa chemise aux reins. Adonc il fit baisser le curé, comme quand on joue au frappemain, ou à la fausse-compagnie; puis, çà, enfans, à l'offrande. Tous les autres prêtres vinrent baiser le cul, & mirent leur argent au chapeau du page. La cérémonie accomplie, il leur demanda: & bien, enfans, me connoissez-vous? Oui, vous êtes le bon monsieur Bersaut. Allez, dit-il, & faites votre devoir; soyez gens de bien. Le lendemain, ces prêtres conterent à deux cordeliers ce qui leur étoit avenu; & les deux freres (qui aussi vont toujours deux à deux. Voire, deux à deux, ce seroient quatre: ils vont un à un. Coucher une à un est bon). Les cordeliers, passant pays, vindrent à Chesfe, où sont les oies rouges, & dînerent avec des gendarmes. Après dîner, ils rendirent graces, & dirent: dieu nous veuille donner une bonne paix. Adonc un des gendarmes va dire: dieu nous ôte le purgatoire. Ha! monsieur, ma chere ame parente de chrétienté, vous blasphémez. Mais vous, dit le soldat; il faut que chacun vive de son état. S'il n'y avoit un petit de guerre & un purgatoire, il ne faudroit ni moines ni gendarmes. A! ha, ha, hé. Au reste, étant passés outre dans le haut Anjou, par-delà Angers,

Basse ville, hauts clochers,
Riches putains, pauvres écoliers.

& proche de la maison de Bersaut, ils s'entredisent: frere, qui ira? Ce sera moi, dit l'aîné, qui avoit nom frere Eustache. Il y alla donc, & demanda à parler à monsieur, devant lequel on l'introduit. (Quoi! dit Badius, vous dites monsieur sans queue? Je le crois bien; n'ai-je pas été nourri dans les cloîtres? Je dis comme les femmes de prêtres, qui, tant pauvre soit leur maître, parlant de lui, nomment monsieur: monsieur par-ci, monsieur par-là.

Robert. Je ne pensois pas que tu eusses été de ces petits pages de frocs.

Chose. Chut. Comment osez-vous ainsi nommer les semences futures des pédagogues de l'église? Laissez-moi dire. Etant devant monsieur, il lui demanda humblement l'aumône. Oui da, dit-il, vous l'aurez, pere Moustache; mais j'ai céans un vieil serviteur qui se meurt, que je désire faire confesser. Monsieur, vous êtes en bon propos. Adonc il le mena en un grenier, où il avoit un vieil chien qui se mouroit de vieillesse. Voilà, ce dit monsieur, le serviteur dont il est question. He! a, dit le moine, monsieur, je cuide que vous vous moquez de moi simple religieux. Croyez que je ne suis pas si instruit, que je ne sache comme il faut vivre; & qu'il n'est raisonnable d'attribuer à un chien, ce qui convient à la personne. Partant, monsieur, vous m'excuserez. De dépit, lui fit donner le fouet à nud, & à bon escient; puis l'envoya. Le triste frere revint à son compagnon, auquel il conta sa fouettée & l'occasion d'icelle. Laisse-moi, dit l'autre, j'aurai pis ou mieux. Il y alla donques; & son entrée & discours furent au semblable des premiers faits à son compagnon; & Bersaut lui ayant parlé de ce vieil serviteur, il demanda à le voir. L'ayant vu, il dit: & bien, monsieur, il est raisonnable; faites-moi donner un petit bâton. Je ne veux pas que vous lui fassiez mal. Aussi ne ferai-je; mais j'ai affaire de ce que je demande. On lui bailla un bâton: & le moine le fendit un peu plus que la moitié; puis dit à monsieur & à ses gens qu'ils sortissent & se tinssent à la porte; qu'il ne falloit pas ouïr la confession d'autrui. Etant sortis, il prit l'oreille du chien dans ce bâton fendu, & lui dit: or çà, mon ami chien, voulez-vous pas mourir en chien de bien. Et lui pressant l'oreille, le chien huchoit assez haut: ouan, ouan. Ne demandez vous pas pardon à votre maître de l'avoir trompé, en mangeant le gibier quelquefois? Ouan, ouan, ouan. N'êtes-vous pas fâché d'avoir autrefois blessé quelqu'un? Ouan, ouan, ouan. Pardonnez-vous pas tout le monde? Ouan, ouan, ouan. Or soyez donc chien bienheureux, absous comme un loup gris, trépassant comme une autre laide bête. N'en êtes-vous pas bien aise, monsieur le chien? Ouan, ouan. Il y ajouta plusieurs autres belles cérémonies de chien, qui furent fort agréables & au chien & à son maître, qui, après cette action, prit le moine, lui fit bonne chere, rit avec lui, lui donna de l'argent & son cou chargé de bled, & lui promit de lui en donner, toutes les fois qu'il viendroit le voir. Le frere retourne vers le fouetté, lui montre sa quête: hé, grosse pécore, lui dit-il, tu ne sais pas vivre. En s'en allant, ils trouverent de leurs amis; & le fouetté dit: nous avons été bien fouettés. L'autre dit: mais bien vous; frere; & non pas moi. A d'autres il dit: nous avons eu bien du bled. Mais bien moi, frere, & non pas vous.

Priscian. Voilà que c'est d'entendre les affaires.

Doctrine.

XXI. Je voudrois que ma femme fût aussi bien confessée & bien noyée; je serois plus content que Bersaut, ni le moine.

Rabanus. Pourquoi voudriez-vous avoir perdu votre femme?

Priscian. Parce qu'elle ne me veut point obéir.

Statius. En da, la mienne m'obéit une fois: ce fut quand je la jettai en l'eau. Nous passions sur le pont d'Arve; & le balendrier, id est garde-fous, étoit ôté. Je la poussai en bas, & lui dis: va où tu pourras. Ce qu'elle fit galammant. Elle se sauva peut-être comme saint Pierre, quand il chut dans le ruisseau de Champagne. Je vous en dirai l'histoire comme elle avint à notre maître Rabelais, que voilà bien empêché à trouver l'essence d'un cervelas avec Théodore & Pline: (sur quoi quelqu'un me demandera de quoi il étoit, je lui dirai qu'il étoit fait comme nos autres viandes). Sachez donc que cette belle compagnie faisoit bonne chere, & telle qu'on fait hors du monde, comme nous faisons nous autres esprits séparés de nos corps. Notre bon vin n'est autre chose que le pur esprit de vin, qui échappe aux quintessencieux; nos viandes sont faites des ames des bêtes; vous, qui êtes grossiers & corporels, en mangez les corps; & nous, les ames que nous fricassons avec les fumées de sauces, & les essences des aromatiques à la clarté du feu vif, aidés de bonheur de l'huile incombustible & du sel fusible.

Le roi Agamemnon. Paix! ne passez-pas outre, ne dites pas tout.

Stadius. Et bien, sire, je me tairai. Mais si un malotru, sire, m'en parloit, je le ferois déjeûner de l'esprit de fiente royale. On dit que c'est la meilleure, je m'en rapporte aux pourceaux.

Le mortel. On voit bien que vous n'êtes guere sage de nous conter tout ceci.

Stadius. O! pauvre animal mortel, mon ami, ne sais-tu pas bien qu'ayant un corps, il faut qu'il se vuide? Et tu consens bien que la merde soit serrée en tuyaux de briques & belles canes: que souvent on la remue, & que même, ho! monsieur le doyen du chapitre de la grande église, vous en faites faire des conclusions en vos régistres, & commettez commissaires de bran pour curer les aisances. Ainsi ceux qui ont imprimé ceci, font commissaires d'excrémens. Ceci est la fiente de mon esprit; & puis je fais comme vous, messieurs les cardinaux, je fais ce bâtard: il faut qu'il vive. Mais en conscience n'est-ce pas un vrai abus, que de nos beaux ouvrages & plus sérieux? Certes ils sont aussi-bien prophanés que les plus vils. S'il y a quelque beau tableau en taille-douce bien élabouré, il sera aussi-tôt en la boutique d'un savetier, qu'au cabinet du roi. Il échet une même fortune aux uns & aux autres. Et voyez, les livres des doctes qui furent nuit & jour après la forfanterie, sont quelquefois ès mains des laquais & des putains, qui diront: que voilà qui est bien fait; ou bien: voilà qui est mal à propos. Comme disoit, un jour, une jeune garce, que son con avoit fait demoiselle par la tête, tenant un beau livre où elle n'entendoit rien, faisoit la dédaigneuse; je lui pardonne à la pauvre bête, elle en est devenue noire comme un charbon, & sale comme eau. Avisez-y, doctes; parce que souvent vos labeurs, vos bons livres sont employés à faire des cornets d'épices, ou des mouchoirs de cul; & ne peut avenir pis à cettui-ci, qui n'est écrit que pour la juste démonstration de ce qui est, d'autant que l'on voit ici la bêtise des grands de ce tems, la sotise des habiles gens, l'impudence des doctes, & la méchanceté des autres. Mais bran pour eux, ainsi que dit M. Habpin, maître chirurgien. Je n'ai jamais vû envieux & avaricieux devenir vieux. Pleurez, grands, de ne m'avoir pas eu pour pédagogue; vous fussiez bien heureux. Or adieu vous dis, comme un de profundis: & de fait, on ne voit gueres pendre de sots que par hazard & malheur, comme ce paysan de la Rochelle, qui, étant à l'échelle prêt d'être jetté, disoit: laissez-moi aller, laissez-moi aller; mes bœufs se gâtent. Et diantre, mettez donc une coëtte là bas, afin que je ne me rompe les jambes. Il ne pensoit pas devoir tenir par le col, ainsi que ces beaux esprits & tant d'habiles gens d'entendement, qui se font pendre. Faites-en de même par dépit.

Marsil-Ficin. Oui; mais il avint à plusieurs comme à Mauduit, que l'on pendoit, & le bourreau lui disoit: monsieur, mon ami, je vous prie, ne vous tourmentez pas tant: je vous pourrois faire tort, d'autant que je n'ai jamais encore pendu personne. Hélas! dit-il, mon ami, je n'ai aussi encore été pendu. Dieu nous en doint bon encontre à tous deux.

Fracastor. Elle lui seroit donc meilleure, qu'au bourreau de St. Denis en France, auquel un marchand de Paris demandoit de l'argent. Je te prie, dit-il, compere, attends un peu; je n'ai point d'argent: la pente n'a pas été bonne, cette année. Dieu y pourvoira.

Néron. Voilà bien doctriné! Vous avez laissé le conte de Rabelais.

L'autre. Il est vrai; & c'est ici la grande dignité de cet ouvrage, plein de l'intelligence de la pierre philosophale, parce que tout s'y transmue. Vous n'attendiez pas ceci, est-il pas vrai? Or bien sachez que voici le moyen de transformer, non-seulement les visages, mais aussi les essences. Et de fait, prenez-y garde de près, (comme le chevalier d'honneur de la reine, qui dort avec ses lunettes, pour sommeiller à double fond) & vous trouverez que ceux qui béniront ceci deviendront sages, s'ils ne le sont; parce qu'en vérité ces écrits cesseront, & ne seront plus grands; les vices cesseront, & toutes sortes de gens ne feront plus de folie. L'ambition & l'impiété des grands, l'ignorance des prêtres, les présomptions des ministres, le désordre des moines, l'envie des chanoines, la fausse science des docteurs, les usures des huguenots, les piperies des papistes & toute autre contradiction qui fait naître ces beaux commentaires, qui sont compilés de l'étourdissement des hommes, & friponnerie des femmes, qui s'est établie encore plus fort, depuis qu'on a nommé un cheval haquenée, un moine ou un chanoine dignité, & qu'on a appellé un chat minon: & de fait, huchez un moine, & lui dites: moine; il se fâchera.

Hotoman. Vous me faites souvenir de ce moine de Saint-Denis en France, qui voulut faire l'entendu, voyant maître Thierri de Heri à genoux, tourné vers la figure de Charles VIII. Le moine lui dit: monsieur mon ami, vous faillez: ce n'est pas l'image d'un saint que celle devant qui vous priez. Je le sais bien, dit-il; je ne suis pas si bête que vous; je connois que c'est la représentation du roi Charles VIII, pour l'ame duquel je prie, parce qu'il a apporté la vérole en France; ce qui m'a fait gagner six ou sept mille livres de rente. Ce moine là pensoit être bien savant.

Pic Mirandula. Si ne l'étoit-il pas tant, que le cousin de Vaugirand, qui est docteur en théologie, qui, venant un jour de prêcher d'un village où on l'avoit prié, s'en retournoit. Or allant & rêvant sur sa bête, il s'égara, & trouva un paysan auquel il demanda le chemin pour aller à Seveniere. Le paysan le reconnut, & lui dit: hé da, monsieur, vous êtes un homme de bien; je vous ai ouï prêcher en notre village; j'ai plus retenu de votre sermon que de tous les autres; je voudrois bien en avoir une demi-douzaine de semblables. Et bien, dit-il, mon ami, vous en aurez quelque jour; mais enseignez-moi le chemin pour aller à Seveniere. Ha! a, dit le paysan, le bon dieu m'en veuille bien garder d'enseigner à un homme qui sait tout, ha! a, vous vous moquez bien de moi. Les petits enfans le savent bien; & vous, qui savez tout, ne le sauriez-vous pas? Il n'y a pas de dret: adieu, monsieur; & le laissa là. Et le bon seigneur nous vint regarder chez nous, où nous lui fimes bonne chere. Il fut bien camus de cette réponse du paysan; il en eut le nez aussi long qu'il fut camus.

Jean Hus. Mais d'où cuidez-vous que cela est venu, que l'on a fait signifier même chose à deux contraires?

Hotoman. Je ne saurois.

Jean Hus. Je vous le dirai. Un jour de grande fête, il avoit auprès du revêtiaire de bon feu dans le chariot à grille; & un quartaire y faisoit griller du boudin durant matines. Il fut pressé d'aller, pour donner l'encens; il mit son boudin dans sa manche, & va faire son devoir. Quand le chanoine lui eut baillé l'encensoir, il va vers monsieur le chantre, qui se disposa pour recevoir la sainte fumée. Adonc le quartaire se met à jetter l'encens; & sa manche, qui se délia, laissa aller le boudin au travers des joues de monsieur le chantre, qui fut aussi étonné qu'émerveillé, & depuis le proverbe a eu lieu en France.

Aretin. Voilà bien débuté! Quand je lui vis le con, je dis bien que c'étoit une femelle.

Galien. La fites-vous remettre?

Aretin. Comment?

Galien. Ainsi que la demoiselle de Blois, qui, ayant fait une fille, après qu'elle fut accouchée, elle demanda ce que c'étoit. C'est une belle fille, dit-on. Adonc l'accouchée dit: je n'en veux point; remettez-la.

Pogge. J'aimerois autant celle qui disoit que l'on avoit enté une queue de chevreau à un agneau qu'on lui avoit vendu.

Asclépiades. Oui; & celle qui dit qu'on avoit mis un œuf au cul de la poule qu'elle avoit achetée, pour faire mine qu'elle pondoit; & elle n'avoit pas depuis pondu.

Le bon homme. Je ne sais pourquoi vous parlez de pondre. Il vient de cette fente un vent qui est pondu de n'agueres, il est bien frais.

Stofler. Attendez; je me mettrai au devant.

Le bon homme. Corbieu, tu me presserois trop; & puis, ô de par le diantre sans jurer, ne sais-tu pas bien qu'il y a trois choses qui ne veulent souffrir être pressées?

Stofler. Quelles?

Le bon homme. La tête d'un fou, les pieds d'un gouteux & le ventre d'un moine. Et si j'étois fol, moine ou gouteux, ou tout ensemble?

Stofler. Quoi! tu serois, mon bel, aussi difficile à tenir qu'un beau petit ange d'Arragon.

Le bon homme. J'aimerois mieux être d'Espagne.

Stofler. Tu serois comme le Bandol le puîné, qui est un sage, homme de bien, Espagnol & catholique.

Madame. Que dites vous là?

Stofler. Je demandois s'il y avoit des bordeaux en votre pays, madame?

Madame. Non da, il n'y en a point; mais il y a des maisons d'honneur, où l'on se réjouit avec les dames; & quelques dames d'honneur, réputées pour cela, en tirent rente pour nourrir des moines.

Buchanan. C'est donc en ce pays-là, où moine signifie larron; comme en l'isle des sots, sot signifie monsieur. Et de fait, si je vous y trouvois, je vous dirois: bon jour, sot. Ce seroit autant que vous dire: bona dies, monsieur.

Savonarola. Mais l'isle des sots est par-tout; & celle des fous est au-delà; témoin la petite fille de maître Simon, qui me vit aller à l'église avec mon surplis: elle courut à sa mere: ma mere, mon mignon est devenu fou; il a mis sa chemise sur sa robe.

Brentius. Pourquoi est-ce que, quand on nomme un homme sot, il s'estime cocu? Et si on appelle une femme vesse, elle pensera être putain?

Pogge. Ce n'est pas de même, parce que, si vous appelliez un homme pet, il ne s'en soucieroit pas; & toutefois c'est de même. Il y a fort peu à dire, pour autant que les pets font du bruit, & les vesses coulent doucement; & c'est la raison pour laquelle les hommes font tant de bruit en les priant, & elles coulent doucement comme vesses.

Brentius. O! o, ce n'est pas cela; il y en a bien une autre raison.

Pogge. Quelle?

Brentius. Les femmes ne prient point les hommes, parce qu'elles savent bien que le four est toujours chaud; mais la pâte n'est pas toujours levée. Elles seroient confuses, si elles demandoient une chose mal à point, dont elles ne seroient pas servies. Et puis elles sont honteuses quand on les prie, parce que ce qu'on leur demande est si près du cu. Il est vrai que les brehaignes sont plus heureuses que les fécondes, parce que le cas ne leur pue point; & est vrai que le cas de celles qui font des enfans est toujours faguenant & mal odorant; ce n'est qu'à cause du cu.

Marot. Vraiment voire; pensez-vous qu'elles seroient aises, si elles n'avoient point de cu? Cela n'iroit pas bien. J'entends de trou fignon.

Artémidore. Je crois qu'elles n'en ont pas, ou bien elles feignent de n'en avoir point, d'autant qu'elles sont ou font les sobres, afin de nous faire croire qu'elles ne fiantent pas.

Arnobe. Tu as dit vrai; c'est ne plus ne moins qu'elles font les chastes, afin de nous faire désirer de leur bailler ce qu'elles enragent d'avoir. Ainsi que Fleurie, la chambriere de notre bon ami le prieur de S. Eloi, laquelle vouloit épouser un cordonnier, & le pressoit devant l'official. Les parties étant devant ce juge, cette femme insistoit à avoir pour mari ce cordonnier, qui protestoit n'en vouloir point. Et pourquoi, dit l'official? Ha! dit-il, monsieur, je n'en veux point; c'est une méchante, elle m'a donné la vérole. Hélas! dit-elle, monsieur, c'est un méchant homme de dire cela; comment la lui aurois-je donnée? Je l'ai encore.

Rabelais. Il étoit instruit & dégoûté; ainsi que notre berger, qui, étant avec la servante, elle lui offroit son cas, selon leur bonne coutume; & il lui dit hardiment: ma Toinette, je t'en remercie autant que si j'en avois bien pris ma réfection.

Maître Bastien. C'est ce que j'aime que ceci; je le trouve: ce sont contes de peau-d'âne; c'est la vérité.

Melvin. Il a raison, d'autant que tous ces mémoires, dictions, discours, sentences & paroles sont prises du dictionnaire à dormir en toutes langues, de l'institution à lire sans points, sans lettres, sans caracteres, sans accens, sans figures, sans notes: aussi-bien les notes font faillir, ainsi que le disoit frere Ambroise, qui disoit qu'il eût bien chanté; mais que la note l'empêchoit. Aussi sans chiffrer telles choses, a été fait ce livre par le fils du dernier homme; item de l'épitome des bibliotheques de Saint-Germain & autres, du grand luminaire des sots, tous livres extraits de cettui-ci, auquel si chacun avoit remis ce qu'il y a pris, il n'y auroit plus qu'un livre au monde.

Suidas. Tu es bien sot de nous conter ceci, afin que tout le monde le sache, & on le vouloit céler.

Melvin. Tu es un sot, toi-même. Je te recommanderai au maître des sots.

Suidas. Et qui est-il?

Melvin. O grosse bête, c'est le sotier de Genève.

Suidas. Quel sotier?

Melvin. Tu fais semblant de ne le savoir point. Parce qu'ils écrivent psautier; je disons sotier, non sans cause, d'autant que tous les sots qui sont repris de justice en ce pays-là, passent sous son enseigne.

Suidas. Comment! Est-on sujet en ce pays-là d'avoir la vérole?

Melvin. Garde-toi de blasphémer; il ne faut pas dire cela.

Suidas. Que veux-tu donc dire?

Melvin. Dame, quand nous sommes à la cour, nous appellons être repris de justice, quand on sue la vérole & qu'on se fait pancer de quelque inconvénient, des dépendances de l'inventaire des histoires.

Suidas. Voici encore d'autres paroles que je n'entends pas.

Melvin. Hé! bête que tu es, ne sais-tu pas que les génitoires ont été dites histoires? Que la couille est la mere des histoires, & la braguette en est l'inventaire, ainsi qu'une chaire percée est l'inventaire d'étrons?

Bail.

XXII. Bien-venu. Vos histoires m'ont fait souvenir de trois dames qui devisoient de leurs maris, & de tout ce qui étoit en eux. L'une d'entr'elles dit: je ne sais que vous trouvez tant à redire en vos maris; quant à moi, je me contente fort du mien: il est vrai qu'il y a je ne sais quoi de petit, c'est qu'il a la couille noire. Le mari les oyoit conférer, & tout beau s'en alla en la maison. Quand elle s'en vint au logis, elle trouva qu'il se promenoit comme en colere. Et qu'avez-vous, mon ami, dit-elle? Et lui, mot; elle le prie de lui dire; & lui, comme courroucé: que j'ai? Je ne sais; il faut que je sois toujours en peine pour vous. On me vient d'ajourner, pour comparoître devant le lieutenant-criminel, pour la réparation d'une blessure que vous avez faite à un enfant; & dit-on que vous étiez là-bas en la cour, où vous aviez fait vos affaires, & que vous ayant torché le cul d'une pierre, vous l'avez jettée par sus les murailles, & qu'elle a blessé cet enfant. A, ha! mon ami, dit-elle, ne croyez pas cela; ce sont des méchantes gens qui le disent. Il y a plus de quatre ans, que je ne me suis torché le cul, en façon du monde. Adonc, dit-il, je ne m'ébahis pas, si j'ai la couille si noire.

Cardan. Il vaut bien mieux se torcher le cul avec du papier, & principalement en ce temps qu'il est à si bon marché: en quoi nous avons barre sur les anciens, qui avoient bien de la peine à se le torcher. Je m'en rapporte au seigneur de Caramousse, grand faiseur de confitures, avec lequel je demeurois à Gênes, lorsque les belles confitures y furent inventées, & que nous trouvâmes le moyen qui s'y pratique maintenant, & qui est le secret de ces messieurs qui font les confitures; mais ne l'allons pas découvrir. Je vous dirai ce que faisoit ce grand personnage, ainsi qu'encore font les plus avisés: il amassoit le plus qu'il pouvoit de torche-culs; & quand il en avoit recouvré grande quantité de bien secs & dorés, il les faisoit bouillir, & tiroit la crême qui nageoit dessus, laquelle il réservoit pour donner couleur aux confitures; & notez que cela est bon à toutes sortes de confitures & de couleurs, parce qu'étant faite de tout, elle servoit & sert à tout.

Galandius. Quelle délicatesse!

Comes Natalis. Que pensez-vous qu'il y ait au monde de plus délicat?

Galandius. Je ne sais.

Comes Natalis. C'est l'ame d'un solliciteur, d'autant qu'elle est souvent vannée deçà & delà, avec force affronts.

Galandius. J'ai appris, de notre ami Louvet, que c'est l'épaule d'un procureur, parce que, sitôt qu'on lui touche, il se revire incontinent pour haper de l'argent; il est toujours aux écoutes. Vraiment ils sont fort hardis; aussi audaces fortuna juvat.

Comes Natalis. Vous ne le prenez pas bien; il faut edaces, d'autant qu'ils mangent bien.

M. Ant. Natta. Ce seroit donc le mouvement perpétuel?

S. Come. A dire vrai de ce merdeux, mon ami, si c'étoit de vous comme de moi, j'estimerois que ce fût comme le jeu de pet-en-gueule qui est notable, d'autant qu'il est le symbole de ce qu'il y a de plus exquis. Voyez-vous que c'est le sublime abaissé, & la vraie circulation chymique, lors que le cul sent la violette?

Nic. Nan. Vous n'y êtes pas: c'est le symbole de ceux qui, sous ombre de religion, font la guerre pour maintenir leur ambition.

Ramus. Que ne dites-vous cela en latin: Raphelingius se moquera encore de vous, tant vous êtes sot.

Nic. Nan. C'est assez, mon bon maître: j'ai, comme disoit Ambroise Paré, assez de latin tout fait; mais je n'en saurois faire qu'à fine force. Au diable le latin! il m'a tout emmusiqué la fressure de l'entendoire; & par fois je suis vraiment un grand sot.

Son fils. Vous avez menti, mon pere; ma mere étoit femme de bien.

Thémistius. Et autant opiniâtre que la femme du pauvre Æschines, qui, par dépit de son mari, ne vouloit manger les pois qu'un à un: son mari vouloit qu'elle les mangeât en quantité, elle ne vouloit pas; parquoi son mari la battit, dont depuis elle fit la malade, & en fit la morte. A! dame, on la porte en terre; & comme on lui jetta la terre sur les genoux, elle eut frayeur, & comme demandant pardon, se mit à crier: je les mangerai trois à trois. Les prêtres qui l'ouïrent, & les autres pensant qu'elle les voulût manger ainsi, s'enfuirent.

Cab. Buratel. Et que devint-elle?

Thémistius. Elle retourna au logis, ainsi qu'une femme de bien doit faire, pour être encore aimée de son mari. Et qu'il ne soit vrai, une femme ira plus pour un coup de vit, qu'un âne pour dix coups de bâton.

Foxius. Elle eût été bien sage, si elle n'eût point été malicieuse. Et de là, filles, prenez instruction, qu'il faut se laisser tout faire sans mordre ni égratigner, de peur que l'on ne dise, sentant le mal, au diable la putain! Et cela seroit possible cause que vous la deviendriez, comme plusieurs autres, tant pour leur plaisir, que parce qu'il est ainsi prédestiné, si le célibat n'y entrevient. Or devinez pourquoi a été inventé célibat.

Arias. C'est afin que nous ne nous amusions point à une femme, pource qu'elles sont toutes à nous, au moins s'il est vrai ce qu'on dit.

Arnobe. Je pense que c'est plutôt pour éviter les cornes, à quoi sont sujets les mariés qui craignent d'être cocus, d'autant que tous ceux qui sont mariés le sont; & pourtant prenez garde. Vous trouverez chez les hommes d'entendement, & qui ont de belles femmes, & qui font l'amour, c'est-à-dire, qui ont affection de bien faire pour en recevoir, qu'ils auront toujours chez eux un chausse-pied de cuir; & ce de peur que les cornes ne les blessent. Un chausse-pied de corne est dur; & partant je suis en grand peine d'où vient l'opinion des cornes.

Transcrit.

XXIII. Une femme voyant un jour un beau gentilhomme, le regarda fort, & d'un œil de concupiscence; puis dit à sa voisine: voilà un bel enfant; je le porterois volontiers, pour le faire jouer.

Jamblicus. Elle me disoit un jour: couchez avec moi; &, demain au matin, je vous baillerai une paire de souliers. Elle n'y faillit pas; mais ce fut les miens qu'elle me bailla. Un autre disoit: je l'eusse donnée au diable. Non eussé-je pas moi, d'autant que j'en avois encore affaire; & puis je serai possible son héritier.

L'Autre. Quel héritier! Elle mourra pauvre.

Jamblicus. Voire da, comment? je vous prie: elle est putain, & son mari larron; est-ce pas pour faire une bonne maison?

Arias. Je ne doute point qu'elle ne soit putain; & sur-tout l'ayant vu parler au vicaire de saint Paul, qui avoit promis à son curé qu'il seroit sage, & ne courroit plus après les garces; & qu'au moins il s'en abstiendroit les féries de pâques. Jan, il n'eut pas la patience; dès le premier jour il parla à cette-ci; & le curé qui l'apperçut, l'entendit revenir, & lui dit, je vous ai vu parler à une garce. N'avez-vous point de honte de ne vous en pouvoir abstenir, encore à ces bons jours? Ho! monsieur, dit-il, excusez-moi; ce n'est pas pour aujourd'hui, c'est pour demain.

Synesius. Ce compagnon confessoit une fois un maître des requêtes, & lui parloit de péché de luxure, l'en interrogeant selon les loix de Benedicti; & comme il lui en parloit exactement, monsieur le maître des requêtes lui dit: mon confesseur, mon ami, je vous prie, ne me parlez plus de cela; vous me faites arser.

Le Moutardier. Vous êtes calomniateur; elle étoit sage, & avoit beaucoup de preud'hommie féminine.

Ciceron. Tu y es; tu y parles comme Thevet: voire de la preud'hommie.

Le Moutardier. Et pourquoi non, puisque preud'hommes avoient affaire à elle? Et toutefois c'étoit avec chasteté, tant qu'elle se pouvoit étendre, modo stricto. Pour le premier, elle ne voulut jamais que monsieur d'Est la baisât en la bouche; & il lui demandoit pourquoi? C'est dit-elle, que ma bouche est pour mon mari, parce qu'elle lui a promis: quant à mon con, il ne lui a rien promis, faites-en tout ce que vous pourrez; il est à votre commandement, cul & tout. Son mari s'en doutoit. Un jour qu'elle étoit sur la porte assise, elle avoit son cotillon un peu levé, il lui dit: fermez l'ouvrouer, (c'est la boutique) ma femme, il est fête. Aussi le cas d'une femme est un ouvrouer, des filles sont étoffes.

Néron. A quoi faire?

L'Autre. A faire des femmes de bien, ou des garces: & qu'ainsi ne soit, on peut dire une parole injurieuse à une femme ou fille de bien, sans l'offenser, en l'appellant par verbologie de choix, belle étoffe à faire une garce; parce que c'est-à-dire qu'elle est fille de bien, & qu'il ne tient qu'à elle qu'elle ne soit autre. Ne lui est-ce pas faire de l'honneur?

L'Apprentif. C'est un bel honneur! Tu y entends comme ceux qui heurtent aux portes des putains.

L'Autre. Et quoi, y a-t-il de l'intelligence en telle affaire?

L'Apprentif. Oui da; notez, enfans, que si une garce a une porte sur la rue, il ne faut point y heurter, si on la trouve fermée; parce que, si la dame n'est point à la porte, ou à la fenêtre, il est évident, la porte étant fermée, qu'elle est empêchée.

L'Autre. Cela est il vrai?

L'Apprentif. Aussi vrai qu'il est vrai qu'elles ont beaucoup de dépit, (ainsi qu'ont les traîtres) quand en leur présence on jure, & dit-on, par-ci, par-là: je n'aime point les putains; je n'aime point les traîtres. Si à telle heure elles devenoient pucelles, jamais ne deviendroient putains, & seroient aussi farouches au montoir, que garces qui ont été au sermon.

Copie.

XXIV. Et gai, ne faites donc jamais de cérémonie à l'entrée d'une halle, d'une taverne & d'un bordeau. Quand je vois faire ces similitudes, il me semble que je vois mademoiselle de Peu, qui disoit à madame Courtois: mon dieu! madame, que vous avez de belles filles aux fêtes. (Elle étoit aussi propre que le pendu de Douai).

César. Comment?

L'Autre. Quand l'empereur Charles y fit son entrée, les gens de cette ville-là lui voulurent faire tout l'honneur qu'ils pûrent. Et faisant de belles façons d'arcades, chapeaux de triomphes, poteaux & telles magnificences, ils s'aviserent d'un pendu qui étoit à la porte de la ville, & principale entrée; ils ôterent à ce pendu sa chemise sale, & lui en mirent une blanche, pour faire honneur à monsieur l'empereur). Cette femme disoit cela de ses filles, parce qu'elles étoient mignonnes & proprettes. Et après, ces mignons, ils sont là à faire des façons ès entrées ou sorties, & font plus de fricassées de fêtes, qu'il n'y faudroit d'étoffes à faire une pannerée de mysteres. Il me semble, à voir ces fadaises, que les personnes, qui demeurent ainsi arrêtées, sont comme couillons, qu'on ne laisse jamais entrer. Mais à propos, pourquoi est-ce qu'ils n'entrent jamais?

Baif. Il l'a tantôt été dit; souvenez-vous-en.

L'autre. Je m'en souviens comme Honoré Bonjouan, brodeur de la reine notre maîtresse, qui, ayant eu affaire de lui, & ne l'ayant pu avoir, puis le voyant, lui demanda où il avoit été. Alors il lui dit: madame, je me soumets en toute humilité de majesté, madame; je me souviens que j'ai été voir mettre un homme en difficulté, & en distribuer un autre en quatre pieces, choses que je n'avois onques point vues.

Néron. Qu'est-ce que difficulté?

Beze. Il cuidoit dire en effigie; je me le remembre. Il disoit d'un bel homme, qu'il avoit de beaux mufles, c'est-à-dire muscles.

Denis. Il étoit aussi fin que le marquis de Bellegueule, qui disoit que c'étoit une bonne manne en une maison que du charbon.

G. G. C'est aussi-bien rencontré que ceux qui disent: depuis que moines allerent à cheval. Je ne vis jamais de moines aller à cheval, non plus que d'autres; bien ai-je vu des chevaux aller à moines. Les chevaux vont à moines dessus, comme tout autre; & ce qui est notable.

Passerat. Si nous nous avisons de telles rencontres de ceux qui ne savent ce qu'ils disent, & pensent bien dire, je vous renvoierai en Savoie avec les huguenots, qui, fuyant de la S. Barthelemi, & approchant de Geneve, se plaignoient du roi des François. Les Savoyards, qui croyoient ce que ces pauvres despoderats leur contoient, les consoloient ainsi: Ha pauvre gen, vostron ré n'est pas si bon que nostron princio. Si vostron ré se fu bin gouverna, il eusse esta maistre douta de nostron duc. Ces pitauds nous répétoient cela, même quand nous étions en l'expédition de Savoie, & que, sans le mariage du roi, nous eussions conquis le Piémont. Vogue la galere, ce sera pour une autre fois. Le duc nous apportera de l'argent; puis nous irons prendre sa terre.

Benoît. En bonne intention, mon ami, vous êtes de la même opinion que le sire Isaac Baudouin, de qui j'avois fait enterrer la femme fort honnêtement dans l'église. Il avint que lui demandant de l'argent, parce que déjà je l'en avois averti, il me fit quelque excuse; puis, comme par colere, en présence de nos amis qui devisoient avec moi, il va dire: voici chose terrible! Cet homme veut avoir le corps & les biens.

Cassian. On l'avoit apportée cette-là; mais la servante de Trainecouille.

César. Qui nommez-vous ainsi?

Cassian. Ce grand viédase d'auprès les carmes, qui servoit d'espion aux ligueurs durant la ligue, de mouchard aux politiques durant leur regne, de fureteur aux huguenots quand ils pulluloient & multiplioient. Un jour, sa servante, qui se nommoit Colette, monta sur un abricotier, qui avoit des branches qui passoient par-dessus des murailles dans le jardin des carmes, ou des jacobins, c'est tout un. Cette fille s'avança sur ces branches, pour cueillir le fruit; & il avint que la branche, sur laquelle elle étoit, rompit. La fille tomba dans le jardin, où quelques jeunes freres se promenoient, qui, voyant cette proie comme venue du ciel, se mirent après, & la besognerent en bon françois, allant à la rangette, comme les soldats qui assiégerent le château d'Angers. Le prieur, qui ouit quelque bruit, survint à ce lieu; & effaroucha les aigles qui venoient au corps, & prit la fille par la main & la rendit à sa maîtresse, qu'il trouva à la porte la demandant. Quand Colette fut avec sa maîtresse, elle fut tancée, & elle lui dit: vous êtes une pauvre fille, que vous n'avez crié. Et quoi, ma mie, je pense que vous les enduriez faire! Comment, madame, dit-elle, par ma finte, si le prieur ne fût venu, j'en eusse bien eu davantage.

Baif. Vraiment, à ce que je vois, elle n'étoit pas comme la fille de notre juge, laquelle est si pucelle, que son pucelage lui monte si fort en la tête, qu'elle en est folle.

Pimandre. Je m'ébahis comment cette fille pût sortir du cloître, vu que l'on dit, quand une chose tient bien, cela tient comme une vesse en cloître.

Charles. Mais je m'ébahis qu'il n'y eût quelque homme de bien là, qui empêchât cette insolence.

Cassian. O voire, cela étoit une chappe-cheute, une fortune rencontrée: il ne faut jamais laisser passer ce qui s'offre; & qui plus est, je dirois presque comme le maréchal de Valiere. Comme les élus étant là, & parlant de vos deniers qu'il falloit lever, & les asseoir avec modestie; quelques-uns se plaignoient disant ce qu'ils en pensoient. Sur cela un élu va dire: il faudroit élire & choisir ici quelques gens de bien du lieu, pour y avoir égard. Ce maréchal qui ferroit un cheval, oyant cela, laissa son affaire, & vint dire à l'élu: vraiment, monsieur, il n'y a point ici de gens de bien.