«Les animaux, les plantes même étaient au nombre des divinités égyptiennes. (De Wailly); sans altérer le sens de la phrase on pourrait dire, j’enlèverais ma femme à ce temple, à vos bras, et même aux Dieux. Les animaux et même les plantes, etc. Dans les libertins, les impies même tremblent à la vue de la mort, il faut écrire même sans s, parce qu’on peut dire sans altérer le sens de la phrase, les libertins et même les impies tremblent à la vue de la mort. Mais dans les impies mêmes tremblent à la vue de la mort, il faut écrire mêmes avec un s, parce qu’on peut dire les impies eux mêmes tremblent à la vue de la mort. Racine a dit:
«C’est Hippocrate qui voulut que ses erreurs mêmes fussent des leçons.»
(Barthélemy.)
| Locut. vic. | Je ferai cela la même chose. |
| Locut. corr. | Je ferai cela de même. |
Cette expression est fort usitée; elle est cependant passablement ridicule.
| Locut. vic. | C’est un menusier. |
| Locut. corr. | C’est un menuisier. |
| Prononc. vic. | Venez mécredi. |
| Prononc. corr. | Venez mercredi. |
Du temps de Vaugelas, la cour prononçait et écrivait même mécredi, en dépit d’une des étymologies les moins douteuses qu’il y ait peut-être dans notre langue. L’absurdité venait de haut lieu: elle fut bien accueillie par le public.
Nous ignorons comment la cour prononce aujourd’hui ce mot, et franchement nous ne nous en occupons guère, par la raison que la cour a perdu, entre autres droits, celui de régler le langage; mais nous savons fort bien que la nation prononce généralement mercredi, et cette autorité nous suffit.
| Locut. vic. | J’ai acheté un setier de métail. | |
| Ses boutons sont en métail. | ||
| Locut. corr. | J’ai acheté un setier de méteil. | |
| Ses boutons sont en métal. | ||
Les personnes qui ne connaissent pas bien leur langue confondent ordinairement les trois mots métal, métail et méteil, qui ont cependant des significations différentes.
Un métal est un corps minéral qui se forme dans les entrailles de la terre, et qui est fusible et malléable.
Un métail est une matière composée dans laquelle il entre des métaux.
Du méteil est un mélange de froment et de seigle.
Ces définitions sont celles du Dict. de l’Acad. (1802.)
| Locut. vic. | C’est de la pierre meulière, ou molière. |
| Locut. corr. | C’est de la pierre de meulière. |
Meulière étant un substantif doit être précédé de la préposition de, qui marque son rapport avec le substantif pierre.
Ceux qui tiennent à prononcer ce nom célèbre comme on le prononce en italien, sauront qu’ils doivent dire Mikel-Ange. Nous ne croyons pas, au reste, qu’on puisse, à l’exemple de certains grammairiens, accuser de prononciation vicieuse les personnes qui disent en français Michel-Ange. Où a-t-on été fourrer le vice? C’est sans doute un devoir de parler purement sa langue; ce n’en est pas un de savoir les langues étrangères.
| Locut. vic. | Je le verrai demain vers les midi, sur les midi. |
| Locut. corr. | Je le verrai demain vers midi. |
«Il n’y a pas, dit fort bien M. Blondin (Manuel, etc.), plusieurs midi, et l’on ne va pas sur les heures comme on va sur l’eau, ou sur la glace.»
Sur le midi est donc aussi une mauvaise expression qu’il vaut mieux remplacer par un équivalent. Après une marche longue et pénible, ils arrivèrent, sur le midi, chez l’ami de Fergus, etc. (Defauconpret, Waverley, ch. XXIV.) Lisez: à midi à peu près.
| Locut. vic. | Mon fils a répondu des mieux. |
| Locut. corr. | Mon fils a répondu fort bien. |
«Des mieux; expression basse et nullement correcte. Vaugelas ne pouvait la souffrir.» (Féraud, Dict. crit.)
| Orth. vic. | Marot est mort en l’an mille cinq cent quarante-quatre. | |
| L’an deux mille deux cent neuf du monde. | ||
| Trois mil hommes arrivèrent au secours de la ville. | ||
| Orth. corr. | Marot est mort en l’an mil cinq cent quarante-quatre. | |
| L’an deux mil deux cent neuf du monde. | ||
| Trois mille hommes arrivèrent au secours de la ville. | ||
Tous les grammairiens reconnaissent que le mot mil doit s’écrire ainsi lorsqu’il exprime une date, un millésime. Domergue, suivi par Laveaux, veut cependant que l’on écrive mille lorsque ce mot est multiplié par un autre nom de nombre. Il suit de là que Mercier, qui a intitulé un de ses ouvrages: L’an deux mille quatre cent quarante aurait bien écrit mille en deux syllabes, tandis que notre Béranger, dans sa jolie chanson de la Prédiction de Nostradamus, aurait fait un solécisme:
Selon nous le contraire a lieu. Le solécisme est à Mercier, et la pureté de langage à Béranger, poète correct s’il en fut jamais. Béranger aura probablement été guidé en cette circonstance par cette admirable justesse d’esprit qui l’a toujours distingué, non-seulement des chansonniers, ses prétendus confrères, mais de presque tous les poètes de notre époque, et nous sommes un peu fâché, nous l’avouerons, de voir des grammairiens distingués vaincus dans leur spécialité par un poète. Pourquoi ces grammairiens s’avisent-ils aussi d’être inconséquens?
| Locut. vic. | Son ami a l’air bien minable. |
| Locut. corr. | Son ami a l’air bien pauvre. |
Nous repoussons ce mot parce que nous ne le croyons réellement digne que d’un langage minable. Nous ne l’avons jamais lu dans un ouvrage bien écrit, ni entendu dans la conversation des gens bien élevés. En vérité notre langue peut bien faire le sacrifice d’un terme de mépris pour la pauvreté; elle en a tant d’autres à sa disposition.
| Locut. vic. | C’est d’un intérêt trop minime. |
| Locut. corr. | C’est d’un intérêt trop petit. |
«Minime, très-petit; c’est un superlatif: il ne doit donc pas être employé avec des adverbes de comparaison. Ce droit est en général si minime que, etc. (Necker.) c’est comme si l’on disait si meilleur, si pire, etc.» (Féraud, Dict. crit.)
Dans cette phrase: donnez-moi la minime partie de vos biens, minime est régulièrement employé puisque sa signification est celle de la plus petite.
| Locut. vic. | Cela m’arriva vers le minuit, vers les minuit. |
| Locut. corr. | Cela m’arriva vers minuit. |
Autrefois on disait la minuit.
Cette expression valait infiniment mieux que les deux premières, en ce qu’elle se rattachait au moins à l’étymologie, et puisqu’on l’a abandonnée, il nous semble assez raisonnable de ne pas lui en substituer une autre qui serait tout-à-fait absurde. Le mot minuit est aujourd’hui employé sans article; il est masculin et singulier: minuit est sonné.
| Locut. vic. | Avoue tes crimes, misérable. |
| Locut. corr. | Avoue tes crimes, scélérat. |
Un misérable signifie en français un coquin, un scélérat, et un homme pauvre. Nous avons cependant un proverbe qui dit: pauvreté n’est pas vice.
Appliquer indifféremment la même épithète aux gens nécessiteux et aux gens criminels est vraiment une infamie dont un peuple généreux comme le peuple français devrait rougir. C’est un manque d’égards pour le malheur qui ne peut être excusé que par un manque absolu de réflexion.
| Locut. vic. | Mangez cette poire de Misserjan. |
| Locut. corr. | Mangez cette poire de Messire-Jean. |
Messire Jean était probablement quelque hobereau ou quelque curé de campagne qui cultivait avec soin les arbres fruitiers. Des braconniers de l’endroit, suivant, au commencement de l’hiver, la piste de quelque lièvre, pénétrèrent dans l’auguste verger, s’y régalèrent de poires ordinaires, mais que le triple attrait du larcin, du lieu et de la saison leur fit trouver extraordinairement bonnes, et dès-lors Messire Jean aura passé, à son grand détriment, pour avoir des poires sans pareilles, qu’on aura cru, en conséquence, ne pouvoir convenablement désigner que par son nom.
| Locut. vic. | Il a un mognon. |
| Locut. corr. | Il a un moignon. |
De moign, mot qui, en breton, signifie manchot, estropié de la main ou du bras. (Legonidec, Dict. Celto-Breton.)
| Locut. vic. | Ne faites pas le moindrement de bruit. |
| Locut. corr. | Ne faites pas le moindre bruit. |
Moindrement est un barbarisme.
| Prononc. vic. | Mo-ène. |
| Prononc. corr. | Mo-ane. |
Prononcez de même aigremoine, antimoine, avoine, chanoine, macédoine, patrimoine, péritoine, etc.
| Locut. vic. | Il regimbait; pas moins il l’a fait. |
| Locut. corr. | Il regimbait; cependant il l’a fait. |
Cette manière de parler est détestable; pas moins ne peut jamais avoir la signification de cependant. Les phrases suivantes indiqueront dans quel sens on doit employer cette locution. Il ne faut pas moins qu’une raison aussi forte pour me déterminer à..... Cela n’a pas moins de trente pieds.
| Locut. vic. | Voici du moiron, du moron pour vos oiseaux. |
| Locut. corr. | Voici du mouron pour vos oiseaux. |
Moron se disait encore du temps de Ménage.
| Locut. vic. | La jeune Marie a mal à ses dents. |
| Locut. corr. | La jeune Marie a mal aux dents. |
Quand on dit: La jeune Marie a mal aux dents, est-il quelqu’un d’assez peu intelligent pour croire qu’il soit ici question du mal de dents d’une autre personne que la jeune Marie? Non, car cela serait absurde, et l’absurde ne se suppose pas. Supprimez donc dans tous les cas semblables, l’adjectif possessif qui forme pléonasme, et remplacez-le par l’article. Il a ses mains tout écorchées, j’ai une douleur à mon pied droit, mon bras gauche me fait mal, dites: il a les mains tout écorchées, j’ai une douleur au pied droit, le bras gauche me fait mal.
| Locut. vic. | Tout le monde disent qu’il est parti. |
| Locut. corr. | Tout le monde dit qu’il est parti. |
Les collectifs généraux veulent le singulier, les collectifs partitifs le pluriel. La foule disparut. La plupart voulurent sortir.
Les collectifs généraux veulent le singulier, parce que l’esprit, en les énonçant, fait abstraction complète du nombre de personnes ou de choses qui les composent, et ne voit plus en eux qu’une masse, qu’une unité.
Les collectifs partitifs veulent le pluriel, parce qu’ils représentent évidemment plusieurs objets qu’on ne compte pas, il est vrai, par paresse peut-être, mais qu’on peut au moins compter, et qui conservent ainsi entièrement leur caractère de pluralité.
| Locut. vic. | Le monnoyage est un privilège. |
| Locut. corr. | Le monnayage est un privilège. |
Depuis que l’ancienne prononciation de la diphthongue oi a été altérée dans monnoie, qu’on écrit maintenant monnaie, et que l’orthographe de Voltaire est venue consacrer cette altération, on sent combien il serait ridicule d’écrire et de prononcer les dérivés de monnaie par un o, lorsque ce mot s’écrit par un a.
| Prononc. vic. | Montagne est un de nos grands écrivains. |
| Prononc. corr. | Montaigne est un de nos grands écrivains. |
Les meilleurs éditeurs de Montaigne, MM. Villemain, Am. Duval et Leclerc écrivent Montaigne et non Montagne, comme affectent de le faire certaines personnes qui prétendent à tort, nous le croyons, soumettre un nom propre à l’altération qu’a éprouvée ce nom comme nom commun, et qui veulent conséquemment qu’on écrive aujourd’hui Montagne au lieu de Montaigne, par suite du retranchement de l’i dans les mots autrefois terminés en aigne, comme campaigne, compaigne, etc., et qu’on a changés en campagne, compagne, etc.
Si ce sentiment était adopté il faudrait donc, par analogie, dire Lemaître au lieu de Lemaistre, Prévôt au lieu de Prévost, et remplacer les noms propres formés de mots qui ont disparu de la langue, par les mots qu’on y a substitués. On dirait donc Renard au lieu de Goupil, La Vallée au lieu de La Combe, Château au lieu de Castel. Cela serait absurde. Écrivez et prononcez toujours Montaigne, nom propre, quoique le nom commun montagne s’écrive depuis fort long-temps sans i.
| Locut. vic. | Je suis monté deux fois chez vous aujourd’hui. | |
| J’ai monté ici pour vous parler. | ||
| Locut. corr. | J’ai monté deux fois chez vous aujourd’hui. | |
| Je suis monté ici pour vous parler. | ||
«Si l’on veut exprimer l’action de monter, il faut employer l’auxiliaire avoir. Il a monté quatre fois à sa chambre pendant la journée; il a monté pendant trois heures au haut de la montagne; il a monté les degrés; la rivière a monté de six pouces depuis hier. Si, au contraire, on veut exprimer l’état qui résulte de l’action de monter, il faut employer l’auxiliaire être. Il est monté dans sa chambre il n’y a qu’une heure. Votre père est-il monté dans sa chambre? Oui, il y est monté. A quelle heure y a-t-il monté? c’est-à-dire a-t-il fait l’action d’y monter? Il y a monté à huit heures.
«Le vers suivant de Voltaire offre un exemple contraire à cette règle:
«Mais je soutiens que, sans le mauvais son de j’y ai, Voltaire aurait dit, j’y ai monté. C’est une licence qu’un usage abusif autorise, mais qui ne doit point tirer à conséquence.» (Laveaux, Dict. des diff.)
| Locut. vic. | Il est monté au grenier. |
| Locut. corr. | Il est allé au grenier. |
Monter au grenier est un pléonasme comme descendre à la cave. Aller peut, nous le pensons, remplacer avec avantage dans ces locutions les verbes monter et descendre.
| Locut. vic. | Montez en haut. |
| Locut. corr. | Allez en haut. |
Les expressions monter en haut, descendre en bas présentent des pléonasmes si ridicules qu’il est très rare de les trouver employées par d’autres personnes que celles qui n’ont aucune idée de grammaire. Aussi avons-nous été fort étonné à la lecture du vers suivant de Furetière, qui, par parenthèse, n’est généralement connu que comme grammairien, et à qui nous devons un assez grand nombre d’épigrammes fort bonnes:
On trouve aussi dans Villon:
Et dans Coquillart:
Ces exemples ne tirent nullement à conséquence; on ne prouve rien contre la raison.
| Locut. vic. | Montrez-lui le latin. |
| Locut. corr. | Enseignez-lui le latin. |
Bobêche disait un jour qu’on peut ne savoir ni lire ni écrire, être enfin un âne renforcé, et toutefois montrer parfaitement bien sa langue. Ce jeu de mots a eu du succès, et il le méritait, parce qu’il frappait de ridicule une mauvaise expression que l’Académie a cru devoir accueillir dans son Dictionnaire, et qu’elle n’a pas pour cela rendue meilleure. N’est-ce pas quelque chose d’assez plaisant que de voir Bobêche montrer sa langue à l’Académie?
| Locut. vic. | On le moriginera. |
| Locut. corr. | On le morigénera. |
De morigerari fait de morem gero. (De Roquefort, Dict. étym.)
| Locut. vic. | Il m’a écrit un mot de lettre. |
| Locut. corr. | Il m’a écrit un bout de lettre. |
Les gens qui aiment à s’exprimer avec justesse préfèreront toujours employer un autre terme que celui de mot de lettre. Pourquoi ne dirait-on pas: Je lui ai écrit quelques lignes, un bout de lettre, un billet? Est-il absolument nécessaire d’avoir recours à l’hyperbole, «ressource, comme le dit M. Laveaux, des petits esprits qui écrivent pour le bas peuple?»
On trouve dans Furetière:
Les beaux parleurs disent un mote; les gens instruits, qui sont rarement de beaux parleurs, disent un mo.
| Locut. vic. | Il mouche fort peu. |
| Locut. corr. | Il se mouche fort peu. |
Je mouche souvent, disait un habitant du midi à un grammairien. Qui ou quoi? répondit celui-ci, vos enfans ou vos chandelles?
Ce verbe ne peut jamais être employé dans un sens neutre; il doit toujours être actif comme moucher la chandelle, moucher un enfant, ou réfléchi, comme se moucher.
Gresset a fait un solécisme dans le vers suivant:
| Locut. vic. | Votre ami est au mouroir. |
| Locut. corr. | Votre ami est à la mort. |
Être au mouroir est un provincialisme assez en usage dans l’ouest de la France. Boiste a accueilli ce mot auquel il a donné la signification de lit de mort, en ajoutant avec raison qu’il est inusité..... à Paris, bien entendu.
| Locut. vic. | Cet arbre est mousseux. |
| Locut. corr. | Cet arbre est moussu. |
L’adjectif de mousse, signifiant une espèce de petite herbe, est moussu; l’adjectif de mousse, signifiant écume est mousseux. Dans notre phrase d’exemple, c’est donc évidemment moussu qu’il faut; c’était moussu qu’il fallait aussi dans le vers suivant:
| Locut. vic. | J’y consens, moyennant que vous partiez. |
| Locut. corr. | J’y consens, à condition que vous partiez. |
Moyennant est une préposition qui ne doit jamais être suivie de la conjonction que.
On trouve moyennant que dans La Fontaine:
C’est une vieille expression tout-à-fait inusitée aujourd’hui.
| Locut. vic. | Une femme mulâtresse. | |
| Une mulâtre. | ||
| Locut. corr. | Une femme mulâtre. | |
| Une mulâtresse. | ||
L’Académie ne donne pas le substantif mulâtresse, et c’est à tort. On ne peut pas plus dire une mulâtre qu’on ne dit une nègre. Mulâtre ne s’emploie que comme adjectif.
M. Marle ne reconnaît pas dans mulâtresse un mot français. Quelques dictionnaires récens n’ont cependant pas dédaigné de l’accueillir.
| Locut. vic. | C’est du nacre. |
| Locut. corr. | C’est de la nacre. |
Si les mots étaient fidèles à leurs étymologies, nacre devrait être masculin. Nácar, d’où il vient, est masculin en espagnol.
Nacre et polacre sont les deux seuls mots de cette désinence qui soient féminins.
| Locut. vic. | Je vous revois, ô lieux nataux! |
| Locut. corr. | Je vous revois, ô lieux natals! |
L’adjectif natal a été mutilé par nos grammairiens. Les uns, tels que Andry de Boisregard (Réflexions sur l’usage présent de la langue française), etc., n’ont pas voulu lui accorder de féminin singulier ou pluriel; d’autres, au nombre desquels figurent l’Académie, Féraud, Gattel, etc., lui refusent un pluriel masculin. De sorte que ce pauvre adjectif se trouve réduit à sa plus simple expression, à son masculin singulier.
Cependant l’usage ne s’est pas rendu complice de ce purisme ridicule qui tend à appauvrir notre langue. Il a donné un féminin des deux nombres à natal, comme on pourrait le prouver par un grand nombre d’exemples. Quant au pluriel, il lui en a donné un double, et il nous reste à décider aujourd’hui si l’on doit préférer natals à nataux ou nataux à natals.
On trouve nataux dans Amyot: «Il révérait fort Socrate et Platon, desquels tous les ans il célébrait les jours nataux.» Dans le Dict. de Trévoux: «Pour jouir du droit de bourgeoisie dans une ville, il faut y avoir maison, et s’y trouver aux quatre nataux, (Noël, Pâques, la Pentecôte et la Toussaint) dont on prend attestation.» Cependant comme nataux est un peu dur à l’oreille, nous pensons qu’il vaudrait peut-être mieux préférer natals, qui a été adopté par Laveaux, et qui a, comme nataux, l’analogie en sa faveur, mais, convenons-en, une analogie un peu plus restreinte. Qui ne connaît ces vers célèbres:
| Locut. vic. | Connaissez-vous rien de plus nature que cela? |
| Locut. corr. | Connaissez-vous rien de plus naturel que cela? |
Cette manière de parler est maintenant à la mode. On ne doit cependant pas s’attendre à en trouver des exemples dans nos bons auteurs. La mode partout, mais particulièrement en fait de langage, n’est qu’une absurdité, et n’influence que les sots.
Nous croyons qu’il serait fort difficile aux gens qui emploient nature comme adjectif, à la place de naturel, de nous démontrer les avantages que le style peut retirer de cette transposition de mots.
| Prononc. vic. | Il s’est nayé. |
| Prononc. corr. | Il s’est noyé. |
Du temps de Rabelais, (16e siècle), on disait noyer; du temps de Ménage (17e siècle) néïer, et maintenant, quand on parle bien, on dit noyer. Les mots ont aussi, comme on le voit, leurs vicissitudes.
| Locut. vic. | Néamoins je l’ai vu. |
| Locut. corr. | Néanmoins je l’ai vu. |
Néanmoins est une corruption de néant moins, c’est-à-dire, rien moins. Ce mot a précisément la valeur qu’on attribue à la mauvaise locution pas moins dans cette phrase: pas moins, je l’ai vu.
| Locut. vic. | Aimez-vous les nèfes? |
| Locut. corr. | Aimez-vous les nèfles? |
On dit aussi un néflier et non un néfier.
| Locut. vic. | Le traité conclu entre vous nègres et nous blancs. |
| Locut. corr. | Le traité conclu entre vous noirs et nous blancs. |
Il existe entre ces deux mots une différence généralement ignorée en Europe, mais que les colons, et surtout les hommes de couleur noire, connaissent parfaitement bien. Cette différence consiste en ce que noir est regardé par les derniers comme un nom générique, un mot pris en bonne part, tandis que nègre ne leur paraît être qu’un terme de mépris. «Vous opposez les noirs aux blancs, dit Roubaud, et des Nègres vous en faites une espèce de bétail.» Quelle peut être la cause de cette différence de valeur donnée aux mots nègre et noir par la race d’hommes qu’ils servent à désigner? Essayons de la trouver.
Ces hommes, voyant que nous avons deux expressions pour les nommer, et ne concevant guère la nécessité de ce luxe, ne se seraient-ils pas dit: Le mot blanc a pour opposé le mot noir; or, puisque l’épithète de blanc ne fâche nullement celui à qui elle s’applique, pourquoi celle de noir nous déplairait-elle? Mais le mot nègre à quel nom applicable aux blancs correspond-il? A aucun. Donc le mot nègre est une injure. On conviendra qu’il est encore une autre raison qui a fort bien pu contribuer à leur faire adopter cette opinion sur le mot nègre, c’est l’emploi que nous en faisons généralement dans les momens de colère, en l’accolant à des qualificatifs peu flatteurs, comme dans ces locutions: vilain nègre, chien de nègre, etc. Nègre a de plus des diminutifs, tels que négrillon, négritte, qui sonnent fort mal à leurs oreilles.
Le blanc, qui voudra donc se tenir à l’égard des enfans de l’Afrique dans les termes d’une bienveillance réciproque, fera bien de ne pas oublier la synonymie que nous venons d’établir. Les noirs ont, comme on le sait, le caractère vindicatif, et il est probable que l’ignorance de la valeur exacte du mot nègre aura déjà été plus d’une fois cruellement punie par eux.
| Locut. vic. | Je suis né natif de Paris. |
| Locut. corr. | Je suis natif de Paris. |
Cette expression battologique, qui était autrefois employée au sérieux, ne se prend plus maintenant qu’en plaisanterie.
| Locut. vic. | Il mangea un peu de nentilles. |
| Locut. corr. | Il mangea un peu de lentilles. |
C’est maintenant une faute si grossière de dire nentille pour lentille, que, malgré la mention accordée à ce mot par le Dictionnaire de Trévoux, nous n’aurions pas daigné nous y arrêter, sans le rapprochement assez curieux qu’il nous a donné lieu de faire entre le français du 17e siècle et celui de nos jours.
Du temps de Ménage, celui qui aurait dit des lentilles eût passé pour un provincial ignorant. Il fallait prononcer nentilles pour être réputé homme de cour. Il ne convenait aussi qu’aux rustres de cette époque de dire: un canif, de la cassonade, un fusilier, un chirurgien, une tabatière, etc., au lieu d’un ganif, de la castonade, un fuselier, un cirurgien, une tabakière, etc. Les gens du bel air d’autrefois courraient grand risque, comme on le voit, de passer aujourd’hui pour des rustres.
Lentille vient de lenticula, diminutif de lens.
| Pronon. vic. | On a nettayé l’appartement. |
| Pronon. corr. | On a nettoyé l’appartement. |
Les anciens grammairiens voulaient qu’on écrivît et qu’on prononçât nettéier. Les grammairiens modernes veulent qu’on écrive et qu’on prononce nettoyer.
| Locut. vic. | C’est une rose nine. |
| Locut. corr. | C’est une rose naine. |
Règle générale. Le féminin des adjectifs terminés par une consonne se forme en ajoutant un e muet au masculin: nain doit donc faire naine.
| Locut. vic. | Il vint me voir à la noël. |
| Locut. corr. | Il vint me voir à noël. |
On ne dit pas la Noël comme on dit la Pentecôte, la Toussaint. On trouve toujours Noël sans article dans nos bons écrivains anciens et modernes. Ce mot ne désignait pas exclusivement autrefois la fête de la naissance du Christ; c’était un cri qui servait à exprimer publiquement la joie le jour de la naissance des princes et de l’entrée des rois dans les villes.