Voyant à coups de bec sa femme l’outrager,
Voudrait bien, s’il pouvait, d’elle se revenger,
Mais il n’ose gronder ni dire une parolle
Qu’il n’ait tout aussi tost le retour de son rolle.
(Th. de Courval-Sonnet, Sat. sur les poignantes traverses du mariage.)

REVENIR.

Locut. vic. Cela me revient cher, à cher.
Locut. corr. Cela me coûte cher.

On dit fort bien: Cela me revient à vingt francs; mais on ne doit pas dire: Cela me revient à peu, à beaucoup, etc., parce que le verbe revenir à veut être suivi d’un nom de nombre, et non d’un adverbe.


RÊVER.

Locut. vic. J’ai rêvé à vous cette nuit.
Locut. corr. J’ai rêvé de vous cette nuit.

Rêver, signifiant faire des songes, est actif ou neutre. Comme verbe actif, il doit être suivi d’un régime direct: J’ai rêvé telle chose, j’ai rêvé cela; comme verbe neutre, il demande la préposition de: J’ai rêvé de choses effrayantes.

Rêver est plus généralement actif devant un substantif seul: rêver combats, rêver naufrages, quoique l’Académie permette de dire aussi rêver de combats, de naufrages. Devant un pronom personnel ou un substantif joint à un adjectif, c’est rêver de qu’il faut employer: J’ai rêvé de vous, de ces gens-là, de malheurs horribles.

Quand rêver signifie réfléchir, il doit toujours être suivi de la préposition à: J’ai rêvé à votre affaire.

«On rêve de quelqu’un, de quelque chose pendant le sommeil. On rêve à quelqu’un, à quelque chose tout éveillé.

«Rêver de quelqu’un nous donne le substantif rêve.

«Rêver à quelqu’un nous donne le substantif rêverie.

«Au lieu de la préposition à, on emploie la préposition sur, si la méditation est profonde: J’ai long-temps rêvé sur cette affaire.» (A. Boniface, Manuel des amateurs de la Langue fr.)


REVÊTIR.

Locut. vic. Cet homme est singulier, et revêtit souvent sa pensée d’expressions bizarres.
Locut. corr. Cet homme est singulier, et revêt souvent sa pensée d’expressions bizarres.

Revêtir se conjugue de la même manière que vêtir. Voici la conjugaison de ce dernier verbe. Je vêts, tu vêts, il vêt, nous vêtons, vous vêtez, ils vêtent.—Je vêtais.—Je vêtis.—Je vêtirai.—Je vêtirais.—Vêts, qu’il vête, vêtons, vêtez, qu’ils vêtent. Que je vête.—Que je vêtisse.—Vêtir, vêtant.

L’indicatif de ce verbe est un écueil que plusieurs écrivains célèbres n’ont pas su éviter.

De leurs molles toisons les brebis se vêtissent,
De leurs longs bêlements les plaines retentissent.
(Delille., Par. perdu. Liv. VII.)

«Dieu leur a refusé le cocotier qui ombrage, loge, vêtit, nourrit, abreuve les enfans de Brama». (Voltaire.)

«Le poil du chameau qui se renouvelle tous les ans par une mue complète, sert aux Arabes à faire des étoffes dont ils se vêtissent et se meublent.» (Buffon, le Chameau.)

L’édition de Buffon de M. Pillot (Paris, 1830) donne: s’habillent au lieu de se vêtissent.

Dévêtir se conjugue aussi comme vêtir.


REVOIR (A).

Locut. vic. A revoir, mes amis.
Locut. corr. Au revoir, mes amis.

Revoir est ici un verbe employé substantivement. On dit au revoir, par ellipse, pour au (plaisir de vous) revoir.

Suffit. Adieu, Muses; jusqu’au revoir.
(J.-B. Rousseau., Ép. 1. Liv. 1.)
Jusqu’au revoir. Songez qu’une naissance illustre
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lustre.
(Destouches. Le Glorieux. Act. I. sc. IX.)

RHUM.

Orth. vic. Du Rhum de la Jamaïque.
Orth. corr. Du Rum de la Jamaïque.

Il y a fort peu de personnes qui écrivent bien ce mot. Vainement le Dictionnaire de l’Académie, et presque tous les autres dictionnaires écrivent-ils rum, l’usage s’obstine à conserver la lettre h dans l’orthographe de ce mot. Nous ne demanderons pas à l’usage sur quoi il se fonde pour écrire ainsi; car c’est un despote qui ne reconnaît d’autre loi que son caprice. Toujours est-il vrai qu’on écrit rum depuis fort long-temps: Trévoux en fait foi. Ce Dictionnaire cite à ce sujet un passage de Lémery, où l’étymologie de ce nom de liqueur est prise dans le langage barbare, par quoi il faut entendre nécessairement le langage des colonies occidentales. Les Anglais et les Espagnols ont toujours écrit, les uns rum et les autres ron. Nous pensons qu’on ferait bien d’écrire rum au lieu de rhum, orthographe que rien ne justifie.

Ou prononce rome et non roume, comme l’a prétendu M. Girault-Duvivier dans sa Grammaire des grammaires (première édition).


RIDICULARISER.

Locut. vic. On a ridicularisé cet homme-là.
Locut. corr. On a ridiculisé cet homme-là.

Ridiculariser est un barbarisme.


RIEN MOINS.

Locut. vic. Cette fille n’est rien moins que belle.
Locut. corr. Cette fille n’est point belle.

«Rien moins a quelquefois deux acceptions opposées. Avec le verbe substantif (être), rien moins signifie le contraire de l’adjectif qui le suit. Il n’est rien moins que sage, veut dire, il n’est point sage. Mais, quand rien moins est suivi d’un substantif, il peut avoir le sens positif ou négatif selon la circonstance. Vous lui devez du respect; car il n’est rien moins que votre père, c’est-à-dire, il est votre père. Vous pouvez vous dispenser du respect à son égard; car il n’est rien moins que votre père, c’est-à-dire, il n’est pas votre père. Rien moins, employé impersonnellement, a aussi un sens négatif. Il n’y a rien de moins vrai que cette nouvelle, veut dire, cette nouvelle n’est pas vraie. Mais, avec un verbe actif ou neutre, le sens serait équivoque, s’il n’était déterminé par ce qui précède. Exemple: Vous le croyez votre concurrent, il a d’autres vues; il ne désire rien moins que vous supplanter, c’est-à-dire qu’il n’est point votre concurrent. Vous ne le regardez pas comme votre concurrent; cependant il ne désire rien moins que vous supplanter, c’est-à-dire qu’il est votre concurrent. Au reste, il est bon d’éviter cette façon de parler, à cause de l’équivoque qu’elle entraîne.» (Dict. de l’Académie.)

Arrière ceux dont la bouche,
Souffle le chaud et le froid!

RINCER.

Locut. vic. Allez rincer ce linge.
Locut. corr. Allez aiguayer ce linge.

«Rincer. Du bruit des doigts contre l’intérieur d’un verre que l’on rince.» (M. Ch. Nodier, Dict. des Onomatopées.) «Rincer ne se dit que des verres, tasses, cruches et autres vases semblables, et de la bouche qu’on lave.» (Féraud, Dict. crit.)


ROIDE, ROIDEUR, ROIDILLON, ROIDIR.

Orth. et Prononc. vic. Roide, roideur, roidillon, roidir.
Orth. et Prononc. corr. Raide, raideur, raidillon, raidir.

Rien, selon nous, n’est plus ridicule que de donner à des règles des exceptions que rien ne justifie, et qui souvent même blessent les lois de l’étymologie ou de l’analogie. Nous concevons très bien que plusieurs grammairiens, au nombre desquels se trouve M. Ch. Nodier, demandent que l’on écrive roide, roideur, etc., et que l’on prononce roade, roadeur, etc. C’est là une conséquence toute naturelle de leur désir de rétablir la prononciation française de la diphtongue oi, telle qu’elle était au commencement du seizième siècle, avant que Catherine de Médicis et sa suite eussent, selon l’expression d’Henri Etienne, italianisé notre langue. Mais que l’on vienne nous dire, comme M. Laveaux, qu’il faut donner à deux de ces mots, roideur et roidillon, le son d’oa et prononcer roadeur, roadillon, et à deux autres, roide et roidir, le son d’ai, et prononcer raide et raidir, quand ces quatre mots ont évidemment une étymologie commune; voilà ce que nous avons peine à concevoir de la part d’un écrivain qui sait raisonner. Quant à nous, nous pensons qu’il faut aujourd’hui se résigner à prononcer et à écrire raide, raideur, etc., malgré ce que peut avoir de pénible pour notre orgueil national une prononciation qui nous a été imposée par l’étranger, mais qui est maintenant définitivement établie, et qu’il serait par conséquent impossible de changer.


ROT, ROTI.

Locut. vic.   De quels plats se compose le rôti du dîner?
Voulez-vous un morceau de ce rôt?
 
Locut. corr.   De quels plats se compose le rôt du dîner?
Voulez-vous un morceau de ce rôti?

«Le rôt est le service des mets rôtis; le rôti est la viande rôtie.

«Les viandes de boucherie, la volaille, le gibier, etc., cuits à la broche, sont du rôti: les différens plats de cette espèce composent le rôt; les grosses pièces, le gros rôt, et les petites, le menu rôt. On sert le rôt, et vous mangez du rôti. Le rôt est servi après les entrées: le rôti est autrement préparé que le bouilli. Il y a un rôt en maigre comme en gras; mais la viande rôtie est seule du rôti.

«Nos bons aïeux ne connaissaient guère que le pot et le rôt, ou les deux services du bouilli et du rôti; ainsi l’on disait, et nous le répétons encore: Tel homme est à pot et à rôt dans telle maison, quand il y est très familier. Jusque dans le sixième siècle, on ne vit en viande sur les tables, et même aux repas d’appareil, que du bouilli et du rôti, avec quelques sauces à part; le gibier fut long-temps réservé pour les grands jours. La magnificence des festins consistait surtout dans la somptuosité du rôt, comme aujourd’hui aux noces de village: on y servait des sangliers et des bœufs entiers, et remplis d’autres animaux.

«Aujourd’hui la cuisine française, la plus habile, la plus agaçante, la plus mortelle de l’Europe, a trouvé l’art de nous faire simplement dîner avec les entrées. Le service du rôt est presque entièrement retranché: dans les repas ordinaires, il y a seulement quelques plats de rôti mêlés avec l’entremets.» (Roubaud, Synonymes.)


ROT-DE-BIF.

Locut. vic. Mangez un peu de ce rôt-de-bif de chevreuil.
Locut. corr. Mangez un peu de ce rôti de chevreuil.

«Le secrétaire de l’Académie française s’est grandement trompé s’il a cru enrichir notre langue en insérant dans son Dictionnaire rôt-de-bif. Cette expression n’est d’aucun idiôme. Le roi Jacques, à Saint-Germain, mangeait des tranches de bœuf rôties; ce que les Anglais écrivent roast beef, nomment roze bif, et, quand ils veulent parler français, rote bif; quelque cuisinier aura qualifié rote bif un morceau de mouton ou de chevreuil, servi à Versailles ou à Chantilly. La nouvelle expression de cuisine aura été répétée à table, à cause du ridicule qui la distinguait. Mais, comme ces sortes de plaisanteries ont d’ordinaire peu de durée, quelque générales qu’elles soient d’abord, rôtebif dit rôdebif s’est introduit sérieusement, et avec tous ses régimes, dans l’Académie française.» (Feydel, Remarques sur le Dictionnaire de l’Académie.)


ROULEAU.

Locut. vic. Je suis au bout de mon rouleau.
Locut. corr. Je suis au bout de mon rôlet.

Un homme qui ne sait plus que dire ni que faire est au bout de son rôlet, c’est-à-dire du petit rôle qu’il avait appris; rouleau ne signifierait rien ici.

C’est encore un renard qui fournit le sujet
Du récit que je vais vous faire:
Sans le renard, on ne conterait guère,
Et j’eusse été vingt fois au bout de mon rôlet.
(Vitallis. Fab. 25, liv. II.)

ROULER.

Si l’on en croit Féraud, rouler carrosse est un gasconisme. Nous croyons que ce grammairien se montre ici un peu trop scrupuleux. Quant à cette autre locution, traîner carrosse, qu’il dit être en usage dans la province, nous ne croyons pas qu’elle y soit même fort usitée par les gens qui raisonnent, et qui précisément parce qu’ils raisonnent ne doivent pas chercher à s’assimiler à des chevaux. Voici une anecdote qu’il raconte à ce sujet: «Tu me manques de respect, disait un gros richard à une harengère, sais-tu que je traîne carrosse?—Eh! monsieur, lui répondit-elle, où trouverait-on à vous aparier?»


RUELLE.

Locut. vic. J’ai acheté de la ruelle de veau.
Locut. corr. J’ai acheté de la rouelle de veau.

Une ruelle est une petite rue.

Une rouelle est une tranche ronde en forme de petite roue, coupée dans un saucisson, dans une orange, dans une pomme, etc. Une rouelle de veau est aussi une tranche circulaire, prise dans la cuisse d’un veau.


SABLEUX.

Locut. vic.   Cette farine est sablonneuse.
Comme cette terre est sableuse.
 
Locut. corr.   Cette farine est sableuse.
Comme cette terre est sablonneuse.

Ce qui est sableux contient un peu de sable.

Ce qui est sablonneux contient beaucoup de sable.

On dit de la farine, de la cassonnade sableuse, et une terre, un pays, un rivage sablonneux.


SABLIÈRE.

Locut. vic. Mettez de la poudre dans ma sablière.
Locut. corr. Mettez de la poudre dans mon sablier.

Une sablière est un lieu d’où l’on tire du sable.

Un sablier est un petit vaisseau contenant du sable pour sécher l’écriture.

Un sablier est encore une horloge de verre qui mesure le temps par le sable qu’on y renferme. L’Académie dit que le mot sable est plus usité en ce sens que le mot sablier: Ce sable n’est pas juste. Nous la croyons dans l’erreur.


SACHE, SACHONS.

Locut. vic. Je ne sache pas qu’il soit arrivé.
Locut. corr. Il n’est pas arrivé, que je sache.

Rien n’est plus irrégulier et plus ridicule que ce subjonctif: je ne sache pas, nous ne sachons pas, au commencement d’une phrase, quand rien ne le demande là, quand tout s’oppose à ce qu’il y soit, et qu’il est d’ailleurs si facile de le mettre à une place plus convenable, sans changer en aucune façon la valeur de la phrase. Un de nos bons grammairiens modernes a écrit: «On dit aussi: Je ne sais pas qu’il vient tous les jours, dans le sens de: je suis censé ne pas savoir, ou l’on a voulu me laisser ignorer, on ne m’a pas dit, etc.; mais si l’on veut exprimer une véritable ignorance, on dira: Je ne sache pas qu’il vienne, etc.»

Nous sommes tout-à-fait de l’avis de ce grammairien; quand on voudra faire preuve d’une véritable ignorance on dira: nous ne sachons pas.

«Nous ne sachons pas,» a dit le ministère public dans un procès récent, «que les individus dont on parle aient été tués par le roi.» (Gaz. des Trib. du 26 fév. 1835.)

Nous, espèce de ministère public de la grammaire, nous inculpons de barbarisme M. l’avocat du roi, et requérons contre lui la peine de droit: un peu de ridicule.


S’AGIR.

Locut. vic. Je ne crois pas qu’il ait s’agi de le faire.
Locut. corr. Je ne crois pas qu’il se soit agi de le faire.

S’agir se conjugue, dans tous ses temps composés, avec être, et non avec avoir, et le pronom personnel se doit toujours être placé devant le verbe auxiliaire. Il s’est agi, il se sera agi, il se serait agi, il se fût agi, qu’il se soit agi, qu’il se fût agi.

Le Ministre de la guerre (à la tribune). «Le ministre ne peut, de son propre mouvement, former ou dissoudre une armée; l’armée est constituée par ordonnance du roi. Lorsqu’il a s’agi de former l’armée du Nord.....» (Rires aux extrémités.)

Une voix du centre. «Il n’y a pas là de quoi rire; on voit bien que M. le ministre veut dire: lorsqu’il s’est agi

Le ministre. «Dans ce cas, c’est le gouvernement qui est intervenu; de même lorsqu’il a s’agi...» (Nouveaux rires.)

Une voix à droite. «Ces explications ne sont point d’un bon français.» (Séance de la Ch. des Dép. du 25 fév. 1834. Courrier Français du 26 fév. 1834.)


SAIGNER.

Locut. vic. Quoi! pour une chiquenaude, vous saignez du nez, ou au nez!
Locut. corr. Quoi! pour une chiquenaude, vous saignez par le nez!

MM. Noël et Chapsal disent, dans leur grammaire (21e édit.), que saigner au nez n’est pas français, et qu’on doit employer saigner du nez au propre comme au figuré.

Voici ce qu’on lit, à ce sujet, dans l’Examen critique des Dict. de la langue française, par M. Ch. Nodier:

«Saigner du nez signifie manquer de courage, de résolution.

«Saigner au nez se dit d’une blessure extérieure.

«Saigner par le nez d’une hémorrhagie, et ce serait mal parler que de s’exprimer autrement.»

On peut choisir entre ces deux opinions; quant à nous, nous pensons que M. Ch. Nodier est le seul grammairien qui se soit donné la peine d’examiner la question, et nous adoptons entièrement son sentiment.


SALADIER.

Locut. vic. Avez-vous bien secoué cette salade dans le saladier?
Locut. corr. Avez-vous bien secoué cette salade dans le panier-à-salade?

Nous ne saurions admettre, comme MM. Laveaux et Boiste, qu’on puisse employer le mot saladier pour signifier tour à tour un plat ou un panier, et nous croyons agir sensément en ne conservant à ce mot que la première des deux acceptions qu’on lui donne, et en transportant la seconde au mot panier-à-salade, qui est déjà d’un usage assez général et assez ancien, quoique les dictionnaires paraissent l’ignorer.


SANGUINAIRE, SANGUINOLENT.

Prononc. vic. Sangu-inaire, sangu-ignolent.
Prononc. corr. Sanghinaire, sanghinolent.

SAP.

Locut. vic. Faites cela en bois de sap.
Locut. corr. Faites cela en bois de sapin.

Sap est un archaïsme que font généralement les ouvriers de Paris.

Si tient une lance de sap.
(Roman de Perceval.)

Sap n’est plus français.


SATIRE, SATYRE.

Orth. vic.   Il est laid comme un satire.
Abandonnez le genre de la satyre.
 
Orth. corr.   Il est laid comme un satyre.
Abandonnez le genre de la satire.

Un satyre est un demi-dieu de la fable.

Une satire est un ouvrage de littérature.

Une satyre est aussi, selon l’Académie, «certain poëme mordant, espèce de pastorale ainsi nommée, parce que les satyres en étaient les principaux personnages. Ce poëme n’avait point de ressemblance avec celui que nous appelons satire, d’après les Romains. Les satyres grecques étaient des farces, ou des parodies de pièces sérieuses.»


SATISFESANT.

Orth. et pronon. vic. Cette raison est satisfesante.
Orth. et pronon. corr. Cette raison est satisfaisante.

L’Académie, Laveaux et Boiste écrivent satisfaisant.


SAUVAGE.

Locut. vic. Cette chair sent le sauvage, le sauvageon.
Locut. corr. Cette chair sent le sauvagin, la sauvagine.

Sauvagin se dit de certain goût, de certaine odeur de quelques oiseaux de mer, d’étang, de marais.

Sauvagine se dit collectivement pour signifier ces sortes d’oiseaux. Ce pays est plein de sauvagine, et aussi en parlant de l’odeur de ces oiseaux: Cela sent la sauvagine.

Un sauvageon est un jeune arbre venu sans culture.


SAVOIR (FAIRE A).

Locut. vic. Faites à savoir qu’il est arrivé.
Locut. corr. Faites savoir qu’il est arrivé.

M. Marle (Précis d’Orthologie) blâme avec raison la formule: on fait à savoir que, employée, dit-il, dans les petites villes, et surtout dans les villages, au commencement des publications faites au nom du maire, et ce grammairien désirerait que le fonctionnaire public ne laissât pas écorcher ainsi la langue en son nom. Mais M. Marle aurait-il donc oublié que l’Académie autorise cette façon de parler? Que répondrait-il à un maire qui lui montrerait, pour se disculper, le texte du Dictionnaire sacré? M. Marle trouverait sans doute d’excellentes raisons pour soutenir son opinion, mais M. Marle ne convaincrait probablement pas son adversaire, que nous supposerons pour cela ne pas être grammairien; par la raison que, pour tout homme qui n’est pas un peu grammairien, l’Académie est une autorité irréfragable. Aussi l’Académie a-t-elle de bien grands torts quand elle se trompe.

M. Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.) prétend qu’on doit dire: faire assavoir. C’est, dit-il, une expression de chancellerie municipale, expression composée seulement de deux verbes, dont le second, qui devrait se trouver dans le dictionnaire, sous la lettrine ass, est assavoir, et non: savoir.—Nous pensons que le verbe assavoir étant aujourd’hui tombé en désuétude, puisque aucun dictionnaire ne le donne, il vaut beaucoup mieux dire: faire savoir, que faire assavoir, qu’on écrirait toujours comme l’Académie, c’est-à-dire sous la forme d’un barbarisme, malgré l’excellente remarque de M. Feydel.


SAVOYARD.

Locut. vic.   Allez, vous n’êtes qu’un savoyard.
Un de mes amis, un avocat savoisien.
 
Locut. corr.   Allez, vous n’êtes qu’un brutal.
Un de mes amis, un avocat savoyard.

Les gens mal élevés disent froidement des injures; les gens bien élevés en disent aussi, malheureusement, mais quand ils sont en colère, et les uns et les autres sont peut-être excusables jusqu’à un certain point, à cause de leur manque, soit d’éducation, soit de raison. Mais que dire d’un lexicographe qui imprime, lui, homme instruit et calme, ou qui doit l’être du moins, qu’un savoyard est un terme de mépris qui signifie homme sale, grossier, brutal. En vain ce lexicographe objectera-t-il que son devoir est d’enregistrer tous les mots qui ont cours dans la langue, nous lui répondrons que son devoir est aussi de passer sous silence les mots qui peuvent porter atteinte à la décence ou à la morale, à moins qu’il ne se propose pour modèle le dictionnaire français-espagnol de Sobrino, le dictionnaire le plus impudique qu’on ait jamais fait. Que résulterait-il, après tout, de ce silence? Que celui qui ne voudrait employer ce mot qu’après l’avoir trouvé dans le dictionnaire ne l’emploierait pas du tout. Où serait donc le mal?

Si nous repoussons le mot Savoisien, qu’on veut substituer à Savoyard, comme gentilé de la Savoie, c’est parce qu’il est trop peu usité; que son adoption nous paraîtrait la consécration définive de l’injure sottement faite au gentilé savoyard; qu’il est irrégulièrement formé, et qu’il ne peut se dire correctement que d’un habitant du village de Savoisy, dans la Côte-d’Or. Quand Rousseau écrivait: Ces pauvres Savoyards sont si bonnes gens! (Confess., liv. 6.) il n’avait certainement pas l’intention de leur faire une insulte, et cependant la subtile distinction établie entre savoyard et savoisien existait à cette époque depuis long-temps.

«J’ai vu une grande dispute à Grenoble, dit L. A. Allemand (Nouv. rem. de Vaugelas, 1690, p. 468.) pour savoir si l’on devait appeler les peuples de Savoie Savoyards on Savoisiens, jusques-là même qu’on faillit à en venir aux mains. Les Savoisiens qui étaient venus d’Annecy et de Chambéry à Grenoble, pour y tirer un prix général de l’arquebuse, prétendaient que les Lyonnais qui y étaient aussi, les avaient offensés en les appelant Savoyards. Ils disaient que ce mot de savoyard n’avait été destiné par notre usage qu’à signifier ces misérables ramoneurs de cheminées, et qu’ainsi c’était un terme de mépris, et qu’il fallait appeler les peuples de Savoie des Savoisiens. En sorte qu’il fut résolu, dans une assemblée de plus de trois mille hommes, tous armés, qu’on ne les appellerait plus Savoyards, mais Savoisiens. Cependant, dit notre auteur en terminant, comme on ne connaît presque pas ce mot à Paris, je ne voudrais pas condamner ceux qui disent savoyard en toutes manières, puisque un grand nombre de bons auteurs ne parlent pas autrement.»

C’est sans doute par distraction que M. Thiers a employé le mot savoisien dans le passage suivant: «Il forma aussitôt une assemblée de Savoisiens, pour y faire délibérer sur une question qui ne pouvait pas être douteuse, celle de la réunion à la France.» (Hist. de la Rév., t. 3, p. 200.) Il est impossible que ce soit avec réflexion qu’un académicien ait employé cette mauvaise expression.


SIAU.

Prononc. vic. Il pleut à siaux.
Prononc. corr. Il pleut à seaux.

Il y a des personnes qui prononcent séo; ces personnes là se trompent comme celles qui prononcent siaux. C’est so qu’il faut dire.


SEMBLER.

Locut. vic. En vérité, vous semblez un pacha.
Locut. corr. En vérité, vous semblez être un pacha.
Semblait un roi puissant de son peuple adoré.
(Voltaire, Henriade.)

M. Ch. Nodier signale ce vers comme défectueux. On ne semble pas un roi, dit-il; c’est une locution parisienne. Il fallait: semblait être un roi.

Nous pensons aussi qu’on ne doit jamais placer ce verbe devant un substantif. Il paraît au reste que cette manière de parler est très ancienne, car on trouve dans un poète du treizième siècle, nommé Herbers, les vers suivans:

Femme semble ung cochet à vent
Qui se change et mue souvent.

SEMESTRE.

Locut. vic. J’obtiendrai, je crois, un semestre de deux mois.
Locut. corr. J’obtiendrai, je crois, un congé de deux mois.

Un semestre est un espace de six mois consécutifs. Avec un mois de plus ou de moins, ce n’est plus un semestre.

Prononcez semestre, et non sémestre.


SEMOUILLE.

Locut. vic. Aimez-vous la semouille?
Locut. corr. Aimez-vous la semoule?

«Semoule. Pâte faite avec la farine la plus fine, réduite en petits grains.» (Dict. de l’Acad.)

«On peut réduire de petits grains en farine; on ne peut réduire de la farine en petits grains.» (Feydel, Rem. sur le Dict. de l’Acad.)


SENS-FROID.

Orth. vic. Il a vu cela de sens-froid.
Orth. corr. Il a vu cela de sang-froid.

«C’est le sentiment de M. Ménage et celui de presque tout le monde, qu’il faut dire de sang-froid, à l’imitation des Italiens qui disent: Di sangre freddo; l’amazzò di sangre freddo. Quelques écrivains néanmoins disent de sens-froid, et entre autres l’auteur des Entretiens sur la pluralité des Mondes (Fontenelle): on a été réduit à dire que les dieux étaient pleins de nectar lorsqu’ils firent les hommes, et que quand ils vinrent à regarder leur ouvrage de sens-froid, ils ne purent s’empêcher de rire.» (Andry de Boisreg. Réfl. sur l’us. prés. de la langue fr.)


SENTINELLE.

L’abbé Prévost (Hist. d’Angl.), Voltaire, Delille, Fontanes, ont fait le mot sentinelle masculin; nous nous plaisons à croire qu’un temps viendra où ce mot, dont l’application est si exclusivement masculine, reprendra son genre naturel. Un nom de soldat du genre féminin! Cela n’a-t-il pas l’air, en vérité, d’une ironie, surtout quand on sait que ce mot nous vient de l’italien, et qu’il s’est primitivement dit des soldats du pape!


SEPTANTE.

«Septante n’est français qu’en un certain lieu où il est consacré, qui est quand on dit la traduction des septante, ou les septante interprètes, ou simplement les septante, qui n’est qu’une même chose. Hors de là, il faut toujours dire soixante-dix, tout de même que l’on dit quatre-vingts et non pas octante, et quatre-vingt-dix et non pas nonante.» (Vaugelas, Remarque 400e.)

Il est à regretter que Vaugelas n’ait pas été un grammairien plus philosophe, et qu’il ait eu tant de déférence pour l’usage de la cour; car, avec l’influence que lui donnaient et sa position dans le monde et l’estime dont il jouissait près des écrivains de son temps, rien ne lui eût été plus facile que de faire la fortune de ces trois mots: septante, octante et nonante, qui certainement méritaient d’être bien accueillis, et qui devraient bien remplacer ces vilains mots de soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix, que repousse leur manque d’analogie avec nos autres noms de nombre. Il ne fallait de la part de Vaugelas que savoir dominer le sot usage de la cour au lieu de lui obéir servilement; mais Vaugelas était trop courtisan pour cela. C’eût été une chose bien étonnante qu’au bout de deux cents ans, ces trois mots présentés par un patron puissant n’eussent pu parvenir à se faire accorder le droit de cité!

Voici ce que dit M. Ch. Nodier sur ce sujet: «Il ne s’agit pas ici d’attenter à la langue de Racine et de Fénelon (en substituant septante, etc., à soixante-dix, etc.), il s’agit de donner à la langue numérique une précision essentielle, indispensable, et de faire prévaloir le bon sens contre une tradition gothique.» (Examen critique des Dict.)


SERBACANE.

Locut. vic. Il a perdu sa serbacane.
Locut. corr. Il a perdu sa sarbacane.

Ménage trouve sarbacane plus conforme à l’étymologie.


SERVIR.

Locut. vic. Eh bien! je servirai soldat.
Locut. corr. Eh bien! je servirai comme soldat.

«Voltaire a dit: Servir simple cavalier, simple soldat. Il vint d’abord servir simple cavalier.