(Rois, II, p. 141.)

«David sonnait d'une espèce d'orgues qui étaient arrangé de façon qu'on les liait aux épaules de celui qui en jouait; et il dansait et jouait ainsi devant Notre-Seigneur.»


Malheureusement le texte porte le participe aturné invariable, en sorte qu'on ne peut en induire de quel genre était le mot orgues.

Le premier orgue qui parut en France y vint en 757; c'était un présent de Constantin Copronyme à Pepin, père de Charlemagne. Cet orgue fut placé à Saint-Corneille de Compiègne. Il fallait que ce fût un orgue de Barbarie, c'est-à-dire, dont on jouait à l'aide d'une manivelle, car il n'y avait personne en France capable de toucher un orgue à clavier; et l'on ne voit point que Constantin eût joint à son cadeau l'artiste sans lequel il devenait inutile. Gerbert, qui rapporte le fait, ne parle pas de cette circonstance.

Les règles de la prononciation rendaient impossible de prononcer orgues comme nous le prononçons aujourd'hui. (Voy. p. 30.) On transportait l'r après le g, ogres:

—«Les bones uevres en qui Dex se delite, si com li huem fet ou son de la harpe, u des ogres, u d'altres estrumenz.»

(Comment. sur le Psautier.)

«J'ai déjà parlé, dit Roquefort, de ce magnifique instrument que nos pères nommaient organ, orgenes, orguettes, ogres

(État de la poésie française, p. 119.)

Les héros de Vadé ne disent jamais autrement qu'ogres de Barbarie, expression qui doit dater de loin, car elle rappelle à la fois la prononciation primitive, et le pays éloigné d'où nous vint le premier orgue.

OU.

Il n'y a peut-être pas de mot dans la langue française dont le domaine ait été plus injustement restreint. Il servait jadis pour tous les rapports marqués aujourd'hui par à, en, vers; on mettait ou pour à qui, en quoi, auquel, par lequel, vers lequel, etc.

Maintenant ou n'est plus qu'une conjonction alternative, ou un adverbe de lieu; il signifie ubi et vel: encore, dans le premier cas, prend-on soin de le marquer d'un accent, pour le distinguer du second. Petite précaution puérile, inconnue dans le temps où elle pouvait paraître plus nécessaire, les fonctions du mot étant beaucoup plus diverses:

Ja il ne plaise à Dieu, le roi du firmament,
Que ayons paix a Karlon, le roy ou France apent.
(Les quatre fils Aymon, v. 426.)

«Le roi de qui la France dépend, à qui elle se rattache.»

Trestous li Deu ou croient les François.
(Ogier, v. 1457.)
Les fils Garin ou tant a de fierté.
(Gerars de Viane, v. 1214.)
Ou pensez vous, frere Symon?
Je pens, fait il, a un sermon,
Le meilleur ou je pensasse oncques.
(RUTEBEUF, De frere Denise.)

pour en quoi, dans lequel:

Hemi! ou arai je fiance?
(Coucy, v. 5678.)

s'écrie la dame de Fayel, qui se croit sacrifiée à une rivale.

Et pour itant, je vous chastoy
Que jamais ne vueilliez mesdire
De celui ou mains a a dire
Qu'il n'at en vous, fole, musarde.
(Ibid., v. 5780.)

«Par là, je vous enseigne à ne jamais médire de celle en qui il y a moins à reprendre qu'en vous.»

—«L'on est à cette heure à parfaire le procès de maistre Gérard, j'espère que, la fin bien congneue, le roi trouvera qu'il est digne de mieulx que du feu.»

(Marguerite, reine de Navarre.)
Au logis d'une fille j'ai ma fantaisie.
(REGNIER.)

se rapporte à la fille, et non au logis. C'est «fille en qui j'ai ma fantaisie.»

Le XVIIe siècle conservait au mot cette large signification, si commode pour la rapidité du discours.

—«Si un animal faisait par esprit ce qu'il fait par instinct, et s'il parlait par esprit ce qu'il parle par instinct, pour la chasse, et pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue, il parlerait bien aussi pour des choses il a plus d'affection, comme pour dire: Rongez cette corde qui me blesse, et je ne puis atteindre.»

(PASCAL, Pensées.)

Un académicien moderne dirait: Choses auxquelles il a plus d'affection; la corde à laquelle je ne puis atteindre.

Et voilà donc l'hymen j'étais destinée!
(RACINE, Iphigénie.)

Molière emploie toujours pour marquer ces sortes de rapports. J'ose affirmer, après examen, qu'il n'est pas de mot plus rare dans ses œuvres que le mot auquel. Je ne pense pas qu'on l'y rencontrât plus d'une ou deux fois. Lequel est, chez Molière, au sens interrogatif de uter, et n'a jamais le sens relatif, dont on lui est aujourd'hui si libéral.

Ayez, je vous prie, agréable
De venir honorer la table
vous a Sosie invité.
(Amphitryon, III, 5.)
Non; il faut qu'il ait le salaire
Des mots tout à l'heure il s'est émancipé.
(Ibid., III, 4.)
Aux différents emplois Jupiter m'engage.
(Prologue d'Amphitr.)

«Les sentiments d'estime et de vénération votre personne n'oblige.»

(Pourceaugnac, III, 5.)

«C'est une chose l'on doit avoir de l'égard.»

(L'Avare, I, 7.)

«C'est une chose vous ne me réduirez point.—L'engagement j'ai pu consentir.—C'est un parti il n'y a point à redire.—C'est ici une aventure je ne m'attendais pas.»

(MOLIÈRE, passim.)

Essayez de remplacer dans ces deux passages, tirés de poëtes bien différents, et où les grammairiens voient une faute de français, c'est-à-dire, contre leur français:

Et, pour justifier cette intrigue de nuit
me faisait du sang relâcher la tendresse…
(L'École des maris, act. III, sc. 2.)
Nous avons tous les deux au front une couronne
nul ne doit lever de regards insolents.
(Le Roi s'amuse, act. I, sc. 5.)

C'est parler conformément aux meilleurs et aux plus anciennes traditions de la langue.

Malherbe:

«Pour me conserver dans vos bonnes graces, je me tiendray très-heureux que vous m'honoriez de quelque commandement je puisse m'en rendre digne.»

(Lettres, p. 16.)

«Il (M. de Montpensier) est extrêmement mal, et le remède de lait il est depuis trois semaines, pour avoir été employé trop tard, ne fait pas l'effet que l'on désiroit en la guérison d'un si bon prince.»

(Ibid., p. 45.)

Corneille:

Et c'est je ne sais quoi d'abaissement secret
quiconque a du cœur ne consent qu'à regret.

Voltaire écrit, pour tout commentaire, que cela n'est pas français. Avec sa permission, je crois qu'il se trompe:

Pardonne à cet hymen j'ai pu consentir.
(Alzire, III, 1.)
N'imputez qu'à l'amour, que je dois oublier,
La honte je descends de me justifier.
(Zaïre, IV, 6.)
Sais-tu l'excès d'horreur je me vois livrée?
(Mérope, IV, 4.)

La correspondance de Voltaire offrirait autant d'exemples en prose que ses poëmes d'exemples en vers. Si Voltaire a eu un tort, c'est d'avoir blâmé Corneille, et non de l'avoir imité en rejetant cette insupportable circonlocution moderne, dans lequel, par laquelle:—Le moment dans lequel je parle est déjà loin de moi.—Cette intrigue vers laquelle la tendresse me faisait relâcher.

L'Académie donne trois exemples de pris, dit-elle, dans un sens moral, quoiqu'il soit malaisé de savoir ce que c'est que le sens moral d'un adverbe.—« me réduisez-vous? en sommes-nous? allons-nous?»—Les deux derniers n'en font qu'un, et c'est évidemment une question de lieu; par conséquent y est parfaitement à sa place. me réduisez-vous? est autre chose. est ici évidemment pour à quoi; et si la substitution est légitime dans cette façon de parler, pourquoi ne l'est-elle pas dans toutes les analogues? Qu'est-ce que c'est que réserver une seule locution, et de quel droit? L'usage? Mais l'usage de Pascal, de Corneille et de Molière vaut bien, apparemment, celui du XIXe siècle!

Reprenons donc, il en est temps, une façon de parler excellente, commode et leste, que nous étions en train de remplacer par la plus gênante, la plus traînante et la plus insipide. Nous avons d'ailleurs tout intérêt à ne point envieillir nos grands écrivains, à ne point permettre que de mauvais grammairiens, des pédants, pour tout dire, y introduisent des solécismes posthumes. Quand nous aurons laissé abolir l'autorité de Racine, de Molière, de la Fontaine, de Pascal et de Voltaire, sur qui, s'il vous plaît, nous guiderons-nous? sur M. Girault-Duvivier, ou sur M. Napoléon Landais?

Ouvrez la grammaire des grammaires; vous allez être bien édifié! Elle distingue adverbe, ou pronom absolu, et ou pronom relatif. Elle permet le dernier avec «un verbe qui marque une sorte de localité physique ou morale.» Mais elle avoue que «la poésie s'en sert parfois dans des cas ou il n'y a pas localité physique ou morale

C'est à ces faiseurs de galimatias double qu'est abandonnée la police de notre langue; ce sont là nos instructeurs, et les juges en dernier ressort de Molière, de Pascal, de tous nos grands écrivains! Il fallait effectivement moins de génie pour composer Tartuffe ou les Lettres provinciales que pour comprendre le pronom ou dans une localité morale.


Voici la règle suivie, sans conteste, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle: a, y, ou, sont trois termes corrélatifs; où va l'un des trois, les deux autres vont également.

Essayez ce principe à tous les exemples cités de Molière, de Corneille, etc., vous reconnaîtrez qu'il s'y adapte et les résout. On dit: Consentir à quelque chose; j'y consens:—«C'est une chose je ne puis consentir.»

(MOLIÈRE.)

Exposer quelqu'un au mépris; Vous l'y exposez:—«L'affront ton mépris l'expose.»

(Idem.)

Penser à quelque chose: J'y pense:—« pensez-vous, frère Symon?»

(RUTEBEUF.)

Avoir égard à: J'y aurai égard:—«C'est une chose l'on doit avoir de l'égard.»

(MOLIÈRE.)

Atteindre à: J'y atteindrai:—«Cette corde je ne puis atteindre.»

(PASCAL.)

Croire à quelque chose: J'y crois:—«Laissons là la médecine, vous ne croyez point.»

(MOLIÈRE.)

En un mot, de saint Louis à Louis XV, on n'a point parlé autrement. C'est la bonne manière, et il faut s'y tenir.

PAR.—PARMI.

Las Latins disaient per me, per te, dans le sens de moi seul, toi seul:

Quamvis, Scæva, satis per te tibi consulis et scis.
(HORACE, ep. 17, lib. I.)

«Scæva, quoique tu saches assez te conduire tout seul…»

Nos pères avaient copié cette locution, et disaient: Tout par vous, par lui, par eux, par elles:

Les cloches de l'église, de ce soyez certains,
Sonnerent tout par elles, sans mettre piez ne mains.
(Le Dit du Buef, Jubinal, Nouv. recueil, I, 69.)

Sonnèrent toutes seules.

La douce mere Dieu, a ce mot s'en tourna,
Avec son dous enfant es sains ciex remonta,
Et Felix li sains homs tout par li demoura.
(Le Dit des trois Chanoines, ibid.)

Félix resta tout seul.

Cette locution s'est conservée pure chez les Anglais: By himself, by herself; tout seul, toute seule; mot à mot, par lui-même, par elle-même.—Are you quite by yourself? Êtes-vous absolument seul? mot à mot, tout par vous-même.

Et dans le patois lorrain, tot pâ li, tote pâ lei, tout par lui, toute par elle; tout seul, toute seule. Lei, pronom féminin, comme en italien.

Le français moderne garde encore une trace à demi effacée de cette façon de parler, dans à part lui, à part moi, qu'on devrait écrire, à par lui, à par moi, sans t. Par lui, par moi, sont ici construits avec le signe du datif, comme au hasard, à l'étourdie, à l'abandon. Je me dis à par moi… Il réfléchissait à par soi.—Je me dis à moi tout seul… Il songeait à lui tout seul.

Un chevalier, en réalité le plus poltron des hommes, faisait grand étalage de sa bravoure. Tous les jours il sortait armé de pied en cap, allait au bois, et, de retour avec sa lance brisée et son écu bossué, prétendait avoir occis un nombre de brigands. Sa femme soupçonne l'imposture, et, pour en avoir le cœur net, s'avise de suivre un jour son mari, déguisée en chevalier; elle l'attaque, le renverse, et lui impose pour rançon de sa vie une condition très-humiliante, que je ne dirai pas:

Et la dame, qui moult fu sage.
Dist par soi qu'apres veut aler
Por savoir et por esprover
Son hardement et son barnage.
(De Berengier au long cul, Barbaz., III, p. 261.)

Elle se dit à par soi.

Une autre trace de cet emploi subsista longtemps dans les petites écoles où les enfants apprennent à épeler, et subsiste probablement encore au fond de quelque hameau soustrait par sa misère à l'influence de l'enseignement renouvelé. Là, on dit, A par soi, A;—E, par soi, E.—C'est-à-dire que cette voyelle, prise isolément de toute combinaison, sonne A, E. Molière nous en a laissé un curieux exemple dans les Amants magnifiques. Clitidas prétend avoir le talent de lire dans les yeux des amoureux le nom de l'objet aimé. Il dit au prince Sostrate, secrètement épris de la princesse Ériphile:—«Tenez-vous un peu, et ouvrez les yeux: E par soi, é;—r, i, ri; Éri.» C'est-à-dire, E tout seul, é.

(Act. I, sc. 1.)

L'adverbe à part n'est qu'une forme elliptique de à par, en sous-entendant le pronom complémentaire indiqué par le reste de la phrase:

Quant au pauvre frère Girard,
Il avait eu son fait à part
(LA FONTAINE, les Cordeliers de Catalogne.)

A par lui, à lui tout seul. La Fontaine fait entendre qu'on l'avait poignardé, tandis qu'on brûlait les autres dans la grange du bourgeois.

L'on devrait donc écrire le mot par sans t;—part, partie, n'a rien de commun avec cette expression, qui descend directement du latin per, joint à un pronom. Le frère Girard avait eu son fait per se.

A propos de per se, je remarquerai que le Complément du Dictionnaire de l'Académie a tort d'écrire un as percé à la bouillotte; c'est un as per se, un as tout seul et non accompagné, un as tout par lui.

Nous avons vu au chapitre de la tmèse un autre emploi de par, dont il subsiste un dernier vestige dans la locution par trop, où par communique à trop la valeur superlative.—Quoi! battre mon sénéchal en ma présence! cela est par trop hardi!

Trop par eüs le cuer hardi
Quand tu devant moi feru l'as.
(Le Dit du Buffet, Barbaz., II, p. 164.)

Voyez pag. 235.


Mais si l'usage met un t de trop dans à par soi, en revanche il le met de moins dans cette autre locution de par le roi, qui signifie de la part du roi. Le rapport aujourd'hui marqué par le génitif s'exprima longtemps par la simple juxtaposition des substantifs: La Fête-Dieu, les quatre fils Aymon, sont la fête de Dieu, les quatre fils d'Aymon (voy. p. 266). De même, la part le roi est la part du roi. Écrivez donc: Je vous l'ordonne de part le roi! A parte regis.

«O petite Belleem, s'écrie saint Bernard, mais ja (jà, déjà) magnifiee de part notre Signur!»

(Sermons, p. 532.)

Ainsi l'usage écrit part avec un t, venant de per, et par sans t, venant de partem. Il met le substantif où il faut la préposition, et la préposition à la place du substantif. C'est une belle chose que l'usage! et les grammairiens ont bien raison d'en faire leur suprême loi. C'était l'ultimo ratio de Ménage, de Vaugelas, de Bouhours, de Patru et de Th. Corneille. Aucun d'eux n'a jamais songé à protester contre une si respectable autorité.


PARMI. Pourquoi l'Académie n'autorise-t-elle parmi qu'avec un pluriel indéfini ou un singulier collectif: Parmi les hommes, parmi le peuple? Où a-t-elle pris cette règle?

Mi est par abréviation, ou, comme parlent les doctes, par apocope, pour milieu. Par mi signifie donc littéralement par ou dans le milieu.

Au tournoi donné par le châtelain de Fayel:

Li sires de Hangest froié
Ot le bras et par mi brisié.
(Coucy, v. 1447.)

«Le sire d'Hangest eut le bras froissé et cassé par le milieu, par le mitan

Ogier le Danois fut par son père livré à Charlemagne, dont il était haï. Charles le fit jeter en sa chartre, lui donnant pour geôlier l'archevêque Turpin, à qui il fit jurer sor les sains (sur les reliques) de ne donner par jour, à son prisonnier, qu'un pain, un hanap de vin, et un seul morceau de viande. Turpin le jura; mais comment s'y prit cet excellent homme pour tenir son serment et consoler Ogier, héros d'un vaste appétit?

Tel fist le pain qu'on pooit d'un quartier
Tot plainement paistre dix chevaliers;
Et le hanap fist tenir un sestier
Et le bacon faisoit par mi tranchier,
Si l'en donoit tot le millor quartier.
(Ogier, v. 3145.)

«Il faisait couper un cochon par la moitié, et lui en donnait la meilleure part tout entière.»

Un héros prend son gant droit et le plie en deux:

Tint son gant dextre si l'a par mi ploié.
(Ibid., v. 1580.)

On disait aussi en mi, ou d'un seul mot emmi:

Emmi la place li traient son destrier.
(Ibid., v. 1740.)

Malherbe, dans ses lettres, s'en sert fréquemment: «Comme il fut emmi chemin, il se mit à se plaindre de se sentir des tranchées de colique.»

(Lettres, p. 343.)

Maintenant, quelle est la restriction apportée par l'Académie à l'emploi de parmi?

«Il ne se met qu'avec un pluriel indéfini, qui signifie plus de deux, ou avec un singulier collectif.»

Qu'est-ce qu'un pluriel indéfini? Un pluriel est toujours défini, ou plutôt il n'est ni défini, ni indéfini. Est-ce à dire le pluriel d'un substantif indéfini? Mais, dans cet exemple que donne l'Académie, «J'ai trouvé un papier parmi mes livres,» en quoi mes livres est-il un substantif indéfini? Il semble, au contraire, très-défini, puisqu'il s'agit de mes livres, et non de ceux d'un autre.—«Ou avec un singulier collectif.» L'Académie n'autoriserait certainement pas parmi la forêt. Cependant forêt est un singulier collectif.

Cette limitation de l'emploi de parmi ne repose sur rien; c'est pourquoi elle est exprimée en termes vagues et embarrassés.

Pourquoi ne dirait-on pas errer parmi la presse; frapper parmi la figure?

Charlemagne, irrité contre un de ses fils, et tenant sous son manteau un baston quarré, fend la presse, et veut asséner au coupable un coup sur la tête:

Parmi la presse est a sun fil alé,
Parmi le cief l'en eust ja doné.
(Ogier, v. 1393.)

Bien qu'armée soit incontestablement un singulier collectif, l'Académie ne dirait pas passer parmi l'armée. On le disait jadis, et on le devrait dire encore sans difficulté:

«Si s'enturnerent vers l'ost as Philistins, e passerent parmi l'ost

(Rois, II, p. 213.)

Lorsque Harpagon menace la Flèche d'un soufflet: «Tu fais le raisonneur, lui dit-il, je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles!»

Par est ici une abréviation de parmi, comme dans ce vers de la chanson de Roland:

Li amirail chevalchet par cez oz.
(St. 232.)

«L'amiral chevauche par ou parmi cette armée.»

Sosie, peu soucieux des discords des deux Amphitryons, est résolu de vivre en paix avec son autre moi:

Et parmi leurs contentions
Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.
(Amphitryon, III, sc. 7.)

DON JUAN. «Quelle est ton occupation parmi ces arbres

(Act. III, sc. 2.)

Enfin, parmi s'employait autrefois partout où l'on avait à dire par le milieu. C'est son droit; il n'y a pas de raison de le lui enlever. Si l'usage lui en a ôté quelque chose, il faut contraindre l'usage à restituer.