“Mon cher Monsieur et Ami,
Vous êtes bien décidé à ne plus m’écrire, quoique vous m’ayez solennellement promis de répondre à ma dernière longue lettre. J’ai remis, d’un jour à l’autre, à vous écrire moi-même, attendant toujours de voir paraître une lettre de votre main à mon adresse; mais hier, en recevant le sixième volume de votre Histoire, j’ai supposé que votre silence était causé par vos travaux historiques; et, comme je n’ai pas un beau volume à produire qui puisse excuser mon silence, je vais le rompre. Ajoutez à cette raison, qui ne vaut pas beaucoup, que je viens de recevoir quelques documents qui méritent d’être passés à votre connaissance; je me hâte donc de vous les communiquer.
Je vous écrivis dans le temps que le Gouvernement Espagnol, effrayé des menaces insolentes de M. Bresson, fit demander à Lord Aberdeen si l’Angleterre permettrait à Louis-Philippe de forcer la Reine à épouser la personne qu’il plairait au Roi des Français de dicter. Je vous envoie la réponse de Lord Aberdeen au Duc de Sotomayor, Ministre d’Espagne à Londres, datée le 22 Juin, 1846; par elle vous pourrez juger des termes de la communication du Gouvernement Espagnol au Cabinet de Londres.
Dans ma lettre, je vous promettais aussi de vous envoyer copie d’une dépêche du 19 Juillet, 1846, adressée par Lord Palmerston à M. Bulwer, communiquée confidentiellement par le Premier à M. de Jarnac, et dont M. Guizot fit un usage si indigne en la portant à la connaissance du Gouvernement Espagnol, et en criant à l’anarchie et au sans-culottisme, parce qu’on donnait des conseils modérés et favorables à une liberté sage au Gouvernement imbécile et despotique que la France (la France de Juillet!!!) soutient en Espagne. Vous trouverez ci-joint un extrait de cette dépêche. Vous remarquerez sans doute le passage dont on s’est servi comme prétexte pour hâter le mariage du Duc de Montpensier.Montpensier. C’est parce que Lord Palmerston annonçait un fait,—c’est-à-dire que le Prince de Saxe-Cobourg était un des candidats pour épouser la Reine d’Espagne, en déclarant en même temps que l’Angleterre n’avait aucune préférence pour aucun de ces candidats,—c’est parce que Lord Palmerston annonçait ce fait, que l’on a cru devoir faire épouser à l’Infante le Duc de Montpensier! et cela après que le mariage du Prince de Saxe-Cobourg avec la Reine était devenu impossible, Sa Majesté ayant déjà accepté la main de son cousin!
Lord Palmerston a fait offrir tout dernièrement au Gouvernement Français, par Lord Normanby, une copie officielle de ces deux dépêches (22 Juin et 19 Juillet, 1846), afin qu’elles pussent être communiquées aux Chambres avec le reste de la correspondance. On a refusé cette offre, avec la meilleure grâce et de la manière la plus polie du monde.
Vouz trouverez ci-jointes les deux dernières dépêches sur cette affaire par M. Guizot et Lord Palmerston. Celle du dernier, très-récente, ne me parait pas trop ménager votre successeur.
A présent que j’ai tenu ma parole et que j’ai fait ce que vous m’avez demande, tenez la vôtre de votre côté, et écrivez-moi une longue lettre, mais tout de suite, afin que je puisse faire connaître à vos amis ici, au moment de la réunion du Parlement (le 19) la marche que vous et vos amis comptez suivre. C’est en répondant franchement à la confiance dont on vous donne des preuves si fortes, que vous en inspirerez davantage. Je ne puis pas toujours chercher à pénétrer ce que l’on pense, sans avoir rien à dire en retour. Du reste, vous êtes le meilleur juge de ce qu’il vous convient de faire.
Avez-vous vu M. Gréville? Il m’a dit qu’il irait vous voir et vous saluer de ma part. J’apprends, par le Times du 12, qu’on le suppose chargé d’une négociation non officielle pour renouveler l’entente cordiale. La dernière lettre de Lord Palmerston a été écrite après le départ de M. Gréville. M. Gréville est allé à Paris pour complaire aux invitations très-urgentes de Mme de Lieven. Comme le Times disait que M. Gréville est ‘l’ami intime de M. Thiers,’ est-il allé à Paris pour vous faire donner ‘l’accolade fraternelle’ à M. Guizot? Ecrivez-moi ce que vous pensez de cela; dites-moi si vous avez beaucoup causé avec M. Gréville de cette affaire et ce qu’il en pense. Tout ceci m’intéresse beaucoup. C’est inutile de répéter que vos lettres, comme les miennes, sont strictement confidentielles. Rappelez-vous bien de n’envoyer votre réponse que sous couverte directement à Lord Normanby. Croyez-moi toujours.
Mons. Guizot, though successful in the end, was unable to carry out his design for marrying the Queen of Spain, after his own and his master’s mind, within the space of a few weeks or months. Some years elapsed ere the slow course of the Spanish Marriages reached its climax. Meanwhile, a great political incident had occurred in this country. In the summer of 1846 Sir Robert Peel’s ministry had resigned. Lord Palmerston had succeeded Lord Aberdeen at the Foreign Office. The new Foreign Minister continued, with respect to the Spanish intrigue, his predecessor’s line of conduct throughout, albeit his expressions of indignation at Guizot’s duplicity may have been a little stronger and sterner than Lord Aberdeen’s. For this, however, it must be allowed that, as the affair progressed, there was ample reason.
By this time the list of candidates for the Queen’s hand had been considerably reduced. There remained but two within the principle of the descendants of Philip V., the Duke of Cadiz, and his brother, Don Enrique, Duke of Seville. To the last of these, Lord Palmerston, but simply as an outsider, gave the preference, as the only Spanish Prince who is fit, by his personal qualities, to be the Queen’s husband. Don Enrique, however, was a little too liberal and progressive in his principles to be accepted by the opposite party. Finally, after a long course of unseemly manœuvring and double-dealing, the marriage of Queen Isabella with Francis, Duke of Cadiz, was brought about, and at the same time, by a violation of good faith, such as blushing history has seldom had to record, the Duke de Montpensier’s marriage with the Infanta took place.
An excellent commentary on the various phases of this wretched intrigue, and on the conduct of those concerned in it, will be found in the subjoined correspondence between Thiers and Panizzi. In answer to the charges brought by the latter against Guizot, Thiers replies with very summary treatment of the French Minister, both politically and personally. The sketch of Louis-Philippe’s character, in the first quoted of these letters, is admirably drawn. The policy, however, of the great monarch of the barricades, made up of audacity and cunning, was on the whole so skilfully conducted, though so little likely to be enduring, as to our mind to justify a more significant epithet than that of a mere umpire.
What, however, stands out most conspicuously in this same letter is the sound, practical, and commonsense view taken by Thiers of the claim to actual and substantial importance of the Spanish Marriages; his justification of the British Cabinet’s policy of non-interference (and, with it, of Lord Aberdeen’s conduct) in a matter in no wise vital to England; and his far-sighted estimate of what might have been the consequences to Europe had more serious measures in opposition to the plot been adopted. It would have been an evil day that had seen the four greatest European powers ranged in two directly opposite, if not, indeed, openly hostile camps; whereof England and Prussia should have occupied the one, and France and Austria the other. The Spanish Marriages was a comedy, and decidedly unworthy of exaltation, at least for the time being, to the rank of an European tragedy.
“Mon cher Panizzi,
Je veux depuis longtemps vous écrire, mais je suis enfoncé dans mon travail d’impression qui ne m’en laisse pas le temps. Je quitte ce travail pour les discussions de la Chambre, et je vous donne les premiers moments de cette diversion. Il n’y a rien ici de nouveau, mais je n’en veux pas moins vous dire quelques mots de la situation. Auparavant, voici mon avis sur les pièces que j’ai lues.
Je trouve la conduite de M. Guizot fort claire: il a manqué de bonne foi; il a menti; il s’est conduit là comme nous le voyons se conduire tous les jours à la Chambre; mais ce qui est clair pour moi ne peut le devenir pour le public qu’à grand renfort de preuves. Il faut qu’on connaisse les dépêches de Lord Normanby, dans lesquelles les mensonges de M. Guizot sont, à ce qu’on dit, mis au grand jour de la manière la plus frappante. Ce n’est pas tout que de prouver que M. Guizot a menti, il faut prouver que le Cabinet Anglais a été sincère, et pour cela il faut que les dèpêches à M. Bulwer et à M. de Sotomayor, prouvant qu’on n’a pas poursuivi le mariage d’un Cobourg à Madrid, soient connues. Je suis sûr que l’opinion publique en France condamnera le Cabinet Français s’il est évident qu’il s’est conduit d’une manière déloyale. L’événement de Cracovie a déjà prouvé qu’il n’y avait que péril, fausse politique, duperie pour les nations libres, ou aspirant à le devenir, dans la brouille de la France avec l’Angleterre. Les alliances avec les Cours du Nord sont rangées parmi les utopies, ou les arrière-pensées contre-révolutionnaires. Si à cela on ajoute la preuve que M. Guizot, outre la faute de rompre l’alliance la veille de Cracovie, a commis celle d’agir déloyalement, son compte sera fait et réglé devant le public. Pour moi, qui souhaite hardiment la chute d’une politique égoïste et contre-révolutionnaire, je serai enchanté de voir M. Guizot disparaître de la scène politique. Je n’ai aucun intérêt personnel ici, car le roi appellera M. Molé, et n’aura jamais recours à moi que dans une extrémité périlleuse, laquelle n’est heureusement pas probable; mais que ce soit M. Molé ou un autre, je le soutiendrai s’il inaugure une politique moins infidèle à la cause de la Revolution, et plus propre à nous faire bien vivre avec l’Angleterre. Ce résultat peut sortir de la crise actuelle, si on se conduit bien. Les agents de M. Guizot disent ici et à Londres que ni le pays ni le Roi n’abandonneront jamais M. Guizot. C’est une absurdité, débitée par des gens à gages, mais dénuée de tout fondement. Le pays applaudira à un changement de ministère. La Chambre des Députés représente des intérêts privés, elle ne représente pas des opinions. Le pays éclairé a le sentiment que la politique actuelle est sans cœur et sans lumières. Quant au Roi, il abandonnera M. Guizot plus difficilement qu’un autre, car M. Guizot s’est complétement donné à lui, et soutient son Gouvernement personnel avec le dévouement d’un homme qui n’a plus d’autre rôle possible. Mais quand le Roi croira la question aussi grave qu’elle l’est, il abandonnera M. Guizot. Le Roi est un empirique en politique: l’une de ses idées favorites, c’est que, moyennant qu’on sache attendre, surtout dans les pays libres où tout est mobile, on a cause gagnée. Il emploie cette recette comme les médecins voués à l’eau chaude et à la saignée; il l’emploie pour toutes les maladies. Il ne croit pas à la solidité des Whigs; il croit que l’un de ces jours naîtra une question qui emportera celle des mariages, et qu’il aura acquis une Infante sans perdre M. Guizot. Le jour où il croira les choses plus stables qu’on ne les lui peint de Londres, et où il craindra sérieusement pour ses rapports avec l’Angleterre, il abandonnera M. Guizot. Il ne tient à personne. Il a eu plus de goût pour moi que pour personne, parce qu’il savait que je détestais l’émeute, que je n’hésitais guère quand il fallait agir, et que je croyais à la nécessité de la royauté d’Orléans. Mais dès que j’ai contrarié ses penchants de prince illégitime voulant se faire légitime par des platitudes, il m’a quitté sans un regret. M. Guizot, au fond, ne lui inspire confiance que sous un rapport: c’est une effronterie à mentir devant les Chambres qui n’a pas été égalée dans le Gouvernement Représentatif, effronterie appuyée d’un langage monotone mais très-beau. Comme intelligence et dévouement, le Roi pense de M. Guizot ce qu’il faut en penser. Quand il croira les Whigs solides et la question sérieuse, il se décidera à un changement de personnes, soyez-en certain. Mais il faut mettre bien en évidence les faits et la mauvaise foi de M. Guizot. Quant au traité d’Utrecht, c’est le moins opportun de toutes les parties de la discussion. Outre que personne en Europe ne juge le traité violé par un mariage qui ne crée qu’une simple éventualitééventualité, ceci donne au Cabinet Anglais un aspect de jalousie à l’égard de la France qui n’est pas bon. Veillons bien à une chose, c’est à rapprocher les deux peuples, autant que les deux Gouvernements. N’allons pas leur créer des sujets de brouille qui au fond ne sont pas sérieux: un prince de plus ou de moins sur le trône d’Espagne ne fera rien quant aux influences. Le Duc de Montpensier, ou le Prince de Cobourg, n’aurait pas, j’en suis sûr, en devenant propre mari de la Reine, sensiblement changé la politique ingouvernable de l’Espagne. C’est une folie que de prétendre diriger l’Espagne. Pour moi, je n’y voudrais pas voir la contre-révolution, parce que ce serait une tendance inévitablement hostile, et antipathique d’une manière permanente; mais sauf cela, je suis d’avis que tout moyen employé pour dominer Madrid, à la distance de Paris ou de Londres, est une folie, ou une duperie. Il ne faut done pas voir dans ce mariage, collatéral, que d’ailleurs on ne peut pas défaire, une cause de brouille permanente; autrement tout devient inarrangeable. La France et l’Angleterre aux prises, tout est perdu pour la bonne cause en Europe. Pour moi, j’ai à cet égard une conviction inébranlable. Il y a eu un mauvais procédé, il faut s’en plaindre en le prouvant bien, et ne pas pousser la querelle au-delà. Prouver la mauvaise foi des uns, la bonne foi des autres: voilà ce qu’il faut. Je suis sûr qu’il en résultera la chute de la détestable politique qui nous gouverne.
Les ministériels disent ici que Lord Palmerston voulait tellement un Cobourg qu’on avait promis au Duc de Riansares, pour la Reine Christine, sept ou huit millions si l’affaire réussissait. Ils disent aussi, pour rassurer la Chambre, que Lord Palmerston est à bout de voie, et qu’il a envoyé ici M. Charles Gréville pour négocier la paix. Tous ces bruits sortent du salon de la Princesse de Lieven. M. Gréville, du reste, a l’attitude la plus convenable, et jure ses grands dieux qu’il n’a pas de mission. Vous voyez, mon cher ami, qu’on ne se fait pas faute de mensonges. Pour moi, en voyant l’état de l’Italie, de la Suisse, de l’Allemagne, je souhaite ardemment que la cordialité renaisse entre la France et l’Angleterre. Si les deux Cabinets restent longtemps en présence l’un de l’autre, tels qu’ils sont, le Cabinet Anglais prendra l’habitude de traiter les affaires à Berlin, le Cabinet Français prendra l’habitude de les traiter à Vienne, car il n’y a pas deux cœurs qui s’entendent mieux au monde que celui du Roi Louis-Philippe et du Prince de Metternich (remarquez cependant que le second est dans son rôle); et quand on aura vécu longtemps dans des relations différentes, l’alliance sera définitivement rompue. Pour moi, je tiens que ce sera pour l’Angleterre, autant que pour la France, le plus grand des malheurs.
Adieu, mon cher ami; écrivez-moi de temps en temps. Je vous tiendrai au courant de mon côté.
In the next letter quoted, being the answer to the first written by Panizzi, Thiers seems to have conceived a more probable solution of the Queen’s mother’s share in the Coburg counter-plot than his correspondent. Her real motives and purposes must, it is to be feared, be for ever relegated to the unreliable realms of conjecture. It is amusing to read Thiers’s account of how the evil influence of the intrigue extended so far as to threaten—happily only threaten—a rupture in the Liberal party in France. The true moderation of Thiers, and his sound common sense again shine forth conspicuously in the following letter:—
“Mon cher Panizzi,
J’ai prévenu vos désirs, et je vous ai écrit ces jours derniers une longue lettre sur tout ce qui intéresse en ce moment les esprits politiques et les bons citoyens des deux pays.
Je connaissais déjà les deux dernières pièces que vous m’avez envoyées. Elles établissent clairement la vérité et ruinent l’échafaudage de nos gens de Cour. Voici ce qui m’apparaît de tout ceci.
La Reine Christine voulait un Prince de Cobourg et le demandait ardemment.
La Cour des Tuileries voulait avant tout écarter un Prince de Cobourg (dans un intérêt ministériel et électoral, car on craignait l’effet de ce mariage sur l’opinion publique, fort prévenue à cet égard) et désirait, sans l’oser faire, le mariage du Duc de Montpensier avec l’Infante.
Le Cabinet Anglais ferait à la France l’abandon du Prince de Cobourg, reconnaissant que ce choix mettrait en fausse position la France, l’Espagne et l’Angleterre; mais il tendrait vers l’Infant Don Henri, dans le désir de renverser les modérés et d’amener les progressistes.
Voilà, selon moi, les vœux de chacun.
Il m’est démontré jusqu’à l’évidence que Lord Palmerston n’a pas agi autrement que Lord Aberdeen, et que leur thème à l’un et à l’autre a été celui-ci: La Reine d’Espagne est libre; elle fera bien, dans l’intérêt de ses relations avec la France, de choisir l’un des deux Princes Espagnols, et, entre les deux, l’Infant Don Henri.
Lorsque la dépêche de Lord Palmerston, du 19 Juillet, a été communiquée à M. Guizot, on l’a envoyée à Madrid, et on a décidé la Reine Christine en faveur de l’Infant Don François, par la crainte d’avoir l’Infant Don Henri et les Progressistes. Je crois que c’est la Reine Christine qui a proposé le mariage Montpensier, pour n’avoir pas l’Infant Don Henri comme gendre de sa seconde fille. Ici, pour s’excuser, on prétend que la Reine Christine a voulu que les deux mariages fussent liés ensemble, et qu’on a été obligé de consentir au second pour être assuré du premier. Mais personne ne sait au juste comment les deux mariages ont été offerts et acceptés. Ce qui est évident, c’est que la crainte de Don Henri a été employée pour décider la Reine Christine. On a ensuite pris son parti à l’improviste, et tandis que le 28 Août on promettait à Lord Normanby l’action commune à Madrid, on lui annonçait, le 1er Septembre, que tout était fini. On s’était mis dans une position à ne sortir d’affaire que par des mensonges.
Voilà ce qui est clair pour moi. Le thème des engagements d’Eu, auxquels on a manqué, parce que ces engagements, tenus par Lord Aberdeen, ont été violés par Lord Palmerston, est un thème absurde, mais dans lequel on persistera.
Jusqu’ici les pièces produites à Paris n’éclaircissent pas la question. D’abord, peu de personnes les ont lues; très-peu, parmi celles qui les ont lues, sont capables de les comprendre. On s’en fie à ce que disent les hommes les plus compétents. Or, les ministériels ont en cela l’avantage, car ils affirment, et les opposants, n’ayant pas connaissance de toutes les pièces, sont réduits à contester les affirmations des ministériels, en disant que les pièces sont tronquées. Jusqu’ici donc il ne fait pas jour encore. Le gros public ne lira que les discours de M. Guizot, de Lord Palmerston, de M. de Broglie, de Lord Aberdeen, de M. Thiers. Ce sont ces discours qui feront son opinion; il faut même réduire la question au vrai; Les deux personnages en action, M. Guizot et Lord Palmerston, décideront l’opinion, plus que personne, par leurs discours. Celui qui mettra le mieux les faits au clair aura le plus d’influence: peut-être Lord Aberdeen, comme arbitre entre les deux, sera-t-il aussi fort écouté.
Il se passe ici, dans l’opposition, un fait qui a peu d’importance en lui-même, mais qui fournit beaucoup de bavardages. Il y a dans tous les partis, mais surtout en France, des seconds qui veulent être les premiers. Je suis fort, moi, avec Odilon Barrot; à nous deux, nous décidons la conduite de l’opposition. MM. Billaut et Dufaure, deux avocats fort médiocres, le premier fort intrigant, le second morose et insociable, fort mécontents de ne pas être les chefs, ayant le désir de se rendre prochainement possibles au ministère, ont profité de l’occasion pour faire une scission. L’alliance avec l’Angleterre n’est malheureusement pas populaire. J’ai depuis quinze ans beaucoup de peine à la soutenir. J’ai amené l’opposition à l’accepter, et l’événement de Cracovie m’a fort aidé, tout dernièrement, à fermer la bouche aux partisans de l’alliance contre-révolutionnaire avec la Russie. Mais c’est néanmoins une tâche laborieuse que d’amener les esprits à l’Angleterre. MM. Billaut et Dufaure ont imaginé de l’étendard d’une scission, en adoptant le thème suivant: Résistance à l’Angleterre, approbation des mariages Espagnols, etc.... Notez que ces deux messieurs, vulgaires et ignorants comme des avocats de province, n’ayant jamais regardé une carte, sachant à peine où coulent le Rhin ou le Danube, seraient fort embarrassés de dire en quoi l’alliance Anglaise est bonne ou mauvaise. Mais ils font de la politique comme au barreau on fait de l’argumentation; ils prennent une thèse ou une autre, suivant le besoin de la plaidoirie qu’on leur paye, et puis ils partent de là, et parlent, parlent.... Ils ont, de plus, trouvé un avantage dans la thèse actuellement adoptée par eux, c’est de faire leur cour aux Tuileries: et de se rendre agréables à celui qui fait et défait les ministres. Du reste, ils espéraient amener grand monde à eux, mais ils ne sont pas 15 sur 180 membres de l’opposition. Ils n’en seront pas moins un grave sujet d’embarras et donneront du cœur à nos ministres pour nous accuser d’être livrés à l’Angleterre, quand nous plaiderons la cause du bon sens et de la vraie politique.
Quant à moi, j’ai goût à braver les passions de cour et les passions de rue; je me crois dans le vrai quand j’entends crier contre moi les laquais de la royauté et les laquais de la canaille, les uns disant que nous sommes les ennemis du Roi, parce que nous blâmons des mariages imprudents; les autres disant que nous sommes livrés a l’Angleterre, parce que nous soutenons que la brouille de la France et de l’Angleterre est le triomphe du despotisme en Europe. Je suis convaincu, plus que jamais, de la nécessité de l’union des deux pays. Je désire cette union sous tous les ministères Tories ou Whigs, mais je la crois plus fructueuse sous les Whigs. Malheureusement on nous rappellera 1840, et on nous dira que nous avons mauvaise grâce de défendre les auteurs du traité du 15 Juillet. Tout cela fait une position compliquée, difficile, qui ne m’effraye pas, mais qui me dégoûterait de me mêler des affaires, si ma dignité personnelle ne m’obligeait pas à rester à mon poste.
Le ministère aura la majorité: cela n’est pas douteux. Il ne pourra périr que par les événements. Le ministère anglais, s’il dure, aura la plus grande influence sur le résultat. Quand le Roi croira les choses stables en Angleterre et la question sérieuse, il abandonnera M. Guizot. Mais comme il faudra sacrifier dans M. Guizot son amour-propre et son gouvernement personnel, il mettra plus de temps à céder que de coutume. Je crains seulement que dans l’intervalle les deux pays n’aient eu le temps de se brouiller.
Les ministres se vantent beaucoup, en effet, que M. Gréville est venu leur porter des paroles de paix. J’ai vu M. Gréville, il a dîné chez moi. Il a nié toute mission diplomatique, il m’a paru tenir un bon langage, que je trouve cependant nuancé de torysme. Voici le ton de ses discours: Lord Palmerston a raison contre M. Guizot; mais il faut oublier le passé et s’entendre. En somme, il parle comme parlent à Paris les ministériels raisonnables, qui disent: M. Guizot a eu tort, mais il faut n’y plus penser. Je trouve cela naturel, préférable assurément à une rupture de la France et de l’Angleterre; mais je voudrais voir tomber du même coup la politique qui livre l’Italie, la Suisse, l’Allemagne à nos ennemis, qui n’a d’entrailles que pour les intérêts de Cour, et à qui tout sentiment élevé est étranger. Je ne suis pas, quant à moi, très-lié avec M. Gréville. Je le trouve sensé, aimable, gracieux pour moi; mais je ne parle avec lui de la Princesse de Lieven que pour en dire des choses qui ne tendent pas à me rapprocher de M. Guizot. Du reste, M. Gréville vit chez Lord Normanby.
Je finis en vous disant qu’il faut démasquer les mensonges de M. Guizot, mais ne pas tenir un langage qui sente la jalousie contre la France. Avouer qu’on a voulu Don Henri, et les progressistes en Espagne, est très-naturel, très-sincère et très-bon. Je crois que c’est la vérité, et qu’un Ministre Anglais peut en convenir. Je vous écris tout ceci pour vous seul. Vous n’imaginez pas tout ce que débitent ici les ministériels. Ils prétendent que je suis en correspondance avec Lord Palmerston, à qui je n’ai jamais écrit de ma vie, et qui ne m’a jamais écrit non plus.
Adieu, mon cher ami; au revoir après la bataille.
In the preceding and in the following letters, allusion is made to an act of political iniquity, on which subject, as it happened in a remote corner of Europe, and at a considerable distance of time, it may not be amiss to refresh the reader’s memory. By the Treaty of Vienna, it was stipulated that Cracow should be for ever a free and independent town, under the protection of the three powers—Russia, Prussia, and Austria. In 1846 an insurrection broke out in the town, and the insurgents set up a Provincial Government. They were promptly defeated, and Cracow again became subject to the three powers. For a time things went on as before, but the ramifications of the Spanish plot had extended a little further than the plotters either intended that they should or imagined that they could. Taking advantage of the shattering by Guizot and his master of the entente cordiale between England and France, the three powers concerned with the protection of Cracow, coolly proclaimed, without consulting their fellow signatories to the Treaty, that, so far as regarded that unfortunate town, the provisions of the Treaty were annulled, and Cracow was forthwith annexed to Austria as an integral part of the empire. Separate protests against this act of spoliation, were, as a matter of course, made by both France and England; but, equally as a matter of course under the circumstances, the protests were separate, and as such had no influence on the action of the three confederates.
“Mon cher Panizzi,
Je vous envoie quatre exemplaires du Moniteur, car c’est par le Moniteur que je vous prie de faire connaître mon discours. Il est indignement rendu dans les divers journaux. Il n’a ni sens, ni clarté, dans les comptes-rendus inexacts que les journaux en ont donnés. Envoyez donc ces quatre Moniteurs, l’un à Lord Palmerston, les autres à qui vous jugerez utile de les faire parvenir.
Il y a un mot que j’ai dit, et dont on voudra m’excuser. Le texte vrai répondra à tout. J’ai dit que les Whigs étaient détestés de l’Europe. Cela est vrai; c’est le motif qui doit nous porter à nous unir les uns et les autres. J’ai dit cela pour faire sentir à la France que les Whigs et nous étions des frères en Jésus-Christ, c’est-à-dire en révolution. J’ai laissé échapper un mot que j’ai repris: c’est que Lord Palmerston était odieux à l’Europe, c’est-à-dire aux trois Cabinets signataires de l’acte de Cracovie. Veillez à ce qu’on n’abuse pas de ce mot.
Quant à moi, j’ai voulu, hier, rendre un service à l’alliance des deux pays, a l’humanité, à la civilisation, que les Whigs, unis aux Libéraux Français, peuvent seuls sauver. Je suis épuisé de fatigue. Je ferai mon devoir jusqu’au bout. Mille et mille amitiés.
Répondez-moi que vous avez reçu ce paquet. Pourriez-vous faire que les journaux anglais traduisissent mon discours sur le Moniteur. Je vais faire imprimer mon discours à part; je vous en enverrai des exemplaires.”
In his next letter Thiers indulges in forebodings which, though under the circumstances most reasonable, were fortunately unfulfilled. The trickery of Guizot revealed in his contrivance of the Spanish Marriages, might well give rise to coolness between England and France, but was, happily, not likely to be the foundation of any deep feeling of rancune, still less to be requited by a mauvais tour on the part of the English Cabinet:—
Je vous écris quelques mots pour vous faire connaître la situation et le changement qu’elle vient de subir. Les discours de votre tribune ont produit ici un effet singulier. Le sentiment de tout le monde c’est que tout est fini; on va jusqu’à dire que vous n’aurez pas de discussion à votre tribune sur l’affaire des mariages. Je vous prie de me dire ce qui en est, et de me le dire par le retour du courrier. Nous passerions pour des boute-feux, et, ce qui est pire, nous le serions, si la querelle s’apaisant nous venions la ranimer. Quant à moi, je reprochais surtout à nos ministres d’avoir rompu l’alliance avec les Whigs, pour la misérable affaire des mariages. Si cette sotte affaire ne nous a pas brouillés, ce dont je m’applaudis fort, notre grief est sans valeur, et il serait ridicule d’attaquer M. Guizot pour une telle chose. Nous aurions une sotte tournure si nous venions faire grave une affaire qui ne l’est pas. Je crains seulement une chose, c’est que la rancune reste au fond, tandis que les termes se seront adoucis. M. Guizot triomphera de la douceur du langage, qui l’autorise à dire qu’il a su résister sans rompre avec l’Angleterre, et nous payerons dans quelque temps, par un mauvais tour de votre Cabinet, le prétendu triomphe des mariages! Ceci parait fort probable. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons, nous, rallumer un feu qui s’éteint. Pour moi, qui trouvais la situation difficile, vu la tournure des choses, je serai charmé d’être dispensé de me mêler à cette discussion. Ecrivez-moi, un mot qui puisse m’arriver mercredi ou jeudi, avant l’ouverture de notre discussion. Dites-moi surtout si, en effet, il n’y aura pas de débat dans votre Parlement sur les affaires espagnoles.
The concluding letter of Thiers on the great question shows that, however open he may have been to our charge (which may be unfounded) of a natural abhorrence of the English, yet that such dislike was by no means inconsistent with a full appreciation and staunch recognition of the advantages to be derived from their political co-operation. He appears, in this letter, to attribute just a little too much importance to Mr. Greville’s so-called mission. This was scarcely a matter of sufficient consequence to excite the suspicion of so experienced a statesman.
“Mon cher Panizzi,
Voilà notre discussion sur les mariages espagnols terminée. On a beaucoup attaqué l’Alliance Anglaise, mais je l’ai plus vivement défendue; j’ai cherché surtout à la populariser en lui donnant son véritable motif, la défense de la liberté du peuple, et de l’indépendance des Etats Européens. Je crois pouvoir dire que dans la Chambre des Députés l’immense majorité comprend et souhaite l’Alliance Anglaise, et déplore la conduite de M. Guizot. Son imprudent discours d’avant-hier a confondu tout le monde; son attaque si rude contre Lord Palmerston (imprudemment, coupablement), son démenti de mauvais goût à Lord Normanby, ont généralement surpris. De toutes parts on se demandait ce qu’il voulait, et par quels motifs il était dirigé. Alors on est revenu sur l’origine même du débat, et sur la faute qu’il avait commise, lorsque je lui offrais de ne pas discuter, de vouloir lui-même une discussion. Craignant en effet de jouer le rôle de boute-feu, qui n’est et ne fut jamais le mien, j’avais précisé entre lui et moi la situation.—Convenons, avais-je dit, que nous nous tairons, pour ne pas provoquer entre la France et l’Angleterre plus d’irritation qu’il n’y en a, et qu’il soit clair que ni l’un ni l’autre ne recule.—Pas du tout: M. Guizot n’a rien voulu admettre, et s’est obstiné à répondre qu’il n’invoquait pas mon silence, et qu’il était prêt à discuter. Alors j’ai été forcé d’ouvrir la lutte pour ne pas paraître reculer. Aujourd’hui que tout le monde comprend la gravité de ce qu’il a dit, on lui reproche son imprudente morgue, et l’aveuglement avec lequel il s’est jeté dans le débat. On est fort impatient de savoir comment tout cela va tourner chez vous. Beaucoup de gens croyaient et disaient que M. Guizot avait l’espérance de la retraite de Lord Palmerston, et d’une désunion dans le Cabinet Whig; d’autres affirment (et je suis sûr que ceux-ci ont raison) qu’il a voulu venger le Roi des attaques dont il est l’objet en Angleterre, afin de se l’attacher. Voici en effet ce qui est certain. Le Roi est devenu fort douteux pour M. Guizot. M. Guizot lui-même, malgré sa morgue, commence à douter de la solidité de l’appui royal. Je suis certain de ce que je vous dis ici. Des confidences très-sûrement informées ne m’ont laissé aucun doute à cet égard. Avant-hier j’ai pu me convaincre d’un changement notable par mes propres yeux. J’étais invité au spectacle de la Cour avec 7 ou 800 personnes, par conséquent sans faveur aucune; mais j’ai reçu un accueil qu’on ne m’avait pas fait depuis bien des années, et c’est toujours ainsi quand on commence à s’ébranler. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas un homme sage qui ne trouve insensé le langage de M. Guizot.
Je voulais, dans ma dernière, vous dire un mot de M. Gréville. Je ne sais ce qu’il est venu faire ici, mais il a fini par m’être très-suspect. Je l’ai un peu raillé le jour de son départ, et il en était piqué. Il a passé sa vie chez Mme. de Lieven, chez M. Guizot, et tenait ici le langage d’un pur Guizotin. M. Guizot était, suivant lui, un personnage inviolable, et il fallait n’en rien dire. Je lui ai dit: “Mon cher Monsieur Gréville, vous êtes une éponge tombée dans le liquide Lieven, et quand on vous presse, il n’en sort que ce liquide. Prenez garde! ce n’est que du liquide de vieille femme.”—Je crois franchement que M. Gréville n’est pas bien sûr, et qu’il avait quelque commission particulière, je ne sais pour qui, mais qui n’irait pas dans le sens des vieux révolutionnaires comme vous et moi.
Je fais toujours des vœux pour que la coterie Européenne dont M. Guizot est l’instrument, et qui a pour but de comprimer Suisses, Allemands, Italiens, soit battue partout, à Paris et à Londres. Mille et mille amitiés.
J’espère que vous ne mettrez plus M. Gréville au nombre de mes agents diplomatiques.
Avez-vous reçu un paquet affranchi de Moniteurs? Répondez-moi bien vite et dites-moi ce qui en est d’un bruit répandu ici par le Ministère et les Holland, que le Cabinet Whig est divisé. Tout à vous.
Nos petits scissionnaires qui avaient fait un système pour la circonstance, dirigé contre l’Angleterre, ont été battus à plate-couture; ils sont couverts de ridicule.
Ecrivez-moi pour me dire quel jour vous aurez reçu cette lettre.”
The affair of the Spanish Marriages, so far as relates to the incidents of the plot itself, and the manner in which it was worked out, has subsided into a matter of no interest, and, save in the material pages of history, has lapsed into oblivion. People have even ceased to discuss the curious question whether or no the marriage of the Duke de Montpensier was a violation of the treaty of Utrecht. One meagre pleasure, however, remains, to read of the various minor difficulties which, in addition to the vis inertiæ of the British Government and the Coburg countermine, M. Guizot, in the course of his machinations, was called upon to encounter.
Some of these he attributes to the peculiar temperament of the people with whose domestic affairs he was meddling:—
“C’est le caractère,” says he, “des peuples du midi, surtout des Espagnols, que le long régime du pouvoir absolu et l’absence de la liberté politique n’ont point éteint en eux l’ardeur des passions, le goût des émotions et des aventures, et qu’ils déploient avec une audacieuse imprévoyance, dans les intérêts, les incidents et les intrigues de leur vie personnelle, la fécondité d’esprit et l’énergie dont ils n’ont pas appris à trouver dans la vie publique l’emploi réfléchi et la satisfaction mesurée.”
And again, writing to Bresson:—
“Je ne connais pas l’Espagne, et je suis fort porté à croire qu’elle ne resemble à aucun autre pays.”
Mons. Guizot was free from some of the more prominent characteristics of his countrymen, and was by nature formed for a cool and keen observer and discriminator. Had he used his observation to the fullest extent, he might have ascribed the peculiarities of Spanish temper to some other, and more original cause, than that to which he assigns them; and, had he combined comparison with that observation, might possibly have been led to the unpleasant conclusion;—Simia quam similis turpissima bestia nobis.
There is within these realms a people, in blood closely akin to Frenchmen and Spaniards, to whom certain noble qualities, attributed by M. Bresson to the latter, might not unjustly be ascribed:—“La jalousie, l’ambition, et la vengeance, m’écrivait-il (le 11 Mars, 1844) sont les principaux mobiles des hommes qui figurent ici sur la scène politique. Je ne fais exception pour aucun parti; haïr, se satisfaire et se venger, ils ne voient rien au delà.”
In fact, the great Celtic race, in its several divisions, is the same throughout the world—alike unpolitical and ungovernable. Reform succeeds reform; revolution, revolution; all is labour in vain, spent only on forming material for fresh change. Not that we should blame the race for declining to accept even good government from any alien authority had it either the wisdom or the power to construct for itself a stable administration, or the foresight to submit to the necessary control of the authority so created.
The Spanish Marriages affair, though of itself the meanest and most miserable of plots, nevertheless left results behind, the ultimate effect of which has, perhaps, not even yet been felt. Nemesis, however, was not long in overtaking the perpetrators of this striking example of chicanery. The accomplishment of the intrigue—the first overt act, the first great achievement of the reactionary policy adopted by the King of the French and his Minister, both at home and abroad, and notably in the affairs of Italy, as well as of Spain, was, it is no exaggeration to say, one of the main causes of the downfall of the former, as it was the direct cause of his falling despised and unregretted of all.
Mons. Guizot records in his “Mémoires” (Vol. VIII., p. 571) a proceeding on the part of certain members of the Liberal party which caused him much surprise, but of which he accepts an explanation that might probably not have been equally satisfactory to everybody.
“Le lendemain, 22 Février (1848), non pas l’opposition toute entière, mais cinquante-deux de ses membres firent connaître quels étaient les nouveaux et graves devoirs qu’ils se proposaient de remplir; ils déposèrent, sur le Bureau de la Chambre des Députés, une proposition pour la mise en accusation du Ministère, à raison de sa politique, extérieure et intérieure, dans tout le cours de son administration.”
It is beyond our present range to travel so far into subsequent history, but mention must not be altogether omitted of the intimate connection between the Spanish Marriages and an event of far greater importance than the Revolution of 1848, the war between France and Germany in 1870-1, originating in the vacancy on the Spanish throne.
Touching the Revolution of 1848, there is but one letter of Thiers to Panizzi, and this bears more on the immediate incidents of the abdication, and on the culpable weakness of the King himself, than on the causes that led to his dethronement.—
“Mon cher Panizzi,
Je vous remercie de votre aimable souvenir. J’ai traversé, depuis que nous n’avons plus eu de communications, d’affreuses vicissitudes. J’ai vu tomber la monarchie de 1830 par le sot entêtement de Louis-Philippe, et la folle imprévoyance de ses ministres. Après avoir refusé au parti libéral toute satisfaction raisonnable, après s’être réduit à la triste nécessité de verser le sang pour défendre un odieux système, on avait dans Paris 16,000 hommes de troupes, dispersés de Vincennes à Chaillot, dont 4,000 seulement aux Tuileries (point décisif).
Ceux-ci avaient dix cartouches par homme, et point de vivres. Ce que je vous dis je l’ai vu de mes yeux. Le Roi m’a appelé quand il n’était plus temps de le sauver, c’est-àdire au milieu de la nuit qui a précédé sa chute. Je ne lui ai pas dissimulé l’extrémité du péril, qui ne laissait presque aucune espérance. Si dans ce moment il avait fait les concessions nécessaires, peut-être aurions-nous pu arrêter l’insurrection; mais il ne m’a accordé la dissolution de la Chambre des Députés qu’à dix heures du matin (il m’avait appelé à trois heures de la nuit) et il a été obligé d’abdiquer à onze heures. Il a toujours fait toutes les choses trop tard, et quand elles ne valaient plus rien. On dit que M. Guizot fait le fier à Londres. Il a bien tort, car il a joint à un système absurdement provocateur une imprévoyance fabuleuse dans les moyens de défense.
Je suis resté par honneur auprès du Roi jusqu’à la dernière minute. Je me suis retiré après, et j’ai failli être égorgé par la populace, qui trois heures auparavant criait: vive Thiers!, à tue-tête. Je suis depuis demeuré en repos, et j’y demeurerai tant que je pourrai.
On me porte dans mon département; j’ai déjà refusé de l’être dans plusieurs autres départements. Je crois que je serai élu, sans en être certain, car ce nouveau suffrage universel recèle un inconnu impénétrable.
Je me laisse porter par devoir, car je m’attends aux plus affreuses scènes dans la future Assemblée.
Paris est matériellement tranquille, vous et Ellice pouvez venir sans danger. Les étrangers ne courent aucun péril.
Nous essayerons de fonder une république raisonnable (si mes amis et moi sommes élus), car nous sommes d’avis que la monarchie est impossible aujourd’hui, et nous croirons avoir beaucoup fait si nous pouvons donner au pays une République bien constituée.
Le principal danger est dans les fausses idées inculquées dans la tête des ouvriers. C’est là ce qui est le plus à craindre. Si on parvient à leur faire entendre la raison, la France pourra être sauvée.
Another letter from Thiers, though not written to Panizzi, having some connection with this subject, demands attention, inasmuch as it notices the state of France a year after the Revolution, the unpatriotic and disgraceful conduct of the Reds, and the struggles and endurance of the Constitutional party, ere peace and order could be re-established in the country.
Amusing reference is herein made to his friend:—