7, Douleur.—Des faits semblables sont assez fréquents dans les annales médicales.—L’illustre chirurgien Velpeau eut jadis à traiter un malade persuadé qu’il avait avalé une couleuvre et le guérit en procédant de la même façon.—Tout récemment le docteur Richelot, à l’hôpital Cochin, à Paris, avait affaire à une femme prétendant avoir avalé, en buvant à un ruisseau, il y avait une quarantaine d’années, un œuf de lézard, qui avait éclos en elle et produit un lézard qui la gênait de plus en plus et était devenu intolérable. Il l’endormit, lui fit une incision superficielle et, à son réveil, lui produisit un magnifique lézard vert, d’une trentaine de centimètres de long, dont il s’était nanti au préalable. La femme fut convaincue et guérie, jusqu’à ce que quelque temps après, apprenant la supercherie par les journaux, les mêmes effets se reproduisirent en elle.—Ces effets sont le résultat de troubles nerveux très connus aujourd’hui, qui affectent parfois une forme plus curieuse encore dans le cas de la grossesse nerveuse, où la femme se figure être enceinte, en présente tous les symptômes, a dès les premiers mois des vomissements, s’imagine plus tard sentir remuer l’enfant qui n’existe pas, jusqu’à ce que vers le neuvième mois tout rentre insensiblement de soi-même dans l’ordre.
29, Regard.—C’est la croyance au mauvais œil, dont, quelques lignes plus loin, Montaigne gratifie les sorciers. La Scythie n’était pas le seul pays où pareille croyance existait, et nous la trouvons encore aujourd’hui dans bien des pays se disant civilisés, notamment en Italie, où le «jettatore» (jeteur de sorts) est un être redouté, faisant le mal sans même en avoir l’intention. Aussi, s’en garde-t-on avec grand soin; heureusement, il est facile à reconnaître; du reste, pour s’en protéger, il existe des préservatifs: pour conjurer le mauvais sort les dames romaines portaient à cet effet, dans l’antiquité, des priapes de bronze d’or, que les modernes remplacent par des cornes en corail ou en jais; les Orientaux donnent la préférence à des mains en argent, assez grossièrement imitées, les cinq doigts ouverts; à la rigueur, si on est surpris, la main ainsi étendue, les doigts écartés et dirigés vers celui qui vous menace ainsi, d’une façon consciente ou inconsciente, suffit pour vous en défendre.
37, More.—Ludovic Sforza, duc de Milan, dont il a été question, I, 104, dit le More ou le Maure, en raison de son teint basané.
2, Iacob.—Jacob était convenu avec Laban, son beau-père, qu’il garderait ses troupeaux et que comme salaire tout agneau ou chevreau tacheté serait sa propriété. Il prit alors, dit la Genèse, XXX, 37, des baguettes vertes de peuplier, d’amandier et de platane, il y pela des bandes en mettant à nu le blanc des baguettes, et plaça ces baguettes dans les abreuvoirs, et quand les brebis s’accouplaient devant les baguettes, elles faisaient des petits rayés, tachetés et marqués; et comme en outre il prenait la précaution d’agir ainsi à l’égard des brebis les plus vigoureuses, Laban n’avait que des agneaux peu nombreux et chétifs, tandis que les siens étaient en bien plus grand nombre et vigoureux, et de la sorte, ajoute l’Écriture sainte, il devint extrêmement riche.
17, Moy.—De nombreuses éditions postérieures à celle de 1595, portent «conte», au lieu de «comme», indicatif du verbe commer (faire application); le sens ne justifie pas cette modification.
13, Partis.—Quoique catholique et partisan de l’autorité royale, Montaigne conserva toujours de bonnes relations avec les chefs de tous les partis, la politique n’eut jamais très grande action sur lui.
23, Punissables.—Montaigne cherche plus en effet dans les contes et anecdotes qu’il présente, des occasions d’exprimer sa façon de penser, que d’en tirer des déductions, ce qui le porte à se préoccuper fort peu de leur exactitude qui souvent laisse fort à désirer.
28, Ainsi.—Les poètes de cette époque écrivaient «ainsin» pour éviter des hiatus, quand le mot suivant commençait par une voyelle, ce dont ce passage semble une critique.
Ce chapitre porte le no XXII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
1, Demades.—Sénèque, De Beneficiis, VI, d’où presque tout ce chapitre a été pris.
6, D’autruy.—«C’est ce qui fait qu’il est si difficile de détruire les abus; il n’y en a pas qui ne profitent à quelques-uns.»
8, Guain.—Ceci a été et sera de tous temps, et l’on peut ajouter que chacun cherche à vendre le plus cher possible et à acheter au prix le moins élevé; c’est ce que de nos jours on appelle «la lutte pour la vie», d’autant plus ardente que la civilisation va sans cesse augmentant les appétits, créant de nouveaux besoins. C’est ce qui fait que le patron veut la journée de travail la plus longue et l’ouvrier la moins longue possible; que les comptables, les professeurs réclament contre les employés des ministères qui, à temps perdu, et Dieu sait s’ils en ont, s’occupent de travaux de comptabilité, donnent des leçons; que les tailleurs et cordonniers réclament contre les maîtres ouvriers des corps de troupe, qui travaillent pour le dehors, etc.; et aussi que les produits similaires de l’étranger sont frappés de droits protecteurs pour permettre à nos producteurs de mieux écouler leurs produits, à notre détriment à nous consommateurs; l’acharnement des médecins contre les rebouteurs, des pharmaciens contre les herboristes dont pâtissent les malades n’a pas d’autre cause.—Mais ce qui se justifie moins encore, c’est l’exagération apportée dans la pratique de cette loi de «l’offre et de la demande» qui n’est autre qu’une variante de la loi du plus fort aussi inique qu’elle et qui fait que souvent le gain d’un homme occupé durant la journée entière ne suffit pas à le faire vivre, parce que l’employeur abuse des facilités qu’il trouve à faire exécuter ce travail pour le rémunérer d’une façon insuffisante; cela a lieu surtout à l’égard de la femme dont le travail est souvent payé d’un prix dérisoire, notamment celles que font travailler à domicile les grands magasins, dont la fortune est faite de leur misère. C’est cette même loi qui fait que dès qu’une plus grande affluence de monde par suite d’une circonstance quelconque survient dans une localité, on voit du même coup s’élever le prix de toutes les denrées de première nécessité.—Dans ce même ordre d’idées rentre la question du repos hebdomadaire dans laquelle il a fallu que la loi intervienne, pour que ceux qui l’accordent ne pâtissent pas de ce que d’autres refusent à l’accorder. En bonne conscience il devrait, sauf le cas de nécessité absolue, avoir lieu le dimanche parce que c’est dans les habitudes que, ce jour-là, les échéances soient prorogées, les grandes administrations fermées; les enfants ne vont pas à l’école; c’est le jour habituel des grandes manifestations de la vie sociale et politique; certainement il peut y avoir inconvénient pour quelques-uns, mais c’est l’avantage du plus grand nombre. Quant au salaire, il ne saurait actuellement être payé par le patron pour les journées où l’on chôme, mais forcément le prix de la journée de travail s’élèvera d’autant, ce qui reviendra au même pour l’ouvrier ou l’employé, l’employeur tout naturellement aussi se rattrapera en surélevant d’autant ses prix; finalement ce sera le consommateur qui paiera, et il ne saurait en être autrement.
13, Grec.—Ce comique, c’est Philémon, poète du IVe siècle, qui mourut, dit-on, dans un accès de rire, à 97 ans.—Un autre auteur grec, abondant dans le même sens, raconte que quelqu’un, rencontrant son médecin, lui demanda pardon de la bonne santé dont il jouissait depuis longtemps.
13, Reste.—«Le précepte de ne jamais nuire à autrui, emporte celui de tenir à la société humaine le moins qu’il est possible; car, dans l’état social, le bien de l’un fait nécessairement le mal de l’autre.» J.-J. Rousseau, Émile, III.—«Ce qui nuit à l’un, duit à l’autre.» (Proverbe ancien).
16, D’autruy.—La Rochefoucauld fait de l’amour-propre et de l’intérêt personnel la base de toutes nos actions, et chacune de ses maximes n’est que le développement de ce principe, dont il a pu trouver dans Montaigne l’idée première.
Ce chapitre porte le no XXIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
23, Receüe.—Ce chapitre est un de ceux méritant le plus d’attention; il offre un champ très vaste aux réflexions et renferme un assez grand nombre d’idées fortes et peu communes. On y trouve entre autres des observations très judicieuses sur la nécessité de corriger de bonne heure, chez les enfants, plusieurs vices, défauts ou penchants qui prennent racine en eux dès la plus tendre enfance. Naigeon.
2, Encore.—Chez les Romains, ce conte avait donné lieu à un proverbe que Pétrone, XXV, exprime ainsi: «Qui l’a pu porter veau, peut le porter bœuf.» On le trouve aussi dans Stobée qui le cite d’après Favorinus et dans les Adages d’Erasme.
3, Coutume.—Le fait cité est plus ici une question d’habitude que de coutume; la conclusion émise n’en est pas moins juste pour l’une comme pour l’autre: «En amour notamment le lien de l’habitude est bien fort; pour s’en apercevoir, il faut être sur le point de rompre; combien de gens vivent ensemble comme s’ils s’aimaient, faute de pouvoir se passer l’un de l’autre.» Mme de Rieux.—«Le mariage doit combattre sans trêve, ni repos, ce monstre qui dévore tout, l’habitude.» Balzac.
10, République.—Cet antre est aux Enfers, un lieu où, selon Platon, République, VII, toutes les âmes séjournaient après la mort, en attendant qu’il fût statué sur leur sort. Celles d’entre elles appelées à retourner sur la terre, libres de choisir tel ou tel genre de vie, choisissaient toujours immanquablement, et c’est ce à quoi il est fait ici allusion, d’après leurs anciennes habitudes.
12, Poison.—Mithridate, roi du Pont, s’était habitué au poison, en en prenant régulièrement à petites doses, dans le but de déjouer les tentatives d’empoisonnement, si bien que, dans sa vieillesse, réduit par les circonstances à se tuer, il essaya en vain de ce moyen.—C’est sur un principe analogue que repose la vaccination, dont la découverte fut due au hasard, et aussi l’emploi de tous les sérums que la science de Pasteur a par déductions créés contre la rage, le croup, etc., ouvrant un champ aux recherches de ses élèves et successeurs, méritant par là d’être considéré comme l’un des bienfaiteurs de l’humanité.—Cette accoutumance toutefois ne s’applique pas à tout, et le czar Pierre le Grand voulut en vain habituer les enfants de ses matelots à ne boire que de l’eau de mer; tous moururent.
14, Indes Nouuelles.—Dénomination sous laquelle ou désigna tout d’abord l’Amérique.—Ici et dans tout le cours des Essais, Montaigne se fait l’écho des contes de toute nature, et pour la plupart faux ou exagérés, qui circulaient alors sur cette partie du monde, qu’on venait de découvrir (1492), il n’y avait pas encore un siècle.
17, Viures.—En certaines circonstances, les choses n’ont plus de prix.—En 1871, lors du premier siège de Paris, les stocks de denrées alimentaires s’épuisant de plus en plus, le dernier jour du siège, un poulet se vendait 50 fr.; un lapin, 45 fr.; les œufs, 2 fr. 50 pièce; les haricots, 8 fr. le litre. Depuis six semaines, on était rationné à 300 gr. de pain fait partie de farines de toute nature et de toutes qualités, partie de toutes autres substances plus ou moins comestibles, telles que la paille, etc.; et, depuis quinze jours, à 30 gr. de viande de cheval; de chiens, de chats, il n’en existait plus dans Paris et sa banlieue; le rat d’égout même avait presque complètement disparu.
23, Essayons.—C.-à-d. nous éprouvons. Montaigne emploie souvent le mot «essayer» dans ce sens: «Comme essayent les voysins des clochiers», dit-il quelques lignes plus bas.
25, Nil.—La cataracte du Niagara (Amérique du Nord) qui, à la vérité, passe pour la plus belle et la plus grande du globe (la largeur du cours d’eau, qui est de 4 kil. en amont, s’y réduit à un, et la hauteur de la chute est de 50m), s’entend à 70 ou 80 kil. de distance; ceux qui, habitant aux environs, sont faits au bruit qu’elle produit, n’y prennent pas garde.
30, Carolles.—Vieux mot qui signifie «danse en rond», et, dans le cas présent: mouvement de révolution des astres.
33, Soit.—Tout ce passage, depuis l’exemple des «cataractes du Nil», est imité de Cicéron, Songe de Scipion.
35, Fleurs.—Ce qu’on a appelé plus tard «collet de senteur», espèce de pourpoint de peau parfumée, à petites basques et sans manches. Coste.
41, Diane.—A la pointe du jour. Vient du latin dies, jour; en espagnol día; c’était le temps de la dernière veillée de la sentinelle de nuit et le signal de l’heure où cette veillée prenait fin, donné par le tambour, le fifre ou la trompette; aujourd’hui c’est, aux armées, le signal du réveil sonné ou battu au point du jour.
1, Aue Maria.—On dit aujourd’hui l’Angelus.—Cette prière se récitait déjà chaque soir, au coucher du soleil, depuis le XIe siècle, quand Louis XI introduisit à Paris l’usage de la dire en outre le matin et à midi, et de sonner les cloches pour en avertir les fidèles.
6, Peu.—Diogène Laerce, III, 38, d’où cette anecdote est tirée, met en scène, au lieu d’un enfant jouant aux noix, un homme jouant aux dés, ce qui donne plus de portée à l’observation de Platon.
8, Nourrices.—«Au moral, l’homme est déjà formé à dix ans, il se forme sur les genoux de sa mère.» Joseph de Maistre.
26, Escutz.—Locution proverbiale dont l’explication est donnée par la phrase qui précède. Le dicton populaire «Qui vole un œuf, vole un bœuf» traduit la même manière de voir que Montaigne, à laquelle se range également Racine, estimant que l’un mène à l’autre:
31, Duict.—Accoutumé dès mon enfance.
38, Doubles.—Le double était une petite monnaie qui ne valait qu’un double denier (un peu moins qu’un centime). Le doublon était une monnaie d’Espagne, de la valeur d’une double pistole (environ vingt francs); le double doublon représentait par suite environ quarante francs.
8, Donné.—Car il gaigne sa vie à se faire voir. Add. des éditions antérieures.
13, France.—En 1773, on a vu à Paris un maître d’école liégeois, né sans bras, qui, avec le pied, écrivait et taillait ses plumes (on faisait alors usage de plumes d’oie).—En 1840, à Paris, un peintre, César Ducornet, également sans bras, peignait avec le pied et a exposé des tableaux au salon, alors qu’à cette époque il fallait notablement plus de talent qu’aujourd’hui pour y être admis.
25, Veritatis.—Le texte latin porte petere, au lieu de quærere.
27, Public.—C’est ce qui fait que, même de nos jours, des usages très dissemblables, dus aux mœurs et coutumes d’antan, subsistent souvent entre deux localités parfois très rapprochées, particulièrement si elles sont de nationalités différentes. Prenons par exemple Londres et Paris pourtant voisines et en rapports continus:
Londres est individualiste, Paris collectiviste; Londres respire, Paris étouffe; Londres est bâti en briques, Paris en pierres; les maisons de Londres sont basses, celles de Paris sont hautes; Londres fixe les persiennes à l’intérieur, Paris à l’extérieur; Londres a des fenêtres à guillotine, Paris à espagnolette; à Paris les rues ont des arbres, celles de Londres en sont dépourvues.
A une heure du matin Paris est dans l’obscurité, Londres est inondé de lumière; Londres a son trousseau de clefs, Paris son concierge; Londres quitte son lit très tard, Paris se lève de bon matin; Londres s’embrasse sur la bouche, Paris sur les joues; Londres s’amuse le samedi après-midi, Paris travaille; le dimanche, Londres reste chez lui, prie ou boit, Paris s’amuse et se promène; Londres a des bars intérieurs ou l’on boit du whisky, Paris a des cafés qui débordent sur les trottoirs et où l’on cause.
Le dimanche, Londres dîne pendant que Paris déjeune. Londres mange peu de pain, Paris beaucoup; Londres boit de l’eau, Paris du vin.
A Londres la nourriture est mauvaise, à Paris elle est excellente; Londres fume la pipe, Paris la cigarette.
Londres est triste, Paris est gai; Londres voit le brouillard, Paris le soleil; Londres est toujours pressé, Paris jamais; Londres est commerçant, Paris industriel; Londres a peu de soldats, Paris en a trop; à Londres les soldats portent la tunique rouge et le pantalon noir, à Paris ils portent la tunique bleue et le pantalon rouge. A Londres la Tamise est un bras de mer, à Paris la Seine est une simple rivière; à Londres la Tamise est toujours sale, à Paris la Seine est souvent propre; à Londres, dans les piscines ou dans la rivière, on se baigne souvent nu, à Paris toujours en caleçon.
A Londres les cochers conduisent à gauche, à Paris à droite. L’automédon à Londres prend place sur le derrière de son véhicule, celui de Paris sur le devant. A Londres le «hooligan» se bat à coups de poing, à Paris l’«apache» se bat à coups de couteau et de revolver. A Londres le mont-de-piété s’appelle «mon oncle», et à Paris «ma tante». Londres a le système duodécimal, Paris a le système décimal. La femme à Londres aime la politique, à Paris elle s’en désintéresse. A Londres c’est le père qui lève et couche ses enfants, à Paris c’est la mère.
Londres ferme ses théâtres le dimanche, Paris les laisse ouverts. A Londres le derby est un mercredi, à Paris le grand prix est un dimanche.
A Londres la femme salue la première, à Paris c’est l’homme qui commence. A Paris le mariage donne à la femme la liberté, à Londres le mariage la lui enlève. A Londres les clergymen se marient, à Paris les prêtres se contentent de célébrer les mariages des autres.
Et cette énumération humouristique pourrait être notablement allongée.
30, Honorer.—Dans le midi de la France, notamment en Périgord, on se dit «Adieu» quand on se rencontre ou qu’on arrive en visite, ce qui ailleurs ne se dit généralement que lorsqu’on se sépare.
16, Sarbatane.—On dit aujourd’hui sarbacane: long bâton percé d’un bout à l’autre avec lequel on projette, en soufflant, de petites balles contre les oiseaux; par extension, parler par sarbatane, c’est parler par personnes interposées.
18, Soigneusement.—En Guinée, à la Côte-d’Or notamment, pays qui, il est vrai, sont sous l’équateur, les deux sexes vont complètement nus jusqu’à l’âge de neuf à dix ans. Dans plusieurs cantons, les filles n’y portent même pas de pagne (morceau d’étoffe dont les nègres et les Indiens se couvrent de la ceinture aux genoux), jusqu’au jour de leur mariage; celles qui ne trouvent pas de maris sont aussi nues à trente ans qu’à quinze. Payen.
21, Poste.—A leur gré, à leur fantaisie, selon leur goût.—Dans l’île de Chypre, dit Justin, c’était une coutume d’envoyer sur le bord de la mer, à certains jours fixes, les jeunes filles nubiles, sans dot, en gagner une, en sacrifiant à Vénus leur virginité; cet usage, d’après Valère Maxime, aurait également existé à Carthage, et aussi chez les Lydiens et les Babyloniens, au dire d’Hérodote.
28, Faire.—Dans nombre de pays d’Europe, au moyen âge, princes, seigneurs et même abbés et chanoines, entre autres les chanoines de Lyon, avaient, sur leurs vassaux, le droit de se substituer au marié, la première nuit des noces, droit dénommé «Jus luxanda cosà (droit d’effraction)». Ce droit existait notamment en Écosse, où il avait été établi par le roi Evenus III, au début de l’ère chrétienne; «de telle sorte, dit Buchanan, que le roi ne ménageant pas plus la chasteté des femmes de ses nobles que ceux-ci celle des femmes de ses serfs, les uns et les autres se trouvaient à cet égard sur un pied d’égalité absolue»; il y subsistait encore dans la deuxième moitié du XIe siècle, époque à laquelle Malcolm III, aux pieuses sollicitations de sa femme Marguerite, l’abolit et lui substitua une redevance d’un demi-marc d’argent qui fut payée jusqu’au XVIe siècle.—Aux îles Canaries, on offrait aux chefs les prémices de toutes les vierges qui se mariaient et celles qui se trouvaient acceptées, en étaient très honorées.
32, Guerre.—J.-J. Rousseau, dans une lettre à d’Alembert, n’émet-il pas l’idée d’envoyer les femmes à la guerre et de les faire entrer dans les contingents à fournir aux armées, dans la même proportion que les hommes dont le nombre serait de la sorte réduit de moitié?
5, Vieillarts.—Coutume de certains peuples de Thrace.
6, Femmes.—Au moyen âge, en France, on faisait usage de couches et de couchettes. Les couchettes étaient des lits de proportions égales aux nôtres à deux places; les couches avaient dix à onze pieds (3m ½ environ), dans les deux sens, sorte de lits de camp où l’on couchait sur deux rangs, les pieds de chaque rang vers le milieu du lit; on en trouvait encore de la sorte, il y a un siècle, dans quelques vieux châteaux de province. Le châtelain, sa dame, ses frères d’armes, ses hôtes, ses chiens de chasse y couchaient tous ensemble. Souvent, en outre, on faisait coucher ses serviteurs dans ses chambres et cela encore aux XVIe et XVIIe siècles; c’est ainsi que le soir de la Saint-Barthélemy, Charles IX, qui voulait sauver Coligny, le garda longtemps au Louvre, et comme il s’en allait, cherchant à le retenir, lui dit: «Reste donc ce soir, tu coucheras avec mon valet de chambre.»—«Ma foi non, il est trop tard, je m’en vais,» reprit Coligny.
10, Besoing.—Les Cosaques Zaporogues, qui habitaient les îles du Dniéper, n’admettaient parmi eux aucune femme; pour se reproduire, ils usaient de captives qu’ils reléguaient hors de leur camp; ils en élevaient les enfants mâles, et chassaient les filles. Payen.—En Mongolie, se trouve une ville sans femmes «Maïtmachin», dont le nom signifie marché; elle compte 70.000 habitants, est située sur le chemin des caravanes, sur les confins de la Sibérie, et n’est peuplée que de commerçants; le gouvernement chinois en interdit l’accès aux femmes, pour empêcher ses sujets de s’établir à peu de distance de la frontière. Gal Niox.
16, Oyseaux.—Chez les Guèbres ou Parsis, dans les Indes, les cimetières sont des tours à ciel ouvert de douze à quinze pieds (4 à 5m de haut), sans ouvertures latérales; la partie supérieure est garnie de barres de fer qui forment une sorte de grille horizontale sur laquelle on place les corps pour y servir de pâture aux oiseaux de proie, jusqu’à ce que les os tombent d’eux-mêmes sur le sol, où ils s’accumulent, constituant un véritable charnier.
21, Roy.—Il en est, encore aujourd’hui, de même dans les mosquées; on n’y entre qu’après avoir ôté ses sandales, si on est musulman, ou chaussé de babouches par-dessus ses chaussures, si on est chrétien et qu’on soit autorisé à y pénétrer. Dans les synagogues, les Juifs ne se découvrent pas, et il est malséant de le faire. A Rome, ceux auxquels il est accordé d’assister à la messe du Pape, à la chapelle Sixtine, le font les hommes en habit, les femmes en mantille, les uns et les autres sans gants.
22, Eunuques.—De εὐνή, lit, et ἔχω, je garde. Nom donné aux hommes auxquels on a ôté la faculté d’engendrer et dont on se sert en Orient pour garder les femmes dans les sérails; cette opération rend l’homme imberbe, modifie sa voix, lui donne des allures féminines et généralement porte à l’embonpoint. Elle se pratique également sur la femme, en Hindoustan, en vue du même rôle, et s’effectue en piquant les ovaires avec une aiguille trempée dans un liquide caustique, ce qui amène l’atrophie de cet organe et aussi des transformations physiques, dit-on, qui font que ces femmes ressemblent à des hommes.
23, A dire.—Vieille locution qui subsiste encore dans le midi et signifie: de moins, manquer, faire défaut; de là vient le mot «adiré», une pièce adirée, c.-à.-d. perdue, employé dans le langage du palais. V. N. III, 230: Adiré.
24, Démons.—Se rendre les démons favorables. Accointer, c’est rechercher quelqu’un pour se le concilier, le gagner à soi.
25, Lyon.—Les Hottentots (Afrique australe) adoraient le lion.
31, Leze-maiesté.—Cet usage existait en Pologne, et aussi en d’autres pays du Nord.
1, Police.—Du gouvernement; cette acception du mot «police» est presque constante dans les Essais.
9, Effroy.—Cette facilité dans l’accouchement n’est pas rare, chez nous, parmi les femmes de la campagne; elle a été signalée comme habituelle chez les négresses et aussi chez les indiennes de l’Amérique du Nord.
10, Greues.—Des jambières ou armures de jambe.
15, Accroupis.—Dans les pays musulmans, les deux sexes généralement urinent accroupis; en Guinée, dit Suidas, il est défendu aux hommes, sous peine d’amende, d’uriner debout.
20, Douze.—Les Hurons, les Hottentots passent pour nourrir les enfants au sein pendant quatre ou cinq ans; les femmes sauvages de la Louisiane, jusqu’à six ou sept ans; les Mexicaines, plus encore. Suivant Amundsen, explorateur du pôle arctique de 1900 à 1903, chez les Esquimaux les femmes donneraient le sein à leurs enfants jusqu’à dix ans.
25, Senteur.—Il en était ainsi chez les Mexicains, d’après Gomara; les Chinois, dit-on, sont également peu délicats sous ce rapport.
30, Ongle.—En Chine, les lettrés et les docteurs, surtout ceux qui sont de basse extraction, ne se coupent jamais les ongles; ils affectent de les laisser croître jusqu’à la longueur d’un pouce. Du Halde.—Les négresses de la Côte-d’Or les laissent croître jusqu’à les avoir quelquefois aussi longs qu’une phalange; elles les entretiennent fort propres et s’en servent, le cas échéant, pour prendre de la poudre d’or. Artus.
32, Gentillesse.—De nos jours, certains font de même, laissant croître par coquetterie, par snobisme pour parler l’argot de nos gens à la mode, d’un centimètre à un centimètre et demi l’ongle du petit doigt de la main droite.
38, Fils.—Au Gabon, la mère reçoit ouvertement les caresses de son fils, et les filles celles de leurs pères. Artus.
2, Humaine.—Les Munbos, tribu de l’Afrique équatoriale, mangeaient de la chair humaine. Fario.—Les Anzikos, autre tribu africaine, tuaient et mangeaient tous les prisonniers qu’ils faisaient à la guerre; ils se mangeaient même les uns les autres, sans en excepter leurs propres parents; la chair humaine se vendait sur leurs marchés, comme le bœuf dans les boucheries d’Europe. Pigafetta.
3, Aage.—«Que la lie de l’esprit et du corps est humiliante à supporter; j’aimerais les pays où par amitié on tue ses vieux parents, si cela pouvait s’accommoder avec le Christianisme» (Mme de Sévigné).
5, Tuez.—A Sparte notamment.
7, Seruir.—Lycurgue, à Sparte, avait admis qu’un mari ayant des enfants, prêtât sa femme à un autre qui n’en pouvait avoir de la sienne.
9, Masles.—On lit dans Hérodote, à propos des Guidanes, peuplade de Libye: «On dit que leurs femmes portent chacune autour de la cheville du pied autant de bandes de peau qu’elles ont connu d’hommes; celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d’un plus grand nombre.»—Hérodote, du reste, dit bien d’autres choses: «Dans la Babylonie, les mariages se font à la criée: Une fois l’an, dans chaque bourgade, toutes les filles nubiles sont réunies et on en forme deux groupes, les belles et celles qui ne le sont pas. Les premières sont alors mises aux enchères, en commençant par la plus belle; on passe ensuite aux autres en commençant par la plus laide. Les prix d’adjudication des filles du premier groupe sont payés par les acheteurs; pour celles du second, ils le sont aux acquéreurs sur l’argent qui vient d’être versé pour celles-là, qui sert de la sorte à constituer la dot de celles-ci.
11, Main.—Les Amazones, peuplade fabuleuse de la Scythie, qui se perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des pays voisins, et exposaient leurs enfants mâles.—En Bohême, au VIIIe siècle, il a existé de véritables Amazones qui, pendant plusieurs années, répandirent la terreur dans la région, et qui ne purent être exterminées qu’à grand’peine.
12, Et ce que.—Add. des éd. ant. à 88: la raison et.
15, Festoyée.—Les Thraces, d’après Valère Maxime; on ne peut que louer, dit cet auteur, la sagesse de ce peuple qui accueille par des pleurs la naissance de l’homme, et célèbre ses funérailles par des réjouissances, ayant, sans les leçons des philosophes, deviné notre véritable condition.—Les éditions antérieures présentent la variante ci-après: L’horreur de la mort estoit mesprisée, mais l’heure de sa venüe, à l’endroit des plus cheres personnes qu’on eut, festoyée auec grande allegresse: et quant à la douleur, nous en sçauons d’autres où les enfans de sept ans souffroyent pour l’essay de leur constance, à estre foëttez iusques à la mort sans changer de demarche ny de visage.
17, Visage.—A Lacédémone, d’après Plutarque.
21, Nasitort.—Nom du cresson alénois (à feuilles découpées).
21, Eau.—En Perse, au temps de Cyrus, suivant Xénophon.
22, Cio.—Auj. Céos; les habitants de cette île étaient réputés par leur moralité, autant que ceux de Chio (île de l’Archipel, auj. Scio) passaient pour être de mœurs dissolues.
23, Honneur.—Ces nombreux exemples, dont pour quelques-uns nous avons indiqué la source, sont empruntés d’Hérodote, de Xénophon, de Plutarque, de Sextus Empiricus, de Valère Maxime et des ouvrages publiés alors sur l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.
26, Monde.—Pindare dit cela de la loi νόμος; mais Hérodote, III, 38, en citant ses paroles, donne à νόμος le sens de coutume.—On en dit autant, et avec non moins de raison, de l’opinion.
34, Famille.—Les Hottentots, une fois reçus hommes en cérémonie publique, peuvent, sans scandale, maltraiter et battre leur mère. Kolba.
34, Aristote.—Morale à Nicomaque, VII, 6.
1, Coustume.—On ne saurait disconvenir de cette assertion. Le milieu ambiant, la mentalité du moment exercent une action prépondérante sur la façon dont on envisage toutes choses. A la guerre, l’homme le moins rapace trouve parfois tout naturel de s’emparer du bien d’autrui; le plus sensible, de tuer sans nécessité. Les moins cruels, les plus délicats finissent par prendre goût aux courses de taureaux et voient sans dégoût éventrer les malheureux chevaux sans défense qu’on y sacrifie. Tout Rome assistait avec transports aux combats de gladiateurs. Ne voit-on pas journellement, dans les pays non civilisés, les gens de nations tenant la tête de la civilisation, qui y résident, commettre ou voir exercer sans en être révoltés les pires cruautés sur les indigènes? Sous la Terreur, familiarisé avec la guillotine, on n’y prêtait plus attention; on n’était plus guère émotionné par le passage des charrettes de condamnés; parmi les victimes elles-mêmes destinées à y monter le lendemain, la plupart n’en étaient pas autrement troublées, pas plus qu’en temps d’épidémie, où la mort est l’affaire de quelques heures, on ne se tourmente outre mesure. Il en est de même a fortiori de la coutume et ce sont bien en réalité les lois de la société, du pays et du moment, c’est-à-dire les mœurs, qui créent les notions éminemment relatives et variables du bien et du mal, et font que tels ou tels actes sont aujourd’hui vice ou vertu, caractère qu’ils n’avaient pas hier, au moins au même degré et qui se modifiera probablement demain.
4, Crete.—Valère Maxime, VII.
33, Maistrise.—Le cas est fréquent. Il n’en est guère de plus caractéristique dans les temps modernes que celui des Anglais mettant à mort leur roi Charles Ier parce qu’il voulait, disaient-ils, attenter à leur liberté et à leurs privilèges et qui se rangèrent, au même moment, aux lois autrement dures et tyranniques de Cromwell, dont ils portèrent le joug patiemment et, après lui, supportèrent sans se plaindre celui presque aussi despotique de Charles II.—Chez nous, la période de Louis XVI, la Révolution, Napoléon, Louis XVIII, nous représentent quelque chose d’analogue. En 1815, nous nous sommes retrouvés presque exactement au même point qu’en 1789, après être passés par les phases les plus aiguës; et ce n’est qu’en 1830 qu’un nouvel à-coup de protestation s’est produit. Tout régime succédant à un autre emporté par le flot populaire, peut, sous une autre forme, reprendre les mêmes errements, avec grande chance de ne pas voir se renouveler d’un certain temps semblable manifestation; toutefois, moins que par le passé ces à-coups interrompent l’évolution de l’humanité: le suffrage universel, les progrès de l’instruction, l’émancipation des masses de plus en plus avides de libéralisme, de socialisme, l’instantanéité des communications, la rapidité et la facilité des transports, l’action continue et pénétrante de la presse, font que chacun a une part beaucoup plus effective, bien qu’encore souvent inconsciente et passive, aux questions d’ordre politique dont la généralité se désintéressait jadis. A l’autorité d’un seul, s’est substituée celle non moins intolérable, ni plus stable, des groupes; les transformations s’opèrent par la force même des choses, mais sous le couvert de la légalité; elles sont peut-être moins apparentes, mais tout aussi réelles que par le passé et acheminent fatalement aux mêmes revirements.
35, Ecosse.—Les Highlanders, ou Montagnards, ainsi qu’on les appelle aujourd’hui.
39, Eux-mesmes.—Ceci est tiré d’Hérodote, III, 38. «Chez les Padéens, dit-il, peuplade de l’Inde, ses plus proches parents et ses meilleurs amis tuent quiconque tombe malade, donnant pour raison que la maladie le ferait maigrir et que sa chair serait moins bonne; il a beau nier qu’il soit malade, ils l’égorgent impitoyablement et se régalent de sa chair. Ils tuent de même et mangent ceux arrivés à un grand âge; mais il s’en trouve peu dans ce cas, en raison des risques d’un sort semblable que chacun court dès qu’il est malade.» V. N. II, 376: Coustume.
4, Horreur.—Nous voyons se reproduire ce même fait pour la même cause, c’est-à-dire la force de l’habitude, et aussi quelque peu à la réprobation dont, on ne sait pourquoi, la frappe l’Église catholique, qu’il faut attribuer le peu de progrès que fait en France la crémation, en dépit des appréhensions qu’inspirent les inhumations précipitées. Ces appréhensions sont cependant des plus justifiées; en Angleterre, rien que par le fait des exhumations pratiquées de 1900 à 1905, dans les cimetières, il aurait été relevé que 149 personnes ainsi exhumées avaient été enterrées vivantes.—La crémation est aujourd’hui admise à peu près partout en Europe, mais pourtant encore peu en faveur surtout par les raisons sus-indiquées. En France, il existe des fours crématoires à Paris, Lyon, Rouen, Reims; d’autres sont en construction ou en projet à Marseille, Dijon, Nîmes, Nice. A Paris, de 1889 à la fin de 1905, 3.825 incinérations ont été effectuées; en cette dernière année, il y en a eu 341. La durée de l’opération est d’une heure environ, la redevance de 50 fr., le poids des cendres recueillies à peu près le douzième de celui des corps incinérés.
15, Platon.—Lois, VIII, 6.
16, Preposteres.—A rebours, à contre-sens; par extension: autrement qu’il ne faut, contre nature.
23, Enfants.—Un oracle avait prédit à Thyeste, frère du roi d’Argos, qu’il aurait un fils de sa propre fille; pour éviter ce crime, Thyeste, à la naissance de celle-ci, la fit élever loin de lui. Dans la suite, l’ayant rencontrée dans un bois sans la connaître, il lui fit violence et la rendit mère.—Une prédiction avait été faite à Laïus, roi de Thèbes, que l’enfant qu’il attendait de Jocaste, sa femme, lui donnerait la mort. Pour échapper à ce sort, dès la naissance de l’enfant, il le fit exposer. Un berger de Corinthe l’ayant trouvé, le porta à la reine, qui le nomma Œdipe et le fit élever. Devenu grand, Œdipe consulta l’oracle sur sa destinée et apprit qu’il serait le meurtrier de son père et époux de sa mère. Se croyant fils de la reine de Corinthe, pour déjouer la fatalité il s’expatria. Chemin faisant, il fit rencontre de Laïus, se prit de querelle avec lui et le tua. Quelque temps après, il arriva à Thèbes, et trouva la ville désolée par le Sphinx; il le vainquit et, pour prix de sa victoire, obtint la main de Jocaste, promise à qui délivrerait la ville de ce monstre, et réalisa ainsi, sans le savoir, la prédiction dont il avait été l’objet.—Macareus eut un fils de sa propre sœur; leur père, instruit de cet inceste, envoya à sa fille une épée avec laquelle elle se tua; son frère échappa par la fuite au châtiment qui l’attendait, et se réfugia à Delphes, où il fut admis au nombre des prêtres d’Apollon. Myth.
32, Chrysippus.—Sextus Empiricus, Pyrrh. hypot., I, 14.
35, Preiudice.—Signifie ici préjugé.
3, Etat.—Certains ont pensé voir, nonobstant ce qui suit, une allusion aux préjugés religieux; il est hors de doute que telle n’a pas été l’intention de Montaigne qui, de parti pris, s’en tient sans discussion aux enseignements de l’Église.
6, Oncques.—Le droit romain qui était d’application courante et qui alors n’existait écrit qu’en latin.
8, Langue.—Au moyen âge, il était fait usage du latin pour la rédaction des actes judiciaires et notariés. En 1539, une ordonnance de François Ier, datée de Villers-Cotterets, prescrivit que dorénavant tout acte, etc. serait prononcé, enregistré et délivré aux parties en leur langue maternelle. Depuis, cette langue s’est transformée, mais les grimoires de la Basoche, continuant à être écrits dans le langage d’il y a quatre siècles, sont redevenus presque incompréhensibles pour la génération actuelle en attendant qu’une nouvelle ordonnance intervienne.
9, Isocrates.—Discours à Nicoclès.
17, Impériales.—Peut-être Waifre ou Hunold, ducs d’Aquitaine à l’époque de Charlemagne... Paul Émile, historien latin du XVe siècle, dit: «Charlemagne projetait de donner une nouvelle législation à ses peuples, en commençant par ceux de France; un de ceux, gascon, qui l’avaient suivi en Espagne, se prononça et devant l’opposition des conseils tenus à cet effet, ce projet fut abandonné.»
19, Vende.—La vénalité des charges de juge, introduite en France en 1526, sous François Ier, par le chancelier Duprat, comme moyen de subvenir à la pénurie du Trésor, a subsisté jusqu’à la Révolution.—Sans demander que ces errements soient rétablis, les juges s’en trouvaient incontestablement plus indépendants, et il serait à désirer aujourd’hui que par mode de recrutement et d’avancement, ils fussent à nouveau affranchis des pouvoirs publics et des pressions que trop souvent ceux-ci exercent sur eux, cherchent à exercer ou passent pour le faire; l’inamovibilité qui leur avait été donnée comme garantie est insuffisante à cet effet, d’autant qu’on ne la respecte même plus. Il faudrait que, du haut en bas de la hiérarchie, le corps judiciaire se recrutât exclusivement par lui-même dans des conditions déterminées par la loi; peut-être alors cours et tribunaux en reviendraient, comme jadis, à ne rendre que des arrêts et non plus des services, alors que les parlements tenaient tête à l’occasion à l’autorité royale et qu’en dépit de la prison et de l’exil, ils se refusaient à l’enregistrement de ses édits quand ils estimaient qu’il y avait abus ou déni de justice.
20, Payer.—Nous n’en sommes plus tout à fait là, mais pas loin. Dans les procès civils, les deux parties ne sont-elles pas condamnées fréquemment aux frais, celle qui gagne comme celle qui perd, la première ayant simplement recours sur l’autre?—Ce n’est pas là du reste le seul grief que dans les temps actuels on articule contre la magistrature, en voici quelques-uns:
L’omnipotence, le sans-gêne et l’arbitraire des juges d’instruction qui prolongent la détention préventive au delà de toute raison; n’a-t-on pas cité, en l’an 1906, un honorable négociant, accusé d’avoir soustrait la valeur d’une lettre chargée, détenu ainsi pendant treize mois, sans qu’il fût procédé à l’examen de l’affaire?
La lenteur avec laquelle se jugent les affaires civiles. C’est ainsi que, dans le ressort de Paris, de simples procès en séparation attendent de longs mois avant d’être appelés. A cela on objecte le grand nombre d’affaires; mais si, quand l’encombrement le comporte, les audiences commençaient plus tôt et finissaient plus tard, si elles avaient lieu tous les jours au lieu de trois fois par semaine, si les tribunaux ne prenaient pas chaque année de si longues vacances et même s’en passaient quand le service l’exige, les retards seraient infiniment moins considérables. On pourrait encore augmenter leur nombre, ou mieux les réduire à un juge unique, comme en Angleterre, aux États-Unis, ce qui permettrait avec le même personnel de faire triple besogne et aurait en outre l’immense avantage de substituer une responsabilité individuelle à une trinité anonyme, d’où une plus grande attention apportée à l’étude des affaires et plus d’équité dans le jugement à intervenir.
Les ajournements fréquents à huit, quinze jours pour le prononcé du jugement dans les affaires correctionnelles, ce qui prolonge les angoisses des inculpés et prête à ce que dans l’intervalle les juges prennent langue au dehors; le jugement devrait toujours être rendu séance tenante comme aux assises, et seule sa rédaction être ajournée quand cela est nécessité par les considérants à exposer.
De ne pas chercher à s’éclairer suffisamment et de trop s’en rapporter à la parole des divers agents qui portent l’accusation, alors que leurs témoignages sont contestés, sous prétexte qu’ils sont assermentés, ce n’est pas toujours une garantie suffisante.
Enfin d’avoir intérêt à la multiplication des affaires, ce qui porte à exercer des poursuites pour des vétilles qui n’en valent pas la peine, pour donner plus d’importance au ressort.
27, Contraires.—Une distinction analogue, non moins farouche, comme dit Montaigne, subsiste, suivant que le dommage causé à autrui, l’est par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ou par tout autre. Sans parler des pouvoirs exorbitants dévolus en France, par le code lui-même, aux préfets qui ont qualité pour pratiquer des actes qui devraient être l’apanage exclusif de l’autorité judiciaire, dans toutes les branches de l’administration, les abus, quels qu’ils soient, échappent à toute répression.—Outre que ceux qui les commettent ne font souvent qu’appliquer les instructions de leurs supérieurs, les uns et les autres n’ont à répondre en dernier ressort de leurs faits et gestes que vis-à-vis du Ministre dont ils relèvent, lequel est toujours prêt à les couvrir de sa responsabilité, chose illusoire entre toutes. Seule la justice, unique pour tous, devrait connaître de ces abus et des dommages en résultant, comme de tous autres; la tâche des fonctionnaires en deviendrait assurément plus difficile et plus délicate, mais en somme ils sont faits pour le public, et devant une responsabilité effective, ils s’observeraient davantage.
36, Vertu.—La vertu militaire, le courage.