282,

9, Offre.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.

10, Douzaines.—La Bruyère a exprimé la même pensée: «Faites donc seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie, tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La Bruyère.

10, Trismegiste.—Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte, et que l’on place dans le XXe siècle. Il existait sous son nom quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et scientifique des premiers temps de l’Égypte.

13, Faire.—Asclepius dialog., ap. Apuleium.

17, Animal.—Animé.—Cicéron, De Nat. deor., III, 13, 14; tous les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12, 16, etc.

284,

1, Imbecillité.—De faiblesse, d’imperfection.

8, Desbastiment.—Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour et contre la divinité, se forgent...

10, Estirons.—Étendons, allongeons.

21, Mont Senis.—Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro (6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en Asie, la plus haute montagne du globe.—Quant à la profondeur des mers, on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.

22, Astrolabe.—Instrument pour mesurer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon.

27, Temple.—Le fait, rapporté par Josèphe, Ant. jud., XVIII, 4, qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en raison de la violence de son amour.

38, Diuins.—Plutarque, Romulus, 3, qui donne Taruncius, qu’il nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.

39, Estoc.—Des deux côtés, du côté paternel et maternel.—Estoc, ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière rapporte son commencement.  Nicot.

286,

2, Neptune.—Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.

4, Platon.—Plutarque, Symposiaques, VIII, 1, rapporte que, d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu, dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi Diogène Laerce, III, 2.—C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle, à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.

11, Langue.—Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu, disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.

23, Figure.—Cicéron, De Nat. deor., I, 18.

26, Xenophanes.—Eusèbe, Prép. évang., XIII, 13.

28, Nous.—Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»

36, Mangent.—Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en opposition complète avec Sebond, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme): Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité, ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale, et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi tu esiouis tes esprits, etc...»—Bossuet, critiquant sur ce point la manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion, prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison: «Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner; ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève, ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin, s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»

38, Region.—Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe, au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi magnifiquement et de tant faire pour moi!»

288,

11, Veteris.—Telluris iuvenes, les Enfants de la Terre, appelés aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale, qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes volcaniques. Myth.

17, Tenet.—Neptune avait construit les murs de Troie; mais le salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de Pâris. V. Lex., Scæes.

22, Territoire.—Hérodote, I, 172.

23, Necessité.—C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et répartie suivant nos besoins; l’un guérit...—On peut en dire autant des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos jours.

28, Ponant.—Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe siècle.

35, Venerandus.—Le texte d’Ovide ajoute erat, addition qui figure également sur la plupart des éditions modernes.

41, Mille.—Ce renseignement paraît tiré d’Hérodote, Opera et Dies, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment par Maxime de Tyr, qui dit qu’ils sont innombrables, et par Varron.—On estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.

290,

5, Physiciens.—Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée parfois, dit-on, en Angleterre.  Payen.

9, Chrysippus.—Plutarque, Des communes conceptions, etc., 27.

13, Creten.—Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. Myth.

18, Fallitur.—S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures, gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors, chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.

21, Phaeton.—Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée, les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en foudroyant l’imprudent conducteur.

25, Fer, et.—L’ex. de Bordeaux aj.: auecq Anaxagoras.—Xénophon, Memor., IV, 7, 7; Plutarque, De Plac. phil., II, 20.

26, Dit-il.—Cicéron, De Nat. deor., II, 22.

32, Socrates.—Xénophon, Mém. sur Socr., IV, 7, 2.

34, Polyænus.—Cicéron, Acad., II, 38.

37, Xenophon.—Mémoires sur Socrate, IV, 7, 6 et 7.

292,

1, Perscrutent.—Qui recherchent, scrutent; mot forgé par Montaigne, du latin perscrutari, chercher, rechercher avec soin, examiner à fond.

7, Herbes.—Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions. Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le soleil.

8, Point.—Ce n’est pas précisément sur les questions de science, auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande sœur et presque encore en enfance.

24, Ordo.—Citation empruntée à la description du char du Soleil.

29, Platon.—République, X, 3.

34, Acceptat.—Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas textuelle.—Les cinq zones dont il est ici question, environnant le monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze constellations. V. N. I, 254: Aqua.

294,

1, Ainigmatique.—Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».

9, Descousu.—Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de miracles; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.—Timon est un poète satirique, cité par Diogène Laerce, dans sa Vie de Platon.

16, Empruntée.—Sous François II, Montaigne étant encore enfant, les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté; les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. Essais historiques sur Paris, 1757.—Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai, que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour faire bouffer leurs robes?

19, Epicycles.—Cercles dont les centres se meuvent sur la circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de ces mouvements.

20, Astrologie.—Du temps de Montaigne, on entendait par là l’astronomie.

22, Subject.—S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.—Alphonse, roi de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.

25, Platon.—Dans le Timée.

32, Rauissement.—Rétrogradation, trépidation, ascension sont autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée, qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde: reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.

34, Petit monde.—En grec: microcosme.

39, Ame.—Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois.  C. de M.

296,

1, Imaginaire.—Une république, un gouvernement imaginaire.

9, Condonons.—leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du latin condonare, accorder, pardonner, remettre.

21, Pieds.—Platon, qui dans le Théétète conte ce fait, dit seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir fourni à La Fontaine le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits», où il dit:

«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»

et encore:

«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères
Ce pendant qu’ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»

24, Plagas.—Cette critique présentée par Montaigne, comme émise par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci et est dirigée contre le premier.—Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) La Fontaine reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se perd dans les cieux.»

27, Platon.—Dans le Théétète, là même où il est question de l’accident de Thalès.

42, Congé.—Autorisation, permission.

298,

6, Faucée.—Du latin fauces, entrée, avenue, défilé, brèche, pénétration.—Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard, que du temps de Montaigne.

8, Sçeu.—Les éd. ant. aj.: comme dict Salomon.

9, Pline.—Nat. Hist., II, 37.

9, S. Augustin.—De Civ. Dei, XXI, 10.

33, Autre.—L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629, cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique reçue par l’Église.  Bayle.

300,

1, Diogenes.—Diogène d’Apollonie. Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., III, 4.

9, Priuation.—Montaigne énumère ici les principes essentiels que chacun des philosophes qu’il mentionne avait imaginés pour expliquer le système du monde:—Platon admettait l’existence de certains types ou modèles qu’il appelait Idées;—Épicure expliquait tout par le concours fortuit des Atomes;—Leucippe et Démocrite, par le Vide et les Atomes en nombre infini doués d’un mouvement éternel;—Thalès posait comme principe matériel de toutes choses l’Eau ou l’état liquide, et y ajoutait l’esprit comme principe moteur;—pour Anaximandre, c’était l’Infini;—pour Diogène d’Apollonie, c’était l’Air;—pour Pythagore, les Nombres; le monde lui-même n’était qu’un tout harmonieusement composé;—pour Parménide, il n’existait qu’un être, unique, immuable, infini;—Anaxagore estimait qu’à l’origine, tous les éléments, en nombre infini, étaient confondus, et que c’est par l’intervention d’une intelligence suprême qu’avait eu lieu la séparation des éléments hétérogènes et l’assemblage des éléments similaires.—Empédocle admettait quatre éléments: le feu, la terre, l’air et l’eau, et deux causes premières: l’amitié qui les unit, la haine qui les sépare;—pour Héraclite, il n’existait qu’un principe, le feu, mais un feu pur et subtil, bien différent de celui que nous voyons;—enfin Aristote, estimant que les points de vue sous lesquels toute chose peut être envisagée se réduisent aux éléments dont elle est composée, à sa nature intime ou essence, à sa cause et au but ou fin vers laquelle elle tend, distinguait quatre principes: la matière, la forme, la cause efficiente et le principe final, lesquels doivent se retrouver partout et que la philosophie a pour mission de déterminer.

15, L’escole.—Aristote, dont les éd. ant. mettent le nom.

21, Boule-veuë.—A première vue; comparaison tirée du jeu de boules. Jouer à boule-vue, c’est agir sur un simple coup d’œil jeté sur le jeu sans se donner le temps d’apprécier la distance ni de calculer ce qu’il y a de mieux à faire.

26, Volonté.—«Appartenir à une école, c’est en épouser nécessairement les préjugés et le parti pris.» Le Bon. Cela est vrai aussi bien en politique qu’en scolastique.

302,

9, Philodoxes.—Platon, Rép., V (vers la fin), les définit ainsi: Gens qui se remplissent d’opinions dont ils ignorent les fondements, qui s’entêtent de mots, qui n’aiment et ne voient que les apparences des choses.

15, Philosophique.—Il ne saurait cependant à de semblables propos, être fait de réponses plus probantes.

40, Essais.—C’est aller un peu loin que de vouloir d’un philosophe qu’il connaisse le pourquoi et le comment de toutes choses; il observe, cherche à se rendre compte de tout, mais ne saurait être tenu d’en donner, quand même, une explication.

304,

15, L’aimant.—Diogène Laerce, I, 24.—Combien aujourd’hui avec ce que nous connaissons de l’électricité, qui n’est du reste qu’une forme particulière du magnétisme ou aimantation, s’affermirait en eux cette idée, bien moins singulière à la réflexion qu’elle ne semble de prime abord.

22, Dicæarchus.—C.-à-d. la raison humaine a appris à Cratès et à Dicéarque qu’il n’y avait absolument point d’âme et que le corps s’ébranlait, etc. Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., II, 5; Cicéron, Tusc., I, 10.

24, Platon.—Lois, X.

25, Repos.—Thalès ajoutait: «et qui se meut de soi-même». Plutarque, De Plac. phil., IV, 2; là, se trouve également rapportée l’opinion d’Asclépiade.

27, Parmenides.—Macrobe, in Somn. Scip., I, 14.

27, Empedocles.—Cicéron, Tusc., I, 9.

27, Sang.—Certains font dériver le mot latin anima, âme, du grec αἷμα, qui signifie sang.

29, Posidonius.—Diogène Laerce, VIII, 156.

30, Chaleureuse.—Galien, tout en admettant cette idée, déclare qu’en fin de compte il n’ose rien affirmer sur la nature de l’âme.

32, Hippocrates.—Macrobe, in Somn. Scip., I, 14.

32, Varro.—Lactance, De Opif. Dei, 17.

35, Elemens.—Suivant Zénon, l’âme est du feu; et cette idée qu’elle est la quintessence des quatre éléments que lui attribue Montaigne, est d’Aristote qui, au dire de notre auteur, quelques lignes plus loin, se serait tu sur sa nature.  Cicéron, Tusc., I, 10.

35, Ponticus.—Stobée, Eclog. phys., I, 40.

35, Xenocrates.—Macrobe, in ">Somn. Scip., I, 14.

40, Aristote.—S.-ent. qui définit l’âme.

41, Entelechie.—Mot grec signifiant «la perfection».  Cicéron, Tusc., I, 10.

306,

2, Lactance.—De Opif. Dei, 47, au commencement.

3, Seneque.—Nat. quæst., VII, 14.

6, S. Bernard.—Lib. de anima, I.

8, Heraclitus.—Diogène Laerce, IX, 7.

11, Essence.—Qu’est-ce que l’âme? disons-nous à notre tour. C’est le principe de la vie, ou encore, d’après nos dictionnaires, l’ensemble des facultés morales et intellectuelles de ce qui a vie. Mais ce ne sont là que des effets et ils n’en expliquent pas la production. De fait, nous nous trouvons en présence d’un de ces infinis problèmes que notre intelligence n’arrive pas à résoudre, et si nous tentons de l’élucider, il nous faut, comme en tant d’autres choses, déduire l’inconnu du connu. Or les manifestations de l’âme ne prennent naissance en nous que peu à peu; au début de l’existence, rien n’apparaît; c’est ensuite l’instinct, c’est-à-dire une action irréfléchie, qui se montre seul; puis, en germe, chez l’homme, du moins, parce que son organisme le comporte, tout ce qui compose l’âme telle que nous la concevons dans l’être humain: la notion du bien et du mal, les vertus et les vices, toutes les qualités bonnes ou mauvaises, les affections, les répulsions ainsi que la volonté, la mémoire, l’intelligence, la raison, la réflexion qui les mettront en œuvre, variables chez chaque individu suivant la conformation de son cerveau, qui est l’organe qui en est le point de départ et dont un rien congénital ou accidentel suffit à différencier toute la vie durant ou momentanément l’homme de génie de l’imbécile, le fou du sage, le criminel de l’honnête homme, ce que du reste le bon sens populaire rend si exactement quand il dit de quelqu’un qui n’est pas comme tout le monde, qu’il lui manque une case; et cet ensemble grandissant ensuite peu à peu, s’épanouissant au fur et à mesure que le corps lui-même se développe; et, chez tous, reposant quand il repose, s’oblitérant plus ou moins quand il est malade, mourant quand il meurt, l’abandonnant la plupart du temps partiellement avant même que la vie n’ait pris fin, dès que la désagrégation commence.—Qu’en conclure, sinon que l’âme est essentiellement fonction de l’être, qu’elle ne fait qu’un avec lui, qu’elle est une conséquence de son organisation à laquelle elle ne survit pas? Pas plus que lui elle ne vient du néant, ni n’y retourne, mais, comme lui, elle se forme et se transforme, telles l’électricité, la chaleur, la lumière qui partout, à l’état latent, apparaissent ou disparaissent suivant que les éléments d’où elles naissent sont dans telles ou telles conditions; tel encore par exemple le fer qui, dans le minerai, échappe à notre vue et dont certaines transformations le dégagent, que certaines préparations assimilent aux êtres animés, aux végétaux, que la rouille réduit en poussière et rend à la terre, où ses molécules impalpables, sans jamais cesser d’exister, demeurent susceptibles de participer à tout, sans jamais redevenir elles-mêmes; ainsi l’âme qui, en nous, naît dans des conditions données, se transforme avec ces conditions; et quand celles-ci cessent d’exister, elle se désagrège et ses éléments retournent se confondre avec l’universalité des choses, où de toute éternité là aussi tout est dans tout, à l’état embryonnaire.

12, Herophilus.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.

13, Aristote.—Sextus Empiricus, Adv. Mathem.

20, Stoïciens.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.

20, Erasistratus.—Id., ibid.

21, Empedocles.—Id., ibid.

22, Moyse.—Genèse, IX, 4; Lévit., VII, 26; Deutér., XII, 23; etc.

24, Strato.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.

30, Chrysippus.—Galien, De Plac. Hipp. et Plat., II, 2.

39, Stoïciens.—Sénèque, Epist. 57.

42, Trapelle.—Souricière, de l’italien trappola, qui a même signification.

308,

8, Plutarque.—Thésée, préambule.

8, Chartes.—Cartes géographiques; du latin charta, feuille de papier.

8, Orée.—Bord, extrémité; du latin ora qui a même sens.

14, Bestise.—Pascal a dit aussi en parlant de l’homme: «Trop et trop peu d’instruction l’abêtissent.» Et, en un autre passage: «Les sciences ont deux extrémités qui se joignent: la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant; l’autre est celle où atteignent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent dans cette même ignorance, d’où ils sont partis.»

19, Platon.—Plaisanterie que l’on attribue à Diogène le Cynique, et à laquelle il fut répondu en ajoutant à la définition déjà donnée «et à larges ongles».  Diogène Laerce, IV, 40.

35, Iliade.—Cicéron, De Nat. deor., II, 37.

36, Zenon.—Id., ibid., III, 9.

38, Cotta.—Id., ibid., II, 12.

310,

6, Sectes.—Les éd. ant. aj.: comme il s’en voit infinis chez Plutarque contre les Epicuriens et Stoïciens: et en Seneque contre les Peripateticiens.

8, Montre.—Un échantillon.

17, Lasches.—Les éd. ant. aj.: combien de fois leur voyons-nous dire les choses diuerses et contraires?

18, Ailleurs.—Dans le premier Alcibiade. C’est Socrate qui, par ses arguments, réduit Alcibiade à le dire.

32, Inconstante.—«Montaigne sut ramener sur le territoire de la philosophie le bon sens qui en avait été si longtemps exilé.»  Dégerande.

312,

17, Fortuit.—C.-à-d. je me suis trouvé philosophe sans l’avoir cherché et tout à fait par hasard.

18, Ame.—Les éd. ant. aj.: (car i’ai choisi ce seul exemple pour le plus commode à tesmoigner nostre foiblesse et vanité).—L’analyse qui suit de la doctrine de Platon est prise dans la seconde partie du Timée, ou simplement de Diogène Laerce, III, 67.

24, Ratiocine.—Raisonne; du latin ratiocinari qui signifie la même chose.

31, Inconuenient.—Aussi n’est-il pas étrange, extraordinaire.

42, Vniuerselle.—L’empereur Julien pensait ainsi.  Payen.

314,

6, Locum.—Delille a donné de cette citation la traduction ci-après:

«Dieu remplit, disent-ils, le ciel, la terre et l’onde;
Dieu circule partout, et son âme féconde
A tous les animaux prête un souffle léger;
Aucun ne doit périr, mais tous doivent changer,
Et, retournant aux cieux, en globes de lumière,
Vont rejoindre leur être à la masse première.»

28, Touche.—Plutarque, Pourquoi la justice div., etc., 19.

30, Recordation.—Souvenir; mot francisé par Montaigne, du latin recordatio qui a cette même signification.

37, Sçauantes.—Add. des éd. ant.: et pleines de suffisance.

41, Sçauoir.—Add. des éd. ant.: de cette prudence et sapience.

42, Platon.—Dans le Phédon.

316,

15, Nous.—Vivants.

31, Futurs.—Autant de mauvaises actions on aurait commises, autant de personnes on aurait lésées de la sorte, seraient d’après Platon, République, X, punies d’une peine de dix ans chacune, jusqu’à concurrence de dix fois, soit cent ans, durée de la vie humaine.

33, Temporelles.—Origène, d’après saint Augustin, rejetait l’éternité des peines.

36, Receue.—Add. des éd. ant.: aux siecles anciens.

318,

12, Desmue.—Tirée hors de, déplacée, détournée; participe passé de desmouvoir, qui vient du latin dimovere, dont c’est la signification.

43, Philosophe.—Ils ne remédient pas au cas où, par accident, chez un philosophe...

320,

12, L’vsage.—Var. des éd. ant.: le goust.

28, Decidere.—Montaigne a traduit cette citation avant de la transcrire.

38, Aristote.—Métaphys., II, 1.

43, Syrius.—De Syros.  Cicéron, Tusc., I, 16.—Le texte latin porte Tullius.

322,

11, Gloire.—Les éd. ant. aj.: et de la reputation.

13, Platon.—Lois, X, 13.

20, Estançonner.—Appuyer, étayer; s’estançonner par ses inventions, c’est assurer, renforcer son existence par ses propres imaginations.

324,

7, Nemroth.—Il semble que la pyramide dont il est ici question soit celle qui existait à Barsippe en Chaldée, pyramide quadrangulaire à gradins, demeurée inachevée de temps immémorial et que les Chaldéens identifiaient avec la tour de Babel.

24, Raison.—Car cela ne nous a été nullement appris par la nature, non plus que par la raison.

24, Retentera.—Essayer, éprouver de nouveau; du latin retentare, tenter derechef.

29, Stoïcien.—Sénèque.

326,

1, Nous.—L’ex. de Bordeaux aj.: en diuers lieux; add. dont il a été tenu compte dans la traduction; cette croyance existe en effet en Perse, en Hindoustan et ailleurs.

2, Pythagoras.—La métempsycose, que Lucrèce appelle un officieux mensonge qui délivre des frayeurs de la mort et rassure l’esprit en lui donnant l’espérance de renaître dans un autre corps.

7, Maison.—Les éd. ant. ajout.: Socrate, Platon et quasi tous ceux qui ont voulu croire l’immortalité des ames, se sont laissez emporter à cette inuention, et plusieurs nations, comme entr’autres la nostre et nos Druides.—Ces derniers mots: et nos Druides manquent dans l’éd. de 1588.

10, Ans.—Montaigne a déjà traité ce sujet et cite (vol. II, pag. 106) un passage d’Ovide à ce propos.—D’après Héraclide de Pont, Pythagore racontait avoir été Éthalide que l’on disait fils de Mercure; et ce Dieu lui ayant promis de lui accorder tout ce qu’il voudrait, excepté l’immortalité, il lui avait demandé à conserver pendant sa vie et après sa mort, la mémoire de tout ce qui lui arriverait; c’est pourquoi il était à même d’affirmer être passé dans le corps d’Euphorbe après avoir été Éthalide; être ensuite devenu Hermotine; puis Pyrrhus, un pêcheur de Délos, et enfin Pythagore. D’autre part, Euphorbe, blessé par Ménélas au siège de Troie, déclarait avoir été Éthalide et prétendait se rappeler par quelles plantes, dans quels animaux son âme avait successivement passé depuis qu’il avait cessé d’être Éthalide, ce qu’elle avait éprouvé aux enfers et ce qu’il avait vu éprouver aux autres. Hermotine disait avoir été Euphorbe et, pour le prouver, avait été au temple d’Apollon et avait montré son bouclier que Ménélas, après l’en avoir dépouillé, avait consacré à ce Dieu, à son retour de Troie. Pyrrhus, le pêcheur de Délos, se souvenait d’avoir été Éthalide, Euphorbe, Hermotine; et Pythagore avait conservé les mêmes souvenirs, en y ajoutant celui de Pyrrhus.—V. également Diogène Laerce, VIII, 4, 5.

16, Recite.—De quelques faiseurs d’horoscope, dit S. Augustin, De Civ. Dei, XXII, 28.

18, Chrysippus.—Lactance, Div. instit., VII, 23.

19, Platon.—Dans le Ménon.

21, Ailleurs.—Platon, dans le Timée.