Chaque chose en son temps, II, 587.—Ce furent deux grands hommes que Caton le Censeur et Caton d’Utique; mais celui-ci l’emporte de beaucoup sur le premier, 587.—Dans sa vieillesse, Caton le Censeur s’avisa d’apprendre le grec; c’est un ridicule, toutes choses doivent être faites en leur temps (Q. Flaminius, Eudémonidas et Xénocrate, Philopœmen et le roi Ptolémée), 587.—Nos désirs devraient être amortis par l’âge, mais nos goûts et nos passions survivent à la perte de nos facultés; quant à lui, Montaigne, il ne pense qu’à sa fin et ne forme pas de projets dont l’exécution nécessiterait plus d’une année, 589.—Sans doute un vieillard peut encore étudier, mais ses études doivent être conformes à son âge, elles doivent lui servir à quitter le monde avec moins de regrets (Caton d’Utique), 589.
De la vertu, II, 591.—Par le mot vertu, il faut entendre ici la force d’âme. Ce n’est pas en des élans impétueux mais passagers que consiste ce genre de vertu; elle demande de la persévérance, un caractère solide et constant, et se rencontre rarement, 591.—Bien qu’il la possédât à un haut degré, Pyrrhon essaya vainement de toujours mettre sa vie en conformité avec sa doctrine; c’est que ce n’est pas tout de témoigner de la fermeté d’âme dans une circonstance donnée, le difficile est de se montrer tel dans toutes ses actions, 591.—Traits de courage amenés par une soudaine résolution (un paysan et un gentilhomme du pays de Montaigne, une femme de Bergerac), 593.—Autres exemples, ceux-là suite de déterminations, de projets arrêtés longtemps à l’avance; ces actions fortes et courageuses longuement préméditées sont, en général, le fruit de préjugés absurdes ou de fausses doctrines (les femmes hindoues, les gymnosophistes, Calanus), 595.—Le dogme de la fatalité, souvent mis en avant mais facile à réfuter, est fréquemment exploité pour surexciter les esprits; c’est lui qui inspire tant d’audace aux Turcs (les Bédouins, deux moines de Florence, un jeune Turc, Henry de Navarre), 597.—Quant aux assassins, la plupart du temps ce sont les passions religieuses ou politiques qui arment leur bras (les assassins du prince d’Orange et du duc de Guise, la secte des Assassins), 601.
A propos d’un enfant monstrueux, II, 605.—Description d’un enfant et d’un pâtre monstrueux; ce qui nous paraît tel, ne l’est pas pour la nature, 605.
De la colère, II, 607.—Il vaut mieux confier les enfants au gouvernement qu’à leurs propres parents (les institutions de Lacédémone et de Crète), 607.—Ceux-ci les châtient quelquefois dans des transports de colère, ils les accablent de coups, les estropient; ce n’est pas correction, c’est vengeance, 607.—La colère nous fait le plus souvent envisager les choses sous un aspect trompeur; les fautes qui nous irritent ne sont pas telles qu’elles nous paraissent. Combien hideux sont les signes extérieurs de la colère (César et Rabirius), 609.—Il ne faut pas juger de la vérité ou de la fausseté des croyances et des opinions des hommes par leur conduite habituelle (Eudaminondas, Cléomène, Cicéron et Brutus, Cicéron et Sénèque, les éphores de Sparte), 611.—Modération de quelques grands hommes sous l’empire de la colère (Plutarque et un de ses esclaves, Archytas de Tarente, Platon, le lacédémonien Charylle et un ilote), 611.—Nous cherchons toujours à trouver et à faire trouver notre colère juste et raisonnable (Cneius Pison), 613.—Les femmes naturellement emportées, deviennent furieuses par la contradiction; le silence et la froideur les calment (l’orateur Celius, Phocion), 615.—Pour cacher sa colère, il faut des efforts inouïs; elle est moins terrible quand elle éclate librement (les hommes de guerre, Diogène et Démosthène), 615.—Attentions à avoir quand, dans son intérieur, on a sujet de se mettre en colère, 617.—Caractère du courroux de Montaigne; il feint parfois d’être plus en colère qu’il ne l’est réellement, 617.—Il ne croit pas que la colère puisse jamais avoir de bons effets, même quand il s’agit de forcer les autres à pratiquer la vertu; c’est une arme dangereuse; elle nous tient, nous ne la tenons pas (Aristote), 619.
Défense de Sénèque et de Plutarque, II, 621.—Combien est fausse la comparaison que l’on a voulu établir entre Sénèque et le cardinal de Lorraine, en s’appuyant sur le portrait injurieux que l’historien Dion trace du premier; il est plus rationnel de croire ce qu’en disent Tacite et quelques autres qui en parlent d’une manière très honorable, 621.—Quant à Plutarque, il a été accusé par Bodin, d’ignorance, d’excessive crédulité et de partialité; réfutation de ces accusations. Sur le reproche d’ignorance, Montaigne n’a pas le savoir nécessaire pour en juger, 623.—Nombreux exemples témoignant que les faits avancés par Plutarque et qualifiés d’incroyables par son critique, n’ont rien d’impossible (un enfant de Lacédémone, Pyrrhus, les jeunes Spartiates, Ammien Marcellin et les Égyptiens, un paysan espagnol et L. Pison, Epicharis, de simples villageois du temps de Montaigne), 623.—C’est un tort de vouloir juger du possible et de l’impossible par ce dont nous sommes nous-mêmes capables (Agésilas), 629.—La partialité de Plutarque en faveur des Grecs et au détriment des Romains n’est pas mieux fondée, d’autant qu’il ne prétend pas que les grands hommes de ces deux peuples qu’il met en parallèle, ont même valeur; il ne porte pas sur eux d’appréciation d’ensemble, il ne compare que des points de détail en des situations déterminées, 629.
Histoire de Spurina, II, 633.—Nous apprendre à commander à nos passions, tel est le but de la philosophie. Mais il en est d’une violence extrême; et, des appétits qu’elles font naître en nous, ceux que l’amour occasionne semblent les plus excessifs; peut-être est-ce parce qu’ils intéressent à la fois le corps et l’âme, 633.—De combien de moyens ne s’est-on pas servi pour les amortir: les mutilations, les cilices, les réfrigérants de toutes espèces (un prince français, Xénocrate), 633.—Chez quelques-uns, l’ambition est plus indomptable que l’amour; Jules César, qui était d’une incontinence excessive, a toujours su réprimer la fougue de cette passion quand il s’agissait de grands intérêts (César, Mahomet II), 635.—D’autres, au contraire, ont fait céder l’ambition à l’amour (Ladislas roi de Naples), 637.—César ne sacrifiait jamais à ses plaisirs une heure de son temps quand les affaires l’exigeaient tout entier; il était à la fois le plus actif et le plus éloquent de son époque; il était aussi très sobre (César et Caton), 639.—Sa douceur et sa clémence ont paru douteuses; mille exemples prouvent qu’il avait ces qualités (les capitaines de Pompée, César à Pharsale, C. Memmius, C. Calvius, Catulle, C. Oppius), 641.—Mais son ambition effrénée l’a amené à renverser la république la plus florissante qui ait jamais existé, ce dont rien, d’après Montaigne, ne saurait l’absoudre (Marc Antoine), 643.—Exemple extraordinaire d’un jeune Toscan, Spurina, qui, extrêmement beau, se cicatrisa tout le visage pour se soustraire aux passions qu’il inspirait, 645.—Une telle action ne se peut approuver; il est plus noble de lutter que de se dérober aux devoirs que la société nous impose, autrement c’est mourir pour s’épargner la peine de bien vivre (Scipion et Diogène), 645.
Observations sur les moyens que Jules César employait à la guerre, II, 647.—Dans le chapitre précédent, Montaigne a examiné les vices et les qualités de César, il s’occupe ici de ses hauts faits et de ses talents militaires; selon lui, ses commentaires devraient être le bréviaire de tout homme de guerre, 647.—Pour rassurer ses troupes alarmées de la supériorité numérique de l’ennemi, il leur exagérait lui-même cette supériorité; il accoutumait ses soldats à lui obéir sans les laisser commenter ses desseins; très ménager du temps, il savait amuser l’ennemi pour le surprendre avec plus d’avantage (le roi Juba, Cyrus, les Suisses), 647.—Il n’exigeait guère de ses soldats que la vaillance et la discipline, parfois il leur donnait toute licence; il aimait qu’ils fussent richement armés, les honorait du nom de «Compagnons», ce qui n’empêchait pas qu’il ne les traitât, le cas échéant, avec beaucoup de sévérité, 649.—Il se complaisait aux travaux de campagne, 651.—Il aimait à haranguer ses troupes avant le combat, et ses harangues sont des modèles d’éloquence militaire, 651.—Rapidité de César dans ses mouvements; aperçu de ses guerres nombreuses en divers pays, 653.—Il voulait tout voir par lui-même; préférait obtenir le succès en négociant, plutôt que par la force des armes; il était plus circonspect qu’Alexandre dans ses entreprises, et donnait hardiment de sa personne chaque fois que la nécessité le comportait (bataille de Tournai, siège d’Avaricum, guerre contre Afranius et Petreius, César à Dyrrachium, César franchissant l’Hellespont), 653.—Sa confiance et sa ténacité au siège d’Alésia; deux particularités dignes de remarque à propos de ce siège (Lucullus, Vercingétorix), 657.—Avec le temps, César devint plus retenu dans ses entreprises. Quoique peu scrupuleux, il n’approuvait cependant pas qu’on se servît de toutes sortes de moyens à la guerre pour obtenir le succès (Arioviste), 659.—Il savait très bien nager et aimait à aller à pied, 659.—Ses soldats et ses partisans avaient pour lui une extrême affection et lui étaient tout dévoués (l’amiral de Chatillon, Sceva soldat de César, Granius Petronius, le siège de Salone), 661.
Trois bonnes femmes, II, 663.—Quelques épigrammes de Montaigne contre les femmes qui font parade de leur affection pour leurs maris seulement quand ils sont morts (la veuve d’un prince français), 663.—Cependant, dans l’antiquité, il en relève trois qui voulurent partager le sort de leurs époux se donnant la mort. La première, une italienne, citée par Pline le Jeune, était de naissance commune; son dévouement, 665.—Les deux autres sont nobles; l’une est Arria, femme de Cecina Pætus; son énergie, 667.—L’autre est Paulina Pompeia, femme de Sénèque; son histoire, 671.—Singulière preuve d’amour que, de son côté, Sénèque, renonçant pour elle à mourir, avait donnée à sa femme, 675.
Quels hommes occupent le premier rang entre tous, III, 11.—Trois hommes des temps passés occupent, selon Montaigne, le premier rang entre tous. Le premier, c’est Homère, le prince, le modèle de tous les poètes; estime que l’on en a fait dans tous les temps (Aristote, Varron, Virgile, Alexandre le Grand, Cléomène, Plutarque, Alcibiade, Hiéron, Platon et Panetius, Mahomet II et le pape Pie II), 11.—Le second est Alexandre le Grand: ses belles actions pendant sa vie si courte; il est préférable à César qui pourtant lui est supérieur sous certains rapports (Annibal, les Mahométans), 15.—Le troisième et le meilleur de tous, c’est Épaminondas; il l’emporte sur Alexandre et César, mais son théâtre d’action a été beaucoup plus restreint. Les Grecs l’ont nommé le premier d’entre eux; il réunissait toutes les qualités que l’on trouve éparses chez les autres, et chez lui elles atteignaient la perfection, 19.—Scipion Émilien pourrait lui être comparé, s’il eût eu une fin aussi glorieuse. Ce qu’on peut dire d’Alcibiade, 21.—Bonté, douceur, équité et humanité d’Épaminondas (Pélopidas, les Béotiens), 21.
De la ressemblance des enfants avec leurs pères, III, 23.—Comment Montaigne a fait son livre: il n’y travaillait que lorsqu’il avait des loisirs; un valet lui a emporté une partie de son manuscrit, il le regrette peu, 23.—Il y a sept ou huit ans qu’il a commencé à l’écrire, et depuis dix-huit mois il souffre d’un mal qu’il avait toujours redouté, de coliques néphrétiques, 23.—Combien les hommes sont attachés à la vie! Pour lui, il est bien plus sensible aux maux physiques qu’aux douleurs morales, et cependant il commence à s’habituer à sa cruelle maladie qui lui offre cet avantage de le mieux familiariser avec la mort (Mécène, Tamerlan et les lépreux, Antisthène et Diogène), 23.—Il n’est point de ceux qui réprouvent que l’on témoigne par des plaintes et des cris les souffrances que l’on ressent, quoiqu’il arrive à assez bien se contenir, et que, même dans les plus grandes douleurs, il conserve sa lucidité d’esprit, s’observe et se juge, 27.—Ce qui l’étonne et qu’il ne peut s’expliquer, ce sont ces transmissions physiques et morales, directes et indirectes, des pères, des aïeux, des bisaïeuls aux enfants (la famille des Lépides à Rome, une famille de Thèbes), 31.—Il pense tenir de son père ce mal de la pierre dont il est affecté, comme aussi il a hérité de lui de son antipathie pour la médecine, 31.—Motif du peu d’estime en laquelle il tient cette science, elle fait plus de malades qu’elle n’en guérit, 35.—La plupart des peuples, les Romains entre autres, ont longtemps existé sans connaître la médecine (les Romains, Caton le Censeur, les Arcadiens, les Libyens, nos villageois), 39.—L’utilité des purgations imaginées par la médecine n’est rien moins que prouvée; sait-on du reste jamais si un remède agit en bien ou en mal et s’il n’eût pas mieux valu laisser faire la nature (un Lacédémonien, l’empereur Adrien, un lutteur et Diogène, Nicoclès), 39.—Les médecins se targuent de toutes les améliorations qu’éprouve le malade et trouvent toujours à excuser le mauvais succès de leurs ordonnances (Platon, Ésope), 41.—Loi des Égyptiens obligeant les médecins à répondre de l’efficacité du traitement de leurs malades (Esculape), 43.—Le mystère sied à la médecine; le charlatanisme qu’apportent les médecins dans la désignation et le mode d’emploi de leurs drogues, leur attitude compassée près de leurs malades en imposent; ils devraient toujours discuter à huis clos et se garder de traiter à plusieurs un même malade, ils éviteraient ainsi de déceler les contradictions qui règnent entre eux, 45.—Sur la cause même des maladies, que d’opinions diverses! 47.—Quand la médecine a commencé à être en crédit; fluctuations que, depuis cette époque, ont subies les principes sur lesquels elle repose (Hippocrate, Chrysippe, Érasistrate, Hiérophile, Asclépiade, Thémisson, Musa, Vectius Valens, Thessalus, Crinas de Marseille, Charinus, Pline l’Ancien, Paracelse, Fioraventi, Argentarius), 47.—Rien de moins certain que les médicaments qui ne font pas de bien ne font pas de mal; en outre, les méprises sont fréquentes; la chirurgie offre une bien plus grande certitude, 49.—Comment ajouter foi à des médicaments complexes, composés en vue d’effets différents, souvent contraires, devant se produire simultanément sur divers de nos organes? 53.—Chaque maladie devrait être traitée par un médecin distinct qui s’en serait spécialement occupé (les Égyptiens), 55.—Faiblesse et incertitude des raisonnements sur lesquels est fondé l’art de la médecine: l’un condamne ce que l’autre approuve, 55.—Quoique Montaigne n’ait confiance en aucun remède, il reconnaît que les bains sont utiles, peut-être aussi les eaux thermales; diversité dans les modes d’emploi de ces eaux (sources minérales en France, en Allemagne, en Italie), 57.—Conte assez plaisant contre les gens de loi et les médecins (les habitants du pays de Lahontan), 61.—Autre conte sur la médecine (un bouc nourri d’herbes apéritives et de vin blanc), 63.—Ce n’est que leur science que Montaigne attaque chez les médecins et non eux, pour lesquels il a la même estime que pour les gens de n’importe quelle autre profession; limite dans laquelle il se confie à eux; combien au surplus ne font pas, pour eux-mêmes, usage des drogues qu’ils prescrivent à autrui (Lycurgue, un gentilhomme gascon), 65.—C’est la crainte de la douleur, de la mort, qui fait qu’on se livre communément aux médecins (les Babyloniens, les Égyptiens), 67.—Sur quoi, du reste, la connaissance que les médecins prétendent avoir de l’efficacité de leurs remèdes est-elle fondée (Galien)? 69.—Insertion d’une lettre de Montaigne à Madame de Duras. Elle lui a entendu exposer ses idées sur la médecine, elle les retrouvera dans son ouvrage où il se peint tel qu’il est, ne voulant pas paraître après lui autre qu’il n’était de son vivant, se souciant peu de ce que, lui mort, on en pourra penser (Tibère), 71.—S’il a parlé si mal de la médecine, ce n’a été qu’à l’exemple de Pline et de Celse, les seuls médecins de Rome ancienne qui aient écrit sur leur art, 75.—Il se peut que lui-même en arrive à se remettre entre les mains des médecins; c’est qu’alors, comme tant d’autres, il sera gravement atteint et ne sera plus en possession de la plénitude de ses facultés; au surplus, sur ce sujet comme sur toutes autres choses, Montaigne admet fort bien que tout le monde ne soit pas de son avis (Périclès), 75.
De ce qui est utile et de ce qui est honnête, III, 79.—La perfidie est si odieuse que les hommes les plus méchants ont parfois refusé de l’employer, même quand ils y avaient intérêt (Tibère et Arminius), 79.—L’imperfection de la nature humaine est si grande que des vices et des passions très blâmables, sont souvent nécessaires à l’existence de la société; c’est ainsi que la justice recourt quelquefois et bien à tort à de fausses promesses, pour obtenir des aveux, 79.—Dans le peu d’affaires politiques auxquelles Montaigne a été mêlé, il a toujours cru devoir se montrer franc et consciencieux (Hypéride et les Athéniens, Atticus), 81.—Quelque danger qu’il y ait à prendre parti dans les troubles intérieurs, il n’est ni beau, ni honnête de rester neutre (Gélon tyran de Syracuse, Morvillers évêque d’Orléans), 85.—Quel que soit le parti que l’on embrasse, la modération est à observer à l’égard des uns comme vis-à-vis des autres, 87.—Il est des gens qui servent les deux partis à la fois; ils sont à utiliser, tout en se gardant du mal qu’ils peuvent vous faire, 87.—Quant à Montaigne, il disait à tous les choses telles qu’il les pensait, et se contentait de ce qu’on lui communiquait sans chercher à pénétrer les secrets de personne, ne voulant du reste être l’homme lige de qui que ce fût (Philippide et Lysimaque), 87.—Cette manière de faire n’est pas celle que l’on pratique d’ordinaire, mais il était peu apte aux affaires publiques qui exigent souvent une dissimulation qui n’est pas dans son caractère, 89.—Il y a une justice naturelle, bien plus parfaite que les justices spéciales à chaque nation, que chacune a créées à son usage et qui autorisent parfois des actes condamnables lorsque le résultat doit en être utile (l’indien Dendamis), 91.—La trahison, par exemple, est utile dans quelques cas, elle n’en est pas plus honnête; ceux qui s’y prêtent en sont flétris et on ne saurait vous imposer d’en commettre (deux compétiteurs au royaume de Thrace, l’empereur Tibère et Pomponius Flaccus, les Lacédémoniens et Antipater, les rois d’Égypte et leurs juges), 93.—Si elle est excusable, ce n’est qu’opposée à une autre trahison sans que pour cela le traître cesse d’être méprisé; parfois il est puni par ceux-là mêmes qu’il a servis (Fabricius et le médecin de Pyrrhus, Jarolepc duc de Russie, Antigone et les soldats d’Eumène, l’esclave de Sulpitius, Clovis, Mahomet II, la fille de Séjan), 95.—Ceux qui consentent à être les bourreaux de leurs parents et de leurs compagnons encourent la réprobation publique (Witolde, prince de Lithuanie), 99.—Les princes sont quelquefois dans la nécessité de manquer à leur parole; ils ne sont excusables que s’ils se sont trouvés dans l’impossibilité absolue d’assurer autrement les intérêts publics dont ils ont charge, 99.—Comment le Sénat de Corinthe s’en remit à la Fortune, du jugement qu’il avait à porter sur Timoléon qui venait de tuer son propre frère, 101.—Acte inexcusable du Sénat romain revenant sur un traité qu’il avait ratifié, revirement fréquent dans les guerres civiles, 101.—L’intérêt privé ne doit jamais prévaloir sur la foi donnée; ce n’est que si on s’est engagé à quelque chose d’inique ou de criminel, que l’on peut manquer à sa parole, 103.—Chez Épaminondas, l’esprit de justice et la délicatesse de sentiments ont toujours été prédominants; son exemple montre qu’ils sont compatibles avec les rigueurs de la guerre et qu’il est des actes qu’un homme ne peut se permettre même pour le service de son roi, non plus que pour le bien de son pays (Pompée, César, Marius, un soldat de Pompée, un autre à une époque un peu postérieure), 103.—En résumé, l’utilité d’une action ne la rend pas honorable, 107.
Du repentir, III, 107.—Avant d’entrer en matière, Montaigne jette un regard sur lui-même et expose que, si la peinture qu’il fait de lui dans son ouvrage ne le représente pas constamment avec les mêmes idées, c’est qu’il se peint au jour le jour et que rien n’est stable en ce monde; il change, parce que tout change (Demade), 107.—Quoique sa vie n’offre rien de particulier, l’étude qu’il en fait, n’en a pas moins son utilité, étant donné que c’est un homme qu’il dépeint, et non un grammairien, un poète ou un jurisconsulte; que jamais auteur n’a traité un sujet qu’il possédait mieux, et qu’il ne veut que raconter et non enseigner, 109.—Tout vice laisse dans l’âme une plaie qui tourmente sans cesse; une bonne conscience procure, au contraire, une satisfaction durable; c’est ce qui fait que Montaigne se félicite de n’avoir, malgré la contagion de son siècle, causé ni la ruine ni l’affliction de personne, de n’avoir pas attenté publiquement aux lois, ni manqué à sa parole, 111.—Chacun devrait être son propre juge, les autres n’ont qu’une fausse mesure de nous-mêmes; ce n’est pas nous qu’ils voient, mais ce qu’ils croient deviner de nous sous le masque dont nous nous couvrons, 113.—Le repentir est, dit-on, la suite inévitable d’une faute; cela n’est pas exact pour les vices enracinés en nous, 115.—La vie extérieure d’un homme n’est pas sa vie réelle, il n’est lui-même que dans sa vie privée; aussi combien peu font l’admiration de ceux qui vivent constamment dans leur intérieur et même dans leur voisinage immédiat. C’est surtout chez les hommes de condition sociale peu élevée, que la grandeur d’âme se manifeste (Bias, Livius Drusus, Agésilas, Montaigne, Aristote, Alexandre et Socrate, Tamerlan, Érasme), 115.—Les inclinations naturelles, les longues habitudes se développent, mais ne se modifient ni ne se surmontent par l’éducation; aussi ceux qui entreprennent de réformer les mœurs, se trompent-ils en croyant y arriver: ils n’en changent que l’apparence, 121.—Les hommes en général, même dans leur repentir, ne s’amendent pas réellement; s’ils cherchent à être autres, c’est parce qu’ils espèrent s’en trouver mieux; pour lui, son jugement a toujours dirigé sa conscience (un paysan de l’Armagnac), 121.—Aussi ne se repent-il aucunement de sa vie passée; dans la gestion de ses propres affaires, il a pu commettre des erreurs importantes: c’est à la fortune, et non à son jugement, qu’il en impute la faute, 125.—Les conseils sont indépendants des événements; lui-même en demandait peu et n’en tenait guère compte; d’autre part, il en donnait rarement. Une fois une affaire finie, il se tourmentait peu de la tournure qu’elle avait prise, lors même qu’elle était contraire à ses désirs ou à ses prévisions (Phocion), 129.—On ne saurait appeler repentir les changements que l’âge apporte dans notre manière de voir et par suite dans notre conduite; la sagesse des vieillards n’est que de l’impuissance; ils raisonnent autrement, et peut-être moins sensément que dans la vigueur de l’âge (Antisthène), 131.—Il faut donc s’observer dans la vieillesse pour éviter, autant que possible, les imperfections qu’elle apporte avec elle (Socrate), 133.
De la société des hommes, des femmes et de celle des livres, III, 137.—La diversité des occupations est un des caractères principaux de l’âme humaine; le commerce des livres est de ceux qui la distraient (Caton l’Ancien), 137.—Pour Montaigne, son occupation favorite était de méditer sur lui-même; par la lecture, il ajoutait à ses sujets de méditation; il se plaisait aussi aux conversations sérieuses, sans bannir toutefois les sujets ayant de la grâce et de la beauté; les entretiens frivoles n’étaient pour lui d’aucun intérêt (Aristote), 137.—Peu porté à se lier, il apportait beaucoup de circonspection dans ces amitiés de rencontre qu’engendre la vie journalière; cette réserve, commandée aussi par le mauvais esprit du temps, n’a pas été sans indisposer beaucoup de personnes contre lui; par contre, assoiffé d’amitié vraie, il se livrait sans restriction s’il venait à se rencontrer avec quelqu’un répondant à son idéal (Socrate, Plutarque), 139.—Il est utile de savoir s’entretenir familièrement avec toutes sortes de gens et il faut se mettre au niveau de ceux avec lesquels on converse; aussi n’aime-t-il pas les personnes au langage prétentieux (Platon, les Lacédémoniens), 141.—Cette sorte de langage est un défaut fréquent chez les savants et qui lui fait fuir les femmes savantes; que la femme ne se contente-t-elle de ses dons naturels; si, cependant, elle veut étudier, qu’elle cultive la poésie, l’histoire et ce qui, en fait de philosophie, peut l’aider à supporter les peines de la vie, 143.—Montaigne, de caractère ouvert et exubérant, s’isolait volontiers autant par la pensée au milieu des foules, à la cour par exemple, que d’une manière effective, chez lui, où on était affranchi de toutes les contraintes superflues qu’impose la civilité, 145.—Dans le monde, il recherchait la société des gens à l’esprit juste et sage, lesquels sont bien plus rares qu’on ne croit; nature des conversations qu’il avait avec eux. C’est là ce que finalement il appelle son premier commerce (Hippomachus), 147.—Le commerce avec les femmes vient en second lieu; il a sa douceur, mais aussi ses dangers; les sens y jouent un grand rôle; Montaigne voudrait que de part et d’autre on y apportât de la sincérité, à cet égard l’homme est au-dessous de la brute (les filles des Brahmanes), 149.—Idée qu’il donne de ses amours; les grâces du corps, en pareil cas, l’emportent sur celles de l’esprit bien que celles-ci y aient aussi leur prix (l’empereur Tibère, la courtisane Flora), 153.—Un troisième commerce dont l’homme a la disposition, est celui des livres; c’est le plus sûr, le seul qui ne dépende pas d’autrui; les livres consolent Montaigne dans sa vieillesse et dans la solitude (Jacques roi de Naples et de Sicile), 153.—Sa bibliothèque est son lieu de retraite de prédilection; description qu’il en donne, 155.—Les Muses sont le délassement de l’esprit. Dans sa jeunesse, Montaigne étudiait pour briller; dans l’âge mûr, pour devenir plus sage; devenu vieux, il étudie pour se distraire, 159.—Mais le commerce des livres a, lui aussi, des inconvénients; il n’exerce pas le corps: de ce fait, dans la vieillesse, il est préjudiciable à la santé, 159.
De la diversion, III, 159.—C’est par la diversion qu’on parvient à calmer les douleurs vives. On console mal par le raisonnement; il faut distraire l’esprit, appeler son attention sur d’autres objets, mais l’effet en est de courte durée (Cléanthe, les Péripatéticiens, Chrysippe, Épicure, Cicéron), 159.—A la guerre, la diversion se pratique utilement pour éloigner d’un pays un ennemi qui l’a envahi, pour gagner du temps (Périclès, le sieur d’Himbercourt, Atalante et Hippomène), 161.—C’est aussi un excellent remède dans les maladies de l’âme, par elle on rend moins amers nos derniers moments; Socrate est le seul qui, dans l’attente de la mort, sans cesser de s’en entretenir, ait constamment, durant un long espace de temps, gardé la plus parfaite sérénité (les disciples d’Hégésias et le roi Ptolémée), 165.—Chez les condamnés à mort, la dévotion devient une diversion à leur terreur, 165.—Fermeté, lors de son exécution, de Subrius Flavius condamné à mort, 167.—Sur un champ de bataille, dans un duel, l’idée de la mort est absente de la pensée des combattants (L. Silanus), 167.—Dans les plus cruelles calamités, nombre de considérations rendent notre situation moins pénible; sommes-nous menacés d’une mort prochaine, l’espérance d’une vie meilleure, le succès de nos enfants, la gloire future de notre nom, l’espoir que nous serons vengés, etc., tout se présente à notre esprit, l’occupe et le distrait (Didon, Ariane, Xénophon, Épicure, Épaminondas, Zénon), 167.—Moyen de dissiper un ardent désir de vengeance, 169.—C’est encore par la diversion qu’on se guérit de l’amour, comme de toute autre passion malheureuse; par elle, le temps, qui calme tout, exerce son action, 169.—De même en détournant l’attention, on fait tomber un bruit public qui vous offense (Alcibiade), 171.—Un rien suffit pour attirer et détourner notre esprit; en présence même de la mort, les objets les plus frivoles entretiennent en nous le regret de la vie (Plutarque, la robe de César, Tibère), 173.—L’orateur et le comédien en arrivent souvent à ressentir en réalité les sentiments qu’ils expriment dans le plaidoyer qu’ils débitent ou le rôle qu’ils jouent (les pleureuses, le convoi de M. de Grammont, Quintilien), 175.—Singulier moyen que nous mettons en œuvre pour faire diversion à la douleur que nos deuils peuvent nous causer, 177.—Nous nous laissons souvent influencer par de purs effets d’imagination; parfois, il n’en faut pas davantage pour nous porter aux pires résolutions (Cambyse, Aristodème, Midas, Prométhée), 177.
A propos de quelques vers de Virgile, III, 179.—La vieillesse est si naturellement portée vers les idées tristes et sérieuses que, pour se distraire, elle a besoin de se livrer quelquefois à des actes de gaîté; à l’âge où il est parvenu, Montaigne se défend de la tempérance comme il se défendait autrefois de la volupté, 179.—Aussi saisit-il avidement toutes les occasions de goûter quelque plaisir et pense qu’il vaut mieux être moins longtemps vieux, que vieux avant de l’être (Platon), 181.—Ce qu’il y a de pire, dans la vieillesse, c’est que l’esprit se ressent des souffrances et de l’affaiblissement du corps, 185.—La santé, la vigueur physique font éclore les grandes conceptions de l’esprit; la sagesse n’a que faire d’une trop grande austérité de mœurs, elle est par essence gaie et sociable (Platon, Socrate, Crassus), 185.—Ceux qui se blessent de la licence des écrits de Montaigne devraient bien plutôt blâmer celle de leurs pensées. Pour lui, il ose dire tout ce qu’il ose faire et regrette que tout ce qu’il pense ne puisse de même être publié; il est du reste à présumer que la confession qu’il fait de ses fautes, aura peu d’imitateurs (Thalès, Origène, Ariston), 187.—Ce que les hommes craignent le plus, c’est qu’une occasion quelconque mette leurs mœurs à découvert; et pourtant, comment un homme peut-il être satisfait d’être estimé, honoré, lorsqu’il sait qu’il ne mérite ni l’estime, ni la vénération? Montaigne, qui va maintenant entrer dans le vif de son sujet, appréhende que ce chapitre des Essais ne fasse passer son livre du salon de ces dames dans leur boudoir (Archélaüs, Socrate), 191.—Comment se fait-il que l’acte par lequel se perpétue le genre humain, paraisse si honteux qu’on n’ose le nommer? Il est vrai que si on tait son nom, il n’en est pas moins connu de tout sexe (Aristote, Plutarque, Lucrèce), 193.—Pourquoi avoir voulu brouiller les Muses avec Vénus? Rien n’inspire plus les poètes que l’amour, et rien ne peint mieux ses transports que la poésie; pour s’en convaincre, il ne faut que lire les vers où Virgile décrit avec tant de chaleur une entrevue amoureuse de Vénus avec Vulcain, 193.—Le mariage diffère de l’amour; c’est un marché grave, dicté par la raison, que l’on contracte en vue de la postérité; les extravagances amoureuses doivent en être bannies; au surplus, les mariages auxquels l’amour a seul présidé, ont, plus que tous autres, tendance à mal tourner (Aristote), 195.—L’amour ne fait pas partie intégrante du mariage, pas plus que la vertu n’est d’une façon absolue liée à la noblesse. Digression sur le rang en lequel sont tenus les nobles dans le royaume de Calicut (Antigone), 195.—Un bon mariage, s’il en existe, est une union faite d’amitié et de confiance, qui impose des devoirs et des obligations mutuelles; il n’est pas d’état plus heureux dans la société humaine (Socrate), 199.—Montaigne répugnait beaucoup à se marier, cependant il s’est laissé assujettir par l’exemple et les usages à ce commun devoir; et, tout licencieux qu’on le croit, il a mieux observé les lois du mariage qu’il ne l’avait promis et espéré. Ceux-là ont grand tort qui s’y engagent sans être résolus à s’y comporter de même, 201.—Différence entre le mariage et l’amour; une femme peut céder à un homme, dont elle ne voudrait pas pour mari (Virgile, Isocrate, Lycurgue, Platon), 203.—Nos lois sont trop sévères envers les femmes, on voit qu’elles ont été faites par les hommes. Nous voulons qu’elles maîtrisent leurs désirs plus ardents encore que les nôtres, que nous n’essayons même pas de modérer (Isocrate, Tirésias, Proculus et Messaline, une femme de Catalogne et la reine d’Aragon, Solon), 205.—Il n’y a pas de passion plus impérieuse, et nous nous opposons à ce qu’elles en tempèrent les effets ou reçoivent entière satisfaction; épousent-elles un jeune homme, cela ne l’empêche pas d’avoir des maîtresses; un vieillard, c’est comme si elles restaient vierges (le philosophe Polémon, la vestale Clodia Læta, Boleslas roi de Pologne et Kinge sa femme), 209.—L’éducation qu’on donne aux jeunes filles, tout opposée à ce qu’on exige d’elles, éveille constamment en elles ce sentiment: elles n’entendent parler que d’amour; ce qu’on leur en cache, souvent maladroitement, elles le devinent; aussi, leur imagination aidant, en savent-elles plus que nous qui prétendons les instruire, et Boccace et l’Arétin n’ont rien à leur apprendre (la fille de Montaigne), 209.—Du reste c’est l’amour, c’est l’union des sexes qui sont la grande affaire de ce monde; aussi ne faut-il pas s’étonner si les plus grands philosophes ont écrit sur ce sujet (Socrate, Zénon, Straton, Théophraste, Aristippe, Platon, Démétrius de Phalère, Héraclide du Pont, Antisthène, Ariston, Cléanthe, Sphereus, Chrysippe, l’école d’Épicure), 211.—Dans l’antiquité, les organes de la génération étaient déifiés; aujourd’hui, comme alors, tout du fait de l’homme comme de celui de la nature, rappelle constamment l’amour aux yeux de tous (à Babylone, dans l’île de Chypre, à Héliopolis, les Égyptiennes, les matrones de Rome, la chaussure des Suisses, les costumes des hommes et des femmes chez nous et ailleurs, un pape), 213.—Mieux vaudrait renseigner de bonne heure la femme sur les choses de l’amour, que de lui en faire mystère et de laisser son imagination travailler, ce qui la porte notamment à des exagérations qui aboutissent à des déconvenues lorsqu’elle est en présence de la réalité; en somme, dans toutes les règles qu’il a édictées, l’homme n’a eu que lui-même en vue (Platon, les femmes de l’Inde, Livie, les Lacédémoniennes, S. Augustin), 215.—Il est bien difficile, dans l’état actuel de nos mœurs, qu’une femme demeure toujours chaste et fidèle (S. Jérôme), 217.—Elles n’en ont que plus de mérite, lorsqu’elles parviennent à se maintenir sages; mais ce n’est pas en se montrant prudes et revêches qu’elles feront croire à leur vertu. Ce à quoi elles doivent s’appliquer, c’est à conserver leur réputation, ou, si elles l’ont perdue, à la rétablir. L’indiscrétion des hommes est un grand tourment pour elles, 219.—La jalousie est une passion inique dont elles ont également à souffrir, etc.; le préjugé qui nous fait considérer comme une honte l’infidélité de la femme n’est pas plus raisonnable. Que de grands hommes se sont consolés de cet accident; les dieux du paganisme, Vulcain entre autres, ne s’en alarmaient pas. Chez la femme, la jalousie est encore plus terrible que chez l’homme; elle pervertit en elle tout ce qu’il y a de bon et de beau et la rend susceptible des pires méfaits (le berger Chratis, Lucullus, César, Pompée, Antoine, Caton, Lépide, Vulcain et Vénus, Octave et Paulia Posthumia), 223.—La chasteté est-elle chez la femme une question de volonté? Pour réussir auprès d’elle, tout dépend des occasions et il faut savoir oser (Montaigne était de ceux qui n’osent guère); celles qui se prétendent sûres d’elles-mêmes, ou n’ont pas été exposées à la tentation, ou se vantent; du reste ce que nous entendons leur interdire à cet égard, est mal défini et peut se produire parfois inconsciemment (les femmes Scythes, Fatua femme de Faustus, la femme de Hiéron), 227.—C’est d’après l’intention qu’il faut juger si la femme manque, ou non, à son devoir; qu’a-t-on à blâmer chez celle qui se prostitue pour sauver son mari? à celle qui a été livrée au libertinage avant l’âge d’avoir pleine connaissance? et puis, quel profit retirons-nous de prendre trop de souci de la sagesse de nos femmes (Phaulius d’Argos et le roi Philippe, Galba et Mécène, les femmes de l’Inde, le philosophe Phédon, Solon)? 231.—Il vaut mieux ignorer que connaître leur mauvaise conduite; un honnête homme n’en est pas moins estimé parce que sa femme le trompe. C’est là un mal qu’il faut garder secret, mais c’est là un conseil qu’une femme jalouse ne saurait admettre, tant cette passion, qui l’amène à rendre la vie intolérable à son mari, la domine une fois qu’elle s’est emparée d’elle (Pittacus, le sénat de Marseille), 233.—Un mari ne gagne rien à user de trop de contrainte envers sa femme; toute gêne aiguise les désirs de la femme et ceux de ses poursuivants (un hôte de Flaminius, Messaline et Claude), 237.—Lucrèce a peint les amours de Vénus et de Mars avec des couleurs plus naturelles que Virgile décrivant les rapports matrimoniaux de Vénus et de Vulcain; quelle vigueur dans ces deux tableaux si expressifs! Caractère de la véritable éloquence; enrichir et perfectionner leur langue est le propre des bons écrivains; quelle différence entre ceux des temps anciens et ceux du siècle de Montaigne (Virgile, Lucrèce, Gallus, Horace, Plutarque, Ronsard et la Pléiade), 239.—La langue française, en l’état, se prête mal, parce qu’on ne sait pas en user, à rendre les idées dont l’expression comporte de l’originalité et de la vigueur; ce qui fait qu’on a souvent recours à l’aide du latin et du grec, alors qu’on en pourrait tirer davantage. On apporte également trop d’art dans le langage employé dans les questions de science (Léon l’Hébreu, Ficin, Aristote, Bambo, Équicola), 243.—Montaigne aimait, quand il écrivait, à s’isoler et à se passer de livres pour ne pas se laisser influencer par les conseils et par ses lectures; il ne faisait exception que pour Plutarque (un peintre, le musicien Antigenide), 245.—Il a grande tendance à imiter les écrivains dont il lit les ouvrages, aussi traite-t-il de préférence des sujets qui ne l’ont pas encore été; n’importe lequel, un rien lui suffit (des singes et Alexandre, Socrate, Zénon et Pythagore), 247.—Les idées les plus profondes, comme les plus folles, lui viennent à l’improviste, surtout lorsqu’il est à cheval; le souvenir qu’il en conserve est des plus fugitifs, 249.—Revenant à son sujet principal, Montaigne estime que l’amour n’est autre que le désir d’une jouissance physique; et, considérant ce que l’acte lui-même a de ridicule, il est tenté de croire que les dieux ont voulu par là apparier les sages et les fous, les hommes et les bêtes (Socrate, Platon, Alexandre), 249.—D’autre part, pourquoi regarder comme honteuse une action si utile, commandée par la nature? On se cache et on se confine pour construire un homme; pour le détruire, on recherche le grand jour et de vastes espaces (les Esséniens, les Athéniens), 251.—N’y a-t-il pas des hommes, et même des peuples, qui se cachent pour manger? chez les Turcs, des fanatiques qui se défigurent? un peu partout des hommes qui s’isolent de l’humanité? On abandonne les lois de la nature, pour suivre celles plus ou moins fantasques des préjugés, 253.—Parler discrètement de l’amour, comme l’ont fait Virgile et Lucrèce, c’est lui donner plus de piquant; ainsi font les femmes qui cachent leurs appâts pour les rendre plus attrayants; et les prêtres, leurs dieux pour leur donner plus de lustre (Virgile, Lucrèce, Ovide, Martial), 255.—L’amour, tel que le pratiquent les Espagnols et les Italiens, plus respectueux et plus timide que chez les Français, plaît à Montaigne; il en aime les préambules; celui qui ne trouve de jouissance que dans la jouissance n’est pas de son école. Le pouvoir de la femme prend fin, dès l’instant qu’elle est à nous (Thrasonide), 257.—La coutume d’embrasser les femmes lorsqu’on les salue, lui déplaît, c’est profaner le baiser; les hommes eux-mêmes n’y gagnent pas: pour trois belles qu’ils embrassent il leur en faut embrasser cinquante laides (Socrate), 259.—Il approuve que, même avec des courtisanes, on cherche à gagner leur affection afin de ne pas avoir que leur corps seulement (les Italiens, la Vénus de Praxitèle, un Égyptien, Périandre, la Lune et Endymion), 259.—Les femmes sont plus belles, les hommes ont plus d’esprit en Italie qu’en France; mais nous avons autant de femmes d’exquise beauté et d’hommes supérieurs que les Italiens. La femme mariée est, chez eux, trop étroitement tenue, ce qui est d’aussi fâcheuse conséquence que de leur laisser trop de licence, 261.—Il est de l’intérêt de la femme d’être modeste et d’avoir de la retenue; même n’étant pas sages, elles sauvegardent de la sorte leur réputation; la nature d’ailleurs les a faites pour se refuser, du moins en apparence, car elles sont toujours prêtes; par ces refus, elles excitent beaucoup plus l’homme (les Sarmates, Aristippe, Thalestris et Alexandre), 265.—Il y a de l’injustice à blâmer l’inconstance de la femme; rien de violent ne peut durer et, par essence, l’amour est violent; d’autre part, c’est une passion qui n’est jamais assouvie, il ne faut donc pas leur savoir mauvais gré si, après nous avoir acceptés, s’apercevant que nos facultés, notre mérite ne sont pas ce qu’elles attendaient de nous, elles se pourvoient ailleurs (la reine Jeanne de Naples, Platon), 265.—Quand l’âge nous atteint, ne nous abusons pas sur ce dont nous sommes encore capables, et ne nous exposons pas à être dédaignés, 267.—Montaigne reconnaît la licence de son style, mais il tient à ce que son livre soit une peinture exacte de lui-même; et, bien qu’aimant la modestie, il est obligé par les mœurs de son temps à une grande liberté de langage qu’il est le premier à regretter (Théodore de Bèze, Saint-Gelais), 269.—Il est injuste d’abuser du pouvoir que les femmes nous donnent sur elles en nous cédant; à cet égard, il n’a rien à se reprocher: il tenait religieusement les engagements pris avec elles, en observait toutes les conditions, souvent au delà et plus même qu’elles n’eussent voulu, 273.—Même dans ses plus vifs transports, il conservait sa raison. Il estime qu’en pareille matière, la modération doit être de règle; tant qu’on reste maître de soi et que ses forces ne sont point altérées, on peut s’abandonner à l’amour; quand viennent les ans, l’imagination, substituée à la réalité, nous ranime encore (le philosophe Panetius, Agésilas, Anacréon, Socrate), 275.—Dans l’usage des plaisirs, l’esprit et le corps doivent s’entendre et s’entr’aider pour que chacun y participe dans la mesure où cela lui est possible, comme il arrive de la douleur, 279.—L’amour chez le vieillard que n’a pas encore atteint la décrépitude, ranimerait le corps, obligerait à en prendre plus de soin, ragaillardirait l’esprit, ferait diversion aux tristesses et aux chagrins de toutes sortes qui l’assaillent; mais il ne saurait exiger un amour réciproque; surtout qu’il ne s’adresse pas à des femmes hors d’âge. A dire vrai, l’amour sans limites ne convient qu’à la première jeunesse (Bion, Cyrus, Ménon, l’empereur Galba, Ovide, Emonès de Chio et le philosophe Arcésilas, Horace, Homère, Platon, la reine Marguerite de Navarre, Saint Jérôme), 281.—On voit souvent les femmes sembler faire de l’amour une question de sentiment et dédaigner la satisfaction que les sens peuvent y trouver, 285.—En somme, hommes et femmes ont été pétris dans le même moule, et un sexe n’est guère en droit de critiquer l’autre (Platon, Antisthène), 287.
Des coches, III, 287.—Différence des opinions des philosophes sur les causes et les origines de divers usages et accidents, par exemple sur l’habitude de dire: «Dieu vous bénisse!» à qui éternue, sur le mal de mer; digression sur la peur (Plutarque, Montaigne, Socrate, Épicure), 287.—Variété d’emploi des chars à la guerre; usage qui en a été fait pendant la paix, par nos premiers rois, par divers empereurs romains (les Hongrois et les Turcs, les rois fainéants, Marc-Antoine, Héliogabale, l’empereur Firmus), 293.—En général, les souverains ont grand tort de se livrer à des dépenses de luxe pour se montrer avec plus d’apparat, donner des fêtes au lieu d’employer leurs trésors à élever des monuments et des établissements utiles; ces prodigalités sont mal vues des peuples qui estiment, avec raison, qu’elles sont faites à leurs dépens (Isocrate, Démosthène, Théophraste, Aristote, le pape Grégoire XIII, la reine Catherine, l’empereur Galba), 295.—Un roi, en effet, ne possède rien, ou ne doit rien posséder en propre et il se doit tout entier à son peuple; une sage économie et la justice doivent présider à ses libéralités d’autant que, quoi qu’il fasse, il lui sera toujours impossible de satisfaire l’avidité de ses sujets (Denys le Tyran, Cyrus et Crésus), 297.—On pouvait à Rome excuser la pompe des spectacles, tant que ce furent des particuliers qui en faisaient les frais, mais non quand ce furent les empereurs, parce que c’était alors les deniers publics qui en supportaient la dépense (Philippe père d’Alexandre), 301.—Description de ces magnifiques et étranges spectacles; ce que l’on en doit le plus admirer, c’est moins leur magnificence que l’invention et les moyens d’exécution; nous y voyons combien les arts, que nous croyons arrivés chez nous à la perfection, sont moins avancés que chez les anciens; l’artillerie et l’imprimerie qui viennent d’apparaître chez nous, étaient connues depuis mille ans en Chine (l’empereur Probus, Solon et les prêtres égyptiens), 301.—Un nouveau monde vient d’être découvert; ses habitants sont gens simples, moins corrompus que nous, ayant du bon sens; des arts leur sont absolument inconnus, d’autres, à en juger par certaines de leurs œuvres, ne le cèdent en rien à ce que nous-mêmes pouvons produire, 307.—Pour ce qui est de leur courage, il n’est pas douteux que, s’ils ont succombé, c’est beaucoup plus par ruse et par surprise que du fait de la valeur de leurs ennemis, 309.—Tout autre eût été le sort de ces peuples s’ils étaient tombés entre les mains de conquérants plus humains et policés comme étaient les anciens Grecs et Romains; les réponses que firent certains d’entre eux à leurs envahisseurs se présentant pour pénétrer chez eux, témoignent de leur mansuétude et de leur bon sens, 311.—Mauvaise foi et barbarie des Espagnols à l’égard des derniers rois du Pérou et de Mexico; horrible autodafé qu’ils firent un jour de leurs prisonniers de guerre, conduite odieuse que la Providence n’a pas laissée impunie, 313.—L’or, par lui-même, n’est pas une richesse, il ne le devient que s’il est mis en circulation, 317.—Les Mexicains croyaient à cinq âges du monde, et pensaient se trouver dans le dernier quand les Espagnols vinrent les exterminer, 319.—La route de Quito à Cusco, au Pérou, surpasse sous tous rapports n’importe quel ouvrage qui ait été exécuté en Grèce, à Rome et en Égypte, 319.—Pour en revenir aux coches, ils étaient inconnus dans le Nouveau Monde; le dernier roi du Pérou était, au milieu de la mêlée, porté sur une chaise d’or élevée sur des brancards d’or, lorsqu’il fut fait prisonnier par les Espagnols, 321.
Des inconvénients des grandeurs, III, 321.—Qui connaît les grandeurs et leurs incommodités, peut les fuir sans beaucoup d’efforts ni grand mérite, 321.—Montaigne n’a jamais souhaité des postes très élevés; bien différent de César, il préférait être le deuxième ou le troisième dans sa ville, que le premier à Paris; une vie douce et tranquille lui convient bien mieux qu’une vie agitée et glorieuse; il ne voudrait ni commander ni obéir, si ce n’est aux lois (Thorius Baldus et Regulus, Otanez), 323.—Il est très porté à excuser les fautes des rois, parce que leur métier est des plus difficiles; leur toute-puissance est une prérogative dangereuse; on leur cède en tout, ils n’ont jamais la satisfaction de la difficulté vaincue (deux auteurs écossais, Brisson et Alexandre, Carnéade, Homère et Vénus), 325.—Leurs talents et leurs vertus ne peuvent se manifester, parce que ceux qui les entourent se sont fait une règle de louer indifféremment toutes leurs actions et qu’ils leur cachent leurs défauts de crainte de les offenser. Comment dans ces conditions s’étonner qu’ils commettent tant de fautes; ce sont leurs flatteurs, cause de ce mal, qui seraient à punir (Tibère et le Sénat Romain; les courtisans d’Alexandre, de Denys, de Mithridate, le philosophe Favorinus et l’empereur Adrien, Pollion et Auguste; Philoxène, Platon et Denys), 329.
Sur l’art de la conversation, III, 331.—En punissant les coupables, la justice ne saurait avoir qu’un but: empêcher les autres hommes de commettre les mêmes fautes; c’est ainsi que l’aveu que Montaigne fait de ses erreurs, doit servir à corriger les autres (Platon, Caton, un joueur de lyre), 331.—Mais où l’esprit se forme le plus c’est, selon notre moraliste, dans la conversation; cet exercice lui paraît plus instructif encore que l’étude dans les livres, 333.—On y apprend à supporter la sottise, la contradiction et la critique. Sur le premier point, Montaigne connaissant la faiblesse de l’esprit humain, écoutait patiemment les propositions les plus absurdes, les opinions les plus folles, 335.—La contradiction éveille l’esprit et aide parfois à la découverte de la vérité, mais il faut qu’elle ait lieu en termes courtois. La critique est susceptible de nous corriger, mais il faut être de bonne foi et savoir l’accepter, ce qui n’est pas donné à tout le monde (Socrate, Antisthène), 335.—Dans les conversations, la subtilité et la force des arguments importent moins que l’ordre; le vulgaire en met souvent dans ses discussions plus que les philosophes et les savants; les conversations sans méthode, sans ordre, dégénèrent vite en dispute; et, pour ce qui est de discuter avec un sot, il ne faut absolument pas s’y prêter, 339.—Les disputes devraient être interdites; quand on en arrive là, chacun, sous l’empire de l’irritation, y perd la notion de ce qui est raisonnable; on se quitte ennemis, sans avoir fait faire un pas à la question (Platon), 341.—L’attitude des gens de science, l’usage qu’ils en font, laissent souvent à désirer; suivant qui la possède, c’est un sceptre ou la marotte d’un fou, 341.—C’est l’ordre et la méthode qui donnent du prix aux conversations; la forme y importe autant que le fond; il en est de même dans notre vie familiale, où nous supportons plus aisément les fautes de nos domestiques que les mauvaises excuses que, par bêtise, ils s’entêtent à nous présenter pour les pallier (Démocrite, Alcibiade), 343.—C’est un grand défaut de ne pouvoir souffrir les sottises des autres; ne se trompe-t-on pas soi-même en les croyant des sottises; sommes-nous donc si sûrs de notre propre jugement? que de fois ce que nous reprochons aux autres, existe chez nous-mêmes (Héraclite, Myson, Platon, Socrate)! 347.—Ce qui frappe nos sens a une grande influence sur nos jugements: la gravité d’un personnage, son costume, sa situation, etc., tout cela donne du poids aux sottises qu’il débite, 349.—Parfois aussi les grands paraissent plus sots qu’ils ne sont, parce qu’en raison de leur position on attend plus d’eux que du commun des mortels; le plus souvent leur intérêt est de garder le silence, de la sorte leur ignorance ressort moins (Mégabyse et Apelle), 351.—Et pourquoi les grands seraient-ils plus éclairés que les autres? c’est le hasard qui, la plupart du temps, distribue les rangs, donne les places et il ne saurait guère en être autrement, 353.—Le succès obtenu dans les grandes affaires n’est pas une preuve d’habileté; souvent il est dû au hasard qui intervient dans toutes les actions humaines (les Carthaginois, les Romains, le persan Syramnez, Thucydide), 355.—Pour juger des grands, voyez ceux que la fortune fait tomber de leur rang élevé; comme ils paraissent au-dessous du médiocre, lorsqu’ils ne sont plus entourés d’un éclat imposant (Mélanthe et Denys, Antisthène, les Mexicains), 357.—Montaigne est porté à se défier de l’habileté d’un homme, dès lors que cet homme a une haute situation ou jouit de la faveur populaire, 359.—Il n’accepte qu’avec réserve les mots heureux de ses interlocuteurs, qui peuvent les avoir empruntés et ne pas se rendre compte eux-mêmes de leur valeur, 361.—Il se méfie également de ceux qui, dans leurs reparties, se renferment dans des généralités; il faut les amener à préciser pour savoir au juste ce qu’ils valent, 361.—Souvent les sots émettent des idées justes, mais elles ne sont pas d’eux; hors d’état d’en faire une judicieuse application, il n’y a qu’à les laisser aller, ils ne tardent pas à s’embourber (Hégésias, Cyrus), 363.—Reprendre un sot, avec l’espérance de rectifier son jugement, c’est peine perdue, 365.—Ce qu’il y a de plus déplaisant chez un sot, c’est qu’il admire toujours tout ce qu’il dit, 365.—Les causeries familières, à bâtons rompus, où on fait assaut d’esprit, ont aussi leurs charmes; les propos vifs et hardis qui s’y échangent, forment le caractère et peuvent parfois nous éclairer sur nos défauts, 367.—Les jeux de main sont à proscrire; ils dégénèrent trop souvent en voies de fait (deux princes de la famille royale), 367.—Comment Montaigne s’y prenait pour juger d’une œuvre littéraire sur laquelle l’auteur le consultait; sur les siennes, sur ses Essais, il était toujours hésitant, bien plus que lorsqu’il s’agissait de celles des autres, 367.—Un point sur lequel il faut se montrer très réservé, c’est lorsqu’on rencontre des idées qui peuvent ne pas appartenir en propre à l’auteur, sans qu’on ait de certitude à cet égard (Philippe de Commines, Tacite, Sénèque, Cicéron), 369.—Digression sur Tacite. Cet historien a relégué au second plan les faits de guerre et s’est plutôt attaché aux événements intérieurs, qu’il juge plus qu’il ne les raconte, 371.—Sa sincérité ne fait pas doute, il est du parti de l’ordre; néanmoins, il semble avoir jugé Pompée avec trop de sévérité; à propos de Tibère, Montaigne a quelque doute sur l’impeccabilité de son jugement, 371.—C’est à tort qu’il s’excuse d’avoir parlé de lui-même dans son histoire; Montaigne, lui, non seulement ne craint pas de parler de lui-même dans ses Essais, mais il ne parle que de lui et en observateur désintéressé, 373.—Caractère de Tacite à en juger par ses écrits; on ne saurait que le louer, lui et tous les historiens qui ont agi de même, d’avoir recueilli et consigné tous les faits extraordinaires et les bruits populaires (Vespasien), 375.