IL n’en est à l’auanture aucune plus expresse, que d’en escrire si
vainement. Ce que la diuinité nous en a si diuinement exprimé,
deburoit estre soigneusement et continuellement medité, par les
gens d’entendement. Qui ne voit, que i’ay pris vne route, par laquelle•
sans cesse et sans trauail, i’iray autant, qu’il y aura d’ancre
et de papier au monde? Ie ne puis tenir registre de ma vie, par mes
actions: Fortune les met trop bas: ie le tiens par mes fantasies. Si
ay-ie veu vn Gentil-homme, qui ne communiquoit sa vie, que par
les operations de son ventre. Vous voyiez chez luy, en montre, vn2
ordre de bassins de sept ou huict iours. C’estoit son estude, ses discours.
Tout autre propos luy puoit. Ce sont icy, vn peu plus ciuilement,
des excremens d’vn vieil esprit: dur tantost, tantost lasche:
et tousiours indigeste. Et quand seray-ie à bout de representer vne
continuelle agitation et mutation de mes pensees, en quelque matiere•
qu’elles tombent, puisque Diomedes remplit six mille liures,
du seul subiect de la grammaire? Que doit produire le babil, puisque
le begaiement et desnouement de la langue, estouffa le monde
d’vne si horrible charge de volumes? Tant de paroles, pour les paroles
seules. O Pythagoras, que n’esconjuras-tu cette tempeste! On3
accusoit vn Galba du temps passé, de ce qu’il viuoit oyseusement. Il
respondit, que chacun deuoit rendre raison de ses actions, non pas
de son seiour. Il se trompoit: car la iustice a cognoissance et animaduersion
aussi, sur ceux qui chaument. Mais il y deuroit auoir
quelque coërction des loix, contre les escriuains ineptes et inutiles,
comme il y a contre les vagabons et faineants. On banniroit des
mains de nostre peuple, et moy, et cent autres. Ce n’est pas moquerie.•
L’escriuaillerie semble estre quelque symptome d’vn siecle
desbordé. Quand escriuismes nous tant, que depuis que nous
sommes en trouble? quand les Romains tant, que lors de leur
ruyne? Outre-ce que l’affinement des esprits, ce n’en est pas l’assagissement,
en vne police: cet embesongnement oisif, naist de ce1
que chacun se prent laschement à l’office de sa vacation, et s’en
desbauche. La corruption du siecle se fait, par la contribution particuliere
de chacun de nous. Les vns y conferent la trahison, les
autres l’iniustice, l’irreligion, la tyrannie, l’auarice, la cruauté, selon
qu’ils sont plus puissans: les plus foibles y apportent la sottise,•
la vanité, l’oisiueté: desquels ie suis. Il semble que ce soit la saison
des choses vaines, quand les dommageables nous pressent. En
vn temps, où le meschamment faire est si commun, de ne faire
qu’inutilement, il est comme louable. Ie me console que ie seray
des derniers, sur qui il faudra mettre la main. Ce pendant qu’on2
pouruoira aux plus pressans, i’auray loy de m’amender. Car il me
semble que ce seroit contre raison, de poursuyure les menus inconuenients,
quand les grands nous infestent. Et le medecin Philotimus,
à vn qui luy presentoit le doigt à penser, auquel il recognoissoit
au visage, et à l’haleine, vn vlcere aux poulmons: Mon amy,•
fit-il, ce n’est pas à cette heure le temps de t’amuser à tes ongles.
Ie vis pourtant sur ce propos, il y a quelques annees, qu’vn personnage,
de qui i’ay la memoire en recommandation singuliere, au
milieu de nos grands maux, qu’il n’y auoit ny loy, ny iustice, ny
magistrat, qui fist son office: non plus qu’à cette heure: alla publier3
ie ne sçay quelles chetiues reformations, sur les habillemens,
la cuisine et la chicane. Ce sont amusoires dequoy on paist vn
peuple mal-mené, pour dire qu’on ne l’a pas du tout mis en oubly.
Ces autres font de mesme, qui s’arrestent à deffendre à toute instance,
des formes de parler, les dances, et les ieux, à vn peuple•
abandonné à toute sorte de vices execrables. Il n’est pas temps de
se lauer et decrasser, quand on est atteint d’vne bonne fiéure. C’est
à faire aux seuls Spartiates, de se mettre à se peigner et testonner,
sur le poinct qu’ils se vont precipiter à quelque extreme hazard de
leur vie. Quant à moy, i’ay cette autre pire coustume, que si i’ay
vn escarpin de trauers, ie laisse encores de trauers, et ma chemise
et ma cappe: ie desdaigne de m’amender à demy. Quand ie suis en
mauuais estat, ie m’acharne au mal. Ie m’abandonne par desespoir,•
et me laisse aller vers la cheute, et iette, comme lon dit, le
manche apres la coignee. Ie m’obstine à l’empirement: et ne m’estime
plus digne de mon soing. Ou tout bien ou tout mal. Ce m’est
faueur, que la desolation de cet estat, se rencontre à la desolation
de mon aage. Ie souffre plus volontiers, que mes maux en soient rechargez,1
que si mes biens en eussent esté troublez. Les paroles que
i’exprime au mal-heur, sont paroles de despit. Mon courage se herisse
au lieu de s’applatir. Et au rebours des autres, ie me trouue plus
deuost, en la bonne, qu’en la mauuaise fortune: suyuant le precepte
de Xenophon, sinon suyuant sa raison. Et fais plus volontiers les doux•
yeux au ciel, pour le remercier, que pour le requerir. I’ay plus de
soing d’augmenter la santé, quand elle me rit, que ie n’ay de la remettre,
quand ie l’ay escartee. Les prosperitez me seruent de discipline
et d’instruction, comme aux autres, les aduersitez et les verges.
Comme si la bonne fortune estoit incompatible auec la bonne conscience:2
les hommes ne se rendent gents de bien, qu’en la mauuaise.
Le bon heur m’est vn singulier aiguillon, à la moderation, et modestie.
La priere me gaigne, la menace me rebute, la faueur me
ploye, la crainte me roydit. Parmy les conditions humaines,
cette-cy est assez commune, de nous plaire plus des choses estrangeres•
que des nostres, et d’aymer le remuement et le changement.
Ipsa dies ideo nos grato perluit haustu,
Quód permutatis hora recurrit equis.
I’en tiens ma part. Ceux qui suyuent l’autre extremité, de s’aggreer
en eux-mesmes: d’estimer ce qu’ils tiennent au dessus du reste: et3
de ne recognoistre aucune forme plus belle, que celle qu’ils voyent:
s’ils ne sont plus aduisez que nous, ils sont à la verité plus heureux.
Ie n’enuie point leur sagesse, mais ouy leur bonne fortune. Cette
humeur auide des choses nouuelles et incognues, ayde bien à nourrir
en moy, le desir de voyager: mais assez d’autres circonstances•
y conferent. Ie me destourne volontiers du gouuernement de ma maison.
Il y a quelque commodité à commander, fust ce dans vne grange,
et à estre obey des siens. Mais c’est vn plaisir trop vniforme et languissant.
Et puis il est par necessité meslé de plusieurs pensements
fascheux. Tantost l’indigence et l’oppression de vostre peuple: tantost
la querelle d’entre vos voysins: tantost l’vsurpation qu’ils font•
sur vous, vous afflige:
Aut verberatæ grandine vineæ,
Fundusque mendax, arbore nunc aquas
Culpante, nunc torrentia agros
Sydera, nunc hyemes iniquas.1
Et qu’à peine en six mois, enuoyera Dieu vne saison, dequoy vostre
receueur se contente bien à plain: et que si elle sert aux vignes,
elle ne nuyse aux prez.
Aut nimiis torret feruoribus ætherius sol,
Aut subiti perimunt imbres, gelidæque pruinæ,•
Flabràque ventorum violento turbine vexant.
Ioinct le soulier neuf, et bien formé, de cet homme du temps passé,
qui vous blesse le pied. Et que l’estranger n’entend pas, combien il
vous couste, et combien vous prestez, à maintenir l’apparence de
cet ordre, qu’on void en vostre famille: et qu’à l’auanture l’achetez2
vous trop cher. Ie me suis pris tard au mesnage. Ceux que Nature
auoit fait naistre auant moy, m’en ont deschargé long temps.
I’auois des-ja pris vn autre ply, plus selon ma complexion. Toutesfois
de ce que i’en ay veu, c’est vn’ occupation plus empeschante,
que difficile. Quiconque est capable d’autre chose, le sera bien aysément•
de celle là. Si ie cherchois à m’enrichir, cette voye me sembleroit
trop longue. I’eusse seruy les Roys, trafique plus fertile que
toute autre. Puis que ie ne pretens acquerir que la reputation de
n’auoir rien acquis, non plus que dissipé: conformément au reste
de ma vie, impropre à faire bien et à faire mal qui vaille: et que ie3
ne cherche qu’à passer, ie le puis faire, Dieu mercy, sans grande
attention. Au pis aller, courez tousiours par retranchement de despence,
deuant la pauureté. C’est à quoy ie m’attends, et de me reformer,
auant qu’elle m’y force. I’ay estably au demeurant, en mon
ame, assez de degrez, à me passer de moins, que ce que i’ay. Ie dis,•
passer auec contentement. Non æstimatione census, verùm victu atque
cultu, terminatur pecuniæ modus. Mon vray besoing n’occupe pas
si iustement tout mon auoir, que sans venir au vif, Fortune n’ait où
mordre sur moy. Ma presence, toute ignorante et desdaigneuse
qu’elle est, preste grande espaule à mes affaires domestiques. Ie4
m’y employe, mais despiteusement. Ioinct que i’ay cela chez moy,
que pour brusler à part, la chandelle par mon bout, l’autre bout ne
s’espargne de rien. Les voyages ne me blessent que par la despence,
qui est grande, et outre mes forces: ayant accoustumé d’y
estre auec equippage non necessaire seulement, mais aussi honneste.
Il me les en faut faire d’autant plus courts et moins frequents:•
et n’y employe que l’escume, et ma reserue, temporisant
et differant, selon qu’elle vient. Ie ne veux pas, que le plaisir
de me promener, corrompe le plaisir de me retirer. Au rebours,
i’entends qu’ils se nourrissent, et fauorisent l’vn l’autre. La Fortune
m’a aydé en cecy: que puis que ma principale profession en cette1
vie, estoit de la viure mollement, et plustost laschement qu’affaireusement;
elle m’a osté le besoing de multiplier en richesses, pour
pouruoir à la multitude de mes heritiers. Pour vn, s’il n’a assez de
ce, dequoy i’ay eu si plantureusement assez, à son dam. Son imprudence
ne meritera pas, que ie luy en desire d’auantage. Et chascun,•
selon l’exemple de Phocion, pouruoid suffisamment à ses enfants,
qui leur pouruoid, en tant qu’ils ne luy sont dissemblables. Nullement
seroy-ie d’aduis du faict de Crates. Il laissa son argent chez
vn banquier, auec cette condition: si ses enfants estoient des sots,
qu’il le leur donnast; s’ils estoient habiles, qu’il le distribuast aux2
plus sots du peuple. Comme si les sots, pour estre moins capables
de s’en passer, estoient plus capables d’vser des richesses. Tant y a,
que le dommage qui vient de mon absence, ne me semble point meriter,
pendant que i’auroy dequoy le porter, que ie refuse d’accepter
les occasions qui se presentent, de me distraire de cette assistance•
penible. Il y a tousiours quelque piece qui va de trauers. Les negoces,
tantost d’vne maison, tantost d’vne autre, vous tirassent. Vous
esclairez toutes choses de trop pres. Votre perspicacité vous nuit icy,
comme si fait elle assez ailleurs. Ie me desrobe aux occasions de me
fascher: et me destourne de la cognoissance des choses, qui vont3
mal. Et si ne puis tant faire, qu’à toute heure ie ne heurte chez
moy, en quelque rencontre, qui me desplaise. Et les fripponneries,
qu’on me cache le plus, sont celles que ie sçay le mieux. Il en est
que pour faire moins mal, il faut ayder soy mesme à cacher. Vaines
pointures: vaines par fois, mais tousiours pointures. Les plus menus•
et graisles empeschemens, sont les plus persans. Et comme les
petites lettres lassent plus les yeux, aussi nous piquent plus les petits
affaires: la tourbe des menus maux, offence plus, que la violence
d’vn, pour grand qu’il soit. A mesure que ces espines domestiques
sont drues et desliees, elles nous mordent plus aigu, et sans•
menace, nous surprenant facilement à l’impourueu. Ie ne suis pas
philosophe. Les maux me foullent selon qu’ils poisent: et poisent
selon la forme, comme selon la matiere: et souuent plus. I’y ay plus
de perspicacité que le vulgaire, si i’y ay plus de patience. En fin s’ils
ne me blessent, ils me poisent. C’est chose tendre que la vie, et1
aysee à troubler. Depuis que i’ay le visage tourné vers le chagrin,
nemo enim resistit sibi cùm cœperit impelli, pour sotte cause qui m’y
ayt porté: i’irrite l’humeur de ce costé là: qui se nourrit apres, et
s’exaspere, de son propre branle, attirant et ammoncellant vne matiere
sur autre, dequoy se paistre.•
Stillicidi casus lapidem cauat.
Ces ordinaires goutieres me mangent, et m’vlcerent. Les inconuenients
ordinaires ne sont iamais legers. Ils sont continuels et irreparables,
quand ils naissent des membres du mesnage, continuels et
inseparables. Quand ie considere mes affaires de loing, et en gros;2
ie trouue, soit pour n’en auoir la memoire gueres exacte, qu’ils sont
allez iusques à cette heure, en prosperant, outre mes contes et mes
raisons. I’en retire ce me semble plus, qu’il n’y en a: leur bon heur
me trahit. Mais suis-ie au dedans de la besongne, voy-ie marcher
toutes ces parcelles?•
Tum verò in curas animum diducimur omnes:
mille choses m’y donnent à desirer et craindre. De les abandonner
du tout, il m’est tres-facile: de m’y prendre sans m’en peiner, tres-difficile.
C’est pitié, d’estre en lieu où tout ce que vous voyez, vous
embesongne, et vous concerne. Et me semble iouyr plus gayement3
les plaisirs d’vne maison estrangere, et y apporter le goust plus libre
et pur. Diogenes respondit selon moy, à celuy qui luy demanda
quelle sorte de vin il trouuoit le meilleur: L’estranger, feit il.
Mon pere aymoit à bastir Montaigne, où il estoit nay: et en toute
cette police d’affaires domestiques, i’ayme à me seruir de son exemple,•
et de ses regles; et y attacheray mes successeurs autant que ie
pourray. Si ie pouuois mieux pour luy, ie le feroys. Ie me glorifie
que sa volonté s’exerce encores, et agisse par moy. Ia Dieu ne permette
que ie laisse faillir entre mes mains, aucune image de vie,
que ie puisse rendre à vn si bon pere. Ce que ie me suis meslé d’acheuer•
quelque vieux pan de mur, et de renger quelque piece de
bastiment mal dolé, ç’a esté certes, regardant plus à son intention,
qu’à mon contentement. Et accuse ma faineance, de n’auoir passé
outre, à parfaire les commencements qu’il a laissez en sa maison:
d’autant plus, que ie suis en grands termes d’en estre le dernier1
possesseur de ma race, et d’y porter la derniere main. Car quant à
mon application particuliere, ny ce plaisir de bastir, qu’on dit estre
si attrayant, ny la chasse, ny les iardins, ny ces autres plaisirs de
la vie retiree, ne me peuuent beaucoup amuser. C’est chose dequoy
ie me veux mal, comme de toutes autres opinions qui me sont incommodes.•
Ie ne me soucie pas tant de les auoir vigoureuses et
doctes, comme ie me soucie de les auoir aisees et commodes à la
vie. Elles sont bien assez vrayes et saines, si elles sont vtiles et aggreables.
Ceux qui m’oyans dire mon insuffisance aux occupations
du mesnage, me viennent souffler aux oreilles que c’est desdaing,2
et que ie laisse de sçauoir les instrumens du labourage, ses saisons,
son ordre, comment on fait mes vins, comme on ente, et de sçauoir
le nom et la forme des herbes et des fruicts, et l’apprest des viandes,
dequoy ie vis: le nom et prix des estoffes, de quoy ie m’abille, pour
auoir à cœur quelque plus haute science, ils me font mourir. Cela,•
c’est sottise: et plustost bestise, que gloire. Ie m’aymerois mieux
bon escuyer, que bon logicien.
Quin tu aliquid saltem potius quorum indiget vsus,
Viminibus mollique paras detexere iunco?
Nous empeschons noz pensees du general, et des causes et conduittes3
vniuerselles: qui se conduisent tresbien sans nous: et laissons
en arriere nostre faict: et Michel, qui nous touche encore de
plus pres que l’homme. Or i’arreste bien chez moy le plus ordinairement:
mais ie voudrois m’y plaire plus qu’ailleurs.
Sit meæ sedes vtinam senectæ,•
Sit modus lasso maris, et viarum,
Militiæque!
Ie ne sçay si i’en viendray à bout. Ie voudrois qu’au lieu de quelque
autre piece de sa succession, mon pere m’eut resigné cette passionnee
amour, qu’en ses vieux ans il portoit à son mesnage. Il estoit4
bien heureux, de ramener ses desirs, à sa fortune, et de se sçauoir
plaire de ce qu’il auoit. La philosophie politique aura bel accuser la
bassesse et sterilité de mon occupation, si i’en puis vne fois prendre
le goust, comme luy. Ie suis de cet auis, que la plus honorable
vacation, est de seruir au publiq, et estre vtile à beaucoup. Fructus
enim ingenij et virtutis, omnisque præstantiæ tum maximus accipitur,
quum in proximum quemque confertur. Pour mon regard ie m’en•
despars: partie par conscience: (car par où ie vois le poix qui touche
telles vacations, ie vois aussi le peu de moyen que i’ay d’y fournir:
et Platon maistre ouurier en tout gouuernement politique, ne
laissa de s’en abstenir) partie par poltronerie. Ie me contente de
iouïr le monde, sans m’en empresser: de viure vne vie, seulement1
excusable: et qui seulement ne poise, ny à moy, ny à autruy.
Iamais homme ne se laissa aller plus plainement et plus laschement,
au soing et gouuernement d’vn tiers, que ie ferois, si i’auois
à qui. L’vn de mes souhaits pour cette heure, ce seroit de trouuer
vn gendre, qui sçeust appaster commodément mes vieux ans, et les•
endormir: entre les mains de qui ie deposasse en toute souueraineté,
la conduite et vsage de mes biens: qu’il en fist ce que i’en
fais, et gaignast sur moy ce que i’y gaigne: pourueu qu’il y apportast
vn courage vrayement recognoissant, et amy. Mais quoy? nous
viuons en vn monde, où la loyauté des propres enfans est incognue.2
Qui a la garde de ma bourse en voyage, il l’a pure et sans contrerolle:
aussi bien me tromperoit il en comptant. Et si ce n’est vn
diable, ie l’oblige à bien faire, par vne si abandonnee confiance.
Multi fallere docuerunt, dum timent falli, et aliis ius peccandi suspicando
fecerunt. La plus commune seureté, que ie prens de mes•
gens, c’est la mescognoissance. Ie ne presume les vices qu’apres que
ie les aye veuz: et m’en fie plus aux ieunes, que i’estime moins gastez
par mauuais exemple. I’oy plus volontiers dire, au bout de deux
mois, que i’ay despandu quatre cens escus, que d’auoir les oreilles
battues tous les soirs, de trois, cinq, sept. Si ay-ie esté desrobé3
aussi peu qu’vn autre de cette sorte de larrecin. Il est vray, que ie
preste la main à l’ignorance. Ie nourris à escient, aucunement trouble
et incertaine la science de mon argent. Iusques à certaine mesure,
ie suis content, d’en pouuoir doubter. Il faut laisser vn peu de
place à la desloyauté, ou imprudence de vostre valet. S’il nous en•
reste en gros, dequoy faire nostre effect, cet excez de la liberalité
de la Fortune, laissons le vn peu plus courre à sa mercy. La portion
du glanneur. Apres tout, ie ne prise pas tant la foy de mes
gents, comme ie mesprise leur iniure. O le vilain et sot estude,
d’estudier son argent, se plaire à le manier et recomter! c’est par•
là, que l’auarice faict ses approches. Dépuis dix huict ans, que ie
gouuerne des biens, ie n’ay sçeu gaigner sur moy, de voir, ny tiltres,
ny mes principaux affaires qui ont necessairement à passer par
ma science, et par mon soing. Ce n’est pas vn mespris philosophique,
des choses transitoires et mondaines: ie n’ay pas le goust si espuré,1
et les prise pour le moins ce qu’elles valent: mais certes c’est paresse
et negligence inexcusable et puerile. Que ne feroy ie plustost que de
lire vn contract? Et plustost, que d’aller secoüant ces paperasses
poudreuses, serf de mes negoces? ou encore pis, de ceux d’autruy,
comme font tant de gents à prix d’argent? Ie n’ay rien cher que le•
soucy et la peine: et ne cherche qu’à m’anonchalir et auachir. I’estoy,
ce croy-je, plus propre, à viure de la fortune d’autruy, s’il se
pouuoit, sans obligation et sans seruitude. Et si ne sçay, à l’examiner
de pres, si selon mon humeur et mon sort, ce que i’ay à souffrir
des affaires, et des seruiteurs, et des domestiques, n’a point plus2
d’abiection, d’importunité, et d’aigreur, que n’auroit la suitte d’vn
homme, nay plus grand que moy, qui me guidast vn peu à mon aise.
Seruitus obedientia est fracti animi et abiecti, arbitrio carentis suo.
Crates fit pis, qui se ietta en la franchise de la pauureté, pour se
deffaire des indignitez et cures de la maison. Cela ne ferois-ie pas.•
Ie hay la pauureté à pair de la douleur: mais ouy bien, changer
cette sorte de vie, à vne autre moins braue, et moins affaireuse.
Absent, ie me despouille de tous tels pensemens: et sentirois moins
lors la ruyne d’vne tour, que ie ne fais present, la cheute d’vne ardoyse.
Mon ame se démesle bien ayséement à part, mais en presence,3
elle souffre, comme celle d’vn vigneron. Vne rene de trauers
à mon cheual, vn bout d’estriuiere qui batte ma iambe, me tiendront
tout vn iour en eschec. I’esleue assez mon courage à l’encontre
des inconueniens, les yeux, ie ne puis.
Sensus! ô superi sensus!•
Ie suis chez moy, respondant de tout ce qui va mal. Peu de maistres,
ie parle de ceux de moyenne condition, comme est la mienne:
et s’il en est, ils sont plus heureux: se peuuent tant reposer, sur
vn second, qu’il ne leur reste bonne part de la charge. Cela oste
volontiers quelque chose de ma façon, au traittement des suruenants:•
et en ay peu arrester quelcun par aduenture plus par ma
cuisine, que par ma grace: comme font les fascheux: et oste beaucoup
du plaisir que ie deurois prendre chez moy, de la visitation et
assemblees de mes amys. La plus sotte contenance d’vn Gentil-homme
en sa maison, c’est de le voir empesché du train de sa police:1
parler à l’oreille d’vn valet, en menacer vn autre des yeux.
Elle doit couler insensiblement, et representer vn cours ordinaire.
Et treuue laid, qu’on entretienne ses hostes, du traictement qu’on
leur fait, autant à l’excuser qu’à le vanter. I’ayme l’ordre et la
netteté,•
Et cantharus et lanx
Ostendunt mihi me,
au prix de l’abondance: et regarde chez moy exactement à la necessité,
peu à la parade. Si vn valet se bat chez autruy, si vn plat se
verse, vous n’en faites que rire: vous dormez ce pendant que monsieur2
renge auec son maistre d’hostel, son faict, pour vostre traictement
du lendemain. I’en parle selon moy. Ne laissant pas en general
d’estimer, combien c’est vn doux amusement à certaines natures,
qu’vn mesnage paisible, prospere, conduict par vn ordre reglé.
Et ne voulant attacher à la chose, mes propres erreurs et•
inconuenients. Ny desdire Platon, qui estime la plus heureuse occupation
à chascun, faire ses particuliers affaires sans iniustice.
Quand ie voyage, ie n’ay à penser qu’à moy, et à l’emploicte de
mon argent: cela se dispose d’vn seul precepte. Il est requis trop
de parties à amasser: ie n’y entens rien. A despendre, ie m’y3
entens vn peu, et à donner iour à ma despence: qui est de vray
son principal vsage. Mais ie m’y attens trop ambitieusement; qui la
rend inegalle et difforme: et en outre immoderee en l’vn et l’autre
visage. Si elle paroist, si elle sert, ie m’y laisse indiscretement aller:
et me resserre autant indiscretement, si elle ne luyt, et si elle ne•
me rit. Qui que ce soit, ou art, ou nature, qui nous imprime cette
condition de viure, par la relation à autruy, nous fait beaucoup
plus de mal que de bien. Nous nous defraudons de nos propres vtilitez,
pour former les apparences à l’opinion commune. Il ne nous
chaut pas tant, quel soit nostre estre, en nous, et en effect, comme
quel il soit, en la cognoissance publique. Les biens mesmes de l’esprit,
et la sagesse, nous semblent sans fruict, si elle n’est iouye que
de nous: si elle ne se produict à la veuë et approbation estrangere.
Il y en a, de qui l’or coulle à gros bouillons, par des lieux sousterreins,•
imperceptiblement: d’autres l’estendent tout en lames et en
feuilles. Si qu’aux vns les liars valent escuz, aux autres le contraire:
le monde estimant l’emploite et la valeur, selon la montre. Tout
soing curieux autour des richesses sent à l’auarice. Leur dispensation
mesme, et la liberalité trop ordonnee et artificielle: elles ne1
valent pas vne aduertance et sollicitude penible. Qui veut faire sa
despense iuste, la fait estroitte et contrainte. La garde, ou l’emploitte,
sont de soy choses indifferentes, et ne prennent couleur de
bien ou de mal, que selon l’application de nostre volonté. L’autre
cause qui me conuie à ces promenades, c’est la disconuenance aux•
mœurs presentes de nostre estat: ie me consolerois aysement de
cette corruption, pour le regard de l’interest public:
Peioraque sæcula ferri
Temporibus, quorum sceleri non inuenit ipsa
Nomen, et à nullo posuit natura metallo:2
mais pour le mien, non. I’en suis en particulier trop pressé. Car en
mon voisinage, nous sommes tantost par la longue licence de ces
guerres ciuiles, enuieillis en vne forme d’estat si desbordee,
Quippe vbi fas versum atque nefas:
qu’à la verité, c’est merueille qu’elle se puisse maintenir.•
Armati terram exercent, sempérque recentes
Conuectare iuuat prædas, et viuere rapto.
En fin ie vois par nostre exemple, que la societé des hommes se
tient et se coust, à quelque prix que ce soit. En quelque assiette
qu’on les couche, ils s’appilent, et se rengent, en se remuant et3
s’entassant: comme des corps mal vnis qu’on empoche sans ordre,
trouuent d’eux mesmes la façon de se ioindre, et s’emplacer, les
vns parmy les autres: souuent mieux, que l’art ne les eust sçeu
disposer. Le Roy Philippus fit vn amas, des plus meschans hommes
et incorrigibles qu’il peut trouuer, et les logea tous en vne ville,•
qu’il leur fit bastir, qui en portoit le nom. I’estime qu’ils dresserent
des vices mesme, vne contexture politique entre eux, et vne commode
et iuste societé. Ie vois, non vne action, ou trois, ou cent,
mais des mœurs, en vsage commun et reçeu, si farouches, en inhumanité
sur tout et desloyauté, qui est pour moy la pire espece des4
vices, que ie n’ay point le courage de les conceuoir sans horreur:
et les admire, quasi autant que ie les deteste. L’exercice de ces
meschancetez insignes, porte marque de vigueur et force d’ame,
autant que d’erreur et desreglement. La necessité compose les
hommes et les assemble. Cette cousture fortuite se forme apres en•
loix. Car il en a esté d’aussi sauuages qu’aucune opinion humaine
puisse enfanter, qui toutesfois ont maintenu leurs corps, auec autant
de santé et longueur de vie, que celles de Platon et Aristote
sçauroient faire. Et certes toutes ces descriptions de police, feintes
par art, se trouuent ridicules, et ineptes à mettre en practique.1
Ces grandes et longues altercations, de la meilleure forme de societé:
et des regles plus commodes à nous attacher, sont altercations
propres seulement à l’exercice de nostre esprit. Comme il se
trouue és arts, plusieurs subiects qui ont leur essence en l’agitation
et en la dispute, et n’ont aucune vie hors de là. Telle peinture de•
police, seroit de mise, en vn nouueau monde: mais nous prenons vn
monde desia faict et formé à certaines coustumes. Nous ne l’engendrons
pas comme Pyrrha, ou comme Cadmus. Par quelque moyen
que nous ayons loy de le redresser, et renger de nouueau, nous ne
pouuons gueres le tordre de son accoustumé ply, que nous ne rompions2
tout. On demandoit à Solon, s’il auoit estably les meilleures
loyx qu’il auoit peu aux Atheniens: Ouy bien, respondit-il, de celles
qu’ils eussent receuës. Varro s’excuse de pareil air: Que s’il auoit
tout de nouueau à escrire de la religion, il diroit ce, qu’il en croid.
Mais, estant desia receuë, il en dira selon l’vsage, plus que selon nature.•
Non par opinion, mais en verité, l’excellente et meilleure police,
est à chacune nation, celle soubs laquelle elle s’est maintenuë.
Sa forme et commodité essentielle despend de l’vsage. Nous nous
desplaisons volontiers de la condition presente. Mais ie tiens pourtant,
que d’aller desirant le commandement de peu, en vn estat3
populaire: ou en la monarchie, vne autre espece de gouuernement,
c’est vice et folie.
Ayme l’estat tel que tu le vois estre:
S’il est royal, ayme la royauté;
S’il est de peu, ou bien communauté,•
Ayme l’aussi, car Dieu t’y a faict naistre.
Ainsin en parloit le bon monsieur de Pibrac, que nous venons de
perdre: vn esprit si gentil, les opinions si saines, les mœurs si
douces. Cette perte, et celle qu’en mesme temps nous auons faicte
de monsieur de Foix, sont pertes importantes à nostre couronne. Ie4
ne sçay s’il reste à la France dequoy substituer vne autre coupple,
pareille à ces deux Gascons, en syncerité, et en suffisance, pour le
conseil de nos Roys. C’estoyent ames diuersement belles, et certes
selon le siecle, rares et belles, chacune en sa forme. Mais qui les auoit
logees en cet aage, si desconuenables et si disproportionnees à nostre•
corruption, et à nos tempestes? Rien ne presse vn estat que
l’innouation: le changement donne seul forme à l’iniustice, et à la
tyrannie. Quand quelque piece se démanche, on peut l’estayer: on
peut s’opposer à ce que l’alteration et corruption naturelle à toutes
choses, ne nous esloigne trop de nos commencemens et principes.1
Mais d’entreprendre à refondre vne si grande masse, et à changer
les fondements d’vn si grand bastiment, c’est à faire à ceux qui
pour descrasser effacent: qui veulent amender les deffauts particuliers,
par vne confusion vniuerselle, et guarir les maladies par la
mort: non tam commutandarum quàm euertendarum rerum cupidi.•
Le monde est inepte à se guarir. Il est si impatient de ce qui le
presse, qu’il ne vise qu’à s’en deffaire, sans regarder à quel prix.
Nous voyons par mille exemples, qu’il se guarit ordinairement à ses
despens: la descharge du mal present, n’est pas guarison, s’il n’y
a en general amendement de condition. La fin du chirurgien, n’est2
pas de faire mourir la mauuaise chair: ce n’est que l’acheminement
de sa cure: il regarde au delà, d’y faire renaistre la naturelle,
et rendre la partie à son deu estre. Quiconque propose seulement
d’emporter ce qui le masche, il demeure court: car le bien ne succede
pas necessairement au mal: vn autre mal luy peut succeder;•
et pire. Comme il aduint aux tueurs de Cesar, qui ietterent la chose
publique à tel poinct, qu’ils eurent à se repentir de s’en estre meslez.
A plusieurs depuis, iusques à nos siecles, il est aduenu de
mesmes. Les François mes contemporanees sçauent bien qu’en dire.
Toutes grandes mutations esbranlent l’estat, et le desordonnent.3
Qui viseroit droit à la guarison, et en consulteroit auant toute œuure,
se refroidiroit volontiers d’y mettre la main. Pacuuius Calauius
corrigea le vice de ce proceder, par vn exemple insigne. Ses concitoyens
estoient mutinez contre leurs magistrats: luy personnage de
grande authorité en la ville de Capouë, trouua vn iour moyen d’enfermer•
le Senat dans le Palais: et conuoquant le peuple en la place,
leur dit: Que le iour estoit venu, auquel en pleine liberté ils pouuoient
prendre vengeance des tyrans qui les auoyent si long temps
oppressez, lesquels il tenoit à sa mercy seuls et desarmez. Fut
d’aduis, qu’au sort, on les tirast hors, l’vn apres l’autre: et de chacun
on ordonnast particulierement: faisant sur le champ, executer•
ce qui en seroit decreté: pourueu aussi que tout d’vn train ils
aduisassent d’establir quelque homme de bien, en la place du condamné,
affin qu’elle ne demeurast vuide d’officier. Ils n’eurent pas
plustost ouy le nom d’vn senateur, qu’il s’esleua vn cry de mescontentement
vniuersel à l’encontre de luy: Ie voy bien, dit Pacuuius,1
il faut demettre cettuy-cy: c’est vn meschant: ayons en vn bon en
change. Ce fut vn prompt silence: tout le monde se trouuant bien
empesché au choix. Au premier plus effronté, qui dit le sien:
voyla vn consentement de voix encore plus grand à refuser celuy là.
Cent imperfections, et iustes causes, de le rebuter. Ces humeurs•
contradictoires, s’estans eschauffees, il aduint encore pis du second
Senateur, et du tiers. Autant de discorde à l’election, que de conuenance
à la demission. S’estans inutilement lassez à ce trouble, ils
commencent, qui deçà, qui delà, à se desrober peu à peu de l’assemblee:
rapportant chacun cette resolution en son ame, que le2
plus vieil et mieux cogneu mal, est tousiours plus supportable, que
le mal recent et inexperimenté. Pour nous voir bien piteusement
agitez: car que n’auons nous faict?
Eheu! cicatricum et sceleris pudet,
Fratrúmque: quid nos dura refugimus•
Ætas? quid intactum nefasti
Liquimus? vnde manus iuuentus
Metu Deorum continuit? quibus
Pepercit aris?
ie ne vay pas soudain me resoluant,3
Ipsa si velit Salus,
Seruare prorsus non potest hanc familiam.
Nous ne sommes pas pourtant à l’auanture, à nostre dernier periode.
La conseruation des estats, est chose qui vray-semblablement
surpasse nostre intelligence. C’est, comme dit Platon, chose puissante,•
et de difficile dissolution, qu’vne ciuile police, elle dure souuent
contre des maladies mortelles et intestines: contre l’iniure des
loix iniustes, contre la tyrannie, contre le debordement et ignorance
des magistrats, licence et sedition des peuples. En toutes nos
fortunes, nous nous comparons à ce qui est au dessus de nous, et4
regardons vers ceux qui sont mieux. Mesurons nous à ce qui est au
dessous: il n’en est point de si miserable, qui ne trouue mille
exemples où se consoler. C’est nostre vice, que nous voyons plus
mal volontiers, ce qui est dessus nous, que volontiers, ce qui est
dessoubs. Si disoit Solon, qui dresseroit vn tas de tous les maux
ensemble, qu’il n’est aucun, qui ne choisist plustost de remporter
auec soy les maux qu’il a, que de venir à diuision legitime, auec
tous les autres hommes, de ce tas de maux, et en prendre sa quotte•
part. Nostre police se porte mal. Il en a esté pourtant de plus malades,
sans mourir. Les dieux s’esbatent de nous à la pelote, et nous agitent
à toutes mains, enimuero Dij nos homines quasi pilas habent.
Les astres ont fatalement destiné l’estat de Rome, pour exemplaire
de ce qu’ils peuuent en ce genre. Il comprend en soy toutes les1
formes et auantures, qui touchent vn estat: tout ce que l’ordre y
peut, et le trouble, et l’heur, et le mal’heur. Qui se doit desesperer
de sa condition, voyant les secousses et mouuemens dequoy celuy là
fut agité, et qu’il supporta? Si l’estendue de la domination, est la
santé d’vn estat, dequoy ie ne suis aucunement d’aduis (et me plaist•
Isocrates, qui instruit Nicocles, non d’enuier les Princes, qui ont
des dominations larges, mais qui sçauent bien conseruer celles qui
leur sont escheuës) celuy-là ne fut iamais si sain, que quand il fut
le plus malade. La pire de ses formes, luy fut la plus fortunee. A
peine recognoist-on l’image d’aucune police, soubs les premiers2
Empereurs: c’est la plus horrible et la plus espesse confusion qu’on
puisse conceuoir. Toutesfois il la supporta: et y dura, conseruant,
non pas vne monarchie resserree en ses limites, mais tant de nations,
si diuerses, si esloignees, si mal affectionnees, si desordonnement
commandees, et iniustement conquises.•
Nec gentibus vllis
Commodat in populum, terræ pelagique potentem,
Inuidiam fortuna suam.
Tout ce qui branle ne tombe pas. La contexture d’vn si grand corps
tient à plus d’vn clou. Il tient mesme par son antiquité: comme les3
vieux bastimens, ausquels l’aage a desrobé le pied, sans crouste et
sans cyment, qui pourtant viuent et soustiennent en leur propre
poix,
Nec iam validis radicibus hærens,
Pondere tuta suo est.•