Ces diverses populations vécurent durant plus de vingt ans dans l’abondance et la santé[68]. Elles se multiplièrent tellement, que la terre entière ne paraissait faire qu’une seule ville: c’est alors qu’ils construisirent des temples en si grand nombre, tels qu’on les voit aujourd’hui de tous les côtés, et qu’en traversant les forêts, on retrouve au milieu des bois des fondations de maisons et des édifices si merveilleusement travaillés.
Mais à la suite de cette prospérité, pendant une nuit d’hiver, il survint, vers les six heures du soir, un vent qui alla croissant, pour se changer bientôt en un ouragan des quatre points cardinaux[69]: ce vent renversa tous les arbres déjà grands, ce qui occasionna une destruction considérable de bêtes fauves; il enleva pareillement toutes les maisons élevées, lesquelles étant couvertes de paille et contenant du feu à cause du froid, s’enflammèrent et firent périr beaucoup de monde dans l’incendie; si quelques-uns s’échappèrent, ils restèrent estropiés des coups qu’ils avaient reçus sous les madriers de leurs maisons.
Cet ouragan dura jusqu’au lendemain midi. On trouva que ceux qui en étaient sortis sains et saufs, étaient ceux qui demeuraient dans les maisons les plus petites, ainsi que les époux nouvellement mariés; car il était d’usage pour ceux-ci d’habiter dans des cabanes érigées en face de la maison de leur père ou de leur beau-père, pendant les premières années qui suivent le mariage. Alors se perdit le nom que la péninsule avait accoutumé de porter anciennement, de terre du gibier et des oiseaux; elle resta tellement privée d’arbres, qu’il semble actuellement que ceux qu’il y a furent replantés tous ensemble, tant ils sont nés d’égale hauteur, et qu’en jetant les yeux sur le pays de quelque point élevé, on dirait que les bois ont été partout taillés avec des ciseaux.
Quant à ceux qui se sauvèrent, ils s’animèrent à réédifier et à cultiver la terre, et ils se multiplièrent considérablement avec quinze années de santé et d’abondance qui se succédèrent, la dernière étant la plus fertile de toutes. Mais, au moment où ils pensaient à commencer la cueillée des fruits, il survint partout le pays certaines fièvres pestilentielles qui duraient vingt-quatre heures: après qu’elles avaient cessé, le corps des malades enflait, puis crevait rempli de vers, avec quoi il mourut beaucoup de monde, les fruits de la terre restant en majeure partie abandonnés sans être recueillis.
Après que cette épidémie eut disparu, il y eut de nouveau seize années abondantes, durant lesquelles se renouvelèrent les passions et les luttes, au point qu’en diverses batailles il périt cent cinquante mille hommes. Ce ne fut qu’à la suite de ces massacres qu’on se calma; on fit la paix et l’on eut vingt ans de repos: après cela survint une maladie, consistant en quelques grosses pustules, de quoi le corps se putréfiait, au point que les membres se détachaient l’un de l’autre au bout de quatre ou cinq jours avec une grande puanteur[70]. Depuis l’époque de cette mortalité, il s’est passé actuellement plus de cinquante ans: les massacres causés par la guerre eurent lieu vingt ans avant; la peste de l’enflure et des vers survint seize années avant les guerres; entre celles-ci et l’ouragan, il s’en était passé seize autres, et jusqu’à cet événement vingt-deux ou vingt-trois depuis la destruction de la cité de Mayapan. Ainsi, suivant cette computation, il y a de l’abandon de cette ville cent vingt-cinq ans, durant lesquels survinrent les diverses calamités, rapportées plus haut, sans compter beaucoup d’autres, à la suite desquelles les Espagnols commencèrent à entrer, et causées par la guerre, ou par d’autres châtiments que Dieu a envoyés à ce pays, que c’est un miracle d’y voir encore du monde, quoiqu’il n’y en ait pas beaucoup.
Que como la gente mexicana tuvieron señales y prophecias de la venida de los españoles y de la cessacion de su mando y religion, tambien los tuvieron los de Yucatan algunos años antes que el Adelantado Montejo los conquistasse y que en las tierras de Mani que es en la provincia de Tutuxiu, un indio llamado Ahcambal y por officio Chilan, que es el que tiene cargo de dar las respuestas del demonio, les dixo publicamente que presto serian señoreados de gente estrangera, y les predicarian un Dios, y la virtud de un palo que en su lengua llamo vahom che, que quiere dezir palo enhiesto de gran virtud contra los demonios.
Que el successor de los Cocomes, llamado don Juan Cocom despues de christiano, fue hombre de gran reputacion y muy sabio en sus cosas y en las naturales bien sagaz y entendido, y que fue muy familiar del autor deste libro fray Diego de Landa, y que le conto muchas antiguedades y que le mostro un libro que fue de su aguelo, hijo del Cocom que mataron en Mayapan y que en el estava pintado un venado y que aquel su aguelo le avia dicho que quando en aquella tierra entrassen venados grandes, que assi llaman a las vacas, cessaria el culto de los Dioses, y que se avia cumplido, porque los españoles truxeron vacas grandes.
Que el Adelantado Francisco de Montejo fue natural de Salamanca y que passo a las Indias despues de poblada la cibdad de Santo-Domingo en la isla Española, aviendo estado primero algun tiempo en Sevilla, donde dexo un hijo niño que alli uvo, y que vino a la cibdad de Cuba donde gano de comer y tuvo muchos amigos por su buena condicion y que entre ellos fueron Diego Velasquez, governador de aquella isla y Hernando Cortes y que como el governador se determino embiar a Francisco de Grijalva, su sobrino, a rescatar a tierra de Yucatan y a descubrir mas tierra, despues de la nueva que Francisco Hernandez de Cordova truxo, quando la descubrio, que era rica tierra, determino que Montejo fuesse con Grijalva y puso uno de los navios y mucho bastimento, como era rico y que assi fue de los segundos españoles que descubrieron a Yucatan y que vista la costa de Yucatan, truxo desseo de enriquecer alli antes que en Cuba. Y vista la determinacion de Hernando Cortes le siguio con su hazienda y persona y que Cortes le dio un navio a cargo, haziendole capitan del y que en Yucatan uvieron a Geronimo de Aguilar de quien Montejo tomo lengua de aquella tierra y de sus cosas, y que llegado Cortes a la Nueva España començo luego a poblar y que el primer pueblo llamo la Vera Cruz, conforme al blason de su vandera y que en este pueblo fue Montejo nombrado por unos de los alcaldes del rey, en que se uvo discretamente y que assi le publico por tal Cortes quando tomo por alli, despues del camino que hizo navegando la tierra a la redonda, y que por esto le embio a España por uno de los procuradores de aquella republica de la Nueva España y para que llevasse el quinto al rey con relacion de la tierra descubierta y de las cosas que se començavan a hazer en ella.
Que quando llego Francisco de Montejo a la corte de Castilla, era presidente del consejo de las Indias Juan Rodriguez de Fonseca, obispo de Burgos, el qual estava malamente informado contra Cortes por parte de Diego Velasquez, governador de Cuba, que pretendia tambien lo de la Nueva España y que estavan los mas del consejo con los negocios de Cortes que parecia que no embiara dineros al rey, sino que se los pedia y que entendiendo que por estar el emperador en Flandes se negociava mal, persevero siete años, desde que salio de las Indias que fue año de MDXIX hasta que se embarco que fue el de XXVI y con esta perseverancia recuso al presidente y al papa Adriano que era governador; hablo y al emperador, lo qual aprovecho mucho y que se despacho lo de Cortes como era razon.
De même que la nation mexicaine eut des signes et des prophéties de la venue des Espagnols, de la cessation de sa puissance et de sa religion, les populations du Yucatan en eurent également, quelques années avant que l’adelantado Montejo ne les conquît: dans les montagnes de Mani, qui sont de la province de Tutuxiu, un Indien, nommé Aheambal, et par sa charge Chilan, qui est celui qui a pour office de donner les réponses du démon[71], leur annonça publiquement qu’ils ne tarderaient pas d’être assujettis à une race étrangère, que cette race leur prêcherait un Dieu unique et la vertu d’un arbre qui, dans leur langue, s’appelle vahom-che, ce qui veut dire arbre érigé avec une grande vertu contre les démons.
Le successeur des Cocomes, nommé don Juan Cocom, depuis devenu chrétien, fut un homme d’une grande réputation, savant dans les sciences de son pays, d’une sagacité et d’une intelligence remarquables dans les choses naturelles; il pratiqua beaucoup l’auteur de ce livre, frère Diego de Landa, et lui raconta bien des faits concernant les antiquités de son histoire. Il lui montra, entre autres choses, un livre qui avait appartenu à son aïeul, descendant du Cocom[72] qu’ils avaient tué à Mayapan: on y voyait la peinture d’une bête fauve, et son aïeul lui avait dit que lorsqu’il viendrait dans cette contrée des bêtes fauves de cette espèce grande, car c’est ainsi qu’ils appelaient les vaches, le culte des dieux cesserait, ce qui s’était vérifié avec l’arrivée des grandes vaches que les Espagnols apportèrent dans la péninsule.
L’adelantado Francisco de Montejo était naturel de Salamanca et il passa aux Indes, après la fondation de la ville de Santo-Domingo, dans l’Ile Espagnole, ayant été auparavant quelque temps à Séville, où il laissa un fils encore enfant qui lui était né là. Etant venu à la ville de Cuba, où il gagnait sa vie, il s’y fit beaucoup d’amis parce qu’il était de bonne condition, et de ce nombre furent Diego Velasquez, gouverneur de cette île, et Hernando Cortès. A la suite de la nouvelle apportée par Francisco Hernandez de Cordoba, des riches contrées qu’il avait explorées, le gouverneur avait envoyé Francisco de Grijalva, son neveu, faire des échanges au Yucatan et découvrir de nouvelles terres, déterminant en même temps que Montejo accompagnerait Grijalva dans son expédition. Montejo mit à la mer un des navires avec des vivres en abondance; et comme il était riche, ainsi que les autres Espagnols qui, les seconds, explorèrent le Yucatan, il éprouva, en reconnaissant la côte de la péninsule, le désir de s’y enrichir de préférence à Cuba. Plus tard, voyant la détermination de Hernando Cortès, il le suivit de sa personne et de sa fortune, et Cortès lui confia le soin d’un navire, dont il le nomma capitaine. Arrivés dans le Yucatan, ils y prirent Geronimo de Aguilar, de la bouche duquel Montejo s’instruisit des choses de cette terre. Après son débarquement dans la Nouvelle Espagne, Cortès commença immédiatement à édifier la première localité espagnole, à laquelle il donna le nom de la Vera-Cruz, d’après l’insigne de sa bannière: Montejo, ayant été choisi pour un des alcaldes du roi dans cette ville, se conduisit avec beaucoup de prudence dans sa charge, ce que Cortès publia au retour de son voyage le long de la côte. C’est pourquoi il le dépêcha ensuite en Espagne, comme un des procureurs de cette colonie de la Nouvelle Espagne, afin de porter avec le quint royal au souverain, la relation de la terre nouvellement découverte et des choses qui commençaient à s’y faire.
A son arrivée à la cour de Castille, Montejo trouva pour président du conseil des Indes Juan Rodriguez de Fonseca, évêque de Burgos: celui-ci avait été indisposé méchamment contre Cortès par Diego Velasquez, gouverneur de Cuba, qui prétendait également au gouvernement de la Nouvelle Espagne, et la plupart des membres du conseil étaient également prévenus contre Cortès qui, à leur avis, loin d’envoyer de l’argent au roi, paraissait au contraire en demander. Comprenant qu’en l’absence de l’empereur, qui était en Flandre, les affaires de son chef prenaient une mauvaise tournure, il resta sept ans à travailler pour lui, de l’an 1519 jusqu’à l’an 1526, qu’il se rembarqua, et par sa persévérance il réussit à récuser le président et le pape Adrien qui était régent[73]; il parla à l’empereur avec tant de succès que l’on finit par dépêcher les affaires de Cortès, suivant la justice et la raison.
Que en este tiempo que Montejo estuvo en la corte negocio para si la conquista de Yucatan, aunque pudiera negociar otras cosas; y dieronle titulo de Adelantado y que assi se vino a Sevilla y llevo un sobrino suyo de treze años de su mismo nombre y que hallo en Sevilla a su hijo de edad de XXVIII años a quien llevo consigo y que trato palabras de casamiento con una señora de Sevilla viuda que era rica y assi pudo juntar D hombres, y los embarco en tres navios, y siguio su viage y aporto a Cuzmil, isla de Yucatan donde los indios no se alteraron, porque estavan domesticados con los españoles de Cortes; y que alli procuro saber muchos vocablos de los indios para entenderse con ellos, y que de alli navego a Yucatan, y tomo la possession, diziendo un Alferez suyo con la vandera en la mano: en nombre de Dios tomo la possession desta tierra por Dios y por el rey de Castilla.
Que desta manera se fue la costa abaxo, que estava bien poblada entonces, hasta llegar a Conil, pueblo de aquella costa y que los indios se espantaron de ver tantos cavallos y gente y que dieron aviso a toda la tierra de lo que passava y esperavan el fin que tenian los españoles.
Que los indios señores de la provincia de Chicaca vinieron al Adelantado a visitarle de paz y que fueron bien recibidos, entre los quales venia un hombre de grandes fuerças y que este quito un alfange a un negrillo que le llevava detras de su amo y quiso matar con el al Adelantado, el qual se defendio y se llegaron españoles y se apaziguo el ruydo y entendieron que era menester andar sobre aviso.
Que el Adelantado procuro entender qual era la mayor poblacion, y entendio que era la de Tecoh donde eran señores los Cheles, la qual estava en la costa la tierra abaxo por el camino que los españoles llevavan, y que los indios pensando que caminavan para salirse de la tierra, no se alteravan, ni les estorvavan el camino y que desta manera llegaron a Tecoch y que hallaron ser pueblo mayor y mejor que avian pensado, y que fue dichoso no ser señores de aquella tierra los Covohes de Champoton que siempre fueron de mas corage que los Cheles, los quales con el sacerdotio que les dura hasta oy, no son tan orgullosos como otros, y que por esto concedieron al Adelantado que pudiesse hazer un pueblo para su gente y les dieron para ello el assiento de Chicheniza, VII leguas de alli, que es muy excellente, y que desde alli fue conquistando la tierra, lo qual hizo facilmente porque los de Ahkinchel no le resistieron, y los de Tutuxiu le ayudaron y con esto los demas hizieron poca resistencia.
Que desta manera pidio el Adelantado gente para edificar en Chicheniza, y que en breve edifico un pueblo, haziendo las casas de madera y la cobertura de ciertas palmas y paja larga al uso de los indios. Y assi viendo que los indios servian sin pesadumbre, conto la gente de la tierra que era mucha y repartio los pueblos entre los españoles, y segun dizen a quien menos cabia alcanzava dos o tres mil indios de repartimiento y que assi començo a dar orden a los naturales, como avian de servir a aquella su cibdad y que no pluxo mucho a los indios, aunque dissimularon por entonces.
Dans le temps que Montejo resta à la cour, il négocia pour lui-même la conquête du Yucatan, quoiqu’il eût pu négocier des choses plus avantageuses. On lui donna le titre d’adelantado, après quoi il vint à Séville, où il prit avec lui un de ses neveux, âgé de treize ans et portant son nom: il trouva aussi à Séville son fils, qui avait alors vingt-huit ans et qu’il emmena également avec lui. En même temps, il travailla à arranger son mariage avec une dame de cette ville, veuve et riche, ce qui lui donna le moyen de réunir cinq cents hommes, qu’il embarqua dans trois navires. Il continua ensuite son voyage avec eux et aborda à Cuzmil, qui est une île du Yucatan: les Indiens ne s’émurent pas à son arrivée, accoutumés qu’ils étaient aux Espagnols de Cortès. Durant son séjour en cet endroit, il s’occupa d’apprendre un grand nombre de mots de leur langue, afin de s’entendre avec eux; ensuite, il mit à la voile pour le Yucatan, et son porte-drapeau prit possession du pays, le drapeau à la main, disant: «Au nom de Dieu, je prends possession de la terre pour Dieu et pour le roi de Castille!»
De cette manière, il descendit la côte, qui était alors fort peuplée, jusqu’à Conil, ville située dans cette direction[74]; mais les Indiens, alarmés à la vue de tant de gens et de chevaux, donnèrent avis à toute la terre de ce qui se passait, attendant la fin de l’entreprise des Espagnols.
Les seigneurs indigènes de la province de Chicaca[75] se présentèrent à l’adelantado avec des intentions pacifiques, et ils reçurent de lui un accueil bienveillant. A leur suite venait un homme qui se distinguait par sa force: il arracha un sabre à un nègre qui le portait en arrière de son maître, et voulut tuer l’adelantado qui se défendit; entre temps, les Espagnols arrivèrent, le bruit s’apaisa; mais ils comprirent qu’il fallait marcher en se tenant sur leurs gardes.
Ayant cherché à savoir quelle était la ville la plus considérable, on lui désigna celle de Tecoh, soumise à la seigneurie des Chèles[76], située sur la côte en bas, par le chemin que les Espagnols avaient pris. Les Indiens, s’imaginant qu’ils étaient en route pour sortir de la contrée, n’en prirent aucune alarme, et ne mirent point d’obstacle à leur marche; de cette manière, ils arrivèrent à Tecoh, qu’ils trouvèrent être une ville plus grande et plus belle qu’ils ne l’eussent pensé. Il était fort heureux que les chefs du pays ne fussent pas les Covohes de Champoton[77], qui s’étaient montrés constamment plus courageux que les Chèles; car ceux-ci, avec le sacerdoce qu’ils ont continué à garder jusqu’aujourd’hui[78], ne sont pas aussi orgueilleux que les autres. C’est ce qui fait qu’ils concédèrent à l’adelantado l’autorisation d’édifier une ville pour les gens de sa suite; ils lui donnèrent à cet effet le site de Chichen-Itza, à sept lieues de là, et qui est des meilleurs[79]. Il en partit ensuite pour soumettre le pays, ce qu’il fit avec facilité; les Ahkin-Chel ne lui offrant aucune résistance et les Tutuxius lui prêtant leur aide, les autres ne purent mettre que peu d’entraves à sa marche.
L’adelantado demanda alors du monde pour bâtir à Chichen-Itza, et en fort peu de temps il construisît une bourgade, faisant les maisons de bois et le toit d’une sorte de palmes fort grandes et de paille, dont se servaient les Indiens. Voyant donc que les Indiens obéissaient sans murmure, il se mit à dénombrer la population du pays, qui était considérable, et partagea les communes entre les Espagnols; on dit que le moins qu’ils eussent chacun en partage était deux ou trois mille Indiens; c’est ainsi qu’il commença à mettre ordre parmi les indigènes sur la manière dont ils avaient à faire leur service dans la nouvelle ville, ce qui ne plut que médiocrement aux Indiens, bien qu’ils ne le manifestassent pas pour le moment.
Que el Adelantado Montejo no poblo a proposito.... de quien tiene enemigos, porque estava muy lexos de la mar, para tener entrada y salida a Mexico y para las cosas de España; y que los indios pareciendoles una cosa dura servir a estrangeros donde ellos eran señores, començaron a offenderle por todas partes, aunque el se defendia con sus cavallos y gente, y les matava muchos; pero los indios se reforçavan cada dia y de manera que los vino a faltar la comida, y que al fin dexaron la cibdad una noche, poniendo un perro atado al badajo de la campana y un poco de pan apartado que no lo pudiesse alcançar, y que cançaron el dia antes a los indios con escaramuças para que no los siguiessen, y que el perro repicava la campana por alcançar el pan, lo qual hizo mucha maravilla en los indios, pensando que querian salir a ellos, y que despues de sabido, estavan muy corridos de la burla y acordaron seguir a los españoles por muchas partes por no saber el camino que llevavan; y que la gente que fue por aquel camino alcançaron a los españoles, dandoles mucha grita como a gente que huye y que seis de cavallo les esperaron en un raso y alcançaron muchos dellos y que uno de los indios asio de la pierna de un cavallo y le detuvo como si fuera un carnero, y que los españoles llegaron a Zilan que era muy hermoso pueblo cuyo señor era un mancebo de los Cheles ya christiano y amigo de españoles, el qual les trato bien y que estava cerca Ticokh, lo qual y todos los otros pueblos de aquella costa estavan en obediencia de los Cheles, y que assi los dexavan estar seguros algunos meses.
Que el Adelantado viendo que desde alli no se podia socorrer de las cosas de España, y que si los indios tomavan sobre ellos que serian perdidos, acordo de irse a Campeche y a Mexico, dexando a Yucatan sin gente y que avia desde Zilan a Campeche quarenta y ocho leguas muy pobladas de gente, y que dieron parte a Vamuxchel, señor de Zilan, y el se ofreció de asegurarles el camino y acompanarlos, y que el Adelantado trato con el tio deste señor que era señor de Yobain que le diesse dos hijos que tenia bien dispuestos para que le acompañasen, de manera que con estos mancebos primos hermanos los dos en colleras, y el de Zilan a cavallo llegaron seguros a Campeche donde fueron recebidos en paz y se despidieron los Cheles, y volviendose a sus pueblos, se cayo muerto el de Zilan, y que desde alli partieron para Mexico donde Cortes avia señalado repartimientos de indios al Adelantado aunque estava ausente.
Que llegado el Adelantado a Mexico con su hijo y sobrino llego luego a buscar suya doña Beatrix de Herrera su muger y una hija que en ella tenia, llamada doña Beatrix de Montejo con quien avia casado clandestinamente en Sevilla... y dizen algunos que la negava; pero don Antonio de Mendoça virey de la Nueva España se paso de por medio, y que assi la recibio y le embio el virey por governador de Honduras donde caso su hija con el licenciado Alonso Maldonado, presidente de la audiencia de los confines y que despues de algunos años le passaron a Chiapa desde donde embio a su hijo con poderes a Yucatan y la conquisto y pacifico.
Que este don Francisco hijo del adelantado se crio en la corte del rey catholico y que le truxo su padre quando bolvio a las Indias a la conquista de Yucatan y de alli fue con el a Mexico y que el virey don Antonio y el marques don Hernando Cortes le quisieron bien, y fue con el marques a la jornada de Caliphornia y que tornado le proveyo el virey para regir a Tabasco y se desposo con una señora llamada doña Andrea del Castillo que avia passado donzella a Mexico con parientes suyos.
C’est à dessein que l’adelantado n’occupa pas..........[80]; car il était trop loin de la mer pour entretenir des relations avec Mexico et recevoir des choses d’Espagne. Les Indiens, de leur côté, trouvant qu’il était dur de servir des étrangers là où ils étaient les maîtres, commençaient à l’offenser en toutes les occasions, quoiqu’il se défendît avec ses gens et ses chevaux et tuât un assez grand nombre d’ennemis. Mais les Indiens reprenaient courage chaque jour: les vivres venant à manquer aux Espagnols, ils se décidèrent à abandonner la ville pendant la nuit: ils attachèrent un chien au battant de la cloche, avec un peu de pain à distance, de manière à ce que l’animal n’y pût atteindre, ayant le jour d’avant fatigué les Indiens par des escarmouches, afin qu’ils ne se missent pas à les suivre. Le chien sonnait la cloche pour tâcher de happer le pain, ce qui étonnait grandement les Indiens s’imaginant que les Espagnols s’apprêtaient à faire une sortie contre eux. Mais en apprenant ensuite ce qui avait eu lieu, furieux du tour qu’on leur avait joué, ils se résolurent à courir de tous les côtés à la fois après les Espagnols, ne sachant par quel chemin ils s’étaient dirigés. Ceux qui parvinrent à les rejoindre, leur tombèrent dessus avec de grands cris comme sur des fuyards; mais six cavaliers les attendirent dans une plaine et en tuèrent un grand nombre à coups de lance. Un Indien, entre autres, saisit un cheval par une jambe et le retint quelque temps, comme si c’eût été un mouton. Les Espagnols arrivèrent enfin à Zilan, qui est une fort belle ville, dont le seigneur était un jeune homme de la famille des Chèles, déjà chrétien et ami des Espagnols. Celui-ci les traita avec beaucoup de bienveillance; comme Ticokh était près de là, et que cette ville, ainsi que toutes les autres localités de cette côte, relevait de la seigneurie des Chèles, ils les laissèrent tranquilles durant plusieurs mois.
Considérant qu’il lui était impossible, en ce lieu, de recevoir aucun secours d’Espagne, qu’en cas d’un soulèvement des Indiens, ils seraient inévitablement perdus, l’adelantado prit la résolution de partir pour Campêche et Mexico, abandonnant entièrement le Yucatan avec son monde. De Zilan à Campêche, il y a quarante-huit lieues. Ayant fait part de son dessein à Vamux-Chel, seigneur de Zilan[81], celui-ci s’offrit à assurer le chemin et à accompagner les Espagnols: l’adelantado traita l’affaire avec un oncle de ce seigneur qui était seigneur de Yobaïn[82], et obtint qu’il lui donnât pour l’accompagner deux fils qu’il avait, jeunes gens de fort bonne mine. De cette façon, ayant placé ces deux jeunes princes en croupe et celui de Zilan à cheval, il arriva en sécurité avec eux à Campêche, où il fut reçu pacifiquement ainsi que son monde. Là, les Espagnols prirent congé des Chèles; mais le prince de Zilan tomba mort en s’en retournant dans ses États. L’adelantado partit pour Mexico où Cortès lui avait signalé des Indiens en partage, quoiqu’il fût absent.
L’adelantado étant arrivé à Mexico, avec son fils et son neveu, se mit aussitôt à la recherche de doña Beatrix de Herrera, sa femme, avec qui il s’était marié clandestinement à Séville, ainsi qu’une fille qu’il avait d’elle, nommée doña Beatrix de Montejo. D’autres disent qu’il refusait de la reconnaître pour son épouse, mais que don Antonio de Mendoza, vice-roi de la Nouvelle Espagne, s’entremit pour les mettre d’accord et la fit recevoir. Le vice-roi l’envoya ensuite comme gouverneur en Honduras, et là sa fille épousa le licencié Alonso de Maldonado, président de l’Audience des Confins[83]. Quelques années après, il fut transféré au gouvernement de Chiapa, d’où Montejo envoya son fils avec ses pouvoirs au Yucatan, et celui-ci en fit la conquête et pacifia le pays.
Ce même don Francisco, fils de l’adelantado, avait été élevé à la cour du roi catholique: son père l’emmena avec lui, lorsqu’il retourna aux Indes, pour la conquête du Yucatan, d’où ils allèrent ensuite ensemble à Mexico. Le vice-roi don Antonio et le marquis Hernando Cortès avaient pour lui beaucoup d’affection, c’est ce qui fit que le marquis l’emmena à son tour dans son expédition de la Californie. A son retour à Mexico, il fut pourvu par le vice-roi du poste de gouverneur de Tabasco, et il y épousa une dame nommée doña Andrea del Castillo, laquelle était venue fille à Mexico, avec ses parents.
Que salidos los españoles de Yucatan, falto el agua en la tierra, y que por aver gastado sin orden su maiz en las guerras de españoles, les sobrevino gran hambre, tanto que vinieron a comer cortezas de arboles, en especial de uno que llaman cumché, que es fofo por de dentro y blando, y que por esta hambre los Xiuis, que son los señores de Mani acordaron hazer un sacrificio solemne a los idolos, llevando ciertos esclavos y esclavas a echar en el pozo de Chicheniza y que avian de pasar por el pueblo de los señores Cocomes sus capitales enemigos, y que pensando que en tal tiempo no renovarian las passiones viejas, les embiaron a rogar que les dexassen passar por su tierra y que los Cocomes les engañaron con buena respuesta: y que dandoles posada a todo juntos en una gran casa les pegaron fuego y mataron a los que escapavan y que por esto uvo grandes guerras; y que se les recrecio langosta por espacio de cinco años que no les dexava cosa verde, y que vinieron a tanta hambre que se cayan muertos por los caminos, de manera que quando los españoles volvieron, no conocian la tierra, aunque en otros quatro años buenos despues de la langosta se avian algo mejorado.
Que este don Francisco se partio para Yucatan por los rios de Tabasco y entro por las lagunas de dos bocas y que el pueblo primero que topo fué Champoton con cuyo señor llamado Mochkovoh le fue mal a Francisco Hernandez y a Grijalva; y por ser ya muerto, no uvo alli resistencia, antes los deste pueblo sustentaron a don Francisco y a su gente dos años en el qual tiempo no pudo passar adelante por la mucha resistencia que hallava, y que despues passo a Campeche y vino a tener mucha amistad con los de aquel pueblo. De manera que con su ayuda y de los de Champoton acabo la conquista prometiendoles que serian remunerados del rey por su mucha fidelidad, aunque hasta agora el rey no lo ha cumplido.
Que la resistencia no fue bastante para que don Francisco dexasse de llegar con su exercito a Tiho, donde se poblo la cibdad de Merida, y que dexando el bagage en Merida començaron a proseguir su conquista embiando capitanes a diversas partes, y que don Francisco embio a su primo Francisco de Montejo a la villa de Valladolid, para pacificar los pueblos que estavan algo rebeldes, y para poblar aquella villa como aora esta poblada. Y que poblo en Chectemal la villa de Salamanca, y que tenia ya poblado a Campeche, y dio orden en el servicio de los indios y en el govierno de los españoles, hasta que el Adelantado su padre vino a governar desde Chiapa con su muger y casa y fue bien recebido en Campeche y llamo a la villa Sant Francisco por su nombre, y despues passo a la cibdad de Merida.
Après le départ des Espagnols du Yucatan, l’eau manqua à la terre: comme les habitants avaient gaspillé le maïs dans les guerres avec l’étranger, il y eut une si grande famine, qu’ils en vinrent à manger des écorces d’arbre, en particulier de celui qu’ils appellent cum-ché, dont l’intérieur est mou et tendre. Par suite de cette famine, les Xiuis, qui sont les princes de Mani, résolurent d’offrir un sacrifice solennel aux idoles, emmenant avec eux des esclaves des deux sexes, pour les jeter dans le puits de Chichen-Itza. Comme ils devaient, à cet effet, traverser une localité appartenant aux princes Cocom, leurs ennemis déclarés, s’imaginant qu’en de telles circonstances ceux-ci ne renouvelleraient pas les haines antiques, ils leur envoyèrent demander de les laisser passer par leurs terres, à quoi les Cocomes répondirent, avec une apparente cordialité, afin de les attirer dans le piége. Ils les reçurent tous ensemble dans une grande maison, à laquelle ils mirent ensuite le feu, massacrant ceux qui parvenaient à se sauver des flammes[84]. Cette trahison donna lieu à une recrudescence d’hostilités; il y eut en même temps une invasion de sauterelles cinq années successivement, durant lesquelles il ne resta rien de vert; ce qui causa une telle famine, que les gens tombaient morts dans les chemins, en sorte que lorsque les Espagnols retournèrent, ils ne reconnaissaient plus le pays, bien que quatre années d’abondance eussent remédié, tant soit peu, à la ruine occasionnée par les sauterelles.
Don Francisco, fils de l’adelantado, se mit en chemin pour le Yucatan, par les rivières de Tabasco; étant entré dans les lagunes de Dos Bocas[85], la première localité qu’il toucha fut Champoton, dont le seigneur Mochcovoh avait si mal reçu auparavant Francisco Hernandez et Grijalva. Mais celui-ci était mort. Don Francisco n’éprouva de leur part aucune résistance; ils le nourrirent, au contraire, lui et ses gens, pendant deux années qu’il y demeura, sans pouvoir marcher en avant, à cause de la grande opposition qu’on lui faisait plus loin. Il passa ensuite à Campêche, dont les habitants s’allièrent à lui solidement: à l’aide de ceux de cette ville et de Champoton, il acheva ainsi la conquête du pays, leur promettant, aux uns et aux autres, qu’ils seraient récompensés par le roi, pour leur fidélité, bien que jusqu’aujourd’hui le roi n’ait pas encore pensé à remplir cet engagement.
Cette résistance fut, par conséquent, insuffisante pour empêcher don Francisco d’arriver avec son armée jusqu’à Tiho, où il établit la cité de Mérida[86]. Laissant les bagages dans cette ville, il commença à poursuivre sa conquête, dirigeant des capitaines en différentes parties du pays, envoya son cousin Francisco de Montejo à la ville de Valladolid, afin de pacifier les populations qui se montraient quelque peu rebelles et pour coloniser cette ville de la manière qu’elle est occupée actuellement: il établit pareillement à Chectemal la ville de Salamanca, et comme il occupait déjà Campêche, il régularisa le service des Indiens et le gouvernement des Espagnols, jusqu’à l’arrivée de son père l’adelantado: celui-ci vint alors de Chiapa, avec sa femme et sa maison, afin de prendre les rênes de l’autorité; il fut parfaitement reçu à Campêche, qu’il appela de son nom la ville de San-Francisco, et se transporta ensuite à la cité de Mérida.
Que los indios recibian pesadamente el iugo de la servidumbre; mas los españoles tenian bien repartidos sus pueblos que abraçavan la tierra, aunque no faltava entre los indios quien los alterasse, sobre lo qual se hizieron castigos muy crueles, que fue causa que se apocasse la gente. Quemaron vivos algunos principales de la provincia de Cupul, y ahorcaron otros. Hizose informacion contra los de Yobain, pueblo de los Cheles, y prendieron la gente principal y metieronlos en una casa en cepos y pegaron fuego a la casa y se abrasaron vivos con la mayor inhumanidad del mundo, y dize este Diego de Landa que el vio un gran arbol cerca del pueblo en el qual un capitan ahorco muchas mugeres indias de las ramas, y de los pies dellas los niños sus hijos y que en este mismo pueblo, y en otro que dizen Verey, dos leguas del, ahorcaron dos indias la una donzella, y la otra rezien casada, no por otra culpa, sino porque eran muy hermosas, y temian que se rebolveria el real de los españoles sobre ellas, y porque pensassen los indios que no se les dava nada a los españoles de las mugeres, y que destas dos ay mucha memoria entre los indios y españoles por su gran hermosura y por la crueldad con que las mataron.
Que se alteraron los indios de la provincia de Cochua y Chectemal y que los españoles los apaziguaron de tal manera que siendo dos provincias las mas pobladas y llenas de gente, quedaron las mas desventuradas de toda aquella tierra, haziendo en ellas crueldades inauditas, cortando manos, braços, y piernas, y a las mugeres los pechos y echandolas en lagunas hondas con calabaças atadas a los pies, y dando de estocadas a niños porque no andavan tanto como las madres; y si los que llevavan en colleras enfermavan, o no andavan tanto como los otros, cortavanles entre los otros las cabeças por no pararse a soltarlos, y que trayan gran numero de mugeres y nombres captivos para su servicio con semejantes tratamientos. Y que sa afirma que don Francisco de Montejo no hizo ninguna destas crueldades, ni se hallo a ellas, antes le parecieron muy mal, pero que no pudo mas.
Que los españoles se desculpan con dezir que siendo ellos pocos, no podian sujetar tanta gente sin ponerles miedo con castigos terribles y traen exemplo de historias y de la passada de los Hebreos a la tierra de promission con grandes crueldades, por mandado de Dios, y que por otra parte tenian razon los indios de defender su libertad, y confiar en los capitanes que tenian muy valientes para entre ellos y pensavan que assi serian contra los españoles.
Que cuentan de un ballestero español y de un flechero indio que por ser muy diestros el uno y el otro se procuravan matar y no podian tomarse descuidados, y que el español fingio descuidarse puesta la una rodilla en tierra, y que el indio le dio un flechazo por la mano que le subio el braço arriba y le aparto las canillas una de otra, y que al mismo tiempo solto el español la ballesta y dio al indio por los pechos; y que sintiendose herido de muerte, porque no dixessen que español le avia muerto, corto un bexuco que es como minbre y muy mas largo, y se ahorco a vista de todos con el; y que destas valentias ay muchos exemplos.
Ce n’était pas sans douleur que les Indiens voyaient s’appesantir sur eux le joug de la servitude: mais les Espagnols tenaient leurs communes habilement réparties sur toute l’étendue du pays. Il n’en manqua cependant pas d’entre les Indiens qui excitassent leurs frères à la révolte, à quoi ceux-là répondirent par des châtiments cruels qui causèrent une diminution sensible dans la population. Quelques-uns des principaux seigneurs de la province de Cupul furent brûlés vifs et d’autres pendus. On fit une information juridique contre ceux de Yobaïn, ville des Chèles; on se saisit des plus distingués d’entre les chefs et on les mit aux fers, dans une maison, qu’ensuite on livra aux flammes. Ces infortunés furent brûlés vivants dans l’embrasement avec la plus grande inhumanité du monde, et ce Diego de Landa dit qu’il vit, près de cette ville, un grand arbre aux branches duquel un officier pendit un grand nombre de femmes indiennes, en pendant, en outre, leurs petits enfants à leurs pieds. Dans cette même ville et dans une autre du nom de Verey, à deux lieues de celle-là, ils pendirent deux Indiennes, l’une encore vierge, et l’autre mariée récemment, qui n’avaient d’autre crime que leur beauté. Ce fut au point que l’on craignit que les Espagnols ne se révoltassent eux-mêmes contre leurs chefs, à cause de ces femmes: les capitaines qui commandèrent cette barbarie n’en agirent de cette sorte que pour laisser croire aux Indiens que les Espagnols étaient insensibles à leurs femmes: aussi le souvenir de la beauté de ces deux victimes et la cruauté de ceux qui les condamnèrent, n’est-elle pas restée moins vivante parmi les Espagnols, que parmi les Indiens eux-mêmes[87].
Les Indiens des provinces de Cochua et de Chectemal s’étant soulevés, les Espagnols les pacifièrent si bien, que ces deux provinces, qui étaient auparavant les plus peuplées et les plus remplies de monde, demeurèrent les plus désolées de toute la contrée; ils commirent des cruautés inouïes, tranchant les mains, bras et jambes, coupant les mamelles aux femmes, les jetant dans des lagunes profondes avec des calebasses attachées aux pieds, frappant à coups de crosse les petits enfants, parce qu’ils ne marchaient pas aussi vite que leurs mères. Quant à ceux qu’ils emmenaient à la chaîne, s’ils devenaient malades et n’allaient pas comme les autres, ils leur coupaient la tête au milieu des autres pour ne pas se donner la peine de s’arrêter et de les délier; c’est avec ces traitements inhumains qu’ils traînaient à leur suite pour leur service un grand nombre d’hommes et de femmes qu’ils avaient réduits en esclavage. On affirme, cependant, que don Francisco de Montejo n’eut à se reprocher aucune de ces barbaries, et qu’il ne s’en commit jamais en sa présence; loin de là, il les condamna toujours, mais ne fut pas assez puissant pour y mettre un frein.
Les Espagnols s’efforcent de se disculper à ce sujet, en disant qu’étant en petit nombre, ils n’auraient pu soumettre tant de monde, s’ils ne leur avaient imposé par la terreur de ces terribles châtiments: ils apportent pour exemple l’histoire, comme aussi le passage des Hébreux à la terre de promission, où il y eut de si grandes cruautés commises par ordre de Dieu; mais, de leur côté, les Indiens avaient raison de chercher à défendre leur liberté et de mettre leur confiance dans les vaillants chefs qu’ils avaient parmi eux, dans l’espoir de se délivrer ainsi des Espagnols.
On raconte d’un arbalétrier espagnol et d’un archer indien, l’un et l’autre également adroits, que depuis quelque temps ils cherchaient à se surprendre mutuellement, mais qu’ils n’avaient pu réussir jusque-là à se trouver en défaut de vigilance. L’Espagnol feignant un jour de s’oublier un moment, mit un genou en terre: l’Indien lui lança alors une flèche à la main qui lui fit monter le bras et entr’ouvrir les jambes; mais au même instant l’Espagnol lâcha son coup d’arbalète à travers la poitrine de l’Indien; se sentant blessé à mort, celui-ci ne voulant pas qu’on pût dire qu’un Espagnol l’avait tué, coupa une liane, semblable à de l’osier, mais fort longue, et s’y pendit en vue de tous; et de ces actes de courage il y a un grand nombre d’exemples.
Que antes que los españoles ganassen aquella tierra vivian los naturales juntos en pueblos con mucha policia y que tenian la tierra muy limpia y desmontada de malas plantas, y puestos muy buenos arboles. Y que la habitacion era de esta manera: en medio del pueblo estavan los templos con hermosas plaças y entorno de los templos estavan las casas de los señores y de los sacerdotes, y luego la gente mas principal; y que assi yvan los mas ricos y estimados mas cercanos a estos y a los fines del pueblo estavan las casas de la gente mas baxa. Y que los pozos donde avia pocos estavan cerca de las casas de los señores, y que tenian sus heredades plantadas de los arboles de vino y sembrado con algodon, pimienta y maiz, y que vivian en estas congregaciones por miedo de sus enemigos que los captivavan, y que por las guerras de los españoles se desparzieron por los montes.
Que los indios de Valladolid por sus malas costumbres, o por el mal tratamiento de los españoles se conjuraron de matar a los españoles quando se dividian a cobrar sus tributos y que en un dia mataron a 17 españoles, y 400 criados de los muertos y de los que quedaron vivos, y que luego embiaron algunos braços y pies por toda la tierra en señal de lo que avian hecho, para que se alçassen: mas no lo quisieron hazer y con esto pudo el Adelantado socorrer a los españoles de Valladolid y castigar a los indios.
Que el Adelantado tuvo desasosiego con los de Merida y muy mayores con la cedula del emperador con la qual privo de indios a todos los governadores, y que fue un receptor a Yucatan y quito al Adelantado los indios y los puso en cabeça del rey, y que tras esto le tomaron residencias a la Audiencia real de Mexico la qual le remitio al Consejo real de Indias en España, donde murio, lleno de dias y trabajos, y dexo a su muger doña Beatriz en Yucatan mas rica que el, y a don Francisco de Montejo su hijo casado en Yucatan y a su hija doña Catalina casada con el licenciado Alonso Maldonado presidente de las Audiencias de Honduras y Santo Domingo de la Isla Española, y a don Juan de Montejo español, y a don Diego mestizo que uvo en una india.
Que este don Francisco despues que dexo el govierno a su padre el Adelantado, vivio en su casa como un particular vezino, quanto al govierno, aunque muy respetado de todos por aver conquistado, repartido y regido aquella tierra; fue a Guatimala con su residencia y torno a casa. Tuvo por hijos a don Juan de Montejo que caso con doña Isabel, natural de Salamanca, y a doña Beatriz de Montejo (que caso con) su tio primo hermano de su padre, y a doña Francisca de Montejo que caso con don Carlos de Avellano, natural de Guadalaxara. Murio de larga enfermedad despues de averlos visto a todos casados.