Dans les anciennes grammaires, le préfixe xibil désigne ordinairement le mâle parmi les animaux, et çhupul la femelle[7].

Le pluriel, dans les noms, se forme par l’addition de la particule ob au singulier. Ex.: Zayab, fontaine, zayabob, des fontaines[8]. On verra plus loin de quelle manière se forme le pluriel dans les pronoms.

L’adjectif est, comme le substantif, indéclinable. Lorsqu’il qualifie le substantif, il doit toujours le précéder et c’est une corruption espagnole que de le mettre à la suite des mots qu’il qualifie, comme on le voit dans quelques ouvrages modernes[9]. Dans les ouvrages anciens, quelquefois il se présente dans sa simplicité, comme par exemple: Utz uinic, homme bon; mais le plus souvent, il se complète pour se déterminer avec les affixes al, el, il, ol, ul, qui varient quelquefois avec la voyelle radicale. Ex.: Utzul xçhupal, bonne fille. Un autre affixe déterminatif qu’on trouve dans les ouvrages anciens est la particule en. Ex.: Kuyen uincob, hommes saints.

Entre les adjectifs, il y en a qui dérivent des verbes et sont terminés en nac; pour former le pluriel, ils changent leurs deux dernières syllabes en lac: ainsi, banacnac fait banlac; kinicnac fait kinlac, etc.

Lorsque l’adjectif précède immédiatement le nom qu’il qualifie, ce dernier seul prend le signe du pluriel. Ex.: Kazil batabob, de méchants seigneurs. Le contraire est une corruption tout à fait moderne[10].

DES DEGRÉS DE COMPARAISON.

Le comparatif s’exprime de différentes manières: au moyen de l’adjectif déterminé en il, précédé de l’article possessif u, souvent changé aujourd’hui en i ou y devant les voyelles. Ex.: U lobol Pedro cexma Luiz, Pierre est plus méchant que Louis (mot à mot: sa méchanceté de Pierre et non de Louis).

Les adverbes azab, paynum, hach, etc., s’emploient dans un sens analogue. Ex.: Azab ou paynum utz (et non yutzul) Pedro cexma Juan, Pierre (est) meilleur que Jean. On dit aussi: Utz Juan paynum yokol Pedro, Jean (est) fort bon au-dessus de Pierre. Aujourd’hui que la langue a subi quelque légère altération, on dit très-bien: Pedro lay hach kaz ema Juan, littéralement: Pierre est fort bon que non Jean. On dira de la même manière: Antonio lay com zakol ema Luiz, Antoine est moins industrieux que non Louis.

Pour former le superlatif, on emploie les mots hach, tipáan, beaucoup, très, fort. Ex.: Lob, mauvais; hach lob, très-mauvais, etc.

Les prépositions tial, oklal, men, menel, par, pour, à; ti, etel, yetel, etum, avec; ti, t’, dans, sont souvent unies aux noms ou pronoms; mais, dans ce dernier cas, ils viennent après les pronoms.

DU PRONOM.

Les auteurs anciens partageaient en quatre classes distinctes les pronoms, qui tous servaient à conjuguer les verbes. Il faut observer seulement, que ceux des deux dernières classes du tableau suivant sont employés également unis aux noms, comme pronoms possessifs, mais qu’ils ne vont jamais seuls ou comme pronoms absolument.

1ʳᵉ CLASSE. 2ᵉ CLASSE. 3ᵉ CLASSE. 4ᵉ CLASSE.
Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur.
1ʳᵉ pers. ten. tu on, toon. en. on. in. ca. u. ca.
2ᵉ — tech. teex. ech. ex. a. a ex. au. a uex.
3ᵉ — lay. loob. laylo. ob. u. u ob. y. y ob.

Les pronoms de la troisième et de la quatrième catégories, qu’on s’en serve, soit dans les conjugaisons, soit comme pronoms possessifs, ont toujours le même emploi; la seule différence à observer, c’est que ceux de la troisième catégorie ne servent que lorsque le mot auquel ils se joignent, nom ou verbe, commence par une consonne, et ceux de la quatrième, lorsque le mot commence par une voyelle.

On remarquera également que la seconde et la troisième personnes du troisième et du quatrième pronoms forment leur pluriel, en ajoutant ex ou ob au singulier; unis à un verbe ou à un nom, ces signes suivent toujours le nom ou le verbe. Quand ils servent de pronoms possessifs, les pronoms radicaux a, u, devant une consonne, au, y, devant une voyelle, se séparent des signes du pluriel ex et ob, qui se mettent toujours après le nom. Si ce nom lui-même est au pluriel, ayant par conséquent la terminaison ob, le pronom possessif change ob en loob, comme celui de la première catégorie.

EXEMPLE.

in çhac, mon lit. in çhacob, mes lits. u al, ma fille.
a çhac, ton lit. a çhacob, tes lits. au al, ta fille.
u çhac, son lit. u çhacob, ses lits. y’al, sa fille.
ca çhac, notre lit. ca çhacob, nos lits. ca al (c’al), notre fille.
a çhac-ex, votre lit. a çhacob-ex, vos lits. au al-ex, votre fille.
u çhac-ob, leur lit. u çhacob-loob, leurs lits. y’al-ob, leur fille.

Dans les grammaires modernes de la langue maya, on trouve pour pronoms de la première personne, au pluriel, c’toon, c’toneex, nous; de la seconde, téex, teexé, vous, pour le masculin; xtoon, xtoneex, nous; xteex, vous, au féminin. Au lieu de la troisième personne du singulier lay, on trouve plus fréquemment leti, letile, il, xleti, elle; letioob, ils, xletioob, elles.

est un pronom de la troisième personne pour tous les genres et tous les nombres dans les verbes réfléchis. Le pronom réfléchi se forme en ajoutant ba aux pronoms de la troisième catégorie: inba, moi-même; aba, toi-même; uba, lui-même; caba, nous-mêmes, etc. Ce pronom s’ajoute dans la conjugaison de tous les verbes réfléchis. Ex.: Cimzah, tuer; cimzahba, se tuer.[11]

Ajoutons ici, en passant, que les pronoms possessifs de la troisième et de la quatrième catégories s’unissent aux prépositions, citées plus haut, de la manière suivante: In-tial, par ou pour moi; a-tial, par ou pour toi; u-tial, par ou pour lui; u-oklal, sur moi; au-oklal, sur toi, etc.

Dans les grammaires modernes, on trouve aussi: In-tilil, pour mon ou le mien; a-tial, pour ton ou le tien; u-tilil, son ou le sien; in-tiil, le mien. Tous ces pronoms possessifs suivent la variation des genres et des nombres comme les précédents, à très-peu de différence près.

En fait de pronoms relatifs, nous trouvons ca, mac, maax, qui, quoi, lequel, ce qui, etc., maxaob au pluriel; maxtiil, dont, de qui; xmaac, maaclo, de qui; xmaxtiil, desquelles, au féminin, etc.

Entre les pronoms interrogatifs et d’admiration: Baax? maax? maac? qui? quoi? Ex.: Maax bin ú tucule? Qui le penserait?—Bic numia! Quel ennui!—Pronoms disjonctifs: Bic ú chaic hunppel ɔon, chacun prend une arme.—Ca hancech ema hancech, que vous mangiez ou non.

Pronoms indéfinis: Uamac, quelqu’un; mixmac, personne; uamax, qui que ce soit; cexmac, quoi que ce soit; cexma-calmac, quelque sorte; mixbaal, rien; yaab, beaucoup; ɔeɔec, peu; heɔani, un tel, certain, etc.

DU VERBE.

Les grammairiens primitifs de la langue maya admettent quatre conjugaisons; mais il est aisé de reconnaître qu’il n’y a de différence réelle qu’entre les verbes intransitifs ou neutres et les verbes transitifs ou actifs. Les variations qu’on y observe, d’ailleurs, se rapportent soit aux différents pronoms qui les suivent ou les précèdent, soit aux particules qui distinguent les différents temps. L’insuffisance des documents que nous avons entre les mains ne nous permet malheureusement pas de juger exactement des conditions de cette langue; nous n’y découvrons pas, jusqu’à présent, cette richesse et cette élégance de formes que nous avons trouvées dans les verbes de la langue quichée, bien qu’il s’y trouve des analogies très-frappantes avec celle-ci et que nous signalerons à l’occasion.

Gallatin, interprétant la grammaire de Beltran, comprend dans la première conjugaison maya tous les verbes neutres ou intransitifs; les trois autres, selon lui, ne sont que des subdivisions du verbe actif ou transitif. Ces trois dernières conjugaisons ont précisément, dans tous leurs temps et modes, les mêmes pronoms; il n’y a d’autre différence entre eux que les particules, qui distinguent les temps simples: ces temps sont le présent, le prétérit et le futur simple de l’indicatif, l’impératif et le présent de l’infinitif.

Dans la première, le prétérit défini termine en i et le futur simple en nac; le présent et l’infinitif, à peu d’exceptions près, finissent en al, el, il, ol, ul, ajouté à la racine du verbe, particularité qui s’applique également aux verbes actifs, quand ils deviennent absolus ou intransitifs, c’est-à-dire quand l’action ne passe pas du sujet à un objet quelconque. C’est pourquoi Beltran dit que tous les verbes des trois dernières conjugaisons peuvent, au besoin, être conjugués comme s’ils appartenaient à la première.

Ainsi uen, racine du verbe neutre dormir, fait uenel; kam, racine du verbe actif kamah, recevoir, fait kamal, etc. Mais ce que ni les auteurs qui ont traité de cette langue, ni Gallatin, ne se sont expliqué, c’est que les terminaisons en l indiquent tout simplement un participe présent, absolument semblable à celui qui existe dans le quiché et dans plusieurs autres langues de l’Amérique centrale[12]. Ce qui rend cette remarque plus sensible ici, c’est que le verbe nacal, se lever, cité comme exemple dans Beltran, est, ainsi que tous les autres verbes neutres, suivi de la particule cah, qui n’est autre qu’un verbe substantif être inusité[13]. Ex.: Uenel in cah représente exactement ces mots: Dormant je suis. Dans la grammaire moderne de Ruz, il y a: Ten in binel, je vais; mot-à-mot: actuellement, moi allant. Cette observation s’applique à tous les verbes actifs dans leur mode absolu ou intransitif. Je pourrais dire ainsi du verbe hantaal, manger. Ex.: Ten hantic in uail, je mange mon pain. Mais si je veux exprimer d’une manière absolue que je mange, sans dire quoi, je dis: Hanal in cah, mangeant je suis.

La seconde conjugaison comprendrait tous les verbes transitifs de plus d’une syllabe, dont l’infinitif et le présent sont terminés en z et le prétérit en ah, comme cambez, cambezah. Dans la troisième seraient renfermés tous les verbes transitifs monosyllabiques formant leur prétérit en ajoutant ah, comme kaam, recevoir, kamah, et le futur en e ou en ab, indistinctement, kamé ou kamab. Enfin, dans la quatrième, tous ceux de plus d’une syllabe qui ne terminent pas en z. Norman[14] ajoute ici, d’après Beltran, que ces verbes forment leur prétérit en tah, sans rien y changer, lorsque l’infinitif est en tah et que le futur se forme par l’addition de . Ex.: Tzolthan, interpréter, fait au prétérit tzolthantah et au futur tzolthanté.

Dans la grammaire moderne de Ruz, en dehors des verbes auxiliaires laytál, être, et yantál, avoir, on trouve le verbe divisé en trois conjugaisons: la première, dont l’infinitif termine en al, comme yacuntáal, aimer; la seconde en el, comme binel, aller, et la troisième en ic, comme zahtic, craindre[15]. Mais ces trois divisions sont également illusoires et sans objet. Autant qu’il nous est possible d’en juger, le verbe actif ne saurait avoir d’autre division régulière que celle que nous venons d’exposer d’après Beltran et que nous allons reproduire dans les tableaux ci-joints, suivis des verbes yantál, avoir, et de laytál, être, d’après la grammaire de Ruz.

TABLE PREMIÈRE.

Exemple des temps simples de la première et de la deuxième conjugaison.

INFINITIF.
Première conjugaison. Deuxième conjugaison.
Sing. 1ʳᵉ pers. nacal in cah. ten cambezic.
2ᵉ — nacal a cah. tech cambezic.
3ᵉ — nacal u cah. lay cambezic.
Plur. 1ʳᵉ — nacal ca cah. toon cambezic.
2ᵉ — nacal a cah-ex. teex cambezic.
3ᵉ — nacal u cah-ob. loob cambezic.
PRÉTÉRIT DÉFINI.
Sing. 1ʳᵉ pers. nac-en. in cambezah.
2ᵉ — nac-ech. a cambezah.
3ᵉ — nac-i. u cambezah.
Plur. 1ʳᵉ — nac-on. ca cambezah.
2ᵉ — nac-ex. a cambezah-ex.
3ᵉ — nac-ob. u cambezah-ob[16].
FUTUR SIMPLE.
Sing. 1ʳᵉ pers. bin nacac-en. bin in cambez.
2ᵉ — bin nacac-ech. bin a cambez.
3ᵉ — bin nacac. bin u cambez.
Plur. 1ʳᵉ — bin nacac-on. bin ca cambez.
2ᵉ — bin nacac-ex. bin a cambez-ex.
3ᵉ — bin nacac-ob. bin u cambez-ob.
IMPÉRATIF.
Sing. 2ᵉ pers. nacen. cambez.
3ᵉ — nacac. u cambez.
Plur. 2ᵉ — nacen-ex. cambez-ex.
3ᵉ — nacac. u cambez-ob.

La troisième conjugaison, dans Beltran, ne diffère de la seconde que par l’addition de la lettre e à la racine du verbe, au futur simple, et dans les temps qui en sont dérivés. Dans la quatrième conjugaison, les particules tic, tah et te se substituent au présent, au prétérit et au futur simple, aux finales ic, ah, e, de la troisième.

Dans l’ensemble des quatre conjugaisons, les temps simples, pas plus que les temps composés, ne varient autrement dans chaque temps en particulier que par les personnes et les signes du pluriel dans les pronoms; la seule exception est que, dans la troisième personne singulière du prétérit de la première conjugaison, dans le plus-que-parfait et le futur composé, le pronom est omis, et qu’un i est ajouté comme finale au verbe, comme nac, naci[17].

La seconde et la troisième personnes plurielles de la troisième classe des pronoms sont aex, uob: observons que chaque fois que ces pronoms se présentent dans les conjugaisons, les signes du pluriel ex, ob se détachent des pronoms a, u, qui restent devant le verbe, et ex et ob se placent à la fin des mots. Le trait d’union que nous y avons mis dans le tableau ci-dessus, n’est là que pour distinguer les pronoms et les particules des temps du corps et des inflexions du verbe.

TABLE DEUXIÈME (D’APRÈS BELTRAN).

Le tableau suivant indique, d’après Beltran, la première personne de chaque temps simple ou composé de l’indicatif et du subjonctif; la troisième du prétérit défini, la seconde et la troisième de l’impératif.

Première conjugaison. Deuxième conjugaison.
Indicatif présent. nacal in cah. ten cambezic.
Imparfait. nacal in cah cuchi. ten cambezic-cuchi.
1ʳᵉ pers. Prétérit. nac-en. in cambezah.
3ᵉ — — nac-i. u cambezah.
Plus-que-parfait. nac-en ili cuchi. in cambezah ili-cuchi.
Futur simple. bin nacac-en. bin in cambez.
Futur composé. nac-en ili cochom. in cambezah ili-cochom.
2ᵉ pers. sing. Impér. nac-en. cambez.
3ᵉ — — nacac. u cambez.
Subjonctif présent. ten nacac-en. ten in cambez.
Imparfait. hi nacac-en. hihuil in cambez.
Prétérit. hihuil nacac-en cuchi. hihuil in cambez cuchi.
Plus-que-parfait. hi nacac-en ili cuchi. hihuil in cambezili cuchi.
Futur. hi nacac-en ili cochom. hihuil in cambez cochom.
Infinitif. nacal, se lever. cambez, instruire.
Troisième conjugaison. Quatrième conjugaison.
Indicatif présent. ten tzicic. ten yacuntic.
Imparfait. ten tzicic-cuchi. ten yacuntic-cuchi.
1ʳᵉ pers. sing. Prét. in tzicah. in yacuntah.
3ᵉ — — u tzicah. u yacuntah.
Plus-que-parfait. in tzicah ili-cuchi. in yacuntah ili-cuchi.
Futur simple. bin in tzice. bin in yacunte.
Futur composé. in tzicah ili-cochom. in yacuntah ili-cochom.
2ᵉ pers. sing. Impér. tzice. yacunte.
3ᵉ — — u tzice. u yacunte.
Subjonctif présent. ten in tzice. ten in yacunte.
Imparfait. hihuil in tzice. hihuil in yacunte.
Prétérit. hihuil in tzice cuchi. hihuil in yacunte cuchi.
Plus-que-parfait. hihuil in tzice ili cuchi. hihuil in yacunte ili cuchi.
Futur. hihuil in tzice cochom. hihuil in yacunte cochom.
Infinitif. tzice, obéir. yacunte, aimer.

DU VERBE MODERNE.

Avant de continuer l’examen de la grammaire de Beltran, nous ajouterons ici, pour l’instruction du lecteur, les verbes auxiliaires yantál, avoir, et laytál, être, dont Gallatin ne parle pas, et que nous donnerons en entier d’après la grammaire moderne de Ruz: nous y joindrons ensuite un verbe actif conjugué d’après le même. Un simple coup d’œil sur ce tableau suffira ainsi pour juger de l’ensemble de la conjugaison maya et des modifications qu’un siècle d’intervalle a pu apporter à cette langue.

TABLE TROISIÈME.

INDICATIF PRÉSENT.

IMPARFAIT.

PRÉTÉRIT DÉFINI.

Nahalma paraît être un verbe absolument distinct du précédent, et d’une origine tout à fait différente.

PLUS-QUE-PARFAIT.

FUTUR PRÉSENT.

FUTUR PASSÉ.

IMPÉRATIF.

(Comme auxiliaire, yantál n’a pas d’impératif.)

SUBJONCTIF PRÉSENT.

IMPARFAIT.

PRÉTÉRIT.

INFINITIF.

TABLE QUATRIÈME.

Verbe Zahtaal, radical Zah, craindre, faisant partie de la quatrième conjugaison dans l’ordre de Beltran.

PRÉSENT.

IMPARFAIT.

PRÉTÉRIT DÉFINI.

PLUS-QUE-PARFAIT.

FUTUR SIMPLE.

FUTUR PASSÉ.

IMPÉRATIF.

SUBJONCTIF PRÉSENT.

IMPARFAIT.

PRÉTÉRIT.

PLUS-QUE-PARFAIT.

Futur du subjonctif, ou conditionnel. Ua ten bin in zahte, si je craignais ou craindrais, etc. Le reste comme au futur simple, en préfixant ua à chaque personne.

Futur passé. Ua ten ɔooc u yantal u zahtic, si j’avais craint ou j’aurais, etc.

INFINITIF.

Présent: Zahtaal, craindre.—Passé: Ɔooc yantal u zahtic, avoir craint.—Futur: Bin yanac ti u zahtic, sur le point de craindre ou pour craindre.—Gérondif présent: Taan u zahtic, craignant[19].—Gérondif passé: Ɔocaan layhital u zahtic, ayant craint.

On a vu par l’examen de la table nº 2 des verbes, extraits de Beltran, que, dans toutes les conjugaisons, l’imparfait ne diffère du présent que par l’addition de la particule cuchi, devenu cach dans la grammaire moderne de Ruz (tables 3ᵉ et 4ᵉ). Le prétérit défini qui est toujours en ah dans Beltran, est changé en ahi ou ahma dans l’autre, qui présente en outre un passé du même verbe, précédé de l’auxiliaire avoir. Ex.: Ten in yanhi in zahtic, j’ai craint.

Le plus-que-parfait, dans les verbes anciens, ajoute au prétérit défini ili avec cuchi, et le futur passé ili cochom. Ex.: In tzicahili-cuchi, j’avais obéi; in tzicahili-cochom, j’aurai obéi. Le verbe moderne fait en se modifiant in tzicahma-cachi, pour le plus-que-parfait et au futur passé ten ɔooc u yantal u tzicic, c’est-à-dire qu’il se fait précéder d’une particule et d’un verbe auxiliaire.

Dans tous les verbes anciens et modernes, ce qui caractérise le futur simple, c’est la particule bin, qui n’est autre que le radical du verbe binel, et joue par conséquent le rôle d’un verbe auxiliaire. Ainsi quand on dit ten bin in yacunte, j’aimerai, c’est comme si l’on disait je vais aimer.

Des particules hi et hihuil, qui précèdent l’imparfait, le prétérit, le plus-que-parfait et le futur du subjonctif, on ne retrouve quelque chose que dans le prétérit yan-hi du verbe yantal, avoir[20].

Au présent du subjonctif, deux pronoms sont usités au lieu d’un: dans la première conjugaison de Beltran, le premier ten est placé avant le verbe, et le second en après. Dans les trois autres conjugaisons anciennes, comme aussi dans la conjugaison moderne, le premier et le second pronoms précèdent le verbe. Dans les autres modes et temps, les pronoms, dans les trois dernières conjugaisons, sont placés avant le verbe; ils le suivent dans la première. Dans les temps du présent et de l’imparfait, les pronoms de la première classe, ten, tech, etc., sont usités pour les trois dernières conjugaisons, et pour la première ce sont les pronoms de la troisième classe, in, a, u. Dans tous les autres temps, les pronoms de la seconde classe, en, ech, laylo, sont employés pour la première conjugaison, et les pronoms de la troisième classe dans les trois autres.[21]

«Beltran, ajoute ici Gallatin[22], n’assigne aucune raison qui explique la variation de ces divers pronoms.» Les grammaires anciennes sont probablement insuffisantes ou incomplètes, tout autant que les grammaires modernes; mais les explications que l’on ne trouve pas dans ces ouvrages, on peut par analogie les déduire des autres langues de l’Amérique centrale. En effet, si l’on prend, pour point de comparaison, le groupe des trois langues principales du Guatémala, on reconnaît immédiatement dans les pronoms du présent ten, tech, etc., le tin, ta, tu, du cakchiquel, composé de la particule ta ou tan, indiquant dans celle-ci l’actualité comme ta ou táan dans le maya; en ou in, ech et a, etc., pronoms possessifs dans l’origine, sont devenus personnels. Ainsi quand on dit ten cambezic, j’enseigne, en prenant le sens étymologique, on trouve actuellement: Mon enseigner ou enseignement. Cuchi, cach, cachi sont des variétés de formes pour exprimer le passé, dont le sens se retrouvera par l’étude plus approfondie de la langue, et la particule ah, pour le prétérit, y fait exactement l’office de x, ix ou xi dans le quiché et le cakchiquel, où ils ont une fonction toute diminutive.

DES VERBES IRRÉGULIERS.

Nous avons parlé plus haut (page 466) des verbes actifs ou transitifs, et de quelle manière on peut leur appliquer la règle des verbes neutres ou intransitifs. Mais il y a une autre règle, universelle à cet égard, c’est que la formation du prétérit et du futur d’un verbe transitif, changé en intransitif, diffère également, dans l’ancienne grammaire, de la formation usitée dans les verbes transitifs ou intransitifs, que nous avons fait connaître plus haut. Quoiqu’il y eût quelques variations, la règle générale était que les verbes transitifs, devenant intransitifs dans la première conjugaison, prenaient les pronoms usités dans ces derniers; mais la terminaison du prétérit, au lieu d’être simplement i, faisait nahi; et le futur faisait nac au lieu de cac. Ainsi tzicah au lieu de tzici, se change en tzicnahi, et au lieu de tzicac faisait tzicnac.

La même règle s’observait encore par rapport aux verbes composés. Ainsi çhahaa, porter de l’eau, faisait au prétérit çhahaanahi, il a porté de l’eau, et au futur bin çhahaanac, il portera de l’eau.

Comme exception à ces règles, nous citerons le verbe intransitif keluc, tuer, transpirer, dont l’infinitif et le présent ne se terminent pas par l, mais qui forme toutefois son prétérit en nahi et son futur en nac. Okol, pleurer, fait au prétérit oknahi, et futur bin okolnac.

Certains verbes se composent par l’addition de la particule hal ou hil à des noms, pronoms ou adverbes, signifiant alors l’identification de la chose avec une autre, ou avec une personne. Ainsi uinic fait uinic-hal, se faire ou devenir homme; hunppel, un, fait hunppelhol, s’unifier, se singulariser. Yaab, beaucoup, yábhal, multiplier, etc. Tous ces verbes forment leur prétérit et leur futur comme le verbe neutre, par exemple yan ou yantál, avoir. Ainsi uinac-hal, fait uinic-hi, il s’est fait homme, bin uinicac, il se fera homme. Cette particule hal qui ne paraît être qu’un ancien verbe avoir, ne serait-elle pas l’origine de la plupart des infinitifs des verbes se terminant en al? On trouve dans Ruz un certain nombre de verbes qui suivent les règles des verbes en hal, à peu près comme dans Beltran.

Entre autres verbes irréguliers, binel, aller fait au présent bin in cah, allant je suis: binen au présent et bixicen au futur, d’après Beltran. Suivant la grammaire de Ruz, il fait au futur ten he in binel, j’ai (à) aller, etc.

Suivant Beltran, cah aurait la signification d’agir ou de faire quelque chose, ce qui équivaut, après tout, à l’être, car qui agit existe: il se conjugue in cah, j’agis, a cah, tu agis, u cah, il agit, ca cah, a cahex, u cahob, nous, vous, ils, etc. A l’imparfait nous trouvons cahcuchi, il agissait, etc.

Certains verbes dont le radical est en ah ou en oh et le présent en al ou en ol, forment leur prétérit et leur futur de cette manière: Bohol prétérit bohlah, futur bohlé, etc.

Les verbes fréquentatifs se forment comme dans le quiché[23], en redoublant la première syllabe, comme lom, mouvoir ou frapper, lomlomah, frapper ou mouvoir souvent. Quelquefois aussi le redoublement indique un diminutif, comme chocou, chaud, qui fait chochocou, tiède, etc.

Lorsque le verbe se combine à la fois avec le nominatif et un pronom qui en est le régime, il n’y a pas de difficulté quant au régime de la première et de la seconde personne. Les pronoms de la seconde classe en, ech, au pluriel, on, ex, sont respectivement les régimes de ceux de la première classe; mais il paraîtrait, d’après Beltran, que ceux-ci sont suivis alors des pronoms de la seconde classe, précédés de la particule ca avec laquelle ils se composent. Ainsi avec le verbe moc, lier, nous avons pour la combinaison du premier et du second pronoms: