[358] On notera par suite la différence de prononciation entre comédien (yin) et ingrédient (yan), draconien (yin) et inconvénient (yan), historien (yin) et Orient (yan), etc. C’est aussi an qu’on entend dans Hersent, Sargent ou Bénévent.

[359] Il va sans dire qu’il n’est pas question non plus des finales des troisièmes personnes du pluriel, qui, après s’être longtemps prononcées ont ou ant, ont fini par devenir aussi muettes que l’e simple: aim(ent) ou aim(e), aimai(ent), aimèr(ent). Enfin quelques mots étrangers ne se nasalisent pas, et articulent le t, comme pschent, privat-docent, great-event, Kent, Taschkent; zend se nasalise en in, et on articule la consonne, comme dans le latin bis repetita placent.

[360] Je parle de -ens après consonne, bien entendu: nous savons déjà que tiens et viens et leurs dérivés, et les pluriels en -éens et en -iens, avec Amiens ou Damiens, ont toujours le son in.

[361] C’est aussi le son latin (ince) qu’on entend dans presque tous les noms propres, qui sont pour la plupart méridionaux ou étrangers: Camoëns, Dickens, Flourens, Huyghens, Martens, Perrens, Pougens, Puylaurens, Rabastens, Rubens, Saint-Gaudens, Thorens, Valens, etc. (avec Morcenx ou Navarrenx). Ajoutons que des noms comme Dickens et Huyghens peuvent aussi ne pas se nasaliser, de même que Stevens. Toutefois quelques noms propres français ont réussi à garder le son an tout en faisant sonner l’s: Argens, Dulaurens, J.-P. Laurens, Lens, Sens, et aussi Jord(a)ëns (dance), avec Saint-S(a)ëns. Coblentz se prononçait naguère encore Coblance; aujourd’hui on ne nasalise plus guère ce mot. On voit qu’après en l’s se prononce toujours ou à peu près dans les noms propres. Il y en a pourtant quelques-uns où on a tort de le prononcer; et dans ceux-là, à part Samoëns, qui se prononce Samoin, c’est le son an qui se maintient, comme dans les mots proprement français, gen(s) ou dépen(s). Ce sont d’une part Furen(s), Confolen(s) et Doullen(s), d’où Confolennais et Doullennais prononcés par a, avec Saint-S(a)en(s), localité de la Seine-Inférieure; d’autre part une héroïne et une localité vaudoises, Claren(s) et Mᵐᵉ de Waren(s). Malheureusement notre habitude de prononcer les noms propres par ince, comme les mots latins, fait altérer constamment la prononciation de ces noms, qui est pourtant conforme aux plus pures traditions françaises. Peu de gens en France la respectent ou même la connaissent; et si elle se maintient en Suisse, on prétend qu’à Confolens même la prononciation confolince commence à se répandre: ce serait donc la prononciation méridionale qui monterait vers le nord; mais est-ce bien sûr?

[362] Et aussi dans Timour-Leng (d’où Tamerlan) et Aureng-Zeyb, noms anciens; mais le moderne Flameng se prononce par ingue, comme on prononce inque dans Mézenc, Teisserenc de Bort ou Dehodenc, noms méridionaux.

[363] Ceci entraîne naturellement la prononciation de tous les noms propres qui ont ces finales, même les noms étrangers: Clarence, Mayence et Valence (d’Espagne), aussi bien que Prudence, Fulgence, Térence, Jouvence, Valence (de France), Vence et Provence (Lawrence fait exception et se prononce Lôrèns’); de même Wendes et Ostende, comme Mende, Tende ou Port-Vendres; Tarente, Sorrente et Trente, comme Salente; Nouvelle-Zemble, comme Gartempe et même Gardonnenque.

[364] Même dans les noms propres anciens: on prononce Empédocle, Encelade, Endor, Endymion, comme Embrun ou Entragues; toutefois on prononce Emporium par in, parce que sa forme est purement latine.

[365] Ce qui a entraîné centumvir, que quelques-uns prononcent par in. Dans quattrocento, on ne doit pas nasaliser en, le mot restant italien; mais quattrocentiste, qui est francisé, se nasalise par in.

[366] De même dans les noms propres: Argenson, Argentan, Argenteuil, Armentières, Beaugency, Bérenger, Besenval (il paraît qu’on devrait prononcer bézval), Carentan, Carpentras, Caventou, Charenton, Clemenceau, Cotentin, Daubenton, Fromentin, Genlis, Gensonné, Hendaye (autrefois écrit Andaye), Lenglet-Dufresnoy, Menton, Montmorency, Montpensier, Porrentruy, Saint-Quentin, Senlis, Tarentaise, Tencin, Lally-Tollendal, Valençay, Valenciennes, Valentinois, Vendée, Vendôme, Ventoux, Ysengrin, etc., etc.

[367] Avec les expressions latines castigat ridendo mores, festina lente, habemus confitentem reum, intelligenti pauca, nunc est bibendum, o tempora, panem et circenses.

[368] Et aussi Pentateuque ou Penthésilée; mais Pentecôte, qui est ancien et populaire, a gardé le son an; Penthée aussi, généralement. Pour Pentélique, il y a doute.

[369] On l’a fait pourtant dès l’origine, et l’abbé Barthélemy écrivait même vindémiaire, au témoignage de Domergue.

[370] Mentor n’est répandu que depuis le Télémaque de Fénelon, et l’on prononça d’abord Mén-tor, qui naturellement s’est nasalisé en in.

[371] Il y a aussi quelques noms propres français qui ont le son in, sans qu’on sache pourquoi, comme Benserade (attesté dès 1711), Buzenval (à côté de Besenval par an), Magendie, Penthièvre (que quelques-uns prononcent par an, mais qui est attesté depuis 1761). Ces noms sont rares, sauf dans le Midi. On prononce encore par in Emporium, quoique em soit initial, et surtout Benjamin et Memphis, Lentulus, Sempronius et Sempronia, et Terentia. Hortensius semblerait devoir aussi se prononcer par in: il a probablement subi l’analogie de Hortense et hortensia, qui en dérive; Aventin a dû subir celle du français avent, d’autant plus que intin était désagréable; enfin Tem, sur lequel on hésite, suit aisément celle de temps. Nous avons vu que la finale -en se prononçait in dans les noms propres bretons; à fortiori -en- intérieur: Penmarch se prononce peut-être pèn(e)mark en breton, mais en français de Bretagne on nasalise, et on prononce pin-mar, comme dans Lesneven ou Suffren.

[372] Crescendo se francise certainement en cressindo, et on en a même fait un substantif. Pourtant les musiciens le prononcent volontiers à l’italienne, créchèndo; et on doit le prononcer ainsi dans la grande tirade de la calomnie du Barbier de Séville, où ce mot vient après rinforzando, qui ne tolérerait pas les nasales. Crechin-do seul est à éviter.

[373] Il en est de même pour les noms propres que pour les autres. Très peu de noms étrangers nasalisent en par an: Engadine, où en est initial, Carpentarie, quelquefois Grenville (mais à tort), Gengis-Khan et Genséric, qui sont fort anciens, Hottentots et Mazendéran, qui s’écrit aussi Mazandéran, Luxembourg, Rembrandt. Presque tous les noms qui nasalisent en le font naturellement en in: Abencérages, Altenbourg, A Kempis, Appenzel, Bender, Benda, Benfey, Bengale, Benguela, Bentivoglio, Bentley, Benvenuto Cellini, Brenta, Brentano, Cavendish, Cenci, Clementi, Cosenza, Daremberg, Emmenthal, Faënza, Flensbourg, Folengo, Formentera, Furstemberg, Gassendi, Girgenti, Groënland, Guttemberg, Lorenzaccio, Lowendal, Mackenzie, Magenta, Marengo, Mecklembourg, Mencius, Mendelssohn, Mendoza, Mentana, Nuremberg, Odensée, Offenbach, Oldenbourg, Pendjab, Pensylvanie, Sacramento, Semendria, Smolensk, Struensée, Tagliamento, Tolentino, Valentia et Valencia, Wenceslas, Wissembourg, Wurtemberg, et aussi Mendès et Stendhal. Plusieurs de ces noms peuvent aussi se prononcer sans se nasaliser comme Daremberg, Wissembourg. Doivent être prononcés sans nasale la plupart de ceux qui ne sont pas cités ici: d’abord ceux qui ont em suivi d’une consonne autre que b ou p, comme Emden, et même Bembo, Lemberg et Pembroke, malgré le b qui suit; et d’autre part Encke, Engelman, Hohenlohe, Kentucky, Mentchikoff, Rienzi, Rodenbach, Stephenson, Swedenborg, Sienkiewicz, Siem-Reap, Tien-tsin, Tuyen-Quan, et tous les autres, moins connus, dans lesquels l’e est ordinairement presque muet, quand il n’est pas tonique ou initial, comme dans Wall(e)nstein, Liecht(e)nstein ou Tug(e)ndbund.

[374] Le groupe final in (avec ain et ein) étant toujours nasal dans les mots proprement français, il ne faut pas le décomposer dans Ysengrin, Lohengrin (sauf en musique), Caïn, Ebroïn, Méchain, Tain, Etain, Sein ou Cain (ne pas confondre avec Caïn), pas plus que dans Hincmar, Maimbourg, Paimbœuf ou Paimpol, ou dans Cymbalum mundi. L’y ne change rien non plus à la nasale finale de Jocelyn et Jamyn, qu’on décompose quelquefois très mal à propos, surtout pour Jamyn, qui était certainement nasal au XVIᵉ siècle.

[375] Pour les noms propres, les finales de Berlin, Dublin, Eliacin, Ficin, Franklin, Guerchin, Kremlin, Pékin, Pérugin, Tessin, Tonkin, Wisconsin, Witikin(d), sont françaises depuis longtemps; on peut y ajouter Arg(u)in, Kœchlin, Vielé-Griffin, Yersin, Zeppelin, etc. A l’intérieur, outre Edimbourg, Fingal, Finlande, Irminsul, Minturnes, Simplon, Thuringe ou Vercingétorix, qui sont anciens, outre Robinson, Gœttingue, Tubingue et Zwingle, on nasalise aussi Chimborazo, Cintra, Damoreau-Cinti, Mincio et Vinci, Birmingham, Cincinnati, Lincoln, Lingard, Lynch et Singer. On nasalise également Champlain et Chamberlain (mais non Gainsborough), ainsi que Mein, Heinsius, Hussein-Dey, Seingalt et Steinkerque. On hésite pour certains mots, comme Stettin et Behring. On ne nasalise pas la finale de Boecklin, Brooklin, Darwin, Elgin, Emin-pacha, Erin, Erwin, Robin-Hood, Kazbin, Sakhalin (écrit aussi Sakhaline), Schwerin (quoique Mecklembourg soit francisé), Szegedin, Tien-tsin, Widdin, ni même Lohengrin, du moins en musique, car ce nom, qui sans doute nous appartient par l’origine, étant frère de notre national Ysengrin, nous est revenu par Wagner, qui l’a fait allemand. Si on nasalise certains noms flamands en -inck, comme Edelinck, Maeterlinck, il ne paraît guère possible de nasaliser les noms en -ing ou -ings, Essling, Kipling, Memling ou Hastings, ni Semipalatinsk; pas davantage le groupe intérieur ou initial de Kimberley, Himly, Timgad ou Wimpffen, de Berlichingen, Bolingbroke, Bonington, Buckingham, Elchingen, Finmark, Glinka, Grindelwald, In-salah, Interlaken, Inverness, Livingstone, Mac-Kinley, Mackintosh, Meiningen, Minnesinger, Pinturicchio, Strindberg, Swinburne, rio Tinto, Tyndall, Vinhlong, Waddington, Washington, Wellington, Westminster, Windsor, Zinder, etc., etc. Le groupe ein qui termine beaucoup de noms propres allemands, et qui se prononce aïn, en une syllabe, ne saurait se franciser en in, sauf dans Mein; mais il se francise parfois à moitié en èn: toujours la demi-francisation. Ainsi prenons Rubinstein (roubin’staïn): on nasalise in sans difficulté pour le franciser, parce qu’il est à l’intérieur du mot; mais quand il s’agit de la finale, tout le monde sait que les finales nasales sont propres au français: on tient donc à respecter l’n, comme on le fait dans Ibsen ou Beethoven, ou dans policeman, et c’est ei tout seul qui se francise comme dans Leibniz; on a ainsi Rubinstèn. Il n’y a pas grand’chose à dire à cela: on n’est pas obligé de savoir l’allemand, et tout vaut mieux que d’affecter de savoir ce qu’on ne sait pas. On fera bien cependant de prononcer à l’allemande Holbein et aussi Gérolstein.

[376] Contemplations, XIII: le morceau date de 1855, et non de 1835. Cf. l’Ane, VI, et Toute la Lyre, IV, XXV.

[377] En revanche, c’est o-in qu’il faut prononcer dans les composés de co-, comme co-ïncidence, ou co-intéressé, où la diphtongue oin n’a rien à faire.

[378] Châtiments, IV, XIII, pour rimer avec Drouyn, dont la finale est nasale, comme celle de Gédoyn.

[379] Le cas n’est pas du tout le même que celui de meur-trier ou en-crier, qui ont dû nécessairement se décomposer.

[380] Sauf tout au plus dans Drouyn el Duguay-Trouin. Si Ébro-ïn a trois syllabes, c’est à cause du tréma.

[381] Nous avons déjà rapproché m’sieur de m’man: voir page 39.

[382] Voir page 133. A-on s’est maintenu dans Phara-on et Lyca-on, comme o-on dans Démopho-on ou Laoco-on.

[383] On ne nasalise pas non plus l’allemand kronprinz. On final est naturellement nasal dans les noms propres anciens, français depuis longtemps, Aaron, Platon, Solon, etc., etc., mais non dans quelques noms savants en -eion, ni dans Poseidôn, ni dans Organon ou Satyricon. On final anglais, qui s’est nasalisé et francisé dans singleton et Robinson, le héros de Daniel de Foë, se nasalise encore sans difficulté dans Bacon, Byron, Casaubon, Dominion, Eton, Fulton, Gibbon, Gordon, Mélanchton, Newton, et au besoin Nelson et Milton; mais la plupart des noms propres en -son et -ton se prononcent sans nasale, avec un o faible: Addison, Ben Johnson, Edison, Emerson, Hudson, Mac-Pherson, Robertson, Stephenson, Tennyson, Thomson, et aussi Bergson; de même Chatterton, Fulton, Hamilton, Palmerston, Preston, Southampton, Washington, Wellington, etc. On nasalise Apchéron, Bagration, Balaton, Fouta-Djallon, Kherson, mais non Lang-Son. Quant à on non final, il se nasalise généralement comme en français: Bombay, Concini, Cronstadt, Dombrowski, Gongora, Klondyke, Lombroso, Missolonghi, Monck, Monmouth, Ontario, Sebastien del Piombo, Pombal, Spontini, Tombouctou, Tonga, Tongouses, Toronto, Wisconsin, etc.; plus rarement dans Schomberg ou Sonderbund, ou dans Heautontimoroumenos; jamais dans om suivi d’une consonne autre que b ou p (malgré le français Domfront et Dommartin).

[384] Avec acupuncture, avunculaire, becabunga, infundibuliforme, nuncupatif, opuntia, tungstène ou unguis; mais il se prononce un dans hic et nunc. Umble (poisson) est devenu ombre. Quant aux noms propres, on prononce on dans Annunzio, Aruns (que Voltaire écrit Arons), Columbus, Dunciade, Dundee, Duns Scot, Dunstan, Funchal, Humboldt, Northumberland et Cumberland, et même Bunsen; on hésite entre on et un pour Duncan ou Majunga, Lund et Sund, et par suite Stralsund et Bomarsund; mais on prononce un quand le groupe est final, dans Irun, Lescun, Ossun, et même Falun, comme dans Loudun, Melun ou Châteaudun (et Dunkerque); on prononce encore un dans Belsunce ou Humbert, dans Cunctator, dans Brunswick, Gunther et Munster. Quand un ou um n’est pas nasal, u se prononce ou (voir page 125, note 1).

[385] Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la Revue de philologie française, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques additions.

[386] C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique dans dis-le, et muet dans dis-je? Tonique à l’origine dans l’un et l’autre, il tendit à devenir muet dans les deux, comme partout ailleurs; mais le résista. Au XVIIᵉ siècle, la prononciation n’est pas encore fixée, et Molière a le droit d’écrire par exemple:

Mais, mon petit Monsieur, prenez-l(e) un peu moins haut,

l’e est muet. Mais cette prosodie, encore fréquente dans Voltaire, était ridicule au XIXᵉ siècle chez V. Hugo, et chez beaucoup d’autres, qui se crurent autorisés par son exemple. V. Hugo est même allé jusqu’à l’extrême en élidant cet e devant un point dans Cromwell:

Chassons-l(e). Arrière, tous!

[387] L’e est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’e muet, devant deux consonnes, dans le préfixe re- (ressembler, ressortir), dans dessus et dessous et quelques noms propres commençant par de- ou le-, la seconde consonne étant l ou r: Debraux, Debry, Decrès, Deprez, etc., Leblanc, Lebrun, Leclerc, Ledru-Rollin, Lefranc, Legrand, Leprince, Letronne, Levroux, etc.; de même dans levraut, levrette et levron. Nous reviendrons sur le préfixe re-.

[388] Il arrive même souvent que l’élision de l’e muet se fait par-dessus s ou nt pour éviter la liaison: tu aim(es) à rire, ils aim(ent) à rire; mais que la liaison se fasse on non, c’est tout un pour l’e muet, qui ne se prononce pas plus dans un cas que dans l’autre. Cette question n’est donc intéressante qu’au point de vue de la liaison; elle sera étudiée au dernier chapitre.

[389] De même le Yalou, le Yang-tsé-kiang, le Yémen, le Yucatan, le Yunnan, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort, l’Yémen. L’i initial lui-même, placé devant une voyelle, ne peut être que consonne dans les mots allemands, même si on l’écrit i ainsi dans Iéna, aussi bien que dans Johannisberg; et les matelots qui parlaient naguère de la catastrophe du Iéna, parlaient, en réalité, plus correctement que leurs officiers ou les journalistes, qui disaient l’Iéna, en trois syllabes sans doute, comme V. Hugo. Néanmoins tout le monde dit le pont d’Iéna, mais cela tient à ce que, après un d, reste plus facilement diphtongue qu’après un l.

[390] Molière, les Femmes savantes, acte I, scène 1. On dirait de même, le cas échéant, ce ouais, et aussi bien ce ah, ce oh: en général, il n’y a pas d’élision devant un mot qu’on cite, sauf tout au plus celle de la préposition de.

[391] Après d’autres mots que le, de, ce, que, l’élision se fait couramment, surtout en vers. Pourtant Molière n’a pas hésité à conserver l’hiatus apparent, même entre deux interlocuteurs:

Quoi! de ma fille?—Oui; Clitandre en est charmé.
Moi, ma mère?—Oui, vous. Faites la sotte un peu.
Femmes savantes, II, 3, et III, 6.

Il a fait la même chose devant ouais (ibid., V, 2).

[392] On respecte davantage la semi-voyelle des noms propres qui commencent par oua-, comme le Ouadaï, plus usité que l’Ouadaï.

[393] Nous reviendrons sur huit, au chapitre de l’H.

[394] Quoiqu’il entrevît les raisons de ce fait, Vaugelas exigeait l’onzième; mais si Corneille aussi disait l’onzième (Cinna, acte II, scène 1), peut-être était-ce simplement de peur de faire un hiatus, comme V. Hugo disait l’y-ole. Leconte de Lisle aussi, pour le même motif, n’osant pas d’ailleurs aller jusqu’à dire l’onzième siècle, dit, du moins, dans les Deux Glaives, IV:

Le siècl(e) onzième est mort...

Ponsard, dans Ulysse, II, 4, a judicieusement accepté l’hiatus:

Et le onzième jour, la tempête calmée
Lui permit de partir, suivi de son armée.

[395] Mᵐᵉ de Noailles, Éblouissements, La douceur du matin.

[396] Corneille, Au roi, Sur sa campagne de 1676.

[397] Dans les cafés ou restaurants, on dit: servez à l’as, voyez à l’as, pour dire à la table 1. C’est très probablement parce que servez au un serait désagréable, l’un étant d’ailleurs évité instinctivement. Certains, comme les journalistes, disent la une, pour la première page.

[398] Légende des siècles, XXI, II.

[399] Voir M. Grammont, Mémoires de la Société de linguistique, tome VIII, pages 53-57.

[400] Ou éch’vèlé, qu’enregistrent Michaëlis et Passy: mais où diable prononce-t-on ainsi?

[401] C’est ainsi que certains mots étrangers ne se sont francisés complètement que par la chute d’une consonne: sauerkraut est devenu choucroute en perdant un r, roatsbeef et beefsteack ont perdu un t ou un s. D’autres ont intercalé un e muet après la seconde consonne, comme partenaire, de l’anglais partner, ou lansquenet, de l’allemand landsknecht. Voir sur ce point Léonce Roudet, Remarques sur la phonétique des mots français d’emprunt, dans la Revue de philologie française de 1908.

[402] Domergue l’entendait encore, mais on ne l’entend plus aujourd’hui que dans le Midi, et aussi dans le chant, où on entend même beaucoup trop de chanteurs le prononcer comme eu fermé. Cette prononciation de l’e final est particulièrement grotesque au café-concert, où on appuie d’une façon invraisemblable:

Mariet’teu,
Ma mignonet’teu,
Tu m’as quitté, ça, c’est pas chouet’teu.

Il paraît que cela fait partie intégrante du genre!

[403] Il y a encore des gens à l’esprit prévenu qui ne veulent pas en convenir: des raisons littéraires ou purement subjectives leur font contester même des phénomènes constatés par des instruments enregistreurs. C’est à peu près comme s’ils disaient qu’il ne fait pas froid quand le thermomètre est à dix degrés au-dessous de zéro. Mais leurs dénégations obstinées n’empêchent pas les faits d’être les faits.

[404] Voir surtout pages 56 et 117.

[405] Pour l’e final des mots latins ou italiens, voir page 52. On se rappelle que l’e final anglais atone ne s’entend pas non plus.

[406] Le peuple conserve volontiers l’e final de cette au détriment du premier: c(et)te femme; mais cette prononciation, autorisée autrefois, est aujourd’hui expressément évitée par les gens qui veulent parler correctement.

[407] En ce cas, on ne peut prononcer en réalité qu’une seule consonne; mais on prolonge l’occlusion totale ou partielle de la bouche, qui paraît ainsi précédée d’une consonne et suivie d’une autre. Quelques personnes se croient obligées de prononcer l’e muet dans une rencontre comme celle de onze sous, afin de maintenir la distinction de la douce et de la forte; mais ons’ sous est plus fréquent et parfaitement naturel. J’ajoute que dans ce cas, comme dans tous les cas pareils, il est indispensable de prononcer la consonne double, sans quoi on confondrait, par exemple, une noix avec une oie.

[408] Sans quoi rien se décomposerait. Nous reviendrons plus loin sur ce phénomène. Mais on notera ici qu’on dit fort bien une petit’ lieue, sans que lieue soit décomposé, l’influence de l’l étant moins forte que celle de l’r.

[409] Pour que la liquide soit troisième dans un tel groupe, il faut qu’elle soit précédée d’une explosive ou d’une fricative, précédée elle-même d’une spirante, comme ici j: le tout peut alors être suivi de ou ou u consonnes.

[410] Et cela ne date pas d’aujourd’hui: au XVIᵉ siècle, plusieurs écrivains, notamment Du Bellay, écrivaient de préférence à l’imparfait tomboint: oient a prévalu, sans doute pour éviter la confusion avec la nasale de point, et plus tard celle de saint. Cette finale muette -ent nous a conservé toute une série de formes verbales dont l’orthographe est identique (sauf parfois l’accent) à celle de mots en -ent tonique: expédient, affluent et influent, coïncident, résident et président, négligent, émergent, détergent et abstergent, divergent et convergent, équivalent, excellent, violent, somnolent, pressent, content et couvent, et d’autre part convient (avec précèdent et excèdent, different et adhèrent, et dévient).

Il va sans dire que la liaison de l’s ou du t devant une voyelle produit le même résultat que quand l’e muet final est suivi d’un mot commençant par une consonne: tristes événements, pauvres hommes, ils ressemblent à leur père, à moins qu’on ne dise familièrement pauv(re)s hommes ou i(ls) ressemb(len)t à leur père.

[411] Gré(e)ment a pourtant l’e plus fermé et plus long qu’agrément. Bien d’autres e sont tombés au moyen âge, sans laisser aucune trace: (e)gueule, di(e)manche, écu(e)ler, li(e)cou, li(e)mier, mi(e)nuit, rou(e)lette, etc.

[412] Rou(e)rie et flou(e)rie ont cependant ou plus long que sourie ou souris, et (e)rie a l’e plus fermé que série.

[413] En vers, l’e, qui ne compte pas dans pai(e)rai, compte dans payerai, comme dans sommeillerai, précisément parce qu’il s’appuie sur une consonne. Molière comptait encore l’e muet de gaye. Sur ce point, voir plus loin, page 193.

[414] C’est dans le Lévrier de Magnus. Ailleurs, dans les Paraboles de don Guy, il écrit flamboyement en quatre syllabes, ce qui est encore pis. C’est tout au plus si on peut admettre balayeront, qui est dans la Paix des dieux.

[415] Ou voye, ou même soye ou aye, pour soit ou ait.

[416] Et dans quelques noms propres: J(e)an, J(e)anne, J(e)annot, J(e)annin, etc., Dej(e)an, Maup(e)ou, Jean de M(e)ung, etc., et même Sainte-Men(eh)ou(ld), qu’on tend à remplacer par Sainte-Menehoul(d). É-u (eu) s’est maintenu très longtemps dans certaines provinces, témoin l’anecdote contée encore par Domergue: Un homme disait un jour à M. de Boufflers: «Vous avez é-u ma sœur dans votre société.—Pourquoi pas? répondit gaiement M. de Boufflers. Jupiter à é-u I-o dans la sienne.»

[417] De même M(e)aux, Carp(e)aux, etc. Mais la diphtongue ne s’est pas faite dans E-auze, quoiqu’il n’y ait point d’accent.

[418] Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même procédé pour donner au c le son sifflant devant a, o, u: commenc(e)a; puis on adopta la cédille, sauf pour le seul et unique mot douc(e)âtre: pourquoi pas douçâtre aussi bien que commençâmes? Il est regrettable que les typographes n’aient pas adopté aussi un signe analogue pour le g: cela épargnerait quelques confusions.

[419] L’e est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais an est une voyelle simple, et ch une consonne simple; plus loin, dans longuement et craquement, l’u n’est qu’un signe orthographique.

[420] On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois trouvérai. Dangéreux n’est pas meilleur, ni cuillèrée; et aquéduc, qui fut longtemps correct, ne se dit plus. Mais ass(e)ner a cédé la place à asséner, malgré les dictionnaires. Il faut également se garder de déformer, comme il arrive trop souvent, l’e muet de Saint-Val(e)ry, Saint-Sév(e)rin ou Sév(e)rine, Ag(e)nais, et surtout Mal(e)sherbes ou Fén(e)lon, que Delille, et aussi Domergue, écrivaient Fénélon, je ne sais pourquoi. Pézenas même ne se prononce Pézénas que dans le Midi; mais le second e n’a point d’accent. En revanche appétit en a un: il ne faut donc pas prononcer ap’tit.