[501] Voir plus haut, page 10.

[502] Sauf en liaison, bien entendu: mais ceci sera l’objet d’un chapitre spécial.

[503] Ces exceptions s’appliquent généralement aux lettres dites étymologiques (souvent fausses d’ailleurs, comme d de poids, ou le g de legs), que les érudits du XVIᵉ siècle ont introduites dans l’écriture, en guise d’ornements! Le malheur est que, dès le XVIIᵉ siècle, on s’est mis à prononcer, mal à propos, quelques-unes de ces lettres. Mais c’est surtout au XIXᵉ siècle que le développement de l’enseignement primaire, et l’ignorance de beaucoup d’instituteurs, à qui manquait la tradition orale, ont profondément altéré la langue, en faisant revivre ces consonnes, tombées depuis des siècles.

[504] Cette prononciation de la consonne double est exactement la même que celle qui se produit entre deux mots, la première étant finale, la seconde initiale, notamment quand un e muet tombe; et nous avons vu qu’en ce cas la consonne n’est double qu’en apparence. Voir au chapitre de l’e muet, page 159, note 4.

[505] Il n’en a pas toujours été ainsi: si aujourd’hui nous ne distinguons plus entre les finales tère, taire et terre, autrefois on prononçait parfaitement les deux r de terre, et peut-être trouverait-on un reste de cette prononciation dans le Midi, qui a conservé l’habitude et la faculté de vibrer!

[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé que les r, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui, et même devant l’e muet, comme on vient de le voir.

[507] J’ai un jour entendu articuler don-ner, et cela est ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller contre l’usage, et le Dictionnaire phonétique de Michaëlis et Passy, aussi bien que le Manuel phonétique de Ch. Nyrop, qui n’admettent presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots.

[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout.

[509] De même dans Christophe Colom(b), qui est complètement francisé, et dans Dou(bs) ou Dussou(bs).

[510] De même dans le latin ab, et dans les noms propres Moab, Achab, Mab, Caleb, Horeb, Aureng-Zeyb, Sennachérib, Job, Jacob. Même dans ces mots, le b ne se prononçait pas toujours autrefois, ou il se prononçait p, surtout devant une voyelle. Nous verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons la trace de ce phénomène dans les liaisons.

[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par abs-, obs-, subs-, où les grammairiens avaient rétabli récemment le b; car, au moyen âge, on écrivait ostiner, oscur, astenir, etc. Le b a toujours été muet dans de(bvoir, où il était absurde, et aussi dans de(b)te, dou(b)ter, pre(bs)tre et d’autres. Il l’est encore dans certains noms propres, devant un v: Fa(b)vier, Lefe(b)vre; mais il tend naturellement à y revivre.

[512] Davantage dans quelques noms propres, Ab-bas et Ab-bassides, Ab-batucci, Ab-bon.

[513] De même Aurillac, Caudebec, Pornic ou Pernambouc.

[514] Les composés bec-d’âne et bec-jaune ont conservé la prononciation sans c, qui était de règle devant une consonne, mais ils s’écrivent plutôt bédâne et béjaune. Le c a revécu dans bec-de-corbin, bec-de-cane, bec-de-lièvre; il s’est toujours prononcé dans bec fin, becfigue (qui est pour bèquefigue) et bec-cornu. Dans pi(c)vert, le c a disparu aussi de l’écriture.

[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer estomac avec Sidrac, le c doit sonner.

[516] Mais non dans cric, onomatopée, ni même dans cric crac, ou de bric et de broc, où tous les c se prononcent. L’Académie prétend que tabac est familier, comme si le peuple ne disait pas taba(c). Le c est également muet dans Saint-Brieu(c).

[517] Et plus encore celui de lombric, malgré Michaëlis et Passy, aussi bien que celui de porc-épic.

[518] Il n’en était pas ainsi autrefois. De là la confusion qui a changé la rue Saint-André-dès-Arcs en rue Saint-André-des-Arts. Toutefois d’autres prétendent que arts a remplacé dans ce nom ars, brûlé, c’est-à-dire atteint du mal des ardents.

[519] De même Gobsec(k), Brunswic(k), Van Dyc(k), Gluc(k), etc., et aussi Lecoc(q), Lestoc(q), Vic(q) d’Azyr.

[520] Il faut excepter quelques noms propres comme Ranc.

[521] Le Dictionnaire général trouve encore cette prononciation «familière». Familière ou non, il n’y en a pas d’autre qui soit usitée, quoi qu’il en dise, et malgré Michaëlis et Passy; et je ne sache pas qu’on dise non plus zinquer, ni zinqueur. On devrait tout simplement écrire zing, comme on écrit zingueur.

[522] Pourtant le c sonne très rarement dans porc (voir page 363).

[523] Ce dernier mot vient pourtant du germanique mark; mais il est francisé sous la forme marc, tandis que dans mark, monnaie allemande, le k sonne naturellement. Dans Marc, nom propre, le c avait cessé de se prononcer, et l’on dit de préférence: le lion de Saint-Mar(c), à Venise, ou Saint-Mar(c), nom propre; mais on dit l’Évangile de Marc ou de saint Marc, et surtout on fait sonner le c de Marc prénom. De même a fortiori dans Marc-Aurèle ou Marc-Antoine, et même Saint-Marc-Girardin.

[524] Ni dans Lecler(c) ou Lecler(cq) ou Maucler(c) pas plus que dans l’expression de cler(c) à maître, qui n’est plus usitée que dans l’administration militaire. Il sonne dans Ourc(q).

[525] Contra(ct) a au contraire perdu son c dans l’écriture, ce qui l’a mis à l’abri.

[526] Au XVIᵉ siècle, infect et abject s’écrivaient souvent infet et abjet, et rimaient avec effet et projet, dont l’étymologie est la même. C’est la prononciation dite emphatique qui a dû rétablir ct d’abord dans infect, puis dans abject, à cause du sens. Mais Corneille fait toujours rimer régulièrement abject, ou plutôt abjet, avec projet ou sujet:

Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjets
Ont voulu s’ennoblir par de si hauts projets.
(Cinna, acte IV, scène 3.)

Il n’y avait là aucune «licence poétique», malgré le reproche que lui faisait déjà Aimé Martin.

[527] Voir livre X, fables 8 et 12, et livre XII, fable 2.

[528] Je ne sais comment il peut se faire que le Dictionnaire général admette uniquement—et simultanément—aspe(ct) sans c ni t, circonspec(t) et respec(t) avec c seul, et suspect avec c et t! Toutes ces variétés de prononciation ne se seraient pas produites si l’on avait pris le sage parti d’écrire tous ces mots comme effet, qui est, lui aussi, pour effect. Le c est également muet dans les frères Parfai(ct).

[529] Il serait si simple de lui ôter son c, comme on a fait à défunt, pour défunct.

[530] Et aussi devant les diphtongues latines œ et æ: Cæsar, comme César.

[531] Autrefois on écrivait aussi cueur, où le premier u n’était qu’un signe orthographique, qu’on ne prononçait pas.

[532] On trouve d’ailleurs ck devant une voyelle quelconque: blockaus ou gecko comme jockey, Stockholm comme Necker.

[533] Où donc Michaëlis et Passy ont-il entendu prononcer ces mots sans c? C’était la prononciation du XVIIᵉ siècle, ainsi que pon(c)tuel; di(c)ton et antar(c)tique ont duré plus longtemps. Aujourd’hui que la plupart des c étymologiques inutiles ont disparu, comme dans bienfai(c)teur, je(c)ter, etc., il n’y a plus d’exceptions. On prononce le c même dans Francfort, sous prétexte que le k allemand de Frankfurt se prononce: à la vérité, puisque le mot est francisé, rien n’empêcherait de prononcer Fran(c)fort, mais ce n’est pas l’habitude.

[534] On sait qu’églogue et cigogne étaient autrefois éclogue et cicogne; égale, migraine, église, et depuis bien plus longtemps, n’ont-ils pas remplacé aussi un c par un g? De même on a prononcé segret et segrétaire jusqu’au XIXᵉ siècle: Domergue ne prononce pas autrement; ce n’est qu’au siècle dernier que le c s’est rétabli dans ces mots. Pendant longtemps on a non seulement prononcé, mais écrit gromant et gromancie. C’est naturellement aussi un g qu’on entend dans Jean Second ou Secondat de Montesquieu. C’est le contraire de gangrène, qui s’est prononcée cangrène jusqu’au siècle dernier.

[535] Parce qu’il l’avait aussi dans Claude et Claudine.

[536] Le Dictionnaire général joint à ces mots ac-clamer, mais cela s’impose encore moins. Michaëlis et Passy n’admettent le c double que dans gecko, alors que précisément ck se prononce partout comme un seul c. On peut encore prononcer deux c dans les noms latins: Bac-chus, Boc-choris, Boc-chus, Flac-cus, Grac-chus, et quelques noms étrangers: Bec-caria, Boc-cador, Boc-cherini, Civita-Vec-chia, Pic-colomini, Sac-chini, Sec-chi, Veroc-chio, mais plus dans Bo(c)cace, complètement francisé avec un seul c.

[537] Au XVIᵉ siècle, on prononçait les deux c comme un seul, même dans ce cas: a(c)cident; et cette prononciation s’entend encore dans les pays qui ont l’acent. Aja(c)cio se prononce toujours avec un seul c.

[538] Voir plus loin, an chapitre de l’S.

[539] Le cas de cqu est le même que celui de ck.

[540] De même Cellini et Forcellini, Cenci et Cérisoles, Bonifacio, Ajaccio, avec un seul c, Cialdini, Cimabué, Civita-Vecchia, Concini, Garcia, Mancini, Mincio, Terracine, et même Vinci, et peut-être Cimarosa et Botticelli. On prononce le c de même dans Cecil, Cellamare, Cervantès et Ceuta, Cincinnati, Cintra, Ciudad-Real.

[541] De même Abatucci, Bacchiochi, Carducci, Carpaccio, Lecce, Lorenzaccio, Picciola, Piccinni, Pulci, Ricci, Vecellio. Vermicelle et violoncelle ont connu longtemps une étape intermédiaire, en se prononçant vermichelle et violonchelle, admis par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, et dont on trouve encore des traces, mais fort rares.

[542] Le cz polonais se prononce tch, mais nous ne le prononçons guère ainsi qu’à la fin des noms, comme dans Mickiewicz ou Sienkiewicz: partout ailleurs on le prononce généralement gz, et c’est un tort. Notons en passant que le premier c de Mickiewicz doit se prononcer à part, comme ts. Le cz hongrois, qui s’écrit aujourd’hui c, doit se prononcer ts, et non gz, dans Czerny, Munkaczy, Ra-koczy.

[543] Pour ce mot, voir p. 49. De même Lamec(h), Metternic(h), Munic(h), Zuric(h), Koc(h), Moloc(h), Enoc(h), Saint-Roc(h), Sacher-Masoc(h), Baruc(h), etc., et aussi Utrec(ht) ou Maëstric(ht).

[544] Et dans quelques noms propres du Midi, comme Auch, Foch, Buch, Tech, Puech, Delpech, avec Monjuich, sans compter Sidi-Ferruch, Marrakech et Nich.

[545] Il est muet aussi dans Penmar(ch) francisé.

[546] Ceci vient tout simplement d’une confusion inconsciente entre acheter et jeter. En effet, jeter se prononce nécessairement comme acheter, quand l’e muet tombe; dès lors, on a la proportion fatale: j’ajète est à acheter comme je jette à chter.

[547] De même dans tous les noms propres anciens: Macc(h)abée, C(h)am, C(h)anaan, Zac(h)arie, Néc(h)ao, C(h)aldée, Epic(h)aris, C(h)arybde, C(h)aron, Anac(h)arsis, Calc(h)as, etc., etc., avec quelques noms modernes étrangers: Buc(h)anan, Buc(h)arest, C(h)andos.

[548] Et autrefois métempsyc(h)ose, qui n’a plus d’h; pourquoi psyc(h)ologie en a-t-il un?

[549] On prononce co dans Jéric(h)o, Jéc(h)onias et Nabuc(h)odonosor, Terpsic(h)ore, Stésic(h)ore, C(h)oéphores, Orc(h)omêne et Colc(h)os, Sanc(h)oniaton, C(h)osroès, C(h)oa et Tyc(h)o-Brahé, et même La Péric(h)ole, Picroc(h)ole; mais non dans Michol, Sancho ou don Quichotte (francisé de l’espagnol Quijote à j guttural).

[550] Et dans les noms propres anciens en -chus, comme Antioc(h)us, Malc(h)us, etc., mais non dans Chuquisaca.

[551] De même Michée, Zachée, Sichée, aussi bien que Mardochée, et aussi bien Psyché. Cependant on a longtemps dit trokée.

[552] Je n’ai pas, dans ces mots et les suivants, devant e et devant i, mis l’h entre parenthèses, à cause du son sifflant que prend le c devant ces voyelles; j’espère néanmoins que le lecteur ne s’y trompera pas.

[553] De même dans Michel et Rachel, deux prénoms trop populaires pour s’altérer, et aussi, le plus souvent, dans Pulchérie et Sichem. Mais on prononce dans la plupart des noms propres anciens: Achéloüs, Achéménides, Achéron, Carchémis Chéronée, Chéronèse, Chérusques, Lachésis, Pulcher (rarement Pulchérie) et Sennachérib. Autrefois le ch d’Achéron était francisé ainsi que beaucoup d’autres. C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que les divergences se produisirent. La Comédie, avec Racine, tenait pour Achéron (La Fontaine aussi); l’Opéra, avec Lulli et Quinault, tenait pour Aron, qui prévaut aujourd’hui. On prononce aussi dans les noms italiens, Chérubini, Michel-Ange. A la vérité, Mikel-Ange paraît bizarre, car on francise le second mot (pour Angelo) et pas le premier, alors que nous avons pourtant Michel en français; mais, en réalité, le nom italien s’est francisé en bloc avec la prononciation originelle et en conservant son accent sur la même syllabe an: c’est ainsi que sont traités les noms des plus grands hommes, appris par l’oreille et non par l’œil, comme Shakespeare et Gœthe. On prononce encore dans Chemnitz et Sacher-Masoch, mais ché dans Blücher ou Schœlcher.

[554] Excepté lysimachie (kie). Malachie est flottant, tandis que Valachie est toujours resté chuintant, malgré Valaques.

[555] Pourtant on dit souvent monakisme, toujours masokisme.

[556] Surtout à côté d’architectonique ou architriclin, qui ne sont pas moins savants qu’archiépiscopal, et qui pourtant chuintent comme les autres. Arkiépiscopal a d’ailleurs l’air prétentieux, à côté d’archevêque.

[557] On chuinte même dans quelques noms propres anciens, comme Colchide, Achille, Eschine, Eschyle, Chypre, Archiloque et Joachim. Il est vrai que ce mot est bien maltraité: beaucoup de personnes prononcent Joakin, d’autres Joakime, ou plutôt Yoakime, surtout en parlant de Du Bellay; mais précisément Du Bellay prononçait sans aucun doute son prénom en chuintant; et c’est la vraie prononciation, notamment celle de l’Église.

[558] Ajouter les noms propres anciens: Ezéchias et Ezéchiel, Melchior et Melchisédec, Chio et Sperchius, Bacchylide et Archytas, Trachiniennes, Echidna, Achillas, et même Achilléide (malgré Achille); le plus souvent aussi aujourd’hui Chiites, Chilon, Chiron et Anchise; et surtout les noms italiens: Brunelleschi, Cernuschi, Bacciochi, Fieschi, Monaldeschi, Machiavel (d’où machiavélique et machiavélisme), Sacchini, Chianti, Chioggia, Ischia, Civita-Vecchia, Porto-Vecchio, Secchi, Verocchio, etc., avec chi va sano, chi lo sa? ou anch’io. Machiavel (avec ses dérivés) est de ceux qui furent longtemps francisés, ainsi que Chiron, Chilon, Anchise, et bien d’autres, même Ezéchias ou Ezéchiel: de tous ces noms, je ne vois guère qu’Anchise qu’on fasse encore chuinter quelquefois.

[559] D’où Ac(h)met, Roc(h)dale et Mélanc(h)ton, comme C(h)loé, Ménec(h)mes, C(h)ristophe, Arac(h), Erec(h)tée, Erésic(h)ton; tous ces h devraient disparaître. Drac(h)me se prononçait naguère encore dragme; mais cette prononciation est surannée. On chuinte dans Fechner ou Richter, comme dans Metchnikoff.

[560] De même dans Lynch, d’où le verbe lyncher, et aussi dans Chaucer, Chesterfield, Chicago, Manchester, Michigan, tandis qu’on prononce de préférence tch dans Sandwich ou Greenwich, dans Channing, Charleston, Chatterton, Childe-Harold, et en général dans les noms moins connus, ainsi que dans Pacheco ou Echegaray. Dans les noms arabes ou asiatiques, ch a le son français, comme on l’a vu déjà dans chaouch ou Marrakech: ainsi cha, Krichna et Vichnou, avec Chandernagor et Pondichéry; Chan-si, Chan-toung, Thian-Chan, Sou-chong, Petchili, Mandchourie et Chemulpo; Chatt-el-Arab, Chiraz, Apchéron, Recht, Meched et Kachgar; Skouptchina, Prichtina, Choumla et Chodzko. Ajoutons les noms américains: Chili, Chihuahua, Chiquitos, Chimborazo, le Grand Chaco, avec Chactas; et aussi Achantis, Achem, Funchal, etc. Pourtant on prononce ordinairement ki dans Chiloë, et cela est assez bizarre.

[561] Ajouter presque tous les noms propres commençant par Sch-: (S)chaffouse, (S)chehérazade, (S)chelling, (S)chiller, (S)chlegel, (S)chlestadt, (S)chliemann, (S)chmid, (S)chneider, (S)chœlcher, (S)choll, (S)chomberg, (S)chopenhauer, (S)chubert, (S)chumann, (S)chwartz, etc., etc., et aussi Fe(s)ch, E(s)chenbach, Her(s)chell, Frei(s)chütz, Frœ(s)chwiller, Haroun-al-Ra(s)chid, Kamt(s)chatka ou Kamt(s)chadales, et même Ta(s)cher. Mais il ne faut pas confondre le groupe sch avec l’s suivi du ch guttural dans les noms flamands ou italiens, comme Hondschoote ou Schiedam, Monaldeschi, Cernuschi ou Peschiera.

[562] On dit bien quelquefois skéma, mais c’est fort rare. Saint-Anschaire se prononce pourtant par sk. Scholastique a gardé son h en qualité de nom propre; mais scolaire, scolie, scoliaste, et scolastique adjectif, ont perdu le leur. D’autre part, l’s s’est mis inutilement dans (s)chah; schako s’écrit mieux shako (voir le groupe sh à la lettre s); schall est depuis longtemps remplacé par châle; scheik est devenu cheik.

[563] De même Chateaubrian(d), Edmon(d), Bugeau(d), Saint-Clou(d), Ronsar(d), Chambor(d), etc.

[564] Cette prononciation de quan(d) est d’ailleurs très ancienne, et quand le d final se prononçait au XVIᵉ siècle, c’est toujours t qu’il se prononçait, la sonore s’assourdissant d’abord avant de s’amuir.

[565] Avec Shetland et Christiansand, Samarkand et Yarkand, Cleveland et Wieland, auxquels il faut joindre George Sand, et les noms géographiques en -land. Mais plusieurs noms en -land peuvent ou doivent se prononcer à la française aussi bien que Gan(d), à savoir Falklan(d), Marylan(d), Cumberlan(d), Northumberlan(d), Jutlan(d), Groënlan(d) en trois syllabes, et Friedlan(d) également en trois syllabes, au moins à Paris (voir plus haut page 78); de plus, Kokan(d), sans compter Rembran(dt), et aussi Witikin(d). On prononce encore le d dans Mahmoud et Laud, mais non dans Bedfor(d), Bradfor(d), Oxfor(d) ou Straffor(d), pas plus que dans lor(d).

[566] Et naturellement dans la plupart des noms propres: Joad, Bagdad, Timgad, Mourad, Alfred, Port-Saïd, le Cid, David, Nemrod et Robin-Hood; Sind, et même Sund et ses composés (soun, en danois); Romuald, Bonald, Brunehild, Rothschild, et les mots en -field; Harold, Hérold et aussi Fould. Mais le d est muet dans Gouno(d), Courajo(d), Grimo(d) de la Reynière, Perno(d), les noms en -auld et -ould, comme La Rochefoucau(ld) ou Arnou(ld), et même Léopol(d). On notera que l’l qui ne se prononce pas dans Arnou(ld) se prononce dans Arnoul. Le d de Madrid peut se prononcer d ou t, ou pas du tout; toutefois Madri(d) paraît tomber en désuétude, comme l’a fait Davi(d), qui fut aussi usité.

[567] C’était presque toujours à la suite de a initial, devant j ou v, où on l’avait rétabli sous prétexte d’étymologie, vraie ou fausse: a(d)journer, a(d)jouter, a(d)veu, a(d)vouer, a(d)vocat, a(d)venture, a(d)vis, etc., et même a(d)miral! Ces d n’ont disparu qu’en 1740, dans la troisième édition du Dictionnaire de l’Académie, sauf ceux que la prononciation avait adoptés mal à propos.

[568] Il est resté à peu près muet dans La(d)vocat et dans Gérar(d)mer, sans parler des mots composés, comme Gran(d)mesnil ou Gran(d)pré. Il sonne dans Mandchourie ou Richardson, Cambodge, Cambridge ou Hudson, mais non dans Milne-Edwar(d)s, ni dans wel(d)t et Barnevel(d)t, ni dans les noms en -dt, comme Cronsta(d)t, Golschmi(d)t ou Humbol(d)t; pour Auerstædt et Hochstedt, on hésite entre le d et le t. On prononce aussi le d dans Madgyar, mais nous écrivons généralement ce mot sans d.

[569] Et dans Ad-da ou Ed-da, Djed-da, et, si l’on veut, Boud-dha, ainsi que dans Ad-dison et Maged-do.

[570] Ce sont précisément les mots en -if, presque tous savants, et où l’f se prononçait, qui ont fait revivre l’f dans les autres mots où il était tombé: d’abord dans les mots en -if non savants, comme jui(f) et sui(f), puis dans les autres, à moins qu’ils n’eussent déjà perdu leur f dans l’écriture, comme apprenti, bailli et clé. Toutefois le rétablissement de cet f final n’est pas encore complètement achevé, comme on va voir. Je ne parle pas des noms propres, où l’f final sonne toujours.

[571] L’f a revécu même dans bief, autrefois bié, et même biez. L’Académie prononce encore éteuf sans f, en 1878! Le mot ne s’emploie plus guère, mais quand on l’emploie, c’est certainement avec un f, puisque c’est par l’œil qu’on le connaît.

[572] Mᵐᵉ Dupuis trouvait déjà dans bœu(fs) et œu(fs) prononcés sans f «une sorte de trivialité qui convient plutôt au langage du peuple». Pourtant ces mots tiennent encore bon, quoi qu’en dise Ch. Nyrop.

[573] Voir ci-dessus, page 91.

[574] C’est la règle générale des noms de nombre. On énumère ordinairement les cas où se prononce la consonne finale des noms de nombre, et naturellement l’énumération n’est jamais complète. C’est le contraire qu’il fallait faire, c’est-à-dire énoncer les cas où elle ne se prononce pas, et la formule est si simple, qu’il est très surprenant que personne ne l’ait encore donnée.

[575] On prononçait vi(f) vou mort, du bœu(f) và la mode, et surtout on a dit longtemps vi(f) vargent et neu(f) vet demi.

[576] Voir au chapitre des liaisons.

[577] Autrefois on écrivait, très mal à propos d’ailleurs, mais sans prononcer l’f, car ç’eût été impossible, brie(f)ve, brie(f)vement, veu(f)ve ou ve(f)ve, et tre(f)ve, tous mots où l’f étymologique était en réalité représenté deux fois.

[578] Michaëlis et Passy n’admettent l’f double que dans le latin af-fidavit!

[579] De même Cherbour(g), Strasbour(g), et tous les noms francisés en -bourg, Hambour(g), Edimbour(g), Pétersbour(g), etc., et aussi Bour(g)neuf ou Bour(g)théroulde. Toutefois Bourg, chef-lieu de l’Ain, a gardé l’ancienne prononciation bourc, même isolément, et non pas seulement dans Bourg-en-Bresse; car si l’on prononçait bour isolément, on dirait tout aussi bien Bour(g)-en-Bresse. D’autre part, le g se prononce tel quel dans bourgmestre, qui désigne une magistrature étrangère (cf. Francfort); mais on fera bien d’éviter bourguemestre, qui est pourtant écrit ainsi par M. Verhæren, dans les Villes à pignons, pages 112 et 114. A l’inverse des noms francisés en -bourg, le g se prononce toutes les fois que la finale garde la forme germanique burg (toujours avec le son ou): Terburg, ainsi que dans le mot burg lui-même. En revanche, nous avons francisé aussi, par l’amuissement du g, quelques finales germaniques en -berg: Gutenber(g), Nurember(g), Furstember(g), Wurtember(g), et si, l’on veut, Spitzber(g), mais non Berg, Heidelberg et les autres.

[580] De même Bussan(g), Capestan(g), Castain(g), Estain(g), Serain(g), Loin(g), Bourgoin(g), Jean de Meun(g) et Neun(g), et aussi Lon(g)jumeau, Lon(g)champ, Lon(g)périer ou Lon(g)wy.