[581] Le Dictionnaire général ne prononce pas le g, mais Michaëlis et Passy l’acceptent. Ce g, qui avait disparu, même de l’écriture, est dû à la réaction orthographique.

[582] Le Dictionnaire général n’admet pas plus le g de legs que celui de joug.

[583] On ne devrait pas non plus prononcer le g dans les noms chinois en -ang, -eng et -ong, où les Anglais ont mis un g, en transcrivant les noms, uniquement pour conserver à la finale le son nasal. C’est une méthode que le XVIᵉ siècle avait pratiquée en France même, et dont il nous reste plus d’une trace. Comment donc une telle orthographe a-t-elle pu nous tromper, nous qui écrivons encore rang, sang, long, etc., sans parler des graphies anciennes, soing, loing, témoing, etc.? Le mal vient de ce que nous avons l’habitude de prononcer toutes les consonnes dans les mots étrangers, par principe; on s’est donc mis en France, même les professeurs, à prononcer les g de tous ces mots en -ong, -eng, -ang, surtout -ang, oubliant qu’autrefois Tonkin s’écrivait Tong-King, sans se prononcer autrement, et que Kouang-Toung a donné Canton. Correctement, on devrait prononcer uniquement Kouan(g)-Toun(g); et de même Kouan(g)-Si, Yan(g)-tsé-Kian(g), Si-Kian(g), Kian(g)-si, Kian(g)-sou, Li- Hun(g)-Tchan(g), Louan(g)-Praban(g) et Samaran(g), aussi bien que Timour-Len(g) et Auren(g)-Zeyb, qu’on respecte davantage, et aussi bien Sou-Chon(g), Hon(g)-Kon(g), Mékon(g), Haïphon(g), etc. Les marins ne prononcent pas autrement, ni les marchands de thé Souchon(g). On ne devrait même pas prononcer le g dans Hoan(g)-Ho ou Shan(g)-Haï; toutefois, comme ici le second mot commence par une aspiration, comme, d’autre part, on écrit même aujourd’hui Shanghaï ou Changhaï, en un seul mot, il est naturel que le g s’y prononce, ne fût-ce que pour remplacer l’aspiration. Le g est aussi bien établi dans Lang-son. On pourrait au moins s’en tenir là.

[584] Le g se prononce de même dans la plupart des noms propres: Agag, Zadig, Rig-Véda, Liebig, Schleswig, Grieg, Herzog (avec o fermé), Magog (avec o ouvert), Flameng, Canning, Fielding, Lessing, Long-Island, Young et Yung, Astorg, Swedenborg et Viborg, etc., avec les noms géographiques en-burg, et la plupart des noms en -berg, Berg, Lemberg et Schomberg, Heidelberg, Johannisberg, Lænsberg, Scanderberg, etc., et même Altenbourg, quoique on l’écrive par ourg. Toutefois Leipzig et Dantzig qui se sont longtemps écrits Dantzick et Leipsick, se francisent encore le plus souvent par c au lieu de g.

[585] Et devant les diphtongues latines æ et œ. De plus, aux noms propres français, Angers, Béranger, Gilles, etc. (y compris Gerle ou Murger), s’ajoutent les noms propres anciens ou bibliques: Géla, Gélase, Gelboé, Gélon, Génésareth, Géta, Gethsémani, Phlégéton, geste, gée, Sergius, Gygès, Gyptis, et quelques noms modernes francisés, comme Clésinger, Kruger, Niger, Scaliger, Gérando, Magellan, Scager-Rack ou Urgel, Gibraltar ou Giralda. Mais le g garde le son guttural en tête des mots germaniques, Gemmi, Gerolstein, Gervinus, Gessler, Gessner ou Gewaert, et aussi Gebhart, quoique le t ne s’y prononce pas, et encore Gœttingue, Peer Gynt, ou Gibbon; de même dans d’autres mots non francisés, Engelmann, Hegel, Schlegel ou Vogel, Meiningen, Niebelungen, Bergen ou Rœntgen, Dœllinger ou Minnesinger, Erzgebirge, Szegedin ou Djaggernat, et Rigi, écrit aussi Righi, avec vergiss mein nicht.

[586] On a vu déjà que gangrène s’est longtemps prononcé cangrène, ce qui est le contraire de second prononcé segond; les médecins ont fini par imposer gan, mais l’Académie ne s’est inclinée qu’en 1878. D’autre part, frangipane s’est longtemps prononcé franchipane.

[587] De même Fig(e)ac, G(e)orges, Albig(e)ois, Clos-Voug(e)ot, et même Karag(e)orgewitch.

[588] On aurait pu écrire jôle, puisqu’on écrit enjôler.

[589] L’e étant nécessaire pour donner au g le son chuintant devant un u, il en résulte que gu ne saurait en aucune façon se prononcer ju, comme on l’entend parfois dans envergure, mot qui vient de vergue et non de verge.

[590] Même dans les noms propres étrangers, dans Gueldre, Guelfes, Guelma, Guerchin, Guernesey, Guerrero, Guevara, comme dans Guébriant, Guéménée, Guénégaud, ou Guérande, et même dans Figueras ou San Miguel, comme dans Vauvenargues ou Aiguesmortes, Kerguélen ou Linguet. Il n’y a d’exception que pour les mots latins ex ungue leonem, lapsus linguæ, et dans Vogüé, qui a un tréma sur l’u, faute de pouvoir en prendre sur l’é, qui a déjà un accent. En outre l’u se prononce ou dans Finiguerra.

[591] Il en est du nom propre Aiguillon comme du nom commun: il maintient son u, mais il a de la peine. De même Figuig, que les Allemands eux-mêmes écrivent à tort Figig (fighig).

[592] Y compris Guines, Guinegatte ou Guiscard et Guy de Maupassant, Guy Patin ou Guyton de Morveau, et même les ducs de Guise, quoique la localité d’origine ait la diphtongue ui: le nom commun guise a aidé à l’altération de ce mot. L’usage de M. Guizot n’a pas non plus sauvé l’u de son nom. Certains noms étrangers eux-mêmes ont cédé: Guichardin, d’ailleurs francisé, Guido Reni ou le Guide, Guildhall; mais l’u résiste dans Guipuzcoa. Pour Guyau, Guyot, etc., voir page 192, note 2.

[593] Ceci est tout à fait correct, l’étymologie étant aigue (eau) et non aigu (cf. évier). Aussi le mot a-t-il naturellement trois syllabes, et non quatre:

Est-ce qu’elle a laissé, d’un esprit négligent,
Dérober quelque aiguière ou quelque plat d’argent?

On prononce de même Falguière, Laromiguière ou Lesdiguières, guier ou Tréguier, et aussi Guieysse, Laguiole ou Manguio.

[594] On prononce également ghi dans Draguignan, et ghin nasal dans banc d’Arguin (et non Argouine), comme dans Gaguin ou Guingamp.

[595] Gua se prononce goua dans les noms italiens ou espagnols: Aconcagua, Managua et Nicaragua, Aguado, Guadalaxara, Guadalquivir, Guadarrama, Guadiana, Guaranis, Guardafui, Guarini, Guarnerius, Guastalla, Guatemala, Guatimozin, Guayaquil, La Guayra, etc., et même Guadeloupe, qui est pourtant francisé. Toutefois le son ghè a prévalu en France, au lieu de gouè, pour Paraguay et Uruguay, sauf dans les départements qui fournissent des immigrants à ces pays. Je ne parle pas de Lauraguais, qui devrait s’écrire Lauragais: c’est un nom français dont la prononciation ne saurait être douteuse. Guadet et Guay se prononcent avec ou sans u, mais pas avec le son ou. Liguori se prononce par go.

[596] Dans les noms propres, surtout étrangers, il se trouve devant d’autres consonnes, et s’y prononce: Longfellow, Mengs, Longwood, et même Augsbourg. On sait que dans Lon(g)wy il ne se prononce pas.

[597] De même Pygmalion, Agde ou Bagdad.

[598] Nous retrouverons l’n mouillé à la suite de l’N.

[599] Igname a toujours été mouillé, venant de l’espagnol: ig-name, indiqué par quelques dictionnaires, sans doute parce que ce mot n’est pas populaire, est une erreur. Le g s’isole encore dans Gnathon et Gnide, Ag-ni et aussi Anag-ni (quoique à tort), Ig-natief, Mag-nus et Mag-nence, mais non dans Agnès, prénom populaire. Dans Prog-, il peut d’autant moins se mouiller que la meilleure forme est Procné.

[600] Pour signet et quelques autres mots, voir au chapitre de l’N.

[601] De même Ag-gée, Eg-ger, Fug-ger, Eg-gis. Les noms propres offrent parfois deux g devant d’autres voyelles, et ils s’y prononcent tous les deux: Hog-gar, Toug-gourt, et aussi Djag-gernat.

[602] On prononce de préférence dj dans Giacomelli, Giacomo, Giordiano, Giorgione, Giotto, Giovanni, et aussi Chioggia, Reggio, ou Ruggieri, où les deux g ne font qu’un. Borgia a toujours été francisé complètement en gi comme Scaliger en jèr.

[603] De même Borghèse, Alighieri, Arrighi, Ghiberti, Ghirlandajo, Missolonghi, Righi; de même Birmingham, Enghien, Ghika, Oubanghi, etc.

[604] Prononcez drèdnot. De même dans Wi(gh)t ou Wri(gh)t, Castlerea(gh) ou Ralei(gh) ou Connau(gh)t.

[605] On trouve pourtant imbroglio en trois syllabes dans Musset. Nous francisons également, à tort ou à raison, les noms propres les plus connus, Castigli-one, Cagli-ostro, Cagli-ari, moins peut-être Bentivoglio ou Tagliamento. Quant à Broglie, de l’italien Broglio, il se prononce broille et, quelquefois brog-lie. Vintimiglia s’est francisé en Vintimille mouillé, afin de garder son accent.

[606] Voir page 43, note 1.

[607] Et surtout des noms propres: Kehl, hm, Ohnet, Frohsdorf, Spohr: voir aussi page 39, note 1. Après i et u, qui ne peuvent guère se fermer, l’effet de h ne se sent plus que fort peu: Schlemihl, Eckmühl.

[608] Pour sch, voir au CH, page 227; pour sh, voir à l’S, page 323.

[609] Voir ci-contre. Ranelagh se francise nécessairement à Paris. Malbrou(gh) se prononce quelquefois malbrouk, à tort.

[610] On peut ajouter que, même à l’intérieur des mots, l’h, évidemment inutile dans rhéteur ou Athènes, comme dans malheur ou inhabile, peut encore jouer son rôle, soit en empêchant aussi la liaison comme dans enhardir, soit en maintenant séparées des voyelles qui se fondraient sans cela, comme dans ahuri, cohue, dehors, rehausser, Rohan, Villehardouin. Il a même été ajouté pour ce motif dans un certain nombre de mots: cahoter et Cahors, ébahir, envahir, et surtout trahison, qui devient souvent au XVIᵉ siècle traï-son, en deux syllabes. Ce n’est pas une raison cependant pour prononcer bayut ou cayoutchouc, comme on fait quelquefois: c’est assez que la sauce mahonnaise soit devenue définitivement mayonnaise.

Ce n’est pas tout; si, après une voyelle, l’hiatus est tout ce qui reste de l’aspiration, il n’en est pas tout à fait de même de la consonne articulée. Par hasard se prononce bien comme par amour, sans doute à cause du grand usage qu’on fait de l’expression: ne dit-on pas, dans le peuple, à l’hasard de la fourchette? Mais par hauteur ne se confond pas avec par auteur, et avoir honte s’articule un peu autrement que fanfaron: il semble qu’après la consonne il y ait comme une espèce d’arrêt ou d’hésitation, une espèce d’hiatus, au sens de lacune. Cela est si vrai, qu’on entend parfois avoir honte, ce qui, évidemment, est excessif.

[611] On vient de voir que ceux même qui avaient un h en latin l’avaient perdu au moyen âge; ils l’ont repris depuis par réaction étymologique.

[612] C’est pourtant ce que fait malencontreusement Musset dans la Coupe et les Lèvres:

Capable de huiler une porte secrète.

[613] Hiéroglyphe n’est pas aspiré dans La Fontaine, Fables, IX, 8:

Ce sont ici hiéroglyphes tout purs;

on prononçait alors jéroglyphes, tout comme Racine prononçait Jérôme en écrivant Hiérosme, dans les Plaideurs, II, 4.

[614] Le mot hyène n’est pas dans le même cas que yacht, yak, yatagan, yole, yucca, youyou: nous avons vu plus haut, page 152 et suivantes, que ces mots, où l’y est semi-voyelle, sont toujours traités comme s’ils avaient un h aspiré, de même que oui dans certains cas, et quelques autres, particulièrement uhlan.

[615] Notamment dans ces mots sur lesquels on se trompe quelquefois: halle, hameau, hanche, hanneton, hanter, harasser, hardi, hareng, haricot, harnais, hasard, hibou, hideux, hoche, hochet, homard, honnir, honte, honteux, houe, houx, houblon. On se rappelle encore la «scie» du Moulin-Rouge: En voulez-vous de(s) zhomards? Ces erreurs ne sont pas nouvelles. Ainsi Scarron fait plusieurs fois l’h muet dans hallebarde, hardi, hasarder, haïr ou haine, sans compter une dizaine d’autres, et Voltaire dans harassé. V. Hugo, dans les Gueux, a encore fait l’h muet dans haridelle. Tous ces mots ont l’h aspiré. Pourtant, quand nous avons adopté récemment en géographie le mot hinterland, nous lui avons fait l’h muet.

[616] Quelques h aspirés nous viennent aussi d’ailleurs. Ainsi l’italien nous a donné halte; l’espagnol, hâbler et hamac (mais l’h est muet dans (h)idalgo, malgré Rostand, Cyrano, IV, 5, et dans (h)ombre); l’arabe, haschisch, haras, harem, henné, houri, housse; le hongrois, hongre, housard et hussard (mais heiduque a l’h muet); le tartare, horde; le valaque, hospodar. L’hébreu hosanna a l’h muet au moins au singulier, et la liaison s’impose dans un hosanna; mais j’avoue que le pluriel serait gênant.

[617] Dans exhausser (egzôcé), l’h est forcément devenu muet. On disait aussi la maison d’Hautefort, et on dit encore, à Paris, rue d’Hauteville, rue d’Hautpoul.

[618] Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait toujours muet.

[619] De même dans hoc et même hile: pouvait-on dire l’hile?

[620] Notamment celles de haste, hâtier, hernie, herse et hercheur. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire hésiter dans les premières éditions du Menteur, et il n’est pas le seul; Molière aspire hier, et d’autres poètes aussi, jusqu’à Banville (il s’agit naturellement de hier, monosyllabe: voir sur ce point notre article sur les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire, 1913).

[621] Car il vient d’octo. Cet h a été mis devant uit, ainsi que devant uile (oléum), uis (ostium) et uître (ostrea), afin de distinguer ces mots de vit, vile, vis, vitre, à l’époque où l’u et le v n’avaient qu’un seul caractère dans l’impression, comme i et j; l’h marquait donc le caractère vocalique de l’u, et n’aspirait nullement ces mots.

[622] On prononce naturellement quatre-vingt-huit comme quatre-vingt-deux, et aussi cent-huit, sans liaison. Mais Scarron dit fort bien, dans Don Japhet d’Arménie:

Mon cousin aux deux mille huitantième degré;

et Mendès fait un vers faux, en même temps qu’une faute d’orthographe, quand il dit à la fin d’Hespérus:

C’était le seize avril mille huit cent soixante.

[623] Le Dictionnaire général oublie l’h aspiré de héraut, comme celui de hersé et hersage; en revanche, il aspire mal à propos celui d’(h)anséatique, d’(h)umus et d’(h)urluberlu.

Il en est des noms propres comme des autres. Ceux qui sont d’origine latine ou grecque ont l’h muet: (H)arpagon, (H)ébé, (H)ébreux, (H)écate, (H)ippolyte, (H)orace, etc. Ceux qui sont d’origine germanique, et ce sont les plus nombreux, sont aspirés la plupart du temps: Habsbourg, Hainaut, Hampshire, Hanovre, Herder, Hollande, etc., etc., et aussi Hottentots, Huns, Hurons, Hurepoix. Il y a cependant une certaine tendance à supprimer leur aspiration. Ainsi l’h est muet dans (H)alifax, (H)amilton, (H)amlet, (H)astings, (H)ausmann, (H)ébrides, (H)écla, (H)ermann, (H)udson; a fortiori dans (H)arcourt, (H)arfleur et (H)onfleur, (H)autpoul, (H)éloïse, (H)enri, (H)érault, (H)ortense (et par suite hortensia), (H)yères, etc., et aussi dans (H)aïti. Il l’a été autrefois dans les expressions: toile d’(H)ollande ou fromage d’(H)ollande, point d’(H)ongrie et eau de la reine d’(H)ongrie; et Corneille écrit même, en prose, guerre d’(H)ollande, campagne d’(H)ollande. Mais cela n’a jamais passé pour nécessaire, et cela serait incorrect aujourd’hui. On ne saurait dire non plus, avec V. Hugo, dans la Marquise Zabeth:

C’est un de ces bouquets qu’on a pour trente sous
Chez la fleuriste, au coin du pavillon d’Hanovre.

Je pense que les noms géographiques, comme Hanovre et Hollande, subissent moins facilement ce traitement que les noms de personne, même Jeanne (H)achette ou (H)amlet, déjà cité. C’est pourquoi on critiquera encore ce vers de V. Hugo, dans le Prélude des Quatre Vents de l’Esprit:

Il est l’âcre Archiloque et le Hamlet amer.

Henri a été longtemps aspiré, et Voltaire l’aspire régulièrement dans la Henriade. Henriade est toujours aspiré, mais Henri ne l’est plus guère, et l’on dit avec élision: vive (H)enri IV! avec liaison: un (H)enri, deux (H)enri, c’est (H)enri. Pourtant le règne de Henri IV n’est pas encore inusité. L’h d’(H)enriette est encore plus muet que celui d’(H)enri et depuis plus longtemps. On a autrefois repris Molière, au témoignage de Richelet, pour avoir dit:

Clitandre auprès de vous me fait son interprète,
Et son cœur est épris des grâces d’Henriette.
Les Femmes savantes, acte II, scène 3.

Aujourd’hui rien n’est plus naturel. Pour Hugo, l’usage n’est pas fixé.

[624] Dans les anciens textes, il ne se distingue pas typographiquement de l’i, mais il se prononce j tout de même.

[625] Aux noms propres français s’ajoutent naturellement les noms bibliques et anciens: Jacob, Japhet, Jéhu, Jephté, Jourdain, etc., y compris Joachim; Japet (quelques-uns disent yapè), Jason et Jocaste; Janus, Jugurtha, Juvénal, etc., et aussi Jansénius ou Jornandès.

[626] De même dans l’italien Bojardo, Porto-Ferrajo, Ghirlandajo, etc.; en tête des mots, dans l’allemand Jahn, Johannesburg, Johannisberg, Jungfrau, etc. (mais Juliers est français); dans Janina, Jassy et Sarajevo, qu’on peut écrire aussi par un i; dans Prjevalski, Nordenskjœld, Bjœrnstierne-Bjœrnson, Jonkœping, Solvejg, etc. Dans Ajaccio, Joconde et Majorque, le j est francisé, quoiqu’on prononce aussi Mayorque, à l’espagnole, dans le Midi (esp. Mallorca). On prononce aussi j dans Jagellons, Java, Jordaëns, Jutland.

[627] Ou James, Jefferson, John Bull, Jones, Johnson, etc. Mais Jenner et Jersey sont francisés aussi bien que Jamaïque. Le d s’écrit devant la chuintante dans les noms arabes: Djerba, Djérid, Djibouti, Djinns, Djidjelli, Djurdjura (écrit quelquefois Jurjura), Al-Djézireh, etc., et aussi quelquefois dans Djaggernat. Le j espagnol a un son guttural que nous n’avons pas l’habitude de conserver, notamment dans Juan, qui est francisé, et dans Juarez. On sait que ce j est la même lettre que l’x de Xérès ou Ximénès, que nous prononçons k.

[628] De même York, Cork: et même après une nasale: Monk.

[629] Dekkan s’écrit aussi Deccan, et les deux k s’y prononcent.

[630] Beaucoup de noms bretons commencent par Ker, qui signifie maison.

En anglais, au commencement des mots, kn se prononce n: (k)night, (k)nox, (k)nock-out.

[631] Pendant longtemps pluriel s’est écrit et prononcé plurier, par une fausse analogie avec singulier; mais cette orthographe a disparu depuis Vaugelas, et la prononciation en é, qui a continué quelque temps, s’est accommodée par la suite à l’écriture.

[632] Au XVIᵉ siècle, les mots col, fol, sol, n’étaient déjà plus que des graphies conventionnelles pour cou, fou, sou, et se prononçaient par ou, même devant les voyelles. On conte qu’un jour un instituteur reprit un écolier qui prononçait col, en l’invitant à prononcer comme s’il y avait un u, et l’écolier, docile, mit un u à la place de l’o. La prononciation par ol a été reprise depuis dans certains cas, pour des raisons d’euphonie, et même il est arrivé que col et cou ont fait deux substantifs différents. Pour -eul, il y a eu des exceptions, mais elles ont disparu: par exemple, on a dit long-temps linceu(l), filleu(l), tilleu(l), sans parler des l qu’on ajoutait à cheveu(l) ou moyeu(l). D’autre part, la finale -eul a été souvent mouillée comme dans Choiseul, et l’est encore dans Santeul; dans les noms communs elle est devenue -euil en pareil cas: ainsi chevreuil et écureuil, venus de chevreul (qui est resté comme nom propre) et d’écureul. D’autre part, linceul tend aujourd’hui encore à devenir linceuil. Dans Voltaire (Henriade, IV, 449-450), Bayeul rime avec Longueil, et Delille fait rimer chèvrefeuil avec tilleul (Paradis perdu, IV).

[633] Tapecu s’écrit même sans l. Mais l’l se prononce dans culbute, qui ne fait qu’un mot, autrefois culebute. Dans les noms propres, l’l final se prononce toujours, y compris les mots en -oul, Arnoul, Fortoul, Hautpoul, Mâchecoul, Mossoul.

[634] De même Du Barrail, Du Fail, Gail, Montmirail (le Montmirail de la Marne se prononce rèle, et celui de la Sarthe ral), Corbeil, Verceil, Foucher de Careil, Verneuil, Auteuil, Bourgueil; voir aussi page 92, note 4.

[635] Mais à quoi bon, puisqu’on ne dit pas rèler?

[636] Et quelques noms propres, comme Nil, Anquetil, Myrtil, Daumesnil, Brésil, etc.

[637] L’l final se mouillait tout seul, même après d’autres voyelles que l’i: on vient de le voir pour la finale -eul. Rueil aussi est issu de Ruel.

[638] Ce changement a dû être aidé par le fait que le son mouillé semblait à tort nécessiter deux l.

[639] Il y en a même un qui a perdu complètement son l: c’est émeri. Le même phénomène s’est produit dans pou(il), genou(il), verrou(il), malgré pouilleux, agenouiller, verrouiller, à côté de fenouil, qui a repris et gardé le sien.

[640] Domergue distingue encore entre genti(l) garçon sans l et les gentil(s) avec l mouillé.

[641] Ménil avait aussi amui son l, qui revit ordinairement dans Ménilmontant, comme dans Daumesnil ou Dumesnil.

[642] Le pédantisme qui a essayé de ressusciter moult n’a pas manqué d’y prononcer aussi toutes les consonnes, et cela par pure ignorance.

[643] L’l ne se prononce pas non plus dans beaucoup de noms propres, notamment dans les noms en -auld et -ault, -ould et -oult, comme La Rochefoucau(ld), Châtellerau(lt), Arnou(ld), Guérou(lt), avec Yseu(lt); de plus, Chau(l)ne, Au(l)nay, Au(l)noy, Pau(l)mier, Pau(l)my, Fau(l)quemont, Gau(l)tier, de Sau(l)cy, et autres pareils, où cet l a été rétabli abusivement par les étymologistes du XVIᵉ siècle, qui ne le reconnaissaient pas dans l’u. On prononce également Be(l)fort, au moins dans l’Est. Mais on prononce l’l dans Foulques et dans Montgolfier. Pour Sainte-Menehould, les avis sont très partagés: mene-ou et mene-oul ont des partisans, même locaux, à côté de menou, qui est la vraie tradition: seul le d paraît n’être encore jamais admis.

[644] On sait que, dans un mot comme faulx, l’l du latin est représenté trois fois: une première fois dans l’x, qui n’est un x que par une confusion d’écriture due au moyen âge, où x remplaçait us; une seconde fois par l’u, qui n’est qu’un l vocalisé; une troisième fois par l’l. Ainsi chevals est devenu chevax pour chevaus, puis chevaux, puis même pendant quelque temps chevaulx. Dans aulne et faulx, et aussi dans Chaulne et autres, cet l a la même valeur que dans chevaulx.

[645] Ni rou-lier avec rouiller, fourmi-lier avec fourmiller, fusi-lier avec fusiller, pi-lier avec piller, ou même rallier avec railler. Mais on dit indifféremment arcade sourci-lière ou sourci-yère: cette exception est justifiée par le voisinage de sourcilleux ou sourciller, qui ont les ll mouillés, sans compter que celui de sourci(l) le fut aussi jadis. D’autre part, il y avait autrefois un verbe rouiller, sans rapport avec rouille: on disait rouiller les yeux; ce verbe s’est confondu avec rou-ler.

[646] Que Michaëlis et Passy mettent consciencieusement sur le même pied que celui, de même qu’ils acceptent mi-lieu et mi-yeu, fami-lier et fami-yer, etc.

[647] Enregistré aussi par Michaëlis et Passy.

[648] On a vu plus haut des cas analogues, à propos de l’e muet: voir pages 182 et 183.

[649] On évitera aussi le changement de l en n, comme dans caneçon et nentilles, qui sont fort anciens tous les deux; ou encore l’agglutination de l’article avec le mot, phénomène qui nous a donné landier, lendemain, lendit, lierre, lingot, loriot, luette, mais non lévier: ce serait assurément tout aussi naturel, mais le mot évier a été jusqu’à présent plus heureux que les autres, et on fera bien de laisser le lévier à la cuisinière.

[650] De même dans les noms propres: Noailles, Versailles, Corneille, Marseille, etc., Baillet, Bailly, Neuilly, etc., avec Pauillac.

[651] Autrefois il y en avait bien davantage, par exemple genti(l)le avec genti(l)lesse, angui(l)le et pasti(l)le, qu’on ne connaît plus du tout, avec camomi(l)le et Cami(l)le, qu’on n’entend plus que très rarement.

[652] Avec les noms en -ylle, également savants, siby(l)le, idy(l)le, chlorophy(l)le et psy(l)le.

[653] Il y avait aussi imbéci(l)le qu’on a réduit à imbécile: pourquoi pas aussi bien tranquile?