At ubi litteras &c.
Quant tes lettres elle tint entre ses mains
Par mille fois le pappier en baisa
Sans doubtance/ laisse douleurs & plains
Car en brief temps nouvelles t'envoiera
Lors la vieille qui de son cas peur a
Doubtant estre bastue et fustigee
Pour fallaces desquelles elle usa
S'est tout acoup partie et absentee
Comment lucresse aprés que la macrelle
fut partie assembla les pieces
des lettres de eurialus que elle avoit
rompues & de ce qu'elle fist & dist
Lucretia postquam anus evasit &c
Quant lucresse vit la vieille partie
Et que seule demouree estoit
Elle chercha partie aprés partie
Ce que rompu et deciré avoit
Car les pieces en leur lieu remettoit
Les parolles froissees elle reunit
Si gentement que lire on povoit
Le contenu qui moult la resjouyt
Quod post milies legit &c.
Aprés qu'elle eut ce par mille fois leu
Par mille fois le baisa sans doubtance
En ung tresfin syndone fut receu
Mis et posé a grande diligence
En son coffre ou estoit sa chevance
Riches joyaulx le pappier rompu mist
En repetant mot a mot la substance
Dont amours beut qui moult languir la fist
Comment lucresse delibere rescrire
a eurialus et la teneur des lettres
qu'elle fist
Eurialo rescribere statuit
Elle ordonna que lettres envoieroit
A euriale ainsi que aprés s'ensuit
Ne desire car folie ce seroit
Ce que ne puis avoir soit jour ou nuyt
De tes lettres et messages le bruit
Faces cesser que plus n'en soys vexee
Et ne croy point que soye de ceulx que on dit
Qui se vendent ne de leur assemblee
Non sum quam putas &c.
Je ne suis point de celles que ymagines
Ne telle a qui doies macerelle envoier
Autre charche pour les faiz libidines
Car chaste amour vueil suivir et aimer
Avecques autres que moy pourras parler
Et faire ainsi que bon te semblera
Mais de cecy ne vien plus sermonner
Tu n'es digne de moy saiches cela
Comment euriale fut ung peu troublé
des lettres dessusdictes touteffois
il eut bon espoir
Hec epistola quamvis durior & cetera.
Combien que les lettres dessus escriptes
A euriale/ dures ung peu semblassent
Et contraires aux parolles ja dictes
Par la vieille et ne le consolassent
Se la voie et chemin ne montrassent
De bien povoir l'ung a l'autre rescrire
Il ne doubta pour que affin il menassent
Mieux leur amour par lettres son cas dire
Sed angebatur quia sermonis ytalici &c.
Mais il estoit grandement desplaisant
Qu'il ne povoit italien parler
Par estude curieux fut soignant
Et le langaige aprint au paraler
Amours le fist diligent escolier
Puis aperçoy epistoles compose
En langage qu'il souloit mendier
Et respondit ce que ensuit par sa prose
Comment eurialus respond aux
lettres de lucresse et la teneur des ses
lettres
Nil succendendum esse sibi & cetera.
Ne vous coursés a moy se j'ay transmis
Femme qui soit ville ou mal renommee
Comme estranger et ignorant le fis
Qui ne sçavois celle estoit mal famee
Plus honneste je n'eusse point trouvee
Amours/ de ce faire me contraignoit
Honneste fust infame ou diffamee
Amours sur ce certes lors n'avisoit
Credere se fore pudicam &c.
Dame je croy que estes chaste et pudique
Par ces moyens de plus grant amour digne
Femme qui est insolente inpudique
Je repute de amant avoir indigne
Femme d'honneur prodigue donne signe
D'aistre haye aymer ne la vouldroye
Car aussy tost que vergongne resine
Elle pert d'honneur la louenge et la joye
Formam esse delectabile bonum &c.
Fourme et beaulté sont delectable chose
Mais caduque et de trespetit pris
Se vergongne n'est parmy eulx enclose
Ne proffitent ains engendrent despris
Quant vergongne et beaulté sont comprins
Mis et posés ou cueur de quelque dame
On ne seroit de telle amer reprins
Car c'est chose divine et sans blasme
Ipsam utraque dote pollentem
Je sçay assés qu'estes riches et douee
De tous les deux pour ce vous ayme & prise
Et ne vouldrois soyés toute asseuree
Faire chose qui a vostre honneur nuyse
Quant vo renon et fame bien je avise
Ne les vouldroye blesser je vous asseure
Je ne requiers fors que puisse a ma guise
A vous parler quelque petit quart d'heure
Optare se tantum alloqui &c.
Mon couraige je vous vueil descouvrir
Et ce dire que je n'ose rescrire
Eurialus pour a ses fins venir
Dons et presens envoya pour vray dire
Que on povoit veoir trop plus par art reluire
Et ouvrage que par matere d'eux
Donner convient pour amours mieux conduire
On apaise par leur donner les dieux
Comment lucresse respondit aux lettres
dessusdictes par les siennes
desquelles la teneur ensuit
Accepi litteras tuas &c.
Lucresse print la plume pour escrire
Responce ad ce que dessus est escript
Puis commença en ses termes rescrire
J'ay tes lettres receues sans faire bruit
Croy complaindre ne me vueil par edit
De la vieille qui tes lettres porta
Que tu me aymes joye n'en ay ne despit
Tu n'es premier ne seul que ce fait a
Multi et amaverunt & amant me alii &c.
Ma beaulté a autres que toy deceu
Plusieurs pieça m'ont aymee mais present
Autres m'ayment desquelz ne sera sceu
Dit ne prouvé qu'ilz ayent jouyssement
Frustrés seront leur labour vainement
Ilz employeront ainsi que tu feras
Avecques toy parler aucunement
Ne puys ne vueil pour tant a dieu yras
Invenire me solam nisi fias yrundo & cetera.
Si yrondelle tu ne veulx devenir
Seule trouver pour vray ne me pourrois
La maison est si haulte que venir
On n'y pourroit et les portes et voyes
Tousjours closes de gardes affin chois
Tes dons ay prins pour que d'eux l'artifice
M'a tresfort pleu point ne les te renvois
L'ouvrage en est gent honneste & propice
Munera tua suscepi &c.
Mais touteffois ne croy point que vers moy
Ce retienne pour estre d'amours targe
Par le porteur ung aneau te renvoy
Qui autreffois fut donné par usage
Par mon mary a ma mere tressage
Pour tes joyaulx le t'envoye comme pris
Car la gemme precieuse du gage
Que t'envoye est de trop plus grant pris
Comment eurialus repliqua et le
contenu de ses lettres qu'il envoye
a lucresse
Magno michi gaudio &c.
Eurialus repliqua sur ce point
En la forme qui cy aprés s'ensuyt
Vostre espitre m'a aporté joy moint
Puis qu'il vous plaist ne faire plus de bruit
De la vieille mais desplaisir me suyt
De ce que mon amour vous desprisés
Car par amour nul plus ne vous poursuyt
Que moy aymant de amours tresfort exquises
Nam & si te plures
Plusieurs ayment mais un tout seul n'y a
Qui soit digne d'estre a moy comparé
Ce ne croyés une raison y a
Car de avec vous suis tousjours separé
Se de parler estoye auctorisé
Aymé seroys de vous sans contredire
A mon desir fusse ores commué
En yrunde pour mes desirs vous dire
Libentius transformari in pulicem vellem &c
Plus voulentiers puce je deviendroye
Lors fenestre ne pourriés fermer
Sy ne povés a mon cueur donner joye
Ne me desplaist mais me fait souspirer
Que ne voulés je ne vueil regarder
Autre chose que vostre bon vouloir
Las lucresse trop me faictes yrer
Quant ne voulés m'ouyr parler ne voir
An fieri possis me vobis alloqui
Comment se peut faire que ne voulés
Celuy qui est le tout vostre escouter
Et qui ne quiert fors ce que desirés
Le quel pour vous se yroit ou feu bouter
S'il vous plaisoit ad ce luy commander
Plustost seroit obey que commandé
Ne vueillés plus ce mot la reciter
Se ne povés ayés la voulenté
Me ne verbis eneca qui vitam oculis michi prebes
De parolle ne me vueillés tuer
Qui par ung seul regard me donnés vie
S'il ne vous plaist mon parler escouter
Et que impetrer puisse ce dont je prie
Je obeyray: mais du cueur vous supplie
Qu'il vous plaise vostre propos muer
Et ne dire que soit a moy folye
Ou temps perdu de a vous vouloir parler
Absit hec crudelitas &c.
Chassés dehors si grant crudelité
Soyés un peu plus doulce a vostre amant
Car si ainsi est que en ceste austerité
Perseverés n'en soyés point doubtant
Vous occirés cil qui vous ayme tant
Vostre parler trop plus tost me occiroit
Que ne feroit ung glayve fort tranchant
Plus contraire chose ne me seroit
Desino jam plura postere &c.
Je ne requiers chose pour le present
Fors ma dame que vous me vueillés amer
Tous vos objectz n'y font aucunement
On ne vous peut de ce vouloir garder
Dictes sans plus que m'aymez sans tarder
Et tout acop je seray beneuré
Et se mes dons vous pevent soulas donner
En ce me tiens pour joyeux et euré
Illa te aliquando mei &c.
De mon amour memoire donneront
Les petis dons/ autres je vous envoye
Qui sont moindres point ne vous desplairont
Car comme amant les transmés par la voie
Plus precieux valans plus de monnoye
De nostre pays apportés me seront
Quant les auray je vous en feray joye
Car aussy tost par devers vous yront
Anulus tuus nunquam ex digito meo recedet &c.
Soyés seure dame que vostre aneau
Jamais du doy ne me departira
Et tous les jours n'en doubtés bien & beau
Ou lieu de vous souvent baisé sera
Et de larmes mon oeil l'arousera
A dieu soiés tout mon bien et desir
Je vous requiers ce pou vous coustera
Que me donnés soulas/ joye et plaisir
Comment lucresse respondit aux dessusdictes
lettres de eurialus. Et par
ses lettres lui fait savoir que voulentiers
l'aymeroit en faisant argumens
pro et contra
Sic cum frequenter replicatum &c
Quant ilz eurent longuement repliqué
Ainsi que avons recité cy devant
Lucresse a bien son engin appliqué
Pour escrire lettres a son amant
Telz motz escript: euriale doubtant
Tu ne soies que je te complairoie
Tresvoulentiers aussi participant
De mon amour voulentiers te feroie
Nam id tua nobilitas & cetera
Ta noblesse & grant honneur bien vault
Aussi tes meurs que point ne ames en vain
Dire ne vueil signantement en hault
Combien me plaist ta beaulté soir & main
Ton visage de benignité plain
Mais de te aymer difficulté je fois
Aussi d'amours prendre la voie et train
Pour que mes meurs & nature congnois
Si amare incipiam & cetera
Se commence une fois a amer
Je ne tiendré ne rigle ne maniere
Tu ne peulx pas cy longuement arter
Et se une fois j'entre soubz la baniere
Du jeu d'amours n'est porte ne barriere
Qui de jouer me sceust contretenir
De toy suyvir n'est pas chose legiere
Tu ne vouldrois & je vouldrois suyvir
Movent me multarum exempla
Et touteffois puis je estre assés demeue
Par exemples de plusieurs nobles dames
Qui ont amé c'est chose bien congneue
Les estrangiers & perdu los et fames
Pour les amer ont souffert mains diffames
Car ilz les ont treslaschement laissees
Aprés qu'elles leurs avoient corps et ames
Saulvez & puis leurs corps abandonnés
Jason medeam cujus auxilio vigilem interemit drachonem &c
Jason occist le dragon sans doubtance
Par le moyen de la belle medee
Et par son art dont eut experiance
La toison d'or si lui fut delivree
Medee laissa qu'il avoit accordee
Lui promettant avec lui l'emmener
Trop laschement fut la foy discordee
Quant sans elle s'en voulut retourner
Theseus minothauro in escam
Minothaure eut thesee pour viande
Mors et glouty rungé et devoré
S'il n'eust tenu d'adriane la bande
Il estoit mort/ transsi et expiré
Adriane qui l'avoit remiré
Pour son amant le print & amoureux
En une isle par ung fait conjuré
L'abandonna comme fallacieux
Quid dido infelix
Dame dido qui royne de carthage
Fut en son temps receut en sa maison
Le duc enee qui lui sembloit si sage
Et qui subtif estoit comme lison
Quant el lui eut de corps & biens fait don
Il la laissa seulete et esgueree
Dont elle print de se occire achaison
Car el mourut doulente et esplouree
Scio quanti periculi est & cetera.
Je congnois bien quel peril et danger
C'est que d'aymer estrangiers incongneuz
Je ne me vueil en tel ordre renger
N'en telz perilz mettre c'est pour le mieulx
Les hommes sont fermes & courageux
Et bien sçavent de amour fureur refraindre
Mais quant femme est du dart amoureux
Frappee au vif le feu ne peut destaindre
Sola potest morte assequi terminum
Car elle ne peut que par mort fin bouter
A son amour: femmes pas proprement
N'ayment: ains plus affolent sans doubter
En leur amour n'a quelque attrempement
Et s'il
avient que amour egalement
A leur fureur ne soit correspondant
Il n'est chose qui si cruellement
Se contienne ne si mal concordant
Postea quam receptus est ignis &c.
Quant une fois du feu d'amours ardons
Nous ne doubtons perdre vie ne renom
Et remede aucun ne regardons
Fors que jouyr de ce que nous amon
Car de tant plus que ce moins nous avon
De tant est il par nous plus atiré
Aucun peril ou dangier ne craignon
Mais que puisson jouyr du desiré
Michi ergo nupte nobili diviti
Et pourtant je qui noble et riche suis
Et mesmement suis femme mariee
Vueil a amours la porte clorre & l'uys
Sur tout au tien qui point longue duree
Ne peut avoir affin que rhodopee
Philis ne soys ou autre sapho dicte
Par toy me soit ceste chose accordee
Ne me fay plus de amours quelque poursuite
Et tuum ut paulatim comprimas
Que tu vueilles destaindre te supply
La grant amour qu'as envers moy conceu
Car es hommes n'est point si acomply
Amours qu'il est quant en femme est receu
Si tu me aymes comme j'ay par toy sceu
De ce ne dois pour voir me requerir
Qui plus de mort que de vie me soit veu
Donner cause ce ne dois tu querir
Pro tuis donis remitto &c.
Une croix d'or te renvoie pour tes dons
De tresbelles marguerites ornee
Et ja soit ce se bien la regardons
Que petite et courte soit trouvee
El ne sera ja pour ce moins prisee
Prix et bonté en soy beaucop contient
Ce congnoistras quant bien l'auras visee
A dieu soies qui tout en sa main tient
Non tacuit eurialus & cetera
Point ne se teut euriale courtois
Quant les lettres de sa dame eut receu
Mais embrasé d'amours comme autre fois
Epistole escrire lui a pleu
Pour nouvelles lettres qui lui ont pleu
La plume print & se mist a escrire
Comme il sera cy aprés veu et leu
Formelement telz motz ou peu a dire
Comment eurialus respond aux lettres
de lucresse et lui soult tous les
objectz qu'elle a faitz
Salve anime mi lucretia
Mon cueur m'amour lucresse dieu vous gard
Par vos escriptz qui tout sain me rendés
Combien que vous meslés en quelque part
De vos lettres du fiel et mordés
Mais s'il avient que vous vous accordés
A moy parler: tout aigreur mise arriere
Je suis bien seur sans que plus vous tardés
Que me ferés voulentiers bonne chiere
Venit meas in manus & cetera.
Entre mes mains sont vos lettres venues
Tresbien sellees de vostre aneau & signe
Par plusieurs fois les ay baisees & leues
Mais peut sembler que la lettre designe
Aautre chose que ce la ou s'encline
Vo courage qui me vient requerir
Qu'en vostre amour mette fin & termine
Pour que estrangier ne vouldriés suyvir
Et ponis exempla deceptarum
Et des dames qui ont esté deceues
Les exemples bien au long avés mis
Si ornement quant bien elles seroient veues
Que je devrois ainsi qu'est mon advis
Et vostre engin aussi vos faitz & dis
Esmerveiller & louer sans doubtance
Plus que oublier a ce ne contredis
Ains plus ayme vo savoir et prudence
Quis est ille qui tunc amare desinat & cetera.
Qui est celui qui a aymer lerroit
Une dame quant la verroit si sage
Se vouliés mon amour cy endroit
Diminuer vostre plaisant language
De doctrine plain & non en usage
Ne deviés en vos lettres coucher
Car ce m'a plus abstraint en vo servage
Et causé soif que je ne puis estancher
Ignem maximum ex parva conflare favilla &c.
Ung bien grant feu causé d'une estincelle
Petite assés avés fait et causé
Car quant j'ay leu et veu vostre epistelle
Amours m'ont plus que devant embrasé
Si tost que j'ay apperceu et visé
A vo beaulté doctrine estre conjoincte
Il n'est homme tant soit bien avisé
Qui ne sentist de vostre amour la pointe
Verba sunt tamen quibus rogas
Les paroles de vos lettres requerent
Que desiste de vous suivre & amer
Mais requerés ains que telz choses viennent
Que montaignes puissent en plaine aler
Des fontaines les ruisseaulx reculer
En leurs sources & obscure carriere
Tant me pourrois de vous amer passer
Com le soleil peut reculer arriere
Si possent carere nivibus
De sithie quant sans naige seront
Les montaignes & sans poissons la mer
Et que haultz bois & forestz demourront
Sans les bestes sauvages: lors prier
Me deverés que je vueil oublier
Vostre plaisant et delectable amour
Que les hommes puissent si de legier
Leurs vrays amours oublier c'est erreur
Nam quod tu nostro sexui ascribis plerique vestro assignant
Ce que aux hommes de aymer legierement
Attribués: aucuns dient le contraire
Et des femmes dient veritablement
Ce estre entendu: de cela me vueil taire
Mais bien je vueil a ce response faire
Quant vous dictes que ne voulés aymer
Pour estrangiers qui ont voulu desplaire
A leurs amours & les abandonner
Exempla ponis sed possem ego plura referre
Des exemples vous avés assés mis
Mais je pourrois des amans assigner
Qui des dames ont esté relenquis
Crisis je vueil pour exemple amener
Qui troilus bien sceut abandonner
Filz de priam helaine si deceut
D'eiphebus: & circés sceut muer
Ses amoureux en pourceaux quant lui pleut
Sed iniquum est ex paucorum consuetudine totum vulgus censere
Par ses herbes et faulx enchantemens
Ses amoureux en bestes transformoit
Mais c'est chose inique com je sens
Et qui pas bien en raison ne seroit
Se pour vices de aucuns on arbitroit
Tout le monde pareil & vicieux
En personne fiance on ne auroit
Trop ravalés seroient les vertueux
Nam si sim peregrinus &c.
Et supposé que je soye estranger
Et que pour cinq ou dix hommes pervers
Vous me vueillés a eulx comparager
Hayr/ blasmer a tort et a travers
Pareillement soit a droit ou envers
Toutes dames je pourrois accuser
Pour les autres qui par ars tresdivers
Les hommes ont prins pour les cabuser
Quin potius alia sumamus exempla
Mais je vous pry autre exemple prenon
Et regardons de quel amour aymerent
Marc anthoine/ cleopatre et voyon
Que l'un l'autre oncques n'abandonnerent
Assés d'autres les acteurs en referent
Que pour cause de brefveté je passe
Car mes lettres sommerement requierent
Que des mauvais exemples soiés lasse
Ovidium legisti &c
Vous avés leu ovide com je croy
Et avés bien memoire & souvenance
Que plusieurs grecz en retournant chiés soy
Ont recouvert amours et aliance
De leurs dames tant aymé la plaisance
Qu'en leur pays jamais n'ont retourné
Plus ont aymé avoir peine et souffrance
Que leurs dames avoir abandonné
Domo regnis et aliis que sunt
Ils ont esleu laisser royaulmes/ pays
Et les choses qu'ilz avoient trescheres
Com s'ils feussent de leur maison banis
En soustenant plusieurs douleurs ameres
Pour resider et faire leurs repaires
Avec celles que avoient pour dames prinses
Ont enduré toutes choses contraires
Jusques a la mort sans aucunes reprinses
Hec te rogo mi lucretia & cetera.
Je vous supply ma dame que pensés
Au bon vouloir que j'ay de vous servir
Le contraire je vous prie delaissés
Ne vous vueille des mauvais souvenir
Car je vous vueil de tel vouloir suivir
Que a tousjours mais loyaument aymeré
Pour vostre honneur & bon non soustenir
Vostre je suis ay esté et seré
Nec te me pegrinum & cetera
Ne dictes point que estranger je soye
Citoien suis mieulx que cil qui est né
De ce lieu cy/ car pour plaisir & joye
Election m'a pour tel ordonné
L'autre si est citoien destiné
Par fortune et je n'ay pays quelquonques
Fors cil ou est vo gent corps aourné
De tout honneur cytoien suis je doncques
Et quamvis aliquando & cetera.
Et ja soit ce que quelque fois departe
De ce lieu cy bien tost je reviendré
En alemaigne soit a gaing ou a perte
Ne retonray si non que je prendré
Temps pour aller ou quel je contendré
De mes choses ordonner pardela
Puis tout soudain devers vous m'en viendré
Assés moyens trouveray de cela
Multa his in partibus cesaris negotia sunt
Car l'empereur a tousjours des affaires
En ce pays pour lesquelz exploiter
Il envoye par deça commissaires
Pour les choses faire et executer
Je trouveray façon sans arrester
Que je obtendray quelque commission
De ce ne fault aucunement doubter
Que ne aye assés charge et legation
Nec dubita suavum meum lucretia &c.
Ma joye m'amour lucresse ma doulceur
Tout mon espoir et mon seul souvenir
Se possible est que je vive sans cueur
Lors vous pourray seulete relenquir
A vostre amant vueillés donc subvenir
Car tout ainsi comme la nege font
Par le soleil vous me voirrés finir
Se vos graces imparties ne me sont
Considera meos labores &c.
Dame pour dieu regardez les labours
Que j'ay souffers pour vostre amour acquerre
Et vous plaise mettre dedans briefz jours
Fin a mon dur martire qui me serre
Si fort le cueur pour quoy menés tel guerre
A vostre amant et tant le cruciés
Je me esmerveil que je suis vif sur terre
Veu que si peu de moy vous souciés
Comme ay je peu tant de maulx endurer
Et tant passer nuitz et jours sans dormir
Tant de jusnes sans boire ne menger
Je suis maigre on me voit bien blesmir
Pallir le vis ce qui peut retenir
L'ame dedans mon corps est peu de chose
Se vostre amour ne me veult subvenir
Mourir me fault mon ame ne repose
Si tibi aut parentes aut filios
Si voz parens pere mere & enfans
Avoye mis a mort plus grief torment
Je ne pourrois endurer que je sens
Doncques se ainsi suis puny griefvement
Qui vous ayme de cueur parfaictement
Que pourrés vous a vos ennemis faire
Ilz ne sauroyent mourir plus griefvement
Qu'il me convient se me estes si contraire
Ha mea lucretia mea hora mea salus & cetera
Ha lucresse mon salut et ma dame
Mon refuge recepvez moy en grace
Rescrivés moy que vous me amés sans blasme
En tout honneur sans ce que mal vous face
Et que vous suys/ en chascun lieu & place
Amé chery loyal et bien voulu
Dire puisse sans aucune fallace
De lucresse suis servant retenu
Nil aliud volo
Autre chose ne vueil pour le present
Les empereurs ont aymé leurs servans
Quant ont congneu leur bon gouvernement
Et que loyaux estoient et bien veillans
Et de ce amer n'ont esté desdaignans
Qu'ont aperceu leurs serviteurs amer
Mon seul espoir que tant suis redoubtans
Adieu soyés tant en terre qu'en mer
Comme lucresse fut vaincue par
les lettres de eurialus
Ut turris que fracta & cetera
Comme une tour qui est dedens froissee
Et par dehors semble estre invincible
Par la paroy dont elle est apuyee
Qui la sentoient mais tantost deffectible
Est rendue froissee et vincible
Quant la paroy et soubstenement fault
Lucresse ainsi fut vaincue et ductible
Par le parler ingenieux et cault
Postquam enim sedulitatem & cetera
Quant elle eut veu et congneu clerement
De son amant la grant perseverance
L'amour que avoit en bien dissimulant
Tenu couvert elle mist en congnoissance
Si tresclere qu'elle n'eut pacience
Ains escrivit tantost a son amy
Luy descouvrant qu'elle estoit en oultrance
Navree d'amours en son cueur tout parmy
Comment lucresse escrit a eurialus
qu'elle se rend a luy et lui donne son
amour
Non possum tibi amplius & cetera
Euriale cher et amy parfait
Je ne pourroys contre toy resister
Et si ne puis par moyen ne par fait
De ton amour mon cueur desheriter
Tu m'as vaincue tienne suis sans doubter
Ha moy lasse qui tes lettres receu
En grans perilz il me convient bouter
Puis que d'amours vueil congnoistre le jeu
Nisi tua me fides
En grans dangiers certes me trouveré
Si tes bonnes vertus foy et prudence
Ne subviennent ne sçay que je feré
Je te supply pren bien garde et y pense
D'entretenir comme j'ay ma confidence
Ce que as promis et escrit tant de foys
A ceste heure sans plus faire d'instance
En ton amour legierement m'en voys
Si me deseris et crudelis &c.
Se me laisses de tous seras le pire
Traitre et cruel que jamés dame vit
Une femme est aisee a seduire
Mais de tant que plus aise on la seduit
De tant en est le fait aussy le bruit
Plus infame pour cil qui ce meffait
Avant que entrer plus avant ou deduit
Avison bien qu'il n'y ait rien forfait
Si putas me deserendam.
Se tu me veulx laisser quelque saison
Dy le moy tost ains que amours plus me blesse
Ne commençon chose dont nous puisson
Nous repentir bien forvoye qui s'adresse
Car de tous faitz par prudence & sagesse
On doit la fin prevoir et aviser
Femme je suis qui n'ay pas la noblesse
Ne le savoir de la fin bien viser
Tu vir es te mei et tui & cetera
Tu es homme qui la charge prendras
Et la cure totalle de nous deux
Et des present le faict entreprendras
A toy me rens donne & livre en tous lieux
Ta foy suivray soyes jeune ou vieux
Je ne me rens a toy pour aucuns jours
Tant que la mort par dart pernicieux
Nous separe tienne seray tousjours
Vale meum presidium & cetera
Adieu te di mon amour ma deffence
Tout mon plaisir conduite de ma vie
Quant les amans eurent a souffisance
Escript assés d'une et d'autre partie
Et que l'amant pour vray n'escrivoit mie
Si ardamment que lucresse faisoit
Ung seul desir avoit je vous affie
Comme seul a seul ensemble on parleroit
Sed arduum ac pene impossibile
Mais se sembloit chose pres que impossible
Pour la grande multitude des yeux
De toutes gens qui prenoient au possible
Sur lucresse garde comme envieux
Jamais n'aloit seule en quelquonques lieux
Sans garde avoir car de juno la vache
Ne fut oncques par fait si curieux
Gardee d'argus comme lucresse sans tache
Menelaus jusserat observari
Menelaus qui estoit son espoux
Avoit ainsi commandé la garder
Car ce vice d'estre ung peu trop jaloux
Es ytalles voit on fort habunder
On n'oseroit leurs femmes regarder
Comme tresor/ sont en chambre recluses
Trop grant prouffit n'y sauroie regarder
On pert souvent choses soubz clef incluses
Sunt enim fere eiusmodi mulieres omnes
Et les femmes sont de ceste nature
Pres que toutes qu'il desirent avoir
Ce que on leur a par diligente cure
Soit main ou soir prohibé c'est le voir
Se on les prie ce n'est pas leur vouloir
Quant on ne veult lors desirent que on prie
Se on leur lache la bride a leur povoir
Elle se efforcent faire moindre folie
Tam facile est invitam custodire mulierem quam in fervente sole pulicum gregem observare
Garder femme de faire a son plaisir
Quant une fois ne veult autrement faire
N'est possible point plus que de tenir
A la grande chaleur de corps solaire
Quelque assemblee de puces soy retraire
Et chastement vivre quant ne luy plaist
A nature de femme est contraire
Se de sa part et costé chaste n'est
Frustra maritus nititur apponere servantes