Bruxelles. — Je reçois une visite. — Étonnements successifs et réciproques. — L’hydre à cinq têtes. — Explication, éclaircissements. — Je suis présenté à Mme veuve Van Reben.
Le lendemain, à huit heures du matin, je me réveillais dans une chambre de l’hôtel de Suède, retenue exprès pour moi par Brascassin. Antoine était déjà en course. Mon vieux Jean prenait son café au lait avec les domestiques de la maison. Je me levai, je fis ma barbe; tout en me rasant, je songeais avec amertume à cette complication d’incidents qui me forçait d’assister au mariage de Mme de X.... avec un autre!...
Plus que jamais j’étais convaincu que cette femme-là eût fait le bonheur de ma vie.
De l’air le plus mystérieux, marchant à pas de loup, Jean entra dans ma chambre:
«Monsieur est-il visible? me dit-il à voix basse.
—Pourquoi? lui demandai-je, tout en continuant de me raser.
—C’est qu’il y a là un homme qui sachant monsieur arrivé ici d’hier au soir, veut absolument lui parler.
—Le connais-tu?
—Parfaitement! mais je ne sais pas son nom; n’importe! c’est bien lui! monsieur sait, une espèce de mendiant, avec une voiture, et une belle femme qui boitait un peu de la main droite, ou de la main gauche. Dieu! qu’il est changé! il a l’air d’un prince aujourd’hui! Est-ce que monsieur ne sait pas qui je veux dire? Il logeait autrefois dans les environs de Belleville; même que monsieur a fait avec lui un commerce de volailles....
—Le père Ferrière!» m’écriai-je.
A l’appel de son nom, Ferrière (car c’était bien lui) parut sur le seuil de la porte. Il portait en effet un costume splendide et tout à fait de cérémonie, quoiqu’il fût bien matin encore; habit et pantalon noirs, chapeau de soie, souliers vernis; les gants seuls faisaient défaut.
Encore barbouillé de savon, j’allai au-devant de lui.
«Vous, à Bruxelles!... par quel hasard?
— Comment, par quel hasard? dit-il en s’immobilisant dans un geste de surprise; mais puisque c’est demain que je marie ma fille, et que nous comptons bien que vous nous ferez l’honneur d’être à la mairie, à l’église, et au dîner, s’il vous plaît!
—Vous mariez votre fille, mon cher Ferrière!» repris-je avec un nouveau point d’exclamation. Et revenant à mes premières suppositions d’un mystère d’amour entre Thérèse et le Yankee Van Reben: «J’éprouve une vive satisfaction de cette bonne nouvelle, ajoutai-je.
—Quoi! une bonne nouvelle! quoi! par hasard! répéta le bonhomme, dont l’étonnement semblait s’accroître de mes étonnements successifs; vous ne le saviez donc pas?
—Pas le premier mot! je n’en suis pas moins charmé, croyez-le, de voir l’affaire en question aboutir à un dénoûment par-devant notaire. Quant à votre invitation pour la noce, vous vous y prenez un peu tard, mon brave, car demain, justement demain, 29 mai, je dois forcément figurer, comme témoin, au mariage d’un de mes amis, M. Brascassin.
—Ah! la farce est bonne! dit Ferrière, partant d’un éclat de rire, et me frappant familièrement sur l’épaule, ce qui ne laissa pas que de faire froncer le sourcil à mon vieux Jean. Eh bien, vrai, j’y ai été pris, poursuivit mon ex-bohémien; vous vouliez me faire peur et badiner un peu, il n’y a pas de mal; touchez là, ajouta-t-il en me tendant la main, vous serez à la noce de ma fille si vous allez à celle de M. Brascassin, puisqu’ils s’épousent tous deux.
—Pas possible!» m’écriai-je en faisant un pas en arrière.
Ce fut au tour de Ferrière de froncer le sourcil: «Pourquoi, pas possible?» Puis il courba la tête et secoua le front, comme sous le poids d’une pensée pénible. «Ah! oui, voilà! reprit-il, les yeux toujours fixés au parquet, vous aussi, vous soupçonniez de mal ma pauvre Thérèse, à cause de l’Américain?...
—Plutôt une appréhension qu’un soupçon, lui dis-je.
—Mais la tante le connaît aujourd’hui, votre Van Reben....
—Quelle tante?
—Pardine! la marraine. Il a tout avoué, jusqu’à signer un papier de sa propre main.... Tenez, le jour même où vous deviez vous battre avec lui....
—Pardon, mon cher Ferrière, dis-je en l’interrompant; mais, voyons, entendons-nous bien. Pour ce mariage, n’avait-il pas d’abord été question de Mme de X...?
—Il le fallait, puisqu’elle est la mère de l’enfant.
—Mme de X.... a un enfant? m’écriai-je.
—Elle en a quatre; mais elle n’en est pas moins accourue tout de suite ici avec ses preuves. Mme Van Reben a bien été obligée de se rendre.
—Quoi! Mme Van Reben?... L’Américain est donc marié?...
—Eh! non, c’est la marraine.
—Quelle marraine?
—Pardine, la tante, vous comprenez?»
Je ne comprenais rien du tout, mais j’avais besoin de comprendre. Des propos incohérents de Ferrière, une seule chose ressortait pour moi, claire, évidente; c’est que depuis un mois je piétinais au milieu d’une histoire mystérieuse; j’avais cru la pouvoir démêler facilement; elle s’était de plus en plus embrouillée sous mon regard; un sphinx, ou plutôt une hydre, dont chaque tête m’avait représenté tour à tour l’image de Ferrière, de Brascassin, de Thérèse, de Van Reben, ou de Mme de X..., m’avait abordé dès le début de mon voyage; je l’avais entrevue à Noisy-le-Sec; elle me suivait à Strasbourg et à Carlsruhe; je courais imprudemment sur ses pas aux ruines et aux cascades d’Aller-Heiligen; elle nous escortait dans la forêt Noire; je la retrouvais à Heidelberg et sur les bords du Necker; puis à Schwetzingen, dans la maison des bains; puis à Francfort, puis à Mayence, où elle avait semblé s’évanouir. Aujourd’hui, à Bruxelles, toutes ses têtes semblent s’être réunies, mais le corps du reptile m’échappe, ou ne se montre que par tronçons séparés et s’agitant confusément. Ces tronçons, grâce à mon vieux bohémien, l’occasion s’offre à moi de les rapprocher, de les juxtaposer, de les recoudre les uns aux autres. Je ne la laisserai certes pas échapper!
Je fis signe à Jean de s’éloigner. Je ne répondrais pas qu’il ait été beaucoup plus loin que la porte.
Resté seul avec Ferrière, procédant avec plus de méthode dans mon interrogatoire, à force de questions bien coordonnées, et auxquelles il satisfit de son mieux, je parvins enfin (Dieu soit loué!) à déchiffrer l’énigme, jusqu’alors indéchiffrable.
De cette énigme voici le mot. Je le traduirai en aussi peu de phrases qu’il me sera possible de le faire, sans nuire à la clarté si indispensable après un pareil imbroglio.
Thérèse Ferrière avait été recueillie, élevée à Bruxelles, vers sa douzième année, par Mme veuve Van Reben, sa marraine, digne femme, de mœurs un peu graves, un peu rigides, une vraie Flamande, qui n’avait pour toute famille qu’un neveu, Guillaume Van Reben, l’affreux Yankee que l’on connaît.
Son éducation achevée, Thérèse, songeant à s’en créer une ressource pour l’avenir, un état, avait prié sa marraine de la laisser partir pour Londres, où l’occasion s’offrait à elle, tout en donnant des leçons de français, de se perfectionner dans la langue anglaise. Elle avait quitté Bruxelles depuis un mois à peine, lorsque le Van Reben arriva d’Amérique, où il avait formé à Bâton-Rouge, dans la Nouvelle-Orléans, un établissement qui déjà menaçait ruine. Intéressé à la perdre dans l’esprit de sa tante, dont elle pouvait lui disputer l’héritage, il donna au départ de Thérèse une tout autre cause que celle de professer et de s’instruire. Il ne le fit point hautement, ouvertement d’abord; c’eût été une maladresse. Il commença par répandre à petit bruit, sourdement, par lettres anonymes, ses calomnies dans le monde puritain que fréquentait la tante, ne manquant pas de prendre la défense de la pauvre fille dès que le mauvais grain semé par lui se montrait hors de terre. Plus tard, il parut ne changer d’attitude que sous la pression de certains faits dont l’évidence flagrante ne lui permettait plus de continuer son rôle de défenseur.
Mme Van Reben avait une grande affection pour son neveu, le portrait vivant de son mari défunt; elle y ajoutait une grande confiance, prenant ses brusqueries et ses brutalités comme le témoignage infaillible d’une extrême franchise. Elle ordonna à Thérèse de revenir sur-le-champ à Bruxelles. Thérèse ne répondit pas, ne revint pas. La tante chargea son neveu d’aller lui-même la chercher en Angleterre; il partit. Thérèse n’était plus à Londres; il n’avait pu l’y découvrir. On la disait rentrée en Belgique et même cachée dans un des faubourgs de Bruxelles.
Alors le bruit se répandit qu’un enfant avait été mis en terre à Laaken au milieu des circonstances les plus mystérieuses. Le gardien du cimetière, interrogé, déclara que la mère était jeune, jolie, Française, et qu’elle arrivait de Londres. Voilà tout ce qu’il en savait. L’affaire était suffisamment instruite.
En effet, c’était de Londres qu’arrivait Mme de X.... lorsque, déjà souffrante, et dans un état de grossesse très-avancée, elle apprenait à Bruxelles même que son mari, dangereusement malade, la rappelait à Paris.
J’aime à croire que le lecteur n’a pas oublié la touchante histoire du petit tombeau de Laaken (pour la lectrice, je ne le mets pas en doute) et des soupçons qui s’élevèrent à ce sujet contre Brascassin. Je me garderai donc bien de la reproduire.
Étonnée de ne plus recevoir de réponse à ses lettres, soigneusement interceptées par Van Reben ou l’un de ses agents, quand Thérèse revint de Londres à son tour, un peu pâle, un peu amaigrie par le climat d’Angleterre, elle trouva la maison de sa bienfaitrice fermée pour elle. Dans tout Bruxelles, la ville puritaine par excellence, un cri d’indignation s’élevait contre la fille coupable.
Elle rentra à Noisy, chez son père, où Brascassin, qui s’attendait à retrouver en elle cette mère éplorée entrevue par lui au cimetière de Laaken, la vit pour la première fois. Il croyait avoir souffert pour elle; il comprit n’avoir souffert qu’avec elle. Sa nature généreuse s’émut devant ce malheur immérité. Avec sa pitié, il donna à Thérèse son affection; une affection de frère, d’abord, mais qui devait s’accroître et se passionner en la connaissant mieux.
La calomnie avait poursuivi Thérèse à Noisy et même à Paris. La France, aussi bien que la Belgique, repoussait l’innocente accusée. Brascassin, d’accord avec Ferrière, songea à lui créer une nouvelle existence dans le grand-duché de Bade, où il avait de nombreuses relations. Il acheta pour elle la maison Lebel, de Carlsruhe; là, quoique simple hôtelière, elle pouvait trouver l’emploi de ses connaissances grammaticales; puis il retourna en Belgique pour y prendre des informations, non sur Thérèse (il ne doutait plus de ce côté), mais sur ses calomniateurs.
De retour dans cette ville, où la calomnie avait pris naissance, d’où elle avait rayonné, il remonta avec patience, avec ténacité, pas à pas, jusqu’à sa première origine, et sur son berceau il trouva inscrit le nom de Guillaume Van Reben. Mais alors l’affreux Yankee était retourné à Bâton-Rouge.
Brascassin se présenta devant la tante. Celle-ci pleura au souvenir de sa chère filleule, mais elle refusa de croire à la félonie de son bien-aimé neveu, la franchise faite homme. D’ailleurs, l’enfant de Laaken avait une mère; cette mère où était-elle?
La réponse à cette question, Brascassin l’alla chercher au tombeau de l’enfant. Le petit tombeau était aujourd’hui surmonté d’une tablette de marbre finement sculptée, et l’artiste sculpteur y avait inscrit son nom, Mme de X.... Brascassin connaissait de réputation Mme de X...; il retourna à Paris, pour se renseigner auprès d’elle.
Mais à quoi bon nous arrêter sur les inutiles détails de cette histoire?
Enfin, au bout de deux ans, le Yankee, après avoir, tant bien que mal, réglé ses mauvaises affaires, rentra en Europe pour prendre à jamais, seul et sans partage, possession de sa précieuse tante. A Strasbourg, il rencontra Brascassin lui barrant la route. Alors eut lieu ce triple duel à l’épée, au pistolet, et aux dominos, qui plaça le Van Reben dans cette fâcheuse alternative de faire la déclaration de son infamie et de la signer, ou de se brûler la cervelle.
Brascassin, jusqu’alors, n’avait pas adressé un mot d’amour à Thérèse; il se savait aimé cependant; sa ferme volonté était d’en faire sa femme; mais il ne voulait l’épouser qu’à Bruxelles même, après entière et complète réhabilitation.
Lorsqu’il se sentit près d’atteindre le but, il écrivit à Thérèse, lui faisant part tout à la fois et de son amour et de ses projets.
Ce fut cette lettre qui la mit en si grande joie lors de mon départ de Carlsruhe.
Le prétendu ravisseur de Thérèse, celui qui lui avait fait si brusquement abandonner la maison Lebel, n’était point un jeune homme, ainsi que l’avaient avancé à tort quelques-uns de messieurs les grammairiens, mais un vieux, comme l’avaient justement soutenu quelques autres. Ce vieux séducteur, c’était le père Ferrière, venant sans bruit enlever sa fille, pour la conduire auprès de sa marraine, dont la porte lui était rouverte à deux battants. A la suite de notre traversée de la forêt Noire, si Brascassin s’était arrêté à Wildbad (le Bain sauvage), c’est qu’à Wildbad se trouvait Mme de X..., dont la présence était indispensable au succès de la cause. Elle n’avait pas hésité à suivre celui-là qui s’était fait l’ange gardien de son enfant mort.
Voilà comment elle s’était mise en route pour un mariage et non pour se marier, ainsi que je l’avais compris sottement; voilà comment, au bout de mon télescope, j’avais pu l’entrevoir, se promenant dans les environs d’Heidelberg, où Brascassin devait séjourner; comment je la rencontrais ensuite avec lui à Schwetzingen, où il espérait lui trouver une compagne de voyage, qui lui avait fait défaut, et que j’avais remplacée.
Quant à Brascassin, s’il s’était vu impérieusement forcé d’abandonner sa charmante compagne à ma protection, pour retourner le même soir à Heidelberg, c’est que le terme fatal était arrivé où l’Américain devait se suicider ou signer sa honte. Il se décida à prendre ce dernier parti. Je soupçonne fort que si ce jour-là il m’avait obstinément cherché querelle au sujet de ma phrase de portefeuille, c’est qu’il me supposait peut-être assez habile bretteur pour lui épargner la corvée, toujours pénible, de se tuer soi-même. Il me connaissait bien peu!
Quand Ferrière eut fini de débrouiller son écheveau: «Thérèse doit m’attendre à présent sur la place du Théâtre, me dit-il; ça vous va-t-il de la voir? Je vais la chercher.»
Je m’opposai vivement à cette présentation peu convenable, et sortis aussitôt de la chambre avec lui pour courir au-devant de la future mariée. Sur l’escalier je rencontrai Jean. La façon toute gracieuse avec laquelle il nous salua, me dit suffisamment que Jean m’avait de nouveau rendu son estime. Donc, il avait écouté à la porte.
La place du Théâtre touche presque à l’hôtel de Suède; nous y trouvâmes Thérèse en compagnie de Brascassin et d’Antoine. Mon farouche ami Antoine Minorel présentait alors un spectacle auquel, certes, il ne m’avait jamais fait assister à Paris. Il avait des souliers vernis, comme le père Ferrière, et des gants paille, comme son cousin Junius. Il est curieux d’observer combien l’influence d’une noce agit sur les êtres les plus sauvages.
Thérèse m’accueillit avec les plus vives démonstrations de joie. Sa toilette était charmante, et, elle, plus charmante mille fois que sa toilette; le bonheur lui allait à ravir; il lui fleurissait les joues, il lui brillantait les yeux, il donnait à sa physionomie, ainsi qu’à tous ses mouvements, une grâce incomparable.... Heureux Brascassin!
Nous la reconduisîmes chez sa marraine, à laquelle Brascassin me présenta comme un ancien ami de la famille Ferrière: «Ma chère filleule m’a souvent parlé de vous, monsieur, me dit Mme veuve Van Reben; ah! je vous connais bien! moins cependant par votre nom que par votre surnom; vous êtes l’homme aux poules, n’est-ce pas?»
Je ne sais quelle réponse je lui fis, mais ce qu’il lui plaisait d’appeler mon surnom m’était devenu insupportable. Elle m’invita à dîner, ainsi qu’Antoine, le contrat devant se signer le soir de ce même jour. Nous prîmes ensuite congé d’elle pour parcourir la ville; mes fonctions de témoin ne me faisaient pas tout à fait oublier mes devoirs de voyageur.
Course rapide à travers la ville. — Jardin zoologique. — La science et la morale par souscription. — Société de la femme qui crache le plus loin. — Le Vomitor et le Mannekenpiss. — Du Xeri-Robler, de sa composition et de ses effets. — Signature du contrat. — Les deux barons. — Départ. — Conclusion.
Je ne dirai de Bruxelles que ce que j’y ai vu, et je le dirai rapidement. Qui ne connaît Bruxelles par cœur? D’ailleurs, je me sens dans la même disposition que ces braves chevaux de fiacre, qui, fatigués d’une longue course, reprennent tout à coup le galop en se rapprochant de l’écurie. A travers les riches monuments de Bruxelles, au milieu des flèches et des tours de ses églises, malgré moi, je ne cherche plus que le clocher de mon village.
C’est donc en courant que j’ai visité la célèbre cathédrale de Sainte-Gudule, et la merveilleuse place de l’Hôtel-de-Ville, et le monument élevé aux patriotes belges de 1830. Élevé n’est pas le mot propre, creusé conviendrait mieux, car au milieu de la place dite des Martyrs, d’une grande excavation en parallélogramme régulier sort l’effigie en marbre de la Patrie éplorée. La figure de cette statue ressemble beaucoup, selon moi, à celle de la soi-disant Vénus de Milo, ce qui me paraît devoir confirmer l’opinion de Mme de X.... Quel sculpteur voudrait ravaler la patrie à n’être simplement qu’une jolie femme?
Parmi les constructions du Bruxelles moderne nous comprîmes aussi dans notre tournée d’inspection le passage Saint-Hubert, le palais des Représentants, et surtout le Jardin zoologique.
Le Jardin zoologique de Bruxelles a sur notre Jardin des plantes de Paris, cet avantage de nous montrer des animaux non plus emprisonnés, verrouillés dans d’étroites cellules, mais ayant assez d’air et d’espace autour d’eux pour y jouir d’un semblant de liberté. Les hyènes ont là leur repaire et leur champ de récréation; les ours blancs de la mer Glaciale, leurs rochers, du haut desquels ils plongent et se poursuivent dans l’eau, à la grande joie des spectateurs; les loutres, de même. Il n’est pas jusqu’aux agoutis et aux coatis, qui ne puissent s’ébattre aux rayons du soleil belge, bien différent, il est vrai, de leur soleil des tropiques. Chez nous, dans notre grand établissement zoologique de Paris, ces libres citoyens des pampas et des savanes de l’Amérique, détenus dans les parties les plus obscures et les plus inabordables du palais des singes, y sont ignominieusement condamnés à la vie de clapier.
«Pourquoi cette différence choquante et tout à l’avantage de la Belgique? m’écriai-je; le climat de Bruxelles est-il donc plus tempéré que celui de Paris?
—C’est le contraire qui a lieu, me dit Brascassin, notre guide dans cette exploration, mais les directeurs du Jardin de Paris se préoccupent plus de la science que des plaisirs du public; il en doit être tout autrement pour le Jardin de Bruxelles, entrepris, dirigé, soutenu par une société particulière, plutôt commerciale que savante. Ici, on paye à l’entrée, et chacun en veut avoir pour son argent; ce n’est point le gouvernement du roi qui soutient l’établissement, c’est le public, et, avant tout, les fondateurs associés; il en est de même pour le Jardin de botanique. Dans ce pays, la mode (une bonne mode celle-là!) est si bien tournée vers l’association, que les académies, les hôpitaux, les théâtres et les bals publics, ont également leurs actionnaires et leurs abonnés. On y forme des associations mutuelles pour les choses religieuses ou politiques, aussi bien que contre la grêle et l’incendie; pour les concerts, les lectures, les cours publics, aussi bien que pour les actes de charité et même les enterrements. On y chante, on y danse, on y devient savant, on y acquiert des opinions consciencieuses, on y fait son salut, on s’y assure un convoi de première classe, le tout par souscription. Par souscription, depuis les plus riches jusqu’aux plus pauvres, chacun y est enrôlé sous une bannière quelconque, chacun y a son centre d’action, chacun y a son club. Ces clubs portent parfois les dénominations les plus bizarres. Il y a la société des Ennuyés, celle des Ennuyeux, celle des Hannetons, celle des Agathopèdes, celle des Gastrites, enfin celle des Pouilleux. Il y a même la Société de la femme qui crache le plus loin.
—Noble émulation!» murmura Antoine de son air le plus sérieux.
En rentrant à Bruxelles (car le Jardin zoologique est situé dans un des faubourgs), nous fûmes à même de juger, d’après l’inspection de quelques fontaines publiques, combien l’art naïf du moyen âge a laissé trace dans l’ancien Brabant. Une de ces fontaines représente un homme debout, et qui, pris d’un haut-le-cœur, la tête basse et la bouche ouverte, exgurgite une masse d’eau. L’aspect en est peu gracieux. Pour les personnes délicates, vu la concordance sympathique des sens entre eux, cette eau me semble devoir être purgative.
Plus loin, derrière cette merveilleuse place de l’Hôtel-de-Ville, où le quinzième et le seizième siècle ont accumulé leurs chefs-d’œuvre de sculpture et d’architecture, un enfant, complétement nu, à l’angle d’un carrefour, satisfait sans vergogne à un petit besoin de nature, en faisant impudemment face au public. Cet enfant, c’est Mannekenpiss, Mannekenpiss, le premier bourgeois de Bruxelles, et l’idole du peuple, qui, de génération en génération, a glorifié son intarissable inconvenance. Charles-Quint, dit-on, l’a créé gentilhomme; Louis XIV l’a fait chevalier de Saint-Louis; Napoléon, chambellan, et peut-être bien baron de l’Empire; les Bruxellois, enchérissant encore sur tant d’honneurs, l’ont, par un vote unanime, nommé capitaine dans leur garde nationale, ce qui n’a nui en rien cependant à l’accomplissement de ses autres fonctions.
En dépit de son Mannekenpiss, de son Vomitor, de ses dames cracheuses, et quoique je n’aie fait qu’entrevoir, en passant, sa vraie physionomie, j’aime Bruxelles; c’est un Paris au petit pied, un Paris sans trop de bruit, non sans mouvement; j’aime son parc, moitié grandiose, moitié pittoresque; j’aime sa population, active, industrieuse, comme celle de Paris, et qui témoigne si bien qu’on vient de laisser derrière soi la rêveuse Allemagne, à la marche nonchalante. De toutes les capitales de l’Europe, nulle ne doit ressembler autant à celle de la France que celle de la Belgique; même ardeur, même langage, même facilité à s’émouvoir dans les crises politiques. Ici, m’a-t-on dit, la liberté se montre volontiers plus tapageuse, plus tracassière encore que chez nous. Heureusement, elle y est mitigée par le respect, par l’amour du souverain. Ce souverain, un grand homme à force d’être un honnête homme, constitue le point central où tous les partis viennent se rallier, où tous les dissentiments viennent se fondre.
Par un singulier rapprochement, la rivière qui coule à Bruxelles, sauf la différence d’une lettre, porte le même nom que celle qui coule à Paris; la Senne baigne les murs de la grande cité belge.
Outre son Jardin zoologique, Paris a encore quelque chose à envier à Bruxelles, c’est son Xeri-Robler.
A Paris, personne peut-être ne connaît le Xeri-Robler, sinon quelques touristes insouciants et oublieux, qui, satisfaits d’une jouissance personnelle et momentanée, ont négligé de l’étudier dans sa composition, de pénétrer ses éléments intimes et mystérieux, pour les révéler à la France. Quant à moi, au moment de rentrer dans mon pays, je me sens plus heureux, plus fier de lui faire connaître cette merveille, que si je lui rapportais, encore ignorés, tous les systèmes philosophiques de l’Allemagne.
Le Xeri-Robler (prononcez Cheri) n’est ni un monument ni une œuvre littéraire; c’est une délicieuse boisson, tonique et rafraîchissante, qu’on hume lentement, voluptueusement, au moyen d’un tuyau de plume ou d’un chalumeau de paille. D’après les renseignements les plus exacts recueillis par moi, les expériences analytiques consciencieusement répétées par moi, le Xeri-Robler est un mélange de vin de Madère et de rhum, dans lequel on introduit des fraises, de la glace, et une herbe aromatique, menthe, sarriette ou verveine-citronnelle, selon le goût du consommateur. Agitez doucement l’amalgame, laissez fondre la glace aux trois quarts, prenez votre chalumeau, plongez-en l’extrémité inférieure au milieu de la composition, en gardant l’autre entre vos lèvres; fermez les yeux, aspirez à petits coups, et, pendant une demi-heure, vous vous sentirez transporté avec vos rêves dans un lieu de délices, dans un Éden frais et parfumé.
Je ne connais rien de comparable au Xeri-Robler; le May-Weine, dont on fait tant de cas dans certaines villes des bords du Rhin, n’est qu’une méchante tisane auprès de cette ambroisie.
Ma dette de voyageur acquittée, retournons vers la noce.
A quatre heures, heure du dîner dans la haute bourgeoisie brabançonne, Antoine Minorel, Athanase, La Fléchelle, les deux Épernay, et notre ami l’ingénieur militaire, nous étions tous chez Mme Van Reben. Comme au dénoûment d’une pièce de théâtre, les principaux personnages de cette histoire se trouvaient réunis pour la signature d’un contrat de mariage; il n’y manquait guère que Junius, l’Américain et l’Homœopathe. Mais Junius, après avoir achevé sa cure au petit-lait, se disposait à entreprendre sa cure aux jus d’herbes; d’ailleurs, il ne connaissait Brascassin que de nom; Baldaboche avait dû se rendre à Paris, où l’on célébrait la fête anniversaire de la naissance du grand Hahnemann; quant au terrible Yankee, on comprend facilement les raisons qui le tenaient éloigné.
Chez Mme Van Reben, je revis Mme de X..., toujours charmante; mais, franchement, près de Thérèse Ferrière elle perdait beaucoup de son éclat. Je ne sais comment expliquer cette bizarrerie, cette contradiction de mon caractère, depuis que je la savais libre de disposer de sa main, toutes mes idées de mariage s’étaient peu à peu dissipées jusqu’à l’évanouissement complet. Jean aurait-il eu raison? suis-je en effet d’une nature tellement perverse que je ne ressente de convoitise matrimoniale que pour les femmes des autres?
En sortant de table, le notaire, un de nos convives, nous lut le projet de contrat. Cette lecture, d’ordinaire assez fastidieuse, devait s’égayer d’incidents curieux.
Mme Van Reben, réparant les torts de sa trop grande crédulité, donnait à sa filleule en cadeau de noces une somme de vingt mille francs, que Brascassin élevait, comme douaire, jusqu’à soixante mille. A la surprise générale, Ferrière y en ajoutait dix mille; c’était le produit de la vente de sa fameuse maison de Trou-Vassou, laquelle lui avait coûté dix francs. Nous n’étions pas au bout des surprises.
Pour la régularisation de l’acte, invité à dire ses nom et prénoms: «Jean-Baptiste, baron de Ferrière,» répondit le vieux bohémien, la tête haute et en jetant au notaire une liasse de papiers témoignant de la validité du titre: après quoi, il ajouta avec non moins de fierté: «Marchand de vins en gros et en détail, au fort de Noisy-le-Sec.»
En effet, son père avait, à bon droit, porté le titre de baron de Ferrière; il avait même été seigneur de Fontenay-Trésigny, cette ville où son héritier, en qualité de petit clerc d’avoué, cirait les bottes de son patron.
La rumeur qu’avait fait naître cette déclaration inattendue n’était pas entièrement calmée, quand le notaire, se tournant vers moi, m’adressa la même question qu’à Ferrière. Excité, entraîné par le désir d’ajouter à l’effet déjà produit: «Vincent-Augustin, baron de Canaple,» dis-je à mon tour; et j’allai tendre la main à mon ami le baron de Ferrière.
Devant ces deux barons poussés subitement comme des champignons sur couche tiède, l’assemblée resta la bouche béante. J’avais jusqu’alors fait un si discret usage de ce titre honorifique, que mon grand ami Antoine Minorel parut tout aussi surpris que les autres. Quant à mon vieux Jean, il savait à quoi s’en tenir, et plus d’une fois il dut gémir du peu de cas qu’il me voyait faire de ma baronnie. Il avait aidé au service du dîner, et, en ce moment, promenait un plateau vide au milieu des invités. Devant ma déclaration, il s’arrêta brusquement, déposa son plateau sur la table même occupée par le notaire, et, redressant la tête, la main passée dans son gilet, il prit l’attitude superbe d’un valet de chambre de grande maison.
Sous prétexte de m’offrir un verre d’eau sucrée, du thé ou du Xeri-Robler, vingt fois, pendant le reste de la soirée, Jean m’aborda avec cette même formule: «Monsieur le baron veut-il...? Monsieur le baron désire-t-il...? Aurai-je l’honneur d’offrir à monsieur le baron...?» Cette formule, le notaire l’emprunta à Jean, Mme Van Reben au notaire, Mme de X.... à Mme Van Reben. Thérèse et Brascassin s’abstinrent avec un goût parfait: mais en revanche, Athanase, Épernay I, Épernay II, Antoine lui-même et surtout le petit monsieur de La Fléchelle, m’en donnèrent, m’en cinglèrent à travers le visage, à m’étourdir, à m’assourdir. Au bout d’une heure, mon titre de baron m’était devenu plus odieux encore que mon affreux surnom de l’homme aux poules.
Maintenant, du mariage comme du voyage, que me reste-t-il à dire?
Le lendemain, le grand jour! les choses se passèrent à la mairie et par-devant l’autel comme il est d’habitude en pareille circonstance. Tandis que Brascassin promettait protection à Thérèse, Thérèse soumission à Brascassin, tous deux mutuelle fidélité, je regardai Mme de X...; elle paraissait fort émue, et son émotion était on ne peut plus favorable à sa beauté; mais.... quatre enfants!... Grand Dieu! que dirait Madeleine si elle me voyait rentrer au logis avec une femme et quatre enfants?
Après un long déjeuner dînatoire, qui dura toute la journée, même assez avant dans la nuit, et où le vin de Champagne eut nécessairement le pas sur les vins de Bordeaux, de Bourgogne et du Rhin, profitant du moment où l’on rentrait au salon pour prendre le café, je m’esquivai ainsi qu’Antoine. L’heure du départ était venue. A l’hôtel de Suède, le vieux Jean nous attendait avec une voiture et nos bagages. Enfin, je montai en wagon, non plus pour suivre le chemin des Écoliers, mais la ligne droite, la bonne ligne, celle qui devait aboutir à Marly-le-Roi!
Nous passions à la hauteur de Mons quand minuit sonna. Le trentième jour de mai venait de naître. Jour pour jour, un mois auparavant, j’étais parti de Paris, de ma rue Vendôme, pour entreprendre ma grande promenade pédestre. Depuis un mois, que de pays j’avais parcourus, quel immense panorama, grâce à ces chemins de fer, que j’avais maudits d’abord, s’était déroulé devant moi; que d’événements auxquels j’avais pris part! avec combien de gens ne m’étais-je pas trouvé en rapport? et parmi ceux-là, quelques-uns étaient devenus mes amis.
Tout en voyageant, tout en explorant des villes et des contrées qui me seraient à jamais restées inconnues sans mon escapade non préméditée, combien de faits nouveaux et d’idées nouvelles n’avais-je pas recueillis en route! mon album était surchargé de dessins; ma relation, de notes et de légendes; ma mémoire, de souvenirs; mon cœur même en rapportait quelques-uns! Ce mois-là, à lui seul, semblait compter pour une moitié dans ma vie. Ah! pourquoi n’avais-je pas pris plus tôt l’habitude des voyages? J’aurais vécu au lieu de végéter. Mais ne puis-je réparer le temps perdu? Oui, je voyagerai, non plus en Allemagne, ni même en Italie, comme tout le monde; j’essayerai des grandes excursions en Orient, dans les Indes, en Amérique, en Chine! ma fortune me le permet, mon âge ne me le défend pas encore. Je ferai de grandes découvertes; j’illustrerai mon nom.
En rêvant ainsi, comme de temps à autre je gesticulais un peu plus vivement que d’ordinaire dans mon coin, Antoine, qui me faisait vis-à-vis, s’inquiéta:
«Te sens-tu malade? me dit-il.
—Bien au contraire, lui répondis-je, je suis content de moi et de la grande résolution que je viens de prendre. Il s’agit cette fois d’un voyage volontaire, d’un voyage scientifique, d’une grande exploration. Tu m’accompagneras, ami....»
Après avoir assez longuement stationné le long de la route, à Valenciennes, à Somain, à Douai, à Arras, à Amiens, nous échangions ces quelques mots à la station de Clermont, lorsqu’un individu d’assez mauvaise tournure, le teint basané, l’œil fiévreux, entra dans le wagon, que nous occupions seuls, Antoine et moi, avec Jean:
«Tiens! c’est vous, Minorel?» dit-il à Antoine; et comme celui-ci hésitait à lui répondre: «Ne me reconnaissez-vous pas?» Et il se nomma.
Antoine poussa une exclamation: «Sapristi! mais il y a trois ans au moins qu’on ne vous a vu à Paris!
—Il y en a huit.
—Habitez-vous donc la province?
—J’ai parcouru la Perse, le Népaul, les Indes; je reviens des hauts plateaux de l’Asie, de la Mongolie, du Thibet, de Lahassa. Ne vous rappelez-vous pas que j’étudiais les langues orientales et les sciences naturelles, en vue de ces grandes excursions, projetées, préparées à l’avance? Me rendre utile à l’humanité, me créer une position glorieuse par mes travaux, par mes découvertes, tel était mon but. Ce but, il a reculé devant moi. Mes labeurs de huit années ont été vains; de retour en France, je me flattais de l’espoir que mes correspondances, mes collections, mes découvertes, y avaient eu un grand retentissement. Mais tout a été dispersé par les tempêtes, ou pourrit dans les oubliettes du Muséum. Ce nom que je croyais avoir rendu illustre, mes amis eux-mêmes se le rappellent à peine; à Paris, mon pays natal, je suis plus ignoré encore qu’à l’époque de mon départ; et pour en arriver là, j’ai perdu les plus belles années de ma vie, j’ai ruiné ma santé et dissipé le patrimoine de mon père. J’avais rêvé une place à l’Académie des sciences, aujourd’hui je n’aspire plus qu’au modeste emploi de receveur des contributions à Creil, et je n’espère même pas l’obtenir!»
Antoine consola de son mieux le malheureux voyageur, puis, se tournant de mon côté: «Et toi, me dit-il, de quoi me parlais-tu? Quel voyage comptes-tu entreprendre?
—Celui de Fontainebleau,» lui répondis-je.
A Creil, nous laissons notre voyageur, et changeant de train nous nous dirigeons sur Pontoise. Là, quittant le chemin de fer, nous prenons une voiture, nous traversons la forêt de Saint-Germain, alors toute riante sous sa parure de printemps. Dans la forêt, il y avait grand bruit, grande chasse aux panneaux; le son des cors, des fanfares, les hourras des rabatteurs, semblaient un joyeux accueil fait à mon retour. Mon cœur se dilatait sous mille impressions de bien-être. Je commençais à trouver que les taillis d’Herblay, les clairières des Loges, les coteaux de Louveciennes, pouvaient soutenir la comparaison avec toutes les magnificences de Bade et d’Heidelberg. Le château où naquit Louis XIV se dresse tout à coup devant moi. La ville franchie, nous descendons la chaussée, nous tournons, à droite, la route de la Bègue, nous côtoyons la villa de Monte-Cristo, naguère habitée par notre illustre romancier; j’entrevois les hauts peupliers servant de limites à mon petit domaine du côté des grandes terres. Vivat! hurra! huzza! Je sentais mes paupières se gonfler, j’allais céder à l’émotion, lorsque mon vieux Jean, non moins ému que moi, me dit:
«Si monsieur veut faire un vif plaisir à Madeleine, il ne lui parlera pas du nouveau voyage qu’il compte entreprendre.
— Sois tranquille, elle va être bien heureuse, car je ne lui en soufflerai pas un mot.»
Et de droite et de gauche, j’adressais des saluts et des sourires à mes bons voisins, qui, du seuil de leurs portes ou de leurs fenêtres, applaudissaient à mon arrivée. Je ne leur avais pas donné le temps de m’oublier, à ceux-là!
Au bruit de la voiture qui s’arrêtait devant la maison, Madeleine accourut, suffoquée et tout en larmes, ce qui ne lui permit pas de me gronder comme je le méritais; mon chien me dévorait de caresses; mon jardin se mettait de la partie en m’envoyant ses parfums. Tuez le veau gras, l’enfant prodigue est de retour!
Et c’est ainsi que j’accomplis mon voyage de Paris à Marly-le-Roi, en passant par Belleville, Noisy-le-Sec, Épernay, Strasbourg, Bade, la forêt Noire, Heidelberg, Francfort, les bords du Rhin, la Belgique, Amiens, Pontoise et Saint-Germain en Laye.
FIN.