Le mois d'épreuves étant écoulé, l'acte d'apprentissage d'Olivier fut signé dans toutes les formes voulues. On était alors dans une saison très favorable aux décès, et, pour me servir d'une expression commerciale, la vente des cercueils était à la hausse; de sorte qu'en peu de temps Olivier eut acquis beaucoup d'expérience. Les succès de l'ingénieuse industrie de M. Sowerberry allaient même au-delà de son attente. De mémoire d'homme on n'avait vu la rougeole exercer ses funestes ravages avec autant de force sur les jeunes enfants. Aussi voyait-on maint et maint convoi, à la tête desquels, coiffé d'un chapeau orné d'un large crêpe qui lui descendait jusqu'aux jarrets, marchait le petit Olivier, à l'admiration indicible de toutes les mères, émues par la nouveauté de ce spectacle.
Comme Olivier accompagnait aussi son maître dans la plupart de ses expéditions funèbres pour de grands corps, afin d'acquérir cette fermeté de caractère et cet ascendant sur sa sensibilité qui distinguent le croque-mort des autres classes de la société, il eut plus d'une fois l'occasion d'observer avec quelle résignation et quel noble courage certains esprits forts supportaient leurs épreuves et leurs pertes.
Une chose digne de remarque, c'est que les personnes de l'un et de l'autre sexe qui, tout le temps que durait l'enterrement, se livraient au plus violent désespoir, se trouvaient beaucoup mieux en arrivant au logis et devenaient tout à fait calmes avant la fin du repas. Toutes ces choses étaient tout à la fois plaisantes et instructives à voir, et Olivier les observait avec beaucoup d'étonnement.
Qu'Olivier Twist ait été porté à la résignation par l'exemple de ces bonnes gens, c'est une chose que je ne puis entreprendre d'affirmer avec confiance, bien que je sois son biographe. Tout ce que je puis dire, c'est que, pendant plusieurs mois, il continua de se soumettre avec douceur à la tyrannie et aux mauvais traitements de Noé Claypole, qui en usait avec lui bien pis qu'auparavant, maintenant qu'il était jaloux de voir le nouveau venu promu au bâton noir et au chapeau à crêpe, tandis que lui, premier arrivé, en était resté à la casquette ronde et à la calotte de peau. Charlotte, de son côté, le maltraitait parce qu'ainsi faisait Noé, et madame Sowerberry était son ennemie déclarée parce que M. Sowerberry était disposé à le protéger. De sorte que, ayant à lutter d'un côté contre ces trois personnes, et, de l'autre, contre un dégoût des funérailles, Olivier était loin d'être à son aise.
Mais me voilà arrivé à un passage important de son histoire; j'ai à citer un fait qui, bien que léger en apparence et sans aucune importance en soi, n'en produisit pas moins un changement total dans tout son avenir.
Un jour qu'Olivier et Noé étaient descendus dans la cuisine, à l'heure ordinaire du dîner, pour y prendre leur part d'une livre et demie de mauvaise viande, Charlotte se trouvant absente pour le moment, il s'ensuivit un court intervalle pendant lequel Noé Claypole, qui était tout à la fois affamé et vicieux, ne crut mieux faire que de harceler et de tourmenter le jeune Twist. À cet effet, il commença par mettre les pieds sur la nappe, tira les cheveux d'Olivier, lui pinça les oreilles, lui donna à entendre qu'il était un capon, et alla jusqu'à manifester le plaisir qu'il aurait de le voir pendre un jour: en un mot, il n'y eut pas de méchancetés qu'il n'exerçât sur ce pauvre enfant, suivant en cela son mauvais naturel d'enfant de charité qu'il était. Mais, voyant que tout cela ne produisait pas l'effet qu'il en attendait, de faire pleurer Olivier, il changea ses batteries; et, pour se rendre encore plus facétieux, il fit ce que font bien des petits esprits, gens plus huppés que Noé, lorsqu'ils veulent faire les plaisants, il l'attaqua personnellement.
—Orphelin! dit-il, comment se porte madame ta mère?
—Elle est morte, répondit Olivier. Ne m'en parlez pas, je vous en prie!
Le rouge monta au visage de l'enfant; comme il disait cela, sa respiration devint gênée, et il y eut, sur ses lèvres et dans ses narines, un jeu étonnant que le sieur Claypole pensa être l'avant-coureur l'une forte envie de pleurer. Dans cette pensée, il revint à la charge.
—De quoi est-elle morte, orphelin? demanda-t-il.
—Elle est morte de chagrin! C'est du moins ce que m'ont dit quelques vieilles femmes du dépôt, reprit Olivier paraissant plutôt s'adresser à lui-même que répondre à Noé. Je devine bien ce que c'est que mourir de chagrin.
—La faridondaine, la faridondon! fredonna Noé voyant une larme rouler sur la joue de l'enfant. Tiens, qu'est-ce qui te fait pleurnicher maintenant?
—Ce n'est pas vous, au moins! repartit Olivier, passant rapidement sa main sur sa joue pour en essuyer une larme prête à tomber. Ne croyez pas que ce soit vous!
—Du plus souvent que ce n'est pas moi! reprit Noé d'un air goguenard.
—Non, certainement! répliqua vivement Olivier. Allons! en voilà assez là-dessus. Ne me parlez plus d'elle, c'est ce que vous pourrez faire de mieux!
—C'que j'pourrai faire de mieux! s'écria Noé. S'cusez du peu! C'que j'pourrai faire de mieux! Pu qu'ça d'monnaie! Pas d'insolences, orphelin, ou j'me fâche! Ta respectable mère, c'était un beau brin d'femme, hein?
Disant cela, Noé secoua la tête avec malice, et fronça son petit nez rouge autant que ses muscles le lui permirent en cette occasion.
—Tu sais bien, poursuivit-il enhardi par le silence d'Olivier et affectant un air de pitié (de tous, le plus vexant), tu sais bien qu'on n'peut rien y faire maintenant; toi-même tu n'y pourrais rien non plus; alors, j'en suis vraiment fâché, je t'assure, et j'te plains de tout mon cœur, ainsi que ceux qui te connaissent; mais, vois-tu, orphelin, faut avouer que ta mère était une vraie coureuse.
—Une vraie quoi? demanda Olivier levant promptement la tête.
—Une vraie coureuse, orphelin, reprit froidement Noé, et vaut-il pas mieux qu'elle soit morte comme ça que de s'faire enfermer à Bridewell, ou transporter à Botany-Bay, ou bien (c'qu'est encore plus probable) de s'faire pendre devant Newgate?
Rouge de colère, Olivier s'élança de sa place, renversa table et chaises, saisit Noé à la gorge, et, dans la violence de sa rage, le secoua d'une telle force que ses dents claquèrent dans sa tête; puis, rassemblant son courage, il lui porta un coup si violent qu'il l'étendit à ses pieds.
Il n'y avait pas une minute, ce même enfant, accablé par les mauvais traitements, était la douceur même; mais son courage s'était réveillé en lui, à la fin. L'affront sanglant fait à la mémoire de sa mère avait fait bouillonner son sang dans ses veines, son cœur palpitait fortement; son attitude était fière, son œil était vif et brillant: ce n'était plus du tout le même enfant maintenant qu'il regardait fièrement son lâche persécuteur étendu à ses pieds, et qu'il le défiait avec une énergie qu'il ne s'était jamais connue auparavant.
—Au secours! cria Noé. Char . . . lotte! Ma . . . da . . . me! Olivier m'assassine! Au secours! au secours!
Les hurlements de Noé furent entendus de Charlotte, qui y répondit par un cri perçant, et de madame Sowerberry, dont la voix se fit entendre sur un diapason encore plus haut. La première s'élança dans la cuisine par une porte latérale; et sa maîtresse s'arrêta sur l'escalier jusqu'à ce qu'elle se fût assurée que ses jours n'étaient point en danger.
—Petit misérable! s'écria Charlotte secouant Olivier de toute sa force, qui égalait, pour le moins, celle d'un homme robuste quand il est bien disposé, ingrat! scélérat! assassin! et à chaque syllabe elle assénait un fameux coup de poing qu'elle accompagnait d'un cri perçant pour le bien de la société.
Bien que le poing de Charlotte ne fût rien moins que léger, madame Sowerberry, craignant, sans doute, qu'il ne produisît pas tout l'effet nécessaire pour calmer le courroux d'Olivier, se précipita dans la cuisine, le saisit d'une main au collet, et, de l'autre, lui déchira le visage, tandis que Noé, profitant de cet avantage immense, se releva et lui donna des coups par derrière.
Cet exercice était trop violent pour pouvoir durer longtemps: lorsqu'ils furent tous les deux épuisés de fatigue, à force de battre et de déchirer, ils entraînèrent l'enfant criant et se débattant, mais nullement intimidé, dans le cellier au charbon, et l'y enfermèrent à clef, après quoi madame Sowerberry se laissa tomber sur une chaise, et fondit en larmes.
—Juste ciel! la v'là qui s'trouve mal! dit Charlotte. Noé! vite, mon cher, un verre d'eau!
—Hélas! mon Dieu! Charlotte, dit madame Sowerberry parlant du mieux qu'elle put, c'est-à-dire autant que le lui permettaient un manque de respiration et une quantité d'eau froide que Noé lui avait jetée sur la tête et sur les épaules, oh! Charlotte! quel bonheur que nous n'ayons pas tous été assassinés dans notre lit!
—Ah! sans doute que c'en est un grand, Madame, repartit celle-ci, je souhaite seulement qu'ça apprenne à Monsieur à n'plus avoir chez lui d'ces êtres horribles qui sont nés voleurs et assassins dès leur berceau. Pour Noé, y s'en fallait bien peu qu'y n'soit tué quand j'suis entrée dans la cuisine.
—Pauvre garçon! dit madame Sowerberry jetant un regard de compassion sur son apprenti.
Noé, qui était plus grand qu'Olivier de la tête et des épaules pour le moins, se voyant l'objet de la commisération de ces dames, se frotta les yeux avec les paumes de ses deux mains, faisant mine de pleurer.
—Qu'allons-nous faire, s'écria madame Sowerberry, Monsieur n'est pas à la maison, il n'y a personne ici, et il enfoncera la porte avant qu'il soit dix minutes.
Les violentes secousses qu'Olivier donnait à la porte en question rendaient la crainte assez fondée.
—Mon Dieu! mon Dieu! j'n'sais vraiment pas, Madame, dit Charlotte, à moins que nous n'envoyions chercher les agents de la police!
—Ou bien la garde, proposa le sieur Claypole.
—Non, non, reprit madame Sowerberry pensant aussitôt au vieil ami d'Olivier, va vite trouver M. Bumble, Noé; dis-lui de venir ici tout de suite, sans perdre une minute. N'importe ta casquette, dépêche-toi et mets une lame de couteau sur ton œil, tout le long du chemin, ça calmera l'enflure.
Noé, sans se donner le temps de répondre, s'élança hors de la maison et courut aussi vite que ses jambes le lui permirent. Les personnes qu'il rencontra sur son chemin ne furent pas peu surprises de voir un grand garçon de l'école de charité courir à perdre haleine le long des rues, sans casquette sur sa tête, et une lame de couteau sur son œil.
Noé Claypole courut à toutes jambes le long des rues, et ne s'arrêta, pour reprendre haleine, que quand il fut arrivé au dépôt de mendicité. Ayant attendu là quelques minutes pour donner le temps aux larmes et aux sanglots de venir à son aide, et pour prêter à sa physionomie un air de terreur et d'effroi, il frappa rudement à la porte et présenta une mine si piteuse au vieux pauvre qui la lui ouvrit, que ce dernier, bien qu'accoutumé à ne voir autour de lui que des mines piteuses, même aux plus beaux jours de l'année, recula d'étonnement.
—Qu'est-il donc arrivé à ce garçon? demanda le vieux pauvre.
—M. Bumble! M. Bumble! s'écria Noé feignant l'épouvante et s'exprimant si haut, que non seulement ses accents parvinrent aux oreilles de M. Bumble, qui était à quelques pas de là, mais qu'ils effrayèrent tellement ce digne fonctionnaire, qu'il se précipita dans la cour sans son fidèle tricorne (circonstance aussi rare que curieuse, qui nous fait voir que, quand il est mu par une impulsion soudaine et puissante, un bedeau même peut être atteint d'une Visitation momentanée de l'oubli de soi-même en même temps que de sa dignité personnelle).
—Monsieur Bumble, dit Noé, si vous saviez, Monsieur . . . Olivier a . . .
—Eh bien! quoi? qu'a-t-il fait, Olivier? demanda le bedeau avec un rayon de plaisir dans ses yeux métalliques. Il ne se serait pas sauvé, par hasard? aurait-il fait ce coup-là, Noé?
—Non, Monsieur, bien du contraire, y n's'a pas en sauvé; mais il est devenu assassin, répliqua Noé. Il a voulu m'assassiner, Monsieur, et puis Charlotte, et puis Madame. Oh! la, la, la, la, mon Dieu, que je souffre! si vous saviez, Monsieur! (Et en même temps il se tortillait dans tous les sens, se tenant le ventre à deux mains, et faisant des contorsions et des grimaces horribles pour faire croire à M. Bumble que de l'attaque violente qu'il avait soutenue, il avait eu quelque chose de dérangé dans le corps, qui le faisait cruellement souffrir en ce moment.)
Voyant qu'il avait atteint le but qu'il s'était proposé, et que son rapport avait entièrement paralysé le bedeau, il jugea à propos d'ajouter à l'effet qu'il venait de produire en se lamentant sur une octave et demie plus haut qu'auparavant, et ayant aperçu un monsieur en gilet blanc, qui traversait la cour, il conçut l'heureuse idée d'attirer l'attention et d'exciter l'indignation du susdit monsieur en criant plus fort que jamais.
En effet, le monsieur n'eut pas fait deux pas, qu'il se retourna brusquement, s'informant du motif qui faisait ainsi hurler ce jeune dogue, et pourquoi M. Bumble ne lui administrait pas quelques bons coups de canne, pour le faire pleurer pour quelque chose.
—C'est un pauvre garçon de l'école de charité, dit Bumble, qui a manqué d'être assassiné par le jeune Twist.
—J'en étais sûr! dit l'homme au gilet blanc s'arrêtant tout court. Je le savais bien! J'eus, dès le premier abord, un étrange pressentiment que ce petit audacieux se ferait pendre un jour!
—Il a voulu aussi assassiner la domestique, dit Bumble tout pâle de frayeur.
—Et puis sa maîtresse, reprit Noé.
—Et son maître aussi, m'avez-vous dit, je crois, Noé? ajouta le bedeau.
—Non, Monsieur, il est sorti, sans quoi il l'aurait assassiné, répliqua Noé; il a dit qu'il voulait l'assassiner.
—Ah! il a dit qu'il le voulait, n'est-ce pas, mon garçon? dit le monsieur au gilet blanc.
—Oui, repartit Noé. —Oh! à propos, Monsieur, ma maîtresse m'envoie demander à M. Bumble s'il pourrait venir un moment à la maison pour fouailler Olivier, vu que mon maître est sorti.
—Certainement, mon garçon, certainement! dit le monsieur au gilet blanc d'un air gracieux. Et, passant sa main sur la tête de Noé, qui était plus grand que lui de trois pouces pour le moins: Tu es un bon garçon, un bien bon garçon, ajouta-t-il. Tiens, voilà un sou pour toi. Bumble! courez de ce pas avec votre canne chez Sowerberry, et voyez vous-même ce qu'il y a de mieux à faire. Ne le ménagez pas, Bumble, entendez-vous?
—Non, Monsieur, répliqua l'autre ajustant un fouet qui s'adaptait au bout de sa canne, et dont il se servait pour infliger des corrections paroissiales.
—Dites à Sowerberry de ne pas l'épargner non plus. On n'en fera jamais rien que par les coups, dit l'homme au gilet blanc.
—Je n'y manquerai pas, Monsieur, reprit le bedeau.
Pendant ce temps la canne et le tricorne ayant été ajustés chacun en son lieu et place, à la satisfaction de leur commun maître, M. Bumble et Noé Claypole se rendirent en toute hâte vers la demeure de Sowerberry.
La situation des affaires ne s'était pas améliorée. M. Sowerberry n'était pas encore de retour, et Olivier continuait de donner des coups de pied dans la porte du cellier avec une égale vigueur. Le rapport fidèle que firent Charlotte et madame Sowerberry, au sujet de la férocité de l'enfant, fut d'une nature si alarmante, que M. Bumble jugea prudent de parlementer avant d'ouvrir la porte. En conséquence il y donna lui-même un coup de pied, en manière d'exorde, et, appliquant ses lèvres au trou de la serrure, il dit d'un ton grave et imposant:
—Olivier!
—Ouvrez-moi la porte, vous! répondit l'enfant.
—Reconnais-tu bien cette voix, Olivier? demanda le bedeau.
—Oui, reprit Olivier.
—N'en avez-vous pas peur, Monsieur, ne tremblez-vous pas de tous vos membres tandis que je vous parle? poursuivit le bedeau.
—Non, répondit hardiment Olivier.
Une réponse si différente de celle à laquelle il avait droit de s'attendre, et qu'il était habitué à recevoir, n'ébranla pas peu M. Bumble. Il fit trois pas en arrière, se redressa de toute sa hauteur, et porta ses regards alternativement sur les trois spectateurs, sans pouvoir proférer une parole.
—Oh! vous voyez, monsieur Bumble, dit madame Sowerberry, il faut qu'il soit fou! Un enfant qui ne posséderait que la moitié de sa raison n'oserait pas vous parler ainsi.
—Ce n'est pas de la folie, Madame, dit M. Bumble après quelques instants d'une mûre réflexion, c'est la viande.
—Qu'est-ce que vous dites que c'est? s'écria madame Sowerberry.
—La viande, Madame, repartit le bedeau d'un ton emphatique, c'est tout bonnement la viande. Vous l'avez surchargé de nourriture, vous avez érigé en lui une âme et un esprit artificiels qui ne conviennent nullement à une personne de sa condition: comme les administrateurs, qui sont des philosophes expérimentés vous le diront eux-mêmes, madame Sowerberry. Quelle est la nécessité pour les pauvres d'avoir un esprit et une âme? N'est-ce pas assez que nous les fassions vivre? Si vous ne lui aviez donné que du gruau, Madame, ceci ne serait jamais arrivé.
—Mon Dieu! mon Dieu! fit madame Sowerberry levant pieusement les yeux vers le plafond de la cuisine, faut-il que cela vienne d'un excès de libéralité!
La libéralité de madame Sowerberry envers Olivier consistait en une prodigalité confuse de rogatons que personne autre que lui n'aurait voulu manger: aussi y avait-il beaucoup d'abnégation et de dévouement à rester volontairement sous la lourde accusation de M. Bumble, dont (à lui rendre justice) elle était innocente de pensée, de parole et d'action.
—Eh bien! dit le bedeau lorsque la dame, revenue de son extase, eut ramené ses yeux vers la terre, la seule chose qu'il y ait à faire maintenant, selon moi, est de le laisser là vingt-quatre heures, jusqu'à ce que la faim se fasse un peu sentir chez lui; après quoi vous le laisserez sortir, et vous le mettrez au gruau pendant tout le temps de son apprentissage. Il provient de mauvaises gens, madame Sowrerberry; des pas grand-choses, rien qu'ça. Le médecin et la garde m'ont dit que sa mère est venue ici au milieu de difficultés et de peines qui auraient tué une femme vertueuse longtemps auparavant.
A ce point du discours du bedeau, Olivier, en ayant assez entendu pour savoir qu'on faisait de nouveau allusion à sa mère, se remit à frapper d'une telle force qu'on ne pouvait plus s'entendre. M. Sowerberry rentra sur ces entrefaites, et le crime d'Olivier lui ayant été raconté avec toute l'exagération que ces dames jugèrent la plus capable d'exciter son courroux, il ouvrit en un clin d'œil la porte du cellier et en fit sortir son apprenti rebelle en le prenant au collet.
Les habits d'Olivier avaient été déchirés dans la lutte, son visage était meurtri et égratigné, et ses cheveux étaient épars sur son front. Le rouge de la colère n'avait pas encore disparu de ses joues; et, lorsqu'il fut tiré de sa prison, loin de paraître intimidé, il lança à Noé un regard menaçant.
—Vous êtes un gentil garçon! dit Sowerberry secouant Olivier par le collet, et lui appliquant un soufflet sur l'oreille.
—Il a dit du mal de ma mère, reprit l'enfant.
—Eh bien! quand même encore! dit madame Sowerberry, petit scélérat!
—Il n'a pas encore dit tout c'qu'elle mérite.
—Elle ne le mérite pas, dit Olivier.
—Elle le mérite, dit madame Sowerberry.
—C'est un mensonge! repartit Olivier. [3]
Madame Sowerberry versa un torrent de larmes. Ce torrent de larmes ne laissait à M. Sowerberry aucune alternative. Le lecteur avisé comprendra facilement que, si ce dernier eût hésité un seul instant à punir très sévèrement Olivier, il eût été, eu égard à tous ces usages reçus en fait de disputes matrimoniales, une brute, un mari dénaturé, une basse imitation de l'homme, et tant d'autres charmantes épithètes, trop nombreuses pour être insérées dans ce chapitre. À lui rendre justice, il était, autant que s'étendait son pouvoir qui n'allait pas bien loin, assez bien disposé en faveur de l'enfant peut-être bien parce qu'il y allait de son intérêt; peut-être encore parce que sa femme ne pouvait le souffrir. Pourtant, comme je viens de le dire, ce torrent de larmes ne lui laissait point d'alternative, il l'étrilla de manière à satisfaire son épouse outragée, et à rendre inutile l'usage de la canne paroissiale. Notre jeune héros fut enfermé tout le reste du jour dans l'arrière-cuisine, en compagnie d'une pompe et d'un morceau de pain sec. À la nuit, madame Sowerberry lui ouvrit, non sans avoir fait auparavant quelques remarques peu flatteuses au sujet de sa mère, et ce fut au milieu des railleries et des sarcasmes de Noé et de Charlotte qu'il alla rejoindre son lit de douleur.
Ce ne fut que lorsqu'il se trouva seul dans l'atelier du croquemort qu'il donna un libre cours à l'émotion que le traitement de la journée avait dû éveiller dans son cœur d'enfant. Il avait entendu leurs sarcasmes avec mépris, il avait supporté les coups sans proférer une seule plainte, car il avait senti naître en lui cette noble fierté capable d'étouffer le moindre cri, quand même on l'aurait brûlé vif; mais maintenant qu'il n'y avait personne qui pût le voir ou l'entendre, il se laissa tomber à genoux sur le plancher, et, cachant son visage dans ses mains, il répandit de telles larmes, que Dieu veuille que pour le bien de notre esprit, peu d'enfants aussi jeunes aient jamais occasion d'en répandre devant lui!
Olivier resta longtemps immobile dans cette position, la chandelle était près de finir dans sa bobèche lorsqu'il se releva; et ayant regardé autour de lui avec précaution en écoutant attentivement, il tira les verrous de la porte d'entrée et jeta un coup d'œil dans la rue.
La nuit était sombre et froide, et les étoiles parurent aux yeux de l'enfant plus éloignées de la terre qu'il ne les avait jamais vues auparavant. Il ne faisait pas de vent; et les ombres noires des arbres, par leur immobilité, avaient quelque chose de sépulcral comme la mort même. Il referma doucement la porte, et ayant profité de la lumière vacillante du bout de chandelle qui finissait pour envelopper dans un mouchoir le peu de vêtements qu'il avait, il s'assit sur un banc en attendant le jour.
Aux premiers rayons de l'aurore qui commencèrent à poindre à travers les fentes des volets de la boutique, Olivier se leva et ouvrit de nouveau la porte. Un regard craintif autour de lui, un moment d'hésitation . . . il l'a refermée sur lui et le voilà au milieu de la rue . . . Il regarde à droite et à gauche, ne sachant trop de quel côté fuir. Il se rappelle avoir vu les chariots, lorsqu'ils quittaient le pays, gravir lentement la colline: il se dirige de ce côté; et étant arrivé à un sentier qu'il savait rejoindre la route un peu plus loin, il le prit et marcha bon train.
Le long de ce même sentier, Olivier se ressouvint d'avoir trotté côte à côte avec M. Bumble, lorsque ce dernier le ramenait de la succursale au dépôt de mendicité. Ce chemin conduisait à la chaumière. Son cœur battit bien fort en y pensant, et il lui prit envie de revenir sur ses pas. Il avait cependant fait un bon bout de chemin et il perdrait beaucoup de temps en agissant ainsi; et puis il était si matin, qu'il n'y avait pas de danger qu'on l'aperçût. Il continua donc et arriva devant la maison. Il n'y avait pas d'apparence que les commensaux fussent levés à une heure si matinale. Il s'arrêta et regarda avec précaution dans le jardin. Un enfant y était occupé à arracher les mauvaises herbes d'un carré; et venant à lever la tête pour se reposer, Olivier reconnut en lui un de ses camarades d'enfance. Il fut bien aise de le voir avant de partir; car, quoique plus jeune que lui, cet enfant avait été son ami et son compagnon de jeu; ils avaient été affamés, battus et enfermés ensemble tant et tant de fois!
—Chut, Richard! fit Olivier comme le petit garçon courut à la porte, et passa ses petits bras au travers de la grille pour lui faire accueil. Est-on levé ici?
—Non, il n'y a que moi! repartit l'enfant.
—N'faut pas dire que tu m'as vu, entends-tu, Richard, dit Olivier. Je me sauve: on me battait et on me maltraitait, j'm'en vas chercher fortune ailleurs, bien loin d'ici, je ne sais pas où. Comme tu es pâle!
—J'ai entendu l'médecin leur dire que j'me mourais, reprit l'enfant avec un sourire languissant. J'suis si content d'te voir, mon cher ami! Mais, ne t'amuse pas; va-t'en bien vite!
—Non, non, je veux te dire au revoir, poursuivit Olivier. Je te reverrai, Richard, j'en suis sûr! Tu seras bien portant et plus heureux alors.
—Je l'espère bien, dit l'enfant, mais quand je serai mort, pas avant. Je sais bien que le médecin a raison, Olivier, parce que je rêve si souvent du ciel et des anges, et je vois des figures douces comme je n'en ai jamais vu quand je suis éveillé. Embrasse-moi, continua-t-il en grimpant sur la porte du jardin. Et passant ses petits bras autour du cou d'Olivier: Au revoir, mon ami! que Dieu te bénisse!
Quoique donnée par un enfant, cette bénédiction était la première qu'Olivier eût jamais entendu invoquer sur sa tête; et au milieu des souffrances et des vicissitudes de sa vie future, il ne l'oublia jamais une seule fois.
Olivier, arrivé à la barrière où aboutissait le sentier, se trouva de nouveau sur la grand-route. Il était alors huit heures; quoiqu'il eût déjà fait cinq milles, il courut et se cacha tour à tour derrière les haies jusqu'à midi, dans la crainte d'être rattrapé dans le cas où l'on serait à sa poursuite. Alors il s'assit auprès d'une borne et se mit à penser, pour la première fois, à l'endroit où il devait aller pour tâcher de gagner sa vie.
Ayant souvent entendu dire par les vieillards du dépôt de mendicité qu'un garçon d'esprit ne pouvait manquer de réussir à Londres, et qu'il y avait dans cette grande ville des ressources dont les habitants de la province ne se faisaient aucune idée, c'était justement l'endroit qui convenait à l'enfant sans asile, et qui pouvait mourir dans la rue si personne ne venait à son secours. Il marcha donc avec courage, couchant en plein champ, vivant tantôt d'aumônes, tantôt de débris jetés à la borne, rebuté partout, chassé de partout.
Le septième jour de son départ, il entra de très grand matin, clopin-clopant, dans la petite ville de Barnet. Les contrevents des maisons étaient fermés, les rues désertes; personne n'était encore levé pour vaquer aux occupations de la journée. Le soleil se levait tout radieux; mais sa lumière ne faisait que montrer à l'enfant, d'une manière plus sensible, et sa tristesse et sa misère, en même temps qu'il s'assit sur les marches froides d'un perron les pieds en sang et couverts de poussière.
Peu à peu les volets s'ouvrirent, les stores se levèrent et les gens commencèrent à circuler dans les rues. Quelques personnes (un bien petit nombre) s'arrêtèrent un moment pour le considérer, ou se détournèrent seulement en passant rapidement; mais pas un ne le secourut, on ne se donna même pas la peine de s'informer comment il se trouvait en cet endroit. Le pauvre enfant n'avait pas le cœur de mendier, et il était assis là sans savoir que devenir.
Il y avait déjà quelque temps qu'il était sur les marches de ce perron, s'étonnant du grand nombre de tavernes qu'il voyait (presque toutes les maisons de Barnet étant des tavernes), et regardant avec insouciance les voitures publiques qui passaient devant lui, surpris cependant de la rapidité et de la légèreté avec laquelle elles franchissaient en peu d'heures une distance qui lui avait demandé, à lui, toute une semaine d'un courage et d'une résolution au-dessus de son âge, lorsqu'il fut tiré de sa rêverie en remarquant qu'un jeune garçon qui quelques instants auparavant venait de passer, sans paraître le remarquer, était revenu se placer de l'autre côté de la rue et le considérait avec la plus grande attention. D'abord il n'y attacha aucune importance; mais, voyant que ce garçon restait si longtemps dans la même attitude, il leva la tête et le regarda de la même manière. Alors celui-ci traversa la rue et venant droit à lui:
—Eh bien! vieux, de quoi qu'il en r'tourne? dit-il en s'adressant à Olivier.
L'individu qui fit cette question à notre jeune voyageur était à peu près de son âge; mais c'était bien le garçon le plus original qu'Olivier eût jamais vu.
—Eh bien! vieux, de quoi qu'il en r'tourne?
—Je meurs de faim et je suis très fatigué, répondit Olivier les larmes aux yeux; j'ai fait une longue trotte: j'ai marché pendant sept jours.
—Pendant sept jours! dit le jeune homme. Ah! je devine. Par ordre du bec. Hein? —Mais, ajouta-t-il remarquant la surprise d'Olivier, je pense que tu ne sais peut-être pas ce que c'est qu'un bec, mon jeune camarade?
Olivier répondit ingénument qu'il avait toujours entendu dire qu'un bec était la bouche d'un oiseau.
—En v'là un jobard! s'écria le jeune homme: le bec, c'est le magistrat. Marcher par ordre du bec, c'n'est pas aller tout droit, mais toujours grimper, sans jamais redescendre. N'as-tu jamais été sur le moulin?
—Quel moulin? demanda Olivier.
—Quel moulin! quel moulin! le moulin qui va cent fois plus vite quand les eaux sont basses, c'est-à-dire quand la bourse est à sec, que quand elles sont hautes, parce que, dans ce dernier cas, il y a toujours bien moins d'ouvriers. Ça s'comprend facilement du reste. Viens avec moi, tu n'as rien à mettre sous la dent, et faut que tu tortilles. N'y a pas grand-chose à la poche, seulement un rond et un jacques, voilà tout, mais aussi loin qu'ça ira, ça ira. Allons, en avant les cliquettes!
Ayant aidé Olivier à se soulever, le jeune monsieur entraîna ce dernier vers une boutique de regrattier, où il acheta un peu de jambon et un petit pain de deux livres, dans lequel il fit un trou où il introduisit le jambon pour le garantir de la poussière; puis, mettant le tout sous son bras, il se dirigea vers un cabaret de chétive apparence, et entra dans une salle sur le derrière. Là, un pot de bière ayant été apporté par ordre du mystérieux jeune homme, Olivier donna dessus à un signe de son nouvel ami, et fit un long et splendide repas, pendant lequel l'étrange garçon l'observait de temps en temps avec la plus grande attention.
—Tu vas à Londres? dit le jeune monsieur quand Olivier eut fini.
—Oui.
—As-tu un logement?
—Non.
—De l'argent?
—Non.
L'étrange garçon siffla et mit les mains dans ses poches, aussi avant toutefois que les manches de son habit le lui permirent.
—Demeurez-vous à Londres? demanda Olivier.
—Oui, quand je suis chez moi! répondit l'autre. Je pense que tu ne sais pas où coucher cette nuit, hein?
—Non, reprit Olivier. Je n'ai pas dormi à couvert depuis que j'ai quitté mon pays.
—Ne te fais pas de bile pour ça. T'as tort de te tourmenter ainsi les paupières, répliqua le jeune monsieur. J'dois être moi-même à Londres ce soir, et j'connais là un vieillard respectable qui te donnera un logement pour rien, et y n'aura pas la peine de t'rendre la monnaie de ta pièce; c'est-à-dire si tu es présenté par quelqu'un de ses amis, bien entendu. Et avec ça qu'y n'me connaît pas du tout! Non, s'cusez! pus qu'ça d'connaissance!
Disant cela, le jeune monsieur sourit, pour donner à entendre que la dernière partie de son soliloque était purement ironique, et il vida son verre incontinent.
Cette offre inattendue d'un logement était trop séduisante pour être refusée, surtout lorsqu'elle fut immédiatement suivie de l'assurance qu'une fois connu du vieux monsieur, ce dernier ne serait pas longtemps sans procurer à Olivier quelque place bien avantageuse. Ceci conduisit à un entretien plus confidentiel, dans lequel Olivier découvrit que son ami, qui s'appelait Jack Dawkins, était l'ami intime et le protégé du vieux monsieur en question.
L'extérieur de M. Dawkins ne parlait pas beaucoup en faveur des avantages que son patron obtenait pour ceux qu'il prenait sous sa protection; mais comme il avait une manière de s'exprimer si prompte et si obscure tout à la fois, et qu'en outre il avoua que, parmi ses coteries, il était mieux connu sous le sobriquet de fin Matois, Olivier conclut de là que son compagnon étant peut-être insouciant et léger, la morale du vieux monsieur avait été perdue en lui. Dans cette pensée, il résolut, à part lui, de la mettre à profit aussitôt que possible, et que, s'il trouvait le Matois incorrigible, comme il avait tout lieu de le croire, il renoncerait à l'honneur de le fréquenter.
Comme Jack Dawkins déclara ne vouloir entrer dans Londres qu'à la nuit, il était près de onze heures quand ils arrivèrent à la barrière d'Islington. Ils passèrent devant la taverne de l'Ange, au coin de la rue Saint-Jean, enfilèrent la petite rue qui conduit au théâtre Sadlerswells, longèrent la rue d'Exmouth et Coppice-Row, descendirent la petite cour près du dépôt de mendicité; et ayant traversé le terrain classique nommé autrefois Hocley-in-the-Hole, ils gagnèrent Little-Saffron-Hill et Great-Saffron-Hill, que le fin Matois arpenta au pas de course, recommandant à Olivier de le suivre de près.
Olivier réfléchissait justement s'il ne ferait pas mieux de se sauver, lorsqu'ils atteignirent le bout de la rue. Son compagnon, le prenant alors par le bras, poussa la porte d'une maison près de Field-Lane, et, l'entraînant dans le passage, ferma la porte derrière eux.
—Qui va là? cria une voix qui venait d'en dessous en réponse à un coup de sifflet du Matois.
—Plummy et Slam! telle fut la réponse.
C'était apparemment le mot du guet ou le signal qu'il n'y avait rien à craindre; car la faible lumière d'une chandelle se refléta sur la muraille, à l'extrémité opposée du passage, et une tête se montra à leur de terre, à l'endroit où était jadis la vieille rampe de l'escalier de la cuisine.
—Vous êtes deux? dit l'homme avançant un peu plus la chandelle et mettant sa main sur ses yeux pour mieux voir; qui est l'autre?
—Un pophyte, répondit Jack Dawkins poussant Olivier en avant.
—D'où vient-il?
—Du pays de la Jobardière. Fagin est-il en haut?
—Oui, il assortit les blavins. Allons, montez.
La lumière s'éloigna et la tête disparut.
Olivier, cherchant son chemin à tâtons d'une main, et de l'autre tenant les basques de l'habit de son compagnon, arriva non sans peine au haut de l'escalier sombre et à moitié brisé que le fin Matois escalada avec une assurance et une agilité qui prouvaient assez que le chemin lui était connu. Celui-ci ouvrit la porte d'une chambre donnant sur le derrière de la maison, et y fit entrer sa nouvelle connaissance.
—C'est mon ami Olivier Twist, que je vous présente, Fagin, dit le Matois.
Le juif sourit, et, faisant un profond salut à Olivier, il le prit par la main en lui disant qu'il espérait avoir l'honneur de faire sa connaissance. [4]
—Nous sommes charmés de te voir, assurément! dit le juif. Le Matois! retire les saucisses de la poêle et approche du feu ce paquet pour qu'Olivier s'asseye. —Ah! tu regardes les mouchoirs de poche, hein, mon ami? N'y en a pas mal, n'est-ce pas? Nous venons justement de les compter pour les envoyer au blanchissage; voilà tout, Olivier. Ha! ha! ha!
Ces dernières paroles du juif excitèrent les applaudissements de ses jeunes élèves, et ce fut au milieu des éclats de rire de la compagnie qu'on se mit à table.
Olivier prit sa part du souper; et le juif lui ayant versé un verre de genièvre et d'eau chaude, en lui recommandant de le boire tout de suite, afin de passer son gobelet à un autre, il ne l'eut pas plus tôt avalé qu'il se sentit porter doucement sur l'un des sacs, où il s'endormit d'un profond sommeil.