[7] C'est ainsi qu'un ami de Cicéron l'engage, dans une lettre, à se consoler de la mort de sa fille Tullie, «parce qu'elle est née homme,» quia homo nata est.

On a trouvé fort ridicule que les pères de ce concile se soient arrêtés à l'examen d'une thèse si étrange; mais c'est faute de comprendre les motifs assez graves qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en agissant ainsi, d'empêcher, par l'autorité suprême d'une décision ecclésiastique, la propagation d'une fausse idée, renouvelée d'Aristote. Ce philosophe, sur la parole duquel on jurait alors, avait prononcé, comme un oracle, que c'était d'une erreur de la nature que provenait la femme, créature incomplète, ouvrage manqué, résultat de l'imperfection de la matière impuissante à parvenir au sexe parfait, c'est-à-dire à produire l'homme, qu'on verrait naître seul dans un ordre de choses meilleur. Et son opinion était entrée en partie dans l'esprit de quelques théologiens du quatrième siècle, qui se figuraient que Dieu, au grand jour de la résurrection générale, ne ferait revivre la femme qu'en la changeant en homme.

Ce fut, tout porte à le penser, un partisan de cette déraisonnable opinion aristotélique et théologique à la fois qui en saisit l'assemblée: elle obtint l'appui de plusieurs autres qui cherchèrent à la faire prévaloir dans des vues plus politiques encore que religieuses. Ils espéraient que, si elle était canoniquement proclamée, elle deviendrait un moyen puissant de détruire l'influence de deux reines contemporaines généralement détestées, Frédégonde et Brunehaut, qui dirigeaient les affaires publiques au gré de leurs passions et de leurs caprices.

De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moitié.

Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant des aventures qu'on leur attribue. «De ces choses-là, suivant l'historien Mézerai, on en compte toujours plus qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus qu'on n'en sait.» Phrase non moins spirituelle que malveillante, à laquelle ressemble beaucoup cette autre de Sénac de Meilhan: «On débite un grand nombre d'histoires fausses sur les femmes, mais elles ne sont qu'une faible compensation des véritables, qu'on ignore.»

Les Italiens ont un proverbe analogue d'après lequel, en matière de galanterie, tout peut se croire et rien ne peut se dire: In materia di lussuria, si può creder tutto, ma dirne nulla.

Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire monnaie.

Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette nouvelle forme le caractère indélébile de fausseté que les mauvais plaisants leur attribuent, et que par conséquent elles ne produiraient qu'une monnaie de mauvais aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai entendu expliquer ce proverbe par une femme de beaucoup d'esprit, qui se plaisait à le citer en riant.

Je n'oserais contester positivement cette explication, dont je laisse la responsabilité à son auteur. Cependant je doute que ce soit la fausseté des femmes qu'on ait eu particulièrement en vue en formulant le proverbe. Il y a chez elles d'autres défauts qui, non moins que celui-là, ont pu en suggérer l'idée; et c'est peut-être par allusion à l'inconsistance et au mauvais alliage que ces défauts réunis produisent dans leur nature, qu'on a dit qu'elles ne vaudraient rien à faire monnaie, en sous-entendant ces mots: parce qu'elles ne seraient pas malléables.

Cette raison toute naturelle est indiquée par un proverbe italien qui correspond au nôtre: «Se le donne fossero d'argento, non varrebber' un quattrino, perchè non starebber' al martello. Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient pas quatre deniers, parce qu'elles ne tiendraient pas sous le marteau», ce qui signifie au figuré, si je ne me trompe, qu'elles ne seraient pas malléables.

Les femmes qui ont donné leur farine, veulent vendre leur son.

Proverbe dont on fait l'application à certaines femmes galantes qui, après avoir prodigué gratuitement les prémices de leurs appas, ou leur farine, prétendent en faire payer au-dessus de leur valeur les restes, ou le son. Ces meunières intéressées, à qui le vice a fait oublier tout sentiment généreux, n'ont d'autres pensées que de s'enrichir aux dépens de quelques jeunes gens sans expérience qu'elles ont attirés à leur moulin, et qu'elles en chasseront impitoyablement aussitôt qu'elles auront achevé de les ruiner.

Les mots «farine» et «son» ont été employés allégoriquement par les auteurs du moyen âge dans le même sens qu'ils ont ici. On lit dans un recueil de ce temps cette curieuse définition de la beauté féminine: «C'est la farine du diable qui se réduit tout en son.» On y trouve aussi cette comparaison non moins curieuse de la femme prodigue de sa beauté pour son plaisir, avec un bluteau qui jette la farine et retient le son.

Il a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier.

La Rochefoucauld l'a dit textuellement dans sa 376e Pensée, et Molière l'a redit, à sa manière, dans ces vers d'Amphitryon, que Cléantis adresse à Sosie:

Va, va, traître, laisse-moi faire,
On se lasse parfois d'être femme de bien.

(Acte II, sc. VII.)

Je crois que c'est une phrase proverbiale antérieure à ces deux auteurs. Elle est du moins employée comme telle dans quelques patois méridionaux, et elle a des équivalents dans plusieurs langues étrangères.

Sans doute le métier d'honnête femme peut paraître fatigant, puisqu'il oblige à une lutte vigoureuse pour triompher de ce désordre d'idées et de tentations que peuvent exciter, par moment, dans l'esprit d'une femme, même la mieux morigénée, les froides négligences d'un mari et les ardentes poursuites d'un séducteur. Mais faut-il en conclure que les efforts qu'exige d'elle le maintien de sa vertu doivent lui en donner une sorte de lassitude? Non, non: la femme qui se respecte a l'âme trop forte et trop courageuse pour se lasser de ce qui fait son honneur et sa dignité. Loin de faiblir dans la lutte, elle s'y affermit; plus son devoir lui impose de sacrifices, plus elle s'y attache, non-seulement par la considération des malheurs qu'ont à subir les femmes déshonorées, mais par le sentiment de sa conscience, qui adoucit et compense ses amertumes par d'ineffables consolations.

Je voudrais qu'à la place de la maxime que je combats il y en eût une autre qui glorifiât la persévérance vertueuse de la femme délaissée. Cette femme de bien, cette femme chrétienne, malheureusement trop rare, est un modèle de perfection, et la chasteté inaltérable qu'elle conserve dans un cœur brûlant me paraît, dans l'ordre moral, un phénomène plus admirable encore que ne l'est, dans l'ordre physique, la glace entretenue dans un fourneau chauffé à blanc.

Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes si une femme est belle.

La discrétion des hommes tente les femmes autant que la beauté des femmes tente les hommes, et les deux sexes suivent plus volontiers l'attrait naturel qui les invite à se rapprocher, quand ils sont assurés de rencontrer, l'un chez l'autre, la qualité qu'ils désirent. Ainsi les deux questions, bien que chacune d'elles porte sur un point différent, partent du même principe, qui est le besoin d'aimer, et tendent au même but, qui est la satisfaction de ce besoin. Mais celle des femmes est plus significative que celle des hommes, où l'on ne voit souvent qu'un simple effet de curiosité: elle a quelque chose de raisonné, de prémédité, indice manifeste que les femmes, qui osent la faire, sont déjà décidées à se laisser aller à la tentation, lorsqu'elles savent qu'elles pourront, sans crainte d'être compromises, accorder leur penchant avec la sécurité, leur plaisir avec le mystère. Vous pouvez en conclure, si vous le voulez, qu'elles tiennent beaucoup moins à la vertu qu'au respect humain. En effet, mettre de côté cette vertu incommode et en garder les apparences honorables, c'est, en résumé, ce qu'elles cherchent en s'engageant dans les affaires de cœur. Il n'est pas besoin de dire avec quelles précautions, avec quelle habileté elles poursuivent ce double objet, après en avoir calculé les inconvénients et les avantages. On sait que ces femmes-là ont un art prodigieux, qui leur vient sans doute de ce qu'elles ont mordu plus profondément que les autres au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal.

Les femmes n'ont que l'âge qu'elles paraissent avoir.

Il ne faut pas juger de l'âge des femmes par le nombre de leurs années, mais par la conservation de leurs appas; tant que ces appas ne sont point flétris, elles peuvent se dire encore dans la jeunesse malgré le démenti que leur opposent les registres de l'état civil toujours trop incivil pour elles.

C'est sur la foi de ce proverbe que nos dames se donnent tant de soins et font tant de frais de toilette pour paraître plus jeunes qu'elles ne sont.

N'examinons point si un tel proverbe n'est pas formulé d'une manière plus galante que vraie, de peur de troubler leurs illusions à ce sujet; laissons-les se complaire dans ces douces illusions; et qu'elles soient persuadées, s'il est possible, que leur extrait baptistaire vieillit tout seul.

On ne saurait dire des femmes ce qui en est.

Est-ce parce qu'il y aurait trop à dire d'elles, ou bien parce qu'il paraît impossible de les définir? Je laisserai à de plus habiles que moi le soin de décider entre ces deux questions qui se compliquent l'une par l'autre, et je me contenterai de citer un joli portrait burlesque de la femme par un auteur comique qui ne la jugeait pas indéfinissable et qui voyait en elle un composé de natures diverses. Je le tire de la pièce intitulée: Arlequin défenseur du beau sexe.—«Voulez-vous bien connaître une femme? figurez-vous un joli petit monstre qui charme les yeux et qui choque la raison; qui plaît et qui rebute, qui est ange au dehors et harpie au dedans. Mettez ensemble la tête d'une linotte, la langue d'un serpent, les yeux d'un basilic, l'humeur d'un chat, l'adresse d'un singe, les inclinations nocturnes d'un hibou, le brillant du soleil et l'inégalité de la lune; enveloppez le tout d'une peau bien blanche, ajoutez-y des bras, des jambes, et cætera: vous aurez une femme toute complète.» (Théâtre italien de Gherardi, t. V, p. 262.)

On attribue à J.-J. Rousseau les vers suivants sur les femmes:

Objet séduisant et funeste,
Que j'adore et que je déteste,
Toi que la nature embellit
Des agréments du corps et des dons de l'esprit,
Qui de l'homme fais un esclave,
Qui t'en moques quand il te plaint,
Qui l'accables quand il te craint,
Qui le punis quand il te brave;
Toi dont le front doux et serein
Porte le plaisir dans nos fêtes,
Toi qui soulèves les tempêtes
Qui tourmentent le genre humain.
Être ou chimère inconcevable,
Abîme de maux et de biens,
Seras-tu donc toujours la source inépuisable
De nos mépris et de nos entretiens?