les ydoles. Et aussi le pot il dire par prophecie, car mieulz
nous vault le meffait de Judas que le bienfait de Judich qui
occist Holophernes, ou d’une autre femme. Mais tu dis
660merueilles aprés, car tu affermes vrayement que ie les blasme
plus qu’il ne fait, quant ie dis que, se on lisoit le liure de la
Rose deuant les roynes ou princeces, que il leur conuendroit
couurir la face de honte rougie. Et puis si respons pourquoy
rougiroient? Il semble que elles se tendroient pour coulpables
665des vices que le Jaloux recite des femmes. Ha! dieux!
que c’est bien dit et bien raporté! Tu ne te fais point de
honneur de raporter chose que le contraire puist estre prouué.
C’est mal estudié quant ie disoie que aux dames conuendroit
couurir la face de honte rougie. Ce n’estoit point pour les
670paroles du Jaloux, ainçois dis [je], d’ouir les orribletés qui sont en
la fin tant abhominables, de quoy ie disoie a quoy puet [estre
bone telle lecture qui honnestement ne puet] estre leue en
leur presence, et de dire que elles en rougiroient. Je ne les
blasme de riens, ains les loe d’auoir la chaste [fol. 99 vo. b]
675vertu de honte.
Tu respons aprés a dame Eloquence, pour ce que il est
contenu en sa complainte, les diffamacions et vituperes que
maistre Jehan de Meun raconte de religion, et dis qu’il ne la
blasma mie. Et vraiement ie te respons que, (sauue ta grace)
680car comme il fust diffameur publique, il la diffame excessiuement
et sans riens excepter, et bien le scet entendre le bon
catholique de tresreligieuse voulenté qui bien en scet le tort
reprendre, et de ce m’attens a lui, car il ne touche au propos
de ma premiere epistre. Et comme tu mesmes dis que ie te
685puis dire, et tu puis dire voir, tu recites les bonnes parolles
et les vas cueillant ainsi comme il te plaist a ton propos et
laisses les mauuaises. Se l’enortement dont dame Eloquence
se plaint de l’enseignement de prendre le chastel de Jalousie,
dont elle dit qu’il vouloit bouter chasteté hors de toutes
690femmes, tu en fais merueilleuse response en ce que tu dis
que ce est pour auiser les gardes de mieulx estouper les lieux,
ou il peut estre pris, ou d’y mettre meilleurs gardes. Et puis
tu dis que en toutes manieres de guerres les assaillans ont
l’auantage, mais que ilz en soient auisiez. Or parlons un
695petit des guerres a l’auenture entre toy et moy. Je te dis
qu’il est aucune maniere de guerre que les assaillans ont
l’auantaige; et sces tu quant c’est? Quant le capitaine ou
le conduiseur est plus malicieux et duit de guerre, et il a a faire
a foible partie et simple, non usagee de guerre. Encore y
700a il un autre point [fol. 100 a] qui souuent nuit aux deffendeurs,
(supposé que ilz soient fors): c’est trahison ou faulx
blandissement de ceulx mesmes, en qui ilz se fioient. Par ce
fut pris jadis le fort chastel de Ylion. Et du chastel assailli
ne saroies tu ne aultre conseillier comment les pertuis de
705traison seroient estoupez, car ilz sont trop couuers. Maistre
Jehan de Meun enseigne comment le chastel de Jalousie sera
assailli et pris. Il ne fait point afin que les deffendeurs
estoupent les pertuis, car il ne parle point a eulx, ne il n’est de
leur conseil, ains conforte et enorte les assaillans en toute
710maniere d’assault; ainsi comme se ie te conseilloie la maniere
de vaincre ton anemi, ce ne seroit mie afin qu’il se gardast de
toy. Et se tu veulx dire il ne l’enseigne pas, mais il dit comment
il fu pris, ie te dis que qui raconteroit une malicieuse
maniere de faire fausse monnoye ou comment on l’aroit faite,
715il l’enseigneroit assez, dont ie dy certainement que il ne le fist
a aultre fin fors pour entroduire les assaillans.
Apres tu dis ce, dont tu te prens trop bien au las, se le
vouloies considerer quant tu ameines Ouide de l’Art d’Amours
a ton propos. Et encore la preuues, dont ie te sçay bon gré,
720quant tu dis que a tort en fu exillé. Tu dis que quant Ouide
l’escript, ce fu en latin, lequel n’entendoient femmes; et que
il le bailla la seulement aux assaillans pour apprendre a assaillir
le chastel, et c’estoit la fin de son liure, mais la jalousie des
Romains tresenorme l’[e]xilla sans raison pour celle cause,
725comme tu [fol. 100 b] dis. Sans faille il me semble, se te
fussez bien auisé, n’amennasses ja cellui Ouide de l’Art
d’Amours en place pour excusacion de ton maistre. Mais de
tant le peux tu bien faire, que c’est le pur fondement et principe
de ce liure de la Rose, lequel est mirouer et exemple de
730bien et chastement viure, ainsi comme il l’a pris ou dit Ouide
qui d’aultre chose ne parle fors de chasteté. Ha dieux! comme
il appert que ta pure voulenté aveugle ton bon sens, quant tu
dis que sans cause fu exillé! Voire que les Romains, lesquelx
gouuernoient tous leurs fais par polixie souuerainement ordenee,
735en cellui temps le chacierent a tort comme tu dis pour
cause de jalousie. Et comme tu dis aprés que Meun ne mist
pas en son liure tant seulement l’Art d’Amours que Ouide fist,
mais beaucop d’aultres aucteurs, doncques par ta raison
mesmes est prouué que Meun parle aux assaillans comme
740Ouide que il prent. Mais tu dis que, de tant comme il recite
diuerses manieres d’assaillir, de tant auise il plus les gardes
du chastel de eulx deffendre. Voirement fait ainsi comme qui
t’assauldroit pour toy occire, (dont dieux te gart) il t’aprendroit
comment tu te deuroies deffendre. Il te seroit grant
745courtoisie, bien l’en deuroies mercier. Au moins ne peus tu
nyer que il n’enseigne a faire mal aux assaillans, foibles ou
fors que soient li deffendeur.
Encore ne me veulx ie mie taire que tu dis, par jalousie et
sans raison fu exillé Ouide, quant les sages Romains virent et
750apperceurent la peruerse doctrine et le venim engoisseux
apresté [fol. 100 vo. a] pour lancier es cuers des jeunes a les
attraire a dissolucion et oiseuse, et les engins tendus a deceuoir,
prendre, suborner, et soubztraire la virginité et chaasteté
de leurs filles et femmes, eulx a bonne cause dolens de telle
755doctrine semencé[e]. Adonc pour pugnicion voire plus piteuse
que souffisante exillerent l’aucteur de telle doctrine. Et n’est
pas doubte que son liure ardirent, ou le porent trouuer. Mais
de male plante demeure toudis racine. Ha! liure mal nommé
Art d’Amours; car d’amours n’est il mie, mais art de fausse,
760malicieuse industrie de decepuoir femmes puet il bien estre
appellez. C’est belle doctrine! Est ce donc tout gaigné
que de bien decepuoir ces femmes? Qui sont femmes? Qui
sont elles? Sont ce serpens, loups, lyons, dragons, guieures,
ou bestes rauissables deuourans et anemies a nature humaine
765qu’il conuiengne faire art a les decepuoir et prendre? Lisez
donc l’Art. Apprenez donc a faire engins, prenez les fort,
deceuez lez, vituperez les, assailliez ce chastel, gardez que
nulle n’eschappe entre vous hommes et que tout soit liuré a
honte! Et, par dieu! si sont elles voz meres, vos suers, voz
770filles, voz femmes et voz amies, elles sont vous mesmes et
vous mesmes elles; or les deceuez assez, car il vault trop
mieulx, beau maistre, deceuoir, etc.
Je me ris de ce que tu dis que tu as presté ton liure de la
Rose a un homme fol amoureux pour soy oster de fole amour,
775lequel lui a ia tant prouffité que tu lui as ouy iurer sa foy que
c’est la chose qui plus lui a aidié a s’en oster, et tu dis que ce
as tu dit pour ce que ie dis a la fin de mon epistre, quans en
sont deuenus hermites? Response. Et ie te promet, [fol. 100
vo. b] se tu eusses appresté a ton ami .i. liure des
780deuocions Saint Bernart ou aucune bone legende introduisant a
sauuement et a demonstrer, qu’il n’est que une seule amour
bonne en laquelle on doit fichier son cuer et son affection en la
maniere que philosophie le demonstre, a Bouece, ou a aultre
chose semblable, tu lui eusses mieulx fait son profit. Mais
785prens toy garde que ne lui aies baillié l’instrument pour soy
oster de la chaleur du soleil et soy gitter en une fournaise toute
enbrasee. Et je te diray un aultre exemple sans mentir,
puis que nous sommes es miracles du Romant de la Rose.
J’ay ouy dire, n’a pas moult, a un de tes compaignons de
790l’office dont tu es et que tu bien cognois et homme d’auctorité,
que il cognoist un homme marié, lequel adioste foy au Romans
de la Rose comme a l’euuangile. Cellui est souuerainement
jaloux, et quant sa passion le tient plus aigrement, il va
querre son liure et lit deuant sa femme, et puis fiert et frappe
795sus et dit orde telle comme quelle. Il dit: “Voir que tu me
fais tel tour, ce bon sage homme maistre Jehan de Meun
sauoit bien que femmes sauoient faire.” Et a chascun mot
qu’il treuue a son propos il fiert un cop ou .ii. du pié ou de la
paume. Si m’est auis que quiconques s’en loue, celle poure
800femme le compare chier.
Il m’anuye moult si grant prolixité de langage. Car
comme anuy est a moy mesmes, suppose que pourra estre aux
lisans. Mais pour ce que il me conuient repliquier les choses
proposees, [fol. 101 a] aultrement ne seroit entendable, m’en
805estuet esloingnier ma matiere, si me soit pardonné de qui le
tendra a anuy.
Encore ne te peux taire de la Vieille, et dis que quant elle
parle a Bel Accueil, elle lui dit auant le cop: “ne vous vueil
pas en amours mettre, mais se vous en voulez entremettre je
810vous monstreray voulentiers, etc.”[124] Et puis si dit que elle
lui presche afin qu’il ne soit deceuz.[125] Response. Vray dieux!
comment est ce malicieuse maniere de deceuoir—demonstrer
que ce que on fait et dit, quelque mal que ce soit, que c’est
a bonne fin, et a cause bonne! Car il n’est si simple, se il
815apperceuoit la deceuance qu’il ne s’en gardast. Si la fault
couurir par cautelle, et le droit tour du malicieux deceueur
est commencier langaige par bonne introite pour mieulx parfurnir
son malice. Si n’est point de excusance en ceste partie
ce que tu as mis auant. Tu dis s’il y a riens mal dit et a
820diffame du sexe femmenin que il n’en est que reciteur des
aultres aucteurs. Response. Je sçay bien que il n’est mie
le premier qui ait mal dit, mais il l’acroist, quant il le recite.
Tu dis que ce estoit pour plus enseigner les parties a garder
le chastel. Response. Le mal amonnesté et loué a faire
825n’est mie a supposer que ce soit affin que on s’en gard. Tu
dis que il le fist aussi pour suiure la matiere maistre Guillaume
de Lorris. Response. Cellui qui suit le fouruoyé ne fait mie
a excuser si se foruoye. Tu dis que en ce faisant parle de
toutes choses en leur estat au proffit de creature humaine, tant
830[fol. 101 b] a l’ame comme au corps. Response. On ne
l’oit point parler en comun de toutes choses en leur estat, et
aussi il parle de pluseurs autrement que leur estat et au dommage
de l’ame et du corps, comme il est ia prouué. Tu dis
que pour ce parla il de paradis et des vertus pour les suiuir, et
835les vices pour les fuir. Response. Voire mais il dit que
vices sont vertus, quant par ces parsonnages il loue mal faire
comme il est dit. Et de vertus fait vice, quant il dit tant de
vitupere et doloreux mal de l’ordre de mariage, lequel est saint
et aprouué, et d’aultres bons estas semblablement que il
840diffame generaument. Et mal parle de paradis, quant il
dit (combien que ce soit par moz un pou enuelopez, mais
autant vault a dire) que les luxurieux yront en paradis.[126] Et
ce fait il dire a Genius lequel escomenie de sa puissance, qui
est nulle, ceulx qui ne excercitent l’oeuure de nature. Et les
845vices enseigne plus proprement que il ne fait les vertus. Tu
dis que, de tant comme il parle de vices et de vertus d’enfer et
de paradis pres a prés l’un de l’autre, monstre il plus la beatitude
des uns et la laidure des aultres. Response. La
beatitude de paradis ne monstre il mie, quant il dist que les
850malfaicteurs yront. Et pour ce mesle il paradis auec les
ordures dont il parle pour donner plusgrant foy a son liure.
Mais se mieulx veulx ouir descripre paradis et enfer et par
plus soubtilz termes et plus haultement parlé de theologie
plus proffitablement, plus poetiquement, et de plusgrant
855efficace, lis le liure que on appelle le Dant, ou le te fais exposer,
pour ce que il est en langue florentine souuerainement dicte.
La orras aultre [fol. 101 vo. a] propos mieulx fondé, plus soubtilment,
(ne te desplaise) et ou plus tu porras profiter que en
ton Romant de la Rose, et cent fois mieulx composé, ne il n’y
860comparoison (ne t’en courouces ia). Tu dis que Genius ne
permet mie paradis aux folz amoreux. Response. Dyables
li feist promettre quant il n’est mie a lui a liurer. Mais
tu dis que dame Eloquence lui met sus. Et il parle, ce dis tu,
de ceulx qui excerciteront bonnement les oeuures de nature.
865Response. Or viens tu a mon propos (dieux mercis!)
Vraiement il n’y met ne bonnement ne mauuaisement mais simplement
ceulz qui excerciteront les susdictes oeuures. Et dis
que ce n’est mie tout un ce faire bonnement, et estre fol
amoreux. Response. De ce [faire] bonnement ne parla il
870oncques en ce pas. Mais ie te dis que ce est pis estre luxurieux
en plusieurs lieux, comme il veult enseigner, que estre fort
amoreux en un seul lieu. Tu dis que Nature et Genius n’enortent
pas estre fol amoureux, mais ilz enortent suiure les
œuures susdictes, lesquelles sont licites aux fins amoureux.
875Response. Doncques veulx tu dire, puis que nature ne
l’enorte, que estre fort amoureux est contre nature, laquelle
chose n’est mie (sauue ta grace). Mais puis que il dit que ilz
sont licites aux fins, il conuendroit sauoir en quel maniere les
conuient affiner. Tu dis que ce est pour continuer l’espece
880humaine, et pour laissier le mauuais pechié que on ne doit
nommer. Response. Sans cause se debat tant de ce, car
(dieux mercis!) elle ne deffault point, et est chose gastee et
foie d’amonnester l’iaue que elle voise son cours. Ne l’autre
pechié qu’il veult dire n’est point renommé en France, dieux
885soit louez! Il n’en conuient ia mettre tel [fol. 101 vo. b] [m]oz
en bouche de nullui. Tu dis que combien que tu n’oses, ne
vueilles dire que excerciter la dicte oeuure hors mariage ne soit
pechés. Responses, sans passer oultre. Voire mais dieux
scet que toy et d’aultres disciples comme toy (qui l’ossast
890dire) en pensses. Mais il s’en fault taire et pour cause.
Toutefois ce dis tu: “Est il permis en mariage?” Response.
Dieux en soit louez, ce sauons nous bien. Touteffois
ne l’exprime point le liure de la Rose en nul endroit en telle
maniere. Mais tu veulz dire que ainsi l’entendi maistre Jehan
895de Meun, quant il dist ou chappitre de la Vieille cestui mot:
pour ce sont fais les mariages par le conseil des plus sages pour
oster dissolucion.[127] Response. Tu le me vas querre biens
loings et meines a propos ce qui est dit bien hors propos. La
Vieille ne preschoit mie a Bel Acueil de mariage. Elle s’en
900gardoit moult bien, ne chose que elle die ne tourne a bonne
fin. Et si croy que maistre Jehan de Meun ne fist point dire a
elle ce mot pour louer mariage, car ce n’estoit mie son office.
Et te souuiengne que tu as dit aultre part que ce n’estoit pas
Meun qui parloit, ce faisoient les parçonnages chascun en son
905office. Mais c’estoit il qui dist ce bon mot, et ce n’estoit il mie
qui parloit ou chapistre du Jaloux. Et ainsi as ton dit et ton
desdit, et est bien loings du propos de Genius dont nous parlons,
lequel ne pensa oncques a mariage, le bon homme. Et
aussi n’est ce mie ton oppinion, se dieux m’aïst, quoy que tu
910dies. Et encore pour ce que tant t’efforces de excuser Meun,
et veulx gloser que ce vouloit il [fol. 102 a] entendre que on
peust excerciter la dicte oeuure licitement au moins en mariage,
vient trop mal a propos que en cel estat on doie tant excerciter
l’euure et si diligentment; et il tant et si excessiuement
915blasme la vie que il dist estre en mariage quant il dist, que tant
y a de contencion que il n’est nul tant y eust grant voulonté
qui ne s’en deust tirer arriere qui le croiroit. Et ainsi seroient
mal continuez ces oeuures. Il deust auoir loué l’estat ou l’en
les doit faire, pour donner appetis a chascun que il si meist,
920mais fait tout le contraire. Si est trop mal a propos, ne il
n’appert que il l’entende en celle guise. Et toy mesmes, pour
mieulx amender la besoingne, dis ensuiuant bien a propos de
louer mariage, pour confermer que pour ce le dist il que Saint
Augustin dist: “Qui est sans femme espousee, il pense aux
925choses de dieu pour lui plaire, mais cellui qui y est ioint par
mariage pensse les choses qui sont du monde pour plaire a sa
femme,” dont tu dis aprés que ce as tu dit pour ceulx qui
veullent reprendre par leur langage sans raison aucteur,
quelqu’il soit notable et non repris par auant. Si as tresbien
930prouué que maistre Jehan de Meun, quant il tant parloit de
excerciter l’oeuure de nature, que il l’entendoit en mariage.
Dieux! comment est ce bien prouué? Voire ainsi comme dit
le prouerbe commun des gloses d’Orliens qui destruisent le
tieuxte.
935Encore ne te peux tu taire et fais une aultre grant narracion
pour tousiours excuser ton bon maistre. Mais ie ne
pense [fol. 102 a] mie a tout relater mot a mot. Car trop
m’anuieroit et ia anuye de tant parler de cestui propos; et
aussi tout vient assez a une fin. Tu dis que pour ce que
940chascun n’a pas leu le liure de la Rose, tu reciteras les propres
moz de Genius comme ilz sont ou liure. Si en recites
voirement pluseurs de ceulx propres que il dit, mais tu en
trespasses assés et vas cueillant ça et la ceulz qui mieulx te
plaisent, et n’as talent de mettre arriere le bien que il dit
945parmi le mal. Tu n’oblies mie que il dit que on rende l’autruy
qui l’a, et que on soit piteux et misericors et telz choses.
Voire, et que on face les oeuures dieu, de par dieu, et on yra
en paradis! Je croy que il vouloit suiure l’ordre et la secte
des turlupins et ainsi mesloit venin auec miel et doulce liqueur
950auec fiel, ve la le bien qui y est.
Je ne sçay a quoy tant nous debatons ces questions, car
ie croy que toy ne moy n’auons taillent de mouuoir noz
oppinions. Tu dis qu’il est bon; je dis qu’il est mauuais. Or
me solz qui soit bon; et quant toy auec tes autres complices
955arez assez debatu par voz soubtilz raisons et tant poures faire
que mal soit bien, je croiray que le Romant de la Rose soit bon.
Mais je sçay bien que il est propre a ceulx qui veulent
malicieusement viure et mieulx eulx garder d’aultrui que ilz ne
veulent que aultrui se gart de eulx, mais a ceulx qui veulent