La révolution française, ce formidable et sanglant cataclysme, qui devait produire, avec le temps, tant d’améliorations importantes, avait commencé par confondre tous les rangs et toutes les classes. Cette confusion, œuvre de la violence et du débordement général des idées, ne pouvait manquer de donner naissance à bien des désordres. Le mépris des anciennes croyances religieuses, la violation des plus saintes lois de la morale, la théorie des droits de l’homme exploitée par quelques-uns, sans égard pour les droits d’un grand nombre, le déplacement et la dispersion des fortunes, avaient jeté dans tous les esprits une sorte de frénésie qui devait y laisser des traces de longue durée. Un des résultats les plus immédiats de cet état de choses, résultat qui est une des plaies de la société actuelle, c’était le désir universel de s’enrichir, comme par enchantement; comme si la richesse (nous parlons de celle qui est légitimement acquise) n’était pas d’ordinaire le fruit du temps, du travail et de l’économie. Vint ensuite un système général d’éducation qui, pour les femmes surtout, produisit les effets les plus nuisibles. Il n’y eut plus de fille de si petit bourgeois qui, avec ses talens et ses arts d’agrément, ne se crût digne de briller dans le monde, et de devenir la femme de quelque grand personnage. Toutes les jeunes têtes de nos demoiselles de pensionnats, rougissant de l’obscurité de leurs parens, séduites par le clinquant des honneurs et de la gloriole, entretenues dans ces idées par de dangereuses lectures, ne rêvaient de bonheur possible que dans l’éclat d’une haute condition; de là tant de honteuses passions dont les exemples ne manquent pas; de là tant de malheurs domestiques qui ont agité la société et attristé l’observateur. Telle fut aussi la principale source des criminels égaremens de la dame Levaillant et de l’odieuse flétrissure qui demeure attachée à son nom.
Lors de la formation du fameux camp de Boulogne, Levaillant fut attaché, comme capitaine-adjoint, à l’état-major général de l’armée. Étant en garnison à Saint-Omer, il fut logé chez Brutinel, ancien marchand retiré du commerce, et ne tarda pas à être épris des charmes de sa fille. Il écrivit sur-le-champ à sa mère, mariée en secondes noces à M. Chénié, receveur des contributions à Paris, pour la prier de consentir à son mariage avec la demoiselle Brutinel.
La dame Chénié prit des renseignemens sur la famille Brutinel, et ceux qu’elle reçut ne l’ayant pas satisfaite, elle refusa son consentement. Vainement Levaillant renouvela ses instances; elles furent toutes infructueuses: malheureusement les représentations, les ordres de sa mère ne le furent pas moins. Levaillant, se trouvant âgé de vingt-cinq ans, usa de la faculté que lui accordait la loi, il fit faire à sa mère trois sommations respectueuses, et se maria le 10 thermidor an XII.
Il paraît que les illusions de bonheur que s’étaient faites les deux époux s’évanouirent presqu’aussitôt qu’ils furent unis. D’ailleurs, Levaillant eut à se plaindre de son beau-père. Puis la demoiselle Brutinel, déçue dans ses espérances, parce que son mari, qui avait trompé la confiance de ses chefs, n’était plus en activité de service, et ne jouissait plus que d’un traitement de réforme très-modique, vint joindre ses reproches aux mauvais procédés de son père. Voici ce qu’elle écrivait à son mari, à la date du 11 janvier 1808:
«Tu me donnes un exposé de ta situation qui n’est guère brillante; je ne vois que dix-sept cents francs de réel. Tu supposes ensuite quinze cents francs pour une place; ce sont les appointemens d’un commis: je n’y consentirai jamais. Je ne veux pas bien décidément être la femme d’un être aussi subalterne: je préférerais renoncer à l’existence. Tu comptes sur douze cents francs de mon père, que nous n’aurons jamais, sans que tu cherches à te distinguer en ayant un état honorable; il s’est expliqué là-dessus ouvertement. Il faut, Levaillant, que je t’aime bien fortement pour pouvoir te pardonner le malheur dans lequel tu me réduis. En vérité, j’en perdrai la tête, si l’espoir ne renaît dans mon cœur; car j’ai l’âme bien grande, souviens-t-en, et je ne saurais supporter un état abject. Combien tu es loin de me ressembler!... Pour obtenir la plus petite faveur qui me fera distinguer d’un être vulgaire, je me jetterais dix fois à genoux, s’il le fallait: ce n’est que l’espoir que je tiendrai un jour un rang sur la terre qui fait que mon cœur se dilate. Avec les idées aussi peu élevées que tu les as, pourquoi m’as-tu épousée, en me berçant d’un espoir que tu ne te sentais pas en état de réaliser? Tu as fait mon malheur, et je ne fais pas ton bonheur, à mon grand regret.»
Nous pourrions citer d’autres lettres à peu près semblables pour le fond des idées: celle-ci suffira pour donner la mesure de l’ambition vaniteuse de la fille d’un petit marchand. Toutes les lettres transcrites dans l’acte d’accusation, ou lues à l’audience, expriment les mêmes regrets, les mêmes sentimens, le même besoin de changer de situation et de rang.
Levaillant revint à Paris après la campagne de 1809, et sa femme partit aussitôt de Saint-Omer pour venir le rejoindre. Elle sollicita alors et elle obtint d’être présentée à la famille de son mari; elle en fut accueillie avec bonté. Mais madame Chénié était heureuse, tant par sa propre fortune que par la place de son mari. Le spectacle de ce bonheur irritait d’autant plus la femme Levaillant, qu’il lui faisait sentir plus vivement sa propre médiocrité, qui déjà la désespérait.
Aussi la haine de cette femme pour madame Chénié croissait-elle chaque jour, et elle arriva enfin à ce point, que le 15 décembre, elle osa déclarer à la fille Magnien, sa femme de chambre, qu’elle voulait faire avaler quelque chose à sa belle-mère.
Si l’on en croit la fille Magnien, elle fit tous ses efforts pour amener la dame Levaillant à renoncer à ce projet criminel; mais tous ses efforts à cet égard furent inutiles; et sa maîtresse, en lui annonçant qu’elle persistait dans sa résolution, lui dit: Je ne vois qu’Adolphe qui puisse me seconder; parlez-lui-en, mais comme si cela venait de vous.
Cet Adolphe était un domestique, l’amant de la fille Magnien, et que, sans doute, à la recommandation de celle-ci, Levaillant avait placé lui-même, depuis peu de temps, auprès de sa mère. Dès le lendemain de cette communication, la fille Magnien fit part à Adolphe de ce que lui avait dit la dame Levaillant. Celui-ci, si toutefois on veut bien ajouter foi à sa déposition, fut d’abord indigné d’une semblable proposition, et crut devoir en prévenir la dame Chénié, qui, dans le premier moment, manifesta le doute qu’il dit avoir exprimé lui-même.
Cependant, le même jour 19 décembre, la femme Levaillant, toujours occupée de son affreux projet, se présenta, avec sa femme de chambre, chez quatre pharmaciens, pour acheter de l’arsenic. Tous refusèrent de lui en vendre; un seul lui vendit de la noix vomique, propre à détruire les rats. La femme Levaillant demanda si cette drogue pouvait faire périr une personne: on lui répondit que non; que d’ailleurs l’amertume et le mauvais goût de cette substance préviendraient les personnes qui seraient exposées à en prendre.
Alors elle essaya de fabriquer elle-même du poison, en faisant infuser de la monnaie de cuivre dans du vinaigre et du sel, et dit à la fille Magnien, à qui elle fit part de ce procédé, qu’elle était déjà parvenue à rendre aussi blanc que l’arsenic le vert-de-gris qu’elle en retirait. Elle lui témoigna ses craintes au sujet de l’insuffisance de ce poison, et ajouta: Si je pouvais m’en procurer, j’emploierais du sublimé corrosif; c’est le poison qu’employait la Brinvilliers dans ses grandes expéditions.
Quelques jours après, pour essayer la force de celui qu’elle avait fabriqué, elle en mit dans un plat de haricots qu’elle avait fait prendre chez le traiteur. Elle n’y toucha point, non plus que son mari; mais la fille Magnien en ayant mangé, elle fut très-incommodée. Selon sa déclaration, elle avait remarqué que l’assaisonnement de ces légumes était extrêmement âcre; qu’il prenait à la gorge, et semblait y allumer un feu dévorant, ainsi que dans l’estomac. Elle éprouva, après le dîner un malaise général; il lui prit des éblouissemens, une grande faiblesse et des mouvemens convulsifs dans les bras et dans les doigts; il se manifesta, en outre, de l’enflure à l’estomac et au nombril; puis des évanouissemens eurent lieu. Enfin, la fille Magnien, se rappelant que sa maîtresse avait fabriqué du poison, soupçonna qu’on avait voulu en faire l’essai sur elle. Dès le premier moment de son indisposition, elle avait pris du vin, de l’eau-de-vie et de l’eau de Cologne; mais ses douleurs n’ayant fait qu’augmenter avec de pareils remèdes, elle but beaucoup de lait, ce qui lui procura un grand soulagement. Peu après, elle vomit tout ce qu’elle avait mangé, et s’aperçut que les alimens qu’elle rendait étaient d’une amertume extrême, et lui picotaient le palais et la bouche; cependant, elle ne parla point de cet accident, ce jour-là, aux sieur et dame Levaillant; et elle eut encore avec eux la même réserve, elle garda le même silence, lorsque, quelques jours après, elle les entendit se disputer, parce que la femme Levaillant voulait recommencer l’épreuve du poison sur elle, en en mettant sur une carpe frite, et que son mari s’y opposait. Mais un autre jour que la fille Magnien causait avec sa maîtresse et que celle-ci lui parlait de poison, elle lui dit: Ne me croyez pas assez imbécille pour ne m’être pas aperçue qu’on avait mis quelque chose dans les haricots qu’on m’a donnés, il m’ont rendu très-malade. Cette observation fit rougir de confusion la femme Levaillant, qui se cacha dans son schall, et répondit: cela vient sans doute de la malpropreté du traiteur.—Non, répliqua la fille Magnien; je me suis informée si d’autres personnes avaient été incommodées, et cela n’est arrivé qu’à moi seule. La conversation changea; mais, la fille Magnien ayant reparlé, quelque temps après, du vert-de-gris, la femme Levaillant lui répondit: Voyez si une très-petite quantité de vert-de-gris vous a fait tant de mal, ce que doit faire une forte dose.
Que de choses invraisemblables dans ce récit de la fille Magnien! Est-il croyable qu’ayant soupçonné d’avoir été empoisonnée, elle n’ait pas parlé de cet accident? Qui pourra croire qu’avec de semblables motifs, elle ne sortit pas sur-le-champ de cette maison? Toute autre n’aurait-elle pas abandonné sa maîtresse, et porté plainte? Ces objections n’affaiblissent pas sans doute la principale accusation portée contre la dame Levaillant; mais quelle idée peut-on se former de la moralité de la fille Magnien?
Il paraît, au surplus, et toujours d’après la déclaration de la fille Magnien, que c’était à Saint-Omer même que la femme Levaillant avait conçu son projet d’empoisonnement; car un sieur Marescot lui ayant un jour demandé quel était le but de son voyage, elle lui avait répondu: C’est mon secret.
Quoi qu’il en soit, Adolphe, à qui la femme Levaillant avait fait écrire de venir chez elle le 22, s’y rendit. Seule avec lui et la fille Magnien, elle lui communiqua ses intentions, et lui dit qu’elle comptait sur lui pour les remplir. Adolphe appuya sa tête sur sa main, comme s’il eût voulu réfléchir. La dame Levaillant dit alors à sa femme de chambre: Voilà Adolphe qui réfléchit; il a raison, car, s’il n’a pas assez de courage pour exécuter ce que je lui propose, j’attendrai la saison des fraises, et j’empoisonnerai la dame Chénié au moyen de ce fruit. Adolphe, voyant que, s’il n’avait pas l’air de se prêter à ses vues, il ne pourrait en arrêter l’exécution, dit: Oui, je réfléchis; mais j’aurai le courage de faire ce que vous voudrez. Ensuite, et toujours dans l’intention de l’en détourner, il prétendait qu’il lui avait fait observer qu’elle ne retirerait qu’un médiocre bénéfice de cet empoisonnement, la dame Chénié ayant donné tout son bien à son mari. La dame Levaillant répondit que, les choses étant ainsi, il faudrait aussi empoisonner M. Chénié, et demanda à Adolphe s’il se sentirait le courage de le faire. Celui-ci répliqua que, l’ayant bien pour un individu, il l’aurait également pour deux.
Satisfaite de cette réponse, la femme Levaillant parla alors du mode d’exécution et de ses suites; elle voulait que, le soir du 1er janvier, Adolphe jetât le poison qu’elle lui donnerait dans l’eau tirée à clair qui aurait servi à faire bouillir le marc de café, afin que cette substance eût le temps de se dissoudre, et d’opérer l’effet qu’elle en attendait, lorsqu’on ferait, avec cette eau, le café pour le lendemain. Elle ajouta qu’elle choisissait ce jour-là, parce que les demoiselles Lucotte, petites-filles de la dame Chénié, viendraient voir leur grand’mère, et que, comme la dame Chénié avait des difficultés très-grandes avec leur mère, on pourrait soupçonner ses petites-filles de l’empoisonnement.
Ensuite, elle fit observer à Adolphe qu’il pourrait être incarcéré; mais qu’il n’avait qu’à se tenir ferme, et toujours nier, qu’il ne lui en arriverait aucun mal. Elle ajouta que, lorsque la cuisinière aurait terminé son service, il fallait qu’il passât du vinaigre dans les casseroles, afin qu’en y apercevant du vert-de-gris, on pût imputer encore à la négligence l’empoisonnement des sieur et dame Chénié; que, sans doute, lorsque l’effet du poison se ferait sentir, on l’enverrait, lui Adolphe, chercher un médecin; qu’il faudrait bien qu’il y allât, mais qu’il ferait un grand tour dans la ville, afin de laisser au poison le temps d’agir. Elle termina, en disant à Adolphe qu’elle ne pourrait lui remettre le poison que le 29 décembre. Elle comptait, en effet, en recevoir à cette époque; car, suivant ses confidences à la fille Magnien, elle avait écrit au sieur Brutinel, son père, à Saint-Omer, pour le prier de lui envoyer huit ou dix grains d’arsenic, en lui annonçant que c’était pour se défaire de deux têtes qui la rendaient bien malheureuse. Le 27, la femme Levaillant reçut de Saint-Omer deux lettres contenant deux petits paquets, l’un d’arsenic, l’autre d’opium. Elle les confia à sa femme de chambre, pour les garder jusqu’au 29, jour fixé pour les remettre à Adolphe.
La déclaration de la fille Magnien portait encore que la femme Levaillant, tout occupée de son projet, lui dit qu’aussitôt qu’elle apprendrait la mort des sieur et dame Chénié, elle prendrait le cabriolet du sieur d’Argenvillers, et le prierait de l’accompagner dans les démarches qu’elle ferait pour solliciter, en faveur de son mari, la place du sieur Chénié. Un autre jour, elle dit à la même fille que, si son mari ne la rendait pas heureuse, elle trouverait bien le moyen de s’en défaire, et qu’alors son père serait avec elle.
Que la plupart de ces propos atroces aient été tenus par la dame Levaillant, ou qu’ils soient de l’invention de la fille Magnien, ils n’en révoltent pas moins; on ne peut croire à tant de perversité; on frémit malgré soi, en examinant tous ces calculs, toutes ces combinaisons, toutes ces prévisions du crime.
Le 29, la femme Levaillant remit les paquets de poison à Adolphe; ils étaient dans une petite boîte d’argent. Elle renouvela ses instructions à son agent, lui donna sept pièces de cinq francs, lui promit en outre deux cents louis et cent à la fille Magnien. Adolphe lui ayant demandé si son mari était du complot, elle répondit que non, mais qu’on ne devait pas le craindre, parce qu’il donnerait bien cent louis de récompense à celui qui l’aurait exécuté.
A peine Adolphe fut-il rentré chez la dame Chénié, qu’il lui rendit compte de tout ce qui venait de se passer, et lui remit les sept pièces de cinq francs, ainsi que la boîte qui renfermait le poison. Cette dame alla le lendemain même faire sa déclaration à la préfecture de police, et le 31, elle y envoya Adolphe pour faire aussi la sienne.
Le 1er janvier, la femme Levaillant, après avoir été faire visite à sa belle-mère, dit à la fille Magnien: Ces petites mâtines (en parlant des demoiselles Lucotte), ne sont pas venues, et cela me gêne dans l’exécution de mon projet; mais, comme une chose retardée manque souvent, il faut que cela aille. Au surplus, j’ai aperçu un moyen d’exécution dont je pourrai user par moi-même, si celui-ci manque.
Le même jour, après s’être concertée avec la police, la dame Chénié reçut à dîner chez elle son fils et sa femme. Cette dernière avait annoncé à Adolphe qu’elle avait encore à lui parler; et il avait été convenu entre eux que, quand il entrerait dans le salon sous un prétexte quelconque, et qu’il frapperait sur le fauteuil de la dame Levaillant, cela voudrait dire qu’elle pouvait sortir et s’entretenir avec lui. Après le dîner, le signal convenu fut en effet donné; la femme Levaillant sortit, et Adolphe la conduisit dans une pièce près de laquelle la dame Chénié avait fait cacher deux personnes: les sieurs Bouvard et Beaupoil-Saint-Aulaire.
Adolphe dit à la femme Levaillant: «Vous voyez, madame, que les demoiselles Lucotte ne sont pas venues et ne viendront pas.—Il faut, répondit-elle, suspendre l’exécution et la remettre à un autre jour.» Adolphe lui dit ensuite: «Madame, votre argent et vos promesses ne pourront pas me dédommager de ce que vous avez fait à ma bonne amie; vous l’avez empoisonnée.—Pourquoi en a-t-elle mangé? répondit la femme Levaillant; d’ailleurs il n’y avait rien à craindre pour ses jours, la dose était trop faible; ce n’était qu’un simple essai, afin de m’assurer de l’effet du poison.»
En ce moment, une des personnes cachées dans la pièce voisine, ayant fait un mouvement, la femme Levaillant fut épouvantée et voulut sortir; mais voyant que la porte était fermée, elle se jeta aux genoux d’Adolphe, en lui disant: Vous me perdez, rendez-moi la boîte; je renonce à tout. Adolphe toussa; les deux personnes apostées sortirent à ce signal, et parurent dans la chambre. La femme Levaillant se remit aussitôt, et demanda au sieur Saint-Aulaire ce qu’il lui voulait: «Rien, répondit-il.»
Alors elle retourna dans le salon, puis en sortit quelques instans après, alla chercher Adolphe dans la salle à manger, l’emmena aux lieux d’aisances, et lui reprocha de l’avoir perdue. Ce fut dans cet instant que la police s’empara de sa personne.
Interrogée plusieurs fois, tant à la préfecture de police que par le magistrat de sûreté et le juge d’instruction, elle varia dans tous ses interrogatoires et souvent dans le même.
D’abord elle avait présenté Adolphe comme le premier instigateur du complot, et comme voulant le mettre à exécution, quoique elle eût fait tous ses efforts pour l’en détourner; mais elle ne persista pas long-temps dans cette accusation; car, le même jour, elle fit une déclaration que nous allons transcrire comme pièce à l’appui des faits articulés jusqu’ici, lesquels, sans cette précaution, pourraient paraître invraisemblables. La voici:
«Il est inutile ici de vous dissimuler la vérité. Si j’ai été coupable, je dois avoir le courage d’en faire l’aveu; j’aurai moins à souffrir, lorsque je l’aurai fait; et j’ose espérer que M. le conseiller d’état préfet voudra bien avoir la bonté d’avoir pitié de moi et de ma jeunesse, à laquelle seule je dois attribuer la conception du projet d’empoisonner monsieur et madame Chénié.
«Je déclare donc que nous étions abreuvés, mon mari et moi d’amertume de la part de madame Chénié. Que, chaque fois que nous la voyons, il n’est sorte de désagrémens qu’elle ne nous fît éprouver, joint au refus qu’elle a constamment fait de venir à notre secours, afin de nous procurer des moyens d’existence; je déclare, dis-je, que toutes ces choses ayant irrité mon mari et moi contre madame Chénié, et nous l’ayant fait détester l’un et l’autre, dans des momens d’exaspération, et je pourrais même dire, de délire, nous avons conçu le fatal projet d’attenter à ses jours et à ceux de son mari. En conséquence, je déclare que c’est moi qui me suis placée à la tête de ce détestable projet, et qui l’ai conduit jusqu’au moment où j’ai été arrêtée. Il est vrai que j’ai mis la fille Magnien dans ma confidence, qui, au lieu de m’en détourner, à été la première à l’approuver, et à alimenter ma haine contre madame Chénié et contre son mari. Il est vrai que je lui ai dit que je ne connaissais qu’Adolphe, cocher chez madame Chénié, capable d’exécuter le projet d’empoisonnement dont il est question, et que je priai cette fille de lui en parler comme d’une chose qu’elle avait conçue elle-même, d’autant mieux qu’elle m’avait offert de tâcher d’entrer comme femme de chambre chez madame Chénié, afin de servir mes projets.
«Elle en parla véritablement à Adolphe, qui, le 22, s’est rendu chez moi, où étant dans ma chambre à coucher, je lui ai dit qu’il était vrai que j’avais dit à Mimi (la fille Magnien) que j’avais conçu le projet d’empoisonner madame Chénié, et que, pour cet effet, j’avais l’intention que du poison fût mis dans la crème destinée au déjeûner de cette dame. Adolphe accepta la proposition que je lui fis de se charger de verser ce poison dans la crème de madame Chénié; et cependant il m’observa que cela ne me rendrait pas plus heureuse, parce que M. Chénié s’était fait tout donner par son épouse, au détriment de ses enfans, et qu’alors j’aurais avec lui et mon mari de grandes discussions.
«J’avoue qu’alors M. Chénié partagea toute la haine que j’avais contre sa femme, et que je dis à Adolphe qu’il fallait aussi empoisonner M. Chénié. Au lieu de me détourner de ce détestable projet, Adolphe le nourrit et m’a fortifiée dans ma conception, puisqu’à ma proposition il m’a répondu, qu’il ne lui coûterait pas plus d’empoisonner M. Chénié, qui, comme madame, prenait du café le matin.
«En conséquence, je déclarai à Adolphe que je lui procurerais le poison nécessaire pour mettre à exécution mon projet. En conséquence, je fus avec Mimi chez plusieurs apothicaires pour m’en procurer; mais aucun n’a voulu m’en vendre, à l’exception d’un seul, demeurant dans une rue dont je ne me rappelle pas le nom, qui me vendit pour quatre sous de mort aux rats. Il est faux que j’aie mis cette mort aux rats dans des haricots, ainsi que l’a prétendu Mimi, car elle est encore chez moi. Il est faux que j’aie mis dans ces mêmes haricots aucun poison quelconque; et assurément, si Mimi, qui en a mangé, a été indisposée, et si du poison a été mis dans ce légume, cela ne venait pas de moi.
«Ne pouvant me procurer la dose de poison convenable pour exécuter mon projet, j’écrivis à mon père, et je lui demandai cinq ou six grains d’arsenic, sans lui dire quel était le motif qui me les faisait désirer. Seulement je l’assurai que ce n’était pas pour nuire à quelqu’un; mais bien pour une cause qui ferait mon bonheur. Mon père m’a envoyé cet arsenic, et y a joint de l’opium pour me guérir des douleurs de dents que j’éprouve assez souvent. Il me les fit parvenir sous enveloppe de papier cacheté, poste restante.
«Le 27 du mois dernier, jour pour lequel j’avais demandé le poison à mon père, je fus à la poste avec Mimi, où je retirai le paquet qui le contenait. De retour chez moi, je le remis à Mimi pour le garder. Le même jour, le soir, Adolphe vint chez moi, et je le lui donnai dans une petite boîte d’argent, faisant partie de mon nécessaire, pour en faire usage le premier du mois courant, le soir, c’est-à-dire pour verser le poison dans le café qui devait servir au déjeûner du lendemain de monsieur et de madame Chénié. Par mon interrogatoire de ce matin, je vous ai rendu compte de ce qui s’y est passé, et notamment de l’observation que j’ai faite à Adolphe qu’il n’était pas encore temps d’exécuter le projet, et que je demandai le poison et la boîte qui le contenait, mon intention alors étant changée, et ne voulant plus qu’il fût exécuté.
«Comme j’entends faire un aveu sincère, je termine ma déclaration par dire qu’il est de toute vérité que j’avais promis à Adolphe et à Mimi de les récompenser pour la part que l’un et l’autre prenaient dans l’exécution de mon projet; et j’avoue que ledit jour 2 décembre, je donnai à Adolphe sept pièces de cinq francs, parce qu’il me dit qu’il n’avait pas d’argent, et non, comme il l’a prétendu, pour l’aider à vivre dans les prisons, si, relativement à l’exécution du crime dont il s’était chargé, il venait à être arrêté.»
Le lendemain, la prévenue dit qu’elle persistait dans sa déclaration de la veille. Seulement elle ajouta quelques mots tendant à disculper entièrement son mari et son père. Dans plusieurs autres interrogatoires qu’elle eut à subir, on remarqua plusieurs contradictions au sujet de l’envoi de poison qui lui avait été fait de Saint-Omer. Elle disait qu’elle ne pouvait croire que ce fût son père qui le lui eût envoyé.
Dans l’intervalle qui s’était écoulé entre ces interrogatoires, Levaillant avait été arrêté, en allant visiter sa femme. L’autorité devait chercher à savoir s’il avait été réellement étranger au crime dont on recherchait les auteurs. Interrogé sur les faits de l’accusation, il répondit qu’il n’avait eu aucune connaissance du complot formé contre sa mère et contre M. Chénié, et le lendemain, il se donna la mort, en se suspendant à l’espagnolette d’une croisée par le moyen d’un mouchoir passé autour de son cou.
On trouva sur la table de la chambre qu’il occupait une grande feuille de papier, sur laquelle il avait écrit une espèce de testament de mort, dont nous allons extraire les fragmens les plus importans.
«Plutôt mille mort que de vivre sans honneur; et ma seule arrestation est une tache qui ne s’effacera jamais.
«C’est par toi, c’est pour toi, que je suis ici, mon Adèle; mais je te pardonne de bon cœur: car, au moment de l’événement affreux qui nous a séparés pour jamais, j’avais déjà pris mon parti, et j’étais décidé à ne pas survivre à ta perte. L’espoir seul de t’être encore utile, d’intéresser quelques amis à ton sort, de te procurer quelques secours indispensables dans ta position affreuse, m’a retenu quelques heures de plus à la vie. Tu as dû recevoir de l’argent et des effets qui te prouvent ce que j’avance.»
Voici ce que Levaillant adressait au préfet de police: «Que va-t-on conclure de ma mort? tout ce qu’on voudra. Qu’on me croie coupable et me condamne comme tel, si cela peut être utile à quelqu’un, surtout à la malheureuse Adèle.
«C’est à genoux que j’écris ces deux lignes.
«Je prie en grâce M. le préfet d’avoir pitié d’une malheureuse créature égarée, sans doute, par la démence.
«Je lui ai toujours connu malgré son caractère violent et emporté, un excellent cœur; je prie M. le préfet de penser à deux familles respectables.
«Je parle de celle de mon père qui a huit enfans encore, et de celle de madame Chénié.
«Cette dernière, avec un peu d’humanité, de cordialité, de générosité, nous aurait épargné bien des maux, et se serait fait adorer, à bien peu de frais, de la malheureuse femme égarée qui l’a si cruellement outragée.»
Dans l’article destiné à la fille Magnien et à Adolphe, il souhaite que leur prochaine union soit heureuse. «Mais j’en doute, ajoute-t-il, elle est formée sous de trop funestes auspices....... Si vous m’eussiez averti, dès le principe, vous eussiez évité de grands malheurs, et n’auriez pas fait des malheureux de ceux qui ne vous avaient, du moins jusqu’ici, jamais fait que du bien.»
Venaient ensuite un article pour M. Chénié, un autre pour madame Chénié, un troisième pour la mère de sa femme, tous trois pleins de sens, de sentimens honnêtes et louables, de reproches respectueux et mérités, et surtout empreints d’une résignation mélancolique et vraiment touchante. Il est impossible d’être plus doux envers la mort.
Le dernier article était réservé à sa femme. Il était ainsi conçu: «Ma première pensée fut pour mon Adèle, et la dernière est encore pour elle. Je lui dis mon dernier adieu. Elle est là, tout près de moi, couchée sans doute; elle ne sait pas que je suis si près d’elle. Affreux verroux! sans eux, j’aurais été imprimer un dernier baiser sur ses lèvres.
«Jamais femme ne fut aimée comme toi. Je devais être plus heureux. Je ne vivais, je ne respirais que pour toi; c’est pour toi que je meurs!..... Mon avant-dernière prière à la Divinité est pour moi, la dernière est pour toi, ainsi que ma dernière pensée.
«Si les dernières volontés d’un malheureux, qui sont respectées partout, sont comptées pour quelque chose dans cet asile de douleurs et de larmes, on transmettra à chaque personne que cet écrit concerne ce qui lui est relatif.
«Minuit sonne..... Adieu, mon Adèle. Si je m’en souviens bien, ton nom est au coin du mouchoir de batiste qui..... mais ne t’afflige pas; adieu.....»
En marge on lisait: «Dans le fond de mon âme, je me crois encore digne de la décoration dont je fus honoré. On la trouvera sur mon cœur après mon dernier soupir. J’ai toujours été faible, mais jamais criminel. Dieu, devant qui je vais paraître, sera mon juge, et je ne crains point sa sévérité.
Et plus bas:
«Quand je l’aurais vu de mes deux yeux, je ne pourrais encore croire au tissu d’horreurs qu’on m’a débité. La chose pourtant existe, peut-être; mais on n’en connaît pas, j’en suis sûr, les ramifications. Je supplie encore M. le préfet de se faire bien instruire de toutes les moindres particularités qui peuvent y être relatives, de ne rien négliger pour y parvenir, et peut-être découvrira-t-il des choses qui le ramèneront à l’indulgence naturelle qu’on dit être la base de son caractère humain, généreux et bienfaisant.»
Dès que la femme Levaillant fut instruite de la mort tragique de son mari, comme si elle eût voulu prendre à tâche de se montrer indigne des sentimens tendres, passionnés et remplis de sollicitude dont il venait de lui adresser la dernière expression, elle chercha à échapper au châtiment dont elle se voyait menacée, en faisant décidément retomber sur lui tout le poids de l’accusation dirigée contre elle. Mais ce nouveau système de défense se trouvait détruit à l’avance par une lettre qu’elle avait écrite à Levaillant, le lendemain du jour où elle avait été arrêtée, et dans laquelle, pour se justifier aux yeux de son mari, elle s’efforçait de lui persuader que c’était Adolphe qui avait tout fait.
Le sieur Brutinel, père de la principale accusée, fut arrêté et mis en accusation comme complice de sa fille, quoiqu’il affirmât ne lui avoir point envoyé de poison.
Après les débats, qui furent animés et intéressans, et où les défenseurs des accusés firent de généreux efforts pour sauver leurs cliens, les jurés, après avoir délibéré, déclarèrent à l’unanimité que la femme Levaillant n’était pas coupable d’avoir tenté un empoisonnement sur la fille Magnien; qu’elle était coupable d’avoir commis volontairement une tentative d’homicide par poison sur la personne des sieur et dame Chénié; que cette tentative avait été manifestée par des actes extérieurs, mais qu’elle n’avait pas été suivie d’un commencement d’exécution; qu’elle n’avait pas été suspendue par des circonstances fortuites, indépendantes de la volonté de la femme Levaillant; que le sieur Brutinel n’était pas coupable de s’être rendu complice de la tentative d’empoisonnement sur les sieur et dame Chénié, en procurant à sa fille sciemment et dans le dessein de nuire, le poison destiné à commettre ce double homicide.
En conséquence de cette déclaration, la cour acquitta les deux prévenus.
Mais le président, avant de prononcer l’ordonnance d’absolution, adressa à la femme Levaillant les paroles suivantes:
«Le jury vous déclare coupable de la tentative d’un crime horrible. Si cette tentative n’est pas suffisamment caractérisée, vous le devez à la fortune. La cour ne peut prononcer contre vous aucune peine; je suis forcé de vous acquitter. Je vous livre à vos remords, si vous êtes capable d’en éprouver; puissent-ils vous inspirer la vertu, dont vous vous êtes si criminellement écartée!»
Telle fut l’issue de ce procès fameux qui occupa long-temps l’attention du public. Cependant il est vrai de le dire, tout le monde en avait parlé, sans en connaître les circonstances principales, qui présentent, comme on l’a vu, un épouvantable, un affligeant tableau: une procédure criminelle, dirigée par la propre famille de la prévenue; les manœuvres perfides de quelques méprisables valets; enfin l’emploi de moyens peu délicats pour constater le crime. Une seule pensée offre quelque chose de consolant: au milieu de machinations aussi perverses, combinées avec tant de sang-froid, et encouragées par des subalternes aussi infâmes, c’est qu’il ne fut pas prouvé que l’inexécution du crime ne pouvait qu’être attribuée au repentir. Il est bien certain que la femme Levaillant témoigna plusieurs fois, après la remise du poison, le désir de revoir Adolphe, et que celui-ci affecta de l’éviter. Cette considération, qui dicta l’opinion du jury, suffit pour qu’il soit permis de penser que la haine et le désir du crime avaient déjà fait place au repentir.
Le 28 mars 1810, deux particuliers passant, entre six et sept heures du matin, dans la rue des Moulins, à Paris, aperçurent un panier propre à contenir du vin; ils s’en approchèrent, le soulevèrent, et, remarquant qu’il en découlait du sang, ils s’empressèrent d’aller instruire de cette découverte le commissaire du quartier.
Ce magistrat s’étant transporté sur les lieux, on fit l’ouverture du panier, qui était attaché avec une corde ensanglantée, et on y trouva le cadavre d’un homme bien vêtu, ainsi qu’un chapeau dans l’intérieur duquel était écrit le nom de Cottentin. Des officiers de santé, mandés sur-le-champ, constatèrent que le cadavre avait, autour du cou, une forte pression, et une contusion au côté droit de la tête. Ils conclurent de là que l’homme assassiné avait été frappé avec un instrument contondant, et qu’ensuite il avait été étranglé, à l’aide d’une corde semblable à celle qui avait servi à lier le panier.
Le commissaire se rendit au domicile de Cottentin, que ses agens avaient découvert sans peine. Les employés, les domestiques du mort furent appelés; tous reconnurent leur patron et leur maître, et déclarèrent qu’il était sorti de chez lui le 27 mars, à neuf ou dix heures du matin, et n’avait pas reparu depuis. Le domestique Joseph dit qu’en sortant, le sieur Cottentin avait pris sa montre en or à répétition, avec sa chaîne également en or, et son portefeuille de maroquin vert, dans lequel il y avait, outre beaucoup de papiers, quatre à cinq billets de la banque de France. Tous ces objets avaient disparu; on n’avait trouvé sur le cadavre qu’un mouchoir, une cravate négligemment nouée, une petite épingle en or, une pièce de six liards et un centime; il n’était donc pas douteux que le malheureux Cottentin n’eût été assassiné par des gens qui voulaient le voler; mais rien encore ne pouvait mettre sur la piste des coupables.
Le magistrat de sûreté employa tous ses soins à obtenir des renseignemens sur les personnes que Cottentin fréquentait le plus assiduement; il apprit bientôt qu’il avait pour ami intime le nommé Lepeley-des-Longs-Champs; qu’il avait mis toute sa confiance en cet homme; qu’il allait le voir plusieurs fois par jour, et qu’il avait déposé chez lui son argenterie et ses papiers les plus précieux.
Ce Lepeley-des-Longs-Champs demeurait, depuis environ trois mois, dans une maison garnie, rue Neuve-des-Bons-Enfans, au troisième, au-dessus de l’entresol. Son logement était composé d’une antichambre longue et obscure, et d’une chambre à coucher avec alcôve.
Le commissaire se présenta chez lui le 28 mars, vers quatre heures du soir, et l’invita à le suivre chez le magistrat de sûreté. Lepeley se rendit à son invitation, et, ce qui ne laisse pas d’être frappant, c’est que, à peine fut-il entré, avant même que le magistrat lui eût adressé aucune question, il s’empressa de lui dire que, la veille, il lui était arrivé un singulier événement. Il rendit compte alors des relations qui existaient entre Cottentin et lui, du dépôt de papiers et autres objets que celui-ci lui avait confiés, et il s’exprima ensuite en ces termes: «Le 27 mars, vers les onze heures du matin, Cottentin vint chez moi, et me remit un projet de compromis entre lui et ses coassociés, qu’il me pria d’examiner. Peu de temps après, il sortit en m’annonçant qu’il reviendrait vers les quatre heures. A une heure environ, il est revenu, et m’a demandé ce que je pensais de l’acte qu’il m’avait remis; je lui répondis que, l’écrit ayant été rédigé par des hommes de loi qui connaissaient mieux les affaires que moi, je n’avais rien à dire.
«Deux minutes après, j’entends sonner à la porte de mon antichambre; je l’ouvre: deux hommes se présentent, et me demandent si le sieur Cottentin n’est pas chez moi. Sur ma réponse affirmative, ils entrent dans ma chambre, où était Cottentin. L’un d’eux, s’adressant à lui, l’interpella, pour savoir s’il comptait bientôt terminer l’affaire qu’ils avaient ensemble. Cottentin ayant répondu qu’il s’occupait d’un arrangement avec ses créanciers, l’individu lui répliqua qu’il y avait des dettes sacrées qui devaient être mises hors de ligne. Cottentin lui observa alors qu’il n’était pas chez lui. Sur quoi, le même homme lui dit que, puisqu’on ne l’y trouvait pas, il fallait bien qu’on vînt le chercher dans la maison où on l’avait vu entrer. Au même instant, et sans autre réflexion, il porta, avec la crosse d’un pistolet (autant que le trouble où j’étais a pu me permettre de le remarquer), un violent coup sur la tête de mon ami Cottentin, qui, étourdi et tremblant, se jeta dans mes bras, en s’écriant: Ah! mon ami! Aussitôt l’autre particulier, qui n’avait pas dit un mot, s’arma de deux pistolets, et me les présenta, en disant que, si je faisais un mouvement, il me brûlerait la cervelle; que je voulais aussi faire tort aux créanciers de Cottentin; que mon tour n’était pas encore venu, mais qu’il viendrait.
«Celui qui avait porté le premier coup à Cottentin lui passa aussitôt une corde au cou, et l’étrangla. Quatre minutes après, les deux individus se retirèrent, en me défendant de rien dire de ce qui venait de se passer. Ils n’ont rien pris à leur victime.
«Anéanti par ce fatal événement, je n’eus pas la force de faire aucun mouvement, ni de dire un mot pour faire arrêter les assassins de mon ami.
«Environ un quart-d’heure après, j’entendis de nouveau sonner à la porte. Craignant que ce ne fussent les mêmes hommes, j’allai regarder par la croisée qui donne sur l’escalier, et j’aperçus Héluin, avec lequel j’étais en relation d’affaires. Je lui ouvris la porte; il entra dans ma chambre à coucher, où je lui fis voir le cadavre de Cottentin étendu sur le carreau; et, après lui avoir raconté la déplorable scène qui venait de se passer chez moi, je lui demandai des conseils sur le parti que je devais prendre. J’avais parlé d’une déclaration devant le commissaire de police; mais Héluin n’adopta pas cette idée, et nous arrêtâmes d’acheter un grand panier propre à contenir des bouteilles de vin, de le faire remplir, porter ensuite chez moi, d’en retirer les bouteilles, de mettre à la place le cadavre de Cottentin, et de le faire déposer dans un endroit quelconque. Tout cela fut exécuté. J’appris depuis, par Héluin, que le panier renfermant le cadavre avait été porté chez la femme Thubry, sa sœur, rue des Moulins. J’avais remis à Héluin de l’argent pour fournir aux dépenses nécessaires à cette opération.»
Nous avons cru devoir mettre textuellement sous les yeux des lecteurs cette déclaration singulière, pour nous servir de l’expression si singulièrement employée ci-dessus par Lepeley. Elle servira à faire voir jusqu’où peut aller l’effronterie du crime, et à faire ressortir en même temps l’esprit de vertige et de maladresse dont le ciel frappe quelquefois les coupables, quelque rusés qu’ils soient d’ailleurs. Il fallait que Lepeley eût une bien grande confiance dans l’effet que devait produire cette fable si artistement combinée, pour oser, de son propre mouvement, sans être interrogé, venir la débiter devant un magistrat chargé de poursuivre les auteurs de l’assassinat. Et cependant, qui ne serait frappé de l’invraisemblance de ce récit, jusque dans ses moindres circonstances?
Après avoir reçu cette déclaration, le magistrat de sûreté se transporta sur les lieux où s’était commis le crime, et constata que le carreau de la chambre à coucher de Lepeley avait été lavé tout récemment, mais que des taches de sang y étaient encore empreintes. Il en remarqua aussi sur la redingotte et le pantalon que portait alors Lepeley, et qui avaient été également lavés.
On s’assura de la personne de Lepeley, et comme sa déclaration exigeait la même mesure à l’égard d’Héluin, on l’arrêta aussi, dans la nuit du 28 au 29 mars, dans une maison de jeu. Interrogé par le magistrat de sûreté, il fit des réponses à peu près conformes au récit de Lepeley, avec cette différence néanmoins qu’il prétendait avoir d’abord conseillé à celui-ci de se présenter chez un commissaire de police pour lui rendre compte de l’événement. Mais, tout en avouant qu’il avait reçu de l’argent de Lepeley, et remis cent cinquante francs à sa sœur, la femme Thubry, il soutint que cette femme ignorait que le panier renfermât un cadavre; «je lui avais déclaré, dit-il, qu’il contenait du vin, que dans une heure je l’enverrais reprendre pour le faire porter à Passy, et ensuite embarquer pour Rouen.»
Thubry et sa femme furent également interrogés. Il résulta de leurs déclarations qu’en effet Héluin avait fait porter dans leur loge (ils étaient portiers) un panier qu’il avait dit contenir du vin; mais que, l’ayant déplacé pour faciliter l’arrangement du lit de leurs enfans, et ayant remarqué du sang, Thubry était allé aussitôt dans la maison de jeu où il avait laissé Héluin, pour le prévenir de cette découverte, et lui signifier qu’ils ne voulaient pas garder un pareil dépôt; qu’alors Héluin avait manifesté de l’étonnement, et dit: Ah! le scélérat! il m’a trompé! mais que, lui ayant proposé de se rendre chez le commissaire de police, il s’y était opposé, en disant qu’ils seraient perdus; et qu’alors ils avaient transporté le panier de l’autre côté de la rue, à l’endroit où on l’avait trouvé le lendemain matin.
La veuve Thubry dit aussi que son frère, qui l’avait quittée après avoir fait déposer le panier dans sa loge, était revenu dans la même soirée, paraissant ivre; qu’il lui avait montré une montre à répétition avec une chaîne en or, qu’il disait valoir quinze louis, et qu’il avait aussi étalé des pièces d’or, en annonçant qu’il avait fait dans la journée une affaire qui lui valait plus de deux mille francs. Elle annonça aussi que sachant que son frère était joueur, elle lui avait demandé quelque argent, et qu’il lui avait donné cent cinquante francs, mais que ce n’était nullement pour prix de sa complaisance.
Héluin avait indiqué une fausse demeure; la police découvrit qu’il habitait un cabinet dépendant d’un local loué par une veuve Delaulne, avec laquelle il y a tout lieu de croire qu’il était en relation de concubinage. On fit perquisition dans le domicile de cette veuve, et l’on découvrit, entre la sangle et les matelas de son lit, deux portefeuilles verts, vides, l’un petit, ayant une serrure; l’autre, plus grand, sans serrure. La femme Delaulne déclara que ces portefeuilles lui appartenaient. Joseph, le domestique de Cottentin, et plusieurs employés de sa maison, reconnurent le plus grand de ces portefeuilles pour être tout semblable à celui de Cottentin. Héluin prétendit qu’il l’avait acheté depuis quatre ans, mais il ne put indiquer la personne qui le lui avait vendu.
La montre à répétition, avec sa chaîne, fut retrouvée entre les mains du sieur Béraud, employé dans les jeux, qui avait prêté cinq louis à Héluin sur ce nantissement.
On savait que Cottentin, par mesure de sûreté et en vertu d’un permis de port d’armes, ne marchait jamais sans avoir sur lui une paire de pistolets. On trouva ces armes dans la fosse de la maison garnie où demeurait Lepeley, ainsi que la clé du bureau de Cottentin, celle d’une malle déposée chez Lepeley et dans laquelle il renfermait ses papiers et une petite fiole contenant une liqueur blanche dont il faisait continuellement usage.
Tant de charges réunies contre Lepeley et Héluin les signalaient à la justice comme les auteurs du meurtre de Cottentin, ainsi que du vol de ses effets; mais il était présumable qu’un aussi mince intérêt n’avait pas été l’unique mobile d’un aussi grand attentat.
Divers renseignemens donnèrent lieu de croire que Cottentin, gêné dans ses opérations, convaincu que sa maison ne pouvait pas se soutenir et que bientôt elle serait obligée de déclarer sa faillite, s’occupait, depuis quelque temps, des moyens de mettre sa fortune à l’abri des poursuites de ses créanciers. Son ami Lepeley n’avait pas été étranger à tous les tripotages usités en pareille circonstance. Plusieurs comptes ouverts sur les registres de la maison Cottentin ne permettaient pas d’en douter. Différens effets pour des valeurs considérables, qui avaient été vus dans le portefeuille de Cottentin, la veille de sa mort, n’avaient pas été retrouvés après l’événement. Des actes importans avaient aussi disparu. Enfin, on apprit aussi que Lepeley avait déterminé Cottentin à lui vendre, pour dix-huit mille francs, une propriété qu’il avait à Marigny, évaluée quarante mille francs. Le contrat portait quittance; mais, n’en ayant pas payé le prix, il en avait souscrit, au profit de Cottentin, une reconnaissance sous signature privée. Cette reconnaissance avait été remise par celui-ci à un sieur Marguerit, qui, à la nouvelle de sa mort, était venu la déposer, en déclarant qu’il pensait que l’infortuné Cottentin était venu chez lui quelques heures avant sa fin tragique pour la retirer.
La justice, pour s’éclaircir sur le compte de Lepeley, objet d’aussi violens soupçons, crut devoir fouiller dans sa vie passée. Elle apprit que, quoiqu’ayant une épouse et deux filles estimables, cet homme avait vécu en concubinage, à Coutances, avec trois femmes; que le mari de l’une d’elles avait demandé le divorce, et était mort bientôt après, victime du chagrin qu’il en avait éprouvé. Un autre mari, moins offensé de la conduite de sa femme, prêta à Lepeley dix-huit cents francs. Quelque temps après, il reçut quarante mille francs; Lepeley en fut instruit, il convoita cette somme, et voulut se libérer sans argent. Pour y parvenir, il dit à la femme: ton mari nous ennuie, il faut nous en défaire. Tu m’as dit qu’il avait le sommeil profond: laisse ce soir ta porte ouverte; j’entrerai dans ta maison, je m’introduirai dans sa chambre, je l’étranglerai, je l’attacherai ensuite sur l’escalier: je t’attacherai aussi. Je me retirerai aussitôt, tu crieras à l’assassin: on viendra et tu diras que ce sont des voleurs qui ont fait tout cela. Heureusement la femme, toute libertine qu’elle était, repoussa cette révoltante proposition.
Lepeley, poursuivi de toutes parts par ses nombreux créanciers, fut obligé de s’éloigner de Coutances, où il laissa sa famille sans ressources, et vint à Paris, vers le mois de mai 1809, étant lui-même dans un dénûment absolu. Bientôt après, on le vit mieux vêtu, et toutes les personnes de la maison Cottentin pensèrent que celui-ci fournissait à toutes ses dépenses. Six semaines environ avant la mort de ce dernier, Joseph étant allé, de la part de son maître, chez Lepeley, celui-ci le fit déjeûner, et, dans la conversation, lui demanda s’il ne songeait pas à s’établir. Je le voudrais bien, répondit Joseph, mais je n’en ai pas les moyens. Alors Lepeley lui dit: «Si tu veux, je pourrai te faire avoir vingt mille francs.—Eh! qui voulez-vous, répliqua Joseph, qui me donne cette somme?—Moi, répondit Lepeley, mais il faut tuer un homme.—Non, monsieur, j’aimerais mieux mendier mon pain toute ma vie. Ce langage d’honnête homme ne déconcerta pas le scélérat, qui lui dit: «Si le fait n’est pas connu, tu jouiras de la somme.» Joseph se retira, en répondant à Lepeley que tôt ou tard les coupables étaient reconnus.
Tous ces faits, toutes ces découvertes, toutes ces révélations, résultats d’une minutieuse instruction, étaient plus que suffisans pour accabler Lepeley. Cependant il persistait toujours obstinément à nier. Son complice Héluin vint encore ajouter ses propres aveux aux notions déjà acquises par la justice. Héluin, effrayé sans doute de la découverte de la montre et du portefeuille de Cottentin, se détermina, le 19 avril, à faire une confession complète devant le directeur du jury. Il sera curieux de rapprocher cette déclaration de celle déjà donnée par Lepeley; c’est pourquoi nous la donnons dans son intégrité.
«Depuis deux mois et demi, dit Héluin, je connaissais Lepeley; il m’avait chargé plusieurs fois de lui négocier des effets.
«Le 26 mars dernier, je me rendis chez lui dans la matinée, pour lui faire part que j’avais eu le malheur de perdre au jeu deux mille francs provenant d’un effet qu’il m’avait remis pour en faire la négociation, et lui proposer de lui souscrire des billets pour la sûreté de cette somme. Lepeley me dit qu’il était occupé d’un objet bien plus important, qui ne lui laissait de repos ni le jour ni la nuit; qu’un particulier refusait de lui remettre un écrit qui compromettait la moitié de sa fortune. Je lui demandai si ce n’était pas de M. Cottentin qu’il me parlait; il me répondit que non; que celui dont il s’agissait était un coquin, un lâche et un poltron, et me demanda si j’étais homme à l’aider dans cette circonstance. Imaginant qu’il n’était question que de contraindre cet individu à se dessaisir d’un écrit qu’il retenait injustement, je lui promis de ne pas l’abandonner.
«Lepeley me dit alors: Demain matin il doit venir chez moi; trouvez-vous-y à dix heures.
«Je me rendis, en effet, chez Lepeley. Un instant après, Cottentin, que je connaissais, arrive; je lui cédai le fauteuil dans lequel j’étais assis. Je vis, par un signe que me fit Lepeley, que c’était là celui dont il m’avait parlé. Mais l’impression que fait toujours l’homme estimable sur un cœur qui n’était pas né pour le crime, me déconcerta à un tel point, que je sentis mon courage abattu. Lepeley, qui s’en aperçut, ne demanda pas l’écrit à Cottentin, qui sortit peu de temps après.
«Alors, Lepeley me dit: «Vous êtes un enfant; si Cottentin vous avait regardé, il vous aurait demandé ce que vous aviez. Allons, venez déjeûner; car je vois bien qu’il faut vous remettre.»
«Nous nous rendîmes chez un traiteur, où nous déjeûnâmes. Lepeley, qui avait soin de me verser à boire, me demanda si je me sentais le courage de lui porter secours. Je lui répondis que oui, que je ne l’abandonnerais pas. «Si vous saviez, me dit-il, combien cet homme est perfide! Songez qu’il y va de la vie à la mort.» Étourdi par l’état d’ivresse dans lequel il m’avait mis, je promis à Lepeley tout ce qu’il exigea. Je lui dis pourtant: «Si Cottentin vous remet l’écrit, tout sera fini?—Oui, me répondit-il; mais, s’il s’y refuse, m’abandonnerez-vous?» Je protestai que non. «Cottentin, ajouta Lepeley, doit revenir à une heure, je lui demanderai l’écrit; et, si vous voyez qu’il résiste, avec votre tabatière, que vous tiendrez à la main, vous lui porterez un coup sur la tempe, pour l’étourdir, et alors j’aurai mon écrit. Soyez certain, mon cher Héluin, de ma reconnaissance.»
«Après avoir déjeûné, nous retournâmes chez Lepeley, où bientôt arriva Cottentin. Lepeley le prit par le corps, et me dit: Vous voyez bien qu’il ne veut pas me le rendre. Aussitôt je portai, avec ma tabatière, un coup sur la tête de Cottentin, qui l’étourdit et le renversa. Alors Lepeley m’ordonna d’aller chercher une corde qui était derrière la malle placée dans l’antichambre; j’obéis; je remis cette corde à Lepeley, qui la passa autour du cou de Cottentin, et l’étrangla.
«Je vis ensuite Lepeley fouiller dans les poches de Cottentin, en retirer un portefeuille rouge foncé, et un papier plié en quatre qu’il me montra, en me disant: «Le voilà cet écrit si précieux!» Il prit aussi la montre, qu’il me remit, ainsi qu’un billet de banque de cinq cents francs qui a servi à payer tant le panier que les bouteilles. Il m’avait aussi autorisé à remettre deux cents francs à ma sœur, je lui en ai donné cent cinquante.»
Héluin convint, en outre, que c’était lui qui avait fait toutes les démarches pour faire disparaître le cadavre de Cottentin.
Le directeur du jury communiqua à Lepeley les révélations que venait de faire Héluin. Lepeley répondit d’abord: Je suis altéré. Il demanda un verre d’eau, qu’on lui servit; et, après l’avoir bu, et repris ses sens, il dit qu’il ne pouvait concevoir les motifs qui avaient pu déterminer Héluin à faire une révélation aussi contraire à la vérité.
L’acte d’accusation fut dressé contre Lepeley, Héluin, Thubry et sa femme; le premier, comme prévenu d’avoir commis avec préméditation un homicide sur la personne de Cottentin, lequel homicide avait été suivi de vol; le second, comme prévenu d’avoir assisté et aidé Lepeley dans les faits qui avaient préparé et facilité l’exécution de l’homicide, et dans l’acte même qui l’avait consommé, ainsi que dans le vol qui en avait été la suite; les deux derniers, comme ayant sciemment recélé le cadavre d’un homme homicidé.
Cet acte, soumis au jury d’accusation, fut admis, et, en conséquence, les accusés furent traduits devant la Cour criminelle. Là, Lepeley et Héluin persistèrent, le premier dans le système de dénégation qu’il avait adopté, le second dans les révélations qu’il avait faites au jury. Les débats apprirent une circonstance jusqu’alors ignorée. Lepeley, dépositaire d’une partie de l’argenterie de Cottentin, l’avait fait porter au mont-de-piété par le sieur Sanfourche-Laporte, qui en avait retiré huit cents francs, sur lesquels il s’en était fait prêter deux cents par Lepeley. Thubry et sa femme alléguèrent encore dans les débats leur parfaite ignorance de ce que contenait le panier déposé chez eux par leur beau-frère.
Me Lebon, qui, d’abord s’était chargé de la défense de Lepeley, et qui ne l’avait acceptée, sans doute, que parce qu’il le croyait innocent, l’abandonna, dès qu’il eut reconnu, par les débats, toute la scélératesse de ce misérable. Lepeley se vit alors forcé de se défendre lui-même; une heure de recueillement lui suffit pour remplir cette tâche avec une méthode, avec un calme, avec un ton de sensibilité, qui auraient pu le faire triompher, si les charges de l’instruction eussent été moins accablantes.
Le 1er juillet 1810, sur la déclaration unanime du jury, la Cour rendit un arrêt qui acquittait Thubry et sa femme, et condamnait Lepeley et Héluin à la peine de mort, avec injonction de conduire les coupables au lieu de l’exécution, revêtus d’une robe rouge.
Les condamnés dénoncèrent cet arrêt à la Cour suprême, mais leur pourvoi fut rejeté comme il devait l’être, et ils subirent, en conséquence, la peine due à leur forfait.