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UNE ENTRÉE DE LA GRANDE SALLE. XVIIIe SIÈCLE

Depuis le temps de la Terreur, quelques prisonniers de marque ont encore passé par la vieille prison. L’audacieuse conspiration de Georges Cadoudal, venu à Paris avec un certain nombre de chouans et de conspirateurs pour enlever ou tuer Bonaparte au centre de sa puissance, amena dans ces cachots le terrible chouan et quelques royalistes de marque. Georges et deux de ses complices n’y entrèrent que pour aller ensuite à la guillotine.

On sait que l’Empire ne manquait pas de prisons d’Etat où il jetait conspirateurs royalistes ou républicains, et aussi simples mécontents, qui restaient détenus souvent sans le moindre jugement aussi longtemps que sa police ombrageuse les trouvait dangereux. La Conciergerie n’était toujours qu’une prison de passage pour ceux que les juges attendaient. On y incarcéra entre autres le général Mallet, dont l’étonnante entreprise faillit, d’une seule secousse, ébranler l’édifice colossal de cet empire maçonné avec la chair et le sang. Mallet et ses complices y restèrent peu de jours, avant d’aller tomber sous les balles dans la plaine de Grenelle.

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LA CHAMBRE DES COMPTES
Imp. Draeger & Lesieur, Paris

La Restauration, à son tour, confie à ses solides cachots le général Labédoyère, fusillé le 19 août 1815, le maréchal Ney, celui-ci avant d’être transféré au Luxembourg pour y être jugé par la chambre des pairs; La Valette, directeur des postes sous l’Empire, coupable d’avoir repris ses fonctions pendant les Cent-Jours. L’évasion de celui-ci, condamné à mort par la cour d’assises est célèbre. C’était le 20 décembre 1815, veille du jour fixé pour l’exécution. Sa femme avait obtenu pour toute grâce la permission de venir lui faire ses adieux avec sa fille. Mme de La Valette employa bien le temps de cette entrevue suprême: elle habilla le condamné avec sa robe et ses fourrures, le coiffa de son chapeau et, pendant qu’elle se dissimulait derrière un paravent, La Valette, donnant la main à sa fille, un mouchoir sur sa bouche comme pour étouffer ses sanglots, put traverser les couloirs et les corps de garde sans être reconnu, et gagner la porte. Il devait monter dans la chaise à porteurs qui avait amené sa femme, la chaise se trouvait bien là devant la Conciergerie, mais les porteurs étaient allés boire. Moment d’angoisse terrible, à deux pas de la prison, où d’un moment à l’autre l’évasion pouvait être découverte. Enfin on trouva d’autres porteurs, puis à quelque distance La Valette fut recueilli par un cabriolet qui le conduisit rue du Bac, dans une maison où, à l’insu du portier, on put le loger dans une mansarde; il y resta caché quelques semaines bravant toutes les recherches jusqu’au jour où il parvint avec un passeport d’officier anglais à franchir la frontière.

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LE PALAIS SOUS LA RÉVOLUTION

En 1820, Louvel, l’assassin du duc de Berry, fut enfermé à la Conciergerie. Deux ans après éclata l’affaire dite des quatre sergents de la Rochelle, conspiration du carbonarisme qui amena 25 accusés à la Conciergerie et sur les bancs de la cour d’assises. Raoulx, Pommier, Bories et Goubin, sergents au 45e de ligne où ils avaient recruté un grand nombre d’affiliés, furent condamnés à mort et guillotinés en place de Grève.

Sous Louis-Philippe, vers 1840, commença le grand travail de transformation du vieux Palais de justice, qui devait durer de longues années et donner au Palais sa forme actuelle, après avoir, pour quelques jours, retrouvé bien des restes du vieux Palais gothique, arrivés jusqu’à nous dissimulés dans la masse des constructions disparates surajoutées.

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INCENDIE DU PALAIS EN 1871

C’est à ce moment seulement que disparurent les dernières boutiques de la galerie marchande, où l’on vendait de la cordonnerie, des livres et de menus objets. Peu avant la Révolution il y avait encore dans la grande salle des librairies entourant les gros piliers de leurs rayons de livres.

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LA GRANDE SALLE APRÈS L’INCENDIE SOUS LA COMMUNE

On restaura la tour de l’Horloge, son étage supérieur fut rétabli dans l’ancienne forme, ainsi que la belle horloge si joliment encadrée sous Henri III, depuis longtemps dans un triste état de dégradation. Les architectes Duc et Daumet élevèrent, dans un beau caractère sur le côté de la tour, les bâtiments de la rue de la Barillerie et du quai de l’Horloge, au-dessus des cuisines de Saint-Louis. Dans les fouilles exécutées dans la cour de la Sainte-Chapelle, la pioche rendit au jour des fragments de tous les âges, des murailles du moyen âge sur des restes d’édifices romains. La restauration continuait à tourner autour du vieux Palais. Sous l’Empire les bâtiments occupés par la Préfecture de police tombèrent l’un après l’autre, vieux débris du Palais des Rois ou du logis des présidents du Parlement aménagés en bureaux, en locaux quelconques, remaniés bien des fois, au hasard des utilisations. Une partie des maisons de la place Dauphine subissait le même sort pour dégager la nouvelle façade du Palais, l’énorme masse gréco-égyptienne qui charge si considérablement la proue du vaisseau de Lutèce. Alors la tour Bonbec, pour ne pas être écrasée par la façade en retour sur le quai de l’Horloge, dut être remontée d’un étage.

Arrivèrent la guerre de 1870 et la Commune, pendant que ces travaux se poursuivaient.

La terrible semaine de mai 1871 se termine par l’incendie de Paris, faisant tourbillonner dans le ciel les flammes de vingt brasiers gigantesques. Encore une fois le Palais de justice brûle. La grande salle reconstruite par Jacques de de Brosse après l’incendie de 1618, est détruite encore une fois; des bâtiments nombreux, la Préfecture de police périssent aussi, une des tours de la Conciergerie a son comble détruit. Encore une fois la flamme tournoie autour de la Sainte-Chapelle de Saint-Louis, mais celle-ci par miracle est préservée. Les flammes s’éteignent, la grande salle n’est plus qu’un monceau de débris, tout le palais est ravagé, mais la Sainte-Chapelle est toujours debout, intacte, étincelante dans la jeunesse de sa récente restauration.

La Conciergerie, que le feu avait bien menacée, s’était auparavant, comme aux mauvais jours, remplie de prisonniers: suspects, prêtres, sergents de ville, ou gendarmes, arrêtés comme otages par la Commune. Le Palais revoyait les jours sombres d’autrefois, les otages qualifiés de Versaillais remplaçaient les aristocrates de 93 et les Armagnacs de 1413.

Les souvenirs sanglants d’autrefois pouvaient faire craindre le renouvellement des terribles tragédies qui accompagnent les grandes commotions populaires. Les prisonniers, au milieu des horreurs qui se commettaient, enveloppés de tous côtés par la flamme, échappèrent pourtant au sort qui les menaçait, ils échappèrent à la fusillade comme à l’incendie, les troupes de l’armée régulière ayant pu arriver à temps.

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ANGLE NORD-EST DU PALAIS MODERNE
 

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NOTRE-DAME.—LA GALERIE ENTRE LES DEUX TOURS


CHAPITRE X

LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME

L’amende honorable du comte de Toulouse.—Saint-Louis au départ pour la Croisade.—Les Etats généraux de 1304.—Les Templiers.—La statue de Philippe le Bel ou de Philippe IV.—Isabeau et les Anglais.—Couronnement de Henri VI d’Angleterre.—Reprise de Paris.—Les vainqueurs à Notre-Dame.—Le XVIe siècle.—Reposoirs et bûchers.—Le mariage du roi de Navarre.—La Ligue.—Les Suisses au Marché-Neuf.—La grande procession de la Ligue.—Le siège.—Notre-Dame caserne des troupes des Seize.—Prise de Paris.—Henri IV à Notre-Dame.

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L’AMENDE HONORABLE DE RAYMOND, COMTE DE TOULOUSE

Notre-Dame, l’église cathédrale qui depuis sept siècles plane majestueuse sur la vieille île des Parisiens, sur la noble et illustre Cité, occupant l’emplacement où l’église mérovingienne de saint Etienne et l’église romane dédiée à la Vierge succédèrent à un temple gallo-romain, fut commencée en 1163 par Maurice de Sully et terminée vers 1235, sauf modifications qui devaient venir ultérieurement. Alors la façade était comme nous la voyons, les tours étaient achevées et n’attendaient plus que les flèches projetées primitivement, dit-on, mais qu’elles n’eurent jamais. Le chœur et les transepts seuls furent modifiés pour la construction des chapelles absidales de 1257 à 1320.

A partir de ce moment, la cathédrale est complète; dans le chœur terminé, les pompes religieuses peuvent se déployer parmi les richesses d’une ornementation merveilleuse, autels splendides, jubé superbe, clôture de chœur en dentelle de pierre ornée de groupes sculptés par les ymaigiers Jehan Ravy et Jehan le Bouteiller. Il n’y aura plus guère alors, pour toucher à l’œuvre parfaite, que les déprédateurs, les démolisseurs révolutionnaires ou les Vandales embellisseurs des siècles classiques, plus redoutables encore, qui s’en donneront malheureusement à cœur joie.

«Si les piliers de Notre-Dame avaient une voix, a écrit Viollet-le-Duc, ils raconteraient toute notre histoire depuis le règne de Philippe-Auguste. De combien d’événements n’ont-ils pas été les témoins! Mariages, baptêmes, obsèques, serments et vœux éternels, bientôt démentis par d’autres vœux et d’autres serments; fêtes populaires et fêtes royales; chants d’allégresse ou de deuil; apologies et anathèmes, oraisons funèbres pour les rois ou pour les morts à l’attaque de la Bastille.»

Un des premiers grands événements dont les murs de Notre-Dame furent les témoins, au temps de la construction même, se rattache aux terribles guerres contre les Albigeois. Ce fut l’humiliation de Raymond, comte de Toulouse, après les effroyables croisades contre les Albigeois qui, durant vingt années, avaient fait couler des torrents de sang, ravagé le midi, ruiné Béziers, Carcassonne, Toulouse et nombre d’autres villes.

Les deux alliés dans les guerres politiques et religieuses, l’Église et le roi, triomphaient: l’Église étouffait l’hérésie, et le roi établissait la suzeraineté de la couronne sur les provinces du Midi. Raymond VII, comte de Toulouse, définitivement abattu et perdant toute espérance, traita avec la reine Blanche de Castille et abandonna au roi de France toutes ses possessions du Languedoc, à l’exception de Toulouse et de quelques terres qu’il constitua en dot à sa fille Jeanne, âgée de neuf ans, fiancée à Alphonse, comte de Poitiers, frère du roi, s’engageant à raser les murs de Toulouse et de trente autres villes et châteaux, à indemniser les églises de ses pays et à poursuivre et punir désormais impitoyablement ses sujets qui persévéreraient dans l’hérésie.

Le 12 avril 1229, après avoir juré toutes les clauses du traité devant les portes de Notre-Dame, le dernier des comtes de Toulouse, jadis si puissants, fut dépouillé de ses vêtements et, nu-pieds, en chemise et chausses, entra humblement dans l’église pour faire amende honorable de l’hérésie contre laquelle il avait toujours protesté pourtant,—et se faire décharger de l’excommunication prononcée à tant de reprises contre lui par l’Église.

Rome avait vaincu: le cardinal de Saint-Ange, légat du pape, entouré de la foule des évêques, prêtres et clercs, attendait le malheureux comte de Toulouse au pied du maître-autel, savourant l’orgueil du triomphe et la joie de mettre le pied sur la tête de l’Albigisme terrassé, après tant de sang répandu, et aussi tant de bûchers allumés, dont la torche, brandie par le farouche saint Dominique, restait aux mains de l’Inquisition établie par le pape Grégoire IX.

Après son amende honorable, le vaincu se remit aux mains des gens du roi et fut conduit prisonnier à la Grosse Tour du Louvre, où il resta enfermé jusqu’à ce que sa fille eût été remise aux commissaires royaux, que les murailles de Toulouse eussent été rasées et quelques-uns de ses châteaux livrés comme gages de sa foi. Il put alors retourner en sa ville, en s’engageant à s’en aller servir cinq années en Terre Sainte, seul article du traité qu’il n’exécuta pas.

En 1245 il advint au roi Louis IX une grave maladie, «dont il fut à tel meschief, dit Joinville, que l’une des dames qui le gardaient lui voulait traire le drap sur le visage et disait qu’il était mort». Tout à coup le moribond releva la tête et recouvra la parole pour dire qu’il venait de faire vœu d’aller combattre en Terre Sainte. En dépit de tous les efforts de sa mère et de ses conseillers, malgré les dangers que pouvait courir son royaume pendant le temps de cette expédition, il persista dans sa résolution. Les préparatifs de la croisade furent très longs et demandèrent plusieurs années, Louis IX ayant voulu d’abord prendre toutes les mesures propres à assurer la tranquillité dans ses États. Un parlement réuni à Paris interdit toutes guerres particulières pour cinq ans, décida que les dettes des croisés seraient suspendues pendant trois ans et que le clergé paierait la dîme de ses revenus pour les frais de la Croisade. Pour plus de précaution, Louis IX entraînait en son ost le duc de Bourgogne, le comte de la Marche et d’autres grands vassaux.

Le 12 juin 1248, le roi, accompagné de ses frères Robert, comte d’Artois, et Charles, comte d’Anjou, alla prendre en solennité l’oriflamme à l’abbaye de Saint-Denis, et reçut des mains du cardinal de Châteauroux le bourdon et la pannetière des pèlerins; quelques jours plus tard, Notre-Dame de Paris le vit arriver pieds nus, le bourdon à la main, vêtu en pèlerin, avec de nombreux et illustres croisés vêtus comme lui, au milieu d’un immense cortège de soldats et de peuple. Le roi et les croisés, après avoir entendu pieusement la messe, se mirent en route aussitôt, conduits par des processions jusqu’à l’abbaye de Saint-Antoine des Champs. Tout le peuple de Paris était là, suivant au milieu des chants religieux ce roi très aimé et très sage qui s’en allait,—et pour combien de saisons et d’années, avec ses frères, avec sa femme Marguerite qui avait tenu à l’accompagner,—se jeter dans les dangers d’une guerre aux pays d’outre-mer.

De Saint-Antoine des Champs, le roi gagna Corbeil, première étape du long voyage. Cinquante mille hommes partirent d’Aigues-Mortes avec lui, que des désastres terribles attendaient sur la redoutable terre sarrasine, où les trois quarts des croisés devaient rester, tués par le cimeterre ou par le climat de l’Égypte et la peste.

Ce fut seulement six ans après, que le roi et la reine, ayant échappé à mille périls, débarquèrent en France avec ce qui restait des croisés valides épargnés par la guerre et tirés des prisons du sultan d’Égypte. Et il était temps que le roi revînt, la reine Blanche, sa mère, à qui la régence avait été confiée, était morte un an auparavant, et le pays se trouvait en de graves embarras.

Louis, non découragé par tant de désastres, devait pourtant retourner en Orient une quinzaine d’années après pour une nouvelle croisade, malgré l’état précaire de sa santé. La maladie l’attendait sous les murs de Tunis dès les premières opérations, et Notre-Dame de Paris allait voir revenir son corps rapporté d’Afrique, pour les obsèques solennelles avant l’enterrement à l’abbaye de Saint-Denis.

En 1302, autres événements et autres cérémonies dans la cathédrale de Paris. C’est le temps de la lutte acharnée du roi Philippe le Bel contre le pape Boniface VIII, lutte de deux puissances rivales qui se disputent la suprématie: le pape se mettant au-dessus des rois et des princes et déniant à ceux-ci le droit d’intervenir en quoi que ce fût dans l’administration des biens de l’Église en leurs domaines; le roi de son côté prétendant maintenir les églises et les clercs du royaume dans sa juridiction pour le temporel, et surtout, ce qui importait fort à Philippe toujours pressé d’argent, être en droit de tirer des subsides du clergé et d’user des régales, c’est-à-dire de percevoir les revenus des églises, des abbayes et des bénéfices vacants, entre le moment de la mort du titulaire et la nomination du successeur.

Le roi se sentait soutenu par toute la nation, par la noblesse, par le populaire et même par le clergé français, qui ne voulaient pas de l’intervention du pape dans les affaires du royaume. Philippe le Bel, pour en finir avec les prétentions de Boniface et bien montrer que la volonté de la nation concordait avec la sienne, prit le parti de convoquer à Paris un conseil général des délégués des barons du royaume, des prélats, des évêques, abbés et doyens des églises, des maires et échevins des communes, c’est-à-dire les Etats Généraux de la nation assemblés pour la première fois.

C’est au printemps de l’an 1302 que les délégués, barons, prélats et gens des communes se réunirent en l’église Notre-Dame de Paris. Le roi Philippe, qui déjà avait fait brûler solennellement des bulles pontificales, fit lire des lettres du pape, vraies ou fausses, réclamant du roi foi et hommage pour son royaume, et soumission à l’Église pour le temporel comme pour le spirituel. Les Etats protestèrent avec indignation, le roi demanda aux prélats et abbés de qui ils reconnaissaient tenir leur temporel, aux chevaliers de qui ils reconnaissaient tenir leurs fiefs. La réponse n’était pas douteuse, tous déclarèrent qu’ils avaient tenu et qu’ils tenaient terres, fiefs et bénéfices de lui et des rois ses prédécesseurs, et qu’ils déclaraient vouloir continuer à les tenir fidèlement.

Le pape fut violemment attaqué par les orateurs des Etats, on dénia sa légitimité, on le traita d’intrus, de faux pape et d’hérétique. Puis noblesse, clergé et communes, après délibérations, écrivirent des lettres séparées au collège des cardinaux, lettres de protestation énergique contre les agissements du pape, accusant de tous les troubles de la chrétienté son âpreté à tirer argent de la collation des bénéfices, des abbayes, évêchés et archevêchés. Le tiers état, en cette assemblée à Notre-Dame, parla nettement: «A vous très noble prince, dirent les gens des Communes, supplie et requiert le peuple de votre royaume que vous gardiez la souveraine franchise de cet Etat qui est telle que vous ne recognoissiez de votre temporel souverain en terres, fors Dieu!»

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NOTRE-DAME.—LA PORTE ROUGE

Il y eut même une curieuse consultation de l’avocat Pierre Dubois, qui par des motifs de droit comme s’il parlait d’une affaire privée, exposa toutes les raisons qu’avait Philippe pour repousser les prétentions des papes à une sorte de tutelle sur les rois, montrant que si ce droit avait jamais existé, il serait depuis longtemps éteint par prescription, comme s’éteignent tous les droits dont on n’use pas, etc... Pierre Dubois allait même jusqu’à dire que si le pape arguait contre la prescription, l’argument pourrait se retourner contre lui puisque sans la prescription, l’empereur de Constantinople qui lui a donné tout son patrimoine pourrait comme donateur, ou l’empereur d’Allemagne comme subrogé à sa place, révoquer cette donation et réduire ainsi la papauté à la pauvreté des temps antérieurs à Constantin.

Aussitôt après les premiers Etats, après les seconds, convoqués l’année suivante non plus à Notre-Dame mais au Louvre, la lutte entre le pape et le roi prit un caractère plus violent, à coups de bulles du côté de Boniface, avec des armes temporelles plus effectives du côté du roi. Il y eut la prise d’Anagni et l’enlèvement du pape par Nogaret, petit-fils d’un Albigeois mort sur le bûcher; puis survinrent la mort de Boniface et celle de son successeur Benoît XI qui ne porta la tiare que peu de mois. Le roi voulut, pour en finir, un pape de sa main: il procura la tiare à Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, qui paya son élévation en sacrifiant l’ordre du Temple, trop riche et trop puissant au gré du roi, jaloux d’abattre cette puissance et de mettre la main sur cette richesse. La papauté quittait Rome et s’installait en 1308 en la ville d’Avignon, où elle devait rester près de soixante-dix ans.

A la destruction des Templiers, la cathédrale de Paris gagna, dit-on, son portail occidental construit par Pierre de Chelles, de 1313 à 1320, avec quelques bribes des richesses confisquées sur l’ordre.

En 1304, pour venger les désastres d’une première expédition en Flandre, le massacre de Bruges, la journée des Eperons d’or de Courtrai, où la chevalerie, par sa fougue inconsidérée, s’était fait écraser comme elle devait le faire plus tard encore à Crécy, à Azincourt, à Poitiers, Philippe le Bel marcha sur la Flandre avec une forte armée qui se heurta à Mons-en-Puelle contre 60.000 rudes compagnons mis en ligne par les villes de Flandre. Après de longues heures passées sous un soleil torride à escarmoucher, à tâter les Flamands enfermés derrière un immense rempart de chariots dans lequel ils avaient ménagé trois portes pour les sorties, les Français crurent la journée finie et commencèrent à se désarmer et à camper en face de l’ennemi. Subitement, les Flamands, en trois divisions, sortirent de leur forteresse et tombèrent sur le camp français. Le quartier du roi eut à soutenir le plus terrible choc: la trombe des Flamands renverse, écrase; la chevalerie, qui déjà se trouvait à demi désarmée, est rompue et mise en débandade. Tout semblait perdu: le roi, qui allait se mettre à dîner au moment de l’attaque, avait failli être tué ou pris, il put heureusement sauter sur un cheval et rallier autour de lui un gros de combattants.

Les assaillants, se croyant victorieux, pillaient déjà les tentes et les bagages; la chevalerie française, revenue de sa surprise, profita de leur faute et les chargea avec fureur. Le combat se rétablit, continua malgré la nuit venue et se termina par la déroute des Flamands.

Mais le péril avait été grand un instant pour le roi; il avait fait vœu, s’il sortait victorieux de l’affaire, d’offrir à Notre-Dame son harnais de guerre, qu’il n’avait pu endosser qu’incomplètement pour combattre. En conséquence de ce vœu, un jour de l’automne de 1304, le roi, accompagné d’une foule de seigneurs ayant été avec lui aux champs de Mons-en-Puelle, entra à cheval dans l’église en fête, poussa jusqu’au chœur et s’en vint faire solennellement hommage à la Vierge Marie de son armure de guerre.

Jusqu’à la Révolution, une statue équestre de Philippe le Bel figura dans la nef, sur un soubassement porté par quatre colonnes, au dernier pilier de droite avant le chœur. Cette image du roi était revêtue de l’armure portée à la bataille, armure offerte à Notre-Dame avec le destrier royal. Probablement le corps de la statue revêtu de cette armure fut refait dans le cours des siècles, il y a des obscurités dans les traditions, et peut-être l’attitude même fut légèrement changée, car on aperçoit certaines différences dans les quelques représentations qui nous en restent. Celle qui se trouve dans le recueil de Montfaucon paraît être la plus fidèle, mais on ne peut distinguer au juste si le monument est une statue en armure ou revêtue d’une armure, comme cela dut être aux premiers temps.

Il y eut, au siècle dernier, de longues discussions à propos de cette statue: les uns prétendaient qu’elle représentait Philippe VI de Valois, qui à la bataille de Cassel en 1328, s’était trouvé un moment dans le même danger que Philippe le Bel à Mons-en-Puelle et avait de la même façon triomphé des Flamands. L’écrivain Saint-Foix s’appuyant sur certains documents, sur d’anciennes chroniques, soutenait que c’était Philippe VI qui était entré à cheval dans la cathédrale pour faire l’offrande de ses armes à la Vierge; le président Hénault et le chapitre de Notre-Dame tenaient pour Philippe le Bel. La confusion venait de ce que les deux rois, en reconnaissance des victoires de Mons et de Cassel, avaient fait tous deux quelques donations à Notre-Dame de Paris, à Notre-Dame de Chartres et à différentes autres églises. Dans la nef de Chartres, on voyait aussi la statue d’un roi armé et à cheval. Il y était aussi de tradition que Philippe de Valois était venu offrir son cheval et son armure en don à la Vierge, rachetant son destrier par une somme de mille livres. Un harnais de guerre composé d’un heaume, d’une cotte de mailles et de différentes pièces, conservé aujourd’hui au musée de Chartres, est indiqué comme provenant de Philippe le Bel ou de son fils. Peut-être est-il moins ancien et provient-il d’autres princes qui ont jadis fait des dons du même genre à Notre-Dame de Chartres. Les deux rois portaient tous deux le même nom, ils avaient vaincu tous deux en Flandre, à vingt ans de distance, en août, l’un le 18, l’autre le 23; on pouvait confondre, et les anciens bréviaires de Notre-Dame, paraît-il, étaient eux-mêmes tombés dans cette confusion. Peut-être encore Philippe de Valois dans le même péril que son prédécesseur a-t-il répété le même vœu et après la victoire renouvelé l’acte de Philippe le Bel.

Le doute subsiste, mais que ce soit Philippe IV ou Philippe VI, dans tous les cas quelle scène grandiose sous les voûtes de la superbe église, quel spectacle bien fait pour exalter ces âmes guerrières, ces cœurs vaillants revêtus de fer, que ce roi entrant tout armé et à cheval, en harnais de la bataille, suivi d’une foule nombreuse de barons et de soldats, pour présenter ses actions de grâce, et reçu à l’autel par le clergé de la cathédrale, avec toutes les pompes du culte, au milieu des hymnes et des musiques roulant douces ou éclatantes par-dessus toutes les têtes, dans l’immense nef en fête.

Saint-Foix dans sa dissertation à ce propos, tout en réclamant, à tort ou à raison, le changement de l’inscription de la statue qui portait: Rex Philippus Pulcher, en Rex Philippus Valesius, ajoute, pour ceux qui s’étonnaient que le roi fût entré dans une église à cheval «qu’au service fait à Saint-Denis en 1389 pour le connétable Bertrand Duguesclin par l’ordre de Charles VI, les chevaliers qui menaient le deuil entrèrent à l’église sur des chevaux caparaçonnés de noir et que l’évêque qui célébrait la messe descendit de l’autel après l’Évangile, et que s’étant placé à la porte du chœur, il reçut l’offrande des chevaux en leur mettant la main sur la tête».

La statue votive de Philippe le Bel était encore à Notre-Dame en 1792. Des fédérés marseillais venus à Paris peu de jours avant le 10 août, pour coopérer au décisif assaut qui se préparait contre la royauté, visitaient la cathédrale, que l’on ne songeait point encore à consacrer à la déesse Raison. Pendant que l’on chantait les vêpres à l’autel, ils se précipitèrent sur l’effigie royale pour se faire la main, la chargèrent à coups de sabre et finirent par la mettre en pièces. Ainsi périt cette statue d’un intérêt historique si considérable, précieuse aussi comme spécimen, ou comme représentation, d’un harnais de guerre princier du commencement du XIVe siècle.

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LA STATUE DE PHILIPPE LE BEL

Le 14 août 1357, eut lieu à Notre-Dame l’offrande solennelle par le prévôt des marchands Etienne Marcel et les échevins, de la Grande Chandelle annuelle, dont nous avons parlé, c’est-à-dire du cierge de cire molle de la longueur des remparts, en exécution du vœu fait par des bourgeois de Paris après la bataille de Poitiers. Les troubles allaient entrer dans la période grave.

Après la fin du drame parisien par le massacre d’Etienne Marcel, après les deux années de guerres qui suivirent, tant contre les bandes du roi de Navarre que contre celles d’Edouard III d’Angleterre, le roi Jean, délivré par le traité de Brétigny, revint en France. Sa captivité avait duré un peu plus de quatre années. La France espérait enfin repos et tranquillité. Paris fit une belle réception à ce roi dont l’absence avait donné lieu à tant des troubles; le roi Jean vit toute la population sur son passage et des réjouissances comme aux entrées après les Sacres, tout le long de la rue Saint-Denis jusqu’à Notre-Dame, où il vint prier et rendre grâces solennelles pour sa délivrance.

En 1389, à l’entrée solennelle de la reine Isabeau dans Paris, entrée qui nous représente bien le modèle typique le plus brillant de ces solennités, le cortège arrêté par des jeux et cérémonies à tous les carrefours depuis la porte Saint-Denis, n’arriva sur le parvis Notre-Dame qu’à la nuit tombée. La jeune reine Isabeau descendit de sa litière et fut conduite par les ducs de Berry, de Bourgogne, de Touraine et de Bourbon au grand portail où la reçut l’évêque avec tout son clergé, lesquels «chantant haut et clair à la louange de Dieu et de la Vierge Marie,» dit Froissart, conduisirent la reine, les princes et toutes les nobles dames jusqu’au grand autel où se firent les oraisons. Puis la reine offrit au Trésor la couronne que les petits angelets descendant du Paradis de la porte Saint-Denis lui avaient posée sur la tête, et en reçut une plus riche que l’évêque et les quatre ducs lui «assirent sur le chef».

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LE BUREAU DES PAUVRES, PLACE DU PARVIS NOTRE-DAME

La reine et les dames, en quittant Notre-Dame, furent remises en litière et le cortège prit le chemin du Palais, aux flambeaux, au milieu de plus de cinq cents cierges. Beaux commencements d’un règne qui devait être si malheureux, si fécond en désastres, en douleurs pour le pays qu’attendaient les guerres civiles, l’invasion anglaise, égorgements, ruines et massacres... Cette reine reçue avec tant d’allégresse et si joyeusement fêtée, si elle ne portait pas toutes ces calamités dans les plis de sa robe, devait cependant entrer pour une bonne part comme cause effective dans le déroulement des sombres événements.

Et quarante-six ans après, le 25 septembre 1435, le cadavre d’Isabeau morte à l’hôtel Saint-Paul, alliée des Anglais, chargée des malédictions générales et abandonnée de tous, même des Anglais dont elle avait aidé à fortifier la domination, était présenté à Notre-Dame, sans pompe aucune, puis envoyé à Saint-Denis par la rivière sous la garde de quelques serviteurs seulement.

Plusieurs fois dans l’intervalle, on vit le malheureux roi Charles VI, quand il échappait pour un temps à sa démence, venir entendre une messe d’actions de grâces à Notre-Dame. Après la catastrophe de l’hôtel Saint-Paul, dite du Bal des Ardents, où quatre sur cinq des pauvres jeunes seigneurs qui faisaient avec le roi «la mascarade des hommes sauvaiges» périrent brûlés vifs sur la place «avec une telle pestilance et horribleté que c’était hideur et pitié de l’ouïr et du voir», le roi préservé du feu par la duchesse de Berry qui l’avait couvert de sa robe, vint à Notre-Dame à cheval accompagné de ses oncles marchant à pied, pour rendre grâce au ciel d’avoir pu par miracle échapper au feu.

Vers la fin de cette longue période de malheurs, en 1431, l’Anglais est si bien le maître dans Paris que le jeune Henry VI, roi d’Angleterre, est couronné roi de France comme héritier de son grand-père naturel Charles VI, en l’église Notre-Dame. C’est l’année de la mort de Jeanne d’Arc, brûlée six mois auparavant. Depuis onze ans, Paris s’est habitué à la domination anglaise ou plutôt à l’idée de la légitimité des prétentions du roi d’Angleterre sur la couronne de France.

«Le 16 décembre 1431, dit le Bourgeois de Paris, un dimanche, vint ledit roi Henry du Palais Royal (palais de Justice) à Notre-Dame de Paris; c’est à savoir à pied, bien matin, accompaigné des processions de la bonne ville de Paris qui tous chantoient, moult mélodieusement; et en ladite église avoit un échafaud qui avoit bien de long et de large et montoit sus à bien grants degrés larges, que dix hommes et plus y pouvoient de front; et quand on estoit dessus on pouvoit aller par dessous le crucifix, autant dedans le chœur comme on avoit fait par dehors, et estoit tout peint et couvert d’azur, et là fut sacré de la main du cardinal de Vincestre...»

Le sacre fut suivi d’un banquet dans la grande salle du palais, dont nous avons raconté, d’après le Bourgeois de Paris, les désordres et aussi la parcimonie, ce dont se plaignait fort ledit Bourgeois.

Les armées du Dauphin, privées de la pauvre Jehanne, continuaient à guerroyer dans les provinces avec des succès divers; elles devaient mettre encore bien des années à enlever définitivement le royaume aux Anglais. Paris enfin fut repris dans l’année 1436.

Paris craignait quelques représailles des troupes royales si mal reçues en 1429, lors de la tentative de Jeanne d’Arc sur la Porte Saint-Antoine. Aussi pendant que le connétable de Richemont, aux cris de «Ville gagnée!» rabattait la garnison anglaise sur la Bastille, «les gens de Paris, aucuns bons chrestiens et chrestiennes, se mirent dans les églises et appelaient la glorieuse Vierge Marie et M. Saint-Denis qui apporta la foi en France, qu’ils voulsissent prier à Notre-Seigneur qu’il ostât toute la fureur des princes et de leur compaignie. Et vraiment fut bien apparent que M. Saint-Denis avait été advocat de la cité par devers la glorieuse Vierge Marie et la glorieuse Vierge Marie par devers Notre-Seigneur Christ, car quand ils furent entrés dedans, ils furent si mus de pitié et de joie qu’ils ne se purent oncques tenir de larmoyer. Et disait le connétable aux bons habitants de Paris: Mes bons amis, le bon roy Charles vous remercie cent mille fois et moi de par lui, de ce que si doulcement vous lui avez rendu sa maîtresse cité de son royaume; et si aulcun de quelque estat qu’il soit, à mesprins par devers monsieur le Roy, soit absent ou autrement, il lui est tout pardonné».

Et le connétable de Richemont s’étant assuré des principales positions marcha vers Notre-Dame, suivi de ses capitaines et des seigneurs de son armée. Au milieu du tumulte joyeux, au bruit des canons qui tiraient sur les Anglais enfermés dans la Bastille Saint-Antoine, le connétable et ses capitaines descendirent de cheval sur le parvis de la cathédrale et entrèrent tout armés dans la nef pour y faire chanter un Te Deum d’actions de grâces.

En 1450, la victoire remportée à Formigny annonce le jour très proche où les derniers lambeaux du territoire de la France seront arrachés aux Anglais; la ville de Paris célébra cet heureux événement par une grande procession des enfants des écoles âgés de sept à dix ans. Quatorze mille de ces enfants marchant deux à deux, chacun un cierge à la main, partirent de l’église des Innocents accompagnés d’un nombreux clergé et de châsses contenant des reliques vénérées, et s’en furent à Notre-Dame où les attendait l’Evêque de Paris. Une messe solennelle d’actions de grâces fut chantée, après laquelle la procession reprit le chemin de l’église des Innocents.

Ensuite pendant un siècle le cours régulier des choses est repris; à Notre-Dame alternent les messes solennelles pour les entrées des rois après le Sacre, des reines après le mariage, et les obsèques de ces rois et de ces reines, cérémonies joyeuses ou funèbres entre lesquelles il y a place pour des Te Deum, en actions de grâces pour des victoires ou autres événements heureux.

Une de ces entrées royales se fit de façon particulière et par un chemin inaccoutumé, ce fut celle de la reine, femme de Louis XI, en 1467. La Chronique de Jean de Troyes raconte cette entrée exceptionnelle d’une façon très pittoresque:

«Et le mardy premier jour de septembre, la Royne aussi arriva à Paris en bateaulx par la rivière de Seine, et vint arriver au terrain de Nostre-Dame, et illec à l’arrivée qu’elle fist trouva tous les présidens et conseillers de ladicte court de parlement, l’évesque de Paris, et plusieurs aultres gens de façon, tous honnestement vestus et habillez. Et à l’entrée dudit terrain y avoit fait de moult beaulx personnaiges, illec richement mis et ordonnez de par la ville de Paris: et si est assavoir que avant que ladicte Royne se mist esdits bateaulx pour venir à Paris, furent au devant d’elle et pour la recepvoir les conseillers et bourgeois de ladicte ville en grant et notable nombre, aussi tous en bateaulx, qui estoient tous richement couvers de belle tapisserie et draps de soye. Et dedans iceulx estoient les petits enfans de chœur de la Saincte Chapelle; qui illec disoient de beaulx virelais, chançons et aultres bergerettes moult mélodieusement. Et si y avoit aultre grant nombre de clarons, trompettes, chantres, haulx et bas instruments de diverses sortes, qui tous ensemble jouoyent chascun endroit soy moult mélodieusement, à l’eure que ladicte Royne, ses dames et damoiselles entrèrent en leur basteau dedans lequel par lesdits bourgeois de ladicte ville luy fut présenté ung beau cerf fait de conficture, qui avoit les armes d’icelle noble Royne pendües au col: et si y avoit plusieurs aultres beaulx drageouers tous plains d’espiceries de chambre, belles confictures, grant quantité aussi y avoit de fruicts nouveaulx de moult de sortes, violettes fort odorans gettées et semées tout parmy le basteau, et vin à tous venans y fut baillé et distribué, tant que on en vouloit avoir et prendre. Et après qu’elle eut faicte son oraison à Notre-Dame de Paris, elle se rebouta en son basteau et s’en vint descendre à la porte devant l’église des Célestins, où aussi elle trouva dessus ladicte porte de moult beaulx personnaiges, et elle descendit à terre, monta et ses dames et damoiselles sus chevaulx, belles hacquenées et parlefrois qui illec l’attendoient, et puis s’en ala jusques en l’ostel du Roy aux Tournelles. Et devant la porte dudit hostel trouva aultres moult beaux personnaiges.

«Et icelle nuit furent faits à Paris les feux par les rües d’icelle, et illec mises aussi tables rondes et donné à boire à tous venans.»

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LA MAISON DU LIEUTENANT? (PORT-SAINT-LANDRY)
D’APRÈS LE PLAN DE TAPISSERIE

A cette époque et pour plusieurs siècles encore, l’administration, pour ainsi parler, de Notre-Dame est partagée entre la juridiction du chapitre exercée par un official, un promoteur, un greffier pour les affaires ecclésiastiques, et la Barre du chapitre, juridiction pour la temporalité, exercée par un bailli laïque, avec lieutenant, procureur fiscal, greffier et huissier, de laquelle ressortent toutes causes civiles, criminelles, de police et de droits seigneuriaux dépendant de la censive du chapitre.

Les audiences de ces juridictions se tenaient à l’auditoire dans le cloître.

Accessoirement on trouve encore la juridiction du chantre de Notre-Dame sur les petites écoles de la ville, cité, université et faubourgs, souvenir des premières écoles du cloître nées aux âges précédents au pied de la cathédrale.

Le XVIe siècle est le siècle des processions, à aucune époque la cathédrale n’en vit autant, ni de plus pittoresques, ni de plus étranges parfois, ni de plus tristes aussi: processions pour demander au ciel la fin des calamités publiques, processions pour l’extirpation de l’hérésie, lesquelles se terminaient souvent par des brûlements d’hérétiques, processions armées de la très sainte Ligue, etc., toutes faisant défiler par les étroites rues de la Cité d’immenses cortèges où parmi le clergé des paroisses, les théories de moines de toutes les couleurs, prenaient place les prévôts, échevins et notables, les membres du Parlement et de la cour des comptes, les corporations et associations, et quelquefois aussi grands seigneurs et grandes dames de la cour, et le roi lui-même.

Au retour de la captivité de François Ier, le 14 avril 1526, le peuple de Paris fit au roi chevalier une réception plus belle que celle faite jadis au roi Jean en même circonstance.

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PHILIPPE LE BEL A NOTRE-DAME APRÈS LA BATAILLE DE MONS EN PUELLE
Imp. Draeger & Lesieur, Paris

Tout Paris était sur pied. Le prévôt et les échevins, tout le corps de ville avec archers et arquebusiers, étaient allés au-devant du roi jusqu’à la chapelle Saint-Denis. Quand la tête du cortège, marchant processionnellement avec les moines des couvents en avant-garde, et nombre d’ecclésiastiques, croix et bannières nombreuses, fut signalée, le Parlement se présenta à cheval en dehors de la porte Saint-Denis pour haranguer le roi, tandis qu’en dedans des murs l’attendaient le chapitre de Notre-Dame et le clergé des paroisses avec l’Université.

D’autres processions, à quelques jours de distance, eurent encore lieu pour rendre grâce au ciel de l’heureuse délivrance et elles recommencèrent au retour des deux fils du roi, livrés à Charles-Quint comme otages de la rançon de François Ier. Il y eut Te Deum à Notre-Dame et quelques jours après, procession du Parlement, du corps de ville et du clergé de la Sainte-Chapelle apportant la châsse de la sainte Croix.

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LE TERRAIN NOTRE-DAME.—MOTTE AUX PAPELARDS, XVIe SIÈCLE

En 1547, le 21 mai, François Ier revenait encore à Notre-Dame; la cathédrale célébrait le service solennel pour les obsèques du roi et de ses fils François et Charles, morts l’un en 1534 et l’autre en 1536. Le cortège des obsèques fut un des plus imposants que vit jamais la cathédrale. Tout le clergé de Notre-Dame reçut sur le parvis plus de quarante évêques ou archevêques, tous à cheval, avec chapes et mitres, avec plusieurs cardinaux montés de même, et nombre de princes et seigneurs à cheval également, menant les trois corps, suivis du Parlement, des échevins, et d’une foule de notables portant des torches, qui reprirent après le service solennel les cadavres royaux pour les conduire à l’abbaye de Saint-Denis.

Sous Henri II les grandes processions ne furent pas moins nombreuses que sous François Ier; on continua à les agrémenter de supplices d’hérétiques. Les terribles querelles religieuses prenaient chaque jour une gravité plus grande, le trouble était plus profond, les esprits montés trouvaient maintenant tout simple d’ajouter le bûcher au reposoir, et de faire, des carrefours où l’on brûlait les malheureux réformés, une station obligée des processions.

Une des cérémonies les plus belles, mais celle-là sans horrible complément, fut la grande procession d’actions de grâces ordonnée par le roi Henri II pour l’heureuse terminaison du siège de Metz et la retraite désastreuse de la grande armée de cent mille hommes amenée en Lorraine par Charles-Quint. Le 8 janvier 1553 Henri II avec toute la cour, les plus grands seigneurs, les ambassadeurs, portant cierges de cire blanche, les chevaliers de Saint-Michel en grand costume, nombre de cardinaux et de prélats, la reine et les princesses, allèrent prendre à la Sainte-Chapelle les croix de victoire et les reliques, et les suivirent processionnellement jusqu’à Notre-Dame où fut chanté un Te Deum.

On voit quelques fêtes de mariages aussi à Notre-Dame, en ces temps où les passions religieuses se font de plus en plus vives.

C’est d’abord en 1558, le 24 avril, le mariage de la jeune reine d’Ecosse Marie Stuart, qui allait sur ses seize ans, fleur de charme et de beauté à peine éclose, avec le petit dauphin François tout juste âgé de quinze ans. Marie Stuart avait été élevée à la cour de France où elle émerveillait tout le monde par sa beauté qui commençait à paraître, dit Brantôme, comme la lumière du soleil en plein midi, par ses grâces, par son savoir qu’elle prouvait en prononçant des discours latins devant la cour assemblée, par son goût pour la poésie et les lettres. A Notre-Dame la jeune reine salua son époux du titre de roi d’Ecosse, aux acclamations des seigneurs écossais présents à la cérémonie; le roi Dauphin et la reine Dauphine, pauvre couple promis à de tristes ou terribles destins, l’un qui devait si peu vivre, l’autre qui devait si longtemps souffrir, furent en outre qualifiés de roi et reine d’Angleterre et d’Irlande. Elisabeth devait s’en souvenir plus tard.

En 1572 eurent lieu les noces d’Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, prologue de la tragédie, à la veille de la Saint-Barthélemy. La grande souricière à huguenots était tendue, Catherine de Médicis y avait mis sa fille comme appât. Tentative de conciliation ou piège longuement et savamment préparé, l’histoire ne sait trop et doute dans la complication des intrigues; peut-être l’affaire du mariage envisagée d’abord comme gage d’apaisement fut-elle ensuite considérée comme une occasion d’en finir avec les chefs protestants qu’elle mettait sous la main de la cour et du parti catholique.

Après les fiançailles au Louvre le 16 août, le mariage fut célébré le 18 à Notre-Dame. La différence de religion avait nécessité des dispositions particulières; on avait construit sous le grand portail de la cathédrale un vaste échafaud somptueusement paré de drap d’or, réuni à travers la nef par une longue galerie à balustrade également parée, à une tribune élevée devant le chœur d’où partaient deux degrés, l’un pour descendre dans le chœur, l’autre pour sortir de l’église par le transept sud et gagner l’Évêché.

Marguerite, la reine Margot, merveilleusement habillée, constellée de pierreries ayant couronne, garde-corps d’hermine, et grand manteau bleu à quatre aunes de queue portée par trois princesses, et le huguenot Henri de Navarre qui pour la circonstance avait quitté le deuil de sa mère morte depuis deux mois, furent mariés sous le porche de l’église par le cardinal de Bourbon, le futur Charles X de la Ligue; puis les deux époux pénétrèrent dans l’église et traversant toute la nef remplie de la plus noble assistance par la galerie préparée gagnèrent la tribune du transept. Ici l’on se sépara, la reine Marguerite descendit au chœur pour la messe, Henri de Navarre suivi de tous les Huguenots prirent l’autre degré et gagnèrent la cour de l’évêché où ils attendirent en se promenant que la messe fût dite.